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Teach me love : un film de Tom Vaughan, critique

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Pierce Brosnan, un acteur qui sait se faire plaisir

Pierce Brosnan est un acteur qui n’a plus rien à prouver et ne cherche pas particulièrement à le faire non plus.  Depuis qu’il a atteint le pic de sa carrière avec son rôle de James Bond, on l’a certes vu dans The ghostwriter, mais il s’est surtout spécialisé dans deux types de rôles : le voleur / agent secret, de plus en plus vieillissant (The matador, The november man, …) et le séducteur au cœur tendre sous des allures cyniques (Mamma Mia, Une affaire de cœur, …) : Teach me love entre clairement dans cette seconde catégorie.  Aux commandes de sa maison de production Irish dreamtime, Pierce Brosnan finance les projets qui lui font plaisir, et si les notes IMDB ne montent pas très haut (généralement en dessous de 7/10) ses fans ont plaisir à le retrouver dans de nouvelles aventures.

Ce petit préambule a pour objet de vous montrer pourquoi la sortie de Teach me love au format E-cinema est loin d’être absurde : le film n’est pas franchement ambitieux, mais n’a pour unique but que de  proposer un divertissement sympathique pour un chaud après-midi d’été.

Une comédie romantique au rythme alerte

Teach me love est un film qui, peut-être par peur de manquer de matière dans son scénario, propose plusieurs enjeux assez différents dans son histoire.

Le cadre fixé dès la première scène est le suivant : Pierce Brosnan raconte à son fils les événements qui ont fait qu’il se trouve actuellement dans un poste de police. Et de fait le destin n’est pas tendre avec le bel Irlandais : séducteur impénitent et professeur à l’université, il se range pour une Américaine qui demande rapidement le divorce. S’instaure ainsi une situation assez inconfortable : Pierce refuse de rentrer en Angleterre, et s’installe dans la remise de la maison de sa femme (une remise très confortable, on parle d’une grande propriété) pour pouvoir continuer à voir son fils. Il accepte aussi d’enseigner dans une faculté publique peu prestigieuse où les étudiants sont plus intéressés par leur téléphone portable que par Byron. Enfin, sa carte de séjour arrive à expiration et son permis de travail définitif  dépend largement de son mariage qui n’existe plus que sur le papier.

Il va donc s’agir pour notre héros de trouver un meilleur travail, de prouver sa volonté de devenir américain, de ne pas trop énerver son ex-femme pour qu’elle accepte de le soutenir dans sa procédure. Si on ajoute à cela la demi-sœur de Jessica Alba, jouée par Salma Hayek, agent d’écrivain qui est belle, intelligente, mais mariée à un écrivain à succès égocentrique, et son père, joué par Malcolm McDowell (qu’on a plaisir à voir dans un film plus digne que beaucoup de ceux qui composent sa trop chargée filmographie) qui lui reproche d’avoir tourné le dos à ses principes, on comprend que le programme sera chargé.

Teach me love est une comédie romantique qui insiste plus sur le versant comédie que sur le versant romantique : si le film joue sur le potentiel de séduction de ses acteurs principaux, il s’en sert surtout pour les mettre dans des situations de plus en plus compliquées, parfois même assez vaudevillesques. En cela, il n’est jamais ennuyeux : il se passe toujours quelque chose de nouveau, mais avec pour conséquences négatives  que tout reste très superficiel, à l’image du jeu des acteurs, vif mais pas du tout subtil, et que le film se perde un peu dans des intrigues secondaires pas si intéressantes, comme celle du groupe de parole anti-alcool auquel est contraint de participer Pierce Brosnan.

Cohérence cinématographique contre  vie réelle : la question du réalisme

Teach me love, sous ses allures de comédie romantique alerte, superficielle mais sympathique, pose une vraie question de scénario : qu’attendons-nous en matière de cohérence des personnages ?

Pour simplifier grossièrement, il y a entre le spectateur et le film un pacte de suspension de l’incrédulité qui dit : « je suis prêt à accepter ce que je vois, du moment que cela fasse sens dans la mécanique de l’histoire ». Nous pouvons accepter des dinosaures, des terminators, du moment que le film ne se joue pas de nous, et suive les règles qu’il édicte. C’est pourquoi un film comme Inception passe autant de temps à nous expliquer son monde : une fois dans l’action, nous comprenons directement ce qui se passe, en quoi le héros transgresse ses règles et se met en danger.

Dans une comédie romantique, l’acceptation semble plus facile, mais ne l’est pas tellement : si nous n’avons pas affaire à des créatures imaginaires, nous exigeons d’elles qu’elles se comportent d’une manière que nous pouvons comprendre. Sans vouloir tomber dans un scénario où tout a une raison et où tout est défini comme peut brillamment le faire la trilogie Retour vers le futur, il est plus facile de s’impliquer émotionnellement auprès d’un personnage si l’on comprend sa manière de fonctionner.

Teach me love est un film qui ne se soucie absolument pas de ce type de cohérence. Il y a même quelque chose d’assez ludique à observer à quel point le film décrit un personnage pour le faire agir à l’exact opposé. Ainsi, Pierce Brosnan est un coureur de jupons qui va accepter de tout quitter pour une de ses étudiantes et se transformer presqu’immédiatement en papa poule. On ne sait d’ailleurs pas tellement pourquoi il a fait cela, puisque le personnage de Jessica Alba est décrit comme étant une Américaine obsédée par l’argent et qui ne trouve de beauté que dans les plans d’optimisation fiscale : que faisait-elle alors dans un cours sur la littérature romantique à Cambridge ?  De même le personnage de Pierce Brosnan semble être en désaccord complet et  même éprouver du ressentiment envers son père, alors qu’il a exercé le même métier (littéralement : Brosnan ayant repris le poste de McDowell à sa retraite) , repris les techniques de séduction et partagé la même vision du monde à peu près toute sa vie. Enfin, on a du mal à comprendre exactement en quoi il serait si difficile pour un ancien professeur de Cambridge d’obtenir une carte verte, même s’il venait à divorcer : les hommes célibataires n’ont-ils pas le droit de venir s’installer aux Etats-Unis ?

On a rapidement l’impression que les personnages ne sont pas motivés par leurs sentiments mais sont des marionnettes manipulées pour permettre à un rebondissement de se produire. Cette volonté constante de contredire ce qui a été annoncé auparavant culmine dans un happy end qui, si l’on suit les événements semble logique, mais apparaît de plus en plus étrange au fur et à mesure que l’on y réfléchit.

Dans la vraie vie, les personnes qui nous entourent prennent des décisions surprenantes, soit parce que nous ne comprenons pas leur logique, soit parce que, pour reprendre le mot des Deux anglaises et le continent : « la vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas ». Toutefois, même face à un choix étonnant, nous essayons de comprendre pourquoi telle personne a fait cela. La légèreté des personnages de Teach me love, changeant d’un instant à l’autre ce qui fait leurs convictions, leurs émotions, ou les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, nous fait nous questionner : sommes nous nous-même aussi incohérents ?

Teach me love pourrait suivre cette sorte de réalisme psychologique, qui veut que les personnes font toujours le choix le moins évident et le plus contraire à leurs intérêts. Mais il semblerait que ce ne soit pas le but premier du film, qui file d’une situation à l’autre sans prendre le temps de s’expliquer, et ce même dans ses aspects les plus secondaires. Ainsi on ne nous dira jamais pourquoi l’une des membres du groupe de paroles a un défaut d’élocution manifeste : ce n’est qu’en voyant au générique le nom de Marlee Matlin que l’on comprend : cette actrice qui a gagné un oscar pour son rôle dans Les enfants du silence est en effet sourde et ne parle qu’avec difficulté. C’est certainement le prix à payer à vouloir multiplier les rebondissements : si on voit bien dans l’ensemble qui sont les personnages, un peu plus de temps passé auprès d’eux nous aurait permis de mieux les comprendre.

Teach me romantic comedy

Que reste-t-il au final de Teach me love ? Si l’on se prend au jeu, on appréciera son rythme élevé, le charme de Pierce Brosnan, le piquant de Salma Hayek, et un scénario mettant en scène un héros désabusé dans la lignée de ceux joués par Hugh Grant. Si l’on est moins client de ce type de film, on  essaiera de comprendre le scénario pour voir que rien ne fait vraiment sens, on se rendra compte que les acteurs jouent somme toute assez mal, que la réalisation est fonctionnelle et par moment laide, et que le film hésite entre vouloir rompre les codes de la comédie romantique et s’y plier complètement, forçant un happy end assez grotesque dans le contexte.  Ce film n’est pas une catastrophe totale, mais représente tout de même un gâchis eu égard à son casting, idéal pour une comédie romantique.

Si Teach me love est très cohérent dans l’offre E-cinema de TF1, puisqu’il s’agit d’une comédie romantique et que Salma Hayek était déjà à l’affiche d’Everly, on vous conseillera plutôt de louer Adaline : plus sophistiqué, plus tendre, mieux joué, mieux écrit et plus original.

Synopsis : Richard (Pierce Brosnan) enseigne le romantisme à l’université de Cambridge. Homme à femmes, il décide de se marier avec l’une de ses étudiantes américaines Kate (Jessica Alba), qui a une demi-sœur éditrice, Olivia (Salma Hayek) elle aussi tout à fait charmante.
Il décide de suivre sa femme aux Etats-Unis, mais tout ne va pas se passer comme il l’avait prévu.

