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Les différents visages de l’horreur au cinéma

Les différents visages de l’horreur au cinéma

Le cinéma est sans nul doute le vecteur émotionnel le plus efficace.
Il s’est incontestablement imposé dans la vie contemporaine comme un dogme culturel inébranlable, capable d’abattre toutes les barrières et se réinventer à chaque fois. Dévoilé par les Frères Lumière en 1895 avec « Sortie d’usine », et rendu populaire, entre autres, par Georges Méliès, les studios Gaumont et Pathé à l’aube du 19ème siècle, il n’a cessé de se diversifier au fil du temps.
Au départ documentaire, le cinéma est aujourd’hui l’exact reflet de l’humain, sociologique ou physiologique ; la transposition de l’extrême complexité d’un intellect imaginatif sans bornes. S’il plaît, s’il séduit, c’est que le 7ème Art rassemble les populations autour des messages qu’il véhicule. Révélateur de sentiments, il indique aussi une direction vers un idéal universel, soulève des questions et parfois y répond, traduit les besoins intrinsèquement liés au devenir de l’homme sur sa planète.

Tandis que certains cinéastes s’appliquent à nous déstabiliser avec le drame ou le biopic, d’autres s’attachent à nous révolter avec la guerre ou l’horreur.

L’horreur au cinéma ne se restreint cependant pas à un genre cinématographique particulier, mais s’invite au contraire de façon parfaitement générale sur la pellicule, quel qu’en puisse être le sujet. Elle figure un malaise sociétal profond qui généralement oppose l’homme à lui même, rendant compte de ses travers les plus sombres.

L’horreur au cinéma peut être suggérée ou affichée, physique ou idéologique. Ce thème pour lequel les réalisateurs semblent particulièrement inventifs, suscite tout autant l’intérêt du spectateur, désireux de se trouver dépouillé de ses convictions et poussé dans ses retranchements.

La rédaction vous présente, une sélection de scènes effroyables qui ont marqué les esprits. Des séquences déstabilisantes, détestables ou malsaines, qui montrent que si le cinéma aime triturer son spectateur, l’horreur répond avant tout chose, à la recherche du frisson et de l’angoisse, si possible toujours plus glaçante.

28 semaines plus tard
de Juan Carlos Fresnadillo avec Robert Carlyle, Rose Byrne, Jeremy Renner
Les pulsions assassines de Don.

Irréversible
de Gaspar Noé avec Monica Bellucci, Vincent Cassel, Albert Dupontel.
Éteindre efficacement l’incendie.

American History X
de Tony Kaye avec Edward Norton, Edward Furlong, Beverly D’Angelo
La scène d’intro qui conduit Dereck en prison.

La Passion du Christ
de Mel Gibson avec Jim Caviezel, Christo Jivkovet, Monica Bellucci.
Le châtiment jusqu’au-boutiste, caméra voyeuriste et malsaine.

https://www.youtube.com/watch?v=_vZ0wy4dKfk

Destination finale
de James Wong avec Daniel Roebuck, Devon Sawa, Ali Larter.
La fin de Todd qui voulait juste prendre une petite douche.

Casino
de Martin Scorsese avec Robert De Niro, Sharon Stone, Joe Pesci.
Partie de baseball entre potes.

Le Labyrinthe de Pan
de Guillermo Del Toro avec Ivana Baquero, Sergi Lopez, Maribel Verdu
L’abominable interrogatoire mené par le Capitaine Vidal.

1492 : Christophe Colomb
de Ridley Scott avec Gérard Depardieu, Armand Assante, Sigourney Weaver
L’inquisition Espagnole.

Chopper
de Andrew Dominik avec Eric Bana, Vince Colosimo, David Field.
Rivalités carcérales et bipolarité.

La Ligne Verte
de Frank Darabont avec Tom Hanks, David Morse, Michael Clarke Duncan
L’omission volontaire du malfaisant Percy.

Saw
de James Wan avec Leigh Whannell, Cary Elwes, Danny Glover
Abandonner une partie de soi pour retrouver la liberté.

Biutiful
de Alejandro González Inárritu Avec Javier Bardem, Maricel Álvarez, Hanaa Bouchaib
« Je ne veux pas mourir. »

Allez, maintenant à table si vous avez faim !?

Ant-Man, un film de Peyton Reed : Critique

Au pays des fourmis

Le Marvel Cinematic Universe vient clôturer sa deuxième phase de manière assez minimaliste, préférant introduire un nouveau super-héros plutôt que de terminer avec un imposant climax. Même si Avengers Age of Ultron s’était fait plus encombrant que véritablement satisfaisant, cette phase deux avait néanmoins gagné en qualité par rapport à la première, laissant plus de libertés aux cinéastes mais cela offrait parfois des résultats maladroits. Il y avait aussi de quoi craindre pour ce final de la deuxième phase qui après une production catastrophique a vu son cinéaste affilié sur le projet depuis 8 ans, Edgar Wright, claquer la porte du studio pour différends artistiques. Après de nombreuses réécritures du scénario pour correspondre aux impératifs du studio (ce n’est jamais bon signe pour le produit fini), le film fut enfin confié à un yes man sans véritable envergure pour reprendre le flambeau laissé par Wright. Sauf que Peyton Reed, le nouveau réalisateur, ne semblait pas avoir les épaules pour reprendre les rênes du film au vu de sa filmographie relativement faible sur le plan qualitatif. Alors est-ce que Ant-Man est la purge tant redoutée, symbolisant le premier vrai faux pas de Marvel, ou alors est-ce la bonne surprise que tout le monde espérait mais que personne n’attendait ?

Le film aura un statut beaucoup plus trouble que ça car il est indéniable qu’il contient de bonnes choses. Malheureusement ces bonnes choses ne résulteront pas des nombreuses réécritures du scénario mais viendront de ce qui a été laissé par Edgar Wright (son style étant très reconnaissable et inimitable). Les scénaristes ont voulu garder pas mal de choses qu’avait déjà faites Wright mais en les enlevant de leur contexte, ce qui fait que l’on a l’impression d’avoir deux visions d’un même film au sein d’un seul, ce qui donne une impression schizophrène. D’un côté on a un film frais et très drôle grâce à un humour british assez savoureux et de l’autre on a un film calibré, empli de clichés très lourds et très moralisateurs et qui tombent souvent à plat. C’est dommage que ce soit la version la moins intéressante qui prédomine réitérant les erreurs de tous les Marvel, à savoir un méchant ridicule aux motivations dérisoires, une romance inintéressante et une décrédibilisation systématique des enjeux. Dans ce film il n’y en a absolument pas, tout est pris à la légère mais pourtant tout se prend au sérieux. A partir du moment où l’on sait que cela ne peut pas mal se finir, Ant-man aurait pu assumer son délire jusqu’au bout mais au contraire il préfère souvent jouer la carte des discours pompeux et très américanisés sur la famille. Ici tout y passe, que ce soit la notion de sacrifice, de pardon, de rédemption etc. Les deux héros du film passent par les mêmes développements psychologiques mais un seul des deux se retrouve au centre des « enjeux », ce qui fait que l’autre semblera forcé et un peu détaché au sein de l’histoire. Finalement c’est le personnage de Paul Rudd qui se révèle être assez inutile alors que c’est lui qui est censé intégrer les Avengers. D’ailleurs l’acteur semble un peu à l’Ouest parfois, même s’il reste convaincant, surtout dans la comédie, il ne dispose pas du charisme que peuvent avoir les autres Avengers. Néanmoins cela sert Michael Douglas qui en impose sérieusement. Non seulement il dispose d’excellents moments de comédie mais en plus il apporte la gravité nécessaire pour nous embarquer dans le film, probablement un des meilleurs acteurs et personnages du MCU. C’est juste dommage que mis à part Michael Peña, ici hilarant en meilleur ami de Scott Lang, et du rappeur T.I, qui s’offre un des meilleurs passages du film face à Douglas, les autres ne soient pas totalement à la hauteur. Soit ils sont sous exploités, à l’image d’Evangeline Lilly qui arrive quand même à rater sa seule scène d’émotion, soit ils sont en totale roue libre et peinent à convaincre comme Corey Stoll, le méchant du film.

Ant-Man tente désespérément de se relier aux Avengers et multiplie les allusions aux autres films du MCU sans pour autant apporter une conclusion satisfaisante à la phase 2, ni préparer correctement la phase 3. Le film n’est pas vraiment engageant quant à ce qui peut arriver après surtout qu’ici la seule scène qui implique un autre Avenger semble forcée, inutile voire même un peu ridicule. Par contre le film dispose quand même de très bonnes idées même si on en revient toujours à ce qu’aurait voulu proposer Wright notamment dans le sens du dialogue assez piquant qui se montre très ironique et très british évitant à plusieurs moments d’être trop lourd et permettant de déjouer certains passages trop clichés. Mais surtout la vraie bonne idée du film c’est de reprendre le principe d’un film de casse, ce qui permet à l’ensemble d’être un peu plus original que la moyenne et ce même si le scénario est déjà vu, faisant un peu ersatz d’Iron Man. Cela permet au film d’avoir un rythme soutenu bien qu’il met un peu de temps à se lancer et que la mise en scène se révèle très plate.

La mise en scène de Peyton Reed tombe d’ailleurs dans les mêmes travers que le scénario. A trop vouloir reprendre les idées laissées par Wright, il leur enlève de leurs substances. Ici il veut reprendre entièrement une scène de Wright en singeant son style. C’est durant un monologue de Peña, probablement la meilleure scène du film malgré tout, mais Reed n’arrive pas à trouver la bonne mesure, le montage de la scène manque de dynamisme et n’arrive pas à créer l’humour visuel nécessaire. Chose que Wright aurait maîtrisée à la perfection et que Reed n’arrive à peine à effleurer du doigt que lors du climax du film. Globalement ici la mise en scène se montre assez fade et générique. Elle n’est que purement fonctionnelle et se montre très répétitive lors des scènes d’action rendant l’ensemble assez mou. Malgré tout quelques bonnes idées viennent se glisser ici et là mais rien de bien transcendant ou marquant.

