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Lolo, un film de Julie Delpy : Critique

De retour derrière la caméra, l’actrice franco-américaine signe un retour aux sources existentielles qui l’habitent depuis ses débuts en 2002 avec Looking for Jimmy, mais surtout Two Days in… La quête de l’âme sœur. Sauf que Lolo ne s’apparente guère aux clichés de la comédie romantique, tout comme ces deux précédents opus de 48 heures à Paris et New-York. Ne mentionnons pas l’étonnante trilogie de Richard Linklater au risque d’un hors sujet.

Depuis que Julie Delpy est maman en 2009, une nouvelle thématique semble s’être niché au sein de sa plume. L’enfant est bien plus grand et Vincent Lacoste, déjà un ado nonchalant dans Le Skylab, endosse les traits de l’insupportable enfant roi atteint du syndrome d’Oedipe jusqu’à la moelle. Et l’attente de ne plus le retrouver dans un rôle stéréotypé se fait pressante du côté des spectateurs. Depuis Hippocrate de Thomas Lilti en 2014, il revient à de pas-si-vieilles habitudes pour un slip coloré. Les bouclettes parfaites, il est le personnage principal et central de cette comédie post-romantique rafraîchissante et détonante.

A trop couver l’œuf…

L’acteur a, chez Julie Delpy, une place importante. Et on salue Dany Boon dans un rôle à semi-contre-emploi (même si la première scène où on le voit, celle du thon, fait curieusement penser à la baraque à frites « Momo » de Bienvenu chez les Ch’tis) en beauf lover qui ne peut que plaire à tout le monde. On retrouve quelques guest qui font office de surprises pour arrondir les angles déjà cotonneux. Mais la véritable surprise est de l’ordre du dialogue. Écrit à quatre mains, Eugénie Grandval et Julie Delpy, le film propose de fortes répliques en passe de devenir cultes. Et c’est du côté de Karin Viard que viennent les zygomatiques. Elle ne nous aura pas fait autant rire depuis France Boutique de Tonie Marshall en 2003. Le rire est de bon ton et justifié. Ne manquant pas de rythme, Lolo a le charme d’un épisode de Joséphine Ange Gardien inédit, l’audace d’une dramédie girly et le lyrisme d’un christmas movie. N’y voyez aucune reproche ! Mais de cette fantaisie moralisatrice s’extirpe le principal défaut de ce film ice cream. Après le somptueux film historique, La Comtesse en 2009, Julie Delpy nous a prouvé qu’elle excellait dans un tout autre registre. Attirée par la formule américaine, l’actrice/réalisatrice (dont ne peut qu’admirer le talent, sans prétention) se laisse tenter par le gag empathique, le crescendo jusqu’à l’apothéose finale et de cette structure « bien trop vue » pour être singulière se dégage la plus dérangeante des sensations. Le film n’ennuie jamais, si ce n’est par Vincent Lacoste pour qui nous n’avons que la plus profonde indifférence. Lolo n’avait déjà rien d’exceptionnel sur papier ou en bande annonce, mais la mise en scène de Julie Delpy, toujours maîtrisée et sans accrocs, entre pétillances (à ne pas confondre avec pétulances) et personnages colorés, tire la banalité vers le haut. Aucunement mémorable, mais tendrement divertissant, Lolo amuse plus qu’il ne fait réfléchir, malgré la thématique principale du sur-maternalisme.

Entre Judd Appatow et Steve Carell, la féministe discrète au cœur d’artichaut Julie Delpy se glisse dans quelques abîmes prosaïques, sans jamais sortir vraisemblablement son épingle du jeu. Pourtant irrésistible, la quarantenaire au teint de porcelaine et au regard enfantin ne peut qu’attiser notre flamme. Elle brûlerait presque si le carton pâte et le fond vert ne venait pas assombrir le tableau d’une insipide trivialité. Déconnexion de neurones dans 1…2…3 (et c’est ce que la majorité des spectateurs attend en franchissant les portes des salles obscures. Grâce à Delpy, elles deviennent moins sombres, mais la bonne humeur n’aura duré qu’un peu plus d’une heure et demi)

Synopsis: En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.

Fiche Technique: Lolo

Réalisateur: Julie Delpy
Scénario: Eugénie Grandval et Julie Delpy
Interprétations: Julie Delpy, Karin Viard, Vincent Lacoste, Dany Boon, Georges Corraface, Karl Lagerfeld, Frédéric Beigbeder, Elise Larnicol, Ramzy Bedia…
Décor : Emmanuelle Duplay
Photographie: Thierry Arbogast
Producteurs: Michael Gentile
Société de production: The Film, France 2 Cinéma, Mars Film, Tempête Sous un Crâne
Distribution: Mars Distribution
Genre: Comédie sentimentale et familiale
Durée: 99 minutes
Budget: NC
Date de sortie: 28 octobre 2015

Le rapprochement des cinémas politiques et de genre

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Deux films très différents, un même modèle à suivre?

Attention, dans le cadre de l’analyse, le troisième paragraphe contient des spoils des films Les Cowboys et Made In France!

Malgré certaines critiques acerbes qui déplorent le vide politique du cinéma français, cette année 2015 nous a apporté quelques preuves que certains de nos cinéastes hexagonaux sont encore animés d’une conscience collective et qu’elle leur sert de moteur de travail. Evidemment, la plupart des réalisations ayant pour problématique centrale une ou plusieurs questions de société prennent l’allure d’une chronique sociale aux tonalités mélodramatiques loin d’un réel militantisme. On pense notamment à La loi du Marché, qui a valu à Vincent Lindon le prix d’interprétation cannois, mais aussi à Une Enfance ou Fatima. Aussi bien filmés et interprétés qu’ils soient, ces vagues descendant du cinéma néoréaliste ne font finalement que dresser un constat, plus ou moins alarmiste mais invariablement moralisateur, de la situation socio-économique de notre pays depuis un prisme qu’il est impossible de nier : En l’occurrence, la précarité du marché du travail, la difficulté d’élever des enfants dans les milieux les plus pauvres et l’intégration laborieuse des immigrés. A cette approche que l’on pourrait juger démagogique, s’oppose la proposition faite par Jacques Audiard via son Dheepan (une expérimentation si audacieuse qu’elle lui valut une Palme d’Or et une myriade de contestations) qui consistait à partir de deux sujets d’actualité sensibles, l’immigration et l’insécurité dans les cités, pour en faire un mélange de genres – chose déjà mal vue en France – mais, pire encore, un récit fictionnel vide du moindre discours moralisateur. Autre tentative de déviation : celle de Diastème qui, en réalisant Un français, reprend les codes formels de la chronique sociale mais, à l’inverse des canons du style imposant un personnage attachant victimisé par la société, il a tenté d’imposer à ses spectateurs un point de vue sur la société antithétique du leur, celle d’un skinhead raciste. Peu de comédies auront cependant  réussi cette année à exploiter l’actualité, parmi elles, Discount et Je suis à vous tout de suite ont tenté, non sans maladresse de rire de la situation socio-écomique, mais jamais les thématiques du terrorisme ou de la politique étrangère n’ont été abordés, sans doute n’est-ce pas là dans la tradition française mais plutôt anglo-saxonne, mais l’absence de films de l’audace de We Are Four Lions (une satire au vitriol des coupables des attentas de Londres) est, dans notre pays, un cruel manque à gagner dans la lutte contre le piège de l’auto-censure qui, via les médias, nos esprits. En cette fin novembre toutefois, deux films offrent une approche encore différente, et pourtant loin d’être neuve : Celle de diffuser leur message par le biais du cinéma de genre. Deux films, qui initialement devaient sortir à une semaine d’écart, Made In France et Les Cowboys réussissent à aborder la question de l’embrigadement de jeunes français dans le djihad islamiste en empruntant la voie du thriller pour l’un, du western pour l’autre. Les événements tragiques du 13 novembre ayant rendu ce sujet inadapté à un quelconque divertissement, la sortie du premier des deux s’est vu décaler de deux mois. Preuve s’il en est que son approche du sujet a de quoi non seulement heurter mais aussi faire réfléchir un public français peu habitué à un cinéma à ce temps en accord avec l’actualité, aussi dramatique soit-elle.

 Le choix d’un genre plutôt qu’un autre parait donc, pour ces deux productions plus que pour d’autres, une question réellement délicate puisqu’elle allait déterminer la façon dont serait abordée la question de l’islamisation de la jeunesse. Dans le cas de Nicolas Boukhrief, son expérience en tant que réalisateur de films policiers (Cortex, Gardiens de l’Ordre…) semblait le destiner à aligner son film sur le schéma d’une enquête menée par des agents de la Sécurité Nationale avant ou après un attentat. Bien conscient que son plus gros succès public (et en particulier auprès des jeunes de banlieues, à qui il voulait délivrer son message car davantage concerné par le problème) est Le Convoyeur, il en a repris le système narratif du film d’infiltration afin de mieux observer ses personnages via le regard neutre d’un tiers. Son choix est clairement d’avoir mêlé suspense et observation sociologue objective. De son coté, quand Thomas Bidegain (par ailleurs scénariste attitré de Jacques Audiard, donc de Dheepan) décide de traiter du schisme idéologique entre occidentaux et musulmans radicaux, il opte pour un parallèle avec ce qui est sans doute l’opposition la plus manichéenne de l’histoire du cinéma, celle des cowboys et des indiens dans les westerns. Poussant son allégorie jusqu’à faire d’Alain, son personnage principal interprété par François Damiens, un homme bourru fasciné par la culture américaine au point de s’habiller en cowboys. Son film, consistant à suivre la quête de ce père raciste à la recherche de sa fille passée – volontairement – aux mains de l’ennemi, ne fait qu’emprunter le point de départ de La Prisonnière du Désert, il en copie également les codes formels, sur le plan technique d’abord avec l’usage d’optiques anamorphiques, et dans les paysages que le réalisateur a pris soin de composer, dans chaque plan, de plaines surmontées de montagnes à l’horizon. Tandis que le premier décide de nous immerger au cœur d’une cellule terroriste en pleine formation sans en condamner moralement les membres, le second reste donc en dehors de cette mécanique pour mieux la dénoncer, faisant de ces deux films deux pistes complémentaires pour survoler l’ensemble des tenants et aboutissants de l’embrigadement djihadiste.

