L’an passé, la rédaction du Magduciné vous faisait part de son coup de cœur dans le milieu des séries d’animation. Il s’agissait de la première incursion dans le dessin animé pour Netflix, déterminé dans son ambition à devenir un acteur majeur de la production audiovisuelle dans le monde. Après House of Cards, Marco Polo et le récent succès Marvel’sDaredevil, Netflix n’a pas lésiné sur ses expérimentations et a rapidement validé une saison 2 pour Bojack Horseman. Sous-estimée au départ, la série a vite acquis un statut culte dans le catalogue Netflix. Bojack Horseman est très certainement l’un de ses plus brillants produits d’appel. Pas étonnant qu’une pléiade de guests apparaisse dans cette nouvelle saison et réduit donc de fait la frontière entre le monde de Bojack et le vrai Hollywood. On refait rapidement le pitch : Bojack est une ancienne vedette d’une sitcom des années 1990. Alcoolique et déprimé, il essaie tant bien que mal de se remettre en selle pour retrouver sa gloire passée. A la fin de la première saison, Bojack reçoit un Golden Globe pour son livre autobiographique (!!!) écrit par la nègre Diane. Cela lui vaut même de décrocher le rôle pour interpréter au cinéma Secrétariat, son idole d’enfance. Mais même s’il renoue avec le succès, il finit seul et renfermé dans sa villa, à repasser en boucle les épisodes de sa sitcom. Disponible depuis plus de deux semaines sur le réseau Netflix, on retrouve dans cette seconde saison Bojack dans sa préparation pour son rôle dans le long métrage sur la vie de Secrétariat. Ce rôle devrait lui permettre de retrouver enfin une notoriété honorable. Evidemment, son comportement autodestructeur rendra la tâche plus ardue.
Horsenication
Dans cette nouvelle saison, le travail sur les personnages a été plus que jamais développé. C’en est épatant de voir à quel point chaque personnage a son intrigue bien ficelée et sa psychologie bien définie sans pour autant la rendre caricaturale et prévisible. L’intelligence d’écriture est la force de cette série et démontre tout le talent de son créateur Raphael Bob-Waksberg. Il s’autorise absolument tout cette fois-ci et n’hésite pas à désamorcer les attentes des spectateurs sur son personnage principal pour lequel on est censé avoir au mieux de la sympathie, au pire de l’empathie. Vers la fin de la saison, Bojack devient tellement autodestructeur que la plupart de ses proches vont en payer le prix fort. C’est un tournant bouleversant qui suscitera une grande part d’émotion. Face à des concurrents comme American Dad, Les Griffin voire South Park, Bojack Horseman est en train de révolutionner les séries d’animation pour adultes et adolescents. Alcool, sexe, drogue et décadence sont toujours aussi présents. Le créateur de la série et ses scénaristes nous proposent un questionnement introspectif d’une finesse remarquable à travers ses personnages principaux. Ce sont tous des personnages qui se cherchent et sont en quête d’un idéal de bonheur.Bojack Horseman est une série qui parlera évidemment aux trentenaires et quarantenaires en pleine crise existentiel.
Mais si la saison 2 aborde ses personnages avec plus de dramaturgie, il n’empêche que Bojack Horseman reste une série tout bonnement hilarante. Son univers anthropomorphique participe déjà au succès de la série mais également à son humour inépuisable. Les situations qui font appel à des caractéristiques animalières s’entremêlent avec des gags visuels riches en inventivité. La performance est d’autant plus remarquable que certaines blagues sont d’une subtilité insaisissable au premier abord. De fait, ce sont des centaines de références, jeux de mots et expressions détournées qui inondent cette saison et rendent chaque scène savoureuse. Comme dans la précédente saison, il arrive parfois que les scénaristes se lâchent et retranscrivent littéralement à l’écran des trips hallucinés avec des séquences en animation grandioses. Le travail technique est d’ailleurs d’autant plus remarquable que la graphiste Lisa Hanawalt offre à la série une ambiance visuelle particulière, loin des productions actuelles. L’une des rares qui utilise encore de l’aquarelle pour une production de ce calibre. C’est ce qui fait tout le charme de la série.
Marqué par un ton qui lorgne davantage vers la mélancolie, Bojack Horseman est peut-être la série la plus hilarante et la plus émouvante du paysage audiovisuel animé.Son créateur Raphael Bob-Waksberg a parfaitement su saisir l’essence, l’audace et l’originalité d’un tel concept. Jamais un personnage n’avait autant suscité de dégoût et d’empathie. Après une première saison excellente qui surprenait par son ton et son univers anthropomorphiste, la deuxième vient définitivement confirmer toutes les attentes et se pose comme la meilleure série d’animation actuelle, rien que ça. Netflix vient justement de confirmer la mise en chantier d’une saison 3. C’est vous dire à quel point cette série est formidable et sur le point de devenir culte.
Synopsis: Vedette très appréciée d’une sitcom des années 1990, BoJack Horseman vit aujourd’hui à Hollywood, rejeté de tous et se plaignant de tout.De nos jours, on le suit alors qu’il tente de retrouver la célébrité avec une autobiographie écrite par sa nègre littéraire, Diane NGuyen. BoJack jongle entre une vie de débauche et des amis souvent encombrants : Princess Carolyn, tour à tour sa petite amie, son ex-petite amie et son agent, Todd Chavez, qui habite chez lui et se considère comme son colocataire, et Mr. Peanutbutter, son ami et ennemi à la fois, héros d’une sitcom du même style et de la même époque que BoJack, mais ayant toujours du succès.
Bojack Horseman Saison 2 – Bande-annonce
Fiche Technique: BoJack Horseman
Créateur : Raphael Bob-Waksberg
Année de création: 2014
Origine : Etats-Unis
Genre: Comédie, Drame, Animation
Format: 25min (12 épisodes)
Diffuseur : Netflix
1ère diffusion de la saison 2 : 17 juillet 2015
Doublage original: Will Arnett (BoJack Horseman), Aaron Paul (Todd), Amy Sedaris (Princess Caroline), Alison Brie (Diane Nguyen), Paul F. Tompkins (Mr. Peanutbutter)
Quand un thriller efficace devient un film d’horreur conventionnel
La production selon Jason Blum : permettre la réalisation de films d’horreur à moindre coût (une moyenne de 2 millions de dollars) et les sortir en rafale dans les salles. Une politique qui s’avère des plus payantes, étant donné que le bonhomme peut se vanter d’être l’un des producteurs du cinéma horrifique les plus influents du moment, qui plus est à la tête de divertissements à succès devenus par la suite des franchises (Paranormal Activity, Insidious, American Nightmare). Et maintenant, c’est au tour de Sinister, thriller angoissant simple et efficace que n’aurait pas renié Stephen King, de se voir offrir une suite !
Pour l’occasion, Jason Blum décide de refaire appel au duo Scott Derrickson/C. Robert Cargill pour se charger de l’écriture de cette séquelle. La difficulté : éviter la redite et apporter de la fraîcheur à l’ensemble. Si beaucoup de suites horrifiques tombent très vite dans le panneau, les deux scénaristes ont su partir sur de bonnes bases. En effet, au lieu de repartir à zéro en prenant de nouveaux personnages, ils décident d’écrire une suite directe à partir de la quête rédemptrice du shérif-adjoint de l’opus précédent. Un parti pris qui permet au duo d’avoir quelque chose à raconter, une trame concrète qui puisse donner du corps à ce Sinister 2. Ce n’est pas original pour un sou mais c’est suffisant pour donner de l’intérêt. Sans compter que cette fois-ci, l’histoire n’est plus vue à travers les yeux des adultes mais plutôt des principales victimes, à savoir les enfants. Un choix qui, en plus de montrer l’envers du décor (le modus operandi du démon Bughuul), évite d’user d’un suspense inutile pour les habitués, vu que ces derniers savent à quoi s’attendre.
Mais en opérant ainsi, les scénaristes font perdre à Sinister premier du nom tout ce qui faisait son charme. Car en mettant de côté ce fameux suspense, cette suite oublie l’aspect thriller pour n’être qu’un banal film d’horreur qui reprend maladroitement les détails scénaristiques de son prédécesseur (comme les enregistrements vidéo). Et à trop se concentrer sur les méfaits du démon, le long-métrage délaisse les idées de son script (principalement mettre en scène des jumeaux) au profit de séquences horrifiques plus présentes et qui bénéficient de moyens plus conséquents au point de ne pas avoir peur du grotesque (l’exécution avec les rats) et d’abuser des effets numériques. Il suffit donc pour le spectateur de se laisser aller au visionnage de ce long-métrage, et de suivre naïvement les péripéties paranormales des protagonistes, interprétés honorablement soit dit en passant.
