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Les Minions, un film de Pierre Coffin et Kyle Balda : Critique

Ce n’est pas vraiment la banana…

Prendre part au succès de la franchise Moi, moche et méchant pour ensuite envahir notre quotidien sous forme de divers produits dérivés… les Minions sont décidément partout ! Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que les petites gélules jaunes s’offrent un film rien que pour elles, pour le plus grand plaisir des fans. Mais des personnages connus pour leurs petites apparitions et leurs gags cartoonesques de courte durée peuvent-ils tenir la distance sur un long-métrage faisant 1h30 ? C’est la grande question que tout le monde doit se poser, surtout après être passé par Les Pingouins de Madagascar qui n’est clairement pas resté dans les mémoires malgré l’aura de ses protagonistes. Et malheureusement, c’est la même chose qui se produit ici avec ces chers Minions…

Après, il faut faire la part des choses : les Pingouins de la trilogie Madagascar ont beau être appréciés, ce sont tout de même les Minions qui l’emportent, leur célébrité ayant eu un plus grand impact dans la culture populaire. En effet, il est désormais impensable de rencontrer quelqu’un dans la rue qui ne les connaisse pas, la Terre entière ayant littéralement succombée à leur charme fou. Une simplicité apparente (question look), une personnalité bien à eux (une maladresse et un langage caractéristiques), un humour universel qui fait mouche… voilà d’où ces petits personnages tirent leur charisme sans faille que le public espère retrouver dans ce long-métrage. Si le charme opère toujours au point que Les Minions se présente tel un divertissement sympathique et plaisant à regarder (le rendu visuel se révèle encore plus élaboré que pour Moi, moche et méchant 2), la sauce a tout de même du mal à prendre.

Pourtant, le film avait une base scénaristique plutôt solide (la quête d’un super-vilain à seconder) qui reflétait à merveille l’esprit des Minions. Mais une fois ce postulat posé, le film ne fera qu’enchaîner les séquences sans aucune imagination, ayant l’impression de constamment tourner en rond. La faute étant que Les Minions ne propose aucune trame secondaire digne de ce nom, ne se concentrant que sur ses trois personnages principaux qui ne répondent présents que pour amuser la galerie. De ce fait, le long-métrage livre des protagonistes de seconde zone (Scarlett Overkill, son mari Herb, la famille Nelson…) sans saveur ne parvenant pas à égaler ceux de Moi, moche et méchant. Un constat qui empêche donc le spectateur de se plonger pleinement dans l’aventure et de suivre bêtement (mais non sans plaisir) les situations rocambolesques de ses stars qui manquent d’émotion et de fantaisie.

Mais même du point de vue humoristique Les Minions déçoit. Non pas que le film ne soit pas drôle : l’ensemble peut se vanter d’avoir des séquences totalement loufoques et réussies qui sauront arracher quelques sourires voire de franches rigolades. Mais si ces dernières marchent, c’est parce qu’elles sont à l’image des gags propres aux Minions : courtes et cartoonesques. Malheureusement, pour justifier sa durée de 1h30 et afin de toucher un plus large public (alors qu’il n’en avait franchement pas besoin), le film étire la plupart de ces situations comiques sans exprimer la moindre folie pourtant si caractéristique aux personnages au point d’avoir des airs de déjà-vu. Si les petits gags sont présents, ils ne sont pas assez nombreux pour effacer ce sentiment d’ennui qui s’installe au fur et à mesure que le visionnage s’approche du générique de fin. Un sentiment qui plus est accentué par cette impression d’avoir un film sans queue ni tête, semblant longuet par moment et ne se montrant jamais aussi imprévisible que les scènes de Moi, moche et méchant. D’autant plus que les bandes-annonces se sont montrées un peu trop généreuses, dévoilant la quasi intégralité des scènes dont les plus marquantes. À la limite, les spectateurs riraient plus avec la dose d’humour référentielle livrée dans ce divertissement (la culture hippie, les clichés anglais…). Mais comme Les Minions s’adressent avant tout aux plus jeunes, il est vraiment dommage de remarquer pendant la séance que ce sont plus les adultes qui s’amusent (à cause de cette surabondance de clins d’œil culturels) et non les enfants, ces derniers se plaignant que le spectacle soit « trop long ». Un comble !

La messe est dite : les Minions, comme la plupart des personnages de leur espèce, ne peuvent tenir la distance sur une durée plus conséquente qu’à l’accoutumée. Si le long-métrage se montre sympathique, jamais il n’arrive à retrouver la folie et l’imagination qu’usaient les créateurs pour rendre ces gélules jaunes si attachantes et hilarantes, se contentant de leur charisme populaire et de rien d’autre. Fort heureusement, un troisième opus de Moi, moche et méchant serait actuellement en préparation. Et même si la qualité de cette suite ne soit pas assurée d’avance, il est déjà certain que les Minions sauront retrouver toute leur fantaisie absente de ce spin-off/préquelle. Comme quoi, ce sont les plaisanteries les plus courtes qui sont les meilleures.

Synopsis : Depuis la nuit des temps, les Minions, petit êtres jaunes et maladroits, sont en quête du méchant le plus ambitieux de l’histoire afin de le servir. Mais après des siècles d’isolement et de dépression pour avoir détruit par leur incompétence leurs maîtres, trois d’entre eux appelés Kevin, Stuart et Bob décident de partir à la recherche d’un nouveau méchant. Leur route va ainsi croiser celle de Scarlet Overkill, une élégante et ambitieuse femme qui projette de dominer le monde et devenir la première femme super-méchante…

Les Minions : Bande-annonce

Les Minions :Fiche technique

Titre original : Minions
États-Unis – 2015
Réalisation : Pierre Coffin et Kyle Balda
Scénario : Brian Lynch, d’après les personnages créés par Ken Daurio et Cinco Paul
Doublage : Pierre Coffin (les Minions), Sandra Bullock (Scarlet Overkill), Jon Hamm (Herb Overkill), Michael Keaton (Walter Nelson), Allison Janney (Madge Nelson), Steve Coogan (le professeur Flux et le garde de la Tour de Londres), Jennifer Saunders (la Reine), Geoffrey Rush (le narrateur)…
Date de sortie : 8 juillet 2015
Durée : 1h31
Genre : Animation
Direction artistique : Olivier Adam
Montage : Claire Dodgson
Musique : Heitor Pereira
Producteurs : Janet Healy et Chris Meledandri
Production : Illumination Entertainment
Distributeur : Universal Pictures International

Les Deux amis, un film de Louis Garrel : critique

L’amitié fait partie intégrante du cinéma de Louis Garrel, dont le premier court métrage, Mes Copains, célébrait sa bande de potes. En 2011, il réalisait La Règle de trois avec son complice Vincent Macaigne et Golshifteh Farahani. Habitué de la Croisette, Louis Garrel était donc tout naturellement présent cette année à Cannes avec son premier long métrage, Les Deux amis, sélectionné pour la Semaine de la critique.

Synopsis : Clément, figurant de cinéma, est fou amoureux de Mona, vendeuse dans une sandwicherie de la gare du Nord. Mais Mona a un secret, qui la rend insaisissable. Quand Clément désespère d’obtenir ses faveurs, son seul et meilleur ami, Abel, vient l’aider. Ensemble, les deux amis se lancent dans la conquête de Mona.

A trois on y va

Il y réunit à nouveau le trio de La Règle de trois pour un badinage amoureux et amical, inspiré de Marivaux. Ici pourtant, plus que l’amour, c’est l’amitié, et sa rupture, entre deux hommes, loin de la franche camaraderie, qui domine. Clément admirait Abel, jusqu’à ce que son égoïsme lui devienne insupportable. Épaulé par Christophe Honoré, dont on sent la plume dans chaque dialogue, Louis Garrel réalise une comédie amoureuse, qui se veut à la fois légère et rythmée, avec comme point d’orgue, le sentiment et sa retranscription à l’écran. Dans le film de Louis Garrel, on court beaucoup, on se parle aussi, sans vraiment s’écouter, le tout dans un chassé-croisé de près de 48 heures dans les rues de Paris. Vincent Macaigne y joue (encore) un paumé envahissant et attachant, écarté de la société par son statut d’intermittent alors que Louis Garrel est (encore) un dandy blasé et charmeur. Golshifteh Farahani y est solaire et plus libre, malgré son statut de prisonnière, que les deux amis, enfermés dans une relation d’amitié qui ne fonctionne plus.

