Star Wars Episode II, L’Attaque des clones, ou la résistible ascension d’un tyran

Souvent attaqué, le deuxième épisode de la prélogie, L’Attaque des clones est cependant un film pivot, dont l’action tourne autour de la description politique d’un coup d’état constitutionnel.

L’introuvable planète, symbole d’un aveuglement collectif

Informé par l’inénarrable Dexter de l’existence d’un système Kamino, Obi-Wan Kenobi cherche dans les archives quel peut bien être l’emplacement de la mystérieuse planète.

Et il ne la trouve pas.

Il est pourtant convaincu qu’elle existe, et il a une confiance absolue en Dexter. Mais la gardienne des archives est formelle : si la planète n’est pas sur la carte, c’est qu’elle n’existe pas. Les archives ne se trompent pas. La République ne peut pas se tromper.

La scène est finalement asse symbolique de ce qui se passe dans cette République moribonde, dirigée par une administration tellement sûre d’elle qu’elle ne peut concevoir l’existence d’un danger à ses portes. Et c’est bien là que se joue une partie importante du problème.

Au bord du gouffre

Ce qui fait, en partie, la saveur de cet épisode deux, c’est de suivre Obi-Wan qui va, petit à petit, prendre conscience du gouffre au bord duquel se trouve la République, et dans lequel elle fonce pourtant tête baissée. Un piège élaboré il y a au moins une bonne décennie, et lentement arrivé à maturation dans le silence d’une lointaine planète océanique que l’on a pris soin de faire disparaître des cartes.

L’attaque des clones est le plus ouvertement politique des films de cette prélogie. La description de la chute, rendue chaque instant pus inéluctable, de la République, occupe une partie essentielle du film. Création de toutes pièces d’un ennemi intérieur qu’il faut combattre, méfiances mutuelles que l’on attise, croyance qu’un recours à la force est devenu inévitable, image du sauveur qui va se sacrifier pour sauver la nation en danger : tout le manuel du parfait petit coup d’état tyrannique est présent.

Ce qui rend le film d’autant plus savoureux, c’est le caractère tragique de ce qui se déroule. A moins d’avoir vécu en ermite stylite ces quarante trois dernières années, il est impossible d’ignorer que cette prélogie allait aboutir à la création de l’Empire et la victoire des Sith. Or, il est particulièrement plaisant de voir tout ce monde se mettre en place lentement, par petites touches successives. L’Empire ne surgit pas d’un coup, il arrive par vagues successives, se dévoilant un peu plus dans chaque séquence du film. Depuis l’armée de clones jusqu’à la colère qu’Anakin a de plus en plus de mal à réfréner, en passant par le début de la fin des Jedi, toutes les pièces du puzzle se mettent en place sous nos yeux (et, ne le cachons pas, cela procure un certain plaisir au spectateur, comme lorsque les premières notes de la marche impériale sont esquissées au détour d’une scène).

A qui la faute ?

Sur bien des aspects, l’enjeu politique de cette Attaque des clones nous parle encore actuellement. L’action nous montre des groupes (commerçants, banquiers…) qui, pour conserver leur statut privilégié, veulent se défaire du carcan égalitaire et légaliste de la République, pensant acquérir plus de « liberté (d’entreprendre ?) » par leurs propres moyens. Se rendent-ils compte qu’ils sont manipulés ? Et si oui, savent-ils qui est derrière tout cela ? L’action se complique comme le montage financier d’une multinationale qui veut frauder les impôts. Et c’est cet écheveau que doit démêler Obi-Wan.

Dans la liste des responsabilités, il faut souligner les erreurs (ou les fautes ?) commises par le Conseil des Jedi. Les maîtres, littéralement aveuglés par le côté obscur, ne voient même pas qu’ils plongent dans le panneau, au point de confier le pouvoir à Palpatine et de lui octroyer son armée. Et, une fois de plus, la démocratie est bousculée par celui qui prétend haut et fort vouloir la préserver…

L’une des forces du récit de L’Attaque des clones, c’est qu’il multiplie l’action. D’un côté Obi-Wan enquête sur les tentatives d’assassinat contre Amidala. D’un autre côté Anakin tente de protéger la (fort belle) sénatrice. L’action va se dérouler en même temps sur Coruscant pour son aspect politique, en partie sur Kamino pour l’enquête, sur Naboo qui sert de cadre idyllique à l’histoire d’amour interdit, sur Tatouine où semble se nouer la tragédie d’Anakin, puis tout ce beau monde se retrouve sur Geonosis pour le final.

Le film se permet même de lorgner du côté du polar : l’enquête d’Obi-Wan, sur les traces d’un tueur à gages, l’entraîne dans les bas-fonds de la ville ; nous avons aussi droit à une course-poursuite, à la visite auprès d’un informateur, etc. Cet aspect policier, inédit dans la saga, donne une saveur particulière au film.

Cette multiplication des situations et des décors permet de donner au film un très bon rythme, mais aussi de balancer des images souvent magnifiques (les scènes sur Kamino sont de toute beauté).

Un Anakin pas à la hauteur

Le défaut majeur du film repose sur l’acteur choisi pour tenir le rôle d’Anakin. Il est inexpressif, récite son texte sans avoir l’air engagé un seul instant dans son personnage. C’est d’autant plus dommage que le rôle qu’il tient est central dans la prélogie. La prélogie, c’est avant tout l’histoire d’Anakin devenant Dark Vador. Et cet épisode est central dans cette histoire douloureuse. Le scénario tente bien de nous montrer un personnage complexe et torturé, ayant en lui les qualités d’un homme bon et sensible, mais aussi une colère, une frustration qui le dévore. Sa soif inextinguible de justice l’incite, lorsqu’il le juge nécessaire, à s’affranchir des règles des Jedi, voire de toute règle sociale.

Au rayon des défauts, il faut aussi signaler un final sur Geonosis qui prend beaucoup trop l’allure d’un jeu video. Heureusement, cela se clôt sur deux scènes très importantes. Dans la première, nous voyons enfin Yoda lors d’un duel au sabre laser. Et force est de constater qu’il n’est pas maître jJdi pour rien…

L’autre scène, très brève mais d’une grande force, nous montre des troupes entières de ce qui n’est encore que « l’armée de la République » monter dans des vaisseaux de combats sous le regard de Palpatine. Un maillon essentiel vient d’être scellé.

Malgré ses maladresses, L’Attaque des clones est un film important dans l’univers Star Wars et il vaut beaucoup mieux que sa réputation faiblarde.

Star Wars Episode II : L’Attaque des clones : bande annonce

Star Wars Episode II : L’Attaque des clones : fiche technique

Titre original : Star Wars Episode II : Attack of the clones
Réalisateur : George Lucas
Scénaristes : George Lucas, Jonathan Hales
Interprètes : Ewan McGregor (Obi-Wan Kenobi), Hayden Christensen (Anakin Skywalker), Natalie Portman (Padmé Amidala), Christopher Lee (Comte Dooku), Ian McDiarmid (Palpatine), Samuel L. Jackson (Mace Windu).
Photographie : David Tattersall
Musique : John Williams
Montage : Ben Burtt, George Lucas
Production : Rick McCallum
Société de production : Lucasfilm
Société de distribution : 20th Century Fox
Date de sortie en France : 17 mai 2002
Durée : 142 minutes
Genre : science-fiction

Etats-Unis – 2002

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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