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Microbe et Gasoil, un film de Michel Gondry: Critique

On the Road

Le réalisateur français relance la machine à idées, trois ans après avoir adapté L’écume des jours  de Boris Vian, et principalement reconnu pour son Eternal Sunshine of the Spotless Mind, le cinéaste se tourne aujourd’hui vers la comédie initiatique et itinérante, à mi chemin entre le road movie et le buddie movie : Ambiance weirdo, décors champêtres, Michel Gondry signe un film personnel, au potentiel comique évident, mais qui ne dépasse pas son statut de film estival, modeste mais très agréable.

Les histoires de vilains petits canards, d’exclus, de marginaux ne sont pas d’un genre nouveau dans les cours de récré, et lorsque l’on voit l’inventivité excentrique de Gondry on imagine ce que l’école, dans sa férocité, a pu lui imposer durant son enfance. Le réalisateur s’inspire de sa différence, et insuffle, pour rendre sa fiction romanesque, des airs d’aventures, fougueuses et enfantines. Si le monde de l’adolescence passionne, obsède parfois, Gondry le dépeint de belle manière, entre la mélancolie de l’enfance, et la peur curieuse d’une vie d’adulte où s’affronte le sexe, la mort, et les autres. Le film met en scène deux collégiens, le premier, petit, chétif, discret, peintre ; le second, fils d’immigrée et d’alcoolique, mécanicien et philosophe à ses heures perdues. L’un est « microbe », l’autre est « Gasoil ». Seule leur différence les rapproche à première vue, mais ils se prennent d’affections, poussés par une solitude imposée, mais surtout grâce à leurs esprits, aussi compatissants que compatibles.

Et lorsqu’en tombant sur un vieux moteur de tondeuse, les deux enfants décident d’en faire une voiture ; et lorsque cette voiture devient également une maison, les deux amis prennent la route, direction les nichons du fantasme d’enfance de Gasoil (dans le massif central). Gondry touche presque au merveilleux avec sa maison roulante, ou du moins caresse de sa caméra les rêves homériques de tous les gamins. C’est un peu du Miyazaki, une fable à la fois tendre, à la fois dure ; bricoleuse et imaginative ; sur l’enfance et la société. Les deux ados délurés, dans leur fuite se libèrent, et le voyage entrepris, déchargés de toute pression parentale, Microbe et Gasoil cohabitent, dans les conserves et les duvets, couchants près des fossés, roulant largement en dessous des vitesses autorisées. Les frasques et les farces ponctuent habilement ce voyage, le rendant drôle et léger. Gondry maîtrise l’art de rendre ses personnages vifs et attendrissants, les portraits de ses deux « fils » sont réussis, et leurs altercations sont parfois très savoureuses, entre tirades philanthropiques et questionnements pré pubères.

Microbe et Gasoil, séduit et divertit intelligemment avec cette grande promenade périlleuse, et derrière des aspects sobres voir simplistes, le récit se joue de sa naïveté narrative pour bâtir une réelle complicité avec ces adolescents si particuliers, dans lesquels on retrouve forcément une once de notre enfance. Et même si la différence est encouragée, voir souhaitée, elle et belle et bien agressive dans sa réception par les autres, elle n’est pas que vecteur de talent et de personnalité, elle isole, exclue, attaque. Le film apparaît presque revanchard par ailleurs, sur ces attitudes corrosives des années collèges, dans le traitement des amoureuses et des populaires, des Moldus immatures. Finalement c’est une quête de soi, que Michel Gondry met en scène, sur ses jeunes cherchant à se faire accepter en premier lieu par eux même. C’est déjà vu, mais ça fonctionne, grâce à une écriture personnelle et des personnages efficaces; le nouveau film du réalisateur devrait plaire avec son humour et son scénario décalé.

Synopsis: Les aventures débridées de deux ados un peu à la marge : le petit « Microbe » et l’inventif « Gasoil ». Alors que les grandes vacances approchent, les deux amis n’ont aucune envie de passer deux mois avec leur famille. A l’aide d’un moteur de tondeuse et de planches de bois, ils décident donc de fabriquer leur propre « voiture » et de partir à l’aventure sur les routes de France…

Microbe et Gasoil >>Bande Annonce

Microbe et Gasoil : Fiche Technique

Réalisation: Michel Gondry
Scénario: Michel Gondry
Interprétation: Ange Dargent (Daniel Guéret dit Microbe), Théophile Baquet (Théo Leloir dit Gasoil), Audrey Tautou (Marie-Thérèse Guéret), Diane Besnier (Laura)…
Image: Laurent Brunet
Décor: Stéphane Rozenbaum
Costume: Florence Fontaine
Son: Guillaume Le Braz
Montage: Élise Fievet
Musique: Jean-Claude Vannier
Producteur: Georges Bermann
Genre: Comédie
Distributeur: StudioCanal
France – 2015
Date de sortie: 8 juillet 2015
Durée: 1h43

Green Room, grand vainqueur du Festival du Film Fantastique de Neuchâtel 2015

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Palmarès du Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel 2015 

Avec Sitges, Gérardmer, Bruxelles ou encore Strasbourg, le festival fantastique de Neuchâtel est l’un des plus prestigieux d’Europe. L’édition 2015 s’est tenu du 03 au 11 juillet présidée par un jury exclusivement féminin composé de Sabrina Baracetti, Axelle Carolyn, Julie Bergeron,  Sylvie Fleury et Zoë Bell (Boulevard de la Mort, doublure Uma Thurman dans Kill Bill). C’est l’un des plus fréquentés festival européen. Ses chiffres donnent d’ailleurs le vertige : 157 films présentes, 30 pays représentés et plus de 35 000 spectateurs se sont déplacés en masse dans les salles suisses durant ces huit jours.

Les femmes du jury ont dévoilé leur palmarès ce samedi 11 juillet :

Green Room de Jérémy Saulnier remporte trois prix dont le plus prestigieux, le Prix H.R. Giger «Narcisse» du Meilleur Film. Il succède à Housebound de Gerard Johnstone. A cela, il faut rajouter le Prix du Public et le Prix de la Jeunesse Denis-de-Rougemont.

C’est un film danois qui a également su se démarquer dans cette vaste sélection puisque c’est Men & Chicken de Anders Thomas Jensen (Les Bouchers Verts, Adam’s Apple) avec son habitué Mads Mikkelsen qui ont remporté le Méliès d’Argent du Meilleur Long Métrage Fantastique Européen.

Il semblerait que Karyn Kusama ait décidé enfin de montrer toute l’étendue de son talent. Après les très décriés Aeon Flux et Jennifer’s Body, la réalisatrice new-yorkaise remporte le très select Prix du jury de la critique internationale pour The Invitation. Ce dernier est d’ailleurs déjà annoncé dans la programmation du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS).

Un étonnant film éthiopien fait partie du palmarès suisse. Il s’agit de Crumbs de Miguel Llansò qui remporte le Prix Imaging The Future (meilleur production design). Egalement sélectionné au prochain FEFFS, Crumbs est un film dont l’audace visuelle ne cesse de faire le buzz depuis quelques mois, présents dans tous les festivals de genre.

Du côté de l’Asie, c’est l’hongkongais Full Strike de Henri Wong & Derek Kwok qui a remporté le Prix du Meilleur Film Asiatique.

Enfin côté court-métrage, la Suisse est à l’honneur puisque deux de ses films se partagent les trois récompenses consacrés aux courts : Es War Finster und Merkwurdig Still de Mirella Brunold & Nina Calderone remporte le Prix HR Giger «Narcisse» du Meilleur Court Métrage Fantastique Suisse et le Méliès d’argent du Meilleur Court Métrage Fantastique Européen. Enfin,  Parasit de Diego Hauenstein repart avec le Prix Taurus Studio à l’innovation. 

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en mai dernier, Green Room a déjà été vu par notre rédaction.

