Teach me love : un film de Tom Vaughan, critique

[critique] Teach me love, un film de Tom Vaughan

Synopsis : Richard (Pierce Brosnan) enseigne le romantisme à l’université de Cambridge. Homme à femmes, il décide de se marier avec l’une de ses étudiantes américaines Kate (Jessica Alba), qui a une demi-sœur éditrice, Olivia (Salma Hayek) elle aussi tout à fait charmante.
Il décide de suivre sa femme aux Etats-Unis, mais tout ne va pas se passer comme il l’avait prévu.

Pierce Brosnan, un acteur qui sait se faire plaisir

Pierce Brosnan est un acteur qui n’a plus rien à prouver et ne cherche pas particulièrement à le faire non plus.  Depuis qu’il a atteint le pic de sa carrière avec son rôle de James Bond, on l’a certes vu dans The ghostwriter, mais il s’est surtout spécialisé dans deux types de rôles : le voleur / agent secret, de plus en plus vieillissant (The matador, The november man, …) et le séducteur au cœur tendre sous des allures cyniques (Mamma Mia, Une affaire de cœur, …) : Teach me love entre clairement dans cette seconde catégorie.  Aux commandes de sa maison de production Irish dreamtime, Pierce Brosnan finance les projets qui lui font plaisir, et si les notes IMDB ne montent pas très haut (généralement en dessous de 7/10) ses fans ont plaisir à le retrouver dans de nouvelles aventures.

Ce petit préambule a pour objet de vous montrer pourquoi la sortie de Teach me love au format E-cinema est loin d’être absurde : le film n’est pas franchement ambitieux, mais n’a pour unique but que de  proposer un divertissement sympathique pour un chaud après-midi d’été.

Une comédie romantique au rythme alerte

Teach me love est un film qui, peut-être par peur de manquer de matière dans son scénario, propose plusieurs enjeux assez différents dans son histoire.

Le cadre fixé dès la première scène est le suivant : Pierce Brosnan raconte à son fils les événements qui ont fait qu’il se trouve actuellement dans un poste de police. Et de fait le destin n’est pas tendre avec le bel Irlandais : séducteur impénitent et professeur à l’université, il se range pour une Américaine qui demande rapidement le divorce. S’instaure ainsi une situation assez inconfortable : Pierce refuse de rentrer en Angleterre, et s’installe dans la remise de la maison de sa femme (une remise très confortable, on parle d’une grande propriété) pour pouvoir continuer à voir son fils. Il accepte aussi d’enseigner dans une faculté publique peu prestigieuse où les étudiants sont plus intéressés par leur téléphone portable que par Byron. Enfin, sa carte de séjour arrive à expiration et son permis de travail définitif  dépend largement de son mariage qui n’existe plus que sur le papier.

Il va donc s’agir pour notre héros de trouver un meilleur travail, de prouver sa volonté de devenir américain, de ne pas trop énerver son ex-femme pour qu’elle accepte de le soutenir dans sa procédure. Si on ajoute à cela la demi-sœur de Jessica Alba, jouée par Salma Hayek, agent d’écrivain qui est belle, intelligente, mais mariée à un écrivain à succès égocentrique, et son père, joué par Malcolm McDowell (qu’on a plaisir à voir dans un film plus digne que beaucoup de ceux qui composent sa trop chargée filmographie) qui lui reproche d’avoir tourné le dos à ses principes, on comprend que le programme sera chargé.

Teach me love est une comédie romantique qui insiste plus sur le versant comédie que sur le versant romantique : si le film joue sur le potentiel de séduction de ses acteurs principaux, il s’en sert surtout pour les mettre dans des situations de plus en plus compliquées, parfois même assez vaudevillesques. En cela, il n’est jamais ennuyeux : il se passe toujours quelque chose de nouveau, mais avec pour conséquences négatives  que tout reste très superficiel, à l’image du jeu des acteurs, vif mais pas du tout subtil, et que le film se perde un peu dans des intrigues secondaires pas si intéressantes, comme celle du groupe de parole anti-alcool auquel est contraint de participer Pierce Brosnan.

Cohérence cinématographique contre  vie réelle : la question du réalisme

Teach me love, sous ses allures de comédie romantique alerte, superficielle mais sympathique, pose une vraie question de scénario : qu’attendons-nous en matière de cohérence des personnages ?

Pour simplifier grossièrement, il y a entre le spectateur et le film un pacte de suspension de l’incrédulité qui dit : « je suis prêt à accepter ce que je vois, du moment que cela fasse sens dans la mécanique de l’histoire ». Nous pouvons accepter des dinosaures, des terminators, du moment que le film ne se joue pas de nous, et suive les règles qu’il édicte. C’est pourquoi un film comme Inception passe autant de temps à nous expliquer son monde : une fois dans l’action, nous comprenons directement ce qui se passe, en quoi le héros transgresse ses règles et se met en danger.

Dans une comédie romantique, l’acceptation semble plus facile, mais ne l’est pas tellement : si nous n’avons pas affaire à des créatures imaginaires, nous exigeons d’elles qu’elles se comportent d’une manière que nous pouvons comprendre. Sans vouloir tomber dans un scénario où tout a une raison et où tout est défini comme peut brillamment le faire la trilogie Retour vers le futur, il est plus facile de s’impliquer émotionnellement auprès d’un personnage si l’on comprend sa manière de fonctionner.

