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Une mère, un film de Christine Carrière : critique

Family life

Il y a quelques années, Christine Carrière a réalisé Darling, un film assez sombre, basé sur une histoire vraie, mais illuminé par une excellente Marina Foïs à contre-emploi, dans un de ses rôles les plus marquants. Un film qui tenait en haleine, qui osait aller au bout de son propos, un film grave  qui parvenait à faire rire malgré des vies assez tragiques, une réussite dans l’ensemble.

Son nouveau film, Une mère, ne sort pas de ce cadre gris et sombre. Mathilde Seigner y joue le rôle de Marie, la mère de Guillaume, un adolescent de 16 ans en perte totale de repères, accumulant les mauvaises actions. Marie est une mère dépassée par les évènements. Sa vie est terne, dans cette ville du Nord indéfinie et morte, dans ce logement peu avenant, dans ces petits boulots qui n’apportent aucune satisfaction, mais seulement de la fatigue et de la précarité, dans cette relation vaguement amoureuse et peu épanouissante, et surtout dans cette relation mère-fils plus que délétère. Un trop-plein d’accablement qui fait constamment surfer le film sur le fil du sentimentalisme.

Le film est centré sur cette relation entre la mère et le fils. Le mode de communication entre eux n’est jamais le bon, rempli d’agressivité  le plus souvent, de la part d’un fils extrêmement antipathique qui considère sa mère comme l’ennemi, tout comme de la part d’une mère excédée par cette attitude, mais qui ne propose à son fils qu’un visage fermé et sévère. Il est assez éprouvant de les suivre dans leur histoire, car ils n’offrent jamais l’occasion d’être en empathie. L’un et l’autre, filmés dans un quasi huis clos relationnel, jouent leur rôle de manière mécanique et exacerbée, de telle sorte que la sensation du factice envahit souvent le spectateur dubitatif, et ne laisse pas la possibilité qu’une émotion s’échappe du film.

Les agissements de Guillaume sont caricaturaux et proches du cliché, comme issus d’un catalogue du mauvais comportement chez l’adolescent. Impeccable jusqu’alors, que ce soit chez Ursula Meier (l’enfant d’en haut, Home) ou chez Anne Fontaine (Gemma Bovery), Kacey Mottet-Klein ne réussit pas à faire exister pleinement son personnage, et il ne paraît à aucun moment concerné par ce qui se passe. Au contraire, l’agitation extrême, mais surtout vaine, de son personnage l’éloigne du jeune acteur sympathique et talentueux qu’il a toujours été, à croire qu’il ne peut ni ne veut pas assumer ce rôle du méchant et vilain, ou pire, à croire qu’il a perdu son talent en route …

Quant à Mathilde Seigner, elle aussi jouant en dehors de son registre habituel, à défaut de donner de l’épaisseur et de la subtilité à son personnage, faute sans doute à un manque de matière de la part de la réalisatrice, elle arrive au moins à incarner la lassitude extrême du personnage, qui va jusqu’au tabou de la détestation, voire la haine  de son propre fils. Malheureusement, Christine Carrière ne va pas au bout de son idée, et cette bravoure d’une mère qui veut être détachée de son fils présente la même tiédeur que le reste du film. L’indécision de Marie quant à la conduite à tenir par rapport à son fils vient clairement de la réalisatrice, et non du personnage lui-même.

La tentative de rajouter des ponctuations dans le métrage, au travers de « l’histoire d’amour »  de Marie avec son ex-amoureux toujours transi n’est pas non plus une franche réussite. Toute se passe dans la même morosité, le même ton égal utilisé d’un bout à l’autre. Leurs discussions nocturnes sont d’une grande platitude, et portent sur des sujets morbides et faussement philosophiques et qui n’ont pas  leur place dans ce récit. Leurs échanges sont indéfinissables. Ici encore, on sent nettement le manque de parti pris.

Cet article indéfini du titre, Une mère, est symptomatique du film de Christine carrière. Le propos du film n’est pas limpide, on ne sait pas si Marie est une mère comme les autres, une mère spéciale ; on ne sait même pas si, in fine, elle est une bonne ou une mauvaise mère. Elle est une mère que l’on n’a pas envie de défendre, contrairement à une autre mère à laquelle elle fait forcément penser, à l’inoubliable Diane (Fabuleuse Anne Dorval)  dans le film de Xavier Dolan, Mommy, une mère qui est pourtant autrement plus éprouvée que  Marie…

Après ce film très en demi-teinte, il ne reste plus qu’à espérer que Christine Carrière retrouve vite son sens du cinéma pour nous offrir quelque chose de plus consistant à nous mettre sous la dent…

Synopsis: Marie ne parvient plus à gérer Guillaume, son fils de 16 ans. Malgré tous ses efforts, celui-ci est devenu un délinquant, toujours sur la corde raide. Au bout du rouleau, elle est sur le point de baisser les bras, se demandant ce que serait sa vie si elle n’avait pas eu d’enfant. Pierre, son ex toujours amoureux, voudrait la récupérer, faire un bébé avec elle, alors qu’elle se débat comme une diablesse pour mettre de l’ordre dans sa vie. Comme si cela ne suffisait pas, Guillaume, qui accumule les bêtises, est suspecté d’avoir renversé un homme. Alors que leur relation houleuse est au point mort, elle va tenter de recoller les morceaux…

Une Mère : Bande annonce

Une Mère : Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 24 Juin 2015
Réalisateur : Christine Carrière
Nationalité : France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 100 min.
Scénario : Christine Carrière
Interprétation : Mathilde Seigner (Marie), Kacey Mottet Klein (Guillaume), Pierfrancesco Favino (Pierre), Salomé Dewaels (Suzanne)
Musique : Eric Neveux
Photographie : Jeanne Lapoirie
Montage : Martine Barraqué
Producteur : Nicolas Blanc
Maisons de production : Agat films & Cie
Distribution (France) : Les films du Losange
Récompenses : –
Budget : NR

Hell on Wheels saison 4 arrive en DVD

La saison 4 de Hell on Wheels sortira en DVD et Blu-ray le 1er juillet !

En attendant la première partie de la saison 5 diffusée sur AMC samedi 18 juillet 2015, le coffret DVD ou Blu-ray de la saison 4 de Hell on Wheels sera disponible le 1er juillet. Lancée en 2011 sur AMC et créée par les frères Joe et Tony Gayton (Faster, Southern Comfort), Hell on Wheels est un western moderne qui relate la construction du premier chemin de fer transcontinental sur fond de vengeance et de violence. Bien reçue par la critique, la série originale et rythmée a su maintenir une audience honorable et fidèle autour des 2 millions de téléspectateurs, ce qui lui a valu d’être reconduite plusieurs fois.

La petite histoire :

Au sortir de la Guerre de Sécession, Cullen Bohannon (Anson Mount, Non-Stop, All the boys love Mandy Lane), un ancien soldat de la Confédération, se lance dans une Vendetta à l’encontre des hommes responsables du viol et du meurtre de son épouse. Pour approcher les criminels, il devra travailler pour Thomas « Doc » Durant (Colm Meaney, Un Incroyable Talent, La Conspiration, Star Trek Next Generation), véritable requin et vice-président de l’Union Pacific Railroad. Sa vengeance assouvie, Cullen pensait trouver la paix dans la ville ambulante de Hell on Whells mais le fanatique « Suédois » (Christopher Heyerdahl, Twilight saga) a survécu. Plus illuminé encore, il est revenu d’entre les morts pour faire enlever Cullen et sa femme et les garde prisonniers dans un fort occupé par les mormons.

Malgré le froid de l’hiver et de l’absence du contremaître, la ligne de chemin de fer poursuit sa laborieuse ascension. En dépit de la souffrance des ouvriers, des morts et des indiens, la construction des rails est la seule chose qui importe pour Thomas Durant. En enfer, il n’y a pas de place pour les sentiments.

Fiche technique : Hell on Wheels

Année : 2014

Origine : USA, tournée en Alberta par Entertainment One, Nomadic Pictures et Endemol USA.