Love and Mercy, un film de Bill Pohlad : Critique

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Dangerous game

Mais si Love and Mercy sort du lot, c’est grâce à son casting 4 étoiles, voire 5 étoiles. Deux interprètes pour un personnage, voilà un pari osé, car en cela réside la possibilité que l’un surpasse l’autre, mais il n’en est rien. Paul Dano et John Cusack se valent et sortent leur épingle du jeu, chacun à leur manière, participant tous deux à des séquences émotionnellement fortes, où la direction d’acteur et le jeu est à l’honneur. Mais les deux diffèrent tout de même : John Cusack propose un jeu sur la durée, alors que Paul Dano se révèle dans des séquences bien précises.
Il ne faut pas faire d’impasse sur les seconds rôles. Elizabeth Banks est excellente. Même si, de prime abord, elle peut apparaître comme l’actrice potiche blonde pas très intelligente, elle dévoile un jeu édifiant, variant entre diverses émotions, tout en sachant que son rôle n’est en rien facile. En effet, l’actrice interprète Melinda LedBetter, femme qui aidera Brian Wilson à sortir des griffes de son médecin, interprété par Paul Giamatti, lors de sa descente aux enfers, après avoir été au sommet avec les Beach Boys. D’ailleurs, Paul Giamatti complète le casting principal avec brio. Mais il ne faut pas trop en dire sur son personnage et sur sa relation avec Brian Wilson, car c’est en cela que réside la force des séquences avec John Cusack comme interprète. (même si toute l’histoire est trouvable sur internet, le film étant un biopic.) Mais Paul Giamatti est aussi confronté, à plusieurs reprises, à Elizabeth Banks, et on retiendra toute cette séquence d’insultes chez le concessionnaire auto, preuve de la faiblesse du médecin, et de sa manipulation qui ne porte ses fruits qu’envers Brian Wilson.

On pourrait regretter que le réalisateur laisse de côté les relations familiales de Brian Wilson. Lors des flash-back avec Paul Dano, Bill Pohlad n’aborde que superficiellement ses relations avec ses frères (Denis ou Carl) ou son cousin (Mike Love), alors que ces dernières ont été d’une importance majeure dans l’histoire des Beach Boys, mais également dans la vie de Brian Wilson. Toutefois, la relation que Brian entretient avec son père est très justement instaurée, une relation compliquée, très souvent tendue, où les intentions de chacun sont floues, même si l’on se doute que l’argent, le profit et la quête du succès régissent les pensées et les choix du père, notamment lorsque ce dernier décide de vendre les droits des chansons des Beach Boys.
La fresque familiale dans « Love and Mercy » n’est donc qu’une ébauche et s’avère être inachevée, mais pour couvrir une vie, le réalisateur a du travailler la synthèse, et ses intentions sont dignement représentées dans le film.

I love Rock’n’roll 

Who does not know Beach Boys? This American rock band had a huge success in the 1960s and 1970s, consisting of 6 boys cracking girls. Beach Boys, we all keep in mind huge hits like « I get around », « Surfin USA » or « Good Vibrations ». We know a little less about the history of its members, and that of Brian Wilson, but Bill Pohlad decided to take an interest in it. Because yes, do not approach Love and Mercy , the first feature film of the director, as a film tracing the history of the Beach Boys but as a pure biopic Brian Wilson, performer and author of the best-known songs of the group.

Love and Mercy is divided into two parts: the youth of Brian Wilson (then played by Paul Dano) who continues to be presented to us in the form of flashbacks, and his life after Beach Boys, where Brian Wilson (this time played) by John Cusack) sees himself being manipulated and lives a nightmare with his eyes open. The temporal / narrative scheme of Love and Mercy is very interesting because the director does not serve us a simple chronology, but, on the contrary, continues to navigate in different eras.

Although the realization is simple, the filmmaker is content to film, without any aesthetic bias, except for the aging of images to stick to the 70s. Where Bill Pohlad could have appropriated the biopic and make a story exciting, it comes out a simple narration of facts, but the feature film is still pleasant to watch, with beautiful sequences, such as aquatic. Love and Mercy enjoys a real work on the sets, the director having reconstructed the different places that made the life of Brian Wilson. After, as in many biopics, impossible to escape all this arsenal of makeup, aiming to embellish the characters, but highlighting a certain falsity, a lack of naturalness.

Synopsis: Biopic retracing the path of Brian Wilson, a genius composer of the Beach Boys , a difficult childhood ended up making schizophrenic.

Love and Mercy >> Bande-annonce du film

Love and Mercy : Fiche technique 

Titre original : Love & Mercy
Titre français complet : Love and Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys
Date de sortie américaine : 5 juin 2015
Date de sortie française : 1er juillet 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Bill Pohlad
Scénario : Oren Moverman et Michael Alan Lerner
Interprétation : John Cusack, Paul Dano, Elizabeth Banks, Paul Giamatti, Kenny Wormald
Musique : Atticus Ross
Photographie : Robert D. Yeoman
Décors : Andrew Max Cahn
Montage : Dino Jonsäter
Production : Bill Pohlad, Claire Rudnick Polstein, John Wells et Brian Wilson
Société de production : Battle Mountain Films et River Road Entertainment
Distribution Company: Roadside Attractions (United States), ARP Sélection (France)
Genre: Biography, Biopic
Duration: 120 minutes

Omar Sharif : Portrait d’un seigneur du cinema

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Omar Sharif : disparition d’un géant

Vendredi 10 juillet 2015, nous apprenions la mort d’Omar Sharif. Et, réagissant immédiatement à cette annonce, la même référence, la même image, le même nom s’imposent à tous les esprits cinéphiles : Youri Jivago. Rarement un acteur a été autant associé à un rôle précis. Alors qu’Omar Sharif a joué pendant presque 60 ans, depuis 1954 (Le démon du désert, du cinéaste égyptien Youssef Chahine) jusqu’en 2012 (Rock the Casbah, film franco-marocain de Laïla Marrakchi), aussi bien au cinéma qu’à la télévision, il restera, pour l’immense majorité d’entre nous, ce médecin russe pris dans la tourmente de la Révolution de 1917 et de la Guerre Civile.
Omar Sharif s’appelait Michel Demitri Chalhoub. Il est né le 10 avril 1932 à Alexandrie. Il semble vouloir suivre les voies de son père, Joseph Chalhoub, en obtenant un diplôme de mathématiques et de physique à l’université du Caire puis en intégrant l’entreprise familiale, mais ce n’est que pour mieux se diriger vers l’une des plus prestigieuses formations au métier d’acteur, celle de la Royal Academy of Dramatic Arts de Londres.

C’est le grand cinéaste égyptien Youssef Chahine qui lui donnera ses premiers rôles, d’abord dans Le Démon du désert puis dans Les Eaux noires, sur le tournage duquel il rencontrera sa future épouse, Faten Hamama. C’est à ce moment-là que Michel Chalhoub prend le pseudonyme d’Omar el Sharif, simplifié ultérieurement en Omar Sharif, et c’est pour son mariage avec l’actrice égyptienne qu’il se convertira à l’islam. Présenté à Cannes, Les Eaux noires obtiendra un grand succès et Omar Sharif sera alors la grande vedette masculine du cinéma égyptien.
C’est fort de ce succès dans le monde arabe que Sharif se verra proposer le rôle du Sheik Ali ibn el Kharish dans Lawrence d’Arabie, réalisé par le britannique David Lean. Ce rôle sera le tremplin international de la carrière du jeune acteur. À 30 ans, il reçoit deux Golden Globe (meilleur acteur dans un second rôle et meilleure révélation masculine) et est nommé aux Oscars.
« J’ai un physique qui n’est pas trop typé, plutôt passe-partout, latin méditerranéen », a dit l’acteur lors d’un entretien au quotidien Libération en 1988. Omar Sharif, par modestie, attribuait à son esthétique le succès de sa carrière. Mais on ne peut pas laisser de côté son talent, qui lui a assuré des rôles divers et variés, depuis le prince arabe jusqu’à l’archiduc autrichien en passant par le médecin russe et même… Che Guevara !
S’ouvre donc une période royale pour Omar Sharif, avec, pour ne citer que quelques exemples : La Chute de l’empire romain, d’Anthony Mann, Le Docteur Jivago de David Lean, La Nuit des généraux d’Anatole Litvak, La Belle et le Cavalier de Francesco Rosi, Mayerling de Terence Young, Funny Girl de William Wyler ou Le Casse, de Henri Verneuil. Son don pour les langues (il en parle cinq) lui permet de jouer aussi bien en Egypte qu’en France ou dans les pays anglo-saxons. Son talent le met à l’aise dans tous les rôles, dans tous les genres : aventures, comédies musicales, mélodrames, péplum, films historiques, western… Par un judicieux choix de films, Omar Sharif a su éviter de s’enfermer dans des rôles de jeunes séducteurs.
On retrouve l’acteur égyptien aussi bien dans du cinéma intellectuel exigent (Les Possédés, d’Andrej Wajda, d’après Dostoievski) que dans du cinéma à grand spectacle hollywoodien. A ce sujet, il gardera de sa carrière outre-Atlantique une vision désabusée, comme il l’a avoué au magazine Elle en septembre 2003 : «Chaque grand réalisateur américain a fait avec moi le plus mauvais film de sa carrière.» Encore récemment, on a pu le voir au générique du 13e Guerrier, de John MacTiernan.