Ant-Man n’est donc peut être pas la purge que l’on pouvait craindre mais il est clairement la preuve que l’on est passé à côté d’un grand film. Il est constamment écrasé par l’ombre de Edgar Wright et n’arrive jamais à s’en extirper car c’est de lui qu’il tire toutes ses bonnes idées. Finalement on est vraiment en face d’un Marvel en mode mineur, alors que le film aurait dû être frais et original, il est finalement classique et très calibré. Cela a été déjà vu mais en mieux au sein du MCU, Ant-Man n’étant qu’un film moyen et assurément un des plus faibles de cette deuxième phase. C’est d’autant plus dommage car c’est lui qui avait la lourde tâche de venir la conclure, c’est lui qui disposait des plus belles promesses d’un délire assumé et virevoltant mais plus que tout c’est lui qui dispose de Michael Douglas, qui s’impose ici comme un des interprètes les plus charismatiques de l’univers Marvel.

Synopsis : Scott Lang, cambrioleur de haut vol, va devoir apprendre à se comporter en héros et aider son mentor, le Dr Hank Pym, à protéger le secret de son spectaculaire costume d’Ant-Man, afin d’affronter une effroyable menace…

Ant-Man >> bande-annonce

Ant-Man : Fiche Technique

États-Unis – 2015
Réalisation: Peyton Reed
Scénario: Adam McKay, Paul Rudd, Edgar Wright, Joe Cornish
Interprétation: Paul Rudd (Scott Lang / Ant-Man), Michael Douglas (Dr. Hank Pym), Evangeline Lilly (Hope Van Dyne), Corey Stoll (Darren Cross / Yellowjacket), Bobby Cannavale (Paxton), Michael Peña (Luis), Tip « T.I. » Harris (Dave)…
Genre: Fantastique
Image: Russell Carpenter
Décors: Shepherd Frankel, Marcus Rowland
Costumes: Sammy Sheldon
Son: Daniel Laurie
Montage: Dan Lebental, Colby Parker Jr
Musique: Christophe Beck
Producteur(s): Kevin Feige
Production: Marvel Studios
Distributeur: The Walt Disney Company France
Date de sortie: 14 juillet 2015
Durée: 1h58

Strange Magic, un film de Gary Rydstrom : critique

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Songe d’une nuit d’été

L’histoire est banale. Vaguement inspirée du Songe d’une nuit d’été (le titre québécois ne s’y trompe pas : Magie d’une nuit d’été), le film propose la réconciliation entre deux mondes apparemment ennemis, avec le message selon lequel il ne faut pas se fier aux apparences ni aux haines traditionnelles parfaitement idiotes. Soit.
Mais, pour ceux qui n’en étaient pas déjà convaincus, Gary Rydstrom nous rappelle que l’important n’est pas l’histoire elle-même mais la façon de la raconter. Sortie dans une certaine confidentialité, Magic Strange est un très beau film d’animation qui mérite d’être beaucoup plus connu et partagé.

D’abord, il y a une extraordinaire maîtrise technique qui entraîne une véritable splendeur visuelle. Les décors sont magnifiques, l’animation est une grande réussite, l’ensemble est un enchantement pour les yeux.

Régal des yeux et des oreilles
Mais la grande originalité du film est sa bande originale. Les chansons du film ne sont pas des créations originales, ce sont des reprises de classiques du rock, de la soul, voire même du reggae. De Can’t help falling in love, d’Elvis, à Three little birds, de Bob Marley, en passant par I Can’t help myself des Supremes, les morceaux, repris par les acteurs du doublage original (Evan Rachel Wood ou Alan Cumming, entre autres) s’intègrent aux dialogues et donnent au film une vivacité, une énergie et un rythme qui tiennent en haleine.
A cela s’ajoutent un art du montage et de la chorégraphie qui n’est pas sans rappeler le travail de Busby Berkeley dans les années 30. Tout cela est très lié à la personnalité du cinéaste, Gary Rydstrom, ingénieur du son de plusieurs films de Spielberg (Jurassic Park, Cheval de Guerre, Minority Report, Lincoln) et de James Cameron (Terminator 2, Titanic), ainsi que de films d’animations (Monstres et Cie, Le Monde de Némo, Rebelle). Sa première réalisation fut un court-métrage de Pixar, Extra-Terrien, où il faisait déjà preuve des qualités que l’on retrouve ici : maîtrise technique, originalité par rapport à un sujet simple, et humour.
Car Strange Magic est un film très drôle. Peuplé de personnages secondaires parfois hilarants (y compris des champignons pratiquant le téléphone arabe), le film constitue un très bon divertissement pouvant satisfaire aussi bien les plus jeunes que leurs parents.

Synopsis : deux royaumes vivent côte à côte et dans la méfiance réciproque. D’un côté, le Royaume des fées qui prépare le mariage de la princesse Marianne, de l’autre côté la Sombre Forêt, que ‘on dit peuplée de monstres hideux et dangereux.

Strange Magic >> Bande-annonce

Strange Magic : Fiche Technique

Date de sortie : 25 février 2015
Nationalité : USA
Réalisation : Gary Rydstrom
Scénario : Irene Mecchi, Gary Rydstrom
Interprétation : Evan Rachel Wood (Marianne), Alan Cumming (Bog), Elijah Kelley (Sunny), Sam Palladio (Roland), Meredith Anne Bull (Dawn), Alfred Molina (Roi des fées), Peter Stormare (Thang).
Musique : Marius De Vries
Montage : Chris Plummer, John Damien Ryan
Production : Mark Miller
Sociétés de production : Lucasfilm, Touchstone Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Budget : NR
Genre : Animation
Durée : 99’

Les Réalisateurs-scénaristes : Portrait de Akira Kurosawa

Les Réalisateurs-scénaristes : Akira Kurosawa

Harry Kümel Malpertuis »-1972, « Eline Vere »-1991) disait : « Il n’existe dans l’histoire du cinéma aucun grand réalisateur qui sache écrire, sauf un. Ingmar Bergman. » Le tollé qu’il soulevait parmi ses étudiants de réalisation à l’Institut des Arts de Diffusion dans les années 80 le laissait complètement indifférent. Kümel avait certes une grande qualité de réalisateur : un point de vue. Essayons à notre tour de répondre à cette question. L’avenir du cinéma en France et en Europe en dépend, tant l’enjeu du scénario est important et tant la place réservée au scénariste y est mauvaise…

Pas mal de grands films sont écrits par leur réalisateur. C’est le cas pour Chaplin, Kurosawa, Cassavetes, et Bergman bien sûr, pour n’en citer que quelques-uns. Mais sont ils tous bien écrits ? Ont-ils écrit tous leurs scénarios seuls ? Ont-ils créé une histoire originale ? Ont-ils adaptés des œuvres littéraires ? Henri Sonet, professeur d’histoire du cinéma, et Président du Centre Bruxellois pour l’Audiovisuel, disait que Chaplin avait écrit 80 fois le même scénario. Et pourtant, on peut observer un bon nombre de nuances entre « The woman of Paris » (1923) et « The Great Dictator » (1940).

Le cas d’Akira Kurosawa présente plus d’un intérêt. Tout d’abord, c’est certainement un réalisateur qui se distingue par son style d’un graphisme implacable. La génération de Coppola parlait bien de « Kurosawa shot ». Pourtant, il ne voyait dans la forme en elle-même qu’un intérêt relatif : «Le problème de la technique et du style existe quand un auteur de films à quelque chose à dire. Si un auteur n’ayant rien à dire se préoccupe de dire, de transmettre, il perd son temps. La technique ne prend pas naissance dans une telle pensée. S’il fait des films uniquement pour l’amour de la méthode et de la technique, c’est comme s’il n’était pas vivant ». (Cité par Sacha Ezratty, « Kurosawa », éditions universitaires, 1964). Ensuite, de l’avis général, le sens dramatique et la force d’écriture de Kurosawa inspirent le respect. « Vivre » (1952), écrit André Bazin, « est peut-être le film le plus savant et le plus émouvant des films japonais qu’il m’ait été donné de voir ». Il y voit « une intelligence des structures du récit qui l’a laissé béat d’étonnement » (Cahiers du cinéma n°69, 1957). La surprise est totale, car c’est au moment où l’on croit que le film est terminé, que ce dernier commence réellement….

Akira-Kurosawa-realisateur-scenariste-culte

Kurosawa est né le 23 mars 1910 à Tokyo. Adolescent, il se passionne pour la littérature russe, entre autre pour Dostoïevski, en qui il trouve « une bonté dépassant les limites d’un être humain ordinaire ». Peintre de formation, dont les toiles sont exposées dès le conservatoire, il cherche le moyen de gagner sa vie. Il dessine des affiches de cinéma. A 26 ans, il participe à un concours à la Photo Chemical Laboratories pour devenir assistant-réalisateur. L’examen d’entrée consiste à écrire un scénario à partir d’un fait divers. Il est sélectionné parmi 500 candidats. Il assiste le réalisateur Shigeo Yagura avant de rejoindre l’équipe de Kajiro Yamamoto qui deviendra son maître. Yamamoto est impressionné par le jeune homme et lui conseille d’écrire des scénarios. Kurosawa se met à écrire sans arrêt, en menant de front son travail d’assistant. « Submergé d’idées et incapable de dominer l’instinct créateur qui l’accablait, il avait quelque chose d’un génie » dira Yamamoto.

En 1943, Kurosawa découvre dans la presse l’annonce de la parution prochaine d’une nouvelle de Tsuneo Tomita inspirée de la vie d’un grand champion de judo de l’ère Meiji (1868-1912). Il demande au producteur Morita de la société Toho d’acquérir les droits de l’œuvre avant même de l’avoir lue. Ce sera « La légende du grand Judo », dont le succès est tel qu’il en tournera une suite deux ans plus tard. Le héros du film, Sugata Sanshiro devient le disciple d’un maître de judo dont l’école est opposée à une école de Jiu-Jitsu. Le film commence par un plan sur le héros, un jeune homme ignorant et simple, dans son regard sur l’Art qu’il veut apprendre. Tout le récit est axé autour d’une simplicité dramatique maximum. Le Judo incarne la voie démocratique des Arts Martiaux, contre le Jiu-jitsu, voie aristocratique. La scène de confrontation entre les champions de chaque école se déroule en plein air, dans un champ d’herbe fouetté par le vent. Les nuages font des vagues d’ombres d’où émerge l’ennemi. Pour tourner cette scène, Kurosawa fait attendre son équipe et son producteur pendant une semaine. Il attend le vent.