Teach me love : bande annonce

Teach me love : Fiche technique 

Titre original : How to make love like an Englishman
Date de sortie : 31 juillet 2015 (E-cinema)
Nationalité :américaine
Réalisation : Tom Vaughan
Scénario : Matthew Newman
Interprétation : Pierce Brosnan, Jessica Alba, Salma Hayek, Duncan Joiner, Malcolm McDowell, Ben McKenzie
Musique : Stephen Endelman
Photographie : David Tattersall
Décors : John Collins
Montage : Matt Friedman
Production : Grant Cramer , Kevin Scott Frakes , Richard Barton Lewis , Raj Brinder Singh , Beau St. Clair , Michael R. Williams , Keith Arnold , Mark Fasano , Gabrielle Jerou
Sociétés de production : Southpaw Entertainment, Irish DreamTime, PalmStar Media , Das Films (in association with) , Envision Entertainment , Knightsbridge Entertainment, Landafar Entertainment , Landafar
Sociétés de distribution : Solution entertainment group (vente mondiale), TF1 Vidéo (France)
Budget : NP
Genre : Comédie romantique
Durée :  NP (environ 01h30)
Récompense(s) : aucune

Cinéma : Les perles de l’humour noir

Cinéma, les perles de l’humour noir

L’humour noir se démarque de la grande famille du cinéma par sa propension provocatrice et subversive. Malgré ses qualités évidentes, il parvient difficilement à convaincre ou séduire le plus grand nombre et reste relativement marginal ; ses réalisations étant souvent taxées d’audacieuses plus que de révélations cinématographiques.
L’humour noir confronte pourtant de la façon la plus fine les émotions contraires, le rire à la panique, la virtuosité à la perversité ; gomme aussi les frontières des registres mis en miroir par le scénario. Grinçant, incisif voire même corrosif, l’humour noir est une pépite du 7ème art. Un breuvage intelligent à consommer sans modération.

Après Les différents visages de l’horreur au cinéma, la redaction liste quelques prodiges du genre, et espère ainsi vous rappeler de bons souvenirs cinéma.


C’est arrivé près de chez vous
de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde avec Benoît Poelvoorde, Jacqueline Poelvoorde-Pappaert, Nelly Pappaert
« Gamin, allez viens ! C’est pour rire gamin ! Faut pas rester seul dans ce bois ! »


The Big Lebowski
de Joel Coen et Ethan Coen avec Jeff Bridges, John Goodman, Steve Buscemi,
Les cendres de Donny. Walter fait pas gaffe au sens du vent !


Borat, leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan
de Larry Charles avec Ken Davitian, Pamela Anderson, Sacha Baron Cohen
Divergence de points de vue dans la chambre d’hôtel.


Killer Joe
de William Friedkin avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple
Vous ne viendrez plus chez KFC par hasard !


Pulp Fiction
de Quentin Tarantino avec John Travolta, Samuel L. Jackson, Ving Rhames
– Marvin, et toi mon gars qu’est-ce que t’en dit ?
– Moi, vous savez j’ai aucune opinion.
– Arrête tes conneries t’en as forcément une. Dis moi, est-ce que tu crois qu’on peut affirmer que Dieu a intercep…


Delicatessen
de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet avec Pascal Benezech, Dominique Pinon, Marie-Laure Dougnac
L’uchronie du film, ses personnages inquiétants et burlesques à la fois.


Bernie
de Albert Dupontel avec Claude Perron, Albert Dupontel, Roland Blanche
Avec ses qualités de meneur d’interrogatoires, Bernie aurait pu être flic.


American Psycho
de Mary Harron avec Christian Bale, Justin Theroux, Josh Lucas
Fin de soirée sympa à la maison.


Macking off
de Cédric Dupuis avec Cédric Dupuis, Céline Berti, Olivier Bureau
Parce que son équipe atteint un niveau de nullité que les autres n’ont pas, le réal va trouver une solution radicale pour mener à terme son film d’horreur.


Le père Noël est une ordure
de Jean-Marie Poiré avec Anémone, Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel
– Allo, SOS détresse ? Allo ?
– Allo ? Je ne vous entends pas !
– Allo, SOS détresse, j’suis au bout du rouleau là. Qu’est-ce que je dois faire ?
– Allo ? Appuyez sur le bouton.

 


Ne poussez pas mamie dans les orties, après ça !!

Summer, un film de Alanté Kavaïté : Critique

L’été de Sangaïlé

Dans la province lituanienne, l’annuel show aérien de l’été fait chaque fois lever les têtes des plus curieux, de ceux stupéfaits par les cabrioles, et des autres, qui aspirent à leurs ambitions les plus folles. Cette année-là, la chance va tourner pour Sangaïlé qui a le vertigineux rêve d’atteindre elle-aussi les nuages. À la tombola, elle pioche le numéro correspondant à son âge et croise le regard d’Austé. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, alors autant partir à la rencontre de celle qui l’a interpellée. Loin de la capitale et de sa vie d’ado mal dans sa peau, Sangaïlé profite de son été dans les bras d’Austé. Occasion pour elle de réparer ses ambitions ratées et démarrer sa vie d’adulte du bon pied.

La réalisatrice franco-lituanienne Alanté Kavaïté retourne sur les terres de son enfance filmer l’histoire d’amour éphémère de deux jeunes filles aux conséquences décisives. Dans l’un des pays de l’Union Européenne les moins ouverts sur la question homosexuelle, la réalisatrice a l’intelligence d’éviter la charge sociale et le film donneur de leçons. La meilleure façon de militer, était de mettre en scène cette histoire d’amour de manière la plus naturelle, sans s’attarder sur la question de l’orientation sexuelle. C’est la ligne de conduite de la cinéaste, faisant de son Summer un subtil et non moins nécessaire manifeste pour la tolérance.

Sans prétention, le film, léger, est à la hauteur de ses ambitions. Solaire et pop, emmené par deux actrices rayonnantes, Summer est une véritable réussite esthétique et un subtil portrait de cet entre-deux-âges où l’on commence à penser comme un adulte tout en gardant sa fougue adolescente.
Summer, l’une des belles surprises de cet été.

Synopsis : Le temps d’un été, l’histoire d’amour passionnée de deux jeunes filles de 17 ans sur les bords d’un lac lituanien.

Summer : Bande-annonce du film 

https://www.youtube.com/watch?v=FMJO16EpbOc

Summer : Fiche technique 

Titre original : Sangaïlé
Date de sortie : 29 Juillet 2015
Nationalité : Lituanie, France, Pays-Bas
Réalisation : Alanté Kavaïté
Scénario : Alanté Kavaïté
Interprétation : Julija Steponaityte, Aiste Diržiūtė
Musique : Jean-Benoît Dunckel
Photographie : Dominique Colin
Décors : Ramunas Rastauskas
Montage : Joëlle Hache
Production : Zivile Gallego, Antoine Simkine
Sociétés de production : Fralita Films, Les Films d’Antoine
Sociétés de distribution : UFO Distribution
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 90 min
Récompense(s) : NR

Auteur : Jim Martin

Que Viva Eisenstein !, un film de Peter Greenaway : critique

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Éros et Thanatos

Il est étonnant qu’aucun film digne de ce nom n’ait encore été fait sur l’un des pères fondateurs du cinéma mondial, décédé en 1948. Le cultissime réalisateur Peter Greenaway se porte volontaire, en situant son film au cours d’une période charnière d’Eisenstein. A l’occasion d’un voyage au Mexique, ce dernier tourne son film le plus ambitieux qui ne verra finalement jamais le jour. Le projet du cinéaste britannique avait fière allure, le résultat laisse pourtant plus que sceptique.

Dès les premiers plans, on plonge dans l’univers cinématographique si particulier de Peter Greenaway. Plastiquement très élégant, le film propose de nombreuses digressions de montage qui finissent par aseptiser complètement la mise en scène. On ne sait si c’est le fait de faire un film sur le  »père du montage » qui a laissé pousser des ailes au réalisateur, mais cette surcharge de splitscreens et autre mouvements de caméra incongrus finissent par lasser au terme des deux heures de film.

La forme, un poil trop audacieuse de Greenaway, n’est pas non plus sauvée par son scénario. ¡ Que viva Eisenstein ! porte avant tout sur la relation entre le réalisateur soviétique et son jeune et beau guide mexicain. C’est à se demander si la figure d’Eisenstein était un pur prétexte pour financer un film sur la découverte des pulsions sexuelles d’un homme pour un autre. Puisque de l’œuvre d’Eisenstein, il n’en est rien. C’est à peine si le tournage du film ¡ Que viva Mexico ! dont le titre fait immédiatement référence est évoqué. Si avec ¡ Que viva Eisenstein ! on s’attendait à une sorte de 8 ½ à la sauce mexicaine, on a de quoi à être déçu. Greenaway filme l’homme Eisenstein sans faire de parallèle sur son œuvre, la déception ne peut dès lors qu’être à l’honneur. Peter Greenaway se complet dans son cinéma gotico-érotique orgiaque, et en oublie malheureusement son spectateur. Dommage !

Synopsis : En 1931, après un passage avorté à Hollywood, le grand réalisateur russe Eisenstein se rend au Mexique tourner son nouveau film. Ces dix jours à Guanajuato ébranlèrent Eisenstein et donneront naissance à des nouveaux désirs qui exacerberont le génie du cinéaste.

Que Viva Eisenstein ! : Bande-Annonce du film

Que Viva Eisenstein ! : Fiche technique

Titre original : Eisenstein in Guanajuato
Date de sortie : 8 Juillet 2015
Nationalité : Pays-Bas, Mexique, Finlande, Belgique
Réalisation : Peter Greenaway
Scénario : Peter Greenaway
Interprétation : Elmer Bäck, Luis Alberti, Maya Zapata
Musique : NR
Photographie : Reinier van Brummelen
Décors : NR
Montage : Elmer Leupen
Production : Bruno Felix, Femke Wolting, San Fu Maltha, Cristina Velasco
Sociétés de production : Submarine, Fu Works Productions, Paloma Negra Films
Sociétés de distribution : Pyramide Distribution
Budget : NR
Genre : Biopic
Durée : 105 minutes
Récompense(s) : NR

Auteur : Jim Martin

 

Rambo, un film de Ted Kotcheff : Critique

Certains films sont précédés par leur réputation. C’est le cas du film de Ted Kotcheff. Une réputation qui, dans ce cas, est due aux suites et qui ignore la qualité de ce premier opus. Rambo serait un film d’action bien bourrin ? Non, c’est un grand film politique.