Par contre, sa vie privée est loin d’être aussi tranquille. Divorcé très vite de la star égyptienne Faten Hamama, il mènera une vie de séducteur qui ne le satisfera pas : «On m’a prêté des aventures multiples, se confie-t-il, un brin désabusé, dans Le Figaro, en 1982, alors que je n’ai pu maintenir aucune liaison stable et régulière avec une femme. Je ne suis qu’un don Juan mythique. Au fond, ma vie est un échec.»
C’est surtout dans le jeu qu’il passera une grande partie de sa vie. S’il est devenu célèbre pour toute une génération, en France, en faisant de la publicité pour le Tiercé, c’est le bridge qui sera sa grande passion. C’est dans les casinos qu’il s’endettera, s’obligeant ensuite à accepter des films « alimentaires » pour régler ses difficultés. «Toute ma vie, je suis allé d’une ville inconnue à une autre. Ne connaissant jamais personne sur place, les seules choses que je pouvais faire pour m’amuser, c’était d’aller dans un casino pour avoir des émotions fortes, voir des gens. C’était un endroit où il y avait du monde et où l’on n’était pas ridicule en étant seul.» (Paris-Match, 28 août 2003)
Omar Sharif était atteint de la maladie d’Alzheimer. C’est au Caire qu’il s’est éteint, de retour dans un pays qui lui a donné sa célébrité, lui a donné un nom et a lancé une carrière internationale importante.

Omar Sharif en quelques dates :

10 avril 1932 : naissance à Alexandrie, en Égypte.
1954 : premier film, Le Démon du désert, de Youssef Chahine.
1955 : mariage avec Faten Hamama (dont il divorcera en 1968)
1962 : Lawrence d’Arabie, de David Lean (deux Golden Globe)
1965 : le Docteur Jivago, de David Lean (un Golden Globe)
1973 : il interprète le Capitaine Némo dans la série télévisée L’ïle Mystérieuse, de Juan Antonio Bardem, d’après Jules Verne.
2003 : Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière au festival de Venise.
2004 : César du meilleur acteur pour Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, de François Dupeyron
10 juillet 2015 : décès au Caire à l’âge de 83 ans.

Georges Méliès, portrait d’un visionnaire

Georges Méliès, portrait d’un artiste

Les premiers pas d’un génie.
Georges Méliès né à Paris en décembre 1861. Son père Jean Louis Stanislas Méliès est un industriel de la chaussure de luxe, qui réussit dans les affaires comme dans sa vie personnelle, mondaine. Dès son plus jeune âge, le petit Georges manifeste des talents créatifs. Il écrit des poèmes et des histoires, caricature ses professeurs ou dessine des paysages, bricole aussi de ses petits doigts quelques purs produits de son esprit. Il fait ses études au Lycée impérial de Vanves, puis au lycée Louis-le-Grand. L’agitateur d’idées qui sommeillait en lui jusque là va alors se réveiller. C’est au moment de son service militaire à 18 ans, selon certains dires, qu’il rencontrerait Robert Houdin, l’illustre magicien.
Georges Méliès veut devenir peintre et entrer aux beaux-arts. Mais il intègre à la place l’entreprise familiale où il apprendra la mécanique ; discipline qu’il mettra à profit au cours de sa carrière. Envoyé par ses parents à Londres pour perfectionner son anglais, il s’essaye à l’art de la prestidigitation à l’Egyptian Hall et assiste son mentor, l’illusionniste David Devant, à la confection de décors. C’est ainsi que Georges Méliès, rentré à Paris, devient magicien. Il se produit au cabinet fantastique du Musée Grévin et occupe un poste de journaliste caricaturiste au journal satirique La Griffe.
En 1888 à 26 ans, il revend ses parts de l’entreprise de chaussures pour acheter le Théâtre Robert Houdin. Georges Méliès y récupère quelques automates et présente rapidement des spectacles d’illusions où il met en scène ses talents artistiques et ses idées avant-gardistes.
En 1891, il fonde l’Académie de Prestidigitation. Georges Méliès est alors directeur de son théâtre, créateur de costumes et de décors, metteur en scène, s’occupe des castings…en sus du costume de magicien.

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« Remerciez-moi, je vous évite la ruine, car cet appareil, simple curiosité scientifique, n’a aucun avenir commercial ! »
Sa période créatrice commence réellement fin 1895, lorsqu’il assiste à la première projection publique des frêres Lumière, au Grand Café. Georges Méliès capte tout de suite l’intérêt de l’appareil et son potentiel énorme. Son offre d’achat est déboutée par les Frères Lumière qui « prétextent » un pauvre avenir pour le cinéma. Mais Méliès n’en reste pas là. Il acquiert l’Isolatographe des Frères Isola, propriétaires depuis 1892 du théâtre des Capucines, ainsi que le projecteur Théatographe développé par Robert William Paul, opticien et accessoirement premier réalisateur de films anglais. Georges Méliès fonde logiquement sa propre société de production, Star Film, et projette dès le 5 avril 1896, des films adaptés de la trame des Frères Lumière comme il est coutume de faire à l’époque. Les intempéries et les changements incessants d’intensité de lumière l’amènent, en 1897, à créer son studio de cinéma ; premier studio français, installé dans sa propriété de Montreuil, d’où sortiront 520 films fantastiques, mystérieux ou pleins d’humour. Pour les besoins du film, pensant toujours technique et développement, Georges Méliès créé des métiers inconnus jusqu’alors : producteur, réalisateur, scénariste, décorateur ou opérateur.

Le magicien changé en cinéaste visionnaire.
homme-a-la-tete-en-caoutchouc-georges-meliesGeorges Méliès filme d’abord des sujets simples. Le contemplatif de la mer, l’agitation de la rue ou la famille, comme le faisait encore une fois les Frères Lumière. Le 5 avril 1900, il dévoile à son public des prises de vue de villes et de champs, réalisées à partir d’un kinétographe qu’il a lui-même conçu. Avec cet appareil qui permet de prendre plusieurs photographies à de très courts intervalles pour donner une impression de mouvement, il prend conscience qu’il est possible d’aller au delà des simples captations instantanées de la vie de tous les jours. Et c’est ainsi que Georges Méliès pose les bases de la fiction cinématographique. A l’aube de son invention, le cinéma prenait déjà toute son amplitude, sa signification et sa raison d’être. Son évolution ne serait désormais plus qu’une histoire de technique et de style.

L’Albert Einstein du Septième Art.
Méliès explore à quelques exceptions près tous les registres possibles. Comédie, fantastique, documentaire, horreur, guerre, aventure ou conte. Il met au point le fondu enchaîné, la surimpression ou encore l’arrêt sur image et élabore de nouveaux effets et trucages, comme le dédoublement du personnage, ou la substitution. Georges Méliès se sert de ses films comme laboratoires d’essais et d’expérimentations. Avec La sortie de l’usine ou L’arrivée d’un train à La Ciotat en 1895, les Frères Lumière ont inventé le documentaire. Mais Georges Méliès a ouvert la voix d’un imaginaire filmique sans bornes, et introduit les effets de la machinerie, à l’origine très certainement d’oeuvres ultérieures majeures comme Alien, le huitième passager de Ridley Scott ou The Thing de John Carpenter.

Escamotage d’une dame chez Robert-Houdin

https://www.youtube.com/watch?v=FQQM9wMuR0o

1896. Un court métrage d’à peine 1.5 min dans lequel Georges Méliès prend le rôle d’un prestidigitateur. Il se filme avec sa femme, comme assistante dans ce numéro de magie, la fait disparaître sous un voile et la remplace par un squelette ; métaphore poétique de la création cinématographique.

Premier essai captivant par la mise en scène théâtrale, la prestance de ce personnage central, la neutralité du second, et l’amusant découpage de la pellicule.


Défense d’afficher

https://www.youtube.com/watch?v=pDDzHzbuKAQ

1896 toujours, Défense d’afficher est l’une des premières comédies de toute l’histoire du cinéma. Pas tout à fait 1min15, pour une seule petit séquence d’humour. Fin, expressif malgré le muet, bienfaisant.


La Star Film propose déjà 34 films à son catalogue, auquel viendront s’en ajouter 29 en 1901. Georges Méliès produit 3 oeuvres majeures en 1902, dont le célèbre (Le) Voyage dans la Lune.