On a failli rester amis

Louis Garrel parle de sentiment, mais sans s’appesantir. C’est certainement ce qui le distingue, dans ce film du moins, de son père Philippe Garrel, pour lequel l’amour est toujours un grand drame bourgeois et théâtral. La musique de Louis Garrel est plus légère, faite de petits mensonges, de piques et d’un corps à corps très chorégraphique entre le trio filmé. Ce que Clément demande, c’est de l’affection, une attention particulière et du temps alors que Mona n’en a précisément pas à offrir, puisqu’elle doit retourner chaque soir dans sa cellule. Le secret qu’elle garde donne lieu à un quiproquo et à une scène de train assez hilarante. Abel, quand à lui, cherche à tout maîtriser et prend les choses en main, quitte à s’approprier les mérites d’une réussite. C’est un papillon, il vole de femmes en femmes comme l’insecte ailé vole de fleurs en fleurs. Louis Garrel tente de filmer l’impalpable, le sentiment et sa lenteur, sa décantation, sa naissance et son explosion. Pourtant, son film semble rapide, dès le prologue, expédié en quelques minutes, là où de nombreux films prennent beaucoup (trop) de temps à psychologiser et contextualiser leurs histoires. Le feu de l’action démarre assez vite, tout comme la fin de l’amitié d’Abel et Clément. Ainsi, cette fin est filmée comme une rupture amoureuse, dans les mots et dans les gestes. Mona déclenche cette crise du sentiment, c’est d’ailleurs toujours elle qui marche en avant quand le trio est réunit. S’il va vite, Louis Garrel s’accorde aussi des pauses à l’aide de ralentis plus ou moins bien sentis. Il montre aussi que le sentiment, l’amour comme la colère, est un combat. Ce n’est ainsi pas anodin si quand Abel et Mona accompagnent Clément sur un tournage d’u film où il fait de la figuration, c’est de mai 68 qu’il est question (thème très cher à Garrel père), avec cette phrase « ça ne fait que commencer, continuons le combat », soit cette lutte pour conquérir l’autre, faire durer un sentiment aussi fort et complexe que l’amitié. Les trios sont légions dans le cinéma, la troisième entité venant toujours relancer un couple en fin de course, tout en en brisant finalement la structure. Si le film sonne parfois faux c’est qu’il est filmé et joué comme un hors temps irréel, loin des conventions sociales, tous les personnages étant coupés de la société par leur statut : prisonnière, écrivain sans projet littéraire et acteur-figurant. Avec beaucoup de déjà-vu, baigné dans une sensibilité particulière, Louis Garrel réalise un film triangulaire, élégamment mis en scène, sans pour autant marquer durablement les esprits. Les deux (ex) amis semblent démunis à la fin, avec comme seule perspective, l’amour à venir et qu’ils vivront pour eux-mêmes, en solitaire.

Les Deux amis : bande annonce

Les Deux amis : Fiche technique

Titre original : Les Deux amis
Date de sortie : 23 septembre 2015
Nationalité : Française
Durée : 100 minutes
Réalisation : Louis Garrel
Scénario : Louis Garrel et Christophe Honoré
Interprétation : Louis Garrel, Vincent Macaigne, Golshifteh Farahani
Musique : Philippe Sarde
Photographie : Claire Mathon
Décors : Jean Rabasse
Montage : Joëlle Hache
Production : Olivier Père, Anne-Dominique Toussaint
Sociétés de production : Les Films des Tournelles, Arte France Cinéma
Sociétés de distribution : Ad Vitam
Budget : NR
Genre : Comédie dramatique
Récompense(s) : Sélection Semaine de la critique Festival de Cannes 2015.

Pour une Poignée de dollars, un film de Sergio Leone : critique

C’est après avoir réalisé des péplums dont la qualité n’est pas flagrante que Sergio Leone s’attaque à un western. Et c’est là que le modeste réalisateur va devenir, progressivement, une des figures maîtresses du cinéma. Car, honnêtement, ses premières réalisations sont loin de rendre hommage à son talent. Les Derniers Jours de Pompéi ou Le Colosse de Rhodes sont des productions engoncées qui doivent respecter un cahier des charges trop strict pour laisser la moindre liberté au cinéaste. Et c’est justement là le maître mot de Pour une Poignée de dollars : la liberté.

Synopsis : un cavalier inconnu arrive dans un village où deux familles s’opposent en un conflit mortel.

La Naissance d’un cinéaste

Quand on revoit ce film de nos jours, notre regard est forcément faussé, parce que l’on connaît la suite de la carrière de Sergio Leone. On cherche dans ce film ce qui sera la marque de fabrique du réalisateur, et on trouve bien souvent que Pour une Poignée de dollars est un film bien timide comparé au Bon, la Brute et le Truand. Et pourtant, tout est déjà là : les personnages dignes d’une Commedia Dell’arte macabre ou d’un roman picaresque délirant, la théâtralisation à outrance unie à un ultra-réalisme quasi-documentaire, un aspect parodique évident, l’étirement du temps, et un incroyable mélange de références culturelles qui renvoie aussi bien à l’opéra qu’au film de sabre japonais. Tout est déjà ici, à des degrés divers et avec un dosage qui rend l’œuvre encore inégale et inférieure à ce qui viendra par la suite, mais qui permet quand même de faire de Pour une Poignée de dollars un film qui marque l’histoire du cinéma.

Le Garde du Corps

Pour une Poignée de Dollars est l’adaptation (sauvage, car non revendiquée comme telle) d’un film de sabre japonais, Le Garde du Corps (Yojimbo), sorti en 1961 et réalisé par Akira Kurosawa. Le film asiatique multipliait déjà les références au western. Leone va garder la trame du film (l’affrontement de deux clans dans un village) mais aussi le personnage principal. Le cinéma de sabre japonais est rempli de ces personnages de samouraï errants allant de ville en ville et louant leurs services aux plus offrants. Le cavalier solitaire n’est que le même personnage, adapté à l’ouest américain.
On trouve également d’autres allusions, sous forme de clins d’œil, une armure ou une machette qui peut être un rappel du katana.
Mais croire que Leone s’est contenté d’adapter le film de sabre au décor de l’ouest, c’est minimiser la portée du film. Les références sont nombreuses et dépassent le cadre du seul film de Kurosawa. Le film se déroule aussi dans un contexte politique particulier, celui d’un conflit opposant les USA et le Mexique. Et la guerre des clans qui divise le village est une version réduite et symbolique de la guerre transfrontalière. En effet, nous avons d’un côté les Baxter (nom typiquement anglo-saxon) et, de l’autre, les Rojo (Rodos en Version Française). L’emploi par le Cavalier Sans Nom de la même phrase pour désigner les deux guerres renforce encore le parallèle que l’on peut établir. Il y a bel et bien un aspect symbolique dans ce qui se déroule à l’écran.

Immoralité

Et forcément, le contexte de la guerre permet de montrer l’être humain dans toute son horreur. Pour une Poignée de dollars est un film très désenchanté concernant la morale. Le monde appartient à ceux qui tirent le plus vite ou qui sont les plus fourbes. L’univers décrit par Leone est un univers d’intrigues, de trahisons, de violence, de haine et d’appât du gain. Point de morale, sinon celle de l’argent et du plomb.
Certains ont pu voir là une opposition directe au genre du western hollywoodien qui serait enfermé dans l’optique manichéenne d’un bon contre un méchant. Mais affirmer ceci, c’est oublier que le genre du western, aux USA même, avait beaucoup changé à la fin des années 50 et au début des années 60. Le personnage de John Wayne dans La Prisonnière du désert, Gary Cooper et Burt Lancaster dans Vera Cruz (dans un contexte similaire à celui du film de Leone), ou Coups de feu dans la Sierra, le second film de Sam Peckinpah, avaient déjà amorcé ce retournement et cette désillusion morale. Le mérite de Leone est de la rendre plus flagrante, d’en faire un opéra de violence quasi apocalyptique.

