Teach me love : un film de Tom Vaughan, critique

Pierce Brosnan, un acteur qui sait se faire plaisir

Pierce Brosnan est un acteur qui n’a plus rien à prouver et ne cherche pas particulièrement à le faire non plus.  Depuis qu’il a atteint le pic de sa carrière avec son rôle de James Bond, on l’a certes vu dans The ghostwriter, mais il s’est surtout spécialisé dans deux types de rôles : le voleur / agent secret, de plus en plus vieillissant (The matador, The november man, …) et le séducteur au cœur tendre sous des allures cyniques (Mamma Mia, Une affaire de cœur, …) : Teach me love entre clairement dans cette seconde catégorie.  Aux commandes de sa maison de production Irish dreamtime, Pierce Brosnan finance les projets qui lui font plaisir, et si les notes IMDB ne montent pas très haut (généralement en dessous de 7/10) ses fans ont plaisir à le retrouver dans de nouvelles aventures.

Ce petit préambule a pour objet de vous montrer pourquoi la sortie de Teach me love au format E-cinema est loin d’être absurde : le film n’est pas franchement ambitieux, mais n’a pour unique but que de  proposer un divertissement sympathique pour un chaud après-midi d’été.

Une comédie romantique au rythme alerte

Teach me love est un film qui, peut-être par peur de manquer de matière dans son scénario, propose plusieurs enjeux assez différents dans son histoire.

Le cadre fixé dès la première scène est le suivant : Pierce Brosnan raconte à son fils les événements qui ont fait qu’il se trouve actuellement dans un poste de police. Et de fait le destin n’est pas tendre avec le bel Irlandais : séducteur impénitent et professeur à l’université, il se range pour une Américaine qui demande rapidement le divorce. S’instaure ainsi une situation assez inconfortable : Pierce refuse de rentrer en Angleterre, et s’installe dans la remise de la maison de sa femme (une remise très confortable, on parle d’une grande propriété) pour pouvoir continuer à voir son fils. Il accepte aussi d’enseigner dans une faculté publique peu prestigieuse où les étudiants sont plus intéressés par leur téléphone portable que par Byron. Enfin, sa carte de séjour arrive à expiration et son permis de travail définitif  dépend largement de son mariage qui n’existe plus que sur le papier.

Il va donc s’agir pour notre héros de trouver un meilleur travail, de prouver sa volonté de devenir américain, de ne pas trop énerver son ex-femme pour qu’elle accepte de le soutenir dans sa procédure. Si on ajoute à cela la demi-sœur de Jessica Alba, jouée par Salma Hayek, agent d’écrivain qui est belle, intelligente, mais mariée à un écrivain à succès égocentrique, et son père, joué par Malcolm McDowell (qu’on a plaisir à voir dans un film plus digne que beaucoup de ceux qui composent sa trop chargée filmographie) qui lui reproche d’avoir tourné le dos à ses principes, on comprend que le programme sera chargé.

Teach me love est une comédie romantique qui insiste plus sur le versant comédie que sur le versant romantique : si le film joue sur le potentiel de séduction de ses acteurs principaux, il s’en sert surtout pour les mettre dans des situations de plus en plus compliquées, parfois même assez vaudevillesques. En cela, il n’est jamais ennuyeux : il se passe toujours quelque chose de nouveau, mais avec pour conséquences négatives  que tout reste très superficiel, à l’image du jeu des acteurs, vif mais pas du tout subtil, et que le film se perde un peu dans des intrigues secondaires pas si intéressantes, comme celle du groupe de parole anti-alcool auquel est contraint de participer Pierce Brosnan.

Cohérence cinématographique contre  vie réelle : la question du réalisme

Teach me love, sous ses allures de comédie romantique alerte, superficielle mais sympathique, pose une vraie question de scénario : qu’attendons-nous en matière de cohérence des personnages ?

Pour simplifier grossièrement, il y a entre le spectateur et le film un pacte de suspension de l’incrédulité qui dit : « je suis prêt à accepter ce que je vois, du moment que cela fasse sens dans la mécanique de l’histoire ». Nous pouvons accepter des dinosaures, des terminators, du moment que le film ne se joue pas de nous, et suive les règles qu’il édicte. C’est pourquoi un film comme Inception passe autant de temps à nous expliquer son monde : une fois dans l’action, nous comprenons directement ce qui se passe, en quoi le héros transgresse ses règles et se met en danger.

Dans une comédie romantique, l’acceptation semble plus facile, mais ne l’est pas tellement : si nous n’avons pas affaire à des créatures imaginaires, nous exigeons d’elles qu’elles se comportent d’une manière que nous pouvons comprendre. Sans vouloir tomber dans un scénario où tout a une raison et où tout est défini comme peut brillamment le faire la trilogie Retour vers le futur, il est plus facile de s’impliquer émotionnellement auprès d’un personnage si l’on comprend sa manière de fonctionner.