De ce fait, à vouloir se montrer à tout prix effrayant, Sinister 2 se montre-t-il plus efficace que son aîné ? Pas vraiment. En réalisant le premier film et en jouant du suspense comme bon lui semblait, Scott Derrickson avait su livrer une ambiance véritablement pesante et tendue, n’ayant aucunement besoin de jump scares. Ici, son remplaçant Ciarán Foy, malgré des décors et maquillages réussis, ne parvient pas à retrouver l’atmosphère du premier film (cela manque cruellement de jeux de lumière), livrant pour le coup une suite sensoriellement basique qui ne peut compter que sur les sursauts sonores pour livrer son quota d’effroi. Si l’ensemble parvient à faire mouche auprès des âmes sensibles, les amateurs de films d’horreur ne seront aucunement surpris par des jump scares facilement repérables à cause de plans évocateurs et d’une musique révélatrice au possible (cette dernière se tait quand il va se passer quelque chose).
Moins prenant et angoissant que son prédécesseur, Sinister 2 se présente aux spectateurs comme un film d’horreur tout ce qu’il y a de plus conventionnel et qui ne fera nullement date dans ce style de cinéma. Alors oui, les idées scénaristiques et la présence des jump scares permettent à cette suite d’avoir un quelconque intérêt pour ceux qui voudraient sursauter le temps d’un dimanche soir. Mais comparé au film de Scott Derrickson et aux autres poids lourds du genre (comme le récent Conjuring : les dossiers Warren), Sinister 2 fait plutôt pâle figure. Divertissant mais vite oubliable !
Synopsis : Alors qu’il reprend son enquête inachevée sur la mystérieuse mort d’Ellison Oswalt et de sa famille, l’ex shérif-adjoint fait la connaissance de Courtney Collins, une jeune mère fuyant un mari violent, et de ses deux jumeaux Dylan et Zachary. Ces derniers viennent tout juste d’emménager dans une maison sans savoir que celle-ci a été le théâtre de macabres événements. Pour l’ex shérif-adjoint, tout porte à croire que le responsable serait la même entité démoniaque qu’il chasse sans relâche et que Courtney et ses enfants sont ses nouvelles victimes…
Sinister 2 – Bande-annonce
Fiche technique : Sinister 2
États-Unis – 2015
Réalisation : Ciarán Foy
Scénario : Scott Derrickson et C. Robert Cargill
Interprétation : James Ransone (l’ex shérif-adjoint), Shannyn Sossamon (Courtney Collins), Robert Sloan (Dylan Collins), Dartanian Sloan (Zachary ‘Zach’ Collins), Lea Coco (Clint Collins),Tate Ellington (le docteur Stomberg), Lucas Jade Zumann (Milo), Nick King (Bughuul)…
Date de sortie : 19 août 2015
Durée : 1h30
Genres : Thriller, horreur
Image : Amy Vincent
Décors : Bill Boes
Costumes : Stephani Lewis
Montage : Timothy Alverson, Ken Blackwell et Michael Trent
Musique : Tomandandy Budget : 5 M$ Producteurs : Jason Blum, Scott Derrickson et Brian Kavanaugh-Jones Productions : Blumhouse Productions, Automatik Entertainment, IM Global, Entertainment One et Tank Caterpillar Distributeur : Wild Bunch Distribution
Depuis quelques temps, Netflix se démarque par la qualité de ses séries. Pourtant, tout ne peut pas être réussi et ce Between en est un bel exemple.
Déjà vu
D’abord, l’intrigue ressemble furieusement à des histoires déjà connues. Les survivants d’une épidémie qui essaient de reformer une société ? N’a-t-on pas déjà vu ça des dizaines de fois ? Pour n’en citer qu’un exemple, voir (ou lire) Le Fléau, de Stephen King.
Une ville complètement coupée du monde, obligée de vivre en autarcie, et dans laquelle la tension monte inexorablement ? Est-ce que ça ne ressemble pas au Dôme, du même King, déjà adapté en série ?
Qu’est-ce que Between a à proposer de plus ? Simplement que les survivants sont des gamins (et des gamines). Un monde où l’espérance de vie est limitée à 22 ans. Mais c’est à peine exploité, pas suffisamment pour faire la différence. La série semble clairement s’adresser à un public jeune. L’âge des personnages (maximum 21 ans) semble calé sur l’âge présumé des spectateurs. Plusieurs procédés sont employés pour « faire jeune » : les textos qui s’incrustent sur l’écran… Mais là aussi, rien ne semble capable de relever le niveau.
Un sentiment d’inachevé Des possibilités non exploitées, c’est un peu la seconde caractéristique importante de la série. Parfois, les scénaristes frôlent quelque chose d’intéressant, surtout sur le thème de la construction d’une société. Le rôle du dirigeant (la nécessité d’un dirigeant ?), le besoin de règles à respecter et de personnes pour faire respecter ces règles (une sorte de police), etc. Mais hélas ce n’est que survolé, presque par accident, avant de passer à autre chose.
Nous avons donc une série qui, pour le moment, n’est ni originale, ni profonde. Espérons qu’au moins, en six épisodes, cette première saison propose quelque chose de rapide, mouvementé et qui sait éviter l’ennui…
Et une fois de plus, c’est une déception. Déjà que le premier épisode ne brille pas par son rythme soutenu, mais le reste est encore pire. On dirait que les scénaristes ont fait cette première saison avec deux idées : le virus, qui occupe le premier épisode, et les révélations du dernier épisode. Le reste est plus ou moins meublé par des dialogues plats, des personnages stéréotypés et des situations répétitives ou invraisemblables (affronter un tigre ?).
Le résultat est donc logique : dans le premier épisode il y a des morts à la pelle, dans le dernier il y a toute l’action de la série, et le reste est creux et vide. Rien qui mérite de s’intéresser à ce qui arrive à Pretty Lake.
Synopsis : une épidémie touche une petite ville américaine : toute personne âgée de 22 ans ou plus meurt instantanément. Les survivants tentent de s’organiser alors que la ville est bouclée par l’Armée.
Between : bande Annonce
Between : Fiche Technique
Création : Michael McGowan
Réalisation : Michael McGowan, Jon Cassar
Scénario : Michael McGowan, Blain Watters, Mark Bacci, Malcolm MacRury, Peter Mitchell, Ellen Vanstone
Interprétation : Jesse Carere (Adam), Ryan Allen (Gord), Justin Kelly (Chuck), Kyle Mac (Ronnie), Jack Murray (Mark), Brooke Palsson (Melissa)
Photographie : Brendan Steacy
Décors : Marion Pon
Montage : Roderick Deogrades , Michelle Szemberg
Production : Don Carmody, David Cormican, Michael McGowan, Naveen Prasad, Jonathan Walker
Sociétés de production : Don Carmody Television, Elevation Pictures, Mulmur Feed Company
Distribution : Netflix
Budget :NR
Genre : fantastique, suspens, drame
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 6
Durée d’un épisode : 42’
Petit manuel du cinéma subversif, l’article LeMagduCiné interdit aux – 16ans.
A la sortie de son premier long-métrage, Element of Crime en 1984, Lars Von Trier déclare :
« J’espère de tout cœur que le film sera vu comme immoral. […] Je ne tiens pas à contenter les gens, je veux qu’ils prennent position. »
Ils sont toute une caste de cinéastes à fricoter avec l’immoralité, tutoyer l’impudence et flirter avec le scandale ; à se servir de la pellicule comme d’un outil anti-propagandiste nihiliste vecteur de dialogue. Il y a ceux qui s’emparent d’un fait d’actualité, enrichissent ou relancent la polémique, et ceux qui entendent rétablir une vérité bafouée ; l’exercice pour le spectateur étant de bien distinguer les deux visées artistiques, puisque c’est bien d’art, à l’initiale, dont il est question (ci-contre : le Vagin de la Reine – Anish Kapoor).
Le cinéma subversif remet en cause l’ordre établi à coups d’humour noir et de satire, attaque son modèle économique et social ou son mode de pensée. Il provoque et franchit les interdits, prend à bras le corps les questions de société avec un regard souvent corrosif, ou dépeint le désespoir de toute une génération. De M le Maudit sur la schizophrénie et le discernement pénal, à Welcome to New York, portrait au vitriol et reflet assassin de la descente aux enfers de DSK ; politique, religion, drogue, sexe ou crime, aucun sujet ne semble lui échapper.
Le cinéma subversif déballe sans pudeur les tabous, les affaires clivantes et se nourrit de la contestation ; va au delà des conventions pour bouleverser les convictions. Il ouvre le débat d’idées, divise et toujours passionne. En bien ou en mal, il joue son rôle d’esprit critique et éveille les consciences. Si ses détracteurs sont parfois légitimes, il n’en reste pas moins que le cinéma subversif répond trait pour trait à la liberté d’expression, s’applique à faire réagir, laissant toujours le spectateur se forger sa propre opinion. Il représente enfin le désir de l’inconscient ou la recherche de la vérité toujours plus pressante chez le public.