Que nous apportent concrètement ces deux films dans leur volonté commune de nous éclairer sur le choix de jeunes français de se convertir à une vision radicale de l’islam ? Dans Made In France,  toute la dramaturgie s’axe autour de cinq jeunes hommes ayant entamé cette transition, chacun pour une raison qui lui est propre : l’enquête journalistique du personnage principal, l’instinct meurtrier de leur leader et le besoin de vengeance ou d’émancipation des autres, ce qui réussit à leur faire provoquer un sentiment différent chez le spectateur, qu’il s’agisse d’un profond dégoût ou de moqueries devant une naïveté accablante. A l’inverse, dans Les Cowboys, Kelly, la fille d’Alain disparue dès la scène d’ouverture, et Ahmed, son amant qui parvient à la manipuler et à l’éloigner de sa famille, sont les grands absents du scénario. Bien que le processus de conversion et du départ pour le Pakistan se fasse entièrement hors champ, il est aisé de comprendre que l’éducation qu’elle a reçu dans une famille vivant dans un décalage culturel et dans le fantasme des aventures du far-west saupoudré de rêve américain ait provoqué chez elle un sentiment de rejet lors de sa crise de l’adolescence, et fait naître en elle un désir de partir vivre ses propres aventures loin des siens. L’histoire de cette famille ayant perdu sa fille peut toutefois apparaître comme une métaphore de la France pour sa soumission, à la culture américaine pour le côté négatif, mais aussi, sous un angle plus optimiste, dans la façon dont, de générations en générations (grâce au récit du fils, véritable héros sur le long terme), la défiance raciale va s’estomper pour donner lieu à une parfaite mixité. Ce regard moralisateur ne s’éloigne finalement pas de celle de Made In France qui tente lui-aussi, à sa manière, de donner des motifs à ses personnages, sans moins les rendre d’autant plus pathétiques qu’ils ne sont dangereux. Le pire d’entre eux est incontestablement leur leader Hassan qui apparaît à la fin grotesque car enfermé dans ses mensonges et le voir mourir comme Tony Montana, qui représente pour lui « le démon capitaliste », rend caduque tout son discours de haine. Les deux films se rejoignent finalement, dans leur conclusion respective, sur une seule et unique certitude : celle que l’intégration dans la société occidentale d’un islam pieux et modéré est la meilleure arme comme l’émergence d’un islam djihadiste.

Plutôt que d’annoncer, dès le départ, leur message (comme a pu le faire Philippe Faucon avec son diptyque La désintégration / Fatima), et risquer de n’attirer que des spectateurs acquis à leur cause, Made In France et Les Cowboys proposent une approche toujours plus populaire que les films à charge : Celle du cinéma de genre. Leur succès fera-t-il d’eux un modèle pour ce cinéma français qui a de plus en plus de mal de diffuser la moindre idée ?

En Mai fais ce qu’il te plait, un film de Christian Carion : critique

Le 4ème long métrage du réalisateur Christian Carion En mai fais ce qu’il te plait  vient clore ce qui pourrait être un triptyque sur les grands conflits du XXème siècle ; 10 ans après Joyeux Noel, 6 ans après L’affaire Farewell, le cinéaste s’attaque à la seconde guerre mondiale.

Le champs des partisans

Coincée dans le temps comme étant la conséquence de la WW1 et une des causes de la guerre froide, la plus grande boucherie de l’histoire bénéficie d’un traitement de faveur par le cinéma historique. Entre Clint Eastwood et Steven Spielberg, les plus grands s’y sont frottés, souvent avec succès, 39/45 en est presque devenu un genre à part entière, faisant de lui un sujet redondant du cinéma international (Le fils de Saul primé à Cannes cette année), mais entre la Shoah, le D Day et Pearl Harbour, les monuments de la mémoire commune ne laissent que peu de place au paysan et à la fermière en fuite.

Le cinéaste français sort ici des sentiers battus par le déjà-vu, tout en installant son récit sur des chemins de terre. En effet le film revêt les haillons d’un Road Movie bocager et emprunte au Survival ; puisqu’il faut le dire, être un civil sur la route en mai 40 c’était être au cœur de la bataille. Et alors que la Blitzkrieg perce de toutes parts les défenses françaises, le réseau routier est pris d’assaut par les populations du nord. Le cinéaste nous raconte que sa mère était parmi ces gens, dans une de ses longues caravanes qui tapissaient les champs. A mi-chemin entre le cortège pionnier que l’on pouvait croiser dans le Far West, et le flux de réfugiés que l’on force à fuir leur sédentarité et que l’on croise aujourd’hui à l’Est de l’Europe. Une histoire forcément intime donc, un projet dont la maturation a pris du temps et qui fleurit dans un climat où l’histoire se répète. Evidemment la coïncidence est fortuite, l’envie de porter cette histoire à l’écran vient d’ailleurs et semble profondément enracinée dans l’histoire familiale du réalisateur. Christian Carion nous raconte simplement un passé oublié qui a pourtant concerné 8 millions de français à l’époque, un passé « pas glorieux » dans lequel les héroïsmes ne se mesurent pas en balles tirées mais en mètres marchés. Une intention louable qui mène à un film utile. Pour se faire, le cinéaste forme une équipe assez hétéroclite, en réunissant Olivier Gourmet, maire d’un petit village qui s’improvise chef de file et garant de la République, Matthew Rhys, l’acteur génial de The Americans en soldat écossais seul survivant de son escouade, ou encore Laurent Gerra en franchouillard débonnaire plutôt convaincant. A leurs côtés, Mathilde Seigner, ainsi que le nouveau minois du cinéma français, Alice Isaaz. En mai, fais ce qu’il te plait prend la forme d’un film choral, un mécanisme qui renforce l’aspect collectif de l’histoire, où les individualités s’effacent face au danger. En construisant une fiction entre intrigues amoureuses, familiales, et militaires Carion trace des destins simples et dignes qui font tout pour ne pas être emportés par la République qui s’effondre et le Reich qui fond sur eux.  Une manière très romancée de déguiser l’histoire pour ne pas imposer une leçon, quitte à flirter avec le mélo. L’axe principal du récit s’ancre autour d’un réfugié allemand qui cherche à retrouver son fils, celui s’étant enfui avec le village guidé par Olivier Gourmet.

Dans une époque soigneusement reconstituée, Carion et ses producteurs n’ont pas lésiné sur les moyens, avec des scènes très réussies de confrontation entre l’aviation et la division Panzer allemande. Une mise en scène qui participe à la qualité de l’histoire contée, même si elle s’enferme dans une simplicité revendiquée. Un cinéma qui tire la larme et qui hérisse les poils, qui devrait trouver son audience dans les salles. Et malgré des dialogues un peu hésitants, et une musique assommante signée par la légende Ennio Morricone. Carion signe un bon film, un peu trop consensuel, un peu trop convenu. On lui soulignera deux atouts non négligeables : le traitement nécessaire de la propagande de guerre avec un réalisateur allemand mandaté par Goebbels dont l’interprétation diabolique et charismatique enrage quelque peu le récit ; ainsi que l’aspect communautaire du conflit, à contre courant d’un regard franco français parfois malsain, avec la présence des colonies ou de la résistance allemande.

Après 6 ans d’absence, Christian Carion signe un film quelquefois inégal mais jamais dénué d’intérêt et qui offre ses moments poignants. Mais à force d’agiter ses oriflammes humanistes, c’est la fougue qui vient à manquer. On regrettera la sagesse de la mise en scène et un démarrage un peu lent qui freinent un film qui a le mérite de mettre en lumière une page qui n’a jamais été écrite dans les manuels d’histoire.

Synopsis : En mai 1940, plusieurs millions de personnes quittent le nord de la France afin d’échapper à l’invasion allemande. Parmi eux, un Allemand ayant fui son pays part à la recherche de son fils, qui a pris la route aux côtés d’un groupe de fermiers.

