Que Viva Eisenstein !, un film de Peter Greenaway : critique

Éros et Thanatos

Il est étonnant qu’aucun film digne de ce nom n’ait encore été fait sur l’un des pères fondateurs du cinéma mondial, décédé en 1948. Le cultissime réalisateur Peter Greenaway se porte volontaire, en situant son film au cours d’une période charnière d’Eisenstein. A l’occasion d’un voyage au Mexique, ce dernier tourne son film le plus ambitieux qui ne verra finalement jamais le jour. Le projet du cinéaste britannique avait fière allure, le résultat laisse pourtant plus que sceptique.

Dès les premiers plans, on plonge dans l’univers cinématographique si particulier de Peter Greenaway. Plastiquement très élégant, le film propose de nombreuses digressions de montage qui finissent par aseptiser complètement la mise en scène. On ne sait si c’est le fait de faire un film sur le  »père du montage » qui a laissé pousser des ailes au réalisateur, mais cette surcharge de splitscreens et autre mouvements de caméra incongrus finissent par lasser au terme des deux heures de film.

La forme, un poil trop audacieuse de Greenaway, n’est pas non plus sauvée par son scénario. ¡ Que viva Eisenstein ! porte avant tout sur la relation entre le réalisateur soviétique et son jeune et beau guide mexicain. C’est à se demander si la figure d’Eisenstein était un pur prétexte pour financer un film sur la découverte des pulsions sexuelles d’un homme pour un autre. Puisque de l’œuvre d’Eisenstein, il n’en est rien. C’est à peine si le tournage du film ¡ Que viva Mexico ! dont le titre fait immédiatement référence est évoqué. Si avec ¡ Que viva Eisenstein ! on s’attendait à une sorte de 8 ½ à la sauce mexicaine, on a de quoi à être déçu. Greenaway filme l’homme Eisenstein sans faire de parallèle sur son œuvre, la déception ne peut dès lors qu’être à l’honneur. Peter Greenaway se complet dans son cinéma gotico-érotique orgiaque, et en oublie malheureusement son spectateur. Dommage !

Synopsis : En 1931, après un passage avorté à Hollywood, le grand réalisateur russe Eisenstein se rend au Mexique tourner son nouveau film. Ces dix jours à Guanajuato ébranlèrent Eisenstein et donneront naissance à des nouveaux désirs qui exacerberont le génie du cinéaste.

Que Viva Eisenstein ! : Bande-Annonce du film

Que Viva Eisenstein ! : Fiche technique

Titre original : Eisenstein in Guanajuato
Date de sortie : 8 Juillet 2015
Nationalité : Pays-Bas, Mexique, Finlande, Belgique
Réalisation : Peter Greenaway
Scénario : Peter Greenaway
Interprétation : Elmer Bäck, Luis Alberti, Maya Zapata
Musique : NR
Photographie : Reinier van Brummelen
Décors : NR
Montage : Elmer Leupen
Production : Bruno Felix, Femke Wolting, San Fu Maltha, Cristina Velasco
Sociétés de production : Submarine, Fu Works Productions, Paloma Negra Films
Sociétés de distribution : Pyramide Distribution
Budget : NR
Genre : Biopic
Durée : 105 minutes
Récompense(s) : NR

Auteur : Jim Martin

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.
Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.