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Festival des 3 continents: le dernier Hou Hsiao Hsien en avant-première

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The Assassin : retour gagnant du cinéaste taïwanais Hou Hsiao Hsien

Cela faisait presque une décennie que nous n’avions pas vu un film de Hou Hsiao Hsien ; une absence rompue lors du dernier festival de Cannes, où il présente The Assassin et remporte le prix de la mise en scène. Ce dix-neuvième long métrage faisait aussi figure d’évènement lors de la 37ème édition du festival des 3 continents, puisque nous ne pourrons le découvrir en salle que lorsque l’année 2016 sera bien entamée (sans doute courant avril).

Un privilège en somme pour la petite salle du Katorza, pleine à craquer ; et aussi une nouvelle preuve de l’excellente relation qu’entretient le festival avec les grands cinéastes asiatiques. Il faut dire que Hou Hsiao Hsien repart vainqueur de Nantes par deux fois durant les années 80 (Montgolfière d’or pour Les garçons de Fengkuei, et Un été chez grand père en 84 et 85). Après cette (longue) césure, le réalisateur taïwanais revient en conquérant langoureux et signe un film de genre éblouissant.

Si l’on a vu une de ses œuvres, on sait qu’il entretient une relation assez singulière avec le rythme et son ressenti ; et alors que le film de sabre répond dans notre imaginaire collectif à certains critères de furtivité et de violence, il était tout à fait intriguant d’imaginer comment le cinéaste allait réunir les deux. Et la réponse apportée est avant tout esthétique. Une application quasi obsessionnelle à faire de chaque secondes de ce film un tableau épique ou une estampe mystérieuse. La scène d’ouverture, en noir et blanc, est d’une pureté qui nous aurait presque fait regretter la photographie colorée de Mark Lee Ping Bin (In the mood for love) si celui-ci n’enrobait pas le film d’une beauté plastique qui sied parfaitement à l’incandescence guerrière de Shu Qi.  L’actrice est parfaite en mante religieuse abîmée et vengeresse.

La liste des flatteries est longue tant il est appréciable de contempler ce film de Hou Hsiao Hsien, qui emprunte autant à l’orfèvrerie qu’à la poésie. On pourrait également parler longtemps des costumes, ces silhouettes armées qui fusent d’arbres en arbres, ces kimonos qui chatoient dans des palais luxuriant et précieux. Mais si The Assassin ne s’arrête pas à sa beauté formelle, il est cependant freiné par la confusion qui émane de l’histoire, une légende traditionnelle qui provient d’une Chine très ancienne et qui a du mal à trouver tout son sens sous la caméra de Hou Hsiao Hsien. Pourtant les schémas sont simples : Nie Yinniang revient dans sa famille après plusieurs années d’exil.

Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d’éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo, mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Ji’an. Fragilisé par les rébellions, l’Empereur a tenté de reprendre le contrôle en s’organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Ji’an décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau jade. C’est maintenant qu’elle va devoir choisir entre sacrifier l’homme qu’elle aime ou rompre définitivement avec l’ordre des Assassins. Il est peut être bon d’avoir ces quelques lignes en tête afin de ne pas boire la tasse lorsque nous tomberont dans cette mer d’images. Et quand bien même l’intrigue de cette fable chevaleresque nous filerait entre les doigts, on se laissera bercer par ce courant unique et somptueux.

La Bande-annonce de The Assassin de Hou Hsiao Hsien :

Happy Hour : Hamaguchi doublement récompensé

Si le temps est élastique dans les films du taïwanais, que dire du film Happy Hour de Ryusuke Hamaguchi ? Le cinéaste japonais accouche d’un film de 5h17, mais cela n’a effrayé en rien les festivaliers cette semaine, puisqu’ils lui ont décerné le prix public ; récompense qui trouvera sa grande sœur en la présence de la montgolfière d’argent également ! Un poids horaire hors norme mais qui pèse finalement peu sur le rendu du film ; car bien des réalisateurs nous assomment en moins de 2 heures. Hamaguchi propose une expérience, une invitation, dans la vie de 4 femmes japonaises dont l’amitié a forgé des liens solides, mais qui peu à peu se décomposent à l’annonce du divorce et la fuite de l’une d’entre elles. Ayant le temps de s’attarder, le cinéaste japonais peaufine ce quatuor féminin, et dresse happy-hour-film-hamaguchi-montgolfière-d-argentdes portraits attachants, intimes, réalistes de la femme moderne japonaise. Un travail bâti dans le quotidien et les dialogues, parfois autour de longues scènes aux allures de chapitres, qui au fûr et à mesure dévoilent le désamour qui anime les différents couples. Une sororité malheureuse qui se soutient autant qu’elle s’attaque, où chacune de ses femmes essaie de régler ses problèmes dans la vie des autres ; une façon pour elles de camoufler leur propre solitude, et d’éviter leur réalité. Hamaguchi appose sa caméra, souvent fixe, sur quatre actrices vibrantes, et désenchante (parfois plus que nécessaire, avec des hommes un peu trop ridicules) la vie à deux. Un film sobre, élégant, juste, qui offre quelques séquences de hautes volées.