Format : 13 épisodes de 42 minutes

Réalisateurs : Neil LaBute, Dennie Gordon, David Straiton, Michael Nankin, Roxann Dawson, Seith Mann, Marvin Rush, Adam Davidson, Rod Lurie

Scénaristes : Tony Gayton, Joe Gayton.

Casting : Cullen Bohannon (Anson Mount), Thor Gunderson (Christopher Heyerdahl), Eva (Robin McLeavy), Louise Ellison (Jennifer Ferrin), Thomas Durant (Colm Meaney), Mickey McGinnes (Philip Burke)

Producteurs exécutifs : Tony Gayton, Joe Gayton, John Shiban, Jeremy Gold, David Von Ancken.

Producteurs : Chad Oakes, Mike Frislev.

Dans un jardin je suis entré, un film de Avi Mograbi: Critique

Le dernier long métrage d’Avi Mograbi, Dans un jardin je suis entré, offre la possibilité au spectateur de découvrir sous un nouvel angle certaines thématiques de ce cinéaste israélien.

Synopsis : Ali et Avi rêvent d’un moyen orient du passé, un monde sans frontières ethniques ou religieuse où ils peuvent cohabiter ensemble.

Communiquer pour se Rassembler

Au cours, de ces précédentes œuvres, on avait distingué un réalisateur avec un style très engagé qui finissait par s’épuiser. Cela pourrait être expliqué par le fait que le réalisateur a sans doute pris un peu trop vite conscience de son potentiel intrinsèque, et a eu tendance à casser constamment les codes du cinéma sans doute par excès de confiance. Ainsi, dans ce documentaire nous sommes en mesure de s’interroger sur le type de film que proposera Avi Mograbi, traditionnel ou toujours autant atypique voire déjanté ?
Dans un premier temps, on découvre un professeur palestinien, ami de longue date d’Avi Mograbi, avec qui il dressera un portrait utopique du Moyen Orient, en tentant d’expliquer de quelle manière cette région pourrait cohabiter et retrouver une certaine tranquillité. Cet homme paraît être très réfléchi et pourrait être même comparé à un érudit.

L’introduction d’Avi Mograbi, se détache totalement du style documentaire, avec une caméra qui filme clairement un échange de la vie de tous les jours. L’objectif de cette scène est de prouver aussi implicitement que l’auteur inscrit ses propos dans le présent, et montre la voie aux populations de cette région pour apprendre à communiquer et à comprendre « ses semblables ». Cependant, ce passage paraît être bien que volontairement exploité de cette manière trop amateur pour une introduction d’un réalisateur avec un tel potentiel.
Ensuite, on pourrait dire que par le biais de ce 6ème long métrage, Avi Mograbi se vide en quelque sorte du poids de la conscience politique israélienne, avec laquelle il est souvent en désaccord. De ce fait, implicitement on pourrait dire que par le biais du 7ème art, l’objectif pour l’auteur est de faire le vide d’un point de vue spirituel des actions politiques qui selon le cinéaste israélien sont regrettables et souvent injustifiées.

Par ailleurs, au cours de cette œuvre, on ne peut qu’être admiratif de certains paramètres qui amènent une nouvelle fois une dimension supplémentaire à ce documentaire. Au-delà de la forte croyance que l’on peut distinguer dans toutes ses productions, ce qui est véritablement marquant dans cette œuvre c’est qu’elle est réalisée sans scénarios et sans réel fil conducteur, si ce n’est l’évolution de la réflexion commune des deux protagonistes. Avi Mograbi de part son esprit d’innovation sans faille, délivre même des informations sur comment « faire son film ». L’accord entre les deux parties se terminent sur un objectif central entre les deux hommes, promouvoir la paix et prouver que la communication reste possible entre deux parties avec des rivalités très importantes.
Ce documentaire, est aussi l’occasion pour Avi, de faire partager son histoire sur le petit écran à son ami palestinien. On apprend notamment que son père était à la résistance Juive pendant la guerre, et qu’il est parvenu à lui transmettre plusieurs valeurs qui lui ont permises de devenir le cinéaste que l’on connaît. On distingue même une certaine forme de maturité supplémentaire de la part d’Avi Mograbi, qui a une réelle capacité de prendre du recul par rapport aux choses. A titre de comparaison, Ali ressent encore clairement de multiples rancœurs du passé, et de ce terrible conflit de religion qui a meurtrit son pays. Le message clairement envoyé dans cette séquence est le fait que le traitement actuel des palestiniens est plus défavorable que celui-ci des israéliens.

Cependant, encore une fois on distingue deux points négatifs majeurs qui gâchent ces séquences. Tout d’abord, les échanges entre les deux amis, cherchent à transmettre comme une vérité absolue que tout le monde devrait écouter, et surtout s’inspirer de leurs visions des choses. En quelque sorte, les narrateurs donnent l’impression qu’ils imposent leurs convictions aux spectateurs, à l’image d’Avi Mograbi qui s’abstient très souvent de défendre Israël souvent critiqué par Ali. Notamment, lorsqu’il évoque une date fatidique pour la Palestine, 1948, le développement du sionisme, ou encore la période qui a chamboulée la région avec le Canal de Suez en 1956. Deuxièmement, l’aspect encore trop amateur plombe littéralement l’envers du décor, les échanges sont très lents et des images également qui parfois sont totalement hors contexte provoquent des difficultés au spectateur de suivre l’évolution du long métrage.
D’un point de vue esthétique, on ne peut encore une fois qu’être admiratif du travail d’Avi Mograbi qui propose des montages très avisés surtout pour un style documentaire. On pourrait citer ces scènes de rêves improvisés qui apportent une réelle valeur ajoutée par intermittence à l’œuvre.
Par la suite, le cinéaste Israélien, décide « d’embaucher » pour la deuxième partie de son film la fille de Ali, pour des raisons qui sont assez superficielles et peu compréhensibles. La seule raison qui pourrait être valable est le fait que le réalisateur cherche à mettre en avant une possible implication des jeunes générations et tenter de créer un dialogue sur le long terme.

D’un point de vue culturel, on apprend aussi plus de détails sur le conflit Israélo-Palestinien où la mondialisation est notamment évoquée, et qui aurait apparemment désavantagé la Palestine et déstabiliser globalement l’entente au sein du Moyen-Orient. Les deux protagonistes évoquent également que Beyrouth peut représenter à l’avenir le premier point d’encrage en termes de stabilité dans cette zone.
Par chance pendant le tournage, on discerne un moment très intéressant et assez enrichissant à la fois pour l’œuvre en elle-même et pour le spectateur. La production se déroule en effet pour le Printemps Arabe de 2012, avec les nombreuses manifestations dans des pays voisins. Encore une fois les deux amis, parviennent à trouver un avis commun sur la situation et voit en ces manifestations une des plus belles révolutions de l’histoire et voit clairement un signe de paix avant coureur. Cependant, on peut témoigner qu’aujourd’hui en 2015, ces révolutions n’ont pas apportées totalement la paix espérée. On constate, également selon les dires des protagonistes que l’on a encore moins le droit à la faiblesse au Moyen Orient que dans d’autres régions, puisque l’affirmation de sa personnalité est un point existentiel pour espérer être au sein d’une société tumultueuse.
Ensuite, après un long voyage en terre Palestinienne, les deux amis et la jeune actrice, arrivent dans un jardin interdit aux étrangers sur lesquels ils viennent se repentir et par-dessus tout condamner le ridicule de la situation. D’où l’intérêt du titre choisit par Avi Mograbi pour ce documentaire.
Globalement, on peut reprocher à cette œuvre d’avoir une vision de la paix un peu trop idyllique, de tourner autour du sujet sans trouver de véritables solutions. Le réalisateur fait preuve d’un réel manque de sérieux par moment, bien que parfois volontaires, le cinéaste israélien est loin de prêter attention à tout les détails de ses œuvres comme dans ses débuts. A l’image du phrase assez choquante pour un documentaire d’une telle qualité, « Je ne suis pas concentré j’ai envie de pisser ». Cette phrase qui a été prononcée par Avi Mograbi, montre une totale décontraction certes, mais une totale négligence également du spectateur. Certains « Travelling » également sont totalement incompréhensibles, surtout pour un spectateur qui viendrait à s’initier à ce réalisateur par le biais de cette œuvre.

