While we’re young, un film de Noah Baumbach : Critique

Hier encore j’avais 20 ans…

Si la comédie New-Yorkaise est un genre à part entière, Woody Allen en est le maître incontestable, et Noah Baumbach le (plus tout) jeune disciple (45 ans), la filiation était flagrante sur son dernier métrage Frances Ha, et le cinéaste signait un des meilleurs films de l’année 2012 avec l’incandescente Greta Gerwig, sous des airs jazzy en black & white où le mythique Manhattan (1979) trouvait son alter ego version XXIème siècle. Mais le nom de Baumbach revient également souvent aux côtés du réalisateur texan Wes Anderson, puisqu’il était co scénariste de La vie aquatique et de Fantastic Mr Fox, autant dire que le réalisateur a beaucoup pour plaire, et que certaines attentes pesaient sur son dernier film.

En réunissant dans While we’re young la rarement décevante Naomi Watts et le désopilant Ben Stiller (seconde collaboration après Greenberg) accompagnés par le très en vogue Adam Driver (déjà présent dans Frances Ha et à l’affiche du prochain Star Wars) Baumbach réussit son casting pour camper son couple quadragénaire en quête d’oxygène (Josh et Cornelia) et le jeune documentariste branché, décomplexé, et ambitieux (Jamie). De la collision de ses deux mondes née l’intrigue du long métrage, Josh, lui aussi documentariste, mais dont le dernier projet s’éternise depuis une décennie faute d’idées et de deniers; un projet ambitieux, un portrait de l’Amérique avec un grand A, un A de l’amertume surtout pour ce quarantenaire qui n’a pas su confirmer son premier succès, et pour qui l’absence de reconnaissance le gangrène lentement. Une frustration qui n’est que renforcée par l’éclatante carrière du beau père, glorieuse légende du documentaire militant. Mais lorsqu’un fan de la première heure le rencontre dans une des ses classes laborieuses qu’il donne, où les sièges sont à moitié vides et le Powerpoint en panne, Josh à vite fait de projeter ses espoirs de jeunesse, qui se sont perdus en route, sur ce jeune homme enthousiaste et excentrique. Il apprivoise rapidement son mode de vie, un peu vintage, un peu hipster, où les vinyles tapissent les murs et les poules font office de chien. Convertissant par ailleurs sa femme avec laquelle il n’a pas pu avoir d’enfant et dont leurs vœux de mariage s’essoufflent, érodés par une routine qui s’installe et une vie commune qui se désillusionne. Persuadé de pouvoir sortir de sa crise professionnelle et maritale Josh plonge dans ce milieu avec son paradigme désuet, un poil romantique, où le « out » est « in ».

Mais le couple se perd encore plus, ou du moins s’aveugle dans cette marche arrière temporelle, bercés par des réminiscences de ce qu’ils voulaient être, ils s’éloignent de ce qu’ils sont et c’est sans doute ici que le film marche le mieux: sur cette fausse apologie du jeunisme. Pour le reste Baumbach tente de nous dire des choses, beaucoup trop d’ailleurs. While we’re young démarre lentement, entre constat facile d’une société stérile et portrait du couple asphyxié par sa monotonie, un scénario un peu décousu, lumière filtrée déjà vu, et mouvements de caméra superflus, Baumbach s’emmêle un peu dans les codes d’un cinéma indépendant très convenu. While we’re young joue la carte de l’humour sans grande réussite et défend de façon trop acharnée une morale professionnelle qui n’intéresse que peu et une politique de l’enfant salvateur agaçante. Finalement le film se perd dans toutes ses intentions, d’amuser, d’avertir, de séduire, de convertir… Si bien que l’on n’en ressent aucune. Triste constat d’un film qui déçoit la plupart du temps, et à l’image d’un scénario peu lisible et d’une bande originale inadaptée, Baumbach n’emmène pas le spectateur comme il avait pu le faire auparavant. Pourtant les acteurs sont bons et les dialogues tout autant mais cela suffit tout juste à faire sortir la tête de l’eau à un film qui s’épand trop souvent sur du détail, voulant absolument faire mouche à chaque réplique, à chaque scène trop fardée, à chaque pique contre l’invasion des smartphones… Dommage.

Josh et Cornelia Srebnick, la quarantaine, sont mariés, ils n’ont pas réussi à avoir d’enfants mais s’en accommodent. Alors que Josh s’acharne sur le montage de son nouveau documentaire, il devient évident que l’inspiration n’est pas au rendez-vous. Il lui manque quelque chose… La rencontre de Jamie et Darby, un jeune couple aussi libre que spontané, apporte à Josh  ouvre une porte vers le passé et la jeunesse qu’il aurait aimé avoir. Cette relation entre deux couples ayant vingt ans d’écart peut-elle apporter un autre souffle ?

 While we’re young >> Bande-annonce

 While we’re young : Fiche technique

Réalisateur: Noah Baumbach
Scénario: Noah Baumbach
Interprétation: Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried, Charles Bodin
Producteurs: Noah Baumbach, Scott Rudin, Lila Yacoub, Eli Bush
Musique: James Murphy
Photographie: Sam Levy
Décors: Adam Stockhausen
Distribution: Mars Distriubtion
Production: Scott Rudin Productions
Genre: Comédie dramatique
Durée: 1h37

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.