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Dans le survol non exhaustif de cette filmographie, attardons nous un moment sur le quatrième film de Kurosawa, « Les hommes qui marchent sur la queue du tigre » (1945), car il comporte un flux croisé de données qui posent la question de la place de l’auteur dans sa contemporanéité. Inspiré d’une pièce de Kabuki de style Shosa-goto, « Kanjin-cho », Kurosawa en écrit le scénario en une seule nuit. Si le Kabuki est un pilier de l’art traditionnel japonais, son rapport avec le cinéma n’est pas anecdotique. En effet, Eisenstein considère son analyse du Kabuki comme point de départ de sa méthode de montage. « Sons, mouvements, espaces, voix, n’accompagnent pas les acteurs japonais, ne fonctionnent même pas parallèlement, mais sont traités comme des éléments équivalents. En contact direct avec le Kabuki, on pense immédiatement au football, à ce sport le plus collectif. Voix, sons de bambou, gestes, cris du lecteur, décors pliants apparaissent tels d’innombrables « arrières, avants, centres, gardiens », qui se jettent la balle du drame et triomphent du spectateur ébahi. (Eisenstein, « Le théâtre japonais »-Monde n°15, 1928).

Le thème du récit parodié par Kurosawa dans son scénario a aussi servi de base à une pièce No des arts classiques Yokyoku, et peut être

résumé ainsi : « Ils avaient à peine échappé à la gueule du serpent qu’ils se trouvaient déjà sur un chemin non moins dangereux, comme s’ils marchaient sur la queue du tigre ». On peut y voir une allusion ironique à ce tournant historique où le Japon sort de la guerre pour entrer dans l’occupation étrangère. Autre lien d’ailleurs avec le cinéma russe, où Tarkovski, pour ne citer que le plus grand réalisateur du cinéma parlant, était passé maître dans la dénonciation muette du régime stalinien. Cette formule métaphorique se poursuit quelques années pour Kurosawa qui exprime avec tout l’art synthétique hérité du No, la façon dont le militarisme japonais est une forme de suicide de société : « Ceux qui bâtissent l’avenir » (1946), « Je ne regrette pas ma jeunesse » (1946) sont de cette nature. Ce dernier doit cependant subir les effets de la censure d’état. Le scénario original de Eijiro Hisaita était selon Kurosawa, « excellent et nettement supérieur au film, tel qu’il a été finalement tourné, c’est-à-dire après avoir modifié la deuxième moitié ».

Un-merveilleux-dimanche-1947-kurosawa

« Un merveilleux dimanche » (1947) est tourné sur un scénario de son ami d’enfance Keinosuke Uegasa, avec qui il co-scénarise « L’Ange Ivre » (1948). L’empreinte de Dostoïevski y est présente. Loin du néo-romantisme des débuts, Kurosawa et Uegasa peignent le désespoir de l’après-guerre nippone. « L’Ange Ivre » est aussi le premier film dans lequel joue Toshiro Mifuné, qui deviendra son acteur mythique.

L’écriture de « Le chien enragé » (1949) n’est pas sans enseignement. Croyant qu’il serait plus facile de rédiger le scénario par la suite, il écrivit d’abord l’histoire sous forme d’une nouvelle, qui le déçut : « Je compris qu’un scénario doit être rédigé, comme cela se fait toujours, avec de la sueur, avec du sang et avec le temps. Une nouvelle ne se préoccupe pas du temps filmique et les contours psychologiques y sont relativement faciles, alors que dans un film, dans un scénario, ils doivent être conçus sur un tout autre plan, avec une autre matière ».

Nous sommes en 1950. Kurosawa a tourné une dizaine de films et écrit une douzaine de scénarios pour d’autres réalisateurs. L’ère des chef-d’œuvres approche, qui se tourneront en cascade, à la façon de HitchcockVertigo »-1958, « North by Northwest »-1959, et « Psycho »-1960)

Annex-Mifune-Toshiro-Rashomon-1951-kurosawaLe premier film culte de Kurosawa en occident fut « Rashomon » (1951), Lion d’or à Venise. Il s’agissait de l’adaptation de deux nouvelles de Akutagawa, écrite en collaboration avec Shinobu Hashimoto. La première, « Dans les fourrés », résume en quelques pages, sous la forme d’un rapport de police le meurtre d’un samouraï par un bandit après le viol de sa compagne. La seconde, « Rashomon », plante le décor magique d’une porte de la ville où les cadavres étaient abandonnés. La force du film, outre sa mise en scène, tient pour beaucoup dans la multiplicité des points de vue. Chaque protagoniste raconte une version différente de la même histoire, y compris le « spectre » de la victime. C’est un bûcheron, témoin de la scène, qui livre finalement « une» vérité, moins glorieuse, mais plus humaine.

« Il m’arrive de penser à ma mort, et je suis effrayé par la pensée que je pourrais disparaître lorsque j’ai encore tant de choses à faire dans la vie. J’ai le sentiment d’avoir encore très peu vécu et c’est un sentiment douloureux. Mon film « Vivre » est basé sur ce sentiment.
« Vivre » (1952), raconte l’histoire d’un vieux fonctionnaire qui découvre qu’il a un cancer et qui décide de vouer ses derniers mois à une cause altruiste : faire combler un dépôt d’ordure et en faire une plaine de jeux pour les enfants d’un quartier pauvre. Interprété par le magnifique Takashi Shimura, que l’on retrouvera en chef des 7 samouraïs, le personnage de Watanabe le fonctionnaire est le contraire symétrique du Raskolnikoff de Dostoïevski (Crime et Châtiment), remarque Sacha Ezratty. Il défend avant tout un amour de la vie presque naïf contre le cynisme intellectuel. En ce sens, on pourrait dire que l’humanisme de Kurosawa a une générosité pré psychanalytique. La question essentielle de son œuvre se résume selon lui à ces mots : « Voici comment les hommes deviennent malheureux alors qu’on pourrait tenter d’être plus heureux ». Nul doute que cette pensée fonde l’épopée d’une belle œuvre. Mais les vérités dévoilées par Freud puis par Lacan ont depuis, semble t-il, rendu la question un peu vaine sur un plan intellectuel. La référence à Dostoïevski (que Freud tenait pour une névrose sur pattes est d’autant plus pertinente que l’auteur avait tourné un an plus tôt une adaptation de « L’idiot » (1951).

1954 sera l’année de la seconde consécration internationale de Kurosawa. Ecrit par Kurosawa, Shinobu Hashimoto et Hideo Oguni, « Les sept samouraïs » remporte un second lion d’or à Venise. Il est conseillable aux candidats auteurs de le visionner une fois par an ! L’esprit héroïque y est magnifiquement peint par l’absurde. Premièrement, les samouraïs sont des nobles. Or, les protagonistes de l’histoire acceptent de former et de défendre des paysans contre quarante bandits, en dépit du « code ». Ensuite, le talent du samouraï combattant est révélé avec finesse, et se résume bien dans son rapport à la volonté. Même après avoir été frappé à mort, un samouraï doit pouvoir accomplir un dernier geste avant de tomber. La scène de confrontation finale nous offre le schéma que voici : Kyuzo, le maître absolu du sabre, et admiré comme le meilleur d’entre eux, est frappé d’une balle perfide, tirée par le chef des bandits, retranché dans l’abri des femmes. Il se relève et jette son sabre dans la direction d’où est venue la balle. Kikuchiyo, le pitre paysan interprété par Toshiro Mifune, celui qui prétendait être samouraï sans l’être, accepté par le groupe avec l’ironie qu’il se doit, se précipite vers la cachette et reçoit une balle de fusil en pleine poitrine tirée à bout portant. Il s’avance pourtant, traverse la cache et tue le chef des bandits avant de tomber mort lui-même. Cette intrigue est une démonstration de la transformation d’un personnage dont les actions ont rendues possible l’invraisemblable : un homme quelconque est devenu grand, en assimilant les leçons dont les samouraïs ont fait leur idéal. « La situation, le moment tragique », dit John Ford, « obligent les hommes à se révéler à soi-même et à prendre conscience de ce qu’ils sont vraiment ». Cette pensée rapproche plus les deux cinéastes que la comparaison facile du chef d’œuvre de Kurosawa avec un western féodal.

Nous pouvons déjà faire une pause pour constater que le héros de Kurosawa se définit par sa faculté d’émancipation. Un homme moyen prenant conscience de son aliénation et se libérant d’une série de contradictions l’opposant à lui-même et à la communauté. La critique japonaise avait classé Kurosawa parmi les néo-romantiques, tout en reconnaissant « le point de vue journalistique de ses films, l’importance qu’il accordait à l’actualité, sans oublier tous les aspects purement humains ». Ce jugement s’applique en regard des autres auteurs de films japonais jusqu’à l’après-guerre. Pour Misoguchi, « L’âme d’un homme peut être sauvée par l’amour d’une femme ». Ozu raconte comment « le monde entier est enfermé dans la vie de famille ». De notre point de vue plus lointain, les chemins de traverse de Kurosawa brossent autant le psychologique, l’historique que le social. Sa caractéristique est sans doute d’opposer l’ancien et le nouveau, dans une société profondément ancrée dans ses traditions un poil isolationnistes. En sortant du japon pour embrasser la Russie de Gorki Les bas-fonds »-1957) et de Dostoïevski, en adaptant le Mac Beth de ShakespeareLe château de l’araignée »-1957), Kurosawa déchire le cadre culturel en prouvant l’universalité du discours cinématographique.