L’émotion subversive fait partie de nous. Elle est ancrée au plus profond, mêlée à l’extrême complexité des sentiments humains. Elle est le petit diable qui toque sur l’épaule avec un sourire insidieux, rappelant que oui, de la quête d’un équilibre de vie aux idées noires, l’homme à tout de même un penchant pour la transgression, puisqu’en en se questionnant sur ce qui l’entoure, il se questionne finalement sur lui-même.
LeMagduCiné dresse une liste de films qui pour différentes raisons, ont fait débat à leurs sorties dans les salles.
Bad Lieutenant de Abel Ferrara avec Harvey Keitel, Frankie Thorn, Victor Argo
Synopsis : Un flic de New York, pourri et dépravé, accumule les dettes et les ennuis pour cause d’addictions aux drogues, à l’alcool et aux jeux d’argent. Lorsqu’une nonne est violée par deux hommes dans une église, une récompense est offerte pour la tête des deux criminels. Voulant payer les charges qui mettent en danger sa propre vie, le Lieutenant décide de mener son enquête et trouvera ainsi sa rédemption. Mais la descente aux enfers sera abyssale…
L’ordre moral incarné par la police et l’être torturé sont deux idées en perpétuelles oppositions dans le personnage du mauvais lieutenant. L’aspect subversif du film tient aussi à de nombreuses références au sacrifice christique et à la mysticité, souvent lamentable et douloureuse. Le scénario a été co-écrit par Zoë Lund, morte d’une overdose en 1999 et qui incarne la maîtresse de l’anti-héros. Harvey Keitel s’est totalement investi dans son rôle. Son interprétation traduit son attachement infini au personnage. Les prises de drogues auraient été réelles. Sa propre fille et sa compagne d’alors incarnent respectivement l’un des enfants du lieutenant et une infirmière. Abel Ferrera a commenté : « Ce film est un voyage sans répit dans les ténèbres. Vous pensez pouvoir rivaliser avec sa noirceur ? La sienne dépasse tout ». Martin Scorsese : « Le rôle dans Bad Lieutenant représente pour Harvey Keitel ce qu’il a cherché toute sa vie. […] C’est un film exceptionnel, extraordinaire, même s’il n’est pas au goût de tout le monde… […] C’est également un film pour lequel j’ai la plus grande admiration. On y voit comment la ville peut réduire quelqu’un à néant et comment, en touchant le fond, on peut atteindre la grâce. »
Bad Lieutenant laisse un spectateur à bout de souffle, littéralement assiégé d’une déferlante d’images perturbantes, et marque ainsi son empreinte dans l’histoire du cinéma.
La Grande Bouffe de Marco Ferreri avec Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Michel Piccoli
Synopsis : Marcello, Ugo, Michel et Philippe, tous notables bourgeois, s’enferment tout un week-end à la campagne et orchestrent leurs suicides par sur-nutrition.
https://www.youtube.com/watch?v=4fzLb1_kxs8
Marco Ferreri est réputé pour son cinéma subversif. Le Mari de la Femme à barbe sorti en 1964, à titre d’exemple, avait déjà fait sensation. Les 4 acteurs se fréquentaient en dehors des plateaux et Ferreri qui voulait un film physiologique, leur donna un maximum de liberté. Leurs propositions conduisirent le réalisateur à revoir son scénario, à bouleverser l’ordre des scènes, à en supprimer certaines et en ajouter d’autres ; les dialogues de Francis Blanche sont pratiquement laissés de côté pendant le tournage au profit de l’improvisation.
La Grande Bouffe est présenté en projection officielle au 26ème Festival de Cannes en 1973, aux côtés du long-métrage de Jean Eustache, la Maman et la Putain. Pour l’authenticité du film, Marco Ferreri mise sur l’absence de distanciation ; il créé l’intimité, le huis-clos, avec des personnages qui portent les noms de leurs acteurs. Le cinéaste dresse le miroir pessimiste de la société occidentale des années 70. Absurdité des dialogues, atmosphère pesante, le spectateur sent l’angoisse le prendre à la gorge. La Grande Bouffe est une histoire de sexe, de scatologie et de goinfrerie. Les personnages meurent les uns après les autres, parfois affalés dans leurs excréments.
2hrs plus tard, vécu comme une provocation perverse, le film divise, dérange et inquiète. Les foules se massent devant les salles et s’insurgent ; les critiques et les insultes fusent. Avec La Grande Bouffe, Marco Ferreri touche physiquement le spectateur qui ne s’attendait pas à un tel jusqu’au boutisme.
Orange Mecanique de Stanley Kubrick avec Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates
Synopsis :Alex, sociopathe chef d’un petit gang de voyous, arpente les rues et s’adonne à une violence aveugle. Après son emprisonnement, des psychanalystes l’emploient comme cobaye dans des expériences destinées à maitriser la criminalité…
Orange Mécanique est sans nul doute le film transgressif le plus populaire. Avec des héros sadiques balayant toute tentative de bonté sur leur passage, Stanley Kubrick montre l’obsession des sociétés modernes pour la violence, l’attirance des hommes pour la brutalité. Il dénonce davantage l’environnement que l’individu, se fait la satire du formalisme britannique, des méthodes de répression, du traitement du crime et du système de réinsertion. Souvent mal interprété à sa sortie, les autorités accusèrent directement le film d’incitation à la violence. Stanley Kubrick reçu des lettres de menace et décida de le retirer de la plupart des salles : « Au Royaume-Uni, comme toujours, on s’intéresse davantage aux faits qu’aux idées ».
Il fut interdit d’exploitation en Angleterre jusqu’au décès du cinéaste. Mais Orange Mécanique fascine pourtant toujours.
Requiem for a dream de Darren Aronofsky avec Ellen Burstyn, Jared Leto, Jennifer Connelly
Synopsis : Harry, sa petite amie Marion et son copain Tyron sont toxicomanes. Ensemble, ils s’inventent un paradis artificiel. En quête d’une vie meilleure, le trio se lance dans le trafic de drogue et s’enfonce dans l’angoisse. La mère d’Harry, Sara, souffre d’une autre forme d’addiction, la télévision. Elle nourrit l’espoir de participer un jour à son émission préférée. Afin de satisfaire aux normes esthétiques, elle s’astreint à un régime alimentaire draconien. Un jour, elle le sait, elle passera de l’autre côté de l’écran.
https://www.youtube.com/watch?v=cWqbCASpQCM
Le film pourra être taxé de manichéisme. Il n’en demeure pas moins que son impudeur lors des prises de drogues et des scènes de sexe témoigne de la sincérité de la mise en scène en plus de l’impact certain sur le spectateur. Requiem for a Dream montre que l’addiction ne cible pas une seule tranche de la population mais cause des ravages bien plus grands, au delà des âges et des classes sociales. Plus que le drame personnel, il y a la désespérance familiale. S’il dérange, c’est qu’il semble coller au plus prêt de la réalité de cette jeunesse en perdition.
Interdit aux moins de 17ans aux USA lors de sa sortie, le scénario triture, maltraite ses personnages et emporte le spectateur dans des séquences crues et incorrectes. Lors de ces scènes, pas même une once d’humour noir, la caméra est définitivement pessimiste. Requiem for a Dream est un drame psychologique qui fusille le système éducatif et social et avec eux le régime de santé. Si pour certains il est un film « poubelle » ou une blessure inutile, il est pour d’autres, et d’après un sondage du magazine « Watch and Listen » (mené dans 80 pays et publié le 27 juillet 2015), le meilleur film de tous les temps.
Baise moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi avec Karen Lancaume, Raffaëla Anderson, Céline Beugnot
Synopsis : Nadine aime regarder des films x. Elle se prostitue pour gagner sa vie, aussi par plaisir et insupporte sa colocataire. Un soir, elles en viennent aux mains et Nadine l’étrangle. Manu quant à elle, se fait violée par trois hommes mais n’ira pas porter plainte. De retour chez elle, son frère s’indigne de sa désinvolture à propos de son viol. Les discussions s’enveniment, Manu prend le pistolet de son frère, l’abat, prend ses économies et s’en va. Les deux jeunes femmes se rencontrent près d’une gare. Elles se trouvent un but commun : ne plus subir la vie, prendre la route et vivre à cent à l’heure.
Tourné à l’arrache en DV, avec au casting deux starlettes du X qui mettront à profit leurs talents professionnels sans rien cacher, Baise moi fera l’effet d’une bombe. D’une rage folle, le film tombera vite sous le coup d’une interdiction aux moins de 18 ans, après une très brève exploitation de trois jours. La censure en fera un film culte sans pour autant que l’on sache si ce rang de prestige est justifié.
L’inspecteur Harry, Film de Don Siegel avec Clint Eastwood, Andrew Robinson, John Vernon
Synopsis : Si la police de San Francisco ne remet pas immédiatement 200 000 dollars à un homme qui vient de commettre un crime, il recommencera au rythme d’un assassinat par jour. L’inspecteur Harry Callahan est sur ses talons.
En 1971, Clint Eastwood passe des westerns de Sergio Leone aux polars de Don Siegel. Le réalisateur lui confie le rôle principal. Le héros est un flic violent qui traque un dangereux psychopathe à l’allure hippie. Le film est controversé à sa sortie, descendu par la presse américaine qui le juge macho et raciste. La critique américaine Pauline Kael du New York Notes voit dans le film une « attaque exceptionnellement niaise contre les valeurs libérales », et ajoute « le genre des films d’action a toujours eu un potentiel fasciste et il transparaît dans ce film. »
Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini avec Paolo Bonacelli, Giorgo Cataldi, Umberto P. Quintavalle
Synopsis : En plein contexte de Seconde Guerre Mondiale, 4 notables rédigent un projet macabre et font enlever 9 jeunes garçons et 9 filles des alentours. Le Duc, l’Évêque, le Juge et le Président, entourés de divers servants armés et de prostituées, s’isolent dans un palais des environs de Marzabotto, dans la République de Salò.
https://www.dailymotion.com/video/xf99k5
Le film est construit comme une descente progressive à travers différents cercles de la perversité, comme dans l’œuvre du marquis de Sade. Dans Antinferno (« le vestibule de l’enfer »), le réalisateur plante le décor ; Girone delle manie (« cercle des passions »), étale les premières sévices et des scènes de viol ; Girone della merda (« cercle de la merde »), où les victimes doivent manger ou se baigner dans des excréments ; enfin le dernier Girone del sangue (« cercle du sang »), montre tortures, mutilations, et meurtres.
La caméra adopte un voyeurisme dérangeant, une mise en scène simple et un rendu, de fait, très proche de la réalité. Salò ou les 120 Journées de Sodome, le plus sombre film que le cinéaste ait fait est aussi son dernier, puisque Pasolini fut assassiné quelques mois avant sa sortie en France le 19 mai 1976. Abordant simultanément la question de l’argent comme pouvoir d’après guerre, le fascisme italien, le capitalisme, ou des travers plus sombres encore tels la toute puissance, le corps humain comme marchandise ou la jouissance sadique, Salo ou les 120 journées de Sodome continue de figurer dans le haut du panier des métrages subversifs.
Les dernières scènes particulièrement difficiles à soutenir, vues au travers de jumelles pour installer une distance, n’auront pas suffi à éviter le scandale. Le film fut interdit ou censuré quasiment partout, malgré l’affluence des spectateurs dans les salles. Encore aujourd’hui il reste privé de diffusion à la télévision publique. Il a toutefois été programmé en France sur CinéCinéma Classic à l’occasion d’une intégrale Pasolini ainsi que sur Paris Première.
En février 2007, sa projection tomba sous le coup de l’interdiction à Zurich après des plaintes, mais la censure fut levée quelques jours plus tard suite à la pression des défenseurs de la liberté d’expression. Malgré le thème et les images en plans fixes, Salo reste un film anti-pornographique où le sexe n’a autre but que de meubler l’idée d’un monde perturbé.
Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato avec Robert Kerman, Francesca Ciardi, Perry Pirkanen
Synopsis : Une mission de secours est envoyée en Amazonie pour retrouver des journalistes disparus. L’équipe met la main sur les cassettes qui renferment le terrible secret de leurs disparitions.
Le film est saisi par un magistrat italien dès sa première en Italie, Ruggero Deodato est arrêté pour délit d’obscénité. Il est également visé par des rumeurs qui laissent penser que des meurtres ont été perpétrés pour les besoins du tournage. Le réalisateur est contraint de se présenter à la télévision avec son équipe pour montrer que les acteurs sont toujours en vie. Cannibal Holocaust a été interdit aux moins de 16 et 18 ans dans 60 pays pour l’extrême violence de ses images sadiques et à caractère pornographique, aussi parce que 6 animaux ont réellement été tués pendant sa réalisation. Malgré sa réputation sulfureuse, Cannibal Holocaust aurait des visées critiques envers la société contemporaine.
La passion du Christ de Mel Gibson avec Jim Caviezel, Christo Jivkov, Monica Bellucci
Synopsis : Jésus prie au Mont des Oliviers après avoir partagé un dernier repas avec ses apôtres. Trahi par Judas, Jésus est arrêté et emmené à Jérusalem, où les chefs Pharisiens l’accusent de blasphème et lui font un procès qui aura pour issue sa condamnation à mort. Il vit ainsi ses douze dernières heures.
https://www.youtube.com/watch?v=_vZ0wy4dKfk
Mel Gibson fait appel au Père William Fulco, expert en culture sémite, pour traduire entièrement son scénario en araméen et en « latin parlé ». Le choix de tourner en langues mortes sans les sous-titres pour un réalisme extrême, a plongé le film dans un désert commercial duquel Mel Gibson n’a pu se sortir qu’avec Newmarket Films, un distributeur indépendant. Certains remarquent que Gibson fait partie d’une branche du Catholicisme qui réfute les décrets émanant du concile Vatican II, symbole de l’ouverture de l’Eglise au monde moderne et à la culture contemporaine. Avant même sa sortie, compte tenu du contexte politico-religieux, le projet fait du bruit. La Anti Defamation League signale que le film pourrait engendrer un vague de réactions antisémites vu la responsabilité que Gibson impute aux Juifs dans la mort de Jésus. Des responsables des communautés religieuses sont invités à visionner le film, mais la polémique continue à prendre de l’ampleur. Pour éviter l’indignation populaire massive, Mel Gibson coupe un passage sur le sang du Christ censé rester sur les mains des Juifs. La violence extrême du film, loin de rebuter les spectateurs, passe pour un signe contestataire fort et attire les curieux.
Marin Karmitz refuse de distribuer le film, Yasser Arafat en aurait dit le plus grand bien, et un pasteur brésilien meurt durant une projection. En touchant à la religion, Mel Gibson entendait bien déchainer les passions.
L’Empire des Sens de Nagisa Ôshima avec Eiko Matsuda, Tatsuya Fuji, Aoi Nakajima
Synopsis :1936, dans les quartiers bourgeois de Tokyo. Kichizo, propriétaire d’une auberge, tombe sous le charme de sa domestique Sada Abe, ancienne prostituée, aimant épier les ébats amoureux de ses maîtres et soulager de temps à autre les vieillards vicieux. Au fil de leur relation, Kichizo a des pulsions sexuelles de plus en plus violentes. Un jour, le drame survient. Il tue une vieille geisha, alors que Sada multiplie de son côté les expériences sexuelles.
L’Empire des sens fut présenté au Festival de Cannes en 1976, lors de la Quinzaine des réalisateurs. Premier film pornographique d’auteur, inspiré d’un fait divers authentique, il fit scandale à sa sortie au Japon et tomba sous le coup de la censure ; scènes coupées et sexes floutés. Le film fut tout de même diffusé dans le monde entier grâce à la coproduction française. La caméra fait le récit d’une passion amoureuse extrême et montre des scènes de sexe décomplexées. La relation dévorante entraîne le couple jusqu’à l’aliénation. Le film de Nagisa Oshima interroge sur la soumission aux sens et la limite entre raison et passion, érotisme et déviance morbide. Malgré quelques ennuis, le film connu un grand succès et restera une oeuvre à part.
Toujours dans la mouvance subversive :
M le Maudit
de Fritz Lang
avec Peter Lorre, Otto Wernicke, Gustaf Gründgens
C’est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde
avec Benoît Poelvoorde, Jacqueline Poelvoorde-Pappaert, Nelly Pappaert
Irréversible de Gaspar Noé
avec Monica Bellucci, Vincent Cassel, Albert Dupontel
This is England de Shane Meadows
avec Thomas Turgoose, Stephen Graham, Jo Hartley
Gummo de Harmony Korine
avec Jacob Sewell, Nick Sutton, Lara Tosh
Seul contre tous de Gaspar Noé
avec Philippe Nahon, Blandine Lenoir, Frankie Pain
Les Valseuses de Bertrand Blier
avec Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Miou-Miou
Funny Games
de Michael Haneke
Avec Susanne Lothar, Ulrich Mühe, Arno Frisch
Les chiens de paille
de Sam Peckinpah
avec Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan
La Haine
de Mathieu Kassovitz
avec Vincent Cassel, Hubert Koundé, Saïd Taghmaoui
Dans quelques jours, sortira sur nos écrans le Petit Prince de Mark Osborne, dont la bande originale est signée par Richard Harvey, Camille Dalmais et Hans Zimmer. L’occasion était trop belle en cette période estivale de blockbusters pour consacrer une tribune à ce dernier, nominé récemment aux oscars 2014 pour la musique d’Interstellar.
Les premières notes d’un artiste autodidacte et passionné
Hans Zimmer est né à Francfort le 12 septembre 1957. Il montre très tôt des aptitudes pour la musique en apprenant le piano en quelques semaines tout en négligeant le solfège. La composition, qui l’a toujours plus attiré que l’interprétation, devient son refuge, sa passion, voire le sens de son existence après la mort de son père. Il entretient toujours aujourd’hui ce rapport très singulier, intime et presque vital avec la musique, n’hésitant pas à affirmer que
« si quelque chose arrivait et que je ne pouvais plus composer, cela me tuerait. Ce n’est pas juste un travail. Ce n’est pas juste un passe-temps. C’est pourquoi je me lève le matin. »
En 1971, Hans Zimmer se rend en Angleterre. Après avoir travaillé pour le studio Air Eidel, il intègre le groupe the Buggles, connu pour son titre à succès « Video Killed the Radio Star ». Au début des années 1980 cependant, il rencontre au Snake Ranch studio son mentor, Stanley Myers, qui l’oriente vers la musique de film. Hans Zimmer l’accompagne sur plusieurs projets (Travail au noir, Castaway, My beautiful Laundrette), avant de se lancer seul sur la bande originale d’un Monde à Part de Chris Menges en 1988. Quelques mois plus tard, Barry Levinson l’engage pour Rain Man, ce qui ouvre à Hans Zimmer les portes d’Hollywood en lui offrant sa première nomination aux oscars.
La consécration d’un compositeur surdoué et prolifique
Depuis son arrivée à Hollywood, Hans Zimmer est devenu l’un des plus célèbres et talentueux compositeurs de ces dernières décennies dans le monde du cinéma. Auteur de plus de cent trente bandes originales, l’artiste a touché à tous les genres, de l’animation, à la comédie, au drame, au thriller, au film historique, de guerre, d’action et de science-fiction. Son oeuvre magistrale sur le Roi Lion, racontant le passage à l’âge adulte d’un jeune lion destiné à devenir roi, lui rapporte en 1995 l’oscar de la meilleure musique et s’est vendue en des millions d’exemplaires. Ceci marque le début de sa prodigieuse ascension aux Etats-Unis. Hans Zimmer poursuivra son travail sur les films d’animation avec Prince d’Egypte, Madagascar et Kung Fu Panda.
Moins connue, sa musique pour la Ligne Rouge de Terrence Malick, nominée aux oscars, reste aujourd’hui une de ses plus longues et plus belles compositions symphoniques. Le film met en scène une bataille d’une rare intensité opposant les Américains et les Japonais sur une île paradisiaque du Pacifique, lors de la seconde guerre mondiale. Le thème principal de la Ligne Rouge fait en outre écho à celui choisi pour 12 years a slave de S. McQueen II, d’ailleurs repris pour le trailer officiel de ce drame poignant sur l’esclavage, meilleur film aux oscars 2014. Hans Zimmer composera également, en suite de Man of Steel, la bande originale de Batman vs Superman : l’aube de la justice, attendu pour 2016.
L’œuvre d’un créateur fidèle et précurseur
Pendant ses trente années de carrière, Hans Zimmer a eu l’occasion de travailler avec de prestigieux réalisateurs américains. Il s’est toutefois particulièrement attaché à certains d’entre eux auxquels il est demeuré dévoué. Dans les années 1990 jusqu’au début des années 2000, il s’associe étroitement à Tony et Ridley Scott, composant pour eux les bandes originales de True Romance, USS Alabama, Thelma et Louise, celle de Gladiator sublimée par la voix de Lisa Gerrard, de la Chute du Faucon noir et Hannibal.
Aujourd’hui, le talentueux compositeur travaille principalement avec trois réalisateurs. Ron Howard tout d’abord, avec lequel il a collaboré sur Da Vinci Code et Anges et Démons, adaptations des romans de Dan Brown, et dernièrement Rush, sur la rivalité entre deux champions de F1, Niki Lauda et James Hunt. Gore Verbinsky ensuite dans Pirates des Caraibes et les westerns décalés Rango et Lone Ranger. Christopher Nolan enfin, pour lequel il s’est chargé de la trilogie Batman, d’Inception en plus d’Interstellar.
A travers l’ensemble de son œuvre, l’artiste démontre son désir d’expérimentation en associant des instruments classiques, modernes et électroniques, d’où le nom du style « synthético-orchestral » qu’on lui attribue parfois. Son inventivité le conduit aussi à se réapproprier des chansons ou des morceaux, par exemple « la vie en Rose » d’Edith Piaf dont la musique d’Inception est une constante déclinaison, ou encore l’ouverture de William Tell de Rossini dans la séquence d’action finale de Lone Ranger. Il n’hésite pas non plus à utiliser de nouveaux instruments, notamment l’orgue d’Interstellar au son de cathédrale dont les notes résonnent encore dans les oreilles. Ceci n’implique pas pour autant qu’Hans Zimmer ne soit pas influencé comme tout créateur par d’autres musiciens, en particulier Ennio Morricone qui reste son compositeur favori.
Le quotidien d’un homme débordé : entre solitude et partage
Très sollicité, Hans Zimmer passe des heures à composer seul dans son immense studio privé, richement meublé et décoré. Des canapés et des fauteuils rouges, une bibliothèque, un bar, un piano, des enceintes, des ordinateurs, des tables en bois, des cranes remplissent la salle dans laquelle le génie puise son inspiration.
S’il crée toujours seul, sauf quand il travaille avec un autre compositeur, comme ce fut le cas pour The Dark Knight avec James Newton Howard, Hans Zimmer est bien loin d’être isolé. Producteur musical, récemment pour Divergente et Terminator Genisys, il apporte son soutien à d’autres musiciens. D’autre part, grâce à sa société fondée avec Jay Rifkin, Media Ventures, qu’il a ensuite quitté pour créer sa propre maison de production, Remote Control Productions, il donne l’occasion à de jeunes artistes, venus comme lui d’autres Etats, de se faire connaitre. Harry Gregson-Williams, le compositeur d’Armageddon, du Monde de Narnia, de Hacker, et Klaus Badelt auteur des musiques de the Pledge et Rescue Dawn, ont par exemple pendant un temps fait partie de l’équipe de Media Ventures.
L’an dernier, le compositeur allemand s’est également lancé dans une série de concerts, intitulés « Hans Zimmer revealed », où sont jouées en direct pour un public privilégié ses plus belles partitions. L’étoile Hans Zimmer, incrustée dans le sol d’Hollywood Boulevard, brille de mille feux et n’est pas prête de s’éteindre.
Si la comédie New-Yorkaise est un genre à part entière, Woody Allen en est le maître incontestable, et Noah Baumbach le (plus tout) jeune disciple (45 ans), la filiation était flagrante sur son dernier métrage Frances Ha, et le cinéaste signait un des meilleurs films de l’année 2012 avec l’incandescente Greta Gerwig, sous des airs jazzy en black & white où le mythique Manhattan (1979) trouvait son alter ego version XXIème siècle. Mais le nom de Baumbach revient également souvent aux côtés du réalisateur texan Wes Anderson, puisqu’il était co scénariste de La vie aquatique et de Fantastic Mr Fox, autant dire que le réalisateur a beaucoup pour plaire, et que certaines attentes pesaient sur son dernier film.
En réunissant dans While we’re young la rarement décevante Naomi Watts et le désopilant Ben Stiller (seconde collaboration après Greenberg) accompagnés par le très en vogue Adam Driver (déjà présent dans Frances Ha et à l’affiche du prochain Star Wars) Baumbach réussit son casting pour camper son couple quadragénaire en quête d’oxygène (Josh et Cornelia) et le jeune documentariste branché, décomplexé, et ambitieux (Jamie). De la collision de ses deux mondes née l’intrigue du long métrage, Josh, lui aussi documentariste, mais dont le dernier projet s’éternise depuis une décennie faute d’idées et de deniers; un projet ambitieux, un portrait de l’Amérique avec un grand A, un A de l’amertume surtout pour ce quarantenaire qui n’a pas su confirmer son premier succès, et pour qui l’absence de reconnaissance le gangrène lentement. Une frustration qui n’est que renforcée par l’éclatante carrière du beau père, glorieuse légende du documentaire militant. Mais lorsqu’un fan de la première heure le rencontre dans une des ses classes laborieuses qu’il donne, où les sièges sont à moitié vides et le Powerpoint en panne, Josh à vite fait de projeter ses espoirs de jeunesse, qui se sont perdus en route, sur ce jeune homme enthousiaste et excentrique. Il apprivoise rapidement son mode de vie, un peu vintage, un peu hipster, où les vinyles tapissent les murs et les poules font office de chien. Convertissant par ailleurs sa femme avec laquelle il n’a pas pu avoir d’enfant et dont leurs vœux de mariage s’essoufflent, érodés par une routine qui s’installe et une vie commune qui se désillusionne. Persuadé de pouvoir sortir de sa crise professionnelle et maritale Josh plonge dans ce milieu avec son paradigme désuet, un poil romantique, où le « out » est « in ».