Synopsis : John Rambo (Sylvester Stallone), vétéran du Viet-Nam et seul survivant de son groupe, arrive dans une petite ville au Nord-Ouest des États-Unis, Hope. Il y est accueilli très froidement par le shérif Teasle (Brian Dennehy) qui lui fait comprendre qu’on ne veut pas de vagabond en ville.

Un film d’action
Certes, Rambo est un film d’action. Nous assistons à une chasse à l’homme qui réveille les instincts d’une sorte de machine à tuer. Le portrait que fait le colonel Trautman (Richard Crenna, qui a peut-être ici le rôle de sa carrière) de Rambo, au milieu du film, est assez éloquent : Rambo a été entraîné à tuer, tuer tout (hommes ou animaux) avec tout ce qui lui passe sous la main et sans tenir compte des conditions extérieures. C’est un animal sauvage et traqué qui se retourne contre ses chasseurs.
Cela donne son lot de scènes d’action. Fusillades, courses-poursuites, explosions, toute la panoplie est présente. En un film court (93 minutes) et resserré, cela donne un rythme rapide. Rambo est un film dans lequel on ne s’ennuie pas un instant.

Réhabilitation des vétérans
Mais cela ne doit pas nous masquer l’enjeu principal du film. Rambo n’est pas conçu pour être un film d’action. Ce propos est manifestement secondaire ici.
Sorti en 1982, le film de Kotcheff se trouve au centre d’une mode concernant la guerre du Viet-Nam. Ça fait bien dix ans que le cinéma américain parle du conflit en Extrême Orient, mais la sortie presque concomitante de Voyage au bout de l’enfer, de Cimino (avec ses fameuses scènes de roulette russe) et Apocalypse Now, de Coppola, ont vraiment lancé une mode sur le thème « le Viet-Nam, c’est l’enfer ».
Rambo a cette particularité de parler de la guerre du Viet-Nam alors que l’on n’en voit quasiment rien. Deux ou trois petits flashs extraits des souvenirs du personnage principal, rien de plus. Mais tout en parle, l’attitude de Rambo, celle de Trautman, la mort des autres membres du groupe, etc.

Et l’attitude des habitants de Hope (on ne soulignera jamais assez l’ironie du nom de cette ville). Hope, c’est l’exemple de la petite ville perdue au milieu de nulle part et dont les frileux habitants rejettent tout étranger, bien contents d’être entre eux. Eux ne voient en Rambo qu’un vagabond chevelu et lui refusent l’accès à la ville. L’attitude des policiers est significative : on le prend de haut, on veut le raser de force, on le tabasse, on le menace. C’est leur aveuglement qui va provoquer le désastre qui détruira la ville.
Le thème du difficile retour à la vie civile n’est pas nouveau. En 1939, Raoul Walsh avait déjà traité du rejet des vétérans par les civils dans le très beau film Les fantastiques Années 20, où les anciens soldats de la Première Guerre Mondiale sont traités de fainéants qui ont pris des vacances en Europe pendant que les civils travaillaient dur au pays. Le mépris des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » (pour paraphraser Brassens) reproduit d’ailleurs le mépris du gouvernement dans son ensemble.
Le discours final de Rambo est très significatif des intentions du film. Alors que Rambo est un personnage quasiment muet pendant tout le film, il parle à la fin, et ses propos n’en ont que plus d’importance :
« En rentrant, ça grouillait de vermines à l’aéroport. Assassin d’enfants, qu’ils m’appelaient. Pour qui ils se prennent ? Ils y sont allés, pour savoir pourquoi ils braillent ? »
« Je pilotais des hélicos, des chars qui valaient des millions. Ici je peux même pas garder un parking. »
Toute la difficulté de l’adaptation à la vie civile, rendue impossible par les civils hautains et ignorants et un gouvernement qui ne soutient pas ceux qui sont sous ses ordres, est contenue dans ces quelques mots.

Civilisation et sauvagerie
Les décors du film sont très importants. La scène d’ouverture nous présente un décor serein, presque idyllique, mais la mort fait tout de suite son apparition et on comprend que derrière le décor se cache la sauvagerie. Et Kotcheff d’opposer systématiquement le monde des hommes et la nature. Les constructions humaines emprisonnent : le bâtiment de la police ou la mine enferment Rambo et constituent des menaces pour lui. À l’inverse la forêt constitue un espace libre, ouvert et sauvage où le guerrier est dans son élément. De plus, plus on s’enfonce dans la forêt, plus elle perd son caractère typiquement américain et pourrait ressembler au Viet-Nam.
« En ville, la loi c’est toi. Ici, c’est moi. T’obstines pas sinon je te fais une guerre dont tu n’as même pas idée », dit Rambo à Teasle. La forêt est le domaine de Rambo, parce que c’est le lieu où la civilisation cède la place à la bestialité. Parce que c’est bien de cela dont il est question ici : d’un homme qu’on a entraîné à être un animal, un prédateur, et qui ne peut plus revenir à la société normale. Le film de Kotcheff montre à quel point les civilisations engendrent la guerre qui, à leur tour, détruisent les civilisations. Il est impossible de fonder une société sur les débris d’une guerre.
Même Teasle, ce champion de la civilisation, commence à laisser parler sa bestialité quand il affirme qu’il veut tuer et qu’il en a le gout dans la bouche. La frontière entre homme et animal est très mince…

Le retour de bâton
Rambo, c’est le retour de bâton d’une Amérique trop sûre d’elle et trop encline à vouloir dominer le monde, à vouloir imposer son modèle, à coups de conflits s’il le faut. D’une Amérique qui prend sans cesse le risque de voir la guerre lui revenir dessus et détruire son ordre social. L’Amérique a fait Rambo et Rambo défait l’Amérique.
Dans le monde du président Reagan, dans le monde qui a recourt massivement à la course aux armements, dans un monde qui alimente les guerres tant qu’elles se déroulent loin, le film de Kotcheff fait figure d’avertissement. Un avertissement toujours d’actualité.
Vraiment ce premier Rambo est un film à re-considérer, une œuvre bien meilleure, plus intelligente, plus engagée, plus subtile que sa réputation ne le laisserait entendre.

Rambo >> Bande annonce du film :

Rambo : Fiche Technique 

Titre original : First Blood
Date de sortie originale : 2 mars 1983 (en France)
Nouvelle sortie nationale : 15 juillet 2015
Nationalité : USA
Réalisation : Ted Kotcheff
Scénario : David Kozoll, William Sackheim, Sylvester Stallone, d’après le roman Rambo de David Morrell
Interprétation : Sylvester Stallone (John J. Rambo), Brian Dennehy (shériff Will Teasle), Richard Crenna (Colonel Sam Trautman), Jack Starrett (Galt), David Caruso (Mitch).
Musique : Jerry Goldsmith
Photographie : Andrew Laszlo
Décors : Kimberley Richardson
Montage : Joan E. Chapman
Production : Buzz Feitshans
Société de production : Anabasis N.V., Elcajo Productions
Société de distribution : Carolco Pictures
Budget : 15 Millions de dollars
Genre : Drame
Durée : 93’
À sa sortie le film fut interdit en France aux moins de 12 ans.

Les différents visages de l’horreur au cinéma

Les différents visages de l’horreur au cinéma

Le cinéma est sans nul doute le vecteur émotionnel le plus efficace.
Il s’est incontestablement imposé dans la vie contemporaine comme un dogme culturel inébranlable, capable d’abattre toutes les barrières et se réinventer à chaque fois. Dévoilé par les Frères Lumière en 1895 avec « Sortie d’usine », et rendu populaire, entre autres, par Georges Méliès, les studios Gaumont et Pathé à l’aube du 19ème siècle, il n’a cessé de se diversifier au fil du temps.
Au départ documentaire, le cinéma est aujourd’hui l’exact reflet de l’humain, sociologique ou physiologique ; la transposition de l’extrême complexité d’un intellect imaginatif sans bornes. S’il plaît, s’il séduit, c’est que le 7ème Art rassemble les populations autour des messages qu’il véhicule. Révélateur de sentiments, il indique aussi une direction vers un idéal universel, soulève des questions et parfois y répond, traduit les besoins intrinsèquement liés au devenir de l’homme sur sa planète.

Tandis que certains cinéastes s’appliquent à nous déstabiliser avec le drame ou le biopic, d’autres s’attachent à nous révolter avec la guerre ou l’horreur.

L’horreur au cinéma ne se restreint cependant pas à un genre cinématographique particulier, mais s’invite au contraire de façon parfaitement générale sur la pellicule, quel qu’en puisse être le sujet. Elle figure un malaise sociétal profond qui généralement oppose l’homme à lui même, rendant compte de ses travers les plus sombres.

L’horreur au cinéma peut être suggérée ou affichée, physique ou idéologique. Ce thème pour lequel les réalisateurs semblent particulièrement inventifs, suscite tout autant l’intérêt du spectateur, désireux de se trouver dépouillé de ses convictions et poussé dans ses retranchements.

La rédaction vous présente, une sélection de scènes effroyables qui ont marqué les esprits. Des séquences déstabilisantes, détestables ou malsaines, qui montrent que si le cinéma aime triturer son spectateur, l’horreur répond avant tout chose, à la recherche du frisson et de l’angoisse, si possible toujours plus glaçante.

28 semaines plus tard
de Juan Carlos Fresnadillo avec Robert Carlyle, Rose Byrne, Jeremy Renner
Les pulsions assassines de Don.

Irréversible
de Gaspar Noé avec Monica Bellucci, Vincent Cassel, Albert Dupontel.
Éteindre efficacement l’incendie.

American History X
de Tony Kaye avec Edward Norton, Edward Furlong, Beverly D’Angelo
La scène d’intro qui conduit Dereck en prison.