En Mai fais ce qu’il te plait: Fiche technique

Réalisateur: Christian Carion
Scénario: Andrew Bampfield, Christian Carion, Laure Irrmann
Interprétations: Olivier Gourmet, Matthew Rhys, Mathilde Seigner, Alice Isaaz, Joshio Marlon, Laurent Gerra
Costumes: Sandrine Langen
Musique: Ennio Morricone
Photographie: Pierre Cottereau
Producteurs: Philip Boëlffard, Christophe Rossignon
Société de production: Pathé, Nord Ouest film
Distribution: Pathé Distribution
Genre: Historique, Drame, Guerre
Durée: 114 minutes
Budget: 15, 2 millions euros
Date de sortie: 4 novembre 2015

 

News: Mise en ligne du programme du PIFFF

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Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF) 5ème édition: Le programme

En quatre ans le Paris International Fantastic Film Festival, mis en place par l’association Paris Ciné Fantastique et chaperonné par le magazine Mad Movies et la chaîné Ciné+ Frisson, est devenu le lieu de rendez-vous indispensable aux amateurs de cinéma fantastiques vivants à Paris et à sa proximité. La cinquième édition ne se déroulera pas, comme les quatre années précédentes, au Gaumont Opéra mais aura lieu au Grand Rex, connu pour son écran extra-large, un des plus grands d’Europe.

Si les dates de l’évènement étaient connues depuis longtemps (du 17 au 22 novembre) et que les titres de certains films tombaient au compte-goutte depuis cet été sur son site, il aura fallu attendre ce lundi 26 octobre pour qu’un programme soit officiellement mis en ligne.

On avait appris, quelques jours plus tôt, que le jury serait cette année composé de cinq artistes qui se sont fait connaitre sur des supports différents mais partageant un même gout pour les films loin des normes : La réalisatrice et scénariste Joyce A. Nashawati (dont le premier long-métrage appartient d’ailleurs à la selection), Run (l’auteur de la BD Mutafukaz), le rappeur Seth Gueko et le couple de réalisateurs de clips Fleur & Manu. Sur la vingtaine de films qui seront diffusés pendant ces cinq jours, huit d’entre eux vont donc concourir à l’obtention des trois prix annuels : L’œil d’or, le prix du jury et le prix Ciné+ Frisson. Parmi les prétendants inédits, on constate que le pays le plus prolifique est la France avec pas moins de trois coproductions pour seulement deux américaines. Mais les jurés auront également à choisir leur courts-métrage préféré parmi deux panels , l’un français, et l’autre international.

Comme le veut la tradition, le festival va débuter et se clôturer sur deux films (hors-compétition) très attendus : Scream Girl, déjà présenter comme étant, au genre du slasher, ce que Last Action Hero fut aux films d’action, soit une mise en abyme métafilmique, et Green Room, un thriller ultra-violent opposant une bande de skinheads et un groupe de punks. Parmi les autres films hors-compétition, on peut remarquer que seront, cette année, diffuser deux documentaires sur le cinéma: le premier consacré aux nouveaux maîtres des effets spéciaux, signé par le réalisateur de Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux ; le second à Guy Maddin, le cinéaste expérimental canadien.

Les programmateurs du PIFFF étant de grands amateurs du lien entre pop culture et fantastique dans le cinéma japonais, c’est cette fois-ci, à défaut d’un nouveau Takeshi Miike ou Hitoshi Matsumoto (deux cinéaste de l’extrême auxquels le Festival nous a habitués), c’est le dernier film de Sono Sion qui sera proposé. Mais il ne s’agit pas là de l’unique production nipponne puisque le fameuse « Nuit du PIFFF » (dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 novembre) sera consacré à la japonimation et inclura l’avant-première du Garçon et La Bête, le nouveau film de Mamoru Hosoda.

Autres rendez-vous toujours très attendus par les fans : Les séances cultes. Et cette  année encore, ce sera l’occasion de redécouvrir, sur  (super)grand-écran et en copies restaurées, quatre films signés d’autant de grands maîtres du genre: Darkman de Sam Raimi, Incidents de Parcours de George A. Romero, The Thing de John Carpenter et L’Enfant miroir de Philip Ridley. Et ce, sans oublier une « séance interdite », qui nous permettra de découvrir une première réalisation trash d’un néo-zélandais qui semble dans le même délire déjanté que son mentor Peter Jackson.

Cinq jours de rencontres et de découvertes immanquables pour tous les passionnés de surnaturel, de science-fiction, d’horreur et de post-apocalyptique, dont nos rédacteurs ne manqueront pas de vous donner des nouvelles en direct.

Olga Kurylenko: Interview pour le film Code Momentum

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Interview Olga Kurylenko

interview-actrice-Olga-Kurylenko-cineseriesmagA l’occasion de la sortie en E-Cinéma de Code Momentum, premier film de Stephen Campanelli (cadreur habitué de Clint Eastwood), nous avons pu rencontrer son actrice principale, Olga Kurylenko dans le chaleureux cadre du Park Hyatt Vendome, à Paris. L’occasion rêvée pour revenir sur le film voyant l’actrice incarner une braqueuse impliquée dans un casse qui tourne mal, tout comme sur sa carrière, l’ayant vu enchaîner un James Bond (Quantum of Solace), un film tourné sous la houlette de Terrence Malick (A la Merveille) et pléthore d’adaptations de franchises vidéoludiques (Hitman et Max Payne). Mais celle qui déplore de n’avoir pu s’adonner jusque alors à la comédie dans sa carrière est aussi une actrice très plaisante, qui répond de manière sincère et enjouée aux questions.

Code Momentum est le premier film de Stephen Campanelli, jusque alors cadreur habitué de Clint Eastwood. Est-ce que son passif et sa carrière a joué dans votre décision d’accepter le projet ? D’ailleurs, comment ce rôle vous a-il été proposé ?

  • Olga Kurylenko: Oui bien sûr c’est important. J’adore les films de Clint Eastwood comme à peu près tout le monde, vous me direz. Savoir que c’est Stephen qui a tourné la plupart des  films d’Eastwood est forcément un gage de qualité. Mais je connaissais déjà Stephen de 7 Psychopathes (ndlr : film de Martin McDonagh sorti en 2012 avec Colin Farell, Sam Rockwell et Christopher Walken). Je l’ai rencontré sur le tournage du film. Il m’a dit que plus tard il allait faire son premier long-métrage et m’a donc proposé le rôle, ce qui m’a forcément touché parce que c’est son premier film et parce que c’est un gros rôle. J’ai dit oui donc, et vu la sympathie dégagée sur le tournage, j’ai su que j’avais fait le bon choix. Il est très drôle, il a un grand cœur, il traite les gens bien, il est simple, et il n’est pas snob.

Code Momentum est aussi un film ou vous donnez de votre personne. Combat rapprochés, maniement d’armes à feux, conduite, est-ce que vous avez suivi un entrainement particulier ?

  • Olga Kurylenko: Je viens un petit peu préparée quand même depuis James Bond (ndlr : Quantum of Solace) parce que j’ai eu des bases. C’est vrai qu’avec chaque film, j’apprends plus et c’est des choses qui restent. Mais c’est sûr qu’avant de commencer un film d’action, il faut se replonger dans l’entrainement. Surtout que je ne le fais pas dans ma vie de tous les jours.  Je ne suis pas très sportive. J’ai fait de la danse quand j’étais jeune, donc c’est la seule base sportive que j’ai mais je ne le fais pas tous les jours. Donc c’est vrai que mon corps subit un choc à chaque fois. Les premières semaines sont difficiles et ensuite je rentre dans le rythme. Mais là, c’était intense. Je peux le comparer à l’entrainement pour James Bond en termes d’intensité. Mais là c’était différent puisque j’avais le premier rôle.  

Comment s’est passé le tournage en Afrique du Sud ? Au niveau des cascades, il semblerait que vous ayez tout effectué vous-même. Vous confirmez ?

  • Olga Kurylenko: Ah c’est toujours le but. J’adore faire les films d’action pour ça car c’est moi qui fait tout. C’est gratifiant de pouvoir se dire : j’ai réussi à faire ça. Ça prend un certain temps à apprendre mais je prends un immense plaisir à faire ça. Le tournage en Afrique du Sud était génial. L’équipe était cool, Stephen est une personne très sympathique par rapport à cette compréhension. On a beaucoup rigolé. Je pense d’ailleurs que c’est le tournage ou j’ai le plus rigolé. Et James (ndlr : Purefoy, qui joue l’autre personne principal), est un super acteur, il donne beaucoup. Comme endroit je pense que c’était parfait. Et puis quand j’avais des moments libres, j’ai grimpé des montagnes, je faisais des safaris.

Le film se termine par une fin ouverte : une suite est-elle prévue ?

  • Olga Kurylenko : C’est fini avec cette possibilité. Ça pourrait continuer oui mais ça dépendra évidemment du succès rencontré par le film.

Par rapport à James Bond dont vous parliez tout à l’heure, quel est votre regard sur le rôle que vous avez apporté à la franchise ? Et qu’avez-vous gardé du tournage de toute cette aventure ?

  • Olga Kurylenko : J’ai une bonne mémoire mais ce que je garde, c’est qu’ils m’ont beaucoup appris. C’était le début ma carrière. Tout était impressionnant. Je voulais bien faire car il y avait Daniel Craig. J’étais contente car le personnage était très différent de la figure habituelle de la saga, car très actif. J’étais très impliqué dans les scènes d’actions pas comme les James Bond girl qui paradent en tenue de soirée donc j’étais contente de changer ça.

On vous voit souvent dans les films d’actions. Voudriez-vous vous essayer à d’autres genres ?

  • Olga Kurylenko : Mais j’ai fait d’autres genres. Du drame avec Malick notamment et tout ça. J’aimerais bien faire de la comédie. J’ai bien fait ça sur les 7 Psychopathes, mais le rôle était petit. Les bonnes comédies j’adore.

En parlant de genres, vous avez tourné avec Joseph Kosinski (Oblivion), avec Russel Crowe (La Promesse d’une Vie), Terrence Malick (A la Merveille) mais y’a-t-il des réalisateurs spécifiques pour lesquels vous aimeriez tourner ?

  • Olga Kurylenko : Oui il y a toujours des réalisateurs que j’adore. Il y en a tellement de bons. Puisqu’on parle des comédies, Woody Allen, j’adore ce qu’il fait. Mais j’aime beaucoup Lars Von Trier, Michael Haneke, David Cronenberg, Martin Scorsese et Sam Mendes. J’adore les films de Sam Mendes.

Ce n’était pas loin.

  • Olga Kurylenko : Ah je me suis trompé de James Bond (en riant)

Vous pouvez demander à Daniel Craig de vous renvoyer l’ascenseur.

  • Olga Kurylenko : N’empêche, mon personnage n’est pas mort donc on peut espérer un retour.

En parlant de James Bond Girl, quelle est votre opinion sur la place de la femme à Hollywood ?

  • Olga Kurylenko : On me pose beaucoup cette question aujourd’hui. A Londres, on ne la pose pas beaucoup, mais ici en France ça n’arrête pas. Il doit y avoir quelque chose en France. Pourquoi ce genre de questions ? On commence à avoir de plus en plus de rôles intéressants chez les femmes. Après, c’est difficile car il y a plus de rôles, des bons rôles ou des rôles principaux pour les hommes, mais ça bouge pour les femmes. Ça ne peut pas bouger du jour au lendemain. 

Léa Seydoux, elle aussi James Bond girl, que l’on retrouvera dans Spectre, a récemment dit préférer jouer en langue anglaise. Est-ce, au vu de votre carrière résolument internationale, votre cas aussi ?

  • Olga Kurylenko : En fait je ne sais pas. Moi, je préfère (ne le dites pas aux anglais) la langue française en générale. Je trouve que c’est une langue plus poétique. La langue est plus belle. J’ai fait plus de films en anglais c’est sûr. Mais peut-être que je préfère tourner en français, car ça me manque et que c’est plus facile pour moi au niveau de la prononciation. Je ne vis plus en France donc j’ai perdu un peu mon français, mais à chaque fois que je reviens, je reprends l’habitude.

En parlant d’expérience, vous avez travaillé avec Terrence Malick sur A la Merveille. On dit souvent que les tournages avec lui sont compliqués, qu’il tourne beaucoup de scènes et qu’au montage, on ne se retrouve pas énormément. Qu’est-ce que vous gardez de ce tournage ?

  • Olga Kurylenko : Moi j’ai de la chance, il ne m’a pas coupé (rires) par rapport à tous les autres. Je me suis dit : waouh mais je suis là ! Donc je n’ai pas à me plaindre. J’ai tourné 10 fois plus que ce l’on en voit à l’écran. Il en a tourné de quoi faire 10 films. Il a tellement de matériel, c’est fou comment il transforme tout ça au montage. Le tournage a duré 2 mois mais il tourne tout le temps. En une journée, il n’y jamais de pauses. C’était intense. Le souvenir est super. J’ai entendu dire que des acteurs trouvaient ca difficile, mais moi ça me va cette manière de travailler. On ne sait pas ce que l’on va faire dès que l’on arrive sur le plateau. Parfois, il nous donnait des pages le matin-même donc on n’a pas le temps de se préparer ou trop réfléchir. Ça m’intriguait de ne pas savoir. Ça ne me faisait pas peur, mais ça m’excitait bien au contraire. J’aime me jeter dans quelque chose ou je ne suis pas trop sûr. Avec lui, je n’avais pas peur de faire des erreurs. Il m’a donné la confiance en moi, alors qu’on ne l’a pas toujours sur le tournage. Ca dépend du réalisateur.

Le film Momentum, sort en E-Cinéma. Que pensez-vous de cette alternative ?

  • Olga Kurylenko : C’est la frontière entre le cinéma et la télévision qui s’efface. De toute façon, avec tout le matériel qu’on a aujourd’hui, avec un bon écran et un bon son, il n’y a presque plus de différence. Ça ne fait rien. Finalement, si on peut avoir ça au cinéma, c’est encore mieux.

Un grand merci à l’agence ayant pu organiser cette rencontre et en espérant la retrouver très rapidement pour d’autres interviews aussi alléchantes et riches sur le plan humain.

Elser un héros ordinaire, de Oliver Hirschbiegel: Critique

Depuis quelques années, tout le cinéma allemand vole au secours de son histoire et de nombreux films sur des personnalités allemandes résistantes apparaissent (« Sophie Scholl, les derniers jours », de Marc Rothermund en 2005, « Walkyrie », film américano-allemand de Bryan Singer en 2008  etc.). Après le très beau « labyrinthe du silence » de Giulio Ricciarelli en 2014, qui évoquait le procès de Francfort, il est ici question de Georg Elser et de son attentat mené dans l’espoir de tuer Hitler.
Oliver Hirschbiegel, déjà réalisateur de « La Chute », en 2004, sur les derniers jours du Führer, s’attaque une nouvelle fois à cette période sombre de l’histoire allemande mais du point de vue de « la résistance ».  Si « la chute » avait déclenché une polémique (le film avait -entre autres- été accusé de trop humaniser le Führer), il avait aussi et surtout été l’un des plus gros succès de l’histoire au box office allemand, raflant un certain nombre de prix et une nomination à l’oscar du meilleur film étranger. Ainsi, les attentes autour de ce nouveau film étaient très importantes.

Après un passage pas vraiment réussi aux Etats-Unis avec « Invasion » en 2007 et « Diana » en 2013, Hirschbiegel renoue avec le cinéma de ses débuts.

Quand ils arrêtent Georg ­Elser, les hommes de la Gestapo demeurent perplexes : ce menuisier allemand vient de commettre un attentat à la bombe contre Hitler, qui n’en a réchappé que par miracle, en ayant écourté son discours de treize minutes. Plus ils le torturent, moins les nazis le comprennent : ni complices, ni alliés communistes ou anglais, ni groupe terroriste. Tout le pays se range derrière son Führer et un homme seul surgi de nulle part vient jouer le trouble fête.

Notons tout d’abord que dans les scènes de tortures, le refus du gros plan sur les coups et blessures est parlant. On nous épargne. De même, la secrétaire qui assiste à l’interminable interrogatoire et doit noter les aveux sort de la pièce pour ne pas faire face directement au supplice du résistant. C’est dit : l’une des qualités d’ Elser est d’être un film où perce l’humanité à chaque instant.

Elser se présente donc comme un biopic, un genre qu’on ne présente plus et qui n’a pas brillé dernièrement par son originalité.
Le film prend la forme d’un long flash-back mais le scénario est un peu trop mécanique, composé selon un schéma ultra classique en une suite d’allers retours ­—supposés éclairer la figure de l’héroïsme tout en l’humanisant—entre les séances d’interrogatoire et le passé d’Elser, un homme libre et amoureux de la vie. Ce portrait est enrichi par la performance de Christian Friedel (déjà aperçu en professeur dans « Le ruban blanc » d’Haneke en 2009 et en Heinrich von Kleist dans « Amour fou », de Jessica Hausner en 2014).

Mais le sujet lui-même (quoiqu’il arrive, cela reste le récit d’un échec) fait perdre toute efficacité à cette mécanique classique pourtant pas si mal huilée. Difficile de s’intéresser aux rouages d’une bombe après l’avoir vu manquer sa cible.

La mise en scène étant tout aussi classique que le scénario, le résultat est un éloge fade de la figure d’Elser, résumé à son absence d’appartenance politique et à ses talents d’artisan.

Il se considère lui-même comme un « homme indépendant ». Une indépendance d’esprit, d’abord, puisque qu’il n’est pas un militant politique. Il abhorre le régime dictatorial par humanité mais il n’est pas encarté, il affiche son soutien à l’union rouge mais ne se considère pas comme à la solde des communistes. Une indépendance dans son travail, ensuite, puisqu’il décide de se mettre à son compte et enfin une véritable indépendance de cœur car il n’hésite pas à suivre son instinct allant jusqu’à entretenir une relation avec une femme mariée. C’est cette attitude d’homme libre dans un pays contrit, qui va différencier Elser de n’importe quel autre résistant. (Pourtant le film laisse de côté la conviction de beaucoup d’historiens qu’Elser avait un lien avec les anglais. De plus, ici Georg affirme n’avoir jamais été qu’un sympathisant du parti communiste allemand alors qu’en réalité, il y a adhéré en 1928).

Si le film montre des événements qui ont marqué Georg pour lui faire prendre la décision de préparer cet attentat, il se concentre probablement trop sur son histoire d’amour avec Elsa. Ce choix scénaristique n’aide pas le film à devenir passionnant. La romance est comme l’ensemble du film, fade;  manque de réalisme, de profondeur et on se retrouve devant une oeuvre trop lisse, trop parfaite et trop ennuyeuse. L’absence d’empathie nuit complètement au film.

Oliver Hirschbiegel ne réussit pas à rendre son oeuvre intéressante. La petite histoire dans la grande histoire, ne trouve jamais le souffle dont elle a besoin. Cela permet au moins de découvrir ce personnage, ce « héros ordinaire », dans un film quelconque.

L’oeuvre, trop académique, présente un intérêt plus historique que cinématographique.

Au delà de l’histoire d’Elser et de ses amourettes, l’intérêt du film réside dans la peinture de l’Allemagne des années 30. Comment le nazisme est arrivé et a été vécu dans le quotidien par des citoyens lambda d’un petit village du fin fond du Württemberg. Comment les habitants se sont montrés enthousiastes, ou se sont simplement résignés. C’est cette mise en avant de ce pan de l’histoire, somme toute assez méconnu, qui est bien réussie dans ce film.

Synopsis :  Le 8 novembre 1939, en Allemagne, le modeste menuisier Georg Elser a failli changer l’histoire. Alors qu’Adolf Hitler vient de prononcer un discours devant les dirigeants de son parti dans la brasserie Bürgerbräu à Munich, une bombe explose. Elser est le seul auteur de cet attentat, indigné par la brutalité croissante du régime nazi. Mais il échoue dans sa tentative d’assassiner le Führer. Hitler et ses lieutenants ont déjà quitté les lieux. Rattrapé à la frontière suisse alors qu’il tentait de s’enfuir, Elser est arrêté puis transféré à Munich pour être interrogé par Heinrich Müller, le chef de la Gestapo, et Arthur Nebe, le directeur de la Kripo.

Elser, un héros ordinaire: Fiche Technique

Allemagne – 2015
Réalisation: Oliver Hirschbiegel
Scénario: Fred Breinersdorfer, Léonie-Claire Breinersdorfer
Interprétation: Christian Friedel (Elser), Burghart Klaußner (Arthur Nebe), Katharina Schüttler (Elsa), Johann von Bülow (Heinrich Müller)…
Distributeur: Sophie Dulac Distribution
Image: Judith Kaufmann
Décors: Thomas Stammer, Benedikt Herforth
Costumes: Bettina Marx
Son: Steffen Graubaum
Montage: Alexander Dittner
Musique: David Holmes
Producteur(s): Oliver Schündler, Boris Ausserer, Fred Breinersdorfer
Production: Lucky Bird Pictures
Date de sortie: 21 octobre 2015
Durée: 1H54
Genre: Drame, Film Historique

Auteur : Clement Faure

Les Voyages de Gulliver, un film de Charles Sturridge : critique du DVD

Le roman de Jonathan Swift, Les Voyages extraordinaires de Gulliver, est un des classiques de la littérature britannique écrit en 1721. Son caractère satirique a causé quelques difficultés à son auteur. Le caractère surnaturel de son récit, rappelant l’Odyssée d’Homère, l’a rendu (et le rend toujours) très populaire auprès des producteurs de cinéma, et il a été adapté au 7ème art dès 1902, sous la direction du génial Georges Méliès.

Enjeux philosophiques et politiques
L’adaptation présente dans ce DVD a été réalisée pour la télévision en 1996. Elle est constituée de deux parties de 90 minutes chacune et bénéficie d’une distribution prestigieuse : parmi les célébrités, il faut compter Peter O’Toole, Geraldine Chaplin, Warwick Davis (qui fut Willow dans un film de Ron Howard), Kristin Scott Thomas ou Omar Sharif, ainsi que l’immense sir John Gielgud et des abonnés aux seconds rôles comme James Fox, Edward Woodward ou Edward Fox.
Le film tente, dans la mesure du possible, de reprendre les enjeux philosophiques et politiques du roman : critique d’un système politique délirant, d’un système judiciaire inhumain, de scientifiques qui ne cherchent pas à faire avancer l’humanité mais s’enferment dans des questionnements abscons et ridicules, etc. Rien n’échappe à la critique, et le scénario est écrit avec assez d’habileté pour rendre cette satire actuelle.

Un récit en désordre
Par contre, la construction d’ensemble du film pose problème. Le récit est bâti en flashbacks, sur une série d’allers-retours entre le présent (Gulliver de retour chez lui et interné) et le passé (le voyage). Les deux temporalités en viennent à s’envahir mutuellement. Le procédé, répété pendant trois heures, se révèle assez lourd.
De plus, le film souffre de l’absence d’imagination de sa réalisation, trop plate pour être remarquable. Nous sommes ici dans une mise en scène typiquement « téléfilmée » qui ne parvient pas toujours à rendre le récit vivant. De fait, le spectateur met un certain temps avant de rentrer dans le film.
Mais malgré ces défauts, ces Voyages de Gulliver constituent une adaptation honnête, trop peut-être, mais qui fait de son mieux pour respecter l’esprit du roman. À voir donc.

Synopsis : après avoir disparu de longues années, Lemuel Gulliver rentre enfin chez lui. Son esprit semble tellement peuplé de ses découvertes extraordinaires qu’il paraît avoir perdu la raison.

Les voyages de Gulliver : fiche technique

Titre original : Gulliver’s Travels
Réalisation : Charles Sturridge
Scénario : Simon Moore
Pays : USA, Royaume-Uni
Interprétation : Ted Danson (Lemuel Gulliver), Mary Steenburgen (Mary Gulliver), James Fox (Docteur Bates), Peter O’Toole (empereur de Liliput), Phoebe Nicholls (impératrice de Liliput)
Musique : Trevor Jones
Montage : Peter Coulson
Photographie : William Atherton
Producteurs : Duncan Kenworthy, Chris Thompson
Société de production : Jim Henson productions, Channel 4 Television Corporation, Hallmark Entertainment
Société de distribution : L.C.J. Editions et productions
Année de sortie : 1996
Durée : 3h00

Jessica Jones, une série de Melissa Rosenberg : Critique du pilote

Qui dit Comic Con entend nécessairement exclusivités, AVP et contacts directs avec les acteurs et les studios. Ne nous attendons pas lors la première édition parisienne à autant de contenus, mais les surprises étaient au rendez-vous. Concernant cette première journée, Marvel et Netflix ont autorisé aux festivaliers la diffusion du pilote de la série tant attendue menée par Krysten Ritter (Veronica Mars, Breaking Bad, Don’t trust the b—- in apartment 23). Son nom est sur toutes les lèvres comme si celui de Charlie Cox était déjà loin. Ces deux héros se valent-ils ? Si la rédaction était divisée concernant Daredevil, (mon choix est directement positif), elle risque de ne pas trouver un terrain d’entente sur cette nouvelle création (et je me glisserai cette fois dans l’autre camp) créée et produite par Melissa Rosenberg qui a notamment officié sur Dexter, mais aussi Liz Friedman (Elementary) et Jeph Loeb (Agents of S.H.I.E.L.D). Il n’est guère prudent de s’avancer sur les 54 premières minutes réalisé par S. J. Clarkson (CasualtyHeroesHouseDexterUgly Betty), mais c’est tout ce que nous avons sous la main à l’heure actuelle. Si vous considérez que la présence de David Tennant, n’étant que suggérée par de courts profils sombres, est un spoiler, ne lisez pas la suite.

Résumons ce que l’on attend de Jessica Jones : une héroïne bad-ass, des thématiques gender, de l’action à la Marvel non sans une bonne dose d’humour à la Netflix (autant se l’avouer depuis Orange Is The New Black et American Hot Summer Camp, voire Grace & Frankie,  Unbreakable Kimmy Schmidt et Master of None, ils attachent une importance aux zygomatiques). Le tout tenu par deux duos et un solo (si on compte ça fait … attendez je sors ma calculatrice, 5 ?) d’acteurs semblants de haute volée : aux côtés de KR aka JJ, Mike Colter dans la peau de Luke Cage en tenancier de bar ambigu et « womanizer » à ses heures perdues, Rachael Taylor qui incarnera Trish Walker ou encore Carrie-Ann Moss dans la peau de l’avocate féline Jeryn Hogarth. Concernant le solo, le cultissime-et-à-juste-titre David Tennant pour le Dr. Zebediah Killgrave. J’ai volontairement employé le terme « semblant », car dès à présent, qu’on le veuille ou non, la série pâtit d’un déséquilibre au casting relativement flagrant. La coupe à la garçonne est plus féminine que jamais depuis Robin Wright dans House of Cards et Carrie-Ann Moss, aux allures similaires incarne sans aucun défaut une riche avocate lesbienne. L’arc narratif la concernant n’est développé que sur quelques courtes minutes malheureusement, il nous faut donc nous réconforter sur le personnage principale et ses maux personnels. Mais Krysten Ritter n’arrive que péniblement à nous produire une héroïne entre dénie et résolution, oiseau de nuit alcoolique. Le côté bad-ass reste très en-dessous d’une plate contrefaçon de Buffy. Il est difficile de croire à la force exceptionnelle de Jessica Jones, superhéroïne à la retraite alcoolisée, puisque trop de fraîcheur se dégage de ce teint de porcelaine et ces larmes de cristal simulées? Ce n’est pas en lui rajoutant un verre vide de whisky et une bouteille sur sa table de chevet que l’on acceptera le simulacre. Au contraire, il n’en est que plus visible.

Rappelez-vous du générique épuré et efficace de Daredevil, sang peinture électrique qui dégouline, laissant apparaître des monuments sur fond musical de piano et violon retouché à l’ordinateur pour une facture à la fois sombre et entêtante. Ce qu’on attend réellement d’un univers Comics en sommes… Le générique de Jessica Jones est travaillé graphiquement façon Comics aux traits de crayon secs avec impression de mouvement, mais la musique est guère singulière. Pourtant l’oeuvre de Sean Callery devrait être mémorable. On lui doit 24 heures chrono, Medium, Homeland… Mais il est va de même pour tout l’épisode. Les éclairages nocturnes de rue sont empruntés à Daredevil ainsi que la mise en scène, peu innovante. On suit d’un oeil moribond Krysten Ritter (oui j’ai du mal à lui apposer le nom de son personnage) qui soulève une voiture ou saute sur plus de 10 mètres, mais l’effet n’est jamais renforcé par le montage, qui se contente du minimum. Les super-pouvoirs sont peu visibles et peu nombreux, on se demandent même si l’alcool n’a pas affaibli ses capacités. Et puis, l’intérêt principal est vite annihilé par un effet de surprise vain, faute à des clichés scénaristiques qui sont répétés à l’infini. Ce fameux Dr. Killgrave a le don de contrôler l’esprit de ses jeunes victimes féminines et Jessica en fai(sai)t partie. Lorsque l’on apprend qu’il est censé être mort depuis un an et de voir toujours, les crises de Jessica (sur fond mauve néon, super idée au passage, couleur qui pourrait être une référence assez évidente au méchant de la série, à savoir Dr. Killgrave, aussi connu sous le nom de Purple Man, capable de plier quasiment n’importe qui à sa volonté*) répétée à la manière d’un automate, le spectateur rigole jaune. L’artifice est bien trop évident. Serait-ce par simple hommage au format du bande-dessinées que le fil se déroule quasi de manière linéaire ? Ce que l’on peut apprécier dans Daredevil, on le retrouve avec l’amère impression d’avoir été copié collé ou prémâché, la puissance d’une super héroïne en moins avec un passé qui semble presque anodin.

L’attente sera donc du côté des autres personnages, puisque ni la musique, ni l’humour surtout – car dans ce pilote, il n’y en a aucun – ni les intrigues ou la surprise n’est efficace. A trop battre les blancs, ils retombent. Ici, il restait un peu de jaune avant le mélange ou alors on ne les a pas battu assez. Non aucune allusion ethnique ou enfantine n’est à prendre en considération dans cette métaphore culinaire de bas étage. J’ai personnellement eu l’impression d’avoir assisté à un cocktail étrange entre les pires décoctions des remakes de Supernatural, GothamBuffy et Mr. Robot. C’est donc prudemment que nous baissons le pouce et tirons la moue pour un univers trop peu personnel, original et singulier qui se replie dans un conformisme pathétique plutôt que de miser l’audace sombre. Après Quantico, nous avons de nouveau affaire à une héroïne mal castée pour des attentes un peu trop élevées. Ce qui ne nous empêche pas d’attendre avec impatience la suite pour voir si nos craintes étaient justifiées ou isolées.

* Il a dans les comics Marvel fait subir huit mois d’asservissement à Jessica Jones

Trailer Marvel’s Jessica Jones

Fiche Technique : Jessica Jones

USA – 2015
Création : Melissa Rosenberg
Acteurs principaux : Krysten Ritter (Jessica Jones), Mike Colter (Luke Cage), Rachael Taylor (Trish Walker), Carrie-Ann Moss (Jeryn Hogarth), David Tennant (Dr. Killgrave), Eka Darville (Malcolm), Erin Moriarty (Hope)
Réalisé par S. J. Clarkson (pour les autres épisodes : S.J. Clarkson, David Petrarca, Stephen Surjik, Uta Briesewitz, Bill Gierhart, Rosemary Rodriguez)
Ecrit par Melissa Rosenberg (pour les autres épisodes : Brian Bendis, Michael Gaydos, Melissa Rosenberg, Jamie King, Micah Schraft)
Image : Manuel Billeter
Décors : Loren Weeks
Costumes : Alexandra Caulfield et Nadine Davern
Montage : Jonathan Chibnall, Tirsa Hackshaw, Michael N. Knue
Musique : Sean Callery
Genres : Super-héros, drame, judiciaire
13 épisodes de 60 minutes
Producteurs : Dana Baratta, Kevin Feige, Liz Friedman, Tim Iacofano, Stan Lee, Jeph Loeb, Joe Quesada, Melissa Rosenberg, S.J. Clarkson
Distributeur : Netflix

 

La Glace et le Ciel, un film de Luc Jacquet: critique

La Glace et le Ciel faisait figure d’évènement au dernier festival de Cannes, puisque pour la première fois un documentaire était projeté en clôture.

Cette semaine le dernier film du réalisateur, oscarisé pour la Marche de l’empereur, est en salle ; à plus d’un mois de la COP21, sa résonance n’en est que plus forte. Si le film promettait des images magnifiques ; il était à craindre que Luc Jacquet se noie dans son propos, en s’enlisant dans un militantisme moralisateur. Et bien sans surprises, la forme et le récit subjuguent, le fond agace. Pour lier les deux : la découverte d’une carrière qui forge l’admiration, celle de Claude Lorius. Le glaciologue qui avait compris avant tout le monde. En effet, il découvre très tôt que le climat est en train de se dérégler, et que l’augmentation de la température sera une catastrophe qui affectera les générations à venir. L’alarme sera sonnée, mais jamais entendu. Parti pour la première fois en antarctique à l’âge de 23 ans, le scientifique y a passé depuis, 10 ans de sa vie. Une décennie là-bas (là-haut ?), au cœur du plus grand désert terrestre. Aujourd’hui âgé de 82 ans, il revient triomphant pour nous souffler un « je vous l’avais bien dit ». Le méritions-nous ? Sûrement.

Entre image d’archives et plans larges époustouflants, Luc Jacquet met en place un dispositif efficace, intelligent assez captivant. Car cette histoire est remarquable, imprégnée de mythes aventureux, à mi chemin entre l’épopée Vernienne et les expéditions de Cousteau.

Le documentaire relate ce souffle pionnier qui a recouvert l’antarctique au lendemain de la seconde guerre mondiale. Quand une fois la paix acquise, l’homme s’est tourné vers des territoires qu’aucun avant lui n’avait foulé, sans carte, sans GPS, sans internet. L’authenticité des images nous emmène au plus près de ces scientifiques, et témoignent de la douleur glaciale dans laquelle ils se sont plongés. Ces terres vierges sont un trésor inestimable pour la compréhension de notre planète, mais le prix à payer pour y cohabiter est lourd de conséquences.

L’antarctique c’est  des températures insoutenables,  un oxygène rare, une banquise stérile, bref une hostilité constante qui ne sera jamais domptée. Et pourtant Claude Lorius semble chez lui dans ses campements improvisés, à forer la glace. Cherchant inlassablement à prouver que l’être humain est en train de dérégler la planète. Une chose qu’il est certes bon de rappeler à l’heure où le climatosceptisme se médiatise. La leçon aurait pu s’arrêter là. Pourquoi surcharger les images avec cette voix off qui récite son élégie ? Pourquoi prophétiser à ce point Claude Lorius ?

Un manque de délicatesse dans le texte qui nous laisse un goût amère au moment de clore le film. Alors évidemment, il était difficile d’en faire autrement, l’histoire narrée ne pouvait que tourner en fable écologique, puisque c’est ce qu’elle est. Luc Jacquet avait fait le travail nécessaire, pour nous emmener sur le pôle sud, avec des plans contemplatifs saisissants de ce continent meurtri : le sous-texte était fort, l’explicite plus futile. Mais cette partie reste concentrée sur la conclusion ; la majorité du film poursuit les années et les découvertes, un coup avec les Ricains, un coup avec les Sovièts. Un cheminement aux airs épiques et intimes qui grave l’engagement d’une vie, et qui valait la peine d’être porté à l’écran.

Synopsis: Luc Jacquet met en scène l’aventure de Claude Lorius, parti en 1957 étudier les glaces de l’Antarctique. Il nous raconte l’histoire d’une vie extraordinaire de science et d’aventure, consacrée à percer au plus profond des glaces de l’Antarctique les secrets bien gardés du climat.

https://www.youtube.com/watch?v=SaIDxbEwL8w&feature=youtu.be

Fiche technique: La Glace et le Ciel

Réalisateur: Luc Jacquet
Scénario: Luc Jacquet
Acteurs: Claude Lorius
Photographie : Stéphane Martin
Musique: Cyrille Aufort
Montage: Stéphane Mazalaigue
Producteur: Richard Grandpierre
Distributeur: Pathé/ Wild Bunch
Origine: France
Genre: documentaire
Durée: 1h29
Date de sortie: 21 octobre 2015

Chronic, un film de Michel Franco : critique

Grands corps malades

Il y a quasiment exactement un an, dans un mois d’octobre durant lequel les esprits commencent à s’engourdir de froid en attendant les chaleurs des fêtes de Noël, un film terrible et dérangeant est sorti pour secouer le cinéphile : The Tribe, du réalisateur ukrainien Miroslav Slaboshpitsky. Un film qualifié de « merveille abrasive » par notre confrère d’Ecran large, et que nous avons jugé « important, dérangeant et expérimental » ici même (la critique de The Tribe ici).

Les mois passent, Octobre revient déjà, et le film terrible et dérangeant de l’année nous tombe dessus : Chronic, le nouveau film de Michel Franco, après le très éprouvant Después de Lucia, lui même précédé du difficile Daniel & Ana. Ce dernier, qui est le premier du mexicain, met en scène un frère et d’une sœur qui se reconstruisent difficilement, après des traumatismes suite à un kidnapping public dont ils ont été victimes. Un film peu commode, mais encensé par la critique, et sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2009. Después de Lucia a raflé deux prix à la sélection Un certain Regard à Cannes en 2012, avec une histoire d’humiliation et de harcèlements à l’école. Mais plus les films de Michel Franco se radicalisent, plus Cannes les aime. En effet, directement en Sélection Officielle, il en ressort avec le prestigieux prix du scénario. Un film dérangeant, donc, car il nous montre des choses que nous n’avons pas la force de regarder tous seuls.

Dès la première seconde, la première image, Chronic nous happe pour ne plus nous lâcher jusqu’à un final percutant comme on en voit rarement. Depuis ce pare-brise, le spectateur observe en caméra subjective une autre voiture, une femme de dos la rejoint pour la conduire. Nous partons à sa suite, dans un plan séquence assez conséquent, mort d’inquiétude déjà, car nous ne savons pas avec qui on voyage. Puis la caméra bouge légèrement, et on aperçoit le conducteur, interprété par Tim Roth, un acteur dont la vue va rassurer quelque peu le spectateur.

Dans le plan suivant, l’homme s’installe devant son ordinateur et épluche longuement les photos du compte Facebook d’une femme très jeune. Sans aucune musique et sans aucun dialogue à ce stade, le cinéaste a déjà installé une ambiance anxiogène. Et quand plus tard, on le voit nettoyer scrupuleusement une femme squelettique, les yeux clos, ne tenant pas debout sous la douche, on ne sait toujours pas si cet homme est bon ou mauvais, si ces gestes minutieux sont les gestes d’un parent attentif et aimant, ou au contraire ceux d’un pervers prêt à toutes les ignominies. Ainsi va le film de Franco, plein de mystère, ne livrant rien en pâture, laissant le spectateur se débrouiller avec les bribes d’information qu’il arrive à attraper ici ou là, s’il n’est pas totalement absorbé par le spectacle qui se déroule sous ses yeux, le spectacle de l’être humain dans son noyau le plus intime, l’être organique en train de vivre et en train de mourir.

David, puisque c’est ainsi qu’il s’appelle, est un infirmier qui s’occupe de malades chroniques en phase terminale. A la place des proches, il lave, nourrit, divertit ses patients, assiste à leur enterrement, sans que l’on comprenne ses motivations. Lorsque survient le décès de sa première patiente, David finit par évoquer celui de « sa femme », puis s’implique davantage auprès de son prochain patient, un certain John qu’il appelle « mon frère ». Ces mourants sont sa famille, ses semblables.

Le cinéaste donne à voir avec beaucoup de respect les relations intimes entre un homme qui veut donner des soins jusqu’au malaise et l’incompréhension (il sera accusé de harcèlement sexuel dans une des familles), et des hommes et des femmes qui doivent recevoir ces soins malgré eux. Il montre avec maestria à quel point cet homme, David, un mort vivant pour des raisons qui seront révélées parcimonieusement, est en communion avec ses patients, des vivants morts. Tim Roth, que Michel Franco a rencontré lorsqu’il fut le président du jury qui lui a remis un prix pour Después de Lucia, et pour qui le cinéaste a écrit sur mesure le rôle, est magistral dans sa manière d’embrasser son personnage. Hermétique et mystérieux comme le scénario, infiniment empathique sur le plan professionnel, perdu et vulnérable dans la vie privée. Très modeste dans son jeu, Tim Roth qui est de tous les plans se met en retrait pour être au service du film, du scénario, du réalisateur

Encore plus que dans ses précédents films, il n’y a pas une once de graisse  dans le Chronic de Michel Franco : aucune musique, quasiment aucun mouvement de caméra, des plans séquence sans coupe, la vérité nue de l’humanité filmée dans sa version la plus simple, sans fioritures. Seule, la magnifique lumière du français Yves Cape illustre son propos. On pense bien sûr à Haneke et son film Amour, mais en la personne de Franco, on a trouvé un cinéaste encore plus froid, encore plus minimaliste que Haneke. Ou alors, on pense au Haneke des premiers films, des films cliniques et froids, et pourtant aussi hypnotisants que Chronic.

Michel Franco confirme avec ce film très singulier, et émouvant à sa manière, qu’il devient un cinéaste incontournable, un réalisateur essentiel au cinéma pour la forme, mais aussi pour les thèmes qu’il choisit de développer. Un digne représentant du foisonnant cinéma mexicain.

SynopsisAide-soignant, David travaille auprès de personnes en phase terminale. Méticuleux, efficace et passionné par son métier, il noue des relations qui vont bien au-delà du cadre médical et instaure une véritable intimité avec ses patients. Mais dans sa vie privée, David est inefficace, maladroit et réservé. Il a besoin de ses patients tout autant qu’ils ont besoin de lui…

Chronic – Fiche technique

Titre original : Chronic
Date de sortie : 21 Octobre 2015
Réalisateur : Michel Franco
Nationalité : Mexique, France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 92 min.
Scénario : Michel Franco
Interprétation : Tim Roth (David), Rachel Pickup (Sarah), Robin Bartlett (Marta), Michael Cristofer (John), Sarah Sutherland (Nadia), Nailea Norvind (Laura)
Tate Ellington (Greg), Bitsie Tulloch (Lidia), Kari coleman (La sœur de Sarah), Maribeth Monroe (la nièce de Sarah), Claire van der Boom (Alice), David Dastmalchian (Bernard)
Musique : –
Photographie : Yves Cape
Montage : Julio Perez IV
Producteurs : Michel Franco, Gina Kwon, Gabriel Ripstein, Moisés Zonana, Grégoire Lassalle
Maisons de production : Stromboli Films, Vamonos films, Lucia films, Videocine
Distribution (France) : Wild Bunch
Récompenses : Prix du scénario : Michel Franco, Cannes 2015, Sélection officielle,
Budget : –

Code Momentum, un film de Stephen S. Campanelli

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Une série B efficace…

A son arrivée, l’E-cinema nous a été présenté comme un nouveau mode de distribution n’ayant rien à voir avec une sortie directe en vidéo. Il était tout au plus une occasion de découvrir plus facilement des productions dotées d’une vraie légitimité malgré un avenir commercial peu assuré dans l’encombrement des sorties cinéma. Quelques mois plus tard, on commence à y voir un peu plus clair : si les films distribués par TF1 Vidéo bénéficient toujours d’un très bon casting, il ne s’agit pas forcément de leurs productions les plus prestigieuses et on a déjà eu l’occasion de voir Pierce Brosnan, Ewan McGregor, Salma Hayek ou ici Olga Kurylenko dans des films plus riches en argent et en talent.

Ce n’est pas grave. Il existe un vrai plaisir à regarder une bonne série B : un film qui trace son chemin dans les limites de son budget, que l’on regarde en sachant à quoi s’attendre et dont on ressort satisfait. Code Momentum fait partie de ces films et tire un parti intéressant des ressources dont il dispose.

Son premier atout est d’être divertissant, gardant un tempo élevé durant au moins la première heure. Si nous sommes restés volontairement très vagues dans le synopsis et si nous vous déconseillons de regarder la bande-annonce, c’est qu’une bonne partie du plaisir tient aux nombreux rebondissements qui s’y enchaînent. Parti pour être un film de braquage qui tourne mal, le film devient vite un thriller d’autant plus haletant que l’on ne sait pas qui est l’ennemi et ce qu’il cherche. Les scènes d’action musclées se suivent de manière très rapprochées, et si aucune d’entre elles n’est extraordinaire en elle-même, leur accumulation en est fort appréciable.

Son deuxième atout est d’avoir des personnages plutôt badass. Avec ses braqueurs en tenue high-tech, son méchant en costume so-british, et ses sbires aux looks et aux poses travaillées, le film crie constamment au spectateur son désir de coolitude. On pense régulièrement à Mi$e à prix pour cette arrivée constante de nouveaux personnages tous plus frimeurs les uns que les autres mais à l’espérance de vie pas forcément énorme pour autant, à la différence que Code Momentum donne à chacun une vraie bonne scène d’action pour exister.

Son troisième atout enfin est bien sûr Olga Kurylenko. Peu vêtue durant une bonne partie du film, elle joue pourtant un rôle de femme forte capable de se sortir des pires situations, de sauter dans des gaines d’aération, de frapper de l’agent secret, ou de survivre aux poursuites en voiture les plus périlleuses tout en conservant un certain sens de l’éthique. On comprend l’intérêt de l’actrice pour ce rôle : après avoir joué la James Bond Girl, c’est elle qui mène ici l’action dans un rôle bien plus proche de ceux de Milla Jovovich que de celui qu’elle tenait dans le A la merveille de Terrence Malick.

Trois atouts qui, combinés, procurent un vrai plaisir de série B, celui d’un film pas forcément très intelligent, mais rythmé, avec des acteurs qui en font un peu trop mais dont le plaisir est assez communicatif.

… Mais une série B néanmoins

Le charme opère une heure durant. Le film dure malheureusement 90 minutes, et tel le carrosse de Cendrillon voué à redevenir citrouille, la réalité rattrape peu à peu Code Momentum.

Rendant par le nom de code de ses méchants autant hommage à Point Break (pour le côté présidents américains) qu’à Reservoir dogs (pour le côté Mister), le film bascule dans son dernier acte de l’action de l’un à la psychologie et aux dialogues de l’autre. Malheureusement, n’est pas Quentin Tarantino qui veut, et les tirades de James Purefoy se transforment bien vite en cabotinage assez inintéressant. Le rythme ainsi brisé, la fusillade finale aura un goût de trop peu trop tard, le film ayant en plus l’idée assez douteuse de se terminer par une fin ouverte.

Cette mauvaise note finale a le mauvais goût de faire remonter à l’esprit les défauts que l’enthousiasme initial occultait. En cameraman réputé, Stephen S. Campanelli multiplie les plans et les axes de caméras, pour un résultat pas toujours heureux et peu mis en valeur par une image numérique parfois assez laide. Les détails de production typiques d’une série B deviennent plus apparents aussi : la localisation en Afrique du Sud que rien ne justifie à part la nationalité des producteurs, un Morgan Freeman déconnecté de l’action et qui n’a pas dû avoir plus d’un jour de tournage, ou une musique des plus standards.

Le film d’une Olga sûre ?

Deux âmes se partagent le corps d’Olga Kurylenko : l’une recherche les productions Hollywoodiennes prestigieuses, l’autre se contente de séries B comme ce Code Momentum.
Contrairement à un The raid qui transcendait son peu de moyens par une inventivité et une puissance rarement vues, Code Momentum est un film d’action moyen mais sympathique, qui étonne et séduit dans sa première heure avant que le soufflé ne retombe gentiment sur la fin. On reste tout de même sur une bonne impression, et sur l’idée que ce film ferait un parfait complément au premier Hitman dans une de ces soirées thématiques – action dont les chaînes de la TNT ont le secret.

Synopsis : Après un braquage qui ne s’est pas déroulé sans accrocs, Alex (Olga Kurylenko) découvre bien vite que la police n’est pas son ennemi le plus redoutable, et que toute son équipe est menacée.

Code Momentum – Bande annonce :

Code Momentum: Fiche technique

Titre original :Momentum
Date de sortie : 13 novembre 2015 (E-cinema)
Nationalité : Etats-Unis, Afrique du Sud
Réalisation : Stephen S. Campanelli
Scénario : Adam Marcus, Debra Sullivan
Interprétation : Olga Kurylenko, James Purefoy, Colin Moss, Shelley Nicole
Musique : Laurent Eyquem
Photographie : Glen MacPherson
Décors : Thomas Gubb
Montage : Doobie White
Production : Donald A. Barton , Anton Ernst
Sociétés de production : Azari Media, Thaba Media
Sociétés de distribution : TF1 Vidéo
Budget : 20 000 000 €
Genre : Action
Durée : 01h36

Retrospective Martin Scorsese : Les Infiltrés, critique du film

Adapté du film hongkongais Infernal Affairs, d’Andrew Lau et Alan Mak, Les Infiltrés est beaucoup plus qu’un simple remake. En effet, Scorsese reprend le cadre de l’histoire mais l’adapte à son propre univers, avec ses thématiques personnelles et ses réflexions sur la morale et la violence, sujets qui traversent toute son œuvre.

Synopsis : à Boston, en plein conflit entre la police de l’état et la mafia, l’agent William Costigan (Leonardo DiCaprio) est chargé d’infiltrer la mafia et devient l’un des bras droits du parrain Frank Costello (Jack Nicholson) qui, de son côté, a sa propre taupe, Colin Sullivan (Matt Damon), au sein des forces de l’ordre.

Confusion d’indentité
Le film est d’emblée marqué du sceau de la confusion. Confusion d’identité des personnages, pour commencer. Scorsese s’amuse du paradoxe qui consiste à transformer les deux traitres en « personnes de confiance », au point que Sullivan, l’agent mafieux infiltré dans la police, est chargé de découvrir qui est la taupe (donc de se découvrir lui-même).
Mais c’est avec le personnage de Costigan que le problème de l’identité devient essentiel. Le dossier de police le concernant, qui contient les véritables renseignements à son sujet, fait l’objet d’un chantage et Costigan est menacé de perdre définitivement sa personnalité, disparaissant à tout jamais des rangs de la police pour rester enfermé dans son rôle de truand.
Confusion morale
Cette menace est d’autant plus grave qu’elle se rajoute à une autre confusion, morale celle-là. En effet, à force d’assister, voire de participer aux exactions du parrain Costello, Costigan sombre dans la violence et risque de se perdre lui-même. En mélangeant les rôles, le film brouille la frontière entre police et mafia, entre Bien et Mal. Costello le dit lui-même : « que l’on soit flic ou criminel, quand on est face à un flingue, quelle est la différence ? »
Et c’est bien là l’une des grandes forces de ce film : quelle différence y-a-t-il entre les mafieux et les policiers ? Où se situe précisément la frontière morale qui sépare le criminel du gardien de la paix ? Si, comme Costigan, dans le cadre du métier de flic, on doit commettre des actions criminelles, de quel côté se trouve-t-on ? Et y a-t-il un retour possible à la « normalité » ? C’est bien là ce qui se cache derrière cette histoire d’identité perdue : peut-on côtoyer le Mal sans subir son influence durablement ?

Film politique
L’autre aspect du film est plus politique. Comme bien d’autres (Les Affranchis, Casino…), Les Infiltrés est un film sur le pouvoir. Ainsi, on comprend vite que si Sullivan est une taupe de Costello, c’est parce que cela lui permet d’assouvir son ambition. Car le personnage est avide de pouvoir ; deux preuves nous le montrent : d’abord sa rapide ascension au sein de la police, puis le choix très judicieux de son appartement, avec vue sur le lieu de pouvoir de Boston. À ce titre, l’image finale du film est très significative : un rat, symbole de trahison, passe devant le siège du gouvernement du Massachussetts.
L’information se révèle vite être un principe du pouvoir. Le vainqueur, celui qui domine les autres, c’est celui qui maîtrise l’information. Cela signifie connaître à l’avance les mouvements des adversaires, d’où l’importance des infiltrés. Mais cela nécessite aussi de verrouiller ses propres informations. Ainsi, Costello cache certains détails le concernant, que l’on apprendra tard dans le film.

Violence omniprésente
Comme souvent chez Scorsese, dans ce film, il est question de violence. Le monde du cinéaste est un monde de la violence, d’où son intérêt pour les mafieux, dont l’univers est une reproduction en miniature du monde dans lequel nous vivons.
La violence de Scorsese est partout. Elle ne se contente pas d’être physique, elle est morale, psychologique, sociale, etc. Tous les rapports sont violents. Costello n’est pas le seul à user de violence. Les propos de Sean Dignam (Mark Whalberg, excellent, comme d’habitude) envers Costigan sont très significatifs de rapports sociaux basés sur la domination violente. L’idée que Costigan, né dans un quartier pauvre, ayant des membres de sa famille affiliés à la mafia, ne peut pas être policier malgré ses bons résultats, et qu’il sera plus crédible en mafieux, en dit long sur une Amérique où l’égalité des chances n’est qu’une illusion.
Bien entendu, dans un tel contexte, la violence physique éclate régulièrement. Comme toujours chez Scorsese, elle arrive d’un coup, d’autant plus brutale qu’elle est explosive. Les Infiltrés est un film brutal et c’est un film sur la brutalité.

Maîtrise technique
Les qualités techniques de Scorsese ne sont plus à prouver. Ici, on les retrouve toutes : cadrage, sens du rythme (le film avoisine les 2h30 mais défile à toute vitesse), construction rigoureuse, personnages complexes et magnifiquement interprétés, et bande son exceptionnelle. Une fois de plus, le réalisateur travaille avec la monteuse Thelma Schoonmaker (veuve du cinéaste Michael Powell, avec laquelle il a fait quasiment tous ses films et qui a remporté trois Oscars du meilleur montage, pour Raging Bull, Aviator et Les Infiltrés).
Quant à la photographie, elle est confiée à Michael Ballhaus (qui était le directeur de la photo attitré de Fassbinder), avec lequel Scorsese avait déjà travaillé sur After Hours, Les Affranchis et Le Temps de l’innocence.
En bref, le cinéaste s’entoure de ses techniciens favoris et revient à un de ses sujets de prédilection, la mafia employée comme symbole de notre monde, pour faire un grand film qui dépasse largement le cadre du simple remake pour devenir une œuvre personnelle passionnante et une des grandes réussites du cinéaste.

Les Infiltrés : bande annonce

Les Infiltrés : fiche technique

Titre original : The Departed
Date de sortie originale : 26 septembre 2006
Nationalité : Etats-Unis
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : William Monahan, d’après le scenario de Infernal Affairs, écrit par Alan Mak et Felix Chong
Interprétation : Leonardo DiCaprio (William Costigan), Matt Damon (Colin Sullivan), Jack Nicholson (Frank Costello), Martin Sheen (Queenan), Mark Whalberg (Sean Dignam), Alec Baldwin (Ellerby), Vera Farmiga (Madolyn), Ray Winstone (Mr. French)
Musique : Howard Shore
Photographie : Michael Ballhaus
Décors : Leslie Rollins
Montage : Thelma Schoonmaker
Production : Brad Grey, Graham King, Gianni Nunnari, Brad Pitt
Société de production : Warner Bros, Plan B Entertainment, Initial Entertainment Groupe, Vertigo Entertainment
Société de distribution : Warner Bros
Budget : $ 90 000 000
Genre : film mafieux, drame
Durée : 150’
Récompenses : Oscars 2007 du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleur scénario adapté.
Golden Globe 2007 du meilleur réalisateur.