Références religieuses

Car les référnces religieuses abondent aussi dans ce film. Le Cavalier Solitaire apparaît vite comme un ange exterminateur indestructible (voir le combat final, où il semble résister aux balles, mais aussi son incroyable capacité à guérir à une vitesse impressionnante après son passage à tabac) venu rétablir une certaine justice. À l’inverse, la famille Rojo, et en particulier Ramon (incarné à merveille par l’excellent Gian Maria Volonté, un des acteurs les plus marquants du cinéma italien, que l’on retrouvera dans Et pour quelques dollars de plus, mais aussi Le Cercle rouge, de Melville), semblent renvoyer à une personnification du Mal. Il faut voir la scène apocalyptique où les Rojo mettent le feu à une maison et tuent tous ceux qui sortent. La façon dont c’est filmé renvoie directement à une sorte d’enfer sur terre. Le nom même de la famille (Rojo, Rouge en espagnol) peut faire directement référence à la couleur du sang et de la violence (voir le générique de début, qui se déroule sur fond rouge).

Le seul personnage féminin, Marisol, apparaît comme l’innocence persécutée et avilie. Retenue contre son gré par Ramon, qui est tombé amoureux d’elle, elle est séparée de sa famille et en particulier de son enfant pour pouvoir assouvir les bas instincts d’un tueur. Elle est au cœur de la seule scène vraiment émouvante et apporte une touche d’humanité au milieu d’un monde de dépravations.

Western spaghetti

Mélangeant toutes ces diverses influences, Sergio Leone pose les fondations du western spaghetti (même si, en grand artiste, il a su à la fois établir le genre et en sortir grâce à l’ampleur de son talent et de son originalité). On y trouve une attention particulière au réalisme d’un décor de poussière et de rocaille assommé par le soleil ou aux personnages crasseux. Puis ce réalisme vole en éclats, à coups de scènes baroques fondées sur l’exagération, des réactions outrées, une théâtralisation excessive et assumée. L’aspect parodique est évident lorsque le Cavalier, seul, parvient à descendre cinq personnes d’un coup.
Le film montre aussi cet étirement du temps qui semble caractéristique au genre du western spaghetti mais qui, en fait, trouve son origine, là aussi, dans les films de sabre. Les scènes de duel sont typiques : on se regarde un long moment, on prend place, on attend, on attend, on attend… Le cinéaste fait des plans de plus en plus rapprochés, insistant sur les regards. Le temps semble suspendu avant que les armes ne parlent, d’un coup, brutalement.
Faut-il, là aussi, préciser l’importance capitale de la musique ? Cependant, dans le cas de la partition d’Ennio Morricone comme pour la mise en scène, on est ici face à quelque chose qui n’est pas encore totalement abouti. Trop bavard, le film ne laisse pas encore suffisamment de place aux silences éloquents que l’on trouvera dans Il était une fois dans l’ouest. La musique, elle, ne parvient pas encore à faire naître ce lyrisme des futures partitions du maestro.
Mais ne boudons pas notre plaisir : Pour une Poignée de dollars est un film jouissif, presque cathartique, les véritables premiers pas d’un maître de la mise en scène, et le film a permis aussi de faire connaître à l’internationale le nom de Clint Eastwood, lançant une des carrières les plus exceptionnelles du cinéma contemporain.

Pour une Poignée de dollars : Fiche Technique

Titre original : per un pugno de dollari
Date de sortie originale : 16 mars 1966
Date de sortie de la copie restaurée : 1er juillet 2015
Nationalité : Italie
Réalisation : Sergio Leone (crédité sous le nom de Bob Robertson)
Scénario : Víctor Andrés Catena, Jaime Comas Gil, Sergio Leone
Interprétation : Clint Eastwood (Le Cavalier Sans Nom, Joe), Gian Maria Volonté (crédité sous le nom de Johnny Wels) (Ramon Rojo), Marianne Koch (Marisol), Wolfgang Lukschy (John Baxter), Joseph Egger (Piripero).
Musique : Ennio Morricone (crédité sous le nom de Dan Savio)
Photographie : Massimo Dallamano, Federico G. Larraya
Décors : Carlo Simi
Montage : Roberto Cinquini, Alfonso Santacana
Production : Arrigo Colombo, Giorgio Papi
Société de production : Jolly Film, Constantin Film Produktion, Ocean Films
Société de distribution : Unidis
Budget : $ 200 000
Genre : western
Durée : 99’

Natür Therapy (Out of Nature), un film de Ole Giæver : Critique

Deuxième long-métrage du réalisateur et acteur norvégien Ole Giæver, Natür Therapy (Out of Nature) nous embarque dans une randonnée spirituelle durant laquelle Martin (interprété par Ole Giæver lui-même) va enchaîner prises de conscience et réflexions sur lui-même.

Synopsis : Martin entame une randonnée solitaire dans les montagnes norvégiennes. Il se laisse aller à ses pensées à la fois fantaisistes et profondes, infantiles et existentielles, et, surtout, il porte un regard sans concession sur lui-même et sur ceux qu’il a laissés derrière lui.

Pensées abjectes

Durant 80 minutes, Martin est le personnage unique, même si sa famille ainsi que ses amis sont présentés. Et s’il est amené à faire des rencontres, jusqu’à assouvir des fantasmes tordus – bien qu’inaboutis – avec des inconnues, il est le pivot de ce long métrage qui le cloisonne dans une remise en question sans réel fond, ne relevant que d’un simple psychotique, d’une simple envie de tout envoyer balader. Cette randonnée, Martin la transforme en thérapie, là où le côtoiement de la nature serait davantage l’occasion d’imaginer des fantasmes morbides, obscènes ou toutes sortes de pulsions qu’il ne peut satisfaire dans la vie. Tout cela sans que personne ne puisse le voir, ni l’entendre.

En réalisant Natür Therapy (Out of Nature), Ole Giæver n’a pas fait les choses à moitié, se retrouvant devant et derrière la caméra. Défi risqué et à moitié réussi. Malgré un jeu nuancé offrant une palette variée d’émotions, avec une voix off tantôt chevrotante, tantôt confiante, Martin apparait comme un personnage ingrat, désagréable et macho, aux tendances exhibitionnistes (nous sommes amenés à zieuter à plusieurs reprises son sexe). Impossible d’éprouver une quelconque empathie pour lui. Mais ne serait-ce pas ce qu’il est vraiment ? Son mépris assumé dans ses réflexions ne ferait-il pas de lui un salopard ? Ne se dévoilerait-il pas sous sa vraie personnalité lorsque personne ne le regarde ? Ainsi, Natür Therapy (Out of Nature) est également un film sur la reconstruction d’un homme, sur la quête de soi.

L’image bleutée, plutôt pâlotte, ne déroge pas à l’image que l’on se fait du cinéma nordique où un certain esthétisme est de mise, doublé d’une propension à la contemplation. Entre deux prises de conscience, viennent s’immiscer divers plans de la nature, à la manière d’un documentaire sur les grandes prairies qui couvrent les pays scandinaves. On peut ainsi se demander si 80 minutes, ce n’est pas trop long et si le film n’aurait pas été plus intense réduit à un moyen métrage d’une cinquantaine de minutes. Natür Therapy (Out of Nature) est en effet très lent, il multiplie les plans-séquences en une continuité temporelle suivant en temps réel cette randonnée. Les nombreux gros plans qui le jalonnent enferment Martin dans sa quête de soi et dans sa constante interrogation sur lui-même. Les plans plus larges, quant à eux, l’isolent au sein d’un monde vide, aussi bien d’humains que de sens. Mais cette randonnée a-t-elle réellement un sens ? N’est-elle pas que le déni d’une vie dans laquelle son héros ne se retrouve pas ? La randonnée est une boucle, un cercle vicieux, autant pour Martin que pour les spectateurs. Le jeune marcheur se remet sans cesse en question et ne cesse de s’interroger sur sa sexualité et sur une vie passive dans laquelle il ne semble pas se retrouver. Martin est un personnage moribond, lassé, qui se voit voué à l’échec, à la recherche d’une échappatoire qui le ferait quitter une routine qu’il considère nauséeuse mais qu’il affectionne pourtant. Natür Therapy (Out of Nature) nous livre ainsi les ressentis de son personnage, principalement sexuels, simultanément à de nombreuses mises à nu physiques de celui-ci.

Ce deuxième film de Ole Giæver ne peut que rappeler Near Death Experience, film français réalisé en 2014 par le duo fantasque Gustave Kervern/Benoit Delépine dans lequel Paul, interprété par Michel Houellebecq, fait également le choix de quitter son logis. S’en suivent des réflexions et interrogations personnelles plus abouties et convaincantes.