Teach me love est un film qui ne se soucie absolument pas de ce type de cohérence. Il y a même quelque chose d’assez ludique à observer à quel point le film décrit un personnage pour le faire agir à l’exact opposé. Ainsi, Pierce Brosnan est un coureur de jupons qui va accepter de tout quitter pour une de ses étudiantes et se transformer presqu’immédiatement en papa poule. On ne sait d’ailleurs pas tellement pourquoi il a fait cela, puisque le personnage de Jessica Alba est décrit comme étant une Américaine obsédée par l’argent et qui ne trouve de beauté que dans les plans d’optimisation fiscale : que faisait-elle alors dans un cours sur la littérature romantique à Cambridge ?  De même le personnage de Pierce Brosnan semble être en désaccord complet et  même éprouver du ressentiment envers son père, alors qu’il a exercé le même métier (littéralement : Brosnan ayant repris le poste de McDowell à sa retraite) , repris les techniques de séduction et partagé la même vision du monde à peu près toute sa vie. Enfin, on a du mal à comprendre exactement en quoi il serait si difficile pour un ancien professeur de Cambridge d’obtenir une carte verte, même s’il venait à divorcer : les hommes célibataires n’ont-ils pas le droit de venir s’installer aux Etats-Unis ?

On a rapidement l’impression que les personnages ne sont pas motivés par leurs sentiments mais sont des marionnettes manipulées pour permettre à un rebondissement de se produire. Cette volonté constante de contredire ce qui a été annoncé auparavant culmine dans un happy end qui, si l’on suit les événements semble logique, mais apparaît de plus en plus étrange au fur et à mesure que l’on y réfléchit.

Dans la vraie vie, les personnes qui nous entourent prennent des décisions surprenantes, soit parce que nous ne comprenons pas leur logique, soit parce que, pour reprendre le mot des Deux anglaises et le continent : « la vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas ». Toutefois, même face à un choix étonnant, nous essayons de comprendre pourquoi telle personne a fait cela. La légèreté des personnages de Teach me love, changeant d’un instant à l’autre ce qui fait leurs convictions, leurs émotions, ou les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, nous fait nous questionner : sommes nous nous-même aussi incohérents ?

Teach me love pourrait suivre cette sorte de réalisme psychologique, qui veut que les personnes font toujours le choix le moins évident et le plus contraire à leurs intérêts. Mais il semblerait que ce ne soit pas le but premier du film, qui file d’une situation à l’autre sans prendre le temps de s’expliquer, et ce même dans ses aspects les plus secondaires. Ainsi on ne nous dira jamais pourquoi l’une des membres du groupe de paroles a un défaut d’élocution manifeste : ce n’est qu’en voyant au générique le nom de Marlee Matlin que l’on comprend : cette actrice qui a gagné un oscar pour son rôle dans Les enfants du silence est en effet sourde et ne parle qu’avec difficulté. C’est certainement le prix à payer à vouloir multiplier les rebondissements : si on voit bien dans l’ensemble qui sont les personnages, un peu plus de temps passé auprès d’eux nous aurait permis de mieux les comprendre.

Teach me romantic comedy

Que reste-t-il au final de Teach me love ? Si l’on se prend au jeu, on appréciera son rythme élevé, le charme de Pierce Brosnan, le piquant de Salma Hayek, et un scénario mettant en scène un héros désabusé dans la lignée de ceux joués par Hugh Grant. Si l’on est moins client de ce type de film, on  essaiera de comprendre le scénario pour voir que rien ne fait vraiment sens, on se rendra compte que les acteurs jouent somme toute assez mal, que la réalisation est fonctionnelle et par moment laide, et que le film hésite entre vouloir rompre les codes de la comédie romantique et s’y plier complètement, forçant un happy end assez grotesque dans le contexte.  Ce film n’est pas une catastrophe totale, mais représente tout de même un gâchis eu égard à son casting, idéal pour une comédie romantique.

Si Teach me love est très cohérent dans l’offre E-cinema de TF1, puisqu’il s’agit d’une comédie romantique et que Salma Hayek était déjà à l’affiche d’Everly, on vous conseillera plutôt de louer Adaline : plus sophistiqué, plus tendre, mieux joué, mieux écrit et plus original.

Teach me love : bande annonce

Teach me love : Fiche technique 

Titre original : How to make love like an Englishman
Date de sortie : 31 juillet 2015 (E-cinema)
Nationalité :américaine
Réalisation : Tom Vaughan
Scénario : Matthew Newman
Interprétation : Pierce Brosnan, Jessica Alba, Salma Hayek, Duncan Joiner, Malcolm McDowell, Ben McKenzie
Musique : Stephen Endelman
Photographie : David Tattersall
Décors : John Collins
Montage : Matt Friedman
Production : Grant Cramer , Kevin Scott Frakes , Richard Barton Lewis , Raj Brinder Singh , Beau St. Clair , Michael R. Williams , Keith Arnold , Mark Fasano , Gabrielle Jerou
Sociétés de production : Southpaw Entertainment, Irish DreamTime, PalmStar Media , Das Films (in association with) , Envision Entertainment , Knightsbridge Entertainment, Landafar Entertainment , Landafar
Sociétés de distribution : Solution entertainment group (vente mondiale), TF1 Vidéo (France)
Budget : NP
Genre : Comédie romantique
Durée :  NP (environ 01h30)
Récompense(s) : aucune

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