La Passion du Christ
de Mel Gibson avec Jim Caviezel, Christo Jivkovet, Monica Bellucci.
Le châtiment jusqu’au-boutiste, caméra voyeuriste et malsaine.

https://www.youtube.com/watch?v=_vZ0wy4dKfk

Destination finale
de James Wong avec Daniel Roebuck, Devon Sawa, Ali Larter.
La fin de Todd qui voulait juste prendre une petite douche.

Casino
de Martin Scorsese avec Robert De Niro, Sharon Stone, Joe Pesci.
Partie de baseball entre potes.

Le Labyrinthe de Pan
de Guillermo Del Toro avec Ivana Baquero, Sergi Lopez, Maribel Verdu
L’abominable interrogatoire mené par le Capitaine Vidal.

1492 : Christophe Colomb
de Ridley Scott avec Gérard Depardieu, Armand Assante, Sigourney Weaver
L’inquisition Espagnole.

Chopper
de Andrew Dominik avec Eric Bana, Vince Colosimo, David Field.
Rivalités carcérales et bipolarité.

La Ligne Verte
de Frank Darabont avec Tom Hanks, David Morse, Michael Clarke Duncan
L’omission volontaire du malfaisant Percy.

Saw
de James Wan avec Leigh Whannell, Cary Elwes, Danny Glover
Abandonner une partie de soi pour retrouver la liberté.

Biutiful
de Alejandro González Inárritu Avec Javier Bardem, Maricel Álvarez, Hanaa Bouchaib
« Je ne veux pas mourir. »

Allez, maintenant à table si vous avez faim !?

Ant-Man, un film de Peyton Reed : Critique

Au pays des fourmis

Le Marvel Cinematic Universe vient clôturer sa deuxième phase de manière assez minimaliste, préférant introduire un nouveau super-héros plutôt que de terminer avec un imposant climax. Même si Avengers Age of Ultron s’était fait plus encombrant que véritablement satisfaisant, cette phase deux avait néanmoins gagné en qualité par rapport à la première, laissant plus de libertés aux cinéastes mais cela offrait parfois des résultats maladroits. Il y avait aussi de quoi craindre pour ce final de la deuxième phase qui après une production catastrophique a vu son cinéaste affilié sur le projet depuis 8 ans, Edgar Wright, claquer la porte du studio pour différends artistiques. Après de nombreuses réécritures du scénario pour correspondre aux impératifs du studio (ce n’est jamais bon signe pour le produit fini), le film fut enfin confié à un yes man sans véritable envergure pour reprendre le flambeau laissé par Wright. Sauf que Peyton Reed, le nouveau réalisateur, ne semblait pas avoir les épaules pour reprendre les rênes du film au vu de sa filmographie relativement faible sur le plan qualitatif. Alors est-ce que Ant-Man est la purge tant redoutée, symbolisant le premier vrai faux pas de Marvel, ou alors est-ce la bonne surprise que tout le monde espérait mais que personne n’attendait ?

Le film aura un statut beaucoup plus trouble que ça car il est indéniable qu’il contient de bonnes choses. Malheureusement ces bonnes choses ne résulteront pas des nombreuses réécritures du scénario mais viendront de ce qui a été laissé par Edgar Wright (son style étant très reconnaissable et inimitable). Les scénaristes ont voulu garder pas mal de choses qu’avait déjà faites Wright mais en les enlevant de leur contexte, ce qui fait que l’on a l’impression d’avoir deux visions d’un même film au sein d’un seul, ce qui donne une impression schizophrène. D’un côté on a un film frais et très drôle grâce à un humour british assez savoureux et de l’autre on a un film calibré, empli de clichés très lourds et très moralisateurs et qui tombent souvent à plat. C’est dommage que ce soit la version la moins intéressante qui prédomine réitérant les erreurs de tous les Marvel, à savoir un méchant ridicule aux motivations dérisoires, une romance inintéressante et une décrédibilisation systématique des enjeux. Dans ce film il n’y en a absolument pas, tout est pris à la légère mais pourtant tout se prend au sérieux. A partir du moment où l’on sait que cela ne peut pas mal se finir, Ant-man aurait pu assumer son délire jusqu’au bout mais au contraire il préfère souvent jouer la carte des discours pompeux et très américanisés sur la famille. Ici tout y passe, que ce soit la notion de sacrifice, de pardon, de rédemption etc. Les deux héros du film passent par les mêmes développements psychologiques mais un seul des deux se retrouve au centre des « enjeux », ce qui fait que l’autre semblera forcé et un peu détaché au sein de l’histoire. Finalement c’est le personnage de Paul Rudd qui se révèle être assez inutile alors que c’est lui qui est censé intégrer les Avengers. D’ailleurs l’acteur semble un peu à l’Ouest parfois, même s’il reste convaincant, surtout dans la comédie, il ne dispose pas du charisme que peuvent avoir les autres Avengers. Néanmoins cela sert Michael Douglas qui en impose sérieusement. Non seulement il dispose d’excellents moments de comédie mais en plus il apporte la gravité nécessaire pour nous embarquer dans le film, probablement un des meilleurs acteurs et personnages du MCU. C’est juste dommage que mis à part Michael Peña, ici hilarant en meilleur ami de Scott Lang, et du rappeur T.I, qui s’offre un des meilleurs passages du film face à Douglas, les autres ne soient pas totalement à la hauteur. Soit ils sont sous exploités, à l’image d’Evangeline Lilly qui arrive quand même à rater sa seule scène d’émotion, soit ils sont en totale roue libre et peinent à convaincre comme Corey Stoll, le méchant du film.

Ant-Man tente désespérément de se relier aux Avengers et multiplie les allusions aux autres films du MCU sans pour autant apporter une conclusion satisfaisante à la phase 2, ni préparer correctement la phase 3. Le film n’est pas vraiment engageant quant à ce qui peut arriver après surtout qu’ici la seule scène qui implique un autre Avenger semble forcée, inutile voire même un peu ridicule. Par contre le film dispose quand même de très bonnes idées même si on en revient toujours à ce qu’aurait voulu proposer Wright notamment dans le sens du dialogue assez piquant qui se montre très ironique et très british évitant à plusieurs moments d’être trop lourd et permettant de déjouer certains passages trop clichés. Mais surtout la vraie bonne idée du film c’est de reprendre le principe d’un film de casse, ce qui permet à l’ensemble d’être un peu plus original que la moyenne et ce même si le scénario est déjà vu, faisant un peu ersatz d’Iron Man. Cela permet au film d’avoir un rythme soutenu bien qu’il met un peu de temps à se lancer et que la mise en scène se révèle très plate.

La mise en scène de Peyton Reed tombe d’ailleurs dans les mêmes travers que le scénario. A trop vouloir reprendre les idées laissées par Wright, il leur enlève de leurs substances. Ici il veut reprendre entièrement une scène de Wright en singeant son style. C’est durant un monologue de Peña, probablement la meilleure scène du film malgré tout, mais Reed n’arrive pas à trouver la bonne mesure, le montage de la scène manque de dynamisme et n’arrive pas à créer l’humour visuel nécessaire. Chose que Wright aurait maîtrisée à la perfection et que Reed n’arrive à peine à effleurer du doigt que lors du climax du film. Globalement ici la mise en scène se montre assez fade et générique. Elle n’est que purement fonctionnelle et se montre très répétitive lors des scènes d’action rendant l’ensemble assez mou. Malgré tout quelques bonnes idées viennent se glisser ici et là mais rien de bien transcendant ou marquant.

Ant-Man n’est donc peut être pas la purge que l’on pouvait craindre mais il est clairement la preuve que l’on est passé à côté d’un grand film. Il est constamment écrasé par l’ombre de Edgar Wright et n’arrive jamais à s’en extirper car c’est de lui qu’il tire toutes ses bonnes idées. Finalement on est vraiment en face d’un Marvel en mode mineur, alors que le film aurait dû être frais et original, il est finalement classique et très calibré. Cela a été déjà vu mais en mieux au sein du MCU, Ant-Man n’étant qu’un film moyen et assurément un des plus faibles de cette deuxième phase. C’est d’autant plus dommage car c’est lui qui avait la lourde tâche de venir la conclure, c’est lui qui disposait des plus belles promesses d’un délire assumé et virevoltant mais plus que tout c’est lui qui dispose de Michael Douglas, qui s’impose ici comme un des interprètes les plus charismatiques de l’univers Marvel.

Synopsis : Scott Lang, cambrioleur de haut vol, va devoir apprendre à se comporter en héros et aider son mentor, le Dr Hank Pym, à protéger le secret de son spectaculaire costume d’Ant-Man, afin d’affronter une effroyable menace…

Ant-Man >> bande-annonce

Ant-Man : Fiche Technique

États-Unis – 2015
Réalisation: Peyton Reed
Scénario: Adam McKay, Paul Rudd, Edgar Wright, Joe Cornish
Interprétation: Paul Rudd (Scott Lang / Ant-Man), Michael Douglas (Dr. Hank Pym), Evangeline Lilly (Hope Van Dyne), Corey Stoll (Darren Cross / Yellowjacket), Bobby Cannavale (Paxton), Michael Peña (Luis), Tip « T.I. » Harris (Dave)…
Genre: Fantastique
Image: Russell Carpenter
Décors: Shepherd Frankel, Marcus Rowland
Costumes: Sammy Sheldon
Son: Daniel Laurie
Montage: Dan Lebental, Colby Parker Jr
Musique: Christophe Beck
Producteur(s): Kevin Feige
Production: Marvel Studios
Distributeur: The Walt Disney Company France
Date de sortie: 14 juillet 2015
Durée: 1h58

Strange Magic, un film de Gary Rydstrom : critique

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Songe d’une nuit d’été

L’histoire est banale. Vaguement inspirée du Songe d’une nuit d’été (le titre québécois ne s’y trompe pas : Magie d’une nuit d’été), le film propose la réconciliation entre deux mondes apparemment ennemis, avec le message selon lequel il ne faut pas se fier aux apparences ni aux haines traditionnelles parfaitement idiotes. Soit.
Mais, pour ceux qui n’en étaient pas déjà convaincus, Gary Rydstrom nous rappelle que l’important n’est pas l’histoire elle-même mais la façon de la raconter. Sortie dans une certaine confidentialité, Magic Strange est un très beau film d’animation qui mérite d’être beaucoup plus connu et partagé.