Natür Therapy (Out of Nature) : Fiche technique

Titre original : Mot Naturen
Date de sortie : 9 septembre 2015
Nationalité : Norvège
Réalisation : Ole Giæver
Scénario : Ole Giæver
Interprétation : Ole Giæver, Rebekka Nystabakk, Marte Magnusdotter Solem
Musique : Ola Fløttum
Photographie : Oystein Mamen
Décors : NR
Montage : Frida Eggum Michaelsen, Ole Giæver
Production : Maria Ekerhovd
Sociétés de production : Mer Film
Sociétés de distribution : Epicentre Films
Budget : NR
Genre : Drame, comédie.
Durée : 80 mins.
Récompense(s) : NR

 

 

Terminator Genisys, un film de Alan Taylor : Critique

La franchise Terminator est donc de retour et cette fois-ci elle a des idées précises sur où elle veut aller. D’habitude plusieurs années séparaient les nouveaux opus de Terminator, car les suites n’étaient pas nécessaires ni acquises. Sauf que là avant même la sortie de ce nouvel épisode, une trilogie fut annoncée et cette trilogie ne prendrait visiblement pas en compte ce qui avait été entrepris par Terminator Salvation et marquerait le retour d’Arnold Schwarzenegger.

Aberration

Après un premier film très réussi et paranoïaque sur fond d’électro punk qui interrogeait la déliquescence de la société, puis d’un deuxième qui réinventait sa formule dans un semi-remake inventif et prenant allant beaucoup plus loin dans ses réflexions et sa vision sombre et mécanique du monde, tout deux dirigés par James Cameron, la saga s’est empêtrée dans des suites plus discutables. Le troisième était une mauvaise réitération du 2, il reprenait beaucoup de scènes du 2 et plongeait dans le « toujours plus » mais pas le « toujours mieux » avec en plus un humour beauf et un méchant ridicule. Le quatrième film était déjà plus intéressant, malgré ses nombreux défauts, il faisait attention à ce qu’il touchait et comment il le touchait tout en élargissant la mythologie de l’univers et créant des personnages solides. Injustement mal aimé le film fut renié au profit de ce tout nouveau Terminator qui s’impose comme un reboot/remake de la saga. Mais est-ce que Terminator Genisys arrivera à faire mieux que ses prédécesseurs et à s’imposer comme la digne suite de Terminator 2 ? 

Alors la réponse est tout simplement non. Pour développer cet avis il faudra spoiler mais étant donné que la promotion catastrophique du film a déjà bien mâché le travail cela ne devrait pas être un souci. On ne doit pas toujours rabaisser une suite en la comparant sans cesse à ses aînés mais étant donné que ce film repompe allègrement des passages entiers des anciens films, la comparaison est inévitable. Le principe ici est de reprendre les événements du premier opus et de les modifier pour amener à une nouvelle timeline. Et au passage il va tout simplement faire insulte à la saga et la dénaturer complètement. Ce que l’on a appris au bout de quatre films n’a strictement servis à rien, John Connor n’est plus le sauveur de l’humanité mais son plus grand ennemi, Skynet n’est plus Skynet, le T-800 emblématique fini par devenir un T-1000 et etc. Le film enchaîne insultes sur insultes, dénaturant l’essence de la saga même dans ses dialogues, le T-800 répétant sans cesse qu’il est vieux pas obsolète alors que l’on nous disait bien dans un film précédent qu’il était obsolète, c’est ce qui faisait sa saveur.  L’ancien contre le nouveau mais le film renonce d’une certaine manière à ce principe. D’ailleurs il en fait des caisses sur la vieillesse de sa star multipliant des blagues sur son âge qui alourdissent l’ensemble surtout que ça revient sans cesse. De plus le film nous montre bien que les événements des anciens films étaient inutiles car John Connor tente de tuer ses futurs parents et quand un des personnages lui fait remarquer que si il tue ses parents il ne viendra pas au monde, lui explique dans une phrase stupide et qui ne veut rien dire que si, il peut naître sans ses parents… Voilà où se pose la stupidité du film car non John, si tu veux naître tu as besoin de tes parents et il y a pas d’histoire d’évadés du temps qui tienne. Techniquement John Connor ne devrait même pas être présent car dans cette réalité il n’est pas encore né car lorsque l’on retourne dans le passé le futur se modifie en fonction, donc John Connor ne devrait pas être ou pas de la même manière car le passé à été drastiquement modifié. Parce que le film ne se passe pas entièrement en 1984, Sarah Connor et le T-800 on créée une machine à voyager dans le temps ( si si ) et ils iront avec Kyle Reese en 2017, dans une réalité où John n’est pas encore né donc on ne devrait pas le retrouver à l’identique qu’au début, il a le même âge et le même passif alors que ses changements aurait dû l’influencer. Terminator Genisys se base donc sur de très grosses incohérences et il semble juste stupide à cause de ça. Passons aux autres défauts du film car si l’on continue sur les incohérences temporelles on pourrait écrire un livre et surtout que même le deuxième film, qui est le meilleur de la saga, n’en n’est pas exempt. On pourrait aussi s’étendre sur les nombreuses facilités scénaristiques, comme le fait que les héros on réussi à faire une machine à voyager dans le temps en 1984 mais que celle-ci n’a pu être entièrement faite en 2017 malgré la technologie et le savoir du méchant ou encore qu’à la fin Genisys décide de faire baisser le compte à rebours de son lancement de 10min ( compte à rebours qui symbolise le début de l’apocalypse ) au lieu de se lancer directement et ainsi de contrecarrer le plan des héros.  Mais ici un des défauts les plus abjectes du film c’est son opportunisme, ré-exploitant de manière gratuite des éléments de premier film, mettre le T-1000 dans la réalité de 1984 est inutile car le personnage ne sert à rien à part faire du fan service, il ne présente aucunes menaces et sa présence est anecdotique.

Même l’humour du film est repompé sur les anciens avec la fameuse scène du sourire qui est ici exploité à l’extrême devenant bien rébarbative. Le film veut trop flatter le fan de Terminator mais il n’a pas compris l’essence de la saga donc il la bafoue mais met suffisamment de fan service pour faire effet de poudre aux yeux même l’intro, qui est le passage le plus réussi, est tiré de storyboards non utilisé de James Cameron, donc même les bonnes choses du film ne proviennent pas d’idées propres au film. Surtout que cette intro réutilise la photo de Sarah Connor de Kyle Reese en changeant Linda Hamilton par Emilia Clarke, déjà c’est assez mal fait mais en plus c’est incohérent car la photo a brûlé avant que Kyle retourne dans le passé. A croire que ces soi-disants amoureux des anciens films qui ont fait Genisys ne les ont finalement pas vus… On peut d’ailleurs constater ça en voyant la caractérisation catastrophique des personnages. Kyle Reese n’a plus rien à voir avec le héros torturé, perdu et paranoïaque du premier film, il n’est qu’un héros lisse et lambda qui fait des blagues pas drôles tuant ainsi le personnage, Sarah Connor n’est ni charismatique ni badass, elle passe son temps à pleurnicher et à se faire aider par les autres plutôt que de faire des trucs intéressants et digne du personnage tandis que le T-800 ne fait que de l’exposition et de l’humour bien lourd tout le long du film. Ne parlons même pas de John Connor ni des personnages secondaires totalement sous-exploités.

Après plus que de gros problèmes dans la caractérisation des persos, c’est aussi de grosses erreurs de casting qui sont à déplorer. Que ce soit Jai Courtney, ici très plat comme à son habitude, Emilia Clarke, mauvaise tout simplement, ou Jason Clarke, en roue libre et peu convaincant, aucun n’a le charisme ni la carrure nécessaire pour incarner de tels personnages. Ils sont totalement lisses, aucun n’a la gueule de l’emploi. C’est juste les acteurs beaux mais fades pour plaire aux jeunes publics. Sinon Arnold Schwarzenegger s’amuse et ça se voit, mais malheureusement son rôle n’est pas à la hauteur. Il arrive néanmoins à nous amuser à quelques reprises. Et puis il faut aussi parler de J.K. Simmons qui en impose malgré un personnage sous écrit et mal exploité, si il avait eu un personnage intéressant il aurait fait des étincelles, dommage de l’avoir employé pour si peu. Il est aussi regrettable d’avoir employé Alan Taylor pour la réalisation tellement celui-ci est inapproprié pour un tel film. Il préfère l’efficacité plate aux coups de génies. Ici c’est maîtrisé mais c’est tout ce que l’on peut dire de la mise en scène. Surtout que le film reprend à l’identique des scènes des précédents films et se montre assez fade dans la construction de ses scènes d’actions. Les effets spéciaux sont tantôt réussis tantôt gerbant ( le combat final est hideux et la scène en hélicoptère est une aberration ) et les compostions musicales sont impersonnelles et pompeuses. C’est juste une réalisation fonctionnelle qui ne prend jamais aux tripes, qui n’est absolument pas iconique et qui est juste oubliable.