Voyage dans la Lune

https://www.youtube.com/watch?v=9m830jhUi3E

1902, le chef d’oeuvre de Méliès. Considéré comme le premier film de science-fiction au Monde, Voyage dans la Lune fait prendre un véritable tournant à la conception première du cinéma. Georges Méliès fait preuve d’une justesse extrême, d’une imagination libérée des obstacles physiques et idéologiques d’alors, d’une anticipation déstabilisante pour tout spectateur du 21ème siècle.
Il personnifie cette Lune qui fascine depuis la nuit des temps et traduit par l’image une question existentielle qui poussera l’homme vers l’espace 60 ans plus tard. Riche d’idées, le court-métrage mêle le réel à l’illusion, le rêve au fantastique, avec le désir fort de bousculer les idées et révolutionner les consciences. Les effets spéciaux y sont véritablement ingénieux tout comme le scénario, magique et vertueux. Voyage dans la Lune est un film unique en son genre, un film qui donne toute la mesure d’une époque partagée entre moyens techniques et philosophie.


Fin 1903, Star Film est représentée à Berlin, Barcelone, Londres et à New York sous le nom Go Méliès Star Film Manufacturing,
mais doit faire face à une concurrence féroce. Gaumont fondée en 1895, et la compagnie des quatre Frères Pathé créée en 1896, gagnent de l’importance en ce début de 20ème siècle. Pathé distribue 40% des films projetés en Europe et aux États-Unis. Gaumont change sa forme juridique, devient société anonyme sous le nom de Société des établissements Gaumont. Pour contre-attaquer, Georges Méliès étant la durée de ses films, travaille la profondeur du scénario et la plastique des décors, offre de nouvelles pistes de réflexion sur l’homme et son environnement.

Deux cent mille lieues sous les mers

1907. En quelques sortes le miroir de Voyage dans la Lune, Deux cent mille lieues sous les mers s’inspire de l’oeuvre de Jules Verne. Le film figure la curiosité de l’homme pour les profondeurs océaniques, qui sont là, juste sous ses pieds mais qu’il ne peut encore explorer. Georges Méliès met en mouvement les éléments du décor pour fantasmer une aventure qui confronte l’humain à un environnement hostile où tout lui est étranger. Un court-métrage qui montre la fascination du cinéaste pour le milieu sous-marin, suggérant l’immensité de l’inconnu et l’extraordinaire trésor culturel qui s’y cache, sans jamais oublier la touche d’humour propre à son oeuvre.


Tandis que l’histoire du cinéma est en marche, l’entreprise de Méliès est confrontée à de nouveaux défis qui bouleversent la pérennité de Star Film. Le rythme de production diminue à partir des années 1910. Seulement 2 films sont réalisés en 1911, 4 l’année suivante.

À la Conquête du Pôle

https://www.youtube.com/watch?v=mOGuRCwVCD0

1912. l’une de ses œuvres les plus ambitieuses. Entre espace et océan, Méliès développe ici l’idée de la conquête terrestre. Mais comment parvenir à joindre le Pôle ? Les idées sont riches et intelligentes, la mise en scène séduisante. 30 minutes de rêve et de ravissement cinématographique.


Sous la pression financière, Georges Méliès doit se résoudre à mettre fin à ses activités cinématographiques. Il poursuit cependant la mise en scène de pièces de théâtre jusqu’en 1923.  Cette même année, criblé de dettes, il revend sa propriété à Pathé. La guerre entraine la fermeture du Théâtre Robert Houdin. Tous ses films sont vendus ou détruits. En 1925, ruiné, il croise le chemin de l’actrice Jeanne d’Alcy, commerçante à la gare Montparnasse. Méliès l’épouse et s’installe avec elle dans sa boutique de sucreries. A la mort de sa fille, Georgette, en août 1930, il recueille sa petite-fille Madeleine, âgée de 7 ans.
Quelques années plus tard, Georges Méliès est redécouvert par Luis Buñuel et André Breton qui l’amènent à décrocher la légion d’honneur le 22 octobre 1931. Tout début 38, Henri Langlois à l’origine de la Cinémathèque française, regroupe une partie des films du réalisateur en vue de leur restauration. Georges Méliès décède à Orly quelques jours plus tard, le 21 janvier 1938.

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Curiosité, imagination et anticipation sont quelques mots qui caractérisent l’oeuvre de Georges Méliès. Ce pionnier du cinéma pour qui la création était au centre de la vie, conduisit le Septième Art à se révéler au public, à s’émanciper très top dès ses 10 premières années, et révéla des possibilités qui n’auraient de limites que l’inventivité des hommes. Il contribua aussi à l’évolution de la société, du Monde de façon générale grâce à ses idées novatrices. Méliès n’a pas seulement développer la technique cinématographique, mais posé les bases de ce qu’allait être le cinéma moderne.

Georges Méliès restera l’un de ses piliers, l’un des petits pères du Septième Art ou son étoile du berger.

Pacte avec un tueur, un film de John Flynn : critique du DVD

John Flynn, qui avait déjà réalisé Echec à l’organisation et Légitime Violence (deux films qui, comme celui-ci, sont disponibles en DVD aux éditions Wild Side), signe ici un polar tendu, remarquablement interprété, et plus profond qu’il n’y paraît.

James Woods et Brian Dennehy
D’abord, c’est un véritable plaisir de voir réunis ici deux acteurs habitués aux seconds rôles et qui débordent de talent et de charisme. D’un côté James Woods, acteur découvert par Elia Kazan dans Les Visiteurs, et qui a joué chez Sergio Leone (Il était une fois en Amérique), David Cronenberg (Videodrome) ou Oliver Stone (Salvador) (et qui jouera plus tard dans Casino, de Scorsese).
Son personnage est vraiment entouré de mystères. Mystères d’abord autour de son nom, qui ne sera dévoilé que tard. Mystère autour de son apparition aussi : il arrive en plein milieu d’une course-poursuite, d’abord à peine une image aperçue à travers le passage d’un train, puis un personnage plus consistant mais énigmatique.
Quelles sont vraiment les intentions de Cleeve ? Pourquoi fait-il tout cela ? Est-ce un jeu pervers ? Est-ce une vengeance personnelle ? Est-ce simplement le goût de tuer ? Le personnage garde jusqu’au bout sa part de mystère.
Et il reste aussi totalement imprévisible. Tour à tour drôle, agréable, menaçant ou sadique, il est impossible de savoir ce qu’il va faire dans la minute qui suit. Du coup, cela permet au cinéaste d’instaurer un véritable suspense, grâce à un personnage que l’on sent capable de tout. Cette ambiguïté est résumée en une scène : il abat froidement un homme puis fait gentiment signe à des enfants en train de s’amuser.
À ses côtés (ou face à lui, comme on veut), il y a donc Meechum, interprété par Brian Dennehy, acteur impressionnant dont le rôle le plus célèbre reste celui du shérif dans Rambo. Exemple du flic à l’ancienne, n’hésitant pas à secouer ses témoins ou suspects s’il le faut, il garde, lui aussi, une part d’ambiguïté. Cleeve affirme qu’entre flic et tueur, la frontière est extrêmement mince, et ce sera un des thèmes principaux du film.

Un film de l’ambiguïté
« Ambiguïté » est un des maître-mots du film. Ambiguïté des personnages, donc, mais, encore plus, ambiguïté de leur relation. Une relation en dents de scie, comme une montagne russe. De temps en temps, le film semble pencher du côté d’un « buddy movie », un « film de copains », cette catégorie où deux personnages apparemment opposés s’associent dans une enquête (l’exemple le plus fameux reste L’Arme Fatale). Dans certaines scènes, Pacte avec un tueur prend ces aspects. Les deux personnages, le flic et le tueur, s’allient dans un élan presque symbiotique. Pour s’en assurer, il suffit de voir la fusillade dans la blanchisserie, où les deux hommes se complètent. Cette alliance offre même certains moments plus légers, comme la scène du bar où Cleeve présente Meechum comme son frère.
Mais Flynn est trop singulier pour s’enfermer dans un genre. Son film dépasse largement le cadre du « buddy movie ». L’ambiguïté des deux personnages principaux et la violence inhérente à l’histoire entraînent des moments plus tendus entre Meechum et Cleeve. La méfiance règne de chaque côté, méfiance entretenue par l’aspect énigmatique du tueur.