La bande-annonce de Happy Hour de Ryusuke Hamaguchi :

Pourquoi j’ai pas mangé mon père, un film de Jamel Debbouze : Critique

Pour sa toute première réalisation, autant dire que Jamel Debbouze s’est montré des plus ambitieux. En effet, au lieu de livrer un long-métrage des plus classiques, l’humoriste a préféré se lancer dans la mise en chantier d’un film d’animation.

Synopsis : L’histoire d’Édouard, fils aîné du roi des simiens qui, ayant été rejeté par les siens à cause de son aspect chétif, va se retrouver plonger dans une aventure qui va lui permettre de révolutionner l’ordre établi et mener son peuple vers l’évolution de l’humanité…

Jamel Debbouze singe son ambition

En motion capture, qui plus est ! Vous savez, cette technique qui a permis à Peter Jackson de donner naissance à Gollum ? Qui a aidé James Cameron à concrétiser son Avatar ? Qui s’est montré décisif pour la direction artistique du Tintin de Steven Spielberg ? Vous l’aurez compris, Jamel s’était lancé un pari d’envergure qui aurait très bien pu offrir de nouveaux horizons au cinéma français, aussi bien en termes de comédie que d’animation. Malheureusement, il s’est totalement loupé sur ce coup, et ce malgré le succès commercial de Pourquoi j’ai pas mangé mon père (plus de 2,3 millions d’entrées).

Déjà au niveau de l’aspect visuel : c’est tout simplement laid ! Il est vrai que Jamel Debbouze n’a pas bénéficié d’autant de moyens que sur Le Domaine des Dieux (23 millions d’euros contre un minimum de 30 millions), ni d’un talent aussi confirmé que Louis Clichy (ce dernier venant de chez Pixar). Mine de rien, il n’est pas excusable que Jamel se contente ainsi d’une œuvre qui, de nos jours, s’apparente bien plus à une cinématique de jeu vidéo issu de la première PlayStation que d’un film d’animation digne de ce nom. Et pour cause, l’ensemble ne donne nullement l’impression d’avoir été terminé, proposant pour le coup un visuel des plus discutables. Aux décors grossiers. Aux couleurs bien trop agressives pour la rétine. Aux personnages inexpressifs et raides comme des piquets ayant une gestuelle pesante et approximative. D’autant plus que le tout manque cruellement de finesse et de fluidité pour accrocher l’œil. Peut-être que si Jamel ne s’était pas autant pressé et avait pris plus de temps à fignoler son projet, le public aurait sans doute eu droit à quelque chose de bien plus présentable que cela.