Enfin, l’œuvre se conclut, dans une voiture, en pleine embouteillage, comme pour signifier qu’il n’y avait pas de solutions viables sur le court terme face à une telle situation. Il y a une certaine forme de résignation, qui peut être interprété par la phrase finale « Coupe l’Oxygène ». Mais, globalement cette œuvre offre un exemple concret au Moyen Orient que le dialogue entre des personnes que tout devraient opposer en termes d’intérêt. Ce film comme beaucoup des œuvres d’Avi Mograbi, est un véritable hymne à la paix. On a véritablement hâte après avoir visionné ce documentaire de découvrir les nouvelles thématiques qui seront exploitées à l’avenir par ce cinéaste pour sensibiliser l’audience internationale face à ce conflit éternel.

Dans un jardin, je suis entre – Bande annonce

Dans un jardin je suis entré (Nichnasti Pa’am Lagan) : Fiche technique

Auteur : Avi Mograbi
Interprétation: Avi Mograbi, Ali al-Azhari, Yasmine al-Azhari-Kadmon, Aysha Taybe (voix)…
Date de sortie: 10 juillet 2013
Durée: 1h37
Image : Philippe Bellaïche
Son : Florian Eidenbenz
Direction de production : Françoise Buraux
Montage : Rainer M. Trinkler
Musique Originale : Noam Embar
Producteur : Les Films d’Ici – Serge Lalou / Avi Mograbi productions / Dschoint Ventschr Filmproduktion AG
Distributeur : Epicentre
Distribution en salle : Epicentre
Ventes Internationales : Doc and Film International
Durée : 97′
Editions video : Epicentre
Format : Vidéo HD
Ventes Internationales : Doc and Film International
Editions video : Epicentre
Distribution en salle : Epicentre

Auteur : Adrien Lavrat

 

Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles, un film de Don Bluth : Critique

Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles nous avait déjà fait craqué en 1988 ; il ressort aujourd’hui sur grand-écran pour notre plus grand plaisir.

Synopsis: Bien avant l’apparition de l’homme sur la Terre vivait une paisible race de dinosaures végétariens et pacifiques, les « mangeurs de feuilles ». Mais quand la sécheresse ne les contraignait pas à l’exode, les terribles « dents tranchantes », une espèce de dinosaures carnivores, les attaquaient. Un seul espoir pour sauvegarder la race, rejoindre la vallée des merveilles, où la verdure est abondante.
C’est là que commence l’histoire de Petit-Pied, un dinosaure appartenant à la famille des « longs cous » et séparé de ses parents, suite à un séisme. Au cours de son périple, il est épaulé par d’autres espèces reptiliennes : Cera, une « trois cornes », Ducky, un « grande bouche », Petrie, un « volant », et Spike, un « queue à pointes ».

Un monde merveilleux

C’est un spectacle féerique de dimensions, de couleurs et de graphismes, jusqu’à la musique magique de James Horner, auteur des bandes son de Titanic et Avatar. Réalisé par Don Bluth, ancien animateur des Studios Disney, créateur des Studios Don Bluth, Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles est une animation dans la continuité du dessin-animé traditionnel à l’image des autres productions en association avec Steven Spielberg : Fievel et le Nouveau Monde, Brisby et le secret de Nimh ou encore Anastasia...

Le film nous conte l’histoire de Petit Pied, un bébé diplodocus qui part à l’aventure pour retrouver sa famille dans l’El Dorado des dinosaures. D’emblée, le petit dinosaure nous enchante par sa frimousse adorable, son innocence et son optimisme. Dans sa quête, il est accompagné par d’autres dinosaures aux personnalités très marquées : Beckie le saurolophus passionné et surexcité qui répète « Oui, oui, oui ! » d’une voix chantante doublée, Cera le tricératops au mauvais caractère, Pointu le stégosaure gourmand et Pétrie le ptéranodon qui ne sait pas voler.

La joyeuse tribu nous entraîne dans un périple à travers des paysages désertiques et apocalyptiques pour retrouver le chemin d’une vallée fleurissante et paradisiaque : la Vallée des Merveilles. Une expédition mouvementée au cœur de la Préhistoire. Le titre, Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles, exprime parfaitement les deux aspects de cette animation qui est une rencontre entre l’Histoire et le Merveilleux. Le film permet de développer à la fois l’imagination de l’enfant, sa curiosité et ses connaissances, pour le plus grand plaisir des parents.

Un monde préhistorique

Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles est une animation pour enfants dont l’idée originale est judicieusement trouvée quand on sait que dès la maternelle, les petits ont un engouement pour ces créatures « fantastiques » qui ont pourtant existé. Plus tard, les enfants restent en admiration devant ces géants de la Préhistoire qui développent leur imagination et leur intérêt pour l’histoire et la science. C’est une période extraordinaire, garante du passé et de nos origines, une période mystérieuse pour les petits comme les grands dont on sait peu de choses finalement, en particulier sur l’extinction des dinosaures qui a fait émerger nombre de théories.

Pas étonnant donc que nos bambins en raffolent car l’enfance est aussi un moment où l’on aime se faire peur. Outre le mystère qui plane autour d’eux, ces dinosaures revêtent un caractère terrifiant, monstrueux à l’image du « Grand méchant Loup » notamment en ce qui concerne le Tyrannosaure Rex.

Le psychologue clinicien, Pascal Hachet, explique ce phénomène par ces mots :

« Le plus souvent, on observe la séquence suivante : les enfants sont d’abord saisis par la curiosité qui les incite à les côtoyer par le biais d’images et, parfois, de connaissances plus ou moins poussées. Ils ressentent ensuite de la peur lorsqu’ils découvrent la taille et l’agressivité présumée de la plupart de ces animaux. Enfin, lorsqu’ils parviennent, à force de “ fréquentation ”, à apaiser cette peur, ce qui n’est pas toujours le cas, ils se prennent à aimer plus ou moins intensément ces animaux. »

De par ses atouts artistiques et pédagogiques, le sujet du film Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles tombe à point nommé dans une période du développement de l’enfant qu’il est nécessaire d’alimenter. Avec cette sortie dans les salles, l’occasion de nourrir leurs esprits gourmands avec ce joli conte se présente à nouveau car sur les écrans, ces dinosaures sont fabuleux !

Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles : Bande-annonce

Fiche technique : Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles

Titre original : The Land before Time
Origine : USA
Année de production : 1988
Production : Sullivan Bluth Studios, Amblin Entertainment
Durée : 1h09
Auteur : Don Bluth
Réalisation : Don Bluth
Production : Don Bluth, John Pomeroy, Gary Goldman
Producteurs exécutifs : Steven Spielberg, George Lucas, Frank Marshall, Kathleen Kennedy
Scénario : Stu Krieger
Musique : James Horner
Story-boards : Don bluth, Dan Kuenster
Animation : David Brewster, Skip Jones, Patrick Gleeson, Ken Duncan, Michel Gagné, Kent Hammerstrom, Colm Duggan, Jeff Etter, Raul Garcia, Marie Bardwell
Effets Spéciaux : Dorse Lanpher
Direction de l’animation : Dan Kuenster, Ralph Zondag, Linda Miller
Direction de doublage : Jean-Pierre Dorat
Layout : David Goetz

Une seconde mère, film d’Anna Muylaert : critique

Hier, l’Amérique latine nous a donné  « Gloria » (Paulina Garcia) un beau film du chilien Sebastián Lelio. Aujourd’hui, elle nous livre « Une seconde mère » (Régina Casé) de la brésilienne Anna Muylaert. Deux films qui racontent une histoire centrée sur des femmes d’un âge certain, dans l’ombre mais lumineuses, et qui s’ouvrent enfin à la (vraie) vie.

La confusion des sentiments

« Une seconde mère » met en scène Val, une « Empregada », une employée de maison comme il en existe dans toutes les classes moyennes et supérieures du pays. Val travaille et vit chez « Monsieur » Carlos et « Madame » Barbara, une famille bobo composée d’un mari rentier et très dépressif et d’une femme (hyper)active dont les dents rayent le parquet, ainsi que de Fabinho, le fils de la maison, le bébé de Val, un ado qu’elle affectionne et qui l’affectionne.