D’abord, il y a une extraordinaire maîtrise technique qui entraîne une véritable splendeur visuelle. Les décors sont magnifiques, l’animation est une grande réussite, l’ensemble est un enchantement pour les yeux.

Régal des yeux et des oreilles
Mais la grande originalité du film est sa bande originale. Les chansons du film ne sont pas des créations originales, ce sont des reprises de classiques du rock, de la soul, voire même du reggae. De Can’t help falling in love, d’Elvis, à Three little birds, de Bob Marley, en passant par I Can’t help myself des Supremes, les morceaux, repris par les acteurs du doublage original (Evan Rachel Wood ou Alan Cumming, entre autres) s’intègrent aux dialogues et donnent au film une vivacité, une énergie et un rythme qui tiennent en haleine.
A cela s’ajoutent un art du montage et de la chorégraphie qui n’est pas sans rappeler le travail de Busby Berkeley dans les années 30. Tout cela est très lié à la personnalité du cinéaste, Gary Rydstrom, ingénieur du son de plusieurs films de Spielberg (Jurassic Park, Cheval de Guerre, Minority Report, Lincoln) et de James Cameron (Terminator 2, Titanic), ainsi que de films d’animations (Monstres et Cie, Le Monde de Némo, Rebelle). Sa première réalisation fut un court-métrage de Pixar, Extra-Terrien, où il faisait déjà preuve des qualités que l’on retrouve ici : maîtrise technique, originalité par rapport à un sujet simple, et humour.
Car Strange Magic est un film très drôle. Peuplé de personnages secondaires parfois hilarants (y compris des champignons pratiquant le téléphone arabe), le film constitue un très bon divertissement pouvant satisfaire aussi bien les plus jeunes que leurs parents.

Synopsis : deux royaumes vivent côte à côte et dans la méfiance réciproque. D’un côté, le Royaume des fées qui prépare le mariage de la princesse Marianne, de l’autre côté la Sombre Forêt, que ‘on dit peuplée de monstres hideux et dangereux.

Strange Magic >> Bande-annonce

Strange Magic : Fiche Technique

Date de sortie : 25 février 2015
Nationalité : USA
Réalisation : Gary Rydstrom
Scénario : Irene Mecchi, Gary Rydstrom
Interprétation : Evan Rachel Wood (Marianne), Alan Cumming (Bog), Elijah Kelley (Sunny), Sam Palladio (Roland), Meredith Anne Bull (Dawn), Alfred Molina (Roi des fées), Peter Stormare (Thang).
Musique : Marius De Vries
Montage : Chris Plummer, John Damien Ryan
Production : Mark Miller
Sociétés de production : Lucasfilm, Touchstone Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Budget : NR
Genre : Animation
Durée : 99’

Les Réalisateurs-scénaristes : Portrait de Akira Kurosawa

Les Réalisateurs-scénaristes : Akira Kurosawa

Harry Kümel Malpertuis »-1972, « Eline Vere »-1991) disait : « Il n’existe dans l’histoire du cinéma aucun grand réalisateur qui sache écrire, sauf un. Ingmar Bergman. » Le tollé qu’il soulevait parmi ses étudiants de réalisation à l’Institut des Arts de Diffusion dans les années 80 le laissait complètement indifférent. Kümel avait certes une grande qualité de réalisateur : un point de vue. Essayons à notre tour de répondre à cette question. L’avenir du cinéma en France et en Europe en dépend, tant l’enjeu du scénario est important et tant la place réservée au scénariste y est mauvaise…

Pas mal de grands films sont écrits par leur réalisateur. C’est le cas pour Chaplin, Kurosawa, Cassavetes, et Bergman bien sûr, pour n’en citer que quelques-uns. Mais sont ils tous bien écrits ? Ont-ils écrit tous leurs scénarios seuls ? Ont-ils créé une histoire originale ? Ont-ils adaptés des œuvres littéraires ? Henri Sonet, professeur d’histoire du cinéma, et Président du Centre Bruxellois pour l’Audiovisuel, disait que Chaplin avait écrit 80 fois le même scénario. Et pourtant, on peut observer un bon nombre de nuances entre « The woman of Paris » (1923) et « The Great Dictator » (1940).

Le cas d’Akira Kurosawa présente plus d’un intérêt. Tout d’abord, c’est certainement un réalisateur qui se distingue par son style d’un graphisme implacable. La génération de Coppola parlait bien de « Kurosawa shot ». Pourtant, il ne voyait dans la forme en elle-même qu’un intérêt relatif : «Le problème de la technique et du style existe quand un auteur de films à quelque chose à dire. Si un auteur n’ayant rien à dire se préoccupe de dire, de transmettre, il perd son temps. La technique ne prend pas naissance dans une telle pensée. S’il fait des films uniquement pour l’amour de la méthode et de la technique, c’est comme s’il n’était pas vivant ». (Cité par Sacha Ezratty, « Kurosawa », éditions universitaires, 1964). Ensuite, de l’avis général, le sens dramatique et la force d’écriture de Kurosawa inspirent le respect. « Vivre » (1952), écrit André Bazin, « est peut-être le film le plus savant et le plus émouvant des films japonais qu’il m’ait été donné de voir ». Il y voit « une intelligence des structures du récit qui l’a laissé béat d’étonnement » (Cahiers du cinéma n°69, 1957). La surprise est totale, car c’est au moment où l’on croit que le film est terminé, que ce dernier commence réellement….

Akira-Kurosawa-realisateur-scenariste-culte

Kurosawa est né le 23 mars 1910 à Tokyo. Adolescent, il se passionne pour la littérature russe, entre autre pour Dostoïevski, en qui il trouve « une bonté dépassant les limites d’un être humain ordinaire ». Peintre de formation, dont les toiles sont exposées dès le conservatoire, il cherche le moyen de gagner sa vie. Il dessine des affiches de cinéma. A 26 ans, il participe à un concours à la Photo Chemical Laboratories pour devenir assistant-réalisateur. L’examen d’entrée consiste à écrire un scénario à partir d’un fait divers. Il est sélectionné parmi 500 candidats. Il assiste le réalisateur Shigeo Yagura avant de rejoindre l’équipe de Kajiro Yamamoto qui deviendra son maître. Yamamoto est impressionné par le jeune homme et lui conseille d’écrire des scénarios. Kurosawa se met à écrire sans arrêt, en menant de front son travail d’assistant. « Submergé d’idées et incapable de dominer l’instinct créateur qui l’accablait, il avait quelque chose d’un génie » dira Yamamoto.

En 1943, Kurosawa découvre dans la presse l’annonce de la parution prochaine d’une nouvelle de Tsuneo Tomita inspirée de la vie d’un grand champion de judo de l’ère Meiji (1868-1912). Il demande au producteur Morita de la société Toho d’acquérir les droits de l’œuvre avant même de l’avoir lue. Ce sera « La légende du grand Judo », dont le succès est tel qu’il en tournera une suite deux ans plus tard. Le héros du film, Sugata Sanshiro devient le disciple d’un maître de judo dont l’école est opposée à une école de Jiu-Jitsu. Le film commence par un plan sur le héros, un jeune homme ignorant et simple, dans son regard sur l’Art qu’il veut apprendre. Tout le récit est axé autour d’une simplicité dramatique maximum. Le Judo incarne la voie démocratique des Arts Martiaux, contre le Jiu-jitsu, voie aristocratique. La scène de confrontation entre les champions de chaque école se déroule en plein air, dans un champ d’herbe fouetté par le vent. Les nuages font des vagues d’ombres d’où émerge l’ennemi. Pour tourner cette scène, Kurosawa fait attendre son équipe et son producteur pendant une semaine. Il attend le vent.

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Dans le survol non exhaustif de cette filmographie, attardons nous un moment sur le quatrième film de Kurosawa, « Les hommes qui marchent sur la queue du tigre » (1945), car il comporte un flux croisé de données qui posent la question de la place de l’auteur dans sa contemporanéité. Inspiré d’une pièce de Kabuki de style Shosa-goto, « Kanjin-cho », Kurosawa en écrit le scénario en une seule nuit. Si le Kabuki est un pilier de l’art traditionnel japonais, son rapport avec le cinéma n’est pas anecdotique. En effet, Eisenstein considère son analyse du Kabuki comme point de départ de sa méthode de montage. « Sons, mouvements, espaces, voix, n’accompagnent pas les acteurs japonais, ne fonctionnent même pas parallèlement, mais sont traités comme des éléments équivalents. En contact direct avec le Kabuki, on pense immédiatement au football, à ce sport le plus collectif. Voix, sons de bambou, gestes, cris du lecteur, décors pliants apparaissent tels d’innombrables « arrières, avants, centres, gardiens », qui se jettent la balle du drame et triomphent du spectateur ébahi. (Eisenstein, « Le théâtre japonais »-Monde n°15, 1928).

Le thème du récit parodié par Kurosawa dans son scénario a aussi servi de base à une pièce No des arts classiques Yokyoku, et peut être

résumé ainsi : « Ils avaient à peine échappé à la gueule du serpent qu’ils se trouvaient déjà sur un chemin non moins dangereux, comme s’ils marchaient sur la queue du tigre ». On peut y voir une allusion ironique à ce tournant historique où le Japon sort de la guerre pour entrer dans l’occupation étrangère. Autre lien d’ailleurs avec le cinéma russe, où Tarkovski, pour ne citer que le plus grand réalisateur du cinéma parlant, était passé maître dans la dénonciation muette du régime stalinien. Cette formule métaphorique se poursuit quelques années pour Kurosawa qui exprime avec tout l’art synthétique hérité du No, la façon dont le militarisme japonais est une forme de suicide de société : « Ceux qui bâtissent l’avenir » (1946), « Je ne regrette pas ma jeunesse » (1946) sont de cette nature. Ce dernier doit cependant subir les effets de la censure d’état. Le scénario original de Eijiro Hisaita était selon Kurosawa, « excellent et nettement supérieur au film, tel qu’il a été finalement tourné, c’est-à-dire après avoir modifié la deuxième moitié ».