En conclusion Terminator Genisys est un très mauvais film. Non seulement il n’arrive pas à être une suite viable mais en plus il vient dénigrer toute la saga rendant même les premiers opus absolument inutiles alors qu’il voulait leurs rendre hommage. Alors tuer le père c’est une chose mais il faut aussi être en mesure de pouvoir prendre la relève. Ici c’est juste stupide et le film s’impose comme la suite la plus honteuse de la saga car elle est emprunt d’opportunisme et d’irrespect. Elle a beau repomper les autres pour flatter le fan mais elle dénature totalement l’esprit de la saga et fait ce qu’avait déjà fait Jurassic World mais en pire ( oui c’est possible ). Maintenant il ne nous reste plus qu’à espérer que les autres anciennes franchises qui sont récupérées pour connaître une nouvelle jeunesse seront traitées avec plus de respect que ça. Car mis à part le récent Mad Max on n’a pas été gâtés.

Synopsis : Le leader de la résistance John Connor envoie le sergent Kyle Reese dans le passé pour protéger sa mère, Sarah Connor et préserver l’avenir de l’humanité. Des événements inattendus provoquent une fracture temporelle et Sarah et Kyle se retrouvent dans une nouvelle version du passé. Ils y découvrent un allié inattendu : le Guardian. Ensemble, ils doivent faire face à un nouvel ennemi. La menace a changé de visage.

Terminator Genisys : Bande-annonce

Terminator Genisys : Fiche Technique

Titre original : Terminator Genisys
Réalisé par : Alan Taylor
Avec :Arnold Schwarzenegger, Emilia Clarke, Jason Clarke , Jai Courtney, J.K. Simmons, Dayo Okeniyi, Lee Byung-hun, Sandrine Holt, Michael Gladis, Matt Smith
Genre :Science-fiction, Action, Thriller, Aventure
Date de sortie :01/07/2015

Les premiers films annoncés du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2015

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Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2015

Le mois dernier, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) dévoilait la première affiche de sa huitième édition qui se déroulera du 18 au 27 septembre prochain dans le centre-ville historique de Strasbourg. Par la même occasion, on apprenait que le festival serait placé cette année sous le signe de l’enfant dans le cinéma fantastique. Un thème qui sera repris dans une rétrospective intitulée KIDS IN THE DARK, d’où l’inspiration du Village des Damnés sur l’affiche. Alors que ni le Président, ni les autres membres du jury n’ont été annoncés, le FEFFS vient de dévoiler une première vague de titres annoncés dans la programmation.

Compétition Internationale :

Crumb de Miguel Llansó : Il s’agit du premier film de science-fiction post-apocalyptique d’Ethiopie. Les héros du film vont s’aventurer dans un périple à travers les magnifiques paysages d’Ethiopie pour atteindre un vaisseau spatial.

Sweet Home de Rafael Martinez : Une nouvelle approche du genre « Home Invasion ». Dans ce film espagnol, un couple va se retrouver piégé dans un immeuble abandonné alors qu’ils étaient partis pour un dîner en amoureux.

The Bunker de Nikias Chryssos : Pit Bukowski (remarqué l’an dernier dans Der Samurai) interprète un étudiant qui se retrouve dans une famille plutôt étrange alors qu’il cherche la quiétude d’une chambre isolée pour ses travaux de recherches scientifiques.

The Corpse of Anna Fritz  de Hèctor Hernández Vicens : Une énième variation sur le thème de la nécrophilie pour un thriller macabre bourré de rebondissements.

The Invitation de Karyn Kusama : La réalisatrice de Jennifer’s body réalise ce thriller horrifique où d’anciens amis, invités à un dîner dans une villa chic des collines de Los Angeles, découvrent que cette invitation prend une sombre tournure.

They Look Like People de Perry Blackshear : Entre la science-fiction et le film paranoïaque, They Look Like People suivra un personnage persuadé qu’il est entouré d’aliens malveillants, prenant l’apparence d’êtres humains.

The Woods de Corin Hardy : Une famille déménage dans une forêt en plein cœur des bois irlandais et vont se retrouver en lutte face à des créatures maléfiques à la recherche de sang frais.

Section Crossovers :

Applesauce de Onur Tukel : Dans cette comédie noire de et avec Onur Tukel, un quadragénaire essaye de découvrir qui lui envoie des membres de corps humains par courrier, tout en démêlant ses problèmes de couple.

Night Fare de Julien Seri : Entre Drive et Maniac Cop, Night Fare suit le parcours d’un chauffeur de taxi qui va se venger d’une course qu’on ne lui a pas payé.

Uncle John de Steven Piet : Un homme âgé au‐dessus de tout soupçon essayant de dissimuler un meurtre commis au sein d’une petite bourgade du Michigan rural.

Séances de minuit :

Ava’s Possessions de Jordan Galland : Nouveau film d’exorcisme  dans lequel des personnages ayant été possédés, assistent à des thérapies de groupes.

Deathgasm de Jason Lei Howden : Comédie gore néo-zélandaise, Deathgasm verra deux adolescents fans de metal réveiller un ancien démon avec de la magie noire. Ils devront réparer leurs erreurs

Stung de Benny Diez : Des guêpes tueuses mutantes vont venir perturber une Garden Party.

Documentaires :

GTFO de Shannon Sun‐Higginson : Un aperçu du quotidien des joueuses de jeux vidéo subissant le sexisme des joueurs alors que les femmes représentent 52% des pratiquants.

The Visit : An Alien Encounter de Michael Madsen : Le réalisateur d’Into Eternity questionne des scientifiques sur ce qu’il se passerait si un vaisseau extraterrestre se posait sur Terre, en réalisant un film drôle, inquiétant et philosophique à la fois.

Rétrospective KIDS IN THE DARK :

L’Autre de Robert Mulligan (1972)

L’Esprit de la ruche de Victor Erice (1973)

La Malédiction de Richard Donner (1976)

La Mauvaise graine de Melvin LeRoy (1956)

La Nuit du chasseur Charles Laughton (1955)

Le Village des Damnés  de Wolf Rilla (1960)

Les Innocents de Jack Clayton (1961)

Les Révoltés de l’an 2000 de Narcisso Ibanez Serrador  (1976)

Sa Majesté des Mouches de Peter Brook  (1963)

Comptez sur la rédaction de CineSeriesmag pour vous tenir au courant des prochains films rajoutés dans la sélection et des manifestations prévues lors du festival.


Pour plus d’informations : http://strasbourgfestival.com/

Melody, un film de Bernard Bellefroid : Critique

Commençant comme un film social que Les frères Dardenne auraient pu réaliser, avec une héroïne en proie à une certaine forme de fracture sociale, Melody est un film aux multiples facettes qui se termine en apothéose dans un maelstrom  d’humanité à fleur de peau.

SynopsisMelody, modeste coiffeuse à domicile, est prête à tout pour réaliser son rêve : ouvrir son propre salon de coiffure. Contre une importante somme d’argent, elle accepte de porter le bébé d’une autre et rencontre Emily, riche Anglaise qui cherche désespérément à en avoir un…

Un enfant de toi

Melody est une jeune coiffeuse à domicile que l’on voit dans la première scène chez une vieille dame. Pour un shampoing et une pose de bigoudis, la vieille dame lui donne près de 100 €, geste généreux qu’elle justifie par son « envie que de bonnes choses (lui) arrivent ». Une jeune femme attachante et gentille donc, que l’on retrouve plus tard de porte cochère en porte cochère, son sac au dos, cherchant visiblement un endroit sûr pour dormir un peu.

Ces premières images s’apparentent en effet beaucoup à certains des films des frères Dardenne pour lesquels le réalisateur belge Bernard Bellefroid ne cache pas son admiration (et qui l’ont aidé considérablement pour son premier court-métrage). Une réalité sociale rapportée sans fioritures, mais suffisamment âpre pour qu’au détour d’une discussion avec une amie, Melody lui rétorque : « Faire ça est moins dangereux que d’être pauvre ». Une phrase qui en dit plus long que certains discours pseudo-pédagogiques sur les conséquences néfastes de la précarité.