Mais même si le rendu visuel avait été soigné, Pourquoi j’ai pas mangé mon père se serait montré tout aussi décevant qu’il ne l’est déjà. La faute revenant principalement à une écriture en roue libre, qui transforme l’œuvre de Roy Lewis (Pourquoi j’ai mangé mon père, roman riche en thématiques) en un one man show raté. Un film dans lequel Jamel Debbouze ne fait que se donner en spectacle au point de se représenter littéralement à l’image (jusqu’à son atrophie) et en faisant jouer sa propre femme Mélissa Theuriau, productrice de métier et non actrice. N’en faisant que pour lui, Debbouze en oublie de donner de la matière à son histoire qui part véritablement dans tous les sens, se présentant telle une coquille vide et énervante à cause de comédiens braillant constamment à plein poumons (n’ayant pas eu droit à une sensationnelle direction d’acteur). Et surtout, il fait l’impasse sur ce qu’il réussit pourtant le mieux, à savoir l’humour. Contre toute attente, Pourquoi j’ai pas mangé mon père se révèle être avare en gags et ne met que trop rarement dans le mille, les situations comiques et autres réparties tombant bien trop souvent à plat. Tout comme ce soi disant hommage à Louis de Funès (deux personnages, notamment celui de Vladimir, ayant son faciès et ses mimiques) qui le singe comme ce n’est pas permis. Autant dire qu’avec un divertissement qui brasse du vent et qui ne fait pas spécialement rire, les adultes et surtout les enfants n’auront pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Reste-t-il au moins des atouts à Pourquoi j’ai pas mangé mon père pour sauver les meubles ? Pas vraiment … Peut-être un rythme un chouïa endiablé qui permet à certaines séquences (comme celle de la charge des rhinocéros) de sortir du lot de par leur dynamisme. Ou encore une bande son, également en roue libre, mais qui offre un peu d’énergie à cette animation bien balourde et mollassonne. Certes, les plus jeunes pourront s’en contenter et se laisser aller sans s’ennuyer une seule seconde, mais cela n’est toujours pas suffisant pour faire passer cette terrible déception. Preuve que malgré son ambition et sa volonté, Jamel Debbouze s’est montré bien trop paresseux et n’a tout simplement pas l’étoffe d’un metteur en scène. Et ceci n’est pas une question d’animation, car même en dehors de ce genre de cinéma, il faut savoir diriger ses comédiens tout en parvenant à mettre en image ses idées via les différentes techniques mises à disposition (dont le montage, les effets spéciaux…). Critères que Jamel n’arrive pas à remplir ici, donnant pour le coup un produit brouillon au possible.

Pas sûr que les fans les plus assidus de l’humoriste puissent avoir leur compte avec ce long-métrage. Pourquoi j’ai pas mangé mon père a beau partir d’une idée novatrice pour le cinéma français, il n’est finalement rien d’autre qu’un cuisant échec sur bien des points. Si Jamel décide de persister sur la voie de la réalisation, il lui est fortement conseillé de faire mieux que cela. Sinon, il n’est vraiment pas certain que son prochain projet parvienne à réunir autant de spectateurs que Pourquoi j’ai pas mangé mon père.

Pourquoi j’ai pas mangé mon père : Bande-annonce

Pourquoi j’ai pas mangé mon père : Fiche technique

France, Italie – 2015
Réalisation : Jamel Debbouze
Scénario : Jamel Debbouze, Fred Fougea, Jean-Luc Fromental, Ahmed Hamidi, Victor Mayence, Pierre Ponce, John R. Smith et Rob Sprackling, d’après l’oeuvre de Roy Lewis
Interprétation : Jamel Debbouze (Édouard), Mélissa Theuriau (Lucy), Arié Elmaleh (Ian), Patrice Thibaud (Vladimir et Serguey), Christian Hecq (Siméon), Diouc Koma (Vania en motion capture), Adrien Antoine (doublage de Vania), Georgette Kala-Lobé (la Sorcière)…
Date de sortie : 8 avril 2015
Durée : 1h32
Genre : Animation
Direction artistique : Charles Pottier
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Musique : Laurent Perez
Producteurs : Fred Fougea et Romain Le Grand
Productions : Pathé, Boréales, Kiss Films, M6 Films, Cattleya, uFilm, Canal +, Ciné +, M6, W9, Stellar Mega Films, uFund, Le Tax Sherlet du Gouvernement Fédéral de Belgique et CNC
Distributeur : Pathé

Le Grand jeu, un film de Nicolas Pariser : critique

Le Grand jeu trompe en quelque sorte son spectateur dans ses premières images. Tout commence comme dans un film muet, où un ballet de portes s’ouvre. On y croise des personnages qui entrent et sortent d’une pièce où semble d’abord se jouer une arrestation feutrée dans un hôtel périphérique.

Synopsis : Pierre Blum, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d’un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange qui le replongera dans un passé qu’il aurait préféré oublier et mettra sa vie en danger. Au milieu de ce tumulte, Pierre tombe amoureux de Laura, une jeune militante d’extrême gauche; mais dans un monde où tout semble à double fond, à qui peut-on se fier ?