Mais le couple se perd encore plus, ou du moins s’aveugle dans cette marche arrière temporelle, bercés par des réminiscences de ce qu’ils voulaient être, ils s’éloignent de ce qu’ils sont et c’est sans doute ici que le film marche le mieux: sur cette fausse apologie du jeunisme. Pour le reste Baumbach tente de nous dire des choses, beaucoup trop d’ailleurs. While we’re young démarre lentement, entre constat facile d’une société stérile et portrait du couple asphyxié par sa monotonie, un scénario un peu décousu, lumière filtrée déjà vu, et mouvements de caméra superflus, Baumbach s’emmêle un peu dans les codes d’un cinéma indépendant très convenu. While we’re young joue la carte de l’humour sans grande réussite et défend de façon trop acharnée une morale professionnelle qui n’intéresse que peu et une politique de l’enfant salvateur agaçante. Finalement le film se perd dans toutes ses intentions, d’amuser, d’avertir, de séduire, de convertir… Si bien que l’on n’en ressent aucune. Triste constat d’un film qui déçoit la plupart du temps, et à l’image d’un scénario peu lisible et d’une bande originale inadaptée, Baumbach n’emmène pas le spectateur comme il avait pu le faire auparavant. Pourtant les acteurs sont bons et les dialogues tout autant mais cela suffit tout juste à faire sortir la tête de l’eau à un film qui s’épand trop souvent sur du détail, voulant absolument faire mouche à chaque réplique, à chaque scène trop fardée, à chaque pique contre l’invasion des smartphones… Dommage.
Josh et Cornelia Srebnick, la quarantaine, sont mariés, ils n’ont pas réussi à avoir d’enfants mais s’en accommodent. Alors que Josh s’acharne sur le montage de son nouveau documentaire, il devient évident que l’inspiration n’est pas au rendez-vous. Il lui manque quelque chose… La rencontre de Jamie et Darby, un jeune couple aussi libre que spontané, apporte à Josh ouvre une porte vers le passé et la jeunesse qu’il aurait aimé avoir. Cette relation entre deux couples ayant vingt ans d’écart peut-elle apporter un autre souffle ?
While we’re young >> Bande-annonce
While we’re young : Fiche technique
Réalisateur: Noah Baumbach
Scénario: Noah Baumbach
Interprétation: Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried, Charles Bodin
Producteurs: Noah Baumbach, Scott Rudin, Lila Yacoub, Eli Bush
Musique: James Murphy
Photographie: Sam Levy
Décors: Adam Stockhausen
Distribution: Mars Distriubtion
Production: Scott Rudin Productions
Genre: Comédie dramatique
Durée: 1h37
Port-au-Prince, dimanche 4 janvier est l’adaptation du roman Bicentenaire de l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot, écrit peu après les événements sanglants qui avaient conduit à la chute du président Haïtien. Le film et le roman sont structurés autour de trois enjeux :
– La tragédie : Le héros qui se prépare pour la manifestation est un véritable héros de tragédie. L’histoire respecte les unités de temps (tout se passe en une journée), de lieu (on ne sort jamais de Port-au-Prince) et d’action (le héros part de chez lui pour se rendre à la manifestation). Surtout, elle met en scène deux personnages principaux aux buts radicalement contraires : Lucien est un des leaders du mouvement étudiant, force de progrès d’un Haïti qui souhaite aller de l’avant, tandis que Little Joe est un adolescent à la dérive, qui ne respecte que la loi du plus fort et de l’argent facile. Chacun va se retrouver d’un côté de la barrière et la confrontation ne pourra avoir que de terribles conséquences.
– Le portrait d’Haïti : comme Aujourd’hui, le film d’Alain Gomis où un Saul Williams qui se savait mourant rendait visite à ses amis pour sa dernière journée, Port-au-Prince, dimanche 4 janvier est autant le portrait d’un homme que celui d’une ville. Sur son chemin, Lucien va rencontrer plusieurs personnages emblématiques : son petit-frère est le jeune désœuvré qui s’est engagé auprès des chimères, faute de mieux ; sa mère, ancienne paysanne, est la voix de la sagesse terrestre du pays ; l’épicier est nostalgique d’un Haïti heureux où l’on pouvait aller danser au son des orchestres locaux ; le docteur représente les classes supérieures du pays, compatissantes en apparence mais en réalité surtout préoccupées à garder leur statut.
– Le titre original du roman : Bicentenaire renvoie à la célébration de l’indépendance d’Haïti. Si le thème n’est pas directement traité, on comprend que la lutte des étudiants demandant une vraie démocratie est parent de l’esprit de révolte des fondateurs du pays. La répression qu’elle subit est aussi la preuve qu’Haïti a tourné le dos à ses idéaux, pour devenir un lieu où le rêve cède sa place à la tragédie.
Le récit est donc très ambitieux : à la fois métaphorique et très concret, à la fois portrait d’un pays et itinéraire de deux personnages voués à se détruire. Mais le résultat est-il à la hauteur ?
A l’impossible nul n’est tenu
Lors de la présentation du film au cinéma Le Grand Action, le producteur du film a félicité le réalisateur François Marthouret pour avoir réussi à mener à bien ce projet cinématographique malgré un budget qui en aurait poussé plus d’un à abandonner. Ce n’est pas un bon signal. Si bien sûr des chefs d’œuvre ont été tournés dans des conditions économiques minimales, le fait d’avoir réussi à terminer un film ne peut jamais être quelque chose de suffisant.
Malheureusement Port-au-Prince, dimanche 4 janvier, est un film qui n’a pas les moyens de ses ambitions. Si l’histoire du tournage doit être proprement passionnante, d’autant plus que la majeure partie des scènes a été tournée en Haïti même, le résultat à l’écran est assez décevant.
Premier défaut : en 01h20, le film n’a pas le temps de donner de présence à ses personnages. Résultat, le film priorise assez étrangement lesquels seront développés. S’il est logique que les deux frères soient mis en avant, on ne comprend pas très bien pourquoi l’épicier et sa femme possèdent leur intrigue, alors que la petite amie du héros ou la journaliste française qui suit le mouvement sont proches de la figuration.
Deuxième et plus grave défaut : le film est techniquement décevant et assez mal interprété. Si les scènes où Lucien se déplace dans Port-au-Prince sont très intéressantes, car on y sent la vie de la ville, la mise en scène ne suit pas quand il s’agit de raconter quelque chose. Certains mouvements d’image sont saccadés, la lumière n’est pas très belle, les plans peu inventifs. Surtout, les acteurs ont un jeu assez particulier. L’équipe du film a pris le parti tout à fait louable de former des acteurs sur place. Si les deux acteurs principaux s’en tirent assez bien, les autres ont un jeu peu naturel et théâtral. Alors que le film vise à un certain réalisme, chaque réplique met à distance le spectateur, tellement elles sonnent faux.
Enfin, troisième défaut : le film ne rend pas honneur à l’ambition littéraire du texte. Si l’intrigue semble respectée, le roman étant assez court pour pouvoir être adapté en entier, le style lui est forcément différent. Lyonel Trouillot est un auteur très littéraire : il utilise une langue poétique, ou, pour mieux le dire puisqu’il refuse ce qualificatif, « un style spiralique et baroque ». Le film rend assez peu hommage à la voix de l’auteur, sauf dans le personnage de la mère, qui par son jeu de tragédienne à la Sarah Bernhardt et par son texte mi-prophétique, mi-imprécateur, est assez décalé par rapport à la tonalité du film. Il s’agit certainement des conséquences du budget, mais là où le texte semble être très ambitieux dans son rapport à la langue, le film tente d’en faire le minimum, d’assurer la compréhension de l’histoire, le réduisant à un simple témoignage sans personnalité.
L’intention est bonne, le film moins
Il y a au départ de Port-au-Prince, dimanche 4 janvier une intention très noble : adapter un grand auteur contemporain, mettre l’éclairage sur un pays dont on ne parle pas assez, raconter une tragédie personnelle au milieu d’un drame collectif. Malheureusement le film manque trop d’argent et possiblement aussi de talent pour convaincre : intrigue squelettique et pas très bien rythmée, jeu d’acteur déconcertant, image hésitante. Un tout petit film donc que l’on ira voir plus pour ce qu’il aurait pu être que pour ce qu’il est.
Synopsis : Lucien Saint-Hilaire, étudiant en droit et en philosophie, a l’avenir devant lui. Vivant en Haïti, à Port-au-Prince, il vient de recevoir une bourse pour partir étudier en France. Son petit-frère, « Little Joe » est quant à lui en train de mal tourner et a rejoint les chimères, ces milices sanglantes au service du pouvoir. Nous sommes le dimanche 4 janvier 2004, les étudiants s’apprêtent à défiler contre Jean-Bertrand Aristide, et la tragédie est au coin de la rue.