Val est littéralement la bonne à tout faire, à promener le chien et ramasser ses crottes, à préparer à manger comme à étendre le linge, à câliner son Fabinho, à servir de confident ou de complices aux uns et aux autres. A servir sans relâche et sans animosité, mais au contraire imprégnée de la « fausse conscience » chère à Marx qui annihile toute velléité de révolte par rapport à un ordre qu’elle suppose établi pour toujours.

La conscience de classe, ce sont ses employeurs qui l’ont, Barbara en particulier, eux aussi hermétiques face à la réalité de leur relation avec Val, se pensant en bienfaiteurs jusqu’à ce que Jessica, la fille de Val, arrive en ville comme un chien dans un jeu de quille et réveille tout ce beau monde de sa douce torpeur.

Symbolisant  le changement dans une société brésilienne figée dans des traditions séculaires, Jessica va déciller avec aplomb les yeux de tous : elle propose de dormir dans la chambre d’amis des maîtres, se laisse inviter à manger à la table des maîtres (et servie par sa mère, horrifiée, incrédule et impuissante devant ces évènements), et fait bien plus encore jusqu’à l’explosion finale.

Le thème du film d’Anna Muylaert tourne autour de ce travail domestique au Brésil, un thème épineux car à la fois il permet à des milliers de personnes notamment du Nordeste à vivre, y compris au prix de séparations douloureuses, les employées de maison vivant séparément de leur propre famille pour vivre avec cette autre famille et la servir nuit et jour ; et à la fois il a une résonance particulière, du fait de l’histoire de  l’esclavage au Brésil.

Le manichéisme peut guetter le film et sa réalisatrice à tout instant, et pourtant, Anna Muylaert les déjoue plutôt habilement. Alors même que 60% de ces employées de maison sont noires, Val ne l’est pas, la thématique de l’ancien esclavage n’est pas au centre du débat. La réalisatrice veut se focaliser sur l’histoire personnelle de Val, de ses relations avec son entourage, et surtout avec Fabinho, l’enfant qui a reçu toute son affection, et avec Jessica, celle qu’elle n’a pas vue pendant 13 ans, celle qu’elle ne reconnaît même pas à sa descente de l’autobus.

Le titre original de ce film est « à quelle heure elle rentre ». Vers le début du film, Fabinho pose cette question à Val, sa nounou ; sa « vraie » mère n’est jamais là. Jessica, elle aussi, raconte que pendant les longues absences de sa mère, elle ne cessait de poser cette question à son entourage. La réalisatrice s’applique à montrer ce chassé-croisé filial, comme lorsqu’un Fabinho chagrin préfère se blottir dans les bras de sa nounou que dans ceux de sa mère ; ou encore quand auprès d’une amie, un autre membre de la domesticité, elle critique sévèrement sa fille Jessica et ses manières qu’elle juge cavalières…La façon n’est pas toujours très subtile, les situations assez convenues et prévisibles, et Régina Casé ne fait pas toujours dans la sobriété, mais on ressent le tourment de Val dans cette confusion des sentiments.

Les personnages sont dessinés assez généreusement, et en dehors du rôle de Val, il existe un bon équilibre entre tous. On sent peut-être une tendresse particulière pour le personnage de Carlos, le père de famille, un homme qui n’a pas trouvé sa place dans la maisonnée, et que l’arrivée de Jessica va enfin éveiller. Les petits récits dans le récit permettent d’imprimer un rythme dynamique au film, et de le sortir d’une estampille film social qui pourrait vite lui être accolée.

« Une seconde mère » est un film drôle et tendre et qui recèle des surprises malgré son côté conventionnel. Ainsi, par exemple, dans cette scène en apparence anodine : pour l’anniversaire de Barbara – où Val fait le service sans que jamais aucun invité ne la remarque ni ne la remercie –  Val lui offre un  service à café noir et blanc. Barbara lui demande de ranger ce cadeau qu’elle a à peine déballé. De retour à la cuisine, Val s’amuse à présenter les tasses comme suggéré sur la boîte, en mélangeant les sous-tasses d’une couleur avec les tasses de l’autre couleur : non seulement le burlesque du snobisme sous-jacent est bien mis en avant  par Anna Muylaert, mais en plus, on pourrait y voir les prémices d’une envie de bousculer la tradition de la part de Val, les prémices de ce mélange des couches sociales que l’arrivée de Jessica a catalysé. Une belle trouvaille de cinéaste.

Synopsis : Depuis plusieurs années, Val travaille avec dévouement pour une famille aisée de Sao Paulo, devenant une seconde mère pour le fils. L’irruption de Jessica, sa fille qu’elle n’a pas pu élever, va bouleverser le quotidien tranquille de la maisonnée…

Une seconde mère : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=wG8kGtOSAlc

Une seconde mère : Fiche Technique

Titre original : Que Horas Ela Volta
Date de sortie : 24 Juin 2015
Réalisateur : Anna Muylaert
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 114 min.
Interprétation : Regina Casé (Val), Michel Joelsas (Fabinho), Lourenço Mutarelli (Carlos), Camila Márdila (Jéssica), Karine Teles (Bárbara), Helena Albergaria (Edna)
Scénario : Anna Muylaert
Musique : Fábio Trummer
Photographie : Barbara Alvarez
Montage : Karen Harley
Nationalité : Brésil
Producteur : Fabiano Gullane, Débora Ivanov, Gabriel Lacerda,
Anna Muylaert
Maisons de production : Gullane Filmes, Africa Filmes, Globo Filmes
Distribution (France) : Mémento films distribution

 

 

Comme un avion, un film de Bruno Podalydès : critique

Dans Comme un avion, Michel (interprété par le réalisateur, Bruno Podalydès) voudrait rejoindre la mer avec son kayak, parce que c’est un palindrome et que c’est presque « comme un avion ».

Synopsis : Michel, passionné par l’aéropostale, tombe sous le charme d’un kayak dont la forme lui fait penser à un avion. Il part alors à l’aventure sur une rivière inconnue.

Le temps de l’aventure 

Pourtant, le film nous prend à contre-pied car si le ciel est toujours à portée demain, comme l’eau qui s’écoule le long de la rivière, Michel ne bouge presque pas. Comme un avion devient alors le récit d’un éternel retour. Irrésistiblement attiré par une petite guinguette, Michel tente plusieurs fois de repartir, mais sans y parvenir vraiment, toujours retenu dans cet endroit magique où l’on croise des personnages hauts en couleurs. De la veuve (Agnès Jaoui, superbe et pleine d’envies), à la jeune amoureuse éplorée dont les larmes sont déclenchées par la pluie (Vimala Pons, douce et lumineuse), en passant par deux peintres effrénés. Son aventure à lui se passera ici, il s’y retrouvera, y réfléchira avec toute la force de l’immobilisme. Dans sa première partie, le film s’attache à décrire un homme non pas en plein burn-out, mais plutôt quelqu’un qui a une petite vie bien tranquille, mais dont les rêves n’ont jamais été accomplis parce que la réalité semble les affadir. Ce n’est pas sa femme qui le fait fuir car, comme il lui dit si bien « voyager, ce n’est pas quitter ». D’ailleurs, Bruno Podalydès et Sandrine Kiberlain rendent ce couple très tendre, notamment le temps d’un pique-nique improvisé et d’une étreinte, un au-revoir. Même quand ils se mentent un peu, c’est avec tendresse. Quand il part enfin, c’est au fil de l’eau qu’on voit d’abord Michel, avant qu’il n’échoue dans ce pays des merveilles d’où il ne repart presque plus. Sur sa route ensuite, plus aucune pseudo-guinguette n’aura la saveur de celle-ci.