Teach me love est un film qui ne se soucie absolument pas de ce type de cohérence. Il y a même quelque chose d’assez ludique à observer à quel point le film décrit un personnage pour le faire agir à l’exact opposé. Ainsi, Pierce Brosnan est un coureur de jupons qui va accepter de tout quitter pour une de ses étudiantes et se transformer presqu’immédiatement en papa poule. On ne sait d’ailleurs pas tellement pourquoi il a fait cela, puisque le personnage de Jessica Alba est décrit comme étant une Américaine obsédée par l’argent et qui ne trouve de beauté que dans les plans d’optimisation fiscale : que faisait-elle alors dans un cours sur la littérature romantique à Cambridge ?  De même le personnage de Pierce Brosnan semble être en désaccord complet et  même éprouver du ressentiment envers son père, alors qu’il a exercé le même métier (littéralement : Brosnan ayant repris le poste de McDowell à sa retraite) , repris les techniques de séduction et partagé la même vision du monde à peu près toute sa vie. Enfin, on a du mal à comprendre exactement en quoi il serait si difficile pour un ancien professeur de Cambridge d’obtenir une carte verte, même s’il venait à divorcer : les hommes célibataires n’ont-ils pas le droit de venir s’installer aux Etats-Unis ?

On a rapidement l’impression que les personnages ne sont pas motivés par leurs sentiments mais sont des marionnettes manipulées pour permettre à un rebondissement de se produire. Cette volonté constante de contredire ce qui a été annoncé auparavant culmine dans un happy end qui, si l’on suit les événements semble logique, mais apparaît de plus en plus étrange au fur et à mesure que l’on y réfléchit.

Dans la vraie vie, les personnes qui nous entourent prennent des décisions surprenantes, soit parce que nous ne comprenons pas leur logique, soit parce que, pour reprendre le mot des Deux anglaises et le continent : « la vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas ». Toutefois, même face à un choix étonnant, nous essayons de comprendre pourquoi telle personne a fait cela. La légèreté des personnages de Teach me love, changeant d’un instant à l’autre ce qui fait leurs convictions, leurs émotions, ou les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, nous fait nous questionner : sommes nous nous-même aussi incohérents ?

Teach me love pourrait suivre cette sorte de réalisme psychologique, qui veut que les personnes font toujours le choix le moins évident et le plus contraire à leurs intérêts. Mais il semblerait que ce ne soit pas le but premier du film, qui file d’une situation à l’autre sans prendre le temps de s’expliquer, et ce même dans ses aspects les plus secondaires. Ainsi on ne nous dira jamais pourquoi l’une des membres du groupe de paroles a un défaut d’élocution manifeste : ce n’est qu’en voyant au générique le nom de Marlee Matlin que l’on comprend : cette actrice qui a gagné un oscar pour son rôle dans Les enfants du silence est en effet sourde et ne parle qu’avec difficulté. C’est certainement le prix à payer à vouloir multiplier les rebondissements : si on voit bien dans l’ensemble qui sont les personnages, un peu plus de temps passé auprès d’eux nous aurait permis de mieux les comprendre.

Teach me romantic comedy

Que reste-t-il au final de Teach me love ? Si l’on se prend au jeu, on appréciera son rythme élevé, le charme de Pierce Brosnan, le piquant de Salma Hayek, et un scénario mettant en scène un héros désabusé dans la lignée de ceux joués par Hugh Grant. Si l’on est moins client de ce type de film, on  essaiera de comprendre le scénario pour voir que rien ne fait vraiment sens, on se rendra compte que les acteurs jouent somme toute assez mal, que la réalisation est fonctionnelle et par moment laide, et que le film hésite entre vouloir rompre les codes de la comédie romantique et s’y plier complètement, forçant un happy end assez grotesque dans le contexte.  Ce film n’est pas une catastrophe totale, mais représente tout de même un gâchis eu égard à son casting, idéal pour une comédie romantique.

Si Teach me love est très cohérent dans l’offre E-cinema de TF1, puisqu’il s’agit d’une comédie romantique et que Salma Hayek était déjà à l’affiche d’Everly, on vous conseillera plutôt de louer Adaline : plus sophistiqué, plus tendre, mieux joué, mieux écrit et plus original.

Synopsis : Richard (Pierce Brosnan) enseigne le romantisme à l’université de Cambridge. Homme à femmes, il décide de se marier avec l’une de ses étudiantes américaines Kate (Jessica Alba), qui a une demi-sœur éditrice, Olivia (Salma Hayek) elle aussi tout à fait charmante.
Il décide de suivre sa femme aux Etats-Unis, mais tout ne va pas se passer comme il l’avait prévu.

Teach me love : bande annonce

Teach me love : Fiche technique 

Titre original : How to make love like an Englishman
Date de sortie : 31 juillet 2015 (E-cinema)
Nationalité :américaine
Réalisation : Tom Vaughan
Scénario : Matthew Newman
Interprétation : Pierce Brosnan, Jessica Alba, Salma Hayek, Duncan Joiner, Malcolm McDowell, Ben McKenzie
Musique : Stephen Endelman
Photographie : David Tattersall
Décors : John Collins
Montage : Matt Friedman
Production : Grant Cramer , Kevin Scott Frakes , Richard Barton Lewis , Raj Brinder Singh , Beau St. Clair , Michael R. Williams , Keith Arnold , Mark Fasano , Gabrielle Jerou
Sociétés de production : Southpaw Entertainment, Irish DreamTime, PalmStar Media , Das Films (in association with) , Envision Entertainment , Knightsbridge Entertainment, Landafar Entertainment , Landafar
Sociétés de distribution : Solution entertainment group (vente mondiale), TF1 Vidéo (France)
Budget : NP
Genre : Comédie romantique
Durée :  NP (environ 01h30)
Récompense(s) : aucune

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Benjamin S.
Benjamin S.https://www.lemagducine.fr/
Cinéphile et bédéphile, j'ai grandi dans le regret de ne pas avoir vécu l'époque Starfix. J'aime tous les types de films, bons comme très mauvais, mais je ne supporte pas la tiédeur.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.