Dans un jardin je suis entré, un film de Avi Mograbi: Critique

Le dernier long métrage d’Avi Mograbi, Dans un jardin je suis entré, offre la possibilité au spectateur de découvrir sous un nouvel angle certaines thématiques de ce cinéaste israélien.

Synopsis : Ali et Avi rêvent d’un moyen orient du passé, un monde sans frontières ethniques ou religieuse où ils peuvent cohabiter ensemble.

Communiquer pour se Rassembler

Au cours, de ces précédentes œuvres, on avait distingué un réalisateur avec un style très engagé qui finissait par s’épuiser. Cela pourrait être expliqué par le fait que le réalisateur a sans doute pris un peu trop vite conscience de son potentiel intrinsèque, et a eu tendance à casser constamment les codes du cinéma sans doute par excès de confiance. Ainsi, dans ce documentaire nous sommes en mesure de s’interroger sur le type de film que proposera Avi Mograbi, traditionnel ou toujours autant atypique voire déjanté ?
Dans un premier temps, on découvre un professeur palestinien, ami de longue date d’Avi Mograbi, avec qui il dressera un portrait utopique du Moyen Orient, en tentant d’expliquer de quelle manière cette région pourrait cohabiter et retrouver une certaine tranquillité. Cet homme paraît être très réfléchi et pourrait être même comparé à un érudit.

L’introduction d’Avi Mograbi, se détache totalement du style documentaire, avec une caméra qui filme clairement un échange de la vie de tous les jours. L’objectif de cette scène est de prouver aussi implicitement que l’auteur inscrit ses propos dans le présent, et montre la voie aux populations de cette région pour apprendre à communiquer et à comprendre « ses semblables ». Cependant, ce passage paraît être bien que volontairement exploité de cette manière trop amateur pour une introduction d’un réalisateur avec un tel potentiel.
Ensuite, on pourrait dire que par le biais de ce 6ème long métrage, Avi Mograbi se vide en quelque sorte du poids de la conscience politique israélienne, avec laquelle il est souvent en désaccord. De ce fait, implicitement on pourrait dire que par le biais du 7ème art, l’objectif pour l’auteur est de faire le vide d’un point de vue spirituel des actions politiques qui selon le cinéaste israélien sont regrettables et souvent injustifiées.

Par ailleurs, au cours de cette œuvre, on ne peut qu’être admiratif de certains paramètres qui amènent une nouvelle fois une dimension supplémentaire à ce documentaire. Au-delà de la forte croyance que l’on peut distinguer dans toutes ses productions, ce qui est véritablement marquant dans cette œuvre c’est qu’elle est réalisée sans scénarios et sans réel fil conducteur, si ce n’est l’évolution de la réflexion commune des deux protagonistes. Avi Mograbi de part son esprit d’innovation sans faille, délivre même des informations sur comment « faire son film ». L’accord entre les deux parties se terminent sur un objectif central entre les deux hommes, promouvoir la paix et prouver que la communication reste possible entre deux parties avec des rivalités très importantes.
Ce documentaire, est aussi l’occasion pour Avi, de faire partager son histoire sur le petit écran à son ami palestinien. On apprend notamment que son père était à la résistance Juive pendant la guerre, et qu’il est parvenu à lui transmettre plusieurs valeurs qui lui ont permises de devenir le cinéaste que l’on connaît. On distingue même une certaine forme de maturité supplémentaire de la part d’Avi Mograbi, qui a une réelle capacité de prendre du recul par rapport aux choses. A titre de comparaison, Ali ressent encore clairement de multiples rancœurs du passé, et de ce terrible conflit de religion qui a meurtrit son pays. Le message clairement envoyé dans cette séquence est le fait que le traitement actuel des palestiniens est plus défavorable que celui-ci des israéliens.

Cependant, encore une fois on distingue deux points négatifs majeurs qui gâchent ces séquences. Tout d’abord, les échanges entre les deux amis, cherchent à transmettre comme une vérité absolue que tout le monde devrait écouter, et surtout s’inspirer de leurs visions des choses. En quelque sorte, les narrateurs donnent l’impression qu’ils imposent leurs convictions aux spectateurs, à l’image d’Avi Mograbi qui s’abstient très souvent de défendre Israël souvent critiqué par Ali. Notamment, lorsqu’il évoque une date fatidique pour la Palestine, 1948, le développement du sionisme, ou encore la période qui a chamboulée la région avec le Canal de Suez en 1956. Deuxièmement, l’aspect encore trop amateur plombe littéralement l’envers du décor, les échanges sont très lents et des images également qui parfois sont totalement hors contexte provoquent des difficultés au spectateur de suivre l’évolution du long métrage.
D’un point de vue esthétique, on ne peut encore une fois qu’être admiratif du travail d’Avi Mograbi qui propose des montages très avisés surtout pour un style documentaire. On pourrait citer ces scènes de rêves improvisés qui apportent une réelle valeur ajoutée par intermittence à l’œuvre.
Par la suite, le cinéaste Israélien, décide « d’embaucher » pour la deuxième partie de son film la fille de Ali, pour des raisons qui sont assez superficielles et peu compréhensibles. La seule raison qui pourrait être valable est le fait que le réalisateur cherche à mettre en avant une possible implication des jeunes générations et tenter de créer un dialogue sur le long terme.