Port-au-Prince, Dimanche 4 janvier >> Bande annonce
Port-au-Prince, Dimanche 4 janvier : Fiche technique
Date de sortie : 29 juillet 2015
Nationalité : France
Réalisation : François Marthouret
Scénario : Sylvain Bursztejn, Marc Guilbert, Peter Kassovitz, François Marthouret, d’après le roman de Lyonel Trouillot
Interprétation : Emmanuel Vilsaint, James Star Pierre, Daniel Marcelin
Musique : Pascal Contet
Photographie : Gilles Porte
Décors : Sylvie Fennec
Montage : Margot Meynier
Production : Sylvain Bursztejn, Serge Guez, Peter Kassovitz, Richard Mayoute
Sociétés de production : Crescendo films
Sociétés de distribution : Sophie Dulac Distribution
Budget : NR
Genre : Drame historique
Durée : 01h20
Récompense(s) : aucune pour l’instant.
Marco est un jeune trentenaire parisien, un photographe de guerre fatigué de faire des reportages mortifères, et fatigué par des crises de panique qui l’habitent depuis tout jeune. Il s’exile en Dordogne avec son chat Adolf, dont le mauvais caractère lui a valu son surnom ; un surnom qui pourrait faire penser à une nature primesautière du protagoniste. Pourtant, Marco est taciturne et assez ombrageux, et il est difficile à cerner. Sa névrose est en léger décalage avec son entourage : parents classiques et vieillissants, mais aimants, frère complice dans une relation bon enfant, une facilité relative à nouer une relation amoureuse, un job qu’il aimait jusque là… L’idée est de montrer comment il comble ce décalage au travers d’un combat quotidien pour vaincre ses démons et se rapprocher d’une certaine forme de sérénité, mais un problème de mise en scène et de rythme fait que l’objectif du réalisateur n’est pas forcément atteint.
Le film est pourtant très fidèle à la bande dessinée dont il est l’adaptation (ou roman graphique, comme on a tendance à sous-catégoriser l’œuvre de Manu Larcenet et de quelques autres auteurs ces temps-ci), aussi bien dans les cadrages que dans les dialogues que l’on retrouve mot pour mot dans la série. Œuvre phare de Manu Larcenet, pour laquelle il a reçu un prix à Angoulême, la série Le combat ordinaire, évidemment moins elliptique que le film, fonctionne beaucoup mieux, la progression est plus naturelle dans le récit. Ici, le foisonnement des thèmes abordés, les mêmes que dans la série, éparpille le film, et rien n’arrive jamais vraiment à émouvoir. Sur une durée de 100 minutes, il sera question de la filiation, de la famille en général, de l’amour, de la psychanalyse, de la guerre d’Algérie, de la maladie, du Front National, du chômage, de tout ce qui fait la vie de Marco : des vignettes qui font d’une BD une BD, mais qui ne font pas un film pouvant attirer pleinement l’attention de son spectateur.
Le casting du Combat ordinaire est composé de très bons acteurs : Liliane Rovère et Olivier Perrier dans le rôle des parents de Marco, des visages fatigués par la vie, mais une verve qui reste intacte ; André Wilms dans celui du vieux voisin au passé mystérieux ; Maud Wyler en petite amie compréhensive, discrète mais disponible ; et Nicolas Duvauchelle lui-même, en écorché vif, qui s’illumine de temps en temps en présence des gens qu’il aime…Mais le choix d’avoir gardé les dialogues, que Laurent Tuel a trouvé « parfaits », des dialogues courts faits pour les cases d’une BD, donne l’impression qu’il manque quelque chose à leur jeu qui, du coup, sonne un peu faux. Ce qui est percutant à la lecture devient vaguement sentencieux à l’écran.
Filmé en numérique, caméra à l’épaule par le chef opérateur Thomas Bataille, Le combat ordinaire offre quelques plans larges intéressants de Lorient et de la Dordogne, et quelques belles et chaleureuses scènes d’intérieur avec Emily (lumineuse Maud Wyler), la vétérinaire qu’il rencontre grâce à Adolf son chat; mais dans l’ensemble, l’image est assez plate et monotone, en plus d’être inutilement saccadée. Laurent Tuel rajoute quelques effets de style (scènes en noir et blanc qui correspondent aux pages sépia de la série, effets de zoom,…) qui l’éloignent du réalisme du roman graphique de Larcenet, et du côté ordinaire du combat de Marco…
L’adaptation d’un roman graphique ou d’une BD traditionnelle est une entreprise hasardeuse, l’imaginaire du lecteur étant déjà borné par les illustrations du livre. Le choix qui reste au réalisateur est réduit : déconstruire au risque de décevoir les afficionados de l’œuvre originale, ou reproduire à l’identique, au risque d’obtenir un produit bâtard, plus tout à la fait la BD, et pas tout à fait un film. C’est ce qui arrive malheureusement dans le film de Laurent Tuel.
Synopsis : « Le combat ordinaire » c’est le combat de Marco, jeune trentenaire, un brin bourru, mais animé de bonnes intentions et qui, à partir de petites choses, de belles rencontres, d’instants précieux, souvent tendres, parfois troublants, va se reconstruire et vaincre ses vieux démons…
Le combat ordinaire – Bande annonce
Le combat ordinaire : Fiche technique
Titre original : –
Date de sortie : 15 Juillet 2015
Réalisateur : Laurent Tuel
Nationalité : France
Genre : Drame
Année : 2014
Durée : 100 min.
Scénario : Laurent Tuel, d’après l’œuvre de Manu Larcenet
Interprétation : Nicolas Duvauchelle (Marco), Maud Wyler (Emily), Jeremy Azencott (Gilles), Olivier Perrier (Père de Marco), Liliane Rovère (Mère de Marco), André Wilms (Moret), Ludovic Berthillot (Bastounet)
Musique : Alexandre « Cascadeur » Longo
Photographie : Thoma Bataille
Montage : Stéphanie Pélissier
Producteur : Philippe Boeffard, Christophe Rossignon
Maisons de production : Nord-Ouest Productions
Distribution (France) : Haut et Court
Récompenses : –
Budget : NR
Après avoir créé deux des séries réputées comme les plus badass de ces dernières années (The Shield et Sons of Anarchy), Kurt Sutter réussit enfin à faire transformer un de ses scénarios de long-métrage en une superproduction, ses précédentes tentatives n’ayant abouti qu’à des séries Z dérisoires. Réalisé et coproduit par Antoine Fuqua, lui-même ancien boxeur, La rage au ventre profite également de la présence d’acteurs qui ont le vent en poupe, à commencer par un Jake Gyllenhaal qui, depuis son précédent rôle dans Night Call, a suivi un entrainement qui a complètement transformé sa morphologie (ce genre de transformation qu’apprécie l’Académie des Oscars). Même si ses derniers films (La Chute de la Maison Blanche et The Equalizer) ont terriblement décrédibilisé Fuqua auprès des cinéphiles, son talent pour filmer les scènes d’action qui l’a rendu célèbre redevient évident dès la scène d’ouverture, un match de boxe superbement filmé grâce à un découpage immersif et un montage ultra-fluide qui en font un pur moment de plaisir.
Mais, une fois passé cette montée d’adrénaline, le film prend l’allure d’un drame familial convenu agrémenté du schéma classique de la déchéance de la star suivie de sa quête de rédemption qui elle-même ira s’achever dans un combat final (et n’allez pas croire qu’il s’agit d’un quelconque spoil, la bande-annonce en dit beaucoup plus !). Dès lors, et malgré l’émotion que les acteurs et la mise en scène donnent aux scènes mélodramatiques, aux fulgurances de jeu de Gyllenhaal et au sex-appeal dont fait preuve Rachel McAdams, le scénario est tellement téléphoné que les personnages secondaires, et en particulier ceux de Forest Whitaker et Curtis Jackson, en sont réduit à des caricatures que le talent de leurs interprètes ne parviendront jamais à rendre intéressants, mais aussi que les enjeux et leurs résolutions en deviennent si prévisibles, à force d’avoir déjà vus mille fois, ne serait-ce que dans les premiers Rocky, Fighter et Million Dollar Baby, qu’ils sont émotionnellement caducs. Ce triste constat ne serait pas aussi flagrant si, contrairement à ces exemples, la narration ne s’était pas concentré sur son personnage principal, mais en limitant son point de vue au classique « dur à cuire qui ne sais pas se défendre face à l’insurmontable », le film n’offre rien de nouveau à son sujet.