Un film policier ?
Pacte avec un tueur est donc un film policier. Sa réalisation évite les pièges tendus en se libérant des poncifs du genre. Ici, pas de bons et de méchants, chaque personnage ayant sa part sombre et brutale. À l’inverse, même Madlock, présenté comme le grand méchant du film, n’arrête pas de faire des œuvres de bienfaisance.
La réalisation maintient un rythme rapide en éliminant tout ce qui est strictement inutile à l’histoire. La tension va croissant. La mise en scène évite les boursoufflures inutiles : pas de musique grandiloquente, une maîtrise technique discrète visant avant tout l’efficacité.
Mais Flynn ne se contente pas de faire un simple polar. Il y a un aspect politique dans son film, qui se veut une vision très sombre du rêve américain. Flynn décrit une société où on honore ceux qui réussissent, quels que soient les moyens employés pour cela. Le meurtre est facilement pardonné s’il permet d’atteindre le sommet.
L’ensemble constitue un film très plaisant, remarquablement interprété, sombre, tendu, rapide, parfois brutal, et réussi.

Synopsis : en 1972, trois voleurs portant un masque de Richard Nixon cambriolent le dépôt de la police de Los Angeles. Ils tuent deux policiers et en blessent grièvement un troisième, Dennis Meechum (Brian Dennehy). 15 ans plus tard, Meechum, policier modèle et auteur d’un livre à succès, est contacté par un tueur professionnel.

Pacte avec un tueur >> Bande-annonce

Pacte avec un tueur : Date de sortie du DVD/Blu-Ray : 8 juillet 2015

Pacte avec un tueur : Fiche Technique

Titre original : Best-seller
Date de sortie originale : 13 janvier 1988
Nationalité : USA
Réalisation : John Flynn
Scénario : Larry Cohen
Interprétation : Brian Dennehy (Dennis Meechum), James Woods (Cleeve), Paul Shenar (David Madlock), Allison Balson (Holly Meechum),
Musique : Jay Ferguson
Photographie : Fred Murphy
Décors : Chris Butler
Montage : David Rosenbloom
Production : Carter DeHaven
Société de production : Hemdale Film
Société de distribution : Orion Pictures
Editeur du DVD/Blu-Ray : Wild Side Video
Budget : NR
Genre : Policier
Durée : 95’

Orgueil et Préjugés et Zombies : cast et images

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En attendant la bande-annonce prévue pour la semaine prochaine, Orgueil et Préjugés et Zombies livre ses premières photos :

On connaissait le roman de Jane Austen, Orgueil etorgueil-et-prejuges-et-zombies-bella-heathcote Préjugés, grand classique de la littérature anglaise. Voici quelques images du prochain film de Burr Steers (Igby Goes Down, Le Secret de Charlie, 17 Ans Encore), Orgueil et Préjugés et Zombies, tirée du roman de Seth Grahame-Smith, l’auteur d’Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires.

Dans cette version épique et horrifique dont la sortie est prévue pour le 16 février 2016, la famille Bennet doit affronter des zombies au temps de la Régence Anglaise.

Pour Orgueil et Préjugés et Zombies, un casting de choix. Charles Dance (Game of Thrones) interprète le patriarche de la famille Bennet, expert en arts martiaux qui va entraîner ses filles au combat, tandis que Sally Phillips (Le Journal de Bridget Jones et Bridget Jones : L’âge de raison) campe son épouse, Mrs Bennet et que Matt Smith (Doctor Who) joue le cousin, Mr Collins.

Lily James (Cendrillon, Downtown Abbey) tient le rôle de la jeune héroïne, Lizzy Bennet, amoureuse d’un chasseur de zombies qui n’est autre que Mr Darcy, interprété par Sam Riley (Maléfique, The Dark Valley). Le casting des séduisantes filles Bennet est complété par Bella Heathcote (Dark Shadows), Ellie Bamber (The Falling), Millie Brady (Mr. Selfridge), Suki Waterhouse (Divergente 2: l’insurrection).

Interrogée sur les personnages, Lily James assure qu’elle préfère jouer les jeunes filles de bonne famille en train de polir des armes plutôt que de broder ou tricoter. Pour le rôle, elle s’est elle-même rebaptisée « la plus exceptionnelle chasseuse de zombies qui existe » !

Pour Ellie Bamber, Orgueil et Préjugés et Zombies est un film sur le « Girl Power », une œuvre féministe qui met en scène cinq puissants personnages féminins aussi forts que les hommes et très représentatifs de notre génération.

Selon le réalisateur Burr Steers, le film est plus qu’une simple parodie :

« L’idée était qu’Orgueil et Préjugés se déroule dans un monde alternatif et que tout le monde l’interprète sérieusement. Le gros « sous-entendu » du film, c’est qu’il n’y a pas de sous-entendu. Ce n’est définitivement pas le but. »

Free Party, un film de Fred Gélard : critique

Free Party, moyen métrage réalisé par Fred Gélard (Le Soyeux de la Belette, Microclimat), est une immersion dans le milieu des « teufeurs » et des « rave parties » à la sauvage, autrement dit : « free parties ».

Synopsis : Après une visite imprévue chez son grand-frère Max (Pierre Lottin, Des Morceaux de Moi, Les Horizons Perdus), musicien et marginal vivant dans un camp de « travellers » installés en pleine forêt, Julien (Martin Combes, Paris Je t’aime, Papa, Les Enfants), un jeune homme propret de 18 ans, décide de s’y installer pour un temps. Attiré par cette vie de bohème et par l’impudique Lise (Marion Frizot, Julien va peu à peu adopter leur mode de vie, leur apparence et consommer des hallucinogènes pour accéder à une liberté encore inconnue.

Une mutation physique et sociale :

Après le choc culturel du départ, rencontre entre la norme et l’anti-conformisme, on assiste à une véritable transformation de l’adolescent conventionnel en un jeune fêtard contestataire et libéral. Julien coupe et tond ses beaux cheveux, troque ses vêtements classiques pour un treillis et une veste militaire, bois et se drogue jusqu’à l’excès, jusqu’à la perte de conscience, jusqu’à perdre l’innocence de la jeunesse et la naïveté.

Le film relate une période difficile de l’adolescence, une quête d’identité du jeune avant de prendre définitivement son envol et de quitter un environnement confortable et protecteur. Le jeune Julien va passer par une étape expérimentale, une étape où il « se cherche», où il apprend à s’endurcir par la fugue, le rejet et la douleur (physique et morale). Dans cet apprentissage, il choisit pour modèle son grand-frère, qu’il tente d’imiter par l’allure physique et dont il prend la place de musicien et d’amant auprès de Lise pour s’intégrer à cette communauté.
Avec Free Party, on découvre un système social inhabituel et mystérieux, libre et généreux. Pas étonnant donc qu’il représente pour Julien un fantasme de vie et qu’il réponde à un besoin d’appartenance, un substitut de famille d’accueil temporaire dans cette quête de liberté.

Une quête de liberté

Les mouvements marginaux de nomades et routards symbolisent parfaitement cette vie autre, cette fuite de la société au sein d’un groupe d’individus hors-norme. Free Party est une transition vers l’âge mûr et l’autonomie à travers le rejet de l’autorité.
Julien rejette l’autorité parentale, celle de la mère dont on parle peu et qu’il a choisi de quitter. Il ne lui donne plus de nouvelles mais profère un mensonge à Max concernant un soi-disant message maternel. Car malgré ce besoin grandissant d’évasion, Julien garde un pied dans cette société qu’il peine à abandonner et reste auprès de son frère. Par le biais de la communauté de fêtards, le jeune homme tente de s’échapper, de fuir la réalité de ce monde qui ne lui correspond pas, en consommant toutes sortes de psychotropes, en s’oubliant dans une musique bruyante ou dans les plaisirs de la chair.

 

À l’intérieur du groupe, il trouve un semblant de liberté, un fantasme d’indépendance puisque finalement, Julien dépend encore d’une société de consommation, une micro-société régie par ses règles propres et idéalistes (écologiques), par l’argent et par le matériel moderne (musique, véhicules…). Il dépend des drogues et de l’alcool nécessaires à son escapade artificielle, dangereuse et dont on revient dans la douleur.

