BoJack Horseman, saison 1 : Critique

Synopsis: Vedette très appréciée d’une sitcom des années 1990, BoJack Horseman vit aujourd’hui à Hollywood, rejeté de tous et se plaignant de tout. De nos jours, on le suit alors qu’il tente de retrouver la célébrité avec une autobiographie écrite par sa nègre littéraire, Diane NGuyen. BoJack jongle entre une vie de débauche et des amis souvent encombrants : Princess Carolyn, tour à tour sa petite amie, son ex-petite amie et son agent, Todd Chavez, qui habite chez lui et se considère comme son colocataire, et Mr. Peanutbutter, son ami et ennemi à la fois, héros d’une sitcom du même style et de la même époque que BoJack, mais ayant toujours du succès.

Lancé en grandes pompes en septembre dernier avec l’ambition de devenir le leader national de la SVOD, ou vidéo à la demande par abonnement, Netflix s’est heurté à certaines barrières culturelles françaises peu enclines à cette nouvelle consommation de contenus audiovisuels. Bien qu’en perte de vitesse, le français moyen reste pourtant attaché à son téléviseur et son système simple et clair de chaînes télévisées. La situation est identique dans le reste de l’Europe où le géant américain s’est également lancé (Allemagne, Autriche, Belgique, Luxembourg, Suisse), ne bouleversant que très peu leur paysage audiovisuel. Accompagné pourtant d’une campagne publicitaire nationale agressive, omniprésente sur tous les écrans, Netflix aura néanmoins réussi à rassembler entre 250 et 500 000 abonnés français. Pas honteux lorsque l’on voit que les débuts de Netflix se sont fait dans la douleur, avec un catalogue bien trop faible en contenus par rapport au catalogue américain. Si les dirigeants de la filiale française se contentent de répondre que celui-ci évolue en permanence et qu’il faut laisser le temps à la marque de s’installer correctement, Netflix a l’ambition d’investir toujours plus dans des créations originales. Les succès de House of Cards, Orange is the New Black ou The Killing témoignent en leur faveur. Alors, en attendant Daredevil ou la série française Marseille, prenons le temps de revenir sur une création originale Netflix sous-estimée à sa sortie en août 2014.

Horsenication

Reconnu pour ses drames et ses odyssées historiques, Netflix n’avait jamais franchi le pas de l’animation et de la comédie (hormis la 4ème saison de Arrested Development). C’est désormais chose faite avec BoJack Horseman, une série au doux parfum d’anthropomorphisme sur fond de cynisme hollywoodien. Le nom Raphael Bob-Waksberg ne vous dit rien ? C’est normal, c’est son premier projet médiatiquement reconnu, même si ceux qui connaissent la troupe comique Olde English (célèbre pour ses courts en ligne) l’auront bien évidemment reconnu. La légende veut qu’il ait pitché BoJack Horseman avant un meeting avec des dirigeants de Netflix sur un coup de tête, en rassemblant les dessins d’une amie d’enfance accompagnés du synopsis d’un acteur has-been vivant à Los Angeles. Le tout sur fond d’anthropomorphisme, puisque Bob-Waksberg est friand de cet univers, dessinant des animaux depuis tout petit sur un ton plutôt mature. Démarche payante puisque Netflix s’est empressé de lancer la production de cette série. Après Maps to the Stars et le récent Birdman, le contexte actuel témoigne d’une envie des scénaristes de tirer à boulet rouge sur la sacro-sainte cité des Anges, et plus généralement du milieu de l’Entertainment. L’intrigue suit alors les pérégrinations de BoJack, ex-gloire d’une sitcom des années 90 dans un Hollywood aussi dément que déprimant où gravitent autour de lui d’autres personnages à la recherche d’une existence. Notre héros cheval est un personnage autodestructeur, plongé malgré lui au sein d’un environnement égocentrique dans lequel il a su percer grâce à sa lâcheté. Mais derrière ce personnage à l’estime de soi démesurée, il y a un cheval doté d’une certaine conscience qui souhaite se repentir de ce mode de vie. A l’instar d’un Matthew McConaughey revenu d’entre-les-morts, BoJack souhaite démarrer une nouvelle carrière et démontrer son talent. Mais il s’apercevra qu’il est difficile de quitter l’environnement qui l’a nourri toutes ses années et dont il se délecte toujours, jusque dans ses vices les plus immoraux.