Melody veut s’extirper de ce danger, de cette précarité, et envisage d’ouvrir un salon de coiffure. Avec les économies glanées euro par euro chez une vieille dame ou l’autre, elle réussit à mettre une option sur un local déglingué. Pour le reste, sans aucun espoir d’accéder à un prêt bancaire, elle se résout à s’inscrire sur un site de GPA (gestation pour autrui) afin de louer son ventre et faire quelques profits. Très vite, son annonce rencontre preneuse.

Le reste du film raconte la rencontre entre les deux femmes, Melody (Excellente Lucie Debay, star montante belge d’un certain cinéma francophone) qui a la jeunesse et la désinvolture, et Emily (Rachael Blake, actrice aguerrie parfaite dans le rôle à tous les stades) qui a l’argent, et au début du film la condescendance qui va avec. Le propos est de ramener le débat sociétal sur la GPA vers une dimension humaine, étoffée par l’histoire personnelle passée et présente de chacune des deux femmes.

Le spectre des différents sentiments qui animent le tandem est très bien décrit : tout d’abord une sorte d’inconscience et de froideur autour du sujet, comme s’il ne les concernait pas vraiment, ni l’une, ni l’autre. La GPA n’est qu’un objet de transaction marchande, un moyen facile et pratique d’arriver à ses fins.  Puis petit à petit, elle sort de ce cadre commercial pour entrer dans la relation intime de deux personnes qui s’apprêtent à partager leur vie et  la vie d’un individu en devenir, depuis sa mise au monde jusqu’à son éducation. Petit à petit, leur relation se modifie et s’enrichit.  Elles expérimentent tour à tour la méfiance et la confiance, la bienveillance et le ressentiment, la colère et la complicité joyeuse. Tout est amené assez subtilement par Bernard Bellefroid. Melody et Emily sont deux solitudes meurtries qui se sont trouvées, dans une douceur et une sobriété de mise en scène qui éloignent tout pathos, alors même que le scenario est riche en rebondissements plus ou moins théâtraux.

Melody est un film plus complexe qu’il n’y paraît sur la naissance des sentiments, sur la filiation, ou encore sur la question de la responsabilité. Ces sentiments et situations sont comme mis dans un écrin par un sens magnifique du décor, avec des  tournages en milieu naturel, la forêt qui entoure la très belle maison de la riche Emily, cette mer qui borde l’endroit où elles sont parties ensemble dans une sorte de kidnapping réciproque, en attendant le bébé, et dans une ambiance mélancolique qui sied au propos. C’est un film poignant composé de plusieurs scènes portées par deux actrices vraiment émouvantes, des scènes sans aucun apprêt qui présentent les choses essentielles : le sentiment d’appartenance, enfin, pour la jeune Melody ; le sentiment d’accomplissement, enfin, pour une Emily qui a pourtant l’habitude du pouvoir de vie et de mort sur les centaines d’employés de sa société. 

Rachael Blake confirme ce qu’on a vu d’elle dans Sleeping Beauty, le film de l’australienne Julia Leigh : une actrice peu exubérante qui habite intensément des rôles qui semblent taillés sur mesure pour elle. Lucie Debay, qui a le rôle titre, n’est pas en reste, malgré son plus jeune âge, elle impressionne dans le registre de ce qu’elle sait montrer (et jouer, n’ayant pas eu peur depuis Melody d’interpréter le rôle de Corinne, la femme néo-nazie du « Français » du récent film de Diastème). Elles ont reçu conjointement le prix de la meilleure actrice à la session 2014 du Montréal World Film Festival, ce qui vient valider à raison le travail en commun qu’elles ont fourni sur le film de Bernard Bellefroid.

Melody : Bande annonce

Melody : Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 6 Mai 2015
Réalisateur : Bernard Bellefroid
Nationalité : Belgique, Luxembourg, France
Genre : Drame
Année : 2014
Durée : 90 min.
Scénario : Bernard Bellefroid, Carine Zimmerlin, Anne-Louise Trividic
Interprétation : Rachael Blake (Emily), Lucie Debay (Melody), Don Gallagher (Gary), Laure Roldan (Marion), Clive Hayward (Norman), Lana Macanovic (Dr. Sirenko)
Musique : Frédéric Vercheval
Photographie : David Williamson
Montage : Jean-Luc Simon
Producteur : Patrick Quinet,  Claude Waringo,  Gilles Padovani, Serge Zeitoun
Maisons de production : Artémis Productions, Liaison Cinématographique, Mille et une Films, Samsa Film
Distribution (France) : Damned Distribution
Récompenses : Prix de la meilleure actrice partagé par Rachael Blake et Lucie Debay en 2014 au Montréal World film Festival
Budget : NR

 

6 Desires, un film de Mark Cousins : disponible cet été en “Festival-to-Date”

6 Desires, sélectionné pour le 26ème Festival International de Cinéma de Marseille et bientôt disponible en VOD

Mark Cousins est un réalisateur britannique, occasionnellement présentateur et critique de cinéma. IL a interviewé des cinéastes célèbres comme David Lynch, Martin Scorsese ou encore Roman Polanski pour l’émission TV Scene by Scene.

Pour sa troisième année d’expérimentation en partenariat avec The Festival Agency, The TIDE Experiment lance son nouveau format de sortie vidéo, « Festival-to-date ». Le concept est simple : les films dévoilés lors des festivals sont aussi disponibles en Vidéo à la demande (VoD), leur permettant de toucher un public plus large. The TIDE Experiment est un projet soutenu par la Commision européenne engagée dans l’innovation de la distribution.

6 Desires de Mark Cousins, est lancé cet été en “Festival-to-Date” tandis qu’avec les deux autres volets de la trilogie, il sera montré au Festival International de Cinéma de Marseille, le 3 Juillet prochain.
La trilogie entière sera ensuite disponible sur iTunes et Google Play.


Here Be Dragons
Mark Cousins va en Albanie pendant cinq jours, et filme ce qu’il voit. Il découvre que les posters dans les archives des films du pays sont en décomposition. En menant des investigations, Cousins commence à se poser des questions plus approfondies à propos de l’histoire et de la mémoire du lieu. Influencé par l’oeuvre de Chris Marker, le film de Cousins considère davantage l’architecture des dictateurs, l’Albanie du 20ème siècle ayant été marquée par son dirigeant autoritaire Enver Hoxha ; et les grandes peintures icônes d’Onufri.

Dans le passé, les pays peu connus des cartographes étaient estampillés « ici des dragons ». L’Albanie est restée pendant des décennies, l’un des pays les plus fermés du monde. Le film de route, méditatif, de Cousins suit le conseil de Goethe : « si vous voulez comprendre le poète, vous devez aller sur le territoire du poète. »


6 Desires

En 1921, DH Lawrence part sous le soleil de Sardaigne, à la recherche d’un mode de vie plus simple. Son livre, qui décrit son voyage, fait partie des œuvres les plus éclatantes de la littérature.

Lawrence voulait échapper au 20ème siècle, mais il n’y est pas parvenu. La maladie le rattrapa et Mussolini arrivait au pouvoir.

Le film retrace le périple de Lawrence et nous emmène au cœur de sa passion.


Life May Be

Un long métrage épistolaire : un échange cinématographique entre Mark Cousins et l’actrice, artiste et réalisatrice Iranienne Mania Akbari, qui étend la notion du «film d’essai» avec des confrontations surprenantes sur fond de questions culturelles, de politique des genres et des différentes sensibilités artistiques.

Un voyage unique dans l’esprit de deux cinéastes exceptionnels qui devient une histoire d’amour sur le cinéma.

The Mark Cousins Hibrow Trilogy : Trailer

Interview de Mark Cousins :

Everly, un film de Joe Lynch: critique

Si Everly est un cas intéressant dans l’évolution artistico-commercial du cinéma moderne, c’est qu’il est typiquement ce genre de films qui n’a rien à faire en salles mais est, au contraire, le parfait descendant des séries B que l’on louait pour une soirée « bière et pizza devant la télé ».

Synopsis : Retranchée dans un appartement, Everly, une ancienne prostituée devenue fiancée du caïd local puis indic pour la police, doit faire face aux tueurs envoyés par son ex, tout en tentant de protéger sa fille.