Dodescaden-Dodeskaden-film-1970-kurosawa

L’intégrité de son message lui fait défendre au fil du temps des projets plus difficiles et moins configurés par la pression des producteurs de la Toho. En 1970, c’est « Dodescaden », un film social hallucinant qui provoque la faillite de sa société de production. Depuis lors, c’est le soutient bienveillant de producteurs étrangers qui lui permettent de tourner encore de grands films. « Dersou Ouzala » (1975), qui obtient l’oscar du meilleur film étranger, est produit par la Mosfilm soviétique. Coppola et Lucas produisent « Kagemusha, l’ombre du guerrier » en 1980. Serge Silberman produit « Ran » en 1985. Et c’est Spielberg qui produit « Rêves », palme d’or à Cannes en 1990

Pour aborder plus concrètement la question de l’écriture et se diriger nonchalamment vers une conclusion nécessaire, il faut se pencher plus avant sur la question suivante : Kurosawa est il un auteur à part entière dans la mesure où il n’écrivait pas seul, et où il s’inspira souvent d’auteurs du répertoire littéraire ? La réponse est oui, quoique que cela ne nous dispense pas du mystère Bergman. Est-il possible qu’un cinéaste ponde une œuvre aussi riche sans le secours de quelques écrivains, de quelques thèmes empruntés ? Car il faudrait avoir vécu trop de vies pour avoir tant de choses à dire, et les dire aussi bien. « L’adaptation dispense d’inventer une histoire », disait Renoir, auteur lui aussi d’une adaptation des « Bas-fonds » de Gorki. Mais l’adaptation est un défi aussi, preuve en est la différence flagrante entre la version que donna Orson Welles du « Mac Beth » (1948) qui secoua la critique et « Le château de l’araignée », qui provoqua des réactions aussi diverses que dégoûtées : Gide se déclarait « incapable d’exprimer à la fois brièvement et équitablement tout le mal qu’il pensait de ce film » tandis que Bresson déclara : « Il faudrait pouvoir voir tous les films de Shakespeare les yeux fermés. Si l’on ferme les yeux à ce Mac Beth, on ne voit plus rien…. » Pourtant, l’adaptation n’est pas le propre de Kurosawa, qui puise dans la vie, dans l’actualité et dans son cœur le plus grand nombre de ses sujets. « Vivre dans la peur » (1955) est conçu suite à une conversation qu’il a avec le compositeur de plusieurs de ses films, Hayasaka, qui lui déclare après les essais atomiques de Bikini : « Il est impossible de travailler avec une menace de mort ainsi suspendue sur nos têtes ».

Réputé réalisateur coûtant cher, au rythme de travail très lent, Kurosawa n’a peut-être pas le loisir de tourner tous les films qu’il a dans la tête. Il a écrit, outre ses propres films, plus de trente scénarios tournés par d’autres réalisateurs. En ce sens, il a vécu, lui aussi, la petite frustration typique de l’écrivain confiant son bébé au metteur en scène. « Je vois, maintenant, ce que vous avez fait » dit-il à Toyoda, pour qui il avait écrit une partie du film à sketch « quatre histoires d’amour » : « J’ai fait de l’amour de ces jeunes gens une description psychologique, alors que vous, vous l’avez traité physiologiquement ».

La méthode de travail collective qu’il avait adoptée au fil des ans autour de ses projets avait pour but d’améliorer, d’optimaliser en toute humilité le potentiel d’une histoire. Le scénario définitif est plus l’œuvre d’une table ronde que d’une équipe homogène : chacun des collaborateurs prépare son propre scénario, qu’il fait lire aux autres. Les lacunes unilatérales sont ainsi écartées, et on rectifie impitoyablement les erreurs, en s’attaquant au fond du problème. C’est à la façon d’un atelier qu’avancent donc les scripts dont il initie l’écriture, tout en gardant la mainmise du chef d’orchestre.

Décédé le 6 septembre 1998, Akira Kurosawa a reçu pour son œuvre toutes les récompenses dont un auteur de cinéma peut rêver. Le plus beau compliment, et le plus unanime qu’on puisse lui faire tient en ces quelques mots : il savait raconter une histoire.

Hell on Wheels, saisons 1 à 4 : critique de la série

« Un western qui aurait honte de n’être que lui-même et chercherait à justifier son existence par un intérêt supplémentaire » (André Bazin) :

Hell on Whels relate la construction laborieuse du premier chemin de fer transcontinental de L’Union Pacific Railroad, sur fond d’histoire de vengeance. Si le début est assez traditionnel avec l’arrivée du héros solitaire et certaines touches classiques, l’histoire prend rapidement une tournure de règlement de compte et de récit noir où règne la perversité, la prostitution, le pouvoir et la corruption. On laisse ici de côté la guerre de sécession et les affrontements de clans pour regarder au-delà. Le spectateur suit les déplacements de la caravane « Hell on Wheels », et de ses habitants dans un voyage constellé de disparitions et de morts où même le personnage le plus vertueux (Ruth) sera capable de vices.
Lancée en 2011 sur AMC, la série Hell on Wheels est un western moderne à la bande-son folck et électro de Kevin Kiner, connu pour la musique de la série animée Star Wars : The Clone War, et de Gustavo Santaolalla, compositeur pour 21 Grammes, Les Yeux de sa Mère et Un Été à Osage County. Une ambiance pour le moins rock n’roll pour ce Surwestern à laquelle s’ajoutent des décors sombres et inquiétants qui sont l’expression d’un far-ouest cruel et perverti par la civilisation. En créant cette série, les frères Joe et Tony Gayton (Faster, Southern Comfort) redonnent vie à un genre qui s’était éteint depuis Deadwood de David Milch dans un Far West post-moderne. À l’époque, Kevin Kiner avait d’ailleurs participé à la musique de Deadwood. Plus récemment, on retrouvait la même atmosphère dans le film The Dark Valley.

Colm Meanay, qui incarne Thomas Durant, explique ce phénomène :

« Le western n’a jamais cessé de fasciner les gens. C’est un genre épique, qui se situe à une époque des possibles où l’on pouvait sans cesse repousser l’horizon, découvrir, partir à l’aventure. »

Les épisodes de Hell on Wheels suivent une action soutenue et rythmée par des personnages typiques du genre : le cavalier solitaire, l’entrepreneur sans scrupule, la prostituée grande gueule, l’esclave noir et rebelle, le maire malhonnête, le prêtre fanatique et les indiens sauvages. Tout cela sans pourtant tomber dans le cliché, ce qui est heureux. Certains vont évoluer ou basculer du côté obscur, d’autres se révéler ou encore mourir…et avec ces morts, on quittera des personnages attachants ce qui garantit quelques rebondissements. Tout y est pour nous inscrire dans une ambiance noire et injuste, un western poisseux agrémentée de bagarres, de testostérones et de sang. Une bonne matière première mais est-ce suffisant ?

Une intrigue très irrégulière :

Appréciée par la critique, la saison 1 de Hell on Wheels, qui peinait à démarrer, a su trouver près de 3 millions de téléspectateurs. Depuis, 2 millions sont toujours postés derrière leurs écrans pour suivre les aventures de Cullen Bohannon, contremaître sur les rails et justicier sur la route, et des habitants de la petite ville ambulante. Car on s’attache facilement à certains de ces personnages caricaturés et charismatiques à savoir : Bohannon, le héros dur au coeur tendre, Eva (Robin McLeavy, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires, The Loved Ones) la courageuse prostitué rescapée des indiens, Ferguson, le sombre et digne esclave émancipé et enfin le « Doc » Durant, dont les traits d’humour  viennent agrémenter le rôle machiavélique.
Les relations sociales, politiques et religieuses au cœur de la ville de Cheyenne pourraient être intéressantes tout comme le récit historique de la construction du chemin de fer mais ces aventures sont loin d’être palpitantes. L’intrigue ne prend pas et finalement les travaux sur les rails ne sont qu’un prétexte aux guerres de pouvoir et de territoire. Il faut donc être au départ un féru de westerns pour apprécier réellement la série telle qu’elle a été conçue.

Certes, la vie des habitants est rude à « Hell on Wheels » mais le sujet est redondant et se fane un peu au fil des épisodes. Après une excellente saison 2, la saison 3 commence à tourner au ralenti et à manquer de suspense. L’intérêt pour Cullen Bohannon s’épuise à mesure qu’il se venge, se marie, a un enfant. Le départ de son binôme, Elam Ferguson, l’ouvrier noir et réfractaire interprété par le rappeur Common, est aussi une grande perte pour le duo de choc et pour la série. La saison 4 voit le retour de celui-ci, dans un état presque second et tente de rallumer la flamme, de piquer notre curiosité comme elle sait le faire sur quelques épisodes et quelques flashbacks bien placés. Et l’affrontement reprend aussi avec le Suédois qu’on croyait mort. L’épisode 3 permet de résumer les épisodes précédents à travers la voix off de la journaliste, Louise Ellison (Jennifer Ferrin, Following, The Knick, Falling Skies) et de prendre en route cette saison sans avoir vu les précédentes.
Beaucoup de surprises et de malheurs attendent encore les habitants. Des délations, de la traîtrise et encore et toujours de la vengeance mais, malheureusement, l’ensemble reste très irrégulier et Hell on Wheels peine à faire monter la tension de façon efficace. Trop de longueurs et de bavardages nuisent à l’émotion. Et avec ça, des personnages clefs vont encore disparaître.
Hell on Wheels est une bonne distraction, une série sans grande prétention qui se conclura au terme d’une saison 5 coupée en deux parties de sept épisodes, habitude prise par la chaîne AMC depuis  Breaking Bad  et  Mad Men. La première partie sera diffusée aux USA cet été et la seconde en 2016. En France, Hell on Wheels est diffusée sur OCS et D8.

Synopsis : Après la Guerre de Sécession, Cullen Bohannon (Anson Mount, Non-Stop, All the boys love Mandy Lane), un ancien soldat sudiste, se lance dans une Vendetta contre les responsables du viol et du meurtre de son épouse. Pour approcher ces criminels, il devra travailler pour Thomas « Doc » Durant (Colm Meaney, Un Incroyable Talent, La Conspiration, Star Trek Next Generation), un véritable requin et le vice-président de l’Union Pacific Railroad. Aidé par son ami Ferguson (le rappeur Common), Bohannon affrontera aussi le fanatique prêtre appelé « Le Suédois » (Christopher Heyerdahl, Twilight Saga) au prix de ses sentiments et surtout de vies humaines.
Mais en dépit de la souffrance des ouvriers, du froid de l’hiver, de l’injustice et des crimes, la construction des rails est la seule chose qui importe dans l’Enfer de l’Ouest…

Hell On Wheels >> Bande-annonce

Fiche technique : Hell on Wheels

Titre : Hell on Wheels
Année : 2014
Format : 10 à 13 épisodes de 42 minutes
Origine : USA, tournée en Alberta par Entertainment One, Nomadic Pictures et Endemol USA.
Réalisateur: Neil LaBute, Dennie Gordon, David Straiton, Michael Nankin, Roxann Dawson, Seith Mann, Marvin Rush, Adam Davidson, Rod Lurie                                                                                                                                                   Musique : Kevin Kiner, Gustavo Santaolalla
Scénaristes: Tony Gayton, Joe Gayton.
Casting: Cullen Bohannon (Anson Mount), Thor Gunderson (Christopher Heyerdahl), Eva (Robin McLeavy), Louise Ellison (Jennifer Ferrin), Thomas Durant (Colm Meaney), Mickey McGinnes (Philip Burke)
Producteurs exécutifs: Tony Gayton, Joe Gayton, John Shiban, Jeremy Gold, David Von Ancken.
Producteurs: Chad Oakes, Mike Frislev.

Hill of Freedom, un film de Hong Sang-soo : Critique

Séoul, colline de liberté narrative

Un fond coloré et quelques notes de piano suffisent à nous replonger dans le tendre univers d’Hong Sang-soo. Le cinéaste nous invite maintenant pratiquement chaque année, dans un Séoul où se joue le petit théâtre, des relations hommes-femmes, souvent autour d’un bon repas et de nombreux verres d’alcool, scènes symptomatiques du réalisateur coréen.

La Colline de la liberté du titre, n’est autre qu’un petit café de Séoul apprécié de Mori, japonais vagabondant dans la capitale coréenne à la recherche de son amie. Il fera toute une série de rencontres dont les issues permettent de comprendre peu à peu le réel but de son voyage de l’autre côté de la mer du Japon.

Petit par la taille (à peine plus d’une heure), ce nouveau Hong Sang-soo est grand dans ses ambitions. Dans toute son œuvre le cinéaste coréen aime jouer avec la narration, expérimentant sans cesse de nouvelles façons de raconter ses histoires, en rejouant par exemple la même scène selon des points de vue différents ou encore en créant des réalités parallèles. Avec Hill of Freedom, Hong Sang-soo nous offre une nouvelle expérience narrative.
Le réalisateur fabrique un véritable jeu de piste mélangeant scènes réelles et fantasmées tout en bousculant la chronologie. L’ouverture se fait sur le personnage de Kwon qui, à son retour à Séoul, découvre les nombreuses lettres que lui a écrit Mori, son ancien amour, venu la retrouver en Corée du Sud. Le film reconstitue alors les différents récits épistolaires qui, à cause d’une mauvaise chute dans les escaliers, se retrouvent dans un ordre aléatoire. Ces anecdotes se sont-elles vraiment passées ? Quand ont-elles eu lieu ? Sont-ce des souvenirs bruts ou idéalisés ? Ce sera au spectateur de laisser guider ses fantasmes et se faire sa propre petite idée du montage.

Tous ces jeux narratifs ajoutés à la légèreté de ton font le sel du cinéma d’Hong Sang-soo. The  »hill of freedom » du réalisateur c’est Séoul où il réussit à chaque fois à nous emmener dans ses contes rohmériens avec l’élégance et la liberté de ton qui le caractérise. En définitive, il n’y a pas de petit film de Hong Sang-Soo. Hill of freedom, son plus court long-métrage, en est la plus belle preuve.

Synopsis : Mori, un jeune japonais, a vécu une histoire d’amour avec une coréenne. Quelques temps plus tard, il retourne à Séoul la retrouver. Son absence l’entraîne dans une série de rencontre qu’il relate dans différentes lettres à destination de celle qu’il était venu chercher.

Hill of Freedom >> Bande-annonce du film

Hill of Freedom : Fiche technique

Titre original : 자유의 언덕
Date de sortie : 8 Juillet 2015
Nationalité : Corée du sud
Réalisation : Hong Sang-soo
Scénario : Hong Sang-soo
Interprétation : Ryô Kase, Moon So-ri, Seo Young-hwa, Kim Eui-sung
Musique : Jeong Yong-jin
Photographie : Park Hong-yeol
Décors : NR
Montage : Hahm Sung-won
Production : Kim Kyoung Hee
Sociétés de production : Jeonwonsa Film Co.
Sociétés de distribution : Les Acacias
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 66 minutes
Récompense(s) : NR

Auteur : Jim Martin

Top 10 Films : premier semestre 2015 de la rédaction LeMagduCinéma

Top 10 films : premier semestre 2015

La première moitié cinématographique de l’année 2015, nous a offert des films venant d’horizons différents, tout en traitant de divers sujets. On pourra apprécier l’éclectisme de ce top 10, où le cinéma américain est moins présent que lors de celui de l’année 2014 avec neufs de ses productions sur dix. Certes on retrouve toujours des films provenant du pays de l’Oncle Sam, mais aussi de France, Iran, Angleterre, Turquie, Allemagne et Argentine, parfois au sein de coproductions, permettant le financement d’œuvres originales et ambitieuses. Dans une ère de frilosité artistique, avec des studios investissant dans les franchises, remakes ou reboots, on retrouve un seul film construit autour d’un personnage mythique et connu du grand public, il s’agit de Mad Max : Fury Road. Malgré son budget digne d’un blockbuster, cela se révèle aussi un film d’auteur à la folie visuelle communicatrice et une bouffée d’air frais de la part du George Miller. On retrouve aussi bien du drame, comédie, action, réflexion, animation, documentaire, biopic ou film à sketchs. Il y en a vraiment pour tous les goûts et chacun y trouvera son bonheur parmi cette liste reflétant l’ouverture d’esprit de la rédaction de CineSeries.

La rédaction vous donne ses dix films préférés

10. Mustang & Vice-Versa

Ce sont deux œuvres sensiblement différentes qui se partagent la dernière place du classement, mais avec chacune une adolescente comme héroïne. Mustang nous permet de découvrir la vie de jeunes femmes dans un village reculé de Turquie, sous la caméra de la réalisatrice néophyte Deniz Gamze Ergüven. Alors que Vice-Versa, une production Pixar, s’immisce dans le cerveau de Riley, pour mieux comprendre son fonctionnement. On passe du rire aux larmes, à travers ces différents portraits, qui nous permettent de vivre un beau moment de cinéma.

9. Imitation Game

Grâce à cette biographie, on va découvrir le destin hors du commun d’Alan Turing, un mathématicien et cryptanaliste britannique, admirablement interprété par Benedict Cumberbatch, se retrouvant pour la première fois au cinéma en tête d’affiche. Si vous aimez la série Sherlock, ce film est fait pour vous tant les deux personnages se ressemblent, surtout qu’il a le même interprète. On y retrouve le même humour, mais aussi un côté sombre tout aussi passionnant, malgré les thèmes abordés : l’homosexualité, l’enfance et la seconde guerre mondiale, par le biais du décodage de la machine nazi Enigma.

8. Kingsman

Un film s’ouvrant sur Money for Nothing de Dire Straits et Sting, ne peut pas être mauvais et ce sera effectivement le cas. C’est un divertissement délirant, avec Colin Firth s’offrant son premier rôle dans un film d’action, tout en gardant son flegme britannique, Samuel L. Jackson est un méchant génial apeuré à la vue du sang avec un savoureux cheveu sur la langue, nous proposant un défilé de ses plus belles casquettes, puis Mark Strong (déjà présent dans Imitation Game) se régale et se lâche, en faisant preuve d’humour et de folie.  La révélation Taron Egerton est en osmose avec ses illustres aînés et la scène de l’église est déjà une des plus marquantes de cette année.

7. Taxi Téhéran

A la découverte de la vie en Iran dans les rues de Téhéran, c’est ce que nous propose le réalisateur Jafar Panahi, malgré l’interdiction qui le frappe de filmer et de quitter le territoire pour les 20 prochaines années.  A bord d’un taxi, il met en scène des moments légers ou dramatiques, permettant de mieux comprendre la situation dans son pays. On rit, s’émeut puis vibre face à ces gens pleins de vie, sans oublier les risques qu’ils prennent en se retrouvant devant une seule caméra offrant divers angles de vues, sans masquer la beauté des paysages. Un beau moment de cinéma engagé et humain, couronné par l’ours d’or au festival de Berlin 2015.

6. Les Nouveaux Sauvages

Il est rare de trouver un film à sketchs faisant quasiment l’unanimité, souvent à cause d’une inégalité dans les histoires. Le film avait fait sensation au festival de Cannes 2014, ce sera aussi le cas dans les salles. C’est une bouffée d’air frais venant d’Argentine, grâce à son humour décapant, l’absurdité des situations et l’absence de morale, en laissant libre cours au côté animal qui sommeille en chacun de nous. Il s’en dégage une énergie folle, c’est complètement déjanté, pourtant l’ensemble est homogène et captivant.

5. Citizenfour

En plein milieu du classement, on retrouve un documentaire retraçant le parcours d’Edward Snowden dénonçant les agissements de la NSA. Un fabuleux portrait d’un homme courageux, un lanceur d’alerte, se retrouvant seul face au gouvernement américain, tiraillé entre ses angoisses et le sentiment d’avoir bien agi. Ce huis clos aux airs de techno-thriller, est passionnant de bout en bout. Il a obtenu l’oscar du meilleur film documentaire, récompensant le travail de Laura Poitras, dans cet appel à la lutte pour la démocratie.

4. La loi du marché

Sélectionné au festival de Cannes 2015, La loi du marché est un film engagé, parlant de la société actuelle, à travers le parcours difficile d’un homme au chômage au bord de la rupture, sublimement interprété par Vincent Lindon, auréolé du prix d’interprétation. Son réalisateur Stéphane Brizé porte un regard déstabilisant et profondément intimiste sur le monde socio-économique qui l’entoure, jamais son cinéma n’a été aussi radicalC’est une oeuvre anxiogène et réaliste dont on ne ressort pas indemne, mais aussi le reflet d’un pays en crise.

3. Mad Max : Fury Road

George Miller revient et il va tout dévaster sur son passageC’est de l’action à l’état brut(e), d’un rythme soutenu et aux plans aussi déments, que la horde de personnages porté par une folie destructive jouissive et primitive. Charlize Theron prend le pouvoir en éclipsant Tom Hardy, pourtant digne successeur de Mel Gibson. Typiquement le genre de film à voir dans les salles obscures, pour prendre toute la mesure des superbes plans et courses-poursuites aussi démentes, qu’explosives!

2. Birdman

C’est couvert de nombreux oscars – dont meilleur film, réalisateur et scénario – que le film sort enfin dans nos salles, après des mois d’attentes. Ce retour au premier plan de Michael Keaton interprétant son propre rôle, a enthousiasmé la presse, tout comme notre rédaction sous le charme des plans séquences d’Alejandro Gonzalez Iñárritu. Une mise en abîme du monde du théâtre, cinéma et critiques, où personne ne sera épargné, malgré le charme d’Emma Stone et la beauté d’un plan final inoubliable.

1. Foxcatcher

Au sommet de ce top 10, on retrouve un long-métrage sorti au mois de Janvier, c’est dire à quel point il a marqué nos esprits par sa noirceur, froideur et l’excellence du trio d’acteurs : Steve Carell, Channing Tatum et Mark Ruffalo. Cette démystification du capitalisme américain, à travers la folie du philanthrope John Eleuthère Du Pont, est malheureusement une histoire vraie. Une oeuvre difficile qui ne laisse pas indifférent, à la lumière et photographie magnifiques.

Microbe et Gasoil, un film de Michel Gondry: Critique

On the Road

Le réalisateur français relance la machine à idées, trois ans après avoir adapté L’écume des jours  de Boris Vian, et principalement reconnu pour son Eternal Sunshine of the Spotless Mind, le cinéaste se tourne aujourd’hui vers la comédie initiatique et itinérante, à mi chemin entre le road movie et le buddie movie : Ambiance weirdo, décors champêtres, Michel Gondry signe un film personnel, au potentiel comique évident, mais qui ne dépasse pas son statut de film estival, modeste mais très agréable.

Les histoires de vilains petits canards, d’exclus, de marginaux ne sont pas d’un genre nouveau dans les cours de récré, et lorsque l’on voit l’inventivité excentrique de Gondry on imagine ce que l’école, dans sa férocité, a pu lui imposer durant son enfance. Le réalisateur s’inspire de sa différence, et insuffle, pour rendre sa fiction romanesque, des airs d’aventures, fougueuses et enfantines. Si le monde de l’adolescence passionne, obsède parfois, Gondry le dépeint de belle manière, entre la mélancolie de l’enfance, et la peur curieuse d’une vie d’adulte où s’affronte le sexe, la mort, et les autres. Le film met en scène deux collégiens, le premier, petit, chétif, discret, peintre ; le second, fils d’immigrée et d’alcoolique, mécanicien et philosophe à ses heures perdues. L’un est « microbe », l’autre est « Gasoil ». Seule leur différence les rapproche à première vue, mais ils se prennent d’affections, poussés par une solitude imposée, mais surtout grâce à leurs esprits, aussi compatissants que compatibles.

Et lorsqu’en tombant sur un vieux moteur de tondeuse, les deux enfants décident d’en faire une voiture ; et lorsque cette voiture devient également une maison, les deux amis prennent la route, direction les nichons du fantasme d’enfance de Gasoil (dans le massif central). Gondry touche presque au merveilleux avec sa maison roulante, ou du moins caresse de sa caméra les rêves homériques de tous les gamins. C’est un peu du Miyazaki, une fable à la fois tendre, à la fois dure ; bricoleuse et imaginative ; sur l’enfance et la société. Les deux ados délurés, dans leur fuite se libèrent, et le voyage entrepris, déchargés de toute pression parentale, Microbe et Gasoil cohabitent, dans les conserves et les duvets, couchants près des fossés, roulant largement en dessous des vitesses autorisées. Les frasques et les farces ponctuent habilement ce voyage, le rendant drôle et léger. Gondry maîtrise l’art de rendre ses personnages vifs et attendrissants, les portraits de ses deux « fils » sont réussis, et leurs altercations sont parfois très savoureuses, entre tirades philanthropiques et questionnements pré pubères.

Microbe et Gasoil, séduit et divertit intelligemment avec cette grande promenade périlleuse, et derrière des aspects sobres voir simplistes, le récit se joue de sa naïveté narrative pour bâtir une réelle complicité avec ces adolescents si particuliers, dans lesquels on retrouve forcément une once de notre enfance. Et même si la différence est encouragée, voir souhaitée, elle et belle et bien agressive dans sa réception par les autres, elle n’est pas que vecteur de talent et de personnalité, elle isole, exclue, attaque. Le film apparaît presque revanchard par ailleurs, sur ces attitudes corrosives des années collèges, dans le traitement des amoureuses et des populaires, des Moldus immatures. Finalement c’est une quête de soi, que Michel Gondry met en scène, sur ses jeunes cherchant à se faire accepter en premier lieu par eux même. C’est déjà vu, mais ça fonctionne, grâce à une écriture personnelle et des personnages efficaces; le nouveau film du réalisateur devrait plaire avec son humour et son scénario décalé.

Synopsis: Les aventures débridées de deux ados un peu à la marge : le petit « Microbe » et l’inventif « Gasoil ». Alors que les grandes vacances approchent, les deux amis n’ont aucune envie de passer deux mois avec leur famille. A l’aide d’un moteur de tondeuse et de planches de bois, ils décident donc de fabriquer leur propre « voiture » et de partir à l’aventure sur les routes de France…

Microbe et Gasoil >>Bande Annonce

Microbe et Gasoil : Fiche Technique

Réalisation: Michel Gondry
Scénario: Michel Gondry
Interprétation: Ange Dargent (Daniel Guéret dit Microbe), Théophile Baquet (Théo Leloir dit Gasoil), Audrey Tautou (Marie-Thérèse Guéret), Diane Besnier (Laura)…
Image: Laurent Brunet
Décor: Stéphane Rozenbaum
Costume: Florence Fontaine
Son: Guillaume Le Braz
Montage: Élise Fievet
Musique: Jean-Claude Vannier
Producteur: Georges Bermann
Genre: Comédie
Distributeur: StudioCanal
France – 2015
Date de sortie: 8 juillet 2015
Durée: 1h43

Green Room, grand vainqueur du Festival du Film Fantastique de Neuchâtel 2015

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Palmarès du Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel 2015 

Avec Sitges, Gérardmer, Bruxelles ou encore Strasbourg, le festival fantastique de Neuchâtel est l’un des plus prestigieux d’Europe. L’édition 2015 s’est tenu du 03 au 11 juillet présidée par un jury exclusivement féminin composé de Sabrina Baracetti, Axelle Carolyn, Julie Bergeron,  Sylvie Fleury et Zoë Bell (Boulevard de la Mort, doublure Uma Thurman dans Kill Bill). C’est l’un des plus fréquentés festival européen. Ses chiffres donnent d’ailleurs le vertige : 157 films présentes, 30 pays représentés et plus de 35 000 spectateurs se sont déplacés en masse dans les salles suisses durant ces huit jours.

Les femmes du jury ont dévoilé leur palmarès ce samedi 11 juillet :

Green Room de Jérémy Saulnier remporte trois prix dont le plus prestigieux, le Prix H.R. Giger «Narcisse» du Meilleur Film. Il succède à Housebound de Gerard Johnstone. A cela, il faut rajouter le Prix du Public et le Prix de la Jeunesse Denis-de-Rougemont.

C’est un film danois qui a également su se démarquer dans cette vaste sélection puisque c’est Men & Chicken de Anders Thomas Jensen (Les Bouchers Verts, Adam’s Apple) avec son habitué Mads Mikkelsen qui ont remporté le Méliès d’Argent du Meilleur Long Métrage Fantastique Européen.

Il semblerait que Karyn Kusama ait décidé enfin de montrer toute l’étendue de son talent. Après les très décriés Aeon Flux et Jennifer’s Body, la réalisatrice new-yorkaise remporte le très select Prix du jury de la critique internationale pour The Invitation. Ce dernier est d’ailleurs déjà annoncé dans la programmation du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS).

Un étonnant film éthiopien fait partie du palmarès suisse. Il s’agit de Crumbs de Miguel Llansò qui remporte le Prix Imaging The Future (meilleur production design). Egalement sélectionné au prochain FEFFS, Crumbs est un film dont l’audace visuelle ne cesse de faire le buzz depuis quelques mois, présents dans tous les festivals de genre.

Du côté de l’Asie, c’est l’hongkongais Full Strike de Henri Wong & Derek Kwok qui a remporté le Prix du Meilleur Film Asiatique.

Enfin côté court-métrage, la Suisse est à l’honneur puisque deux de ses films se partagent les trois récompenses consacrés aux courts : Es War Finster und Merkwurdig Still de Mirella Brunold & Nina Calderone remporte le Prix HR Giger «Narcisse» du Meilleur Court Métrage Fantastique Suisse et le Méliès d’argent du Meilleur Court Métrage Fantastique Européen. Enfin,  Parasit de Diego Hauenstein repart avec le Prix Taurus Studio à l’innovation. 

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en mai dernier, Green Room a déjà été vu par notre rédaction.

Love and Mercy, un film de Bill Pohlad : Critique

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Dangerous game

Mais si Love and Mercy sort du lot, c’est grâce à son casting 4 étoiles, voire 5 étoiles. Deux interprètes pour un personnage, voilà un pari osé, car en cela réside la possibilité que l’un surpasse l’autre, mais il n’en est rien. Paul Dano et John Cusack se valent et sortent leur épingle du jeu, chacun à leur manière, participant tous deux à des séquences émotionnellement fortes, où la direction d’acteur et le jeu est à l’honneur. Mais les deux diffèrent tout de même : John Cusack propose un jeu sur la durée, alors que Paul Dano se révèle dans des séquences bien précises.
Il ne faut pas faire d’impasse sur les seconds rôles. Elizabeth Banks est excellente. Même si, de prime abord, elle peut apparaître comme l’actrice potiche blonde pas très intelligente, elle dévoile un jeu édifiant, variant entre diverses émotions, tout en sachant que son rôle n’est en rien facile. En effet, l’actrice interprète Melinda LedBetter, femme qui aidera Brian Wilson à sortir des griffes de son médecin, interprété par Paul Giamatti, lors de sa descente aux enfers, après avoir été au sommet avec les Beach Boys. D’ailleurs, Paul Giamatti complète le casting principal avec brio. Mais il ne faut pas trop en dire sur son personnage et sur sa relation avec Brian Wilson, car c’est en cela que réside la force des séquences avec John Cusack comme interprète. (même si toute l’histoire est trouvable sur internet, le film étant un biopic.) Mais Paul Giamatti est aussi confronté, à plusieurs reprises, à Elizabeth Banks, et on retiendra toute cette séquence d’insultes chez le concessionnaire auto, preuve de la faiblesse du médecin, et de sa manipulation qui ne porte ses fruits qu’envers Brian Wilson.

On pourrait regretter que le réalisateur laisse de côté les relations familiales de Brian Wilson. Lors des flash-back avec Paul Dano, Bill Pohlad n’aborde que superficiellement ses relations avec ses frères (Denis ou Carl) ou son cousin (Mike Love), alors que ces dernières ont été d’une importance majeure dans l’histoire des Beach Boys, mais également dans la vie de Brian Wilson. Toutefois, la relation que Brian entretient avec son père est très justement instaurée, une relation compliquée, très souvent tendue, où les intentions de chacun sont floues, même si l’on se doute que l’argent, le profit et la quête du succès régissent les pensées et les choix du père, notamment lorsque ce dernier décide de vendre les droits des chansons des Beach Boys.
La fresque familiale dans « Love and Mercy » n’est donc qu’une ébauche et s’avère être inachevée, mais pour couvrir une vie, le réalisateur a du travailler la synthèse, et ses intentions sont dignement représentées dans le film.

I love Rock’n’roll 

Who does not know Beach Boys? This American rock band had a huge success in the 1960s and 1970s, consisting of 6 boys cracking girls. Beach Boys, we all keep in mind huge hits like « I get around », « Surfin USA » or « Good Vibrations ». We know a little less about the history of its members, and that of Brian Wilson, but Bill Pohlad decided to take an interest in it. Because yes, do not approach Love and Mercy , the first feature film of the director, as a film tracing the history of the Beach Boys but as a pure biopic Brian Wilson, performer and author of the best-known songs of the group.

Love and Mercy is divided into two parts: the youth of Brian Wilson (then played by Paul Dano) who continues to be presented to us in the form of flashbacks, and his life after Beach Boys, where Brian Wilson (this time played) by John Cusack) sees himself being manipulated and lives a nightmare with his eyes open. The temporal / narrative scheme of Love and Mercy is very interesting because the director does not serve us a simple chronology, but, on the contrary, continues to navigate in different eras.

Although the realization is simple, the filmmaker is content to film, without any aesthetic bias, except for the aging of images to stick to the 70s. Where Bill Pohlad could have appropriated the biopic and make a story exciting, it comes out a simple narration of facts, but the feature film is still pleasant to watch, with beautiful sequences, such as aquatic. Love and Mercy enjoys a real work on the sets, the director having reconstructed the different places that made the life of Brian Wilson. After, as in many biopics, impossible to escape all this arsenal of makeup, aiming to embellish the characters, but highlighting a certain falsity, a lack of naturalness.

Synopsis: Biopic retracing the path of Brian Wilson, a genius composer of the Beach Boys , a difficult childhood ended up making schizophrenic.

Love and Mercy >> Bande-annonce du film

Love and Mercy : Fiche technique 

Titre original : Love & Mercy
Titre français complet : Love and Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys
Date de sortie américaine : 5 juin 2015
Date de sortie française : 1er juillet 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Bill Pohlad
Scénario : Oren Moverman et Michael Alan Lerner
Interprétation : John Cusack, Paul Dano, Elizabeth Banks, Paul Giamatti, Kenny Wormald
Musique : Atticus Ross
Photographie : Robert D. Yeoman
Décors : Andrew Max Cahn
Montage : Dino Jonsäter
Production : Bill Pohlad, Claire Rudnick Polstein, John Wells et Brian Wilson
Société de production : Battle Mountain Films et River Road Entertainment
Distribution Company: Roadside Attractions (United States), ARP Sélection (France)
Genre: Biography, Biopic
Duration: 120 minutes

Omar Sharif : Portrait d’un seigneur du cinema

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Omar Sharif : disparition d’un géant

Vendredi 10 juillet 2015, nous apprenions la mort d’Omar Sharif. Et, réagissant immédiatement à cette annonce, la même référence, la même image, le même nom s’imposent à tous les esprits cinéphiles : Youri Jivago. Rarement un acteur a été autant associé à un rôle précis. Alors qu’Omar Sharif a joué pendant presque 60 ans, depuis 1954 (Le démon du désert, du cinéaste égyptien Youssef Chahine) jusqu’en 2012 (Rock the Casbah, film franco-marocain de Laïla Marrakchi), aussi bien au cinéma qu’à la télévision, il restera, pour l’immense majorité d’entre nous, ce médecin russe pris dans la tourmente de la Révolution de 1917 et de la Guerre Civile.
Omar Sharif s’appelait Michel Demitri Chalhoub. Il est né le 10 avril 1932 à Alexandrie. Il semble vouloir suivre les voies de son père, Joseph Chalhoub, en obtenant un diplôme de mathématiques et de physique à l’université du Caire puis en intégrant l’entreprise familiale, mais ce n’est que pour mieux se diriger vers l’une des plus prestigieuses formations au métier d’acteur, celle de la Royal Academy of Dramatic Arts de Londres.

C’est le grand cinéaste égyptien Youssef Chahine qui lui donnera ses premiers rôles, d’abord dans Le Démon du désert puis dans Les Eaux noires, sur le tournage duquel il rencontrera sa future épouse, Faten Hamama. C’est à ce moment-là que Michel Chalhoub prend le pseudonyme d’Omar el Sharif, simplifié ultérieurement en Omar Sharif, et c’est pour son mariage avec l’actrice égyptienne qu’il se convertira à l’islam. Présenté à Cannes, Les Eaux noires obtiendra un grand succès et Omar Sharif sera alors la grande vedette masculine du cinéma égyptien.
C’est fort de ce succès dans le monde arabe que Sharif se verra proposer le rôle du Sheik Ali ibn el Kharish dans Lawrence d’Arabie, réalisé par le britannique David Lean. Ce rôle sera le tremplin international de la carrière du jeune acteur. À 30 ans, il reçoit deux Golden Globe (meilleur acteur dans un second rôle et meilleure révélation masculine) et est nommé aux Oscars.
« J’ai un physique qui n’est pas trop typé, plutôt passe-partout, latin méditerranéen », a dit l’acteur lors d’un entretien au quotidien Libération en 1988. Omar Sharif, par modestie, attribuait à son esthétique le succès de sa carrière. Mais on ne peut pas laisser de côté son talent, qui lui a assuré des rôles divers et variés, depuis le prince arabe jusqu’à l’archiduc autrichien en passant par le médecin russe et même… Che Guevara !
S’ouvre donc une période royale pour Omar Sharif, avec, pour ne citer que quelques exemples : La Chute de l’empire romain, d’Anthony Mann, Le Docteur Jivago de David Lean, La Nuit des généraux d’Anatole Litvak, La Belle et le Cavalier de Francesco Rosi, Mayerling de Terence Young, Funny Girl de William Wyler ou Le Casse, de Henri Verneuil. Son don pour les langues (il en parle cinq) lui permet de jouer aussi bien en Egypte qu’en France ou dans les pays anglo-saxons. Son talent le met à l’aise dans tous les rôles, dans tous les genres : aventures, comédies musicales, mélodrames, péplum, films historiques, western… Par un judicieux choix de films, Omar Sharif a su éviter de s’enfermer dans des rôles de jeunes séducteurs.
On retrouve l’acteur égyptien aussi bien dans du cinéma intellectuel exigent (Les Possédés, d’Andrej Wajda, d’après Dostoievski) que dans du cinéma à grand spectacle hollywoodien. A ce sujet, il gardera de sa carrière outre-Atlantique une vision désabusée, comme il l’a avoué au magazine Elle en septembre 2003 : «Chaque grand réalisateur américain a fait avec moi le plus mauvais film de sa carrière.» Encore récemment, on a pu le voir au générique du 13e Guerrier, de John MacTiernan.

Par contre, sa vie privée est loin d’être aussi tranquille. Divorcé très vite de la star égyptienne Faten Hamama, il mènera une vie de séducteur qui ne le satisfera pas : «On m’a prêté des aventures multiples, se confie-t-il, un brin désabusé, dans Le Figaro, en 1982, alors que je n’ai pu maintenir aucune liaison stable et régulière avec une femme. Je ne suis qu’un don Juan mythique. Au fond, ma vie est un échec.»
C’est surtout dans le jeu qu’il passera une grande partie de sa vie. S’il est devenu célèbre pour toute une génération, en France, en faisant de la publicité pour le Tiercé, c’est le bridge qui sera sa grande passion. C’est dans les casinos qu’il s’endettera, s’obligeant ensuite à accepter des films « alimentaires » pour régler ses difficultés. «Toute ma vie, je suis allé d’une ville inconnue à une autre. Ne connaissant jamais personne sur place, les seules choses que je pouvais faire pour m’amuser, c’était d’aller dans un casino pour avoir des émotions fortes, voir des gens. C’était un endroit où il y avait du monde et où l’on n’était pas ridicule en étant seul.» (Paris-Match, 28 août 2003)
Omar Sharif était atteint de la maladie d’Alzheimer. C’est au Caire qu’il s’est éteint, de retour dans un pays qui lui a donné sa célébrité, lui a donné un nom et a lancé une carrière internationale importante.

Omar Sharif en quelques dates :

10 avril 1932 : naissance à Alexandrie, en Égypte.
1954 : premier film, Le Démon du désert, de Youssef Chahine.
1955 : mariage avec Faten Hamama (dont il divorcera en 1968)
1962 : Lawrence d’Arabie, de David Lean (deux Golden Globe)
1965 : le Docteur Jivago, de David Lean (un Golden Globe)
1973 : il interprète le Capitaine Némo dans la série télévisée L’ïle Mystérieuse, de Juan Antonio Bardem, d’après Jules Verne.
2003 : Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière au festival de Venise.
2004 : César du meilleur acteur pour Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, de François Dupeyron
10 juillet 2015 : décès au Caire à l’âge de 83 ans.

Georges Méliès, portrait d’un visionnaire

Georges Méliès, portrait d’un artiste

Les premiers pas d’un génie.
Georges Méliès né à Paris en décembre 1861. Son père Jean Louis Stanislas Méliès est un industriel de la chaussure de luxe, qui réussit dans les affaires comme dans sa vie personnelle, mondaine. Dès son plus jeune âge, le petit Georges manifeste des talents créatifs. Il écrit des poèmes et des histoires, caricature ses professeurs ou dessine des paysages, bricole aussi de ses petits doigts quelques purs produits de son esprit. Il fait ses études au Lycée impérial de Vanves, puis au lycée Louis-le-Grand. L’agitateur d’idées qui sommeillait en lui jusque là va alors se réveiller. C’est au moment de son service militaire à 18 ans, selon certains dires, qu’il rencontrerait Robert Houdin, l’illustre magicien.
Georges Méliès veut devenir peintre et entrer aux beaux-arts. Mais il intègre à la place l’entreprise familiale où il apprendra la mécanique ; discipline qu’il mettra à profit au cours de sa carrière. Envoyé par ses parents à Londres pour perfectionner son anglais, il s’essaye à l’art de la prestidigitation à l’Egyptian Hall et assiste son mentor, l’illusionniste David Devant, à la confection de décors. C’est ainsi que Georges Méliès, rentré à Paris, devient magicien. Il se produit au cabinet fantastique du Musée Grévin et occupe un poste de journaliste caricaturiste au journal satirique La Griffe.
En 1888 à 26 ans, il revend ses parts de l’entreprise de chaussures pour acheter le Théâtre Robert Houdin. Georges Méliès y récupère quelques automates et présente rapidement des spectacles d’illusions où il met en scène ses talents artistiques et ses idées avant-gardistes.
En 1891, il fonde l’Académie de Prestidigitation. Georges Méliès est alors directeur de son théâtre, créateur de costumes et de décors, metteur en scène, s’occupe des castings…en sus du costume de magicien.

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« Remerciez-moi, je vous évite la ruine, car cet appareil, simple curiosité scientifique, n’a aucun avenir commercial ! »
Sa période créatrice commence réellement fin 1895, lorsqu’il assiste à la première projection publique des frêres Lumière, au Grand Café. Georges Méliès capte tout de suite l’intérêt de l’appareil et son potentiel énorme. Son offre d’achat est déboutée par les Frères Lumière qui « prétextent » un pauvre avenir pour le cinéma. Mais Méliès n’en reste pas là. Il acquiert l’Isolatographe des Frères Isola, propriétaires depuis 1892 du théâtre des Capucines, ainsi que le projecteur Théatographe développé par Robert William Paul, opticien et accessoirement premier réalisateur de films anglais. Georges Méliès fonde logiquement sa propre société de production, Star Film, et projette dès le 5 avril 1896, des films adaptés de la trame des Frères Lumière comme il est coutume de faire à l’époque. Les intempéries et les changements incessants d’intensité de lumière l’amènent, en 1897, à créer son studio de cinéma ; premier studio français, installé dans sa propriété de Montreuil, d’où sortiront 520 films fantastiques, mystérieux ou pleins d’humour. Pour les besoins du film, pensant toujours technique et développement, Georges Méliès créé des métiers inconnus jusqu’alors : producteur, réalisateur, scénariste, décorateur ou opérateur.

Le magicien changé en cinéaste visionnaire.
homme-a-la-tete-en-caoutchouc-georges-meliesGeorges Méliès filme d’abord des sujets simples. Le contemplatif de la mer, l’agitation de la rue ou la famille, comme le faisait encore une fois les Frères Lumière. Le 5 avril 1900, il dévoile à son public des prises de vue de villes et de champs, réalisées à partir d’un kinétographe qu’il a lui-même conçu. Avec cet appareil qui permet de prendre plusieurs photographies à de très courts intervalles pour donner une impression de mouvement, il prend conscience qu’il est possible d’aller au delà des simples captations instantanées de la vie de tous les jours. Et c’est ainsi que Georges Méliès pose les bases de la fiction cinématographique. A l’aube de son invention, le cinéma prenait déjà toute son amplitude, sa signification et sa raison d’être. Son évolution ne serait désormais plus qu’une histoire de technique et de style.

L’Albert Einstein du Septième Art.
Méliès explore à quelques exceptions près tous les registres possibles. Comédie, fantastique, documentaire, horreur, guerre, aventure ou conte. Il met au point le fondu enchaîné, la surimpression ou encore l’arrêt sur image et élabore de nouveaux effets et trucages, comme le dédoublement du personnage, ou la substitution. Georges Méliès se sert de ses films comme laboratoires d’essais et d’expérimentations. Avec La sortie de l’usine ou L’arrivée d’un train à La Ciotat en 1895, les Frères Lumière ont inventé le documentaire. Mais Georges Méliès a ouvert la voix d’un imaginaire filmique sans bornes, et introduit les effets de la machinerie, à l’origine très certainement d’oeuvres ultérieures majeures comme Alien, le huitième passager de Ridley Scott ou The Thing de John Carpenter.

Escamotage d’une dame chez Robert-Houdin

https://www.youtube.com/watch?v=FQQM9wMuR0o

1896. Un court métrage d’à peine 1.5 min dans lequel Georges Méliès prend le rôle d’un prestidigitateur. Il se filme avec sa femme, comme assistante dans ce numéro de magie, la fait disparaître sous un voile et la remplace par un squelette ; métaphore poétique de la création cinématographique.

Premier essai captivant par la mise en scène théâtrale, la prestance de ce personnage central, la neutralité du second, et l’amusant découpage de la pellicule.


Défense d’afficher

https://www.youtube.com/watch?v=pDDzHzbuKAQ

1896 toujours, Défense d’afficher est l’une des premières comédies de toute l’histoire du cinéma. Pas tout à fait 1min15, pour une seule petit séquence d’humour. Fin, expressif malgré le muet, bienfaisant.


La Star Film propose déjà 34 films à son catalogue, auquel viendront s’en ajouter 29 en 1901. Georges Méliès produit 3 oeuvres majeures en 1902, dont le célèbre (Le) Voyage dans la Lune.

Voyage dans la Lune

https://www.youtube.com/watch?v=9m830jhUi3E

1902, le chef d’oeuvre de Méliès. Considéré comme le premier film de science-fiction au Monde, Voyage dans la Lune fait prendre un véritable tournant à la conception première du cinéma. Georges Méliès fait preuve d’une justesse extrême, d’une imagination libérée des obstacles physiques et idéologiques d’alors, d’une anticipation déstabilisante pour tout spectateur du 21ème siècle.
Il personnifie cette Lune qui fascine depuis la nuit des temps et traduit par l’image une question existentielle qui poussera l’homme vers l’espace 60 ans plus tard. Riche d’idées, le court-métrage mêle le réel à l’illusion, le rêve au fantastique, avec le désir fort de bousculer les idées et révolutionner les consciences. Les effets spéciaux y sont véritablement ingénieux tout comme le scénario, magique et vertueux. Voyage dans la Lune est un film unique en son genre, un film qui donne toute la mesure d’une époque partagée entre moyens techniques et philosophie.


Fin 1903, Star Film est représentée à Berlin, Barcelone, Londres et à New York sous le nom Go Méliès Star Film Manufacturing,
mais doit faire face à une concurrence féroce. Gaumont fondée en 1895, et la compagnie des quatre Frères Pathé créée en 1896, gagnent de l’importance en ce début de 20ème siècle. Pathé distribue 40% des films projetés en Europe et aux États-Unis. Gaumont change sa forme juridique, devient société anonyme sous le nom de Société des établissements Gaumont. Pour contre-attaquer, Georges Méliès étant la durée de ses films, travaille la profondeur du scénario et la plastique des décors, offre de nouvelles pistes de réflexion sur l’homme et son environnement.

Deux cent mille lieues sous les mers

1907. En quelques sortes le miroir de Voyage dans la Lune, Deux cent mille lieues sous les mers s’inspire de l’oeuvre de Jules Verne. Le film figure la curiosité de l’homme pour les profondeurs océaniques, qui sont là, juste sous ses pieds mais qu’il ne peut encore explorer. Georges Méliès met en mouvement les éléments du décor pour fantasmer une aventure qui confronte l’humain à un environnement hostile où tout lui est étranger. Un court-métrage qui montre la fascination du cinéaste pour le milieu sous-marin, suggérant l’immensité de l’inconnu et l’extraordinaire trésor culturel qui s’y cache, sans jamais oublier la touche d’humour propre à son oeuvre.


Tandis que l’histoire du cinéma est en marche, l’entreprise de Méliès est confrontée à de nouveaux défis qui bouleversent la pérennité de Star Film. Le rythme de production diminue à partir des années 1910. Seulement 2 films sont réalisés en 1911, 4 l’année suivante.

À la Conquête du Pôle

https://www.youtube.com/watch?v=mOGuRCwVCD0

1912. l’une de ses œuvres les plus ambitieuses. Entre espace et océan, Méliès développe ici l’idée de la conquête terrestre. Mais comment parvenir à joindre le Pôle ? Les idées sont riches et intelligentes, la mise en scène séduisante. 30 minutes de rêve et de ravissement cinématographique.


Sous la pression financière, Georges Méliès doit se résoudre à mettre fin à ses activités cinématographiques. Il poursuit cependant la mise en scène de pièces de théâtre jusqu’en 1923.  Cette même année, criblé de dettes, il revend sa propriété à Pathé. La guerre entraine la fermeture du Théâtre Robert Houdin. Tous ses films sont vendus ou détruits. En 1925, ruiné, il croise le chemin de l’actrice Jeanne d’Alcy, commerçante à la gare Montparnasse. Méliès l’épouse et s’installe avec elle dans sa boutique de sucreries. A la mort de sa fille, Georgette, en août 1930, il recueille sa petite-fille Madeleine, âgée de 7 ans.
Quelques années plus tard, Georges Méliès est redécouvert par Luis Buñuel et André Breton qui l’amènent à décrocher la légion d’honneur le 22 octobre 1931. Tout début 38, Henri Langlois à l’origine de la Cinémathèque française, regroupe une partie des films du réalisateur en vue de leur restauration. Georges Méliès décède à Orly quelques jours plus tard, le 21 janvier 1938.

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Curiosité, imagination et anticipation sont quelques mots qui caractérisent l’oeuvre de Georges Méliès. Ce pionnier du cinéma pour qui la création était au centre de la vie, conduisit le Septième Art à se révéler au public, à s’émanciper très top dès ses 10 premières années, et révéla des possibilités qui n’auraient de limites que l’inventivité des hommes. Il contribua aussi à l’évolution de la société, du Monde de façon générale grâce à ses idées novatrices. Méliès n’a pas seulement développer la technique cinématographique, mais posé les bases de ce qu’allait être le cinéma moderne.

Georges Méliès restera l’un de ses piliers, l’un des petits pères du Septième Art ou son étoile du berger.