Comment ne pas penser à Californication dans ces conditions ? Ce même personnage à la tête d’une œuvre unique qui a contribué à sa gloire et qui cherche vainement à se remettre en selles. Ce même personnage décadent qui ne trouve l’apaisement que dans la consommation exacerbée d’alcools, de drogues en tout genre et de sexe à outrance. Comme s’il s’agissait des preuves de son existence sur Terre. BoJack Horseman est un formidable portrait de la dépression, de ces êtres qui n’ont plus les pieds sur terre et se laissent aller dans une spirale infernale. Une déprime nécessaire qui compense avec une structure hilarante rendant le visionnage de cette série aussi intéressant, qu’introspectif et divertissant. Car c’est à travers sa collaboration avec une nègre (ghost-writer) chargée d’écrire ses mémoires que notre cheval va devoir prendre la mesure de son existence. Vaine et vaniteuse, BoJack est coincé dans un manoir de superficialité -on pourrait dire une version miniature d’Hollywood- où il erre dans des soirées mondaines à la recherche du sens de sa vie. BoJack Horseman est une critique féroce des travers d’Hollywood mais également une représentation des plus fortes des maux de notre société moderne.

Si à la fin de la première saison, on se dit que la série vaut clairement le détour et qu’on est bien content d’apprendre la mise en chantier d’une seconde, il faut reconnaître que BoJack Horseman a eu du mal à trouver ses marques. Les premiers épisodes ne savent clairement pas sur quel pied danser. Si au début, chaque épisode peut être pris (à peu près) indépendamment, à la moitié de la saison, il y a un fil conducteur principal, transformant la série en véritable feuilleton. Est-ce une comédie cynique ou un drame grinçant ? Difficile à dire avant que la série ne prenne un virage à 180°, et déroule quelques épisodes -décomplexés de toutes contraintes scénaristiques- véritablement décalés. Comme si Seth McFarlane était venu faire un tour en studio, jetant à la corbeille tout ce qui n’allait pas et apportant son humour ravageur et graveleux. Dès lors, le ton de la série trouve enfin son dosage entre punchlines et subtilités bienvenues. Sans oublier les situations cocasses avec cet environnement composé d’hommes et d’animaux en tout genre. Si les dialogues sont d’une efficacité remarquable, chaque épisode fait preuve d’inventivité au niveau visuel avec des gags de seconds plans qu’apprécieront les fins observateurs. Et puis quel casting vocal ! Will Arnett, Alison Brie, Aaron Paul, Stanley Tucci, Olivia Wilde, Naomi Watts et j’en passe. Certains ayant même l’autodérision de jouer leur propre rôle dans la série. A noter qu’Aaron Paul est également crédité au générique en tant que producteur exécutif.

Méprisé à sa sortie par des critiques peu emballés qui n’avait vu que deux ou trois épisodes, la série a retrouvé un second souffle avec des articles repentis qui saluaient l’effort d’ingéniosité et de structure dans la deuxième partie de la saison. Avec ces épisodes enrichis par des sous-récits, la série trouve vraiment sa place au sein des productions Netflix (et des productions télévisuelles en général) et s’avère être l’une des meilleurs séries d’animations pour adultes qu’il nous ait été donné de voir. Le basculement de ton soudain de la série, où l’égocentrisme de BoJack doit affronter le cancer en phase final de son acolyte de toujours, les conséquences d’un ami qu’il a trahi, une rupture amoureuse ou l’acharnement des médias, est une franche et mélancolique réussite. De comique ponctué par des éléments dramatiques, la série vire véritablement en drame biographique jonché de fulgurances comiques hilarantes. A ce niveau, on retiendra particulièrement l’avant-dernier épisode qui est un véritable foutoir de trips psychédéliques. Du n’importe-quoi qui témoigne de la nouvelle direction des scénaristes, moins coincés et en totale roue-libre. De par son univers anthropomorphiste, il y a par ailleurs une fraîcheur bienvenue qui démarque la série de ces productions qui se sont déjà emparées du sujet. Le monde de BoJack Horseman est étrange, hypocrite, vaniteux mais aussi terriblement attendrissant avec ces personnages solitaires en quête d’une raison de vivre, tout simplement. Une fresque désespérée et désespérante d’un personnage voué à vivre éternellement une sorte de crise existentialiste.

Et que dire de ce générique aussi somptueux que génial, signé Patrick Carney, le batteur des Black Keys !

Auteur de la critique : Kévin List

Fiche Technique: BoJack Horseman

Créateur : Raphael Bob-Waksberg
Année : 2014
Origine : Etats-Unis
Genre: Comédie, Drame, Animation
Format: 25min (12 épisodes)
Diffuseur : Netflix
1ère diffusion : 22 août 2014

Doublage original: Will Arnett (BoJack Horseman), Aaron Paul (Todd), Amy Sedaris (Princess Caroline), Alison Brie (Diane Nguyen), Paul F. Tompkins (Mr. Peanutbutter)

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Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

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