Le nanar à l’état pur

Ce genre de plaisir coupable qu’on regarde une fois mais que jamais on achèterait. Le fait qu’il soit distribué directement en VOD sans passer ni par la case grand écran ni même par les rayons de DVD est symptomatique de la nouvelle logique qu’ont les sociétés de distributions (en l’occurrence TF1 Vidéo) d’atteindre directement leur public.

Mais, en fait Everly, c’est quoi ? Des prostitués adeptes d’arts martiaux, des yakuzas surarmés, des tueurs adeptes de séances de torture… Voilà qui donne l’air d’une parodie outrancière du cinéma de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, et c’est exactement ce qu’est le film. Avec une bonne dose d’hémoglobine et d’explosion, de fusillades et de combats aux sabres, ce huis-clos réunit tous les gimmicks du cinéma d’exploitation populaire. Entre les mains de Joe Lynch, un spécialiste du divertissement nanardesque (à qui l’on doit l’impardonnable Détour Mortel 2 et le non moins surprenant Knights of Badassdom), ce mélange donne un résultat qui tient ses promesses en termes d’action telles que peuvent le concevoir les fans de Liam Neeson. Si l’on veut lui trouver des arguments positifs, on peut toujours affirmer que le rythme est relativement soutenu, et que –hormis certaines touches de pathos aussi incongrues que sous-exploitées– le calvaire de cette victime devenant une redoutable tueuse peut s’avérer assez drôle… à condition de le regarder au second degré.

Tant de stéréotypes orduriers (en particulier pour ces pauvres japonais réduits à la caricature de tueurs tatoués) et de situations déjà vus mille fois donnent rapidement un profond sentiment d’indigestion cinématographique. Une heure vingt-cinq qui, malgré quelques poussées d’adrénaline, sont même difficilement supportables tant le scénario est insipide et déborde d’incohérences. Autant en rire alors, en essayant de se dire que le réalisateur ne se prend pas au sérieux. Autre approche pour regarder le film sans risque l’overdose : Profiter du charme de son actrice. Dès le plan d’ouverture, où l’on découvre Salma Hayek, de dos, en petite culotte, il est difficile de résister à la plastique de la belle mexicaine. Et tout ce qui va suivre va faire d’elle une héroïne digne des plus grands films d’action. Ou, plus exactement, d’une héroïne de jeux vidéo. La narration, en faisant se suivre l’un après l’autre des méchants improbables toujours plus dangereux (et, bien souvent, de plus en plus grotesque), est typiquement calquée sur un vieux modèle du Shoot’Em Up.

Il y a peu d’autre intérêt à investir dans le visionnage de ce nanar tourné en Europe de l’est que de voir un actionner ultra-testostéroné mené par un personnage féminin et recyclant tous les effets se voulant les plus funs du genre. Mais, même ça, d’autres films le proposent de façon bien plus réussi… donc, à moins de tenir absolument à voir Salma Hayek en flingueuse badass, Everly sera une pure perte de temps.

Everly : Bande-annonce

Everly : Fiche Technique

Réalisation : Joe Lynch
Scénario : Joe Lynch, Yale Hannon
Interprétation : Salma Hayek, Hiroyuki Watanabe, Akie Kotabe, Togo Igawa, Jennifer Blanc, Caroline Chikezie, Masashi Fujimoto…
Musique : Bear McCreary
Photographie : Steve Gainer
Décors : Ondrej Nekvasil
Montage : Evan Schiff
Production : Luke Rivett, Adam Ripp, Andrew Pfeffer, Rob Paris
Sociétés de production : Crime Scene Pictures, Vega Baby!, Anonymous Content
Société de distribution : TF1
Genre : Action
Durée : 88 minutes
Date de sortie : 17 juillet 2015 (en e-cinéma)

Etats-Unis – 2014

Découvrez la bande-annonce du film Love & Mercy au cinéma le 1er juillet

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Love & Mercy : dans la peau de Brian Wilson

Sorti le 15 juin 2015 aux USA et ce mercredi 1er juillet en France, Love & Mercy dresse le portrait de Brian Wilson, le chanteur, compositeur et leader des Beach Boys, responsable de la grandeur et du déclin de ce groupe adulé des années 60′ et 70′. Plus qu’un biopic, Love & Mercy est une étude approfondie de la vie de Brian Wilson, de son génie artistique à ses souffrances intérieures en passant par Mélinda (Elizabeth Banks, Hunger Games saga), l’amour de sa vie qui lui a permis de rester en vie.
Pour interpréter le rôle du chanteur schizophrène et dépressif, le réalisateur Bill Pohlad (producteur de Wild, The Runaways, Into the Wild) fait appel à Paul Dano, qui a tourné auparavant dans sa production 12 Years a Slave, ainsi qu’à John Cuzack (Le Majordome, Suspect, Identity). Dans Love & Mercy, les deux artistes interprètent Brian Wilson, avec justesse, à différentes périodes de sa vie, dans les meilleurs et les pires moments…dans le succès, la déchéance et la rédemption.
Passionné de cinéma et de musique, Bill Pohlad, au départ moins fan des Beach Boys que des Beattles, est littéralement tombé amoureux de l’album « Pet Sounds ». Alors, lorsqu’il reçoit le scénario de Oren Moverman (I’m not There, The Messenger), c’est juste une évidence.

Pour Love & Mercy, le réalisateur a étudié à fond le personnage de Brian Wilson et en parle encore avec beaucoup d’émotions :
« Comme je devais connaître un peu Brian, il fallait que je comprenne comment fonctionnait son cerveau. Il avait des hallucinations mais elles n’étaient pas visuelles, elles étaient auditives. Cela m’intriguait beaucoup. Qu’il entende des arrangements complexes, des harmonies et des mélodies que nul autre ne pouvait concevoir (…). C’est une partie de son génie… »

Love & Mercy : bande annonce et featurette

Love & Mercy de Bill Pohlad, Scénario de Oren Moverman et Michael Alan Lerner
Avec John Cusack, Paul Dano, Elizabeth Banks, Paul Giamatti, Kenny Wormald
Produit par Battle Mountain Films et River Road Entertainment

Tale of tales, un film de Matteo Garrone: Critique

Tale of tales, une peinture baroque grandiose mais chargée d’un profond désespoir

Synopsis : Adaptation de trois des cinquante chapitres qui forment le roman Le Conte des Contes (ou Pentamerone) de Giambattista Basile: Celui d’une reine que l’envie d’enfanter pousse à tous les sacrifices, celui d’un roi charmeur tombant amoureux d’une inconnue au simple son de sa voix et celui d’une princesse qui souffre du manque d’affection de son père obsédé par un étrange insecte.

Il n’y a rien d’étonnant que Tale of tales ait à ce point divisé la critique à Cannes tant le virage opéré par Matteo Garonne est radical. Celui qui s’est fait connaitre du public international avec son excellent Gomorra (qui, pour rappel, donnait une image de la mafia napolitaine avec un réalisme proche du documentaire) signe à présent une fable fantastique aux allures gothiques qui, de plus, est tourné en anglais. De quoi désarçonner certains spectateurs qui y verront un retournement de veste à des fins purement commerciales. Et pourtant, le réalisateur défend une certaine continuité : Celle de confronter le réel et l’irréel, la vérité au mythe. Si cette velléité de décortiquer ce qui peut être réaliste dans cette adaptation de contes fantasmatiques est un argument difficile à défendre, le second est davantage recevable. Avant de s’essayer au cinéma, Garonne était féru de peinture. En réunissant une équipe technique composée d’amateurs de tableaux, il s’est assuré de mettre au point une fresque d’une qualité picturale remarquable.

Dès lors que l’on se laisse absorber par cet univers onirique, on plonge dans des aventures, plus ou moins abouties, portées par un excellent casting international. Dans trois royaumes, trois histoires de femmes (de trois âges différents) sont la base d’une narration qui prend la forme d’un film choral. Dans le rôle de la reine tourmentée par sa stérilité, Salma Hayek est impressionnante de froideur. A ses côtés, on remarque un John C. Reilly qui offre une scène de combat maritime impressionnante. Le récit qui va découler de la naissance de leur fils, qui rencontrera ses sosies, est sans conteste le segment le plus flou de l’ensemble du scénario. De son côté, Vincent Cassel réussit à donner à son personnage un charisme que l’on avait plus vu chez lui depuis longtemps. Son histoire, qui le lie à une femme à la double apparence, est incontestablement la partie la plus drôle du film. Enfin, la fable concernant la princesse délaissée par son père, elle profite du physique toujours dérangeant de Toby Jones dont la folie est palpable. Mais plus que les prestations de ce casting de stars, ce qui rend Tale of Tales hypnotique c’est la sophistication avec laquelle Garonne filme ces mythes et légendes, faisant de certains plans des images qui nous scotche à la rétine, tels qu’ Elisabeth Keanner nue dans les bois ou bien encore Salma Hayek dévorant un cœur de dragon.