Ainsi, ce mode de vie ne semble pas le satisfaire ni lui ressembler. De ce retour, il ne veut pas. Julien veut encore s’échapper mais en restant au plus près de la nature comme le suggère la scène finale.
Il refuse l’autorité au sens large, à travers les infractions multiples et la vie de nomade, de traveller. Il refuse l’aide et le rôle de tuteur ou de protecteur que veut prendre son frère. Il veut choisir. Librement. Seul. C’est véritablement une quête utopique que cette recherche de liberté dans un monde où l’on évolue et duquel on dépend malgré nous.
Bien sûr, après ce passage difficile et formateur, ce parcours initiatique, le jeune Julien a mûri. Il est prêt à s’assumer, à partir seul à l’aventure, ou peut-être accompagné d’un chien… Il garde toutefois son portable comme le suggère son numéro de téléphone laissé à Max. La route est longue vers l’El Dorado mais est-ce que vivre c’est être libre ou est-ce que « l’homme est libre mais partout il est dans les chaînes » ?
Sélectionné dans de nombreux festivals de courts métrages nationaux et internationaux, Meilleure Fiction et photographie au Médiawave Film & Music Festival 2015, Free Party aborde un sujet très actuel qui touche particulièrement le jeune public de 18 à 30 ans. Le film traite aussi des dangers des excès, de l’abandon de soi et surtout du déni de la société qui n’apporterait plus à certains ni rêve, ni espoir. Peu de place pour le rêve en effet quand on vit dans la réalité.

Fiche Technique : Free Party

Titre original : FREE PARTY
Date de sortie : 19 juin 2015 en vod sur https://vimeo.com/ondemand/freeparty
Nationalité : Française
Réalisation : Fred Gélard
Scénario : Fred Gélard & Sabine Cipolla
Interprétation : Martin Combes, Pierre Lottin, Marion Frizot, Jeannick Gravelines
Musique : Greg Corsaro
Photographie : Jean Philippe Bouyer
Décors : Daniel Koson
Montage : Elif Uluengin
Production : Dante Desarthe
Sociétés de production : Les Films du Bois Sacré
Budget : 100 000 euros
Genre : Drame
Durée : 37 min
Récompense(s) : Festival International de Contis, ShortShorts Film Festival Mexico, Golden Orchid International Animation & Film Festival U.S.A, Les Pépites du Cinéma, Le Jour le Plus Court Paris, Festival International CinemAvvenire Rome, Médiawave Film & Music Festival Komarom Hongrie Cayman Islands Film festival, Jecheon International Film & Music Festival Corée du sud

Victoria, un film de Sebastian Schipper : critique

Les superlatifs pleuvent sur Victoria. Le plan-séquence le plus long, le scénario le plus mince, des répétitions de plus de deux mois, et tutti quanti.

Synopsis5h42. Berlin. Sortie de boîte de nuit, Victoria, espagnole fraîchement débarquée, rencontre Sonne et son groupe de potes. Emportée par la fête et l’alcool, elle décide de les suivre dans leur virée nocturne. Elle réalise soudain que la soirée est en train de sérieusement déraper…

Broken English

Le quatrième long métrage de l’allemand Sebastian Schipper est une expérience nouvelle de cinéma, par la performance déployée, 2H14 d’un film sans aucun cut, sans aucun montage, avec une part substantielle d’improvisation de la part des acteurs, le scénario ne faisant que 12 pages.

Les tous premiers plans du film font furieusement penser à Gaspar Noe, aux longs plans-séquence de ses films, mais également à la couleur psychédélique et sensorielle du début d’Enter the void.

Mais très vite, le flou se dissipe, les « beats » se précisent, et le point se fait sur une jeune fille, belle et souriante, qui danse dans un club, semble se donner contenance en entortillant ses cheveux dans un sens, puis dans l’autre, puis à nouveau dans le premier sens ; très vite, on s’aperçoit qu’elle est seule, elle se dirige vers le bar pour commander un shot qu’elle boit en même temps qu’elle avale sans grande conviction une petite pilule. L’idée est visiblement de s’amuser, mais lorsque même le barman à qui elle propose un verre reste indifférent, il ne reste plus qu’à partir.

Fraîchement débarquée de Madrid, Victoria ne comprend pas un mot d’allemand, encore moins de dialecte berlinois. C’est donc en « broken english » qu’elle va communiquer avec cette bande qu’elle rencontre à la sortie de la boîte. Une belle idée qui a une sorte de portée politique en relation avec cette Europe qui a du mal à se faire, avec une jeune migrante espagnole et de joyeux drilles allemands qui parlent tous en globish, voire en gloubi-boulga, tant il faut admettre que la diction de certains acteurs est approximative. Une belle idée également pour l’image fidèle qu’elle donne du melting-pot berlinois et des 450 000 étrangers qui y vivent, des jeunes pour la plupart.

Le parti pris est de suivre Victoria dans le moindre de ses déplacements. Les contraintes du plan-séquence ininterrompu et du temps réel étant ce qu’elles sont, le film de Sebastian Schipper souffre de quelques longueurs, notamment dans la première partie où le dispositif se met en place. Les acteurs secondaires sont assez mauvais, leurs improvisations sont assez médiocres cependant qu’ils doivent meubler les laps de temps qui leur sont impartis. Heureusement, les deux acteurs principaux, Sonne (Frederik Lau, plus subtil qu’il n’y paraît) mais surtout Victoria (interprétée magistralement par la jeune Catalane Laia Costa) portent le film à bout de bras.

Avec très peu de matière, mais sans doute beaucoup d’indications de la part du réalisateur, Laia Costa réussit la caractérisation de cette jeune Victoria, opiniâtre et idéaliste, en mal d’amitié dans une ville étrangère, prête à suivre une bande de jeunes gens inconnus sur le point de voler une voiture. Elle arrive à faire ressentir le trouble érotique qui s’installe entre elle et Sonne, le magnétisme qu’il exerce sur elle, les provocations qu’elle lance vers lui. L’apothéose de cette sensuelle partie de séduction intervient exactement au moment où le film bascule dans sa phase moins désinvolte, un moment très fort et inattendu autour d’une brillante exécution d’une Méphisto-Valse de Liszt. Un moment tellement intense, tellement sincère, que l’on ne sait plus distinguer la frontière entre les personnages et les acteurs.

Le film ne manque pas de scories, celles d’une œuvre qui se sait unique et quasi-expérimentale. La prouesse coûte que coûte prévaut par rapport à une vraisemblance et une crédibilité, et la naïveté de Victoria qui est prête à aller très loin pour un jeune homme qu’elle connaît depuis moins d’une heure fait sourire. Certaines situations frisent le rocambolesque, mais Sebastian Schipper est suffisamment habile pour nous avoir harponnés depuis belle lurette.

Le film est également une ode à Berlin, un personnage à part entière, une ville reconstituée sur la longueur d’une rue : Friedrichstraße, entre les quartiers de Mitte et de Kreuzberg, sur un périmètre réduit centré sur Checkpoint Charlie. Tout un symbole. La caméra du norvégien Sturla Brandth Grøvlen semble poursuivre à la fois Victoria et Berlin, mais un Berlin inhabituel, loin des clichés : une boîte de nuit, un toit, un café bio, un parking souterrain, une banque, un hôtel de luxe, le tout dans le clair-obscur du petit matin. Totalement neutre donc, mais totalement Berlin. Comme disent les personnages du film :

« nous sommes le vrai Berlin ».

Fascinant par son dispositif technique, Victoria est un film empreint de vérité. Pour arriver à son résultat, Sebastian Schipper et sa très grande équipe n’ont tourné « que » trois fois, la troisième prise étant évidemment le film. C’est très peu, et laisse la place encore à beaucoup de fraîcheur de la part de ces jeunes acteurs. Comme tous les cinéastes, comme tous les artistes, Schipper a cherché à produire quelque chose de nouveau, et on sent nettement que son but n’est pas d’être cité dans le livre des records, mais d’expérimenter cette chose nouvelle, ce « one take » que personne n’a encore réussi à réaliser dans ces proportions, et que l’allemand par l’habileté de sa mise en scène a maîtrisée sans roublardise aucune, tout en réussissant à mettre de la vie dans ce récit. Un film plutôt réussi donc, qui pourrait bien devenir l’outsider de cet été…

Victoria – Bande annonce

Victoria – Fiche technique

Titre original : Victoria
Date de sortie : 1er Juillet 2015
Réalisateur : Sebastian Schipper
Nationalité : Allemagne
Genre : Drame, thriller
Année : 2014
Durée : 134 min.
Scénario : Olivia Neergaard-Holm, Sebastian Schipper, Eike Frederik Schulz
Interprétation : Laia Costa (Victoria), Frederick Lau (Sonne), Franz Rogowski (Boxer), Burak Yigit (Blinker), Max Mauff (Fuß)
Musique : Nils Frahm
Photographie : Sturla Brandth Grøvlen
Montage : Olivia Neergaard-Holm (pour le scénario)
Producteur : Catherine Baikousis, Christiane Dressler, Jan Dressler, David Keitsch, Anatol Nitschke, Sebastian Schipper, (Producteurs), Barbara Buhl, Andreas Schreitmüller (Co-producteurs)
Maisons de production : MonkeyBoy, Radical Media (Production) ,Deutschfilm, Westdeutscher Rundfunk,  ARTE (Co-production)
Distribution (France) : Jour2fête, Version Originale
Récompenses :
Prix du film allemand : meilleur réalisateur, meilleure photo, meilleure actrice, meilleur acteur, meilleur film, meilleure musique
Berlinale : Ours d’argent de la meilleure contribution artistique pour Sturla Brandth Grøvlen
Budget : NR

Un remake pour Cujo

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Une nouvelle version de Cujo de Stephen King est en préparation :

Les fans de films d’horreur vont être ravis : une nouvelle adaptation pour le film Cujo de 1983, adapté du roman de Stephen King, est en création.