Le temps de vivre

Michel parle souvent tout seul, ce qui peut paraître étrange et un peu déstabilisant au premier abord, puisqu’il décrit tout ce qu’il fait quand il est dans sa tente. Pourtant, cela ajoute une tendresse au personnage qui, comme un enfant, dit bonne nuit à tous ses objets pour se rassurer avant de dormrir en pleine nature. Michel souffre d’un énorme besoin de tendresse, sa femme, dès le début, explique qu’à leurs âges, ils n’ont plus besoin d’assouvir leurs désirs puisqu’ils les connaissent. Pourtant, ce n’est pas l’avis de Michel qui a encore des désirs aériens et fantasques. Il échange des baisers, des caresses. Derrière lui, comme le petit poucet, il sème presque inconsciemment des indices – la géolocalisation – pour qu’on le retrouve en chemin. Il revient vers sa vie, mieux armé pour la vivre. Un autre palindrome s’est accompli : rêver. Dans ce film très tendre et très doux, immobile et pourtant si tourbillonesque pour le personnage principal, Bruno Podalydès convoque des clins d’oeil, avec ses acteurs, tous connus même pour de la figuration (de Noemie Lvovsky à Pierre Arditi), mais aussi des musiques qui disent simplement le bonheur d’une vie tranquille, libre. C’est (presque) un manifeste pour un choix de vie loin du 100 à l’heure qu’on nous vend à tous les coins de rue. Qu’il fasse appel à Moustaki ou à Manset-Bashung, Poalydès célèbre des instants intenses, frugales, où la beauté du geste compte avant tout, celle de la rencontre aussi. C’est ainsi que « Venus » est présente, partout, dans ces simples mots que le film rend vivants : « L’inévitable clairière amie
Vaste, accueillante
Les fruits à portée de main
Et les délices divers
Dissimulés dans les entrailles d’une canopée
Plus haut que les nues… ». Ces fruits, des cerises dédiées à un être disparu, on peut presque les saisir de derrière l’écran, telles qu’elles sont filmées, comme les femmes du film, toujours prêtes à l’étreinte, belles et dignes quel que soit leur âge. C’est que la poésie a toute sa place ici, comme l’absurde et la mélancolie.

Comme un avion : Bande annonce

Comme un avion : fiche technique

Titre original : Comme un avion
Date de sortie : 10 juin 2015
Nationalité : Française
Réalisation :  Bruno Podalydès
Scénario : Bruno Podalydès
Interprétation : Bruno Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz
Photographie : Claire Mathon
Décors : Guillaume Deviercy
Montage :Christel Dewynter
Production : Pascal Caucheteux,  Martine Cassinelli
Sociétés de production : Why Not Productions
Sociétés de distribution : UGC Distribution
Budget : NR
Genre : Comédie
Durée : 105 minutes
Récompense(s) : Aucune

Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael : Critique, Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2015

Une comédie belge, extravagante et fantastique. Doté d’une réalisation originale, fine et audacieuse de Jaco Van Dormael, connu notamment pour Mr Nobody. Le Tout Nouveau Testament à été présenté à la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes de cette année 2015 et a reçu un accueil enthousiaste, pour son humour et son histoire émouvante.

La petite sœur de J.C. fait sa crise d’adolescence

Sans être une critique de la religion, l’histoire est une parodie du Nouveau Testament racontée au travers de la fille de Dieu, Ea. Elle est l’héroïne de cette épopée et part en quête de 6 nouveaux apôtres. Entre alors en scène des personnages hauts en couleurs et pourtant banaux, interprétés par des acteurs de renom.
Catherine Deneuve, loin de s’imaginer la voir refaire cette pastiche de King Kong. Pili Groyne ,dans le rôle d’Ea, malgré son jeune âge, s’évertue à être à la hauteur des autres acteurs et c’est une réussite. A leurs cotés, Benoit Poelvoorde et Yolande Moreau, jamais aussi bon ici que dans ce genre de film.

Parodie du Paradis
Les films belges ont en général cette qualité d’user d’auto dérision naturellement. En posant le décor du paradis dans un Bruxelles grisâtre et pollué, on comprend déjà l’ironie du film. Même Dieu est présenté comme un chômeur odieux, alcoolique et violent. Cette banalité sert à montrer qu’il n’y a pas vraiment de barrière entre l’homme et le créateur. Il n’y a pas de croyance déterminée, les hommes ne sont pas destinés à être bons ou mauvais, mais deviennent l’un ou l’autre au fil de leur vie.
On y trouve un véritable humour dévorant mais léger, qui rappelle Le fabuleux destin d’Amelie Poulain. S’enchaînent des situations extravagantes où la caméra passe du côté de l’imaginaire, univers curieux auxquels le spectateur s’accorde facilement. Il y a ces moments intimes également, où les apôtres se confient au spectateur, l’impliquant à leur vision du Monde.

Mise en scène et photographie divine

Une véritable perfection de l’image et des plans qui détonnent pour une comédie. On ne s’attend pas à cette finesse et cette qualité d’image, travaillée pour chaque plan. Un véritable jeu de lumières et d’angles de prises de vue s’opère, valorisant des détails comme les yeux larmoyant des acteurs. Jaco Van Dormael réussit à créer une ambiance onirique, implantée dans l’ordinaire à la Gondry.

Pour ajouter une dimension lyrique à l’univers, la musique prend sa part significative au sein de leur quête. Chaque apôtre portant sa propre mélodie dans le coeur, on se laisse bercer par des airs d’opéra connus mais aussi des classiques de variété française. Encore une fois, le surréalisme s’imbrique parfaitement dans l’univers créé par le réalisateur.

Au final, Le Tout Nouveau Testament n’a rien de « tout nouveau » mais s’adresse à un public large, et mérite une réception miraculeuse lors de sa sortie en salles le 2 septembre 2015.

Synopsis : Dieu existe. Il vit à Bruxelles dans un appartement miteux et sombre, avec sa femme (Yolande Moreau) et sa fille Ea, dix ans. Alcoolique et narcissique, son seul passe temps est de rendre misérable la vie des humains. Par vengeance contre les maltraitances de son père, Ea envoie par sms les dates de décès de tout le monde. Après avoir semé la zizanie, elle fugue, déterminée à rallier 6 apôtres à sa cause.

Le Tout Nouveau Testament : Bande-annonce

Le Tout Nouveau Testament : Fiche Technique

Date de sortie : 2 Septembre 2015
Nationalité : Belgique, France
Réalisation : Jaco Van Dormael
Scénario : Jaco Van Dormael,Thomas Gunzig
Interprétation : Benoit Poelvoorde, Yolande Moreau, Catherine Deneuve, François Damiens, Pili Groyne
Musique : An Pierlé
Son : Dominique Warnier
Photographie : Christophe Beaucarne
Décors : Sylvie Olivé
Montage : Hervé De Luze
Production : Terra Incognita Films
Sociétés de production : Terra Incognita Films, Climax Films (Belgique), Après le déluge (France), Juliette Films (Luxembourg), Caviar Antwerp (Belgique)
Sociétés de distribution : Le Pacte
Budget : NR
Genre : Comédie, Fantastique
Durée : 113 minutes

True Detective saison 2 : Épisode 1, critique

True detective saison 2, tête de pont du lundi  HBO de OCS City

Ce lundi 22 juin avait lieu la première des soirées HBO qui va rythmer l’été de la chaîne OCS. A cette occasion la chaîne s’associait à CanalSat pour nous accueillir et nous faire découvrir leurs nouvelles séries sur grand écran.

Trois séries pour deux formats se succèdent : True Detective ouvre la bal à 20h55 pour un épisode d’une heure, suivi de Ballers à 21h55 puis The Brink à 22h30 pour des épisodes d’une demi-heure.

OCS reprend ici l’ordre de diffusion des dimanche de la chaîne HBO, avec seulement 24h de décalage. On mesure dans ce type d’événement l’impact qu’a eu le piratage et les saisons entières disponibles partout dans le monde sur Netflix : la diffusion en US+24 est devenue une composante essentielle des stratégies marketing de OCS et CanalSat. Et qui s’en plaindrait ? Certainement pas nous.

Si nous allons revenir sur Ballers et The Brink, commençons par nos impressions sur ce premier épisode aussi attendu que redouté de la saison 2 de True Detective

Le grand suspens de cette saison 2 : savoir si elle pourra égaler la première

HBO joue gros avec cette deuxième saison de True Detective. Là où Game of Thrones, avec ses nombreux livres parus, partait sur une base très solide, cette suite part dans l’inconnu. L’intrigue de la première saison est bouclée, les personnages que l’on a appris à connaître sont partis, même le réalisateur Cary Fukunaga s’en est allé sous d’autres cieux.