Bien sûr, le combat final est lui aussi filmé avec une virtuosité exemplaire mais pour peu l’on ait compris à quoi on a à faire, l’admiration et le suspense ont déjà laissés place à une attente lascive de l’inévitable happy-end. Si une chose doit être retenu de cette séance ciné, c’est indubitablement que Sutter devrait se contenter du format série qu’il maîtrise parfaitement et dans lequel il se permet de sortir des sentiers battus pour offrir un peu de ce politiquement incorrect que l’on aime tant plutôt que signer de tels scénarios de long-métrages qui peuvent être condensés en moins de deux minutes (et là encore, la bande annonce en est la meilleure preuve*). Seule la chanson composée pour l’occasion par Eminem (longtemps pressenti pour incarner Billy Hope) fait retrouver à cette conclusion larmoyante le panache dont le déroulement du film a fini par nous priver.
En résumé, ceux qui ne verront dans La rage au ventre que la prestation de son acteur principal et la qualité avec laquelle sont filmées les deux scènes de boxe jugeront le film brillant, mais pour quiconque espère y trouver une histoire novatrice sur l’univers de la boxe professionnelle ou un drame familial bouleversant, ils n’y trouveront qu’un énième film qui sent le réchauffé. On pourra aussi être de mauvaise foi et prétendre que Fuqua réussit à transcender le classicisme de son scénario, mais on ne peut s’empêcher de regretter qu’il ne travaille plus sur des scripts aussi élaborés que celui de Training Day !
*Vous l’aurez compris, il vous ait fortement déconseillé de voir la bande-annonce avant le film, tant elle se suffit à elle-même.
Synopsis : Le champion du monde de boxe poids moyen, Billy Hope vit la belle vie, aux côtés de sa fille et d’une superbe épouse. A la mort de celle-ci, son monde s’écroule, jusqu’à perdre sa maison et sa fortune. Pire, la garde de sa fille lui est retirée, la justice estimant son comportement incompatible avec son rôle de père. Au plus bas, il trouve une aide précieuse en la personne de Tick Willis, un ancien boxeur avec lequel il reprend l’entrainement. Billy va devoir se battre pour trouver la voie de la rédemption et regagner ainsi la garde de sa fille.
La Rage Au Ventre – Bande annonce (Vostfr)
La rage au ventre : Fiche technique
Titre original : Southpaw
Réalisation : Antoine Fuqua
Scénario : Kurt Sutter
Interprétation : Jake Gyllenhaal, Forest Whitaker, Rachel McAdams, Oona Laurence, Naomie Harris, Curtis ’50 Cent’ Jackson, Miguel Gomez…
Musique : James Horner
Photographie : Mauro Fiore
Décors : Merissa Lombardo
Montage : John Refoua
Production : Todd Black, Jason Blumenthal, Fuqua, Alan Riche, Peter Riche, Steve Tisch
Sociétés de production : Escape Artists, Fuqua Films, Riche-Ludwig Productions
Sociétés de distribution : SND Genre : Drame/Action
Durée : 123 minutes
Date de sortie : 22 juillet 2015
Les premières photos du tournage et le casting de Brain on Fire avec Chloë Moretz :
La jeune Chloë Grace Moretz (Kick Ass 1 et 2, Carrie) vient de commencer le tournage du prochain film de Gerard Barrett (Glassland), Brain on Fire, et déjà, les premières photos nous arrivent de Vancouver, le lieu du tournage.
Dans ce film tiré de l’histoire vraie que Susannah Cahalan raconte dans son roman Brain oo Fire : My Month of Madness, l’actrice interprétera Susannah, une jeune femme atteinte d’un mal mystérieux. Cette terrifiante maladie lui provoquera des hallucinations visuelles et auditives qui la rendront peu à peu psychotique et paranoïaque. Une descente aux enfers ponctuée d’épisodes violents, de pertes de mémoire et d’un séjour à l’hôpital qui détruiront sa vie amoureuse et sa carrière de journaliste.
Aux côtés de la jeune Moretz, nous retrouverons Tyler Perry (Gone Girl, réalisateur et acteur de The Madea Christmas) qui joue le patron de Susannah Cahalan au New York Post.
Jenny Slate (Une Semaine Ordinaire, Obvious Child), Richard Armitage (Le Hobbit saga, Captain America), Thomas Mann (The Stanford Prison Experiment) et Carrie-Anne Moss (Matrix saga, Pompéi, Crossing Lines) complètent un casting de luxe pour Brain on Fire, second film du réalisateur G. Barrett. Carri-Anne Moss et Richard Armitage interpréteront les parents de Susannah : Rhona Nack et Tom Cahalan.
Broad Green Pictures et la société de production de Charlize Theron, Denver & Delilah ainsi que la Foundation Features financent Brain on Fire qui sera distribué par Broad Green aux USA et Mister Smith en international pour une sortie en 2016.
Si tout n’est pas à jeter, il n’est pas nécessaire de l’acheter !
Entre roses « framboise » et vert « anis » -d’un décorum dont on ignore s’il est à prendre au second degré- un casting de rêve où Violette (Virginie Efira) une jeune mère de famille sans le sou mais bien balancée se voit proposer par Paul André (Benoit Poelvoorde) -quadra bien né comme son prénom ne l’indique pas ( !) un marché de dupe : Il est riche, seul, dépressif et projette d’éponger les dettes de notre belle prolétaire. En contrepartie, elle accepte de l’héberger sous contrat, le temps qu’il découvre les joies et les affres de la sacra sainte famille, de ses piqueniques dominicaux sans oublier la fratrie… ce que les gosses de riches (c’est bien connu…) ne peuvent pas connaitre, les pauvres !.
Et ce n’est pas le pâle valet (François Morel) faire valoir comme il se doit, d’un scénario sans aspérité mais académique certes, qui pourra en moins de dix apparitions nous attendrir. Bémol sur les mômes plus « vrai-semblants » que nature !
La recherche de l’archétype se meut progressivement en fadaises à l’image des sculptures de légumes néanmoins assez réussies, il faut le dire, que réalise notre héroïne. Le mythe de Cendrillon a de beaux jours devant lui…
Entre poncifs et calembours avortés, Jean Pierre Améris, bien trop intelligent achoppe sur l’épineux genre comique pour ne livrer qu’une comédie piètrement sentimentale qui n’a d’humaine que quelques judicieux points de montage, des plans serrés et travelling de qualité, quelques respirations musicales vintages ou les tocs surjoués de ses protagonistes sans oublier le lapin qui apparaît curieusement en amorce et auquel nous décerneront une mention spéciale, Nac assez représentatif du tout… En effet, Il eut été trop simple de choisir un chat et bien trop audacieux de choisir un hérisson.
Synopsis: Paul-André est un homme timide et plutôt introverti. Riche mais seul, il s’ennuie profondément et finit par conclure que ce dont il a besoin, c’est d’une famille. Violette, jeune femme pleine de peps, est menacée d’expulsion et a peur de perdre la garde de ses deux enfants. Paul-André lui propose alors de louer sa famille, en tout bien tout honneur, contre le remboursement de ses dettes, pour qu’il puisse enfin goûter, à l’essai, aux joies de la vie familiale ! Pour le meilleur et pour le pire…
Une Famille à louer >> Bande-annonce
Une famille à louer : Fiche Technique
Réalisateur : Améris, Jean-Pierre
Acteurs : Benoît Poelvoorde, François Morel, Edith Scob, Nancy Tate, Virginie Efira
Genre : Comédie, Comédie dramatique
Nationalité : Français Date de sortie : 19 août 2015
Durée : 1h36mn
Shokuzai sur Arte : le programme à ne pas manquer jeudi 23 juillet !
Jeudi 23 Juillet 2015, Arte diffusera la saga Shokuzai, inédite à la télévision, dans le cadre de sa thématique de l’été : Voyages en Asie. À 20h50 et 22h45, les téléspectateurs assidus pourront visionner ce magnifique long métrage en deux parties, intitulées respectivement Shokuzai – Celles qui voulaient se souvenir et Shokuzai – Celles qui voulaient oublier.
Sorti au cinéma en mai 2013, ce chef d’œuvre original de Kiyoshi Kurosawa, réalisateur japonais maintes fois récompensé (Vers l’Autre Rive, Real, Seventh Code), dépeint avec subtilité la culpabilité de quatre jeunes filles, témoins à huit ans de l’enlèvement de leur amie Émili. Cineseries-mag s’était intéressé au film à l’époque et lui avait consacré un article.
Traumatisées par le viol et le meurtre qui ont suivi l’enlèvement d’Émili, les petites filles occultent le visage du criminel. Elles subissent alors les foudres et la malédiction de la mère d’Émili qui réclame leur aide ou, le cas échéant, une compensation.
Les deux volets de Shokuzai suivent individuellement ces quatre rescapées, quinze ans plus tard, et révèlent leur situation et leurs états d’âme. Certaines veulent se souvenir, d’autres préfèrent oublier mais chacune d’elles tentera de se racheter à sa manière…
L’impitoyable mère finira-t-elle par découvrir la vérité ?
Deux films complémentaires et typiquement japonais qui traitent de l’honneur et de la pénitence. Drame et thriller psychologique, Shokuzai apporte aussi un intérêt sociologique. Une œuvre tragique à ne pas manquer !