L’information vient du site Film School Rejects qui a annoncé récemment que l’acteur DJ Perry (Le Miracle de Noël, The Science of Cool) avait signé pour tourner dans le film C.U.J.O. réalisé par Lang Elliott (Cage, Cage II). Lang Elliott dirige la compagnie Sun Classic Pictures et produira donc le film. Cette version de Cujo sera toutefois assez éloignée de l’histoire de départ centrée sur une mère et son fils aux prises avec ce chien géant.

Dans la version de Lewis Teague, Cujo, un gentil St Bernard, est mordu par une chauve-souris qui lui transmet le virus de la rage. Le chien devient fou et tue un voisin ainsi que son maître qui est garagiste. Lorsque Donna et son fils Tad arrivent en voiture, ils se retrouvent piégés par l’animal sur le parking du garage sans eau ni nourriture. La mère fera tout pour sauver son enfant des crocs du chien géant.

Quelle sera donc l’histoire de la nouvelle version ? Le nouveau titre C.U.J.O. signifie « Canine Unit Joint Operations », c’est-à-dire « Unité Canine d’Opération Conjointe », ce qui laisse entendre que le St Bernard serait plutôt un dangereux chien issu de quelque expérience militaire et autre manipulation génétique. Un nouveau sujet qui modernise l’histoire et présage beaucoup d’actions et d’effets spéciaux pour le film !

The Brink de Kim et Roberto Benabib, épisodes 1 à 3 : critique

La comédie politique : un genre typiquement américain

The Brink s’inscrit dans une longue lignée de comédies sur le monde politique. Si les américains sont fiers de leur démocratie, ils savent se montrer impitoyables envers leurs hommes politiques : on se souvient de Will Ferrell et Tina Fey imitant respectivement George W. Bush et Sarah Palin pour le Saturday Night Live. On se souvient aussi de l’excellent des Hommes d’influences où le président demandait la mise en scène d’un faux conflit pour couvrir un énième scandale sexuel, ou même de Primary colors, inspiré de Bill Clinton, avec John Travolta en candidat priapique.

Mais la référence la plus évidente de The Brink est évidemment le Docteur Folamour de Stanley Kubrick : même situation de crise, adaptée à notre époque, même militaires belliqueux, mêmes politiciens médiocres.

La série arbore un aspect choral séduisant, proposant des personnages très divers et typés : aux côtés de Jack Black et de Tim Robbins, on retrouvera un pilote de chasse obligé de trafiquer des amphétamines pour payer sa pension alimentaire, une famille Pakistanaise particulièrement érudite et férue de civilisation anglaise ou un méchant ravi de pouvoir appeler n’importe qui à n’importe quel moment.

Pour fonctionner, ce type de série a besoin de trois éléments : construire une intrigue qui accroche le spectateur, proposer une satire politique crédible et enfin faire rire le spectateur. On verra que The brink a du mal à tenir tous ces objectifs.

Une série courte au rythme élevé

Série composée de 10 épisodes de 30 minutes, The Brink annonce ses intentions dès le titre, que l’on pourrait traduire par « sur la corde raide ». Le point de départ de crise nucléaire amène une action rapide, dans la lignée de 24 heures chrono. De plus, la diversité des personnages fait que l’on file d’une intrigue à l’autre, chacune ayant son centre d’intérêt. On sent le savoir faire HBO avec ses scènes de nudité gratuite (avec, rareté, un énorme sexe masculin visible à l’écran), son cliffhanger en fin d’épisode, et ses personnages qui chacun suivent leur propre agenda, avec toutes les fourberies qui peuvent en découler. Cependant, format court oblige, ne vous attendez pas à des personnages aussi fouillés que Game of Thrones. Surtout, le format comédie amène les personnages à peu se développer : s’ils prennent bien des décisions qui vont les faire progresser dans l’intrigue, leur caractère reste toujours le même tout au long de la série. Contrairement à une série de type Sense8, The Brink est donc bien plus une série d’intrigue qu’une série de personnages.

Une satire politique qui manque de profondeur

L’un des gros problèmes de la série est de ne pas savoir sur quel pied danser, à l’image de son casting.

D’un côté Tim Robbins est connu pour avoir réalisé dans les années 90 deux films politiques intéressants : Bob Roberts, documenteur suivant l’ascension d’un sénateur américain chanteur de folk réactionnaire, et La dernière marche, plaidoyer anti-peine de mort qui a permis à Susan Sarandon de remporter l’oscar de la meilleure actrice. Sa présence donne à penser que la série va aborder en profondeur et de manière critique les thèmes de la politique étrangère américaine au moyen-orient. D’un autre côté Jack Black, spécialiste de l’humour un peu lourdingue qui amène l’histoire dans un comique de situation avec son rôle d’abruti gentiment égoïste. D’un côté la série parle de tensions diplomatiques, d’un autre côté elle confie la réalisation de son premier épisode à Jay Roach, l’homme derrière Austin Power.

Résultat, non seulement The Brink reste en surface, mais elle égratigne de plus finalement assez peu le pouvoir. Tout d’abord parce qu’elle est politiquement assez floue : en se situant sur un président imaginaire dont on ne sait s’il est démocrate ou républicain, la série s’oblige à avoir une approche assez peu tranchée de la situation, là où l’on sait que les deux camps n’auraient pas forcément la même approche de la diplomatie.

Ensuite parce qu’elle réduit complètement la diplomatie à des histoires de coucheries et d’ambitions personnelles. Ces motivations ont bien sûr de l’importance, mais en ne s’attachant qu’à elles, on n’oublie les enjeux géopolitiques bien réels et qui les dépassent. L’intrigue entre Walter Larson et sa femme est certes intéressante, mais on aurait aussi aimé avoir des références aux théories de l’axe du mal ou aux principes qui ont conduit les Etats-Unis à leur ligne diplomatique.

De plus, si les américains soient présentés comme des personnages égoïstes et imbéciles, on sent que le bien viendra quand même d’eux : Walter Larson, même s’il couche avec ses secrétaires, et accumule les gaffes diplomatiques, reste le seul personnage suffisamment intelligent pour éviter la catastrophe, et Alex Talbot, aussi incompétent soit-il, reste un diplomate dont le principal but est d’aider la construction de stations d’épurations d’eau.

Enfin, surtout, la série reste assez inoffensive car l’on n’apprend pas grand chose sur le sujet en regardant The Brink. Là où John Oliver dans son émission arrive non seulement à être hilarant mais à présenter de manière limpide un grand nombre d’informations sur un sujet, The Brink reste très en surface. Pourquoi les Pakistanais en veulent aux américains et à Israël ? Essentiellement parce que leur nouveau chef d’Etat est un fou paranoïaque. De manière intéressante, le drone abattu par le pilote de chasse dans l’épisode 2, déclenchant une crise politique entre l’Inde et le Pakistan, n’est pas américain, comme si la présence des Etats-Unis dans la région se limitait à une ambassade déconnectée du monde, dirigée par un fou de Dieu attendant l’apocalypse le sourire aux lèvres. De sorte que The Brink, tel un chat domestique, griffe beaucoup mais mord peu, et n’égratigne qu’en surface là où l’on n’aurait souhaité une vraie critique intelligente de la politique extérieure américaine.

Une comédie moyennement drôle

Dernier critère de réussite : la série fait-elle rire ? Malheureusement, The Brink ne déclenche qu’assez peu de grands éclats de rire. Est-ce dû au sujet ou aux personnages assez peu sympathiques ? Pas nécessairement, quand on repense à un Mars Attacks ! qui était vraiment drôle, sarcastique et méchant. On sent les scénaristes un peu piégés entre leur volonté de ne pas raconter quelque chose de stupide, leur volonté de quand même présenter des personnages caricaturaux, et la volonté de placer de nombreux gags à base de vomi et de grimaces d’un Jack Black plus énervant que drôle.

Résultat, on sourit assez souvent, mais on n’est pas franchement emporté par la série.

Faut-il regarder The Brink jusqu’au dernier épisode ?

Des trois séries des lundi HBO d’OCS, The brink est certainement celle qui a le moins de potentiel, et il n’est pas étonnant qu’elle passe en dernier. Pour autant, et malgré les nombreuses critiques que l’on peut trouver dans cet article, tout n’est pas à jeter : si l’on aurait voulu que la série aille plus loin et surtout aille plus en profondeur, elle se permet tout de même quelques impertinences qui font du bien. De plus elle bénéficie de son petit format : avec des épisodes d’une demi-heure au rythme vif, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. Une série mineure, donc, qui nous laisse avec un sentiment mitigé : celui d’un divertissement de fin de soirée honnête, mais qui aurait pu être tellement plus ambitieux.

Synopsis : Soir d’élection au Pakistan : le candidat malheureux n’accepte pas sa défaite et provoque un coup d’état. Dès son premier discours, le général Umair Zaman menace d’attaquer Israël. Pour faire face à cette menace potentiellement nucléaire, le président des Etats-Unis hésite entre la voie militaire et la voie diplomatique. Le succès de cette dernière repose sur le secrétaire d’Etat, très porté sur les stagiaires, Walter Larson (Tim Robbins), et sur Alex Talbot (Jack Black), sous-fifre de l’ambassade américaine au Pakistan que le hasard va mettre au cœur de l’action.

The Brink :  Fiche technique

Titre original : The Brink
Date de sortie : 2015
Nationalité : Américaine
Création : Kim et Roberto Benabib
Réalisation : Jay Roach, Tim Robbins, Jon Poll, Scott Winant
Scénario : Kim Benabib, Roberto Bebabib, Dave Holstein, Sam Forman, Wes Jones, Jack Kukoda, Aasif Mandvi
Interprétation : Tim Robbins, Jack Black, Pablo Schreiber, Maribeth Monroe, Carla Gugino …
Musique : David Robbins
Photographie : James M. Muro, Todd dos Reis
Décors : Jessica Kender
Montage : David Helfan, Jon Poll, Kheireddine El-Helou
Production : Jack Black, Tim Robbins, Dave Holstein, Aasif Mandvi, Jon Poll
Sociétés de production : Everymen pictures, Home Box Office (HBO), Jerry Weintraub productions
Distribution : Home Box Office
Budget : NR
Nombre d’épisodes : 10
Genre : comédie, politique

Légitime Violence, un film de John Flynn : critique du DVD

[Critique DVD] :  Rolling Thunder/Légitime Violence

Synopsis : le commandant Charles Rane (William Devane), de retour du Viêt-Nam, voit sa femme et son fils assassinés devant ses yeux par des cambrioleurs.
En 1995, Quentin Tarantino crée une société de distribution de films qu’il appelle Rolling Thunder Pictures. Ce nom n’est pas donné au hasard : le réalisateur a voulu alors rendre hommage à un film culte et essentiel selon lui, Légitime Violence (Rolling Thunder dans son titre original), film encore peu connu en France mais qui a un statut culte outre-Atlantique.
La parution en DVD et Blu-Ray, chez Wild Side, de trois films de John Flynn (Légitime Violence, Pacte avec un Tueur et Échec à l’organisation) nous permet de redécouvrir ce cinéaste, décédé en 2007, et dont la filmographie passe encore trop inaperçue.

Retour au foyer
Sorti en 1977, Légitime Violence se situe dans le cadre du retour difficile des vétérans du Viêt-Nam. Cela montre une fois de plus cette capacité du cinéma américain à réagir très vite face à l’actualité de son pays. Les premiers films mentionnant (de près, comme Les Visiteurs, d’Elia Kazan, ou de loin, comme M.A.S.H., de Robert Altman) le conflit en Extrême-Orient sont apparus dès le début des années 70, alors que la guerre n’était pas encore finie.
Légitime Violence se déroule en 1973. Charles Rane et quelques autres, comme John Vohden (interprété par Tommy Lee Jones), ont été retenus prisonniers et torturés par le Viêt-Cong pendant plusieurs années. Libérés, ils sont accueillis comme des héros à leur retour au Texas. On organise des fêtes pour eux, on leur donne de nombreux cadeaux, etc. Mais la mise en scène nous fait vite comprendre que derrière les figures héroïques se cachent des fêlures profondes, voire des traumatismes.
D’abord, dès la sortie de l’avion, il y a la différence de posture entre Rane et Vohden. Autant le commandant parvient à donner l’image du héros tel que l’Amérique le veut (costume aux multiples médailles, allure fière, lunettes de soleil), son subalterne paraît plus cassé, plus renfermé.
Puis, il y a le retour dans la famille. La première nuit est significative : Rane s’enferme dans une pièce à peine plus grande que sa cellule et revoit, en boucle, les images traumatisantes de sa détention. Le traumatisme qu’il parvenait à cacher en public remonte à la surface quand il est seul.
Dans cette première partie de film, le cinéaste insiste sur la distinction public/privé. Outre l’image du héros, il montre aussi une version critique de l’idéal américain. La famille, parfaitement unie devant les caméras, se délite littéralement dans le cadre du foyer, où Rane apprend que sa femme a une liaison et qu’elle songe à divorcer. On peut sentir là, finement inscrite entre les lignes, une critique d’un certain culte des apparences ainsi que du modèle de vie proposé par la société américaine.

Vengeance et héroïsme
Légitime Violence change littéralement de trajectoire avec la scène du cambriolage. Le film devient alors une œuvre sombre et violente, un film de vengeance désabusé à la réalisation sèche et directe. C’est là que le film perd un peu de sa tension et de son originalité, mais il reste quand même une belle œuvre.
Là encore, le personnage de Rane reste marqué par son traumatisme. Lors du cambriolage, il se replonge dans les souffrances subies au Viêt-Nam et fait donc l’assimilation entre les criminels qui l’attaquent et les ennemis du conflit. Du coup, lorsqu’il se lance à leur recherche, ce n’est pas seulement dans une idée de vengeance : c’est une véritable guerre qu’il veut mener.
Le film permet alors de poursuivre le portrait contrasté de Rane. Aveuglé par sa haine, le personnage devient violent et ne prend plus en compte aucune autre considération. Pire, il va même entraîner d’autres personnes avec lui.
Une fois de plus, c’est le statut du héros qui en prend pour son grade ici. Peut-on être un héros en s’affranchissant ainsi des lois ? Pour bien saisir ce changement du personnage, il faut voir ce qu’en pense Linda. Au début du film, elle est évidemment attirée par Rane, séduite par sa virilité, son statut de héros, etc. C’est à cause de cette attirance pour lui qu’elle va le suivre dans sa quête morbide. Mais plus le temps va passer et plus elle va s’éloigner de lui, comprenant qu’elle est simplement utilisée, manipulée par quelqu’un qui a un but personnel.
Le film va se terminer dans la violence et le bain de sang. Une violence qui est filmée sans fard, sans effets stylisés. Pas de musique, pas de ralentis, pas de trucs divers : la violence n’est pas esthétique, elle n’est pas agréable, elle n’est pas belle. Elle est montrée dans toute sa crudité.
La réalisation sait rester sobre. Le scénario, signé Paul Schrader (romancier, qui écrira par la suite le scénario de Taxi Driver), ne va pas toujours au bout de son idée directrice et se perd un peu dans la facilité d’un film de vengeance. Mais l’interprétation est excellente et l’ensemble se laisse voir avec plaisir et intérêt.

Légitime Violence : Bande-annonce

Légitime Violence : Fiche Technique

Titre original : Rolling Thunder
Date de sortie originale : 14 octobre 1977
Date de sortie du DVD/Blu-Ray : 8 juillet 2015
Nationalité : USA
Réalisation : John Flynn
Scénario : Paul Schrader, Heywood Gould
Interprétation : William Devane (Charles Rane), Linda Haynes (Linda Forchet), Tommy Lee Jones (John Vohden), Lisa Richards (Janet), Dabney Coleman (Maxwell), Luke Askew (Automatic Slim).
Musique : Barry De Vorzon
Photographie : Jordan Cronenweth
Décors : Steve Berger
Montage : Frank P. Keller
Production : Norman T. Herman
Société de production : American International Picture
Société de distribution : American International Picture
Editeur du DVD/Blu-Ray : Wild Side Video
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 96’ (version courte), 100’ (version longue)