Un-merveilleux-dimanche-1947-kurosawa

« Un merveilleux dimanche » (1947) est tourné sur un scénario de son ami d’enfance Keinosuke Uegasa, avec qui il co-scénarise « L’Ange Ivre » (1948). L’empreinte de Dostoïevski y est présente. Loin du néo-romantisme des débuts, Kurosawa et Uegasa peignent le désespoir de l’après-guerre nippone. « L’Ange Ivre » est aussi le premier film dans lequel joue Toshiro Mifuné, qui deviendra son acteur mythique.

L’écriture de « Le chien enragé » (1949) n’est pas sans enseignement. Croyant qu’il serait plus facile de rédiger le scénario par la suite, il écrivit d’abord l’histoire sous forme d’une nouvelle, qui le déçut : « Je compris qu’un scénario doit être rédigé, comme cela se fait toujours, avec de la sueur, avec du sang et avec le temps. Une nouvelle ne se préoccupe pas du temps filmique et les contours psychologiques y sont relativement faciles, alors que dans un film, dans un scénario, ils doivent être conçus sur un tout autre plan, avec une autre matière ».

Nous sommes en 1950. Kurosawa a tourné une dizaine de films et écrit une douzaine de scénarios pour d’autres réalisateurs. L’ère des chef-d’œuvres approche, qui se tourneront en cascade, à la façon de HitchcockVertigo »-1958, « North by Northwest »-1959, et « Psycho »-1960)

Annex-Mifune-Toshiro-Rashomon-1951-kurosawaLe premier film culte de Kurosawa en occident fut « Rashomon » (1951), Lion d’or à Venise. Il s’agissait de l’adaptation de deux nouvelles de Akutagawa, écrite en collaboration avec Shinobu Hashimoto. La première, « Dans les fourrés », résume en quelques pages, sous la forme d’un rapport de police le meurtre d’un samouraï par un bandit après le viol de sa compagne. La seconde, « Rashomon », plante le décor magique d’une porte de la ville où les cadavres étaient abandonnés. La force du film, outre sa mise en scène, tient pour beaucoup dans la multiplicité des points de vue. Chaque protagoniste raconte une version différente de la même histoire, y compris le « spectre » de la victime. C’est un bûcheron, témoin de la scène, qui livre finalement « une» vérité, moins glorieuse, mais plus humaine.

« Il m’arrive de penser à ma mort, et je suis effrayé par la pensée que je pourrais disparaître lorsque j’ai encore tant de choses à faire dans la vie. J’ai le sentiment d’avoir encore très peu vécu et c’est un sentiment douloureux. Mon film « Vivre » est basé sur ce sentiment.
« Vivre » (1952), raconte l’histoire d’un vieux fonctionnaire qui découvre qu’il a un cancer et qui décide de vouer ses derniers mois à une cause altruiste : faire combler un dépôt d’ordure et en faire une plaine de jeux pour les enfants d’un quartier pauvre. Interprété par le magnifique Takashi Shimura, que l’on retrouvera en chef des 7 samouraïs, le personnage de Watanabe le fonctionnaire est le contraire symétrique du Raskolnikoff de Dostoïevski (Crime et Châtiment), remarque Sacha Ezratty. Il défend avant tout un amour de la vie presque naïf contre le cynisme intellectuel. En ce sens, on pourrait dire que l’humanisme de Kurosawa a une générosité pré psychanalytique. La question essentielle de son œuvre se résume selon lui à ces mots : « Voici comment les hommes deviennent malheureux alors qu’on pourrait tenter d’être plus heureux ». Nul doute que cette pensée fonde l’épopée d’une belle œuvre. Mais les vérités dévoilées par Freud puis par Lacan ont depuis, semble t-il, rendu la question un peu vaine sur un plan intellectuel. La référence à Dostoïevski (que Freud tenait pour une névrose sur pattes est d’autant plus pertinente que l’auteur avait tourné un an plus tôt une adaptation de « L’idiot » (1951).

1954 sera l’année de la seconde consécration internationale de Kurosawa. Ecrit par Kurosawa, Shinobu Hashimoto et Hideo Oguni, « Les sept samouraïs » remporte un second lion d’or à Venise. Il est conseillable aux candidats auteurs de le visionner une fois par an ! L’esprit héroïque y est magnifiquement peint par l’absurde. Premièrement, les samouraïs sont des nobles. Or, les protagonistes de l’histoire acceptent de former et de défendre des paysans contre quarante bandits, en dépit du « code ». Ensuite, le talent du samouraï combattant est révélé avec finesse, et se résume bien dans son rapport à la volonté. Même après avoir été frappé à mort, un samouraï doit pouvoir accomplir un dernier geste avant de tomber. La scène de confrontation finale nous offre le schéma que voici : Kyuzo, le maître absolu du sabre, et admiré comme le meilleur d’entre eux, est frappé d’une balle perfide, tirée par le chef des bandits, retranché dans l’abri des femmes. Il se relève et jette son sabre dans la direction d’où est venue la balle. Kikuchiyo, le pitre paysan interprété par Toshiro Mifune, celui qui prétendait être samouraï sans l’être, accepté par le groupe avec l’ironie qu’il se doit, se précipite vers la cachette et reçoit une balle de fusil en pleine poitrine tirée à bout portant. Il s’avance pourtant, traverse la cache et tue le chef des bandits avant de tomber mort lui-même. Cette intrigue est une démonstration de la transformation d’un personnage dont les actions ont rendues possible l’invraisemblable : un homme quelconque est devenu grand, en assimilant les leçons dont les samouraïs ont fait leur idéal. « La situation, le moment tragique », dit John Ford, « obligent les hommes à se révéler à soi-même et à prendre conscience de ce qu’ils sont vraiment ». Cette pensée rapproche plus les deux cinéastes que la comparaison facile du chef d’œuvre de Kurosawa avec un western féodal.

Nous pouvons déjà faire une pause pour constater que le héros de Kurosawa se définit par sa faculté d’émancipation. Un homme moyen prenant conscience de son aliénation et se libérant d’une série de contradictions l’opposant à lui-même et à la communauté. La critique japonaise avait classé Kurosawa parmi les néo-romantiques, tout en reconnaissant « le point de vue journalistique de ses films, l’importance qu’il accordait à l’actualité, sans oublier tous les aspects purement humains ». Ce jugement s’applique en regard des autres auteurs de films japonais jusqu’à l’après-guerre. Pour Misoguchi, « L’âme d’un homme peut être sauvée par l’amour d’une femme ». Ozu raconte comment « le monde entier est enfermé dans la vie de famille ». De notre point de vue plus lointain, les chemins de traverse de Kurosawa brossent autant le psychologique, l’historique que le social. Sa caractéristique est sans doute d’opposer l’ancien et le nouveau, dans une société profondément ancrée dans ses traditions un poil isolationnistes. En sortant du japon pour embrasser la Russie de Gorki Les bas-fonds »-1957) et de Dostoïevski, en adaptant le Mac Beth de ShakespeareLe château de l’araignée »-1957), Kurosawa déchire le cadre culturel en prouvant l’universalité du discours cinématographique.

Dodescaden-Dodeskaden-film-1970-kurosawa

L’intégrité de son message lui fait défendre au fil du temps des projets plus difficiles et moins configurés par la pression des producteurs de la Toho. En 1970, c’est « Dodescaden », un film social hallucinant qui provoque la faillite de sa société de production. Depuis lors, c’est le soutient bienveillant de producteurs étrangers qui lui permettent de tourner encore de grands films. « Dersou Ouzala » (1975), qui obtient l’oscar du meilleur film étranger, est produit par la Mosfilm soviétique. Coppola et Lucas produisent « Kagemusha, l’ombre du guerrier » en 1980. Serge Silberman produit « Ran » en 1985. Et c’est Spielberg qui produit « Rêves », palme d’or à Cannes en 1990

Pour aborder plus concrètement la question de l’écriture et se diriger nonchalamment vers une conclusion nécessaire, il faut se pencher plus avant sur la question suivante : Kurosawa est il un auteur à part entière dans la mesure où il n’écrivait pas seul, et où il s’inspira souvent d’auteurs du répertoire littéraire ? La réponse est oui, quoique que cela ne nous dispense pas du mystère Bergman. Est-il possible qu’un cinéaste ponde une œuvre aussi riche sans le secours de quelques écrivains, de quelques thèmes empruntés ? Car il faudrait avoir vécu trop de vies pour avoir tant de choses à dire, et les dire aussi bien. « L’adaptation dispense d’inventer une histoire », disait Renoir, auteur lui aussi d’une adaptation des « Bas-fonds » de Gorki. Mais l’adaptation est un défi aussi, preuve en est la différence flagrante entre la version que donna Orson Welles du « Mac Beth » (1948) qui secoua la critique et « Le château de l’araignée », qui provoqua des réactions aussi diverses que dégoûtées : Gide se déclarait « incapable d’exprimer à la fois brièvement et équitablement tout le mal qu’il pensait de ce film » tandis que Bresson déclara : « Il faudrait pouvoir voir tous les films de Shakespeare les yeux fermés. Si l’on ferme les yeux à ce Mac Beth, on ne voit plus rien…. » Pourtant, l’adaptation n’est pas le propre de Kurosawa, qui puise dans la vie, dans l’actualité et dans son cœur le plus grand nombre de ses sujets. « Vivre dans la peur » (1955) est conçu suite à une conversation qu’il a avec le compositeur de plusieurs de ses films, Hayasaka, qui lui déclare après les essais atomiques de Bikini : « Il est impossible de travailler avec une menace de mort ainsi suspendue sur nos têtes ».