Jeux dangereux

Bientôt, c’est une fuite qui s’invente. La caméra survole toute cette scène, sans s’attacher à un personnage en particulier (nous recroiserons la plupart des figures esquissées par la suite). Passée cette scène, on entre dans le vif du sujet. La caméra s’arrête sur Pierre (Melvil Poupaud) et Joseph (André Dussolier). Leur rencontre apparaît d’abord comme un pur hasard. Mais nous découvrirons très vite que le film ne laisse rien au hasard, les cartes sont jouées d’avance, pourtant les personnages semblent toujours avoir un coup de retard sur le metteur en scène tout puissant. Jospeh apparaît comme celui qui tire les fils de l’intrigue (c’est lui qui décide où va Pierre), mais il les tire très mal, de manière si désarticulée que la réalité lui échappe. Finalement, Le Grand Jeu est un film très bavard avec des dialogues très bien écrits et un sens de l’ironie où chacun en prend pour son grade. La définition de la politique – et du rôle des journalistes politiques ici assimilés à des «commentateurs sportifs» – est assez savoureuse. Car la politique est au cœur du film. Pourtant, si le point de départ du film est l’affaire Tarnac, l’objet purement politique est assez vite évacué. Le réalisateur s’intéresse avant tout aux personnages, à leurs mots, à leur interactions, à leurs dilemmes personnels. Pour cela, il a minutieusement choisi ses acteurs, de Melvil Poupaud à Clémence Poesy, en passant par Sophie Cattani, tous sont parfaitement dans leurs rôles.

Ambition balzacienne et littéraire

Sans ménager son suspense, et ses grands déplacements (on passe de Paris à la campagne avant de finir dans le fin fond du Kent, en Angleterre, sans oublier les librairies, point d’ancrage de l’œuvre « politique » de Pierre), le film est avant tout une fresque sociale (mais sans la pesanteur de l’appartenance à un milieu) où se croise un foisonnement de personnages. Des hommes, enfin, surtout Pierre et les femmes qui sillonnent son chemin. Il est autant question de politique –soit d’exercice du pouvoir et de tactique politicienne – que d’engagement idéaliste et aussi de désengagement. Car Pierre est un personnage central pourtant à côté de sa vie, en retrait. Quand on le rencontre, il a cessé toute activité salariale et ne voit plus grand monde à part son ex-femme. Cette ancien « écrivain prometteur » qui n’a jamais passé le stade du premier livre, a remis en cause le sens de l’engagement idéologique, celui de l’extrême gauche. Il s’est fâché avec ses amis et erre dans un grand manteau sombre, dans des mariages où il redoute de « croiser son ex avec sa fille (qui n’est pas la sienne) ». L’élégance serait le maître mot de ce film aux influences diverses, du roman Sous les yeux de l’occident de Joseph Conrad à Triple agent d’Eric Rohmer, ainsi qu’un sens aigu du verbe. L’action est mise en question, pourtant elle peine à s’accomplir, tant des retards viennent perturber les plans des personnages, ou du moins des obstacles.

« Tout est politique »

L’entreprise de peindre des personnages divers, de leur laisser un espace d’expression est fort intéressante. Ici, les scènes durent, là où on aurait tendance à l’ellipse ailleurs, les personnages expriment leur propre contradiction, échangent, s’observent. Mais cette tendance à vouloir donner sa place à chacun éparpille un peu ce film qui « part dans tous les sens ». On ne sait plus vraiment où l’on est, d’autant que l’évacuation de l’intrigue politique (dont on ne comprend que vaguement les enjeux) parait étrange dans le sens où c’est cette intrigue qui sous-tend tout le film, son sens. Dès lors, Pierre est décrit par les personnages qui l’entourent. C’est d’abord cet homme mystérieux qui lui propose un marché, une jeune fille croisée dans une librairie qui lui rappelle le premier baiser avec son ex-femme, sorte de protectrice à laquelle il n’échappe pas et, enfin, Laura, militante pacifiste, interprétée avec douceur par Clémence Poesy. Tous ces personnages gravitent autour de Pierre, silhouette reconnaissable entre mille, mais qui s’échappe à lui-même tant il laisse les autres faire pour lui, décider pour lui, le guider. Lui, n’est qu’un nom sur les couvertures des livres qu’il écrit (et encore, pas sur toutes les couvertures) et qui sont pris en main par les autres personnages du film, qui ont des conséquences sur une vie politique qui pourtant échappe complètement à Pierre. On ne sