Everly, un film de Joe Lynch: critique

Si Everly est un cas intéressant dans l’évolution artistico-commercial du cinéma moderne, c’est qu’il est typiquement ce genre de films qui n’a rien à faire en salles mais est, au contraire, le parfait descendant des séries B que l’on louait pour une soirée « bière et pizza devant la télé ».

Synopsis : Retranchée dans un appartement, Everly, une ancienne prostituée devenue fiancée du caïd local puis indic pour la police, doit faire face aux tueurs envoyés par son ex, tout en tentant de protéger sa fille.

Le nanar à l’état pur

Ce genre de plaisir coupable qu’on regarde une fois mais que jamais on achèterait. Le fait qu’il soit distribué directement en VOD sans passer ni par la case grand écran ni même par les rayons de DVD est symptomatique de la nouvelle logique qu’ont les sociétés de distributions (en l’occurrence TF1 Vidéo) d’atteindre directement leur public.

Mais, en fait Everly, c’est quoi ? Des prostitués adeptes d’arts martiaux, des yakuzas surarmés, des tueurs adeptes de séances de torture… Voilà qui donne l’air d’une parodie outrancière du cinéma de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, et c’est exactement ce qu’est le film. Avec une bonne dose d’hémoglobine et d’explosion, de fusillades et de combats aux sabres, ce huis-clos réunit tous les gimmicks du cinéma d’exploitation populaire. Entre les mains de Joe Lynch, un spécialiste du divertissement nanardesque (à qui l’on doit l’impardonnable Détour Mortel 2 et le non moins surprenant Knights of Badassdom), ce mélange donne un résultat qui tient ses promesses en termes d’action telles que peuvent le concevoir les fans de Liam Neeson. Si l’on veut lui trouver des arguments positifs, on peut toujours affirmer que le rythme est relativement soutenu, et que –hormis certaines touches de pathos aussi incongrues que sous-exploitées– le calvaire de cette victime devenant une redoutable tueuse peut s’avérer assez drôle… à condition de le regarder au second degré.

Tant de stéréotypes orduriers (en particulier pour ces pauvres japonais réduits à la caricature de tueurs tatoués) et de situations déjà vus mille fois donnent rapidement un profond sentiment d’indigestion cinématographique. Une heure vingt-cinq qui, malgré quelques poussées d’adrénaline, sont même difficilement supportables tant le scénario est insipide et déborde d’incohérences. Autant en rire alors, en essayant de se dire que le réalisateur ne se prend pas au sérieux. Autre approche pour regarder le film sans risque l’overdose : Profiter du charme de son actrice. Dès le plan d’ouverture, où l’on découvre Salma Hayek, de dos, en petite culotte, il est difficile de résister à la plastique de la belle mexicaine. Et tout ce qui va suivre va faire d’elle une héroïne digne des plus grands films d’action. Ou, plus exactement, d’une héroïne de jeux vidéo. La narration, en faisant se suivre l’un après l’autre des méchants improbables toujours plus dangereux (et, bien souvent, de plus en plus grotesque), est typiquement calquée sur un vieux modèle du Shoot’Em Up.

Il y a peu d’autre intérêt à investir dans le visionnage de ce nanar tourné en Europe de l’est que de voir un actionner ultra-testostéroné mené par un personnage féminin et recyclant tous les effets se voulant les plus funs du genre. Mais, même ça, d’autres films le proposent de façon bien plus réussi… donc, à moins de tenir absolument à voir Salma Hayek en flingueuse badass, Everly sera une pure perte de temps.

Everly : Bande-annonce

Everly : Fiche Technique

Réalisation : Joe Lynch
Scénario : Joe Lynch, Yale Hannon
Interprétation : Salma Hayek, Hiroyuki Watanabe, Akie Kotabe, Togo Igawa, Jennifer Blanc, Caroline Chikezie, Masashi Fujimoto…
Musique : Bear McCreary
Photographie : Steve Gainer
Décors : Ondrej Nekvasil
Montage : Evan Schiff
Production : Luke Rivett, Adam Ripp, Andrew Pfeffer, Rob Paris
Sociétés de production : Crime Scene Pictures, Vega Baby!, Anonymous Content
Société de distribution : TF1
Genre : Action
Durée : 88 minutes
Date de sortie : 17 juillet 2015 (en e-cinéma)

Etats-Unis – 2014

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.