Réputé réalisateur coûtant cher, au rythme de travail très lent, Kurosawa n’a peut-être pas le loisir de tourner tous les films qu’il a dans la tête. Il a écrit, outre ses propres films, plus de trente scénarios tournés par d’autres réalisateurs. En ce sens, il a vécu, lui aussi, la petite frustration typique de l’écrivain confiant son bébé au metteur en scène. « Je vois, maintenant, ce que vous avez fait » dit-il à Toyoda, pour qui il avait écrit une partie du film à sketch « quatre histoires d’amour » : « J’ai fait de l’amour de ces jeunes gens une description psychologique, alors que vous, vous l’avez traité physiologiquement ».

La méthode de travail collective qu’il avait adoptée au fil des ans autour de ses projets avait pour but d’améliorer, d’optimaliser en toute humilité le potentiel d’une histoire. Le scénario définitif est plus l’œuvre d’une table ronde que d’une équipe homogène : chacun des collaborateurs prépare son propre scénario, qu’il fait lire aux autres. Les lacunes unilatérales sont ainsi écartées, et on rectifie impitoyablement les erreurs, en s’attaquant au fond du problème. C’est à la façon d’un atelier qu’avancent donc les scripts dont il initie l’écriture, tout en gardant la mainmise du chef d’orchestre.

Décédé le 6 septembre 1998, Akira Kurosawa a reçu pour son œuvre toutes les récompenses dont un auteur de cinéma peut rêver. Le plus beau compliment, et le plus unanime qu’on puisse lui faire tient en ces quelques mots : il savait raconter une histoire.

Hell on Wheels, saisons 1 à 4 : critique de la série

« Un western qui aurait honte de n’être que lui-même et chercherait à justifier son existence par un intérêt supplémentaire » (André Bazin) :

Hell on Whels relate la construction laborieuse du premier chemin de fer transcontinental de L’Union Pacific Railroad, sur fond d’histoire de vengeance. Si le début est assez traditionnel avec l’arrivée du héros solitaire et certaines touches classiques, l’histoire prend rapidement une tournure de règlement de compte et de récit noir où règne la perversité, la prostitution, le pouvoir et la corruption. On laisse ici de côté la guerre de sécession et les affrontements de clans pour regarder au-delà. Le spectateur suit les déplacements de la caravane « Hell on Wheels », et de ses habitants dans un voyage constellé de disparitions et de morts où même le personnage le plus vertueux (Ruth) sera capable de vices.
Lancée en 2011 sur AMC, la série Hell on Wheels est un western moderne à la bande-son folck et électro de Kevin Kiner, connu pour la musique de la série animée Star Wars : The Clone War, et de Gustavo Santaolalla, compositeur pour 21 Grammes, Les Yeux de sa Mère et Un Été à Osage County. Une ambiance pour le moins rock n’roll pour ce Surwestern à laquelle s’ajoutent des décors sombres et inquiétants qui sont l’expression d’un far-ouest cruel et perverti par la civilisation. En créant cette série, les frères Joe et Tony Gayton (Faster, Southern Comfort) redonnent vie à un genre qui s’était éteint depuis Deadwood de David Milch dans un Far West post-moderne. À l’époque, Kevin Kiner avait d’ailleurs participé à la musique de Deadwood. Plus récemment, on retrouvait la même atmosphère dans le film The Dark Valley.

Colm Meanay, qui incarne Thomas Durant, explique ce phénomène :

« Le western n’a jamais cessé de fasciner les gens. C’est un genre épique, qui se situe à une époque des possibles où l’on pouvait sans cesse repousser l’horizon, découvrir, partir à l’aventure. »

Les épisodes de Hell on Wheels suivent une action soutenue et rythmée par des personnages typiques du genre : le cavalier solitaire, l’entrepreneur sans scrupule, la prostituée grande gueule, l’esclave noir et rebelle, le maire malhonnête, le prêtre fanatique et les indiens sauvages. Tout cela sans pourtant tomber dans le cliché, ce qui est heureux. Certains vont évoluer ou basculer du côté obscur, d’autres se révéler ou encore mourir…et avec ces morts, on quittera des personnages attachants ce qui garantit quelques rebondissements. Tout y est pour nous inscrire dans une ambiance noire et injuste, un western poisseux agrémentée de bagarres, de testostérones et de sang. Une bonne matière première mais est-ce suffisant ?

Une intrigue très irrégulière :

Appréciée par la critique, la saison 1 de Hell on Wheels, qui peinait à démarrer, a su trouver près de 3 millions de téléspectateurs. Depuis, 2 millions sont toujours postés derrière leurs écrans pour suivre les aventures de Cullen Bohannon, contremaître sur les rails et justicier sur la route, et des habitants de la petite ville ambulante. Car on s’attache facilement à certains de ces personnages caricaturés et charismatiques à savoir : Bohannon, le héros dur au coeur tendre, Eva (Robin McLeavy, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires, The Loved Ones) la courageuse prostitué rescapée des indiens, Ferguson, le sombre et digne esclave émancipé et enfin le « Doc » Durant, dont les traits d’humour  viennent agrémenter le rôle machiavélique.
Les relations sociales, politiques et religieuses au cœur de la ville de Cheyenne pourraient être intéressantes tout comme le récit historique de la construction du chemin de fer mais ces aventures sont loin d’être palpitantes. L’intrigue ne prend pas et finalement les travaux sur les rails ne sont qu’un prétexte aux guerres de pouvoir et de territoire. Il faut donc être au départ un féru de westerns pour apprécier réellement la série telle qu’elle a été conçue.

Certes, la vie des habitants est rude à « Hell on Wheels » mais le sujet est redondant et se fane un peu au fil des épisodes. Après une excellente saison 2, la saison 3 commence à tourner au ralenti et à manquer de suspense. L’intérêt pour Cullen Bohannon s’épuise à mesure qu’il se venge, se marie, a un enfant. Le départ de son binôme, Elam Ferguson, l’ouvrier noir et réfractaire interprété par le rappeur Common, est aussi une grande perte pour le duo de choc et pour la série. La saison 4 voit le retour de celui-ci, dans un état presque second et tente de rallumer la flamme, de piquer notre curiosité comme elle sait le faire sur quelques épisodes et quelques flashbacks bien placés. Et l’affrontement reprend aussi avec le Suédois qu’on croyait mort. L’épisode 3 permet de résumer les épisodes précédents à travers la voix off de la journaliste, Louise Ellison (Jennifer Ferrin, Following, The Knick, Falling Skies) et de prendre en route cette saison sans avoir vu les précédentes.
Beaucoup de surprises et de malheurs attendent encore les habitants. Des délations, de la traîtrise et encore et toujours de la vengeance mais, malheureusement, l’ensemble reste très irrégulier et Hell on Wheels peine à faire monter la tension de façon efficace. Trop de longueurs et de bavardages nuisent à l’émotion. Et avec ça, des personnages clefs vont encore disparaître.
Hell on Wheels est une bonne distraction, une série sans grande prétention qui se conclura au terme d’une saison 5 coupée en deux parties de sept épisodes, habitude prise par la chaîne AMC depuis  Breaking Bad  et  Mad Men. La première partie sera diffusée aux USA cet été et la seconde en 2016. En France, Hell on Wheels est diffusée sur OCS et D8.

Synopsis : Après la Guerre de Sécession, Cullen Bohannon (Anson Mount, Non-Stop, All the boys love Mandy Lane), un ancien soldat sudiste, se lance dans une Vendetta contre les responsables du viol et du meurtre de son épouse. Pour approcher ces criminels, il devra travailler pour Thomas « Doc » Durant (Colm Meaney, Un Incroyable Talent, La Conspiration, Star Trek Next Generation), un véritable requin et le vice-président de l’Union Pacific Railroad. Aidé par son ami Ferguson (le rappeur Common), Bohannon affrontera aussi le fanatique prêtre appelé « Le Suédois » (Christopher Heyerdahl, Twilight Saga) au prix de ses sentiments et surtout de vies humaines.
Mais en dépit de la souffrance des ouvriers, du froid de l’hiver, de l’injustice et des crimes, la construction des rails est la seule chose qui importe dans l’Enfer de l’Ouest…

Hell On Wheels >> Bande-annonce

Fiche technique : Hell on Wheels

Titre : Hell on Wheels
Année : 2014
Format : 10 à 13 épisodes de 42 minutes
Origine : USA, tournée en Alberta par Entertainment One, Nomadic Pictures et Endemol USA.
Réalisateur: Neil LaBute, Dennie Gordon, David Straiton, Michael Nankin, Roxann Dawson, Seith Mann, Marvin Rush, Adam Davidson, Rod Lurie                                                                                                                                                   Musique : Kevin Kiner, Gustavo Santaolalla
Scénaristes: Tony Gayton, Joe Gayton.
Casting: Cullen Bohannon (Anson Mount), Thor Gunderson (Christopher Heyerdahl), Eva (Robin McLeavy), Louise Ellison (Jennifer Ferrin), Thomas Durant (Colm Meaney), Mickey McGinnes (Philip Burke)
Producteurs exécutifs: Tony Gayton, Joe Gayton, John Shiban, Jeremy Gold, David Von Ancken.
Producteurs: Chad Oakes, Mike Frislev.

Hill of Freedom, un film de Hong Sang-soo : Critique

Séoul, colline de liberté narrative

Un fond coloré et quelques notes de piano suffisent à nous replonger dans le tendre univers d’Hong Sang-soo. Le cinéaste nous invite maintenant pratiquement chaque année, dans un Séoul où se joue le petit théâtre, des relations hommes-femmes, souvent autour d’un bon repas et de nombreux verres d’alcool, scènes symptomatiques du réalisateur coréen.

La Colline de la liberté du titre, n’est autre qu’un petit café de Séoul apprécié de Mori, japonais vagabondant dans la capitale coréenne à la recherche de son amie. Il fera toute une série de rencontres dont les issues permettent de comprendre peu à peu le réel but de son voyage de l’autre côté de la mer du Japon.