D’un point de vue culturel, on apprend aussi plus de détails sur le conflit Israélo-Palestinien où la mondialisation est notamment évoquée, et qui aurait apparemment désavantagé la Palestine et déstabiliser globalement l’entente au sein du Moyen-Orient. Les deux protagonistes évoquent également que Beyrouth peut représenter à l’avenir le premier point d’encrage en termes de stabilité dans cette zone.
Par chance pendant le tournage, on discerne un moment très intéressant et assez enrichissant à la fois pour l’œuvre en elle-même et pour le spectateur. La production se déroule en effet pour le Printemps Arabe de 2012, avec les nombreuses manifestations dans des pays voisins. Encore une fois les deux amis, parviennent à trouver un avis commun sur la situation et voit en ces manifestations une des plus belles révolutions de l’histoire et voit clairement un signe de paix avant coureur. Cependant, on peut témoigner qu’aujourd’hui en 2015, ces révolutions n’ont pas apportées totalement la paix espérée. On constate, également selon les dires des protagonistes que l’on a encore moins le droit à la faiblesse au Moyen Orient que dans d’autres régions, puisque l’affirmation de sa personnalité est un point existentiel pour espérer être au sein d’une société tumultueuse.
Ensuite, après un long voyage en terre Palestinienne, les deux amis et la jeune actrice, arrivent dans un jardin interdit aux étrangers sur lesquels ils viennent se repentir et par-dessus tout condamner le ridicule de la situation. D’où l’intérêt du titre choisit par Avi Mograbi pour ce documentaire.
Globalement, on peut reprocher à cette œuvre d’avoir une vision de la paix un peu trop idyllique, de tourner autour du sujet sans trouver de véritables solutions. Le réalisateur fait preuve d’un réel manque de sérieux par moment, bien que parfois volontaires, le cinéaste israélien est loin de prêter attention à tout les détails de ses œuvres comme dans ses débuts. A l’image du phrase assez choquante pour un documentaire d’une telle qualité, « Je ne suis pas concentré j’ai envie de pisser ». Cette phrase qui a été prononcée par Avi Mograbi, montre une totale décontraction certes, mais une totale négligence également du spectateur. Certains « Travelling » également sont totalement incompréhensibles, surtout pour un spectateur qui viendrait à s’initier à ce réalisateur par le biais de cette œuvre.

Enfin, l’œuvre se conclut, dans une voiture, en pleine embouteillage, comme pour signifier qu’il n’y avait pas de solutions viables sur le court terme face à une telle situation. Il y a une certaine forme de résignation, qui peut être interprété par la phrase finale « Coupe l’Oxygène ». Mais, globalement cette œuvre offre un exemple concret au Moyen Orient que le dialogue entre des personnes que tout devraient opposer en termes d’intérêt. Ce film comme beaucoup des œuvres d’Avi Mograbi, est un véritable hymne à la paix. On a véritablement hâte après avoir visionné ce documentaire de découvrir les nouvelles thématiques qui seront exploitées à l’avenir par ce cinéaste pour sensibiliser l’audience internationale face à ce conflit éternel.

Dans un jardin, je suis entre – Bande annonce

Dans un jardin je suis entré (Nichnasti Pa’am Lagan) : Fiche technique

Auteur : Avi Mograbi
Interprétation: Avi Mograbi, Ali al-Azhari, Yasmine al-Azhari-Kadmon, Aysha Taybe (voix)…
Date de sortie: 10 juillet 2013
Durée: 1h37
Image : Philippe Bellaïche
Son : Florian Eidenbenz
Direction de production : Françoise Buraux
Montage : Rainer M. Trinkler
Musique Originale : Noam Embar
Producteur : Les Films d’Ici – Serge Lalou / Avi Mograbi productions / Dschoint Ventschr Filmproduktion AG
Distributeur : Epicentre
Distribution en salle : Epicentre
Ventes Internationales : Doc and Film International
Durée : 97′
Editions video : Epicentre
Format : Vidéo HD
Ventes Internationales : Doc and Film International
Editions video : Epicentre
Distribution en salle : Epicentre

Auteur : Adrien Lavrat

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.

Sirāt : l’odyssée des damnés

Prix du jury au Festival de Cannes 2025, Oliver Laxe prolonge son cinéma de l’épreuve et de la foi dans un road-trip halluciné au cœur du désert. Entre communauté de teufeurs, deuil intime et bascule métaphysique, "Sirāt" interroge l’errance contemporaine dans un monde vidé de repères. Une expérience sensorielle radicale, portée par les corps, la musique et un monde au bord de l’effondrement.

Once upon a time in Gaza : l’Espoir, le Vice et la Trahison

"Once Upon a Time in Gaza" des frères Nasser est une tragi-comédie saisissante mêlant fraternité contrariée, satire sociale et résistance artistique. Entre fable noire et cinéma engagé, le film dresse un portrait poignant et absurde de la vie à Gaza, où chaque geste devient un acte de survie sous un ciel d’oppression.