On peut même dire que l’annonce du casting n’avait pas franchement rassuré : Colin Farrell est un bon acteur qui a terni sa réputation dans des choix de films douteux, tandis que Vince Vaughn a toujours été le moins charismatique de la bande de Ben Stiller. Et puis, comment passer derrière Woody Harrelson et surtout Matthew MacConaughey ?

De même, comment passer de la réalisation à la fois fluide et vaporeuse de la première saison au style de Justin Lin, connu pour l’empreinte qu’il a laissé sur la saga Fast and furious ? Les différents réalisateurs annoncés ont d’ailleurs des profils très différents puisqu’on retrouvera aussi bien Janus Metz Pedersen, dont le documentaire Armadillo avait été très remarqué, que Miguel Sapochnik, qui a fait le sympathique mais gore Repo Men avec Jude Law.

Ce premier épisode a répondu à certaines de nos questions pour en poser d’autres. Cette saison de True detective semble vouloir contourner la difficulté en nous emmenant dans une autre direction, tout en respectant certains traits essentiels de la première saison.

Quatre personnages, une ville, une enquête

L’histoire est en effet très différente : fini les allers retours entre passé et présent, fini le duo d’inspecteurs enquêtant sur les crimes d’un mystérieux tueur en série, et bienvenue à une intrigue répartie autour de quatre personnages principaux, dont les chemins vont finir par se rejoindre.

Nous avons :

– La detective Ani Bezzerides, jouée par Rachel McAdams : une flic dure à cuire, qui semble s’être construite dans la haine de son père, sorte de gourou à la Raël, et qui s’inquiète pour sa sœur qui semble douée pour se mettre dans de mauvaises situations.

– Frank Semyon, joué par Vince Vaughn : homme d’affaire très impliqué dans une affaire de construction immobilière qui pourrait changer le visage de la ville de Vinci. Il s’inquiète de la disparition du trésorier de la ville, et demande à Colin Farrell d’enquêter pour lui. Par ailleurs, il est marié à Jordan, jouée par Kelly Reilly, que l’on connaît bien en France pour son rôle dans la trilogie de l’Auberge espagnole.

– Le detective Ray Velcoro joué par un Colin Farrell tout en moustache : flic corrompu, violent, drogué et alcoolique, il a une dette envers Frank Semyon, et tente de gérer sa vie entre ses affaires et la garde de son fils né dans des circonstances dramatiques.

– Enfin on a l’officier Paul Woodrugh, joué par un Taylor Kitch qui revient à la télévision faute d’être devenu une vraie star du grand écran, qui sillonne les autoroutes sur sa moto tel Ponch dans Chips. La brûlure imposante qui recouvre son torse témoigne d’un passé militaire douloureux.

Mais le vrai rôle principal de cette saison semble être la ville de Vinci : située à deux pas de Los Angeles, en attente du projet immobilier qui va tout changer, celle-ci semble être un vrai nid de corruption. On peut penser que l’affaire qui va servir de fil rouge à la saison va nous révéler ses secrets honteux.

Le changement dans la continuité

Une atmosphère très différente de la Louisiane de True Detective, avec des personnages humains trop humains, mais où l’on retrouve l’écriture de Nic Pizzolatto, véritable point d’ancrage de la série. Si chaque personnage a déjà un profil plutôt chargé dès le premier épisode (Vince Vaughn a des connections troubles, Rachel McAdams a apparemment une sexualité compliquée, Colin Farrell est à la fois fragile et violent, et Taylor Kitch évoque une section Black Mountain dont il a fait partie) on peut imaginer que leurs zones d’ombre vont être abondamment explorées. On retrouve déjà quelques répliques qui font mouche comme le « Never do anything out of hunger. Not even eating » (ne fais jamais rien parce que tu as faim. Même pas manger) prononcé par Vince Vaughn. Surtout, il y a cette atmosphère mystérieuse qui rappelle un peu David Lynch, entre cette ville toute entière tournée vers le projet qui va la sortir de l’anonymat façon Twin Peaks, et les voitures qui circulent sur Mulholland drive.

Visuellement, tout est fait pour nous ramener vers quelque chose de familier : le générique en silhouette, les plans aériens qui situent l’action, le discours à la fois désabusé et lourd de sens. Toutefois, tout y est plus brutal : le générique est porté par des dominantes rouges sang, à la country de The Handsome family s’est substituée un morceau de Leonard Cohen qui nous ramène à son style désenchanté des années 80 et à la ruralité de la première saison répond l’urbanité de la seconde.

Ce premier épisode n’est pas aussi prenant que celui de la première saison : le charisme de Matthew McConaughey nous manque et l’on n’est pas sûr que la direction choisie, qui dans son ambiance de corruption généralisée rappelle James Ellroy,  soit la bonne, mais tel Taylor Kitch avançant à pleine vitesse sur sa moto, les phares éteints dans la nuit californienne, on a hâte de voir le deuxième épisode arriver pour en savoir plus.

Synopsis : La ville de Vinci s’apprête à changer de dimension grâce à un projet ambitieux de transports en commun qui doit générer un développement immobilier conséquent. L’enquête sur la disparition du trésorier de l’opération va révéler à quel point la ville s’est bâtie sur le vice et la corruption.

True Detective Saison 2 : Bande annonce

Fiche technique – True Detective Saison 2 : the western book of the dead

Réalisation : Justin Lin
Scénario  : Nic Pizzolatto
Distribution : Colin Farrell, Vince Vaughn, Rachel McAdams, Taylor Kitch, Kelly Reilly
Musique : T Bone Burnett
Photographie : Nigel Bluck
Décors : Alex DiGerlando
Montage : Alex Hall
Production : Aida Rodgers, Peter Feldman, Blake McCormick
Sociétés de production :  Parliament of Owls, Passenger, Anonymous content, Neon Black
Société de distribution : Home Box Office (HBO)
Genre : Polar

A Love You, un film de Paul Lefevre : critique

A Love You est le premier film du jeune réalisateur Paul Lefèvre (Lucy, Malavita) tiré de son court-métrage de fin d’études ; son petit « Bébé » en somme. Présenté au Festival international Génération Court en 2010, A Love You (le court-métrage porte le même titre que le film) fut remarqué par le producteur Alain Etoundi puis par Luc Besson. Par la suite, Paul Lefèvre a réécrit le scénario pour en faire cette comédie géniale et hilarante qui promet d’être un vrai succès.

Une comédie humaine :

Pendant les 90 minutes du film A Love You, les rires des spectateurs envahissent la salle tant les situations drôlesques et originales se succèdent presque avec cohérence et naturel. Les trois héros représentent avec beaucoup de réalisme une génération éprise de liberté et le public se reconnaît en eux. Leur fraîcheur, leur humour, leur charisme et leur simplicité les rendent sympathiques et presque accessibles. Manu (Paul Lefèvre), Fred (Antoine Gouy, Brèves de comptoir, L’Enquête, la série Casting de Pierre Niney) et Juliette (Fanny Valette, La Loi de Murphy, Templeton, César du Meilleur Jeune Espoir Féminin pour La Petite Jérusalem) sont à la fois délurés, excentriques et émouvants de naïveté. En fait, ils sont tout simplement inexpérimentés et leurs joyeuses péripéties ne sont pas si éloignées de notre réalité.

Chez les autres personnages de A Love You, humour et émotions sont aussi au rendez-vous dans un large éventail de caricatures. Dominique Pinon (La Cité des Enfants Perdus, Alien, la Résurrection, L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Pivet) incarne un mendiant épicurien avec beaucoup de tendresse et de malice. Vincent Leyris interprète à la perfection un rôle de macho vicelard et sa réplique « Matez-moi ces p… !!! » est bien partie pour devenir une phrase d’anthologie ! Sur la route qui les conduit vers le grand amour, Fred et Manu croiseront ainsi une prostitué, un routier illettré et homosexuel refoulé, une équipe de rugby, un rasta hippie, deux torrides suédoises, un prêtre métaleux et tout un panel de personnages dont ils tireront une belle leçon existentielle.

Un grand cri d’amour :

Vous l’aurez compris, le scénario est tordant, la mise en scène sensationnelle, les acteurs géniaux mais A Love You est une comédie qui sonne tellement vrai par moment. Certaines scènes sentent le vécu et s’inspirent des souvenirs et des rencontres de Paul Lefèvre comme le fameux tatouage mal orthographié « A Love You » que le réalisateur a aperçu sur le bras d’un inconnu.

A Love You est le voyage initiatique de deux jeunes hommes en quête de romantisme – et d’autonomie aussi. Manu (Antoine Gouy) est un passionné, un idéaliste un peu fleur bleue qui croit au grand amour et au coup de foudre. Fred (Paul Lefèvre) au contraire, est terre à terre et matérialiste. Mais tous les deux partagent une amitié sincère l’un pour l’autre. Ensemble, ils vont traverser la France et abattre des montagnes à la recherche de l’amour. Est-il au bout du chemin ou se trouve-t-il plus près qu’on ne le pense ? Est-il dans ce couple de personnes âgées qui les prendra en stop ?

Au regard des situations critiques et des rencontres colorées, nos joyeux compères vont se remettre en question, revoir leurs priorités et redonner de la valeur à la vie et aux sentiments. A Love You est une fable audacieuse et optimiste sur le sens de la vie, de l’amour et de l’amitié. Et de ce film est née une véritable amitié entre les trois acteurs qui parlent déjà d’un prochain film…

Synopsis : Au lendemain d’une soirée très arrosée, deux jeunes étudiants de la région parisienne se lancent dans un périple pour retrouver une inconnue. La belle a donné rendez-vous à l’un d’eux pour le soir-même à Avignon. Mais, après un accident de voiture, les vrais ennuis commencent…

A LOVE YOU : Bande-annonce

Fiche technique : A Love You

Réalisation : Paul Lefèvre
Origine : France
Avec : Antoine Gouy, Paul Lefèvre, Fanny Valette, Dominique Pinon, Vincent Leyris, Eddie Chignara
Scénario : Paul Lefèvre
Image : Vincent Richard
Décors : Alain Paroutaud
Costumes : Priscillia Delsault
Casting : Nathalie Cheron
Assistant mise en scène : Jennifer Peyrot
Scripte : Marie Vaillant
Musique : Romain Vissol
Son : Arnaud Lavaleix, Robin Bouet, Najib El Yafi, Samuel Rouillard
Montage : Charlotte Rembauville et Julien Rey
Direction de production : Fanny Besson
Producteur exécutif : Alain « Biff » Etoundi
Distribution : Europacorp

Masaan, un film de Neeraj Ghaywan : Critique, Festival de Cannes 2015

Masaan, premier long métrage de Neeraj Ghaywan, a été récompensé à Cannes par la sélection Un Certain Regard. Le film suit et mêle les destinées de quatre personnages issus de différentes classes sociales de la société indienne.

Indian People

Il insiste beaucoup sur sa noirceur et la quête des personnages vers un meilleur destin. Résultat, le film est tiraillé entre modernité et archaïsme, mais s’éparpille entre plusieurs petites histoires censées se rejoindre. Le film souffre vraiment de son insistance pesante sur le déterminisme social des personnages, pris au piège par des désirs trop grands pour eux ou des engrenages malheureux. Le film est très démonstratif, jusque dans ses dialogues et sa mise en scène. Masaan n’est pas un mauvais film, mais il laisse une impression d’inachevé pourtant baigné dans une surenchère de « malheurs » censés émouvoir, mais le tout manque de recul.

Destins croisés, fils décousus 

A Bénarès, on brûle les morts tout en aspirant à une vie meilleure, pourtant impossible à atteindre tant dans Masaan tout s’acharne sur les personnages pour les maintenir sous l’eau. Cette ville représentée ici avant tout pour son fort sens des traditions est un théâtre des mœurs et de la jeunesse, un lieu où l’on se perd non géographiquement, mais psychologiquement. Le problème principal de Masaan est qu’il s’adresse à un public occidental ciblé et veut trop en dire de la situation de l’Inde et du poids de ses traditions. Enrobé dans une photographie de carte postale et des situations très dramatisées, le film peine finalement à toucher ou même émouvoir tant son réalisme est calibré pour faire passer un message. Certes, ce réalisme-là, très travaillé et en même temps sincère, éloigne Masaan des films Bollywoodiens dont on a l’habitude, mais cette histoire croisée ressemble à un assemblage de scènes démonstratives qui peinent à faire un film cohérent du point de vue du cinéma. Le film accorde finalement trop peu de temps à chacun de ses personnages pour qu’on sente vraiment toute la force de ce qui leur arrive. C’est assez flagrant dans la mise en place plutôt stéréotypée de l’histoire d’amour entre Deepak et une jeune fille issue d’une caste supérieure. L’histoire est présentée comme dévastatrice par son issue, mais l’amour en lui-même n’est retranscrit que trop timidement à l’écran pour nous convaincre. A l’arrivée, Masaan est un film ambitieux, mais trop formaté pour vraiment captiver le spectateur ou donner à ressentir un pays aussi complexe que l’Inde, même celle vue de l’occident.

Synopsis : Bénarès, la cité sainte au bord du Gange, punit cruellement ceux qui jouent avec les traditions morales. Deepak, un jeune homme issu des quartiers pauvres, tombe éperdument amoureux d’une jeune fille qui n’est pas de la même caste que lui. Devi, une étudiante à la dérive, vit torturée par un sentiment de culpabilité suite à la disparition de son premier amant. Pathak, père de Devi, victime de la corruption policière, perd son sens moral pour de l’argent, et Jhonta, un jeune garçon, cherche une famille. Des personnages en quête d’un avenir meilleur, écartelés entre le tourbillon de la modernité et la fidélité aux traditions, dont les parcours vont bientôt se croiser…

Masaan : Bande annonce

Fiche technique : Masaan

Titre original : Masaan
Date de sortie : 24 juin 2015
Nationalité : Indienne
Réalisation : Neeraj Ghaywan
Scénario : Varun Grover
Interprétation : Richa Chadda, Vicky Kaushal, Sanjay Mishra, Shweta Tripathi
Musique : Bruno Coulais,  Indian Ocean
Photographie : Avinash Arun Dhaware
Décors : Ranjit Singha
Montage : Nitin Baid
Production : Vikas Bahl, Mélita Toscan du Plantier, Anurag Kashyap, Guneet Monga, Vikramaditya Motwane, Manish Mundra, Marie-Jeanne Pascal, Shaan Vyas
Sociétés de production : Drishyam Films, Macassar Productions, Phantom Films,  Sikhya Entertainment
Sociétés de distribution : Pathé Distribution
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 120 minutes
Récompense(s) : Un Certain Regard – Prix Spécial du Jury, Prix Fipresci – Un Certain Regard

Der Samurai, un film de Till Kleinert : Critique

Der Samurai, le premier film de l’allemand Till Kleinert jouit depuis plus d’un an d’une renommée dans les festivals internationaux.

La rédaction l’avait découvert à l’époque au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) où il avait été sélectionné dans la compétition officielle. Son réalisateur était même venu présenter son film et participé à un question-réponse avec un public charmé par ce film tout bonnement dément. Il en avait profité pour révéler ses intentions, ses références et revenir sur la genèse de ce projet particulier puisqu’il s’agit du film de fin d’étude de Till Kleinert. Ce dernier révéla qu’il s’était inspiré de la culture manga et surtout de la culture vidéoludique pour son film. Il cite avec plaisir le jeu Silent Hill bien qu’il pense s’y être inconsciemment inspiré. Ce n’est qu’à la fin du tournage qu’il avait senti l’impact du titre sur son travail. Etudiant et donc encore inconnu du milieu de la production cinématographique, Till Kleinert a pu compter sur le crowdfunding pour financer son film même si les participants sont en grande majorité des amis ou des membres de la famille du réalisateur et de celle de l’équipe du tournage. Il évoque les contraintes de production d’un tel film, cru et plutôt osé dans son approche. Mais malgré les difficultés, il a néanmoins réussi à réunir des financements provenant de boîtes de production allemandes, ce qui s’avère être une véritable prouesse pour un étudiant et surtout un scénario aussi singulier. Un processus de création atypique qui forge le respect pour ce jeune cinéaste allemand qu’il faudra suivre de près.