Petit par la taille (à peine plus d’une heure), ce nouveau Hong Sang-soo est grand dans ses ambitions. Dans toute son œuvre le cinéaste coréen aime jouer avec la narration, expérimentant sans cesse de nouvelles façons de raconter ses histoires, en rejouant par exemple la même scène selon des points de vue différents ou encore en créant des réalités parallèles. Avec Hill of Freedom, Hong Sang-soo nous offre une nouvelle expérience narrative.
Le réalisateur fabrique un véritable jeu de piste mélangeant scènes réelles et fantasmées tout en bousculant la chronologie. L’ouverture se fait sur le personnage de Kwon qui, à son retour à Séoul, découvre les nombreuses lettres que lui a écrit Mori, son ancien amour, venu la retrouver en Corée du Sud. Le film reconstitue alors les différents récits épistolaires qui, à cause d’une mauvaise chute dans les escaliers, se retrouvent dans un ordre aléatoire. Ces anecdotes se sont-elles vraiment passées ? Quand ont-elles eu lieu ? Sont-ce des souvenirs bruts ou idéalisés ? Ce sera au spectateur de laisser guider ses fantasmes et se faire sa propre petite idée du montage.

Tous ces jeux narratifs ajoutés à la légèreté de ton font le sel du cinéma d’Hong Sang-soo. The  »hill of freedom » du réalisateur c’est Séoul où il réussit à chaque fois à nous emmener dans ses contes rohmériens avec l’élégance et la liberté de ton qui le caractérise. En définitive, il n’y a pas de petit film de Hong Sang-Soo. Hill of freedom, son plus court long-métrage, en est la plus belle preuve.

Synopsis : Mori, un jeune japonais, a vécu une histoire d’amour avec une coréenne. Quelques temps plus tard, il retourne à Séoul la retrouver. Son absence l’entraîne dans une série de rencontre qu’il relate dans différentes lettres à destination de celle qu’il était venu chercher.

Hill of Freedom >> Bande-annonce du film

Hill of Freedom : Fiche technique

Titre original : 자유의 언덕
Date de sortie : 8 Juillet 2015
Nationalité : Corée du sud
Réalisation : Hong Sang-soo
Scénario : Hong Sang-soo
Interprétation : Ryô Kase, Moon So-ri, Seo Young-hwa, Kim Eui-sung
Musique : Jeong Yong-jin
Photographie : Park Hong-yeol
Décors : NR
Montage : Hahm Sung-won
Production : Kim Kyoung Hee
Sociétés de production : Jeonwonsa Film Co.
Sociétés de distribution : Les Acacias
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 66 minutes
Récompense(s) : NR

Auteur : Jim Martin

Top 10 Films : premier semestre 2015 de la rédaction LeMagduCinéma

Top 10 films : premier semestre 2015

La première moitié cinématographique de l’année 2015, nous a offert des films venant d’horizons différents, tout en traitant de divers sujets. On pourra apprécier l’éclectisme de ce top 10, où le cinéma américain est moins présent que lors de celui de l’année 2014 avec neufs de ses productions sur dix. Certes on retrouve toujours des films provenant du pays de l’Oncle Sam, mais aussi de France, Iran, Angleterre, Turquie, Allemagne et Argentine, parfois au sein de coproductions, permettant le financement d’œuvres originales et ambitieuses. Dans une ère de frilosité artistique, avec des studios investissant dans les franchises, remakes ou reboots, on retrouve un seul film construit autour d’un personnage mythique et connu du grand public, il s’agit de Mad Max : Fury Road. Malgré son budget digne d’un blockbuster, cela se révèle aussi un film d’auteur à la folie visuelle communicatrice et une bouffée d’air frais de la part du George Miller. On retrouve aussi bien du drame, comédie, action, réflexion, animation, documentaire, biopic ou film à sketchs. Il y en a vraiment pour tous les goûts et chacun y trouvera son bonheur parmi cette liste reflétant l’ouverture d’esprit de la rédaction de CineSeries.

La rédaction vous donne ses dix films préférés

10. Mustang & Vice-Versa

Ce sont deux œuvres sensiblement différentes qui se partagent la dernière place du classement, mais avec chacune une adolescente comme héroïne. Mustang nous permet de découvrir la vie de jeunes femmes dans un village reculé de Turquie, sous la caméra de la réalisatrice néophyte Deniz Gamze Ergüven. Alors que Vice-Versa, une production Pixar, s’immisce dans le cerveau de Riley, pour mieux comprendre son fonctionnement. On passe du rire aux larmes, à travers ces différents portraits, qui nous permettent de vivre un beau moment de cinéma.

9. Imitation Game

Grâce à cette biographie, on va découvrir le destin hors du commun d’Alan Turing, un mathématicien et cryptanaliste britannique, admirablement interprété par Benedict Cumberbatch, se retrouvant pour la première fois au cinéma en tête d’affiche. Si vous aimez la série Sherlock, ce film est fait pour vous tant les deux personnages se ressemblent, surtout qu’il a le même interprète. On y retrouve le même humour, mais aussi un côté sombre tout aussi passionnant, malgré les thèmes abordés : l’homosexualité, l’enfance et la seconde guerre mondiale, par le biais du décodage de la machine nazi Enigma.

8. Kingsman

Un film s’ouvrant sur Money for Nothing de Dire Straits et Sting, ne peut pas être mauvais et ce sera effectivement le cas. C’est un divertissement délirant, avec Colin Firth s’offrant son premier rôle dans un film d’action, tout en gardant son flegme britannique, Samuel L. Jackson est un méchant génial apeuré à la vue du sang avec un savoureux cheveu sur la langue, nous proposant un défilé de ses plus belles casquettes, puis Mark Strong (déjà présent dans Imitation Game) se régale et se lâche, en faisant preuve d’humour et de folie.  La révélation Taron Egerton est en osmose avec ses illustres aînés et la scène de l’église est déjà une des plus marquantes de cette année.

7. Taxi Téhéran

A la découverte de la vie en Iran dans les rues de Téhéran, c’est ce que nous propose le réalisateur Jafar Panahi, malgré l’interdiction qui le frappe de filmer et de quitter le territoire pour les 20 prochaines années.  A bord d’un taxi, il met en scène des moments légers ou dramatiques, permettant de mieux comprendre la situation dans son pays. On rit, s’émeut puis vibre face à ces gens pleins de vie, sans oublier les risques qu’ils prennent en se retrouvant devant une seule caméra offrant divers angles de vues, sans masquer la beauté des paysages. Un beau moment de cinéma engagé et humain, couronné par l’ours d’or au festival de Berlin 2015.

6. Les Nouveaux Sauvages

Il est rare de trouver un film à sketchs faisant quasiment l’unanimité, souvent à cause d’une inégalité dans les histoires. Le film avait fait sensation au festival de Cannes 2014, ce sera aussi le cas dans les salles. C’est une bouffée d’air frais venant d’Argentine, grâce à son humour décapant, l’absurdité des situations et l’absence de morale, en laissant libre cours au côté animal qui sommeille en chacun de nous. Il s’en dégage une énergie folle, c’est complètement déjanté, pourtant l’ensemble est homogène et captivant.

5. Citizenfour

En plein milieu du classement, on retrouve un documentaire retraçant le parcours d’Edward Snowden dénonçant les agissements de la NSA. Un fabuleux portrait d’un homme courageux, un lanceur d’alerte, se retrouvant seul face au gouvernement américain, tiraillé entre ses angoisses et le sentiment d’avoir bien agi. Ce huis clos aux airs de techno-thriller, est passionnant de bout en bout. Il a obtenu l’oscar du meilleur film documentaire, récompensant le travail de Laura Poitras, dans cet appel à la lutte pour la démocratie.

4. La loi du marché

Sélectionné au festival de Cannes 2015, La loi du marché est un film engagé, parlant de la société actuelle, à travers le parcours difficile d’un homme au chômage au bord de la rupture, sublimement interprété par Vincent Lindon, auréolé du prix d’interprétation. Son réalisateur Stéphane Brizé porte un regard déstabilisant et profondément intimiste sur le monde socio-économique qui l’entoure, jamais son cinéma n’a été aussi radicalC’est une oeuvre anxiogène et réaliste dont on ne ressort pas indemne, mais aussi le reflet d’un pays en crise.

3. Mad Max : Fury Road

George Miller revient et il va tout dévaster sur son passageC’est de l’action à l’état brut(e), d’un rythme soutenu et aux plans aussi déments, que la horde de personnages porté par une folie destructive jouissive et primitive. Charlize Theron prend le pouvoir en éclipsant Tom Hardy, pourtant digne successeur de Mel Gibson. Typiquement le genre de film à voir dans les salles obscures, pour prendre toute la mesure des superbes plans et courses-poursuites aussi démentes, qu’explosives!

2. Birdman

C’est couvert de nombreux oscars – dont meilleur film, réalisateur et scénario – que le film sort enfin dans nos salles, après des mois d’attentes. Ce retour au premier plan de Michael Keaton interprétant son propre rôle, a enthousiasmé la presse, tout comme notre rédaction sous le charme des plans séquences d’Alejandro Gonzalez Iñárritu. Une mise en abîme du monde du théâtre, cinéma et critiques, où personne ne sera épargné, malgré le charme d’Emma Stone et la beauté d’un plan final inoubliable.

1. Foxcatcher

Au sommet de ce top 10, on retrouve un long-métrage sorti au mois de Janvier, c’est dire à quel point il a marqué nos esprits par sa noirceur, froideur et l’excellence du trio d’acteurs : Steve Carell, Channing Tatum et Mark Ruffalo. Cette démystification du capitalisme américain, à travers la folie du philanthrope John Eleuthère Du Pont, est malheureusement une histoire vraie. Une oeuvre difficile qui ne laisse pas indifférent, à la lumière et photographie magnifiques.