Mais si le film est si dérangeant, c’est que son irréprochable direction artistique est mise au profit d’un monde où, derrière un certain faste monarchique, tout est laid et parfaitement amoral. Alors que le fait de voir princes et princesses, fées et sorcières, ogres et monstres, donne l’impression d’assister à un Disney, tout dans ce scénario à priori enfantin se fait rapidement rattrapé par sa dimension érotique et malsaine. Et c’est là que l’argument de la confrontation entre le réel et l’irréel que défendait son réalisateur prend tout son sens. En effet, si les premières minutes du film posent les bases de ce monde féérique, en se risquant à rendre certaines scènes fantastiques lourdaudes, voire franchement grotesques, dès lors que les conséquences que vont avoir ces actions sur les personnages va prendre une tournure plus terre à terre, on passe clairement du rêve éveillé au pur cauchemar. C’est parce que la conclusion est, pour chacun des protagonistes, assimilable à un drame aux antipodes du happy-end auquel il semblait prédestiné, que l’on peut affirmer que la thématique principale est la désillusion.
Même s’il est scénaristiquement inégal, Tale of tales est une œuvre d’une qualité visuelle absolument bluffante, qui profite de la présence d’acteurs parfaitement dirigés. Mais, plus une peinture baroque ou un banal conte de fées, Tale of tales est avant un film déroutant qui nous démontre que, quelque soit les apparats oniriques qu’il puisse prendre, l’espoir est toujours rattrapé par un certain fatalisme.

Tale of Tales : Bande-annonce

Tale of tales : Fiche technique

Titre original : Il Racconto dei Racconti
Réalisateur : Matteo Garrone
Scénario :
Interprétation : Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones, John C. Reilly, Shirley Henderson, Hayley Carmichael, Stacy Martin, Kathryn Hunter…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Peter Suschitzky
Montage : Marco Spoletini
Producteurs : Matteo Garrone, Jeremy Thomas, Jean Labadie, Anne-Laure Labadie
Maison de production : Archimède
Distribution (France) : Le Pacte
Budget : 14 500 000 $
Genre : Fantastique, Drame
Durée : 133 minutes
Date de sortie : 1er juillet 2015
Italie – 2015

Haramiste, un film de Antoine Desrosières : Critique

Mercredi 1er Juillet sortait sur Grand-écran Haramiste, un moyen-métrage de Antoine Desrosière (Banqueroute, À la Belle Étoile), une comédie vivante, nature et moderne, un film sur la liberté.

Synopsis : Après avoir mis fin à un bref échange entre sa sœur de 17 ans et un garçon, Rim (Inas Chanti), jeune musulmane de 18 ans ouvre un débat sur les relations entre hommes et femmes, les interdits, la morale et la religion. Le soir-même, la curiosité l’emporte sur l’interdit et Rim s’inscrit sur un site de rencontres. Choquée mais intriguée, sa sœur Yasmina (Souad Arsane) la sermonne à son tour. Commence alors ce qui sera une très longue nuit pour l’une comme pour l’autre…

Une lecture ouverte

Accueilli un peu violemment au moment du tournage dans l’enceinte d’une Cité de Châtellerault, Haramiste a reçu en juin le Prix du Public au Festival Côté Court de Pantin 2015. C’est avant tout dans sa liberté d’interprétation que le film interpelle le plus grand nombre car il y a plusieurs lectures possibles. Le spectateur peut adopter le point de vue de l’adolescence ou de la femme, celui de la religion ou plutôt de la morale. Mais on peut surtout aborder cette oeuvre dans sa configuration artistique et philosophique. Car le vrai sujet de l’histoire n’est pas la religion en soi mais bien l’interdit et, par opposition, la liberté.
Au départ, Antoine Desrosières et Anne-Sophie Nanki cherchaient une idée dans le registre de l’amour moderne pour la chaîne Arte. Le scénario d’internet s’est imposé rapidement et la possibilité de mettre en scène ces deux contemporaines musulmanes est venue tout naturellement.
À ce propos, Antoines Desrosières s’explique :

« Nos personnages sont donc, à dessein, des jeunes femmes portant le voile, sans que jamais dans le film ce voile ne fasse débat parce qu’il nous semble que le voile n’est pas le débat ; le débat, c’est l’interdit qu’il implique. Ces jeunes femmes incarnent ainsi de manière extrême l’éternelle contradiction entre la culture-culpabilisante et la nature-désirante. C’est en cela que quelles que soient notre culture, notre sexe et notre âge, nous sommes tous des jeunes femmes portant le voile. »

De même, la structure narrative est laissée libre. Le scénario et les dialogues d’Antoine Desrosières et Anne-Sophie Nanki ont été écrits en collaboration avec les deux comédiennes à partir de leurs improvisations. Ce qui peut expliquer certains accrocs dans les répliques, certaines imperfections. Le sujet reste brut, telle une matière première qui caractérise la jeunesse, d’où son naturel et sa fraîcheur.

Une échappée belle :

« Échappée belle : escapade, virée dans un endroit agréable que l’on découvre ; fait d’avoir évité de justesse un danger, de l’avoir échappé belle ; incursion surprenante d’une personne dans un domaine, qui révèle un monde, une atmosphère peu connu… »
La liberté d’expression, la liberté de choisir, le pouvoir décisionnel et l’émancipation caractérisent le genre humain en particulier durant l’adolescence. À ce moment de la vie, interviennent des changements physiques et psychiques qui marquent le passage à l’âge adulte. Et dans cette contrainte culturelle, le corps est l’unique objet sur lequel ces jeunes ont un pouvoir. Dans Haramiste, l’émancipation passe donc en toute logique par le corps : d’abord avec cette photographie « sans le foulard » puis par la gestuelle avec le pouce et, enfin par la fugue et l’acte sexuel.

Dès le début, le langage moderne des sœurs va lui-même créer une rupture avec leur apparence classique. De la même manière, le modernisme de la société, via la bande-originale symbolisant la libération sexuelle des années 60 (Dans ses yeux de Marjorie Noël et Maman Laisse-moi aller Twister), via internet et le portable, vient contrebalancer l’aspect ancestral et traditionaliste de la religion. Les propos conservateurs se mélangent aux expressions et aux gestes familiers et vulgaires comme la démonstration de leur rébellion. Haramiste joue avec les oscillations, les hésitations des deux jeunes filles qui sont tour à tour actrices, observatrices, moralisatrices.
Haramiste décrit deux jeunes femmes qui manquent encore d’assurance dans ce qu’elles disent ou ce qu’elles font. Le rythme est rapide, saccadé, comme leurs flots de paroles dites à la va-vite pour être aussitôt contredites. Elles tentent de réfléchir par elles-mêmes malgré le poids de la culture et l’influence de la modernité. Rim et Yasmina s’interrogent, débattent puis expérimentent. En cela, le film est une véritable situation d’apprentissage de la vie.
À la fin du film la fuite vers cette liberté n’est plus seulement suggérée, elle est vécue. La grande sœur, Rim, s’échappe par la fenêtre de la chambre et, en parallèle, la petite sœur, jalouse, s’échappe aussi par des fenêtres virtuelles : celles des conversations sur internet. Enfin, Rim revient au petit matin, tout en gardant un pied « chaussé » dans la liberté. Une vraie Cendrillon du 21ème siècle.

Haramiste : bande annonce

Haramiste : Fiche technique

Réalisateur : Antoine Desrosières
Acteurs : Inas Chanti et Souad Arsane.
Scénario : Souad ARSANE, Inas CHANTI, Antoine DESROSIERES et Anne-Sophie NANKI.
Casting : Johanna LECOMTE
Image : George LECHAPTOIS
Son : Jules POTTIER
Decors : Laurent LE CORRE
Montage : Simon THORAL
Produit par Annabelle BOUZOM « Les films de l’autre cougar », Jules POTTIER et William ROUGIER « Hybrid Films »
Genre : Comédie
Durée : 39 minutes
Date de sortie: 1er juillet 2015, le 3 juillet en VOD
France – 2015