Where is my mind ?

A l’origine d’une demi-douzaine de courts métrages ces dix dernières années, Der Samurai est donc le premier long métrage de Till Kleinert et accessoirement le film qui lui a permis de décrocher son diplôme à la Deutsche Film und Fernsehakademie Berlin. Avec son intrigue schizophrène, Der Samurai fascine par sa capacité à nous offrir quelques plans d’une élégance esthétique imparable tandis qu’une bande-son électro nous emporte dans ce trip provocateur et obsédant. Il est facile de se perdre dans ce récit dont on ne sait jamais s’il évoque la schizophrénie de son personnage principal, la folie destructrice d’un homme ou d’une métaphore subtile et réfléchie de l’image du loup solitaire dans notre société. Autant de représentations qui invoquent autant de réponses tant le réalisateur souhaite laisser libre court à l’imagination du spectateur. Ce dernier évoque son film davantage comme une œuvre à prendre comme le fruit d’une métaphore sociétale dans une démarche artistique (expérimentale ?) plutôt qu’un film à la narration classique. Surréaliste et perturbant, Der Samurai nous offre un personnage haut en couleur. Un samouraï aux cheveux longs et blonds, vêtu d’une robe blanche à la croisée du personnage de La Mariée de Kill Bill et de Tyler Durden de Fight Club.

Citant Shining parmi ses références, Der Samurai propose une réflexion sur la quête de soi et la manière de surmonter les difficultés de la vie. Stylisé et minutieux dans ses moindres détails, la mise en scène dévoile une ambiance froide (beaux plans de nuit) mais passionnelle (effluves d’orange et de rouge), et offre quelques plans qu’on croirait tout droit sortis de tableaux surréalistes. Mais à force de se complaire dans sa métaphore et de proposer une mécanique lente et répétitive, Der Samurai s’enfonce dans son sujet et perd de vue un certain rythme au profit d’une contemplation dispensable. Le chemin vers la rédemption du personnage devient finalement une épreuve à subir pour l’intérêt du spectateur, qui se réduit au fur et à mesure que l’intrigue se rallonge. A l’inverse, l’esthétisme de la mise en scène est finalement d’une telle prouesse pour un étudiant sur son premier long métrage qu’elle suscite une certaine fascination. Au-delà de la photographie, Till Kleinert démontre un certain talent à scénariser par le biais d’une écriture exigeante de ses personnages. Le réalisateur livre une réflexion fine et psychologique de ce policier morne et introverti, qui trouvera le salut dans un rapport destructeur, sexuel et sauvage avec un antagonisme troublant et emblématique.

Dommage que le film perde en intérêt et ne s’enferme dans ses délires qui demandent à chaque fois de nouvelles interprétations car Der Samurai est une œuvre unique, à l’identité visuelle singulière et dont les errances psychologiques diviseront joyeusement les spectateurs. Mais pour un premier film, on ne peut qu’approuver la démarche de Till Kleinert et avoir une certaine tolérance pour un réalisateur qui a encore toute sa carrière devant lui et dont on attend le prochain film avec impatience.

Synopsis: Jakob, jeune policier collet-monté, mène une vie terne dans l’Allemagne rurale. Un soir, il croise la route d’un travesti charismatique qui, armé d’un katana japonais, cultive un goût prononcé pour la décapitation. Jakob part alors à la recherche de ce samouraï fou, dans une course poursuite où s’installe une attirance réciproque.

Der Samurai – Bande-annonce

Fiche Technique: Der Samurai

Allemagne
Genre: Fantastique, thriller, horreur
Durée: 79min
Sortie en salles le 15 juillet 2015

Réalisation: Till Kleinert
Scénario: Till Kleinert
Distribution: Michel Diercks  (Jakob), Pit Bukowski (Der Samurai), Uwe Preuss (Horvath)
Photographie : Martin Hanslmayr
Décors : Tomoko Okada, Sandra Fleischer
Costume: Malena Modéer
Montage: Till Kleinert
Musique : Conrad Oleak
Producteurs : Anna de Paoli, Linus de Paoli, Gerhard Hahn, Till Kleinert, Martina Knapheide
Sociétés de Production: Schattenkante, Deutsche Film- und Fernsehakademie Berlin (DFFB)
Distributeur: Zootrope Films
Budget : NC
Festival: Sélectionné en 2014 dans les compétitions officielles des festivals de La Berlinale, Tribeca Film, Neuchâtel International Fantasy Film et du Film Fantastique Européen de Strasbourg (FEFFS).

Soirée A Love You au cinéma Europacorp

A Love You : l’avant-première privée au cinéma Europacorp

Hier soir, mardi 23 juin, au Cinéma Europacorp, avait lieu la projection privée en avant-première du premier film de Paul Lefèvre (Lucy, Malavita) : A Love You, distribué par Luc Besson. Après un accueil royal au champagne et aux macarons, Cineseries-mag a pu assister à la projection du film, lové dans les sièges inclinables de la salle First du cinéma d’Aéroville. 1h30 de franches rigolades et d’émotions plus tard, l’équipe du film nous a retrouvé dans la salle pour un échange animé dans une ambiance bon enfant. Pendant plus d’une vingtaine de minutes, Paul Lefèvre, Antoine Gouy (Brèves de comptoir, la série Casting), Fanny Valette (La Loi de Murphy, César du Meilleur Jeune Espoir Féminin pour La Petite Jérusalem) et Vincent Leyris ont répondu à quelques questions en toute simplicité et avec l’humour qui les caractérise.

A Love You est le fruit d’un long travail en amont, d’abord un court métrage puis cette rencontre entre Paul Lefèvre et Luc Besson qui a tout déclenché. C’est une oeuvre assez personnelle récompensée au Festival de l’Alpe d’Huez par le Prix Spécial du Jury qui raconte la virée à travers la France de deux jeunes hommes au lendemain d’une fête. Un périple mouvementé pour retrouver une inconnue rencontrée à cette soirée. Paul Lefèvre nous a expliqué que les auto-stoppeurs croisés en bord de route l’avaient inspiré, qu’il leur imaginait des histoires incroyables et qu’il avait vu de ses yeux le fameux tatouage avec la faute « A Love You » sur le bras de quelqu’un. Au départ passionné par le métier d’acteur, Paul Lefèvre a quitté Chartres pour faire une école de Cinéma à St Denis. Dans A Love You, il revêt un double costume : réalisateur et acteur. Et si on devine assez bien qu’il est difficile d’assurer à la fois devant et derrière la caméra pendant une scène, Paul ne manque pas d’ironiser en nous rappelant que le même travail avait lieu lors des scènes de nu :

« C’est un peu compliqué de donner des directives aux techniciens pendant les scènes de nu (…). Au début, à 9h du matin, on est assez gêné mais à 12h, on se tape sur l’épaule et on va déjeuner… (…) Finalement, c’est un confort de jouer nu !»

Concernant les autres personnages, c’est Fanny Valette qui a parlé d’Antoine Gouy pour le rôle de Manu à Paul Lefèvre. Les autres comédiens ont été castés hormis Dominique Pinon (Alien, la Résurrection, L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Pivet), déjà pressenti pour le rôle du sans-abri, et Benoît Allemane, la Voix de Morgan Freeman que Paul voulait dans son film.

Le scénario de Paul Lefèvre est hilarant et pourtant, il sonne tellement juste par moment : certaines scènes « sentent le vécu », il faut bien le dire. D’une soirée arrosée à un road trip dans le sud de la France, il n’y a qu’un pas quand on a vingt ans… A Love You est un voyage initiatique en quête de romantisme qui vous laisse un goût de liberté et d’optimisme dans la bouche. Mêlé aux bulles du champagne et à la douceur des macarons, cette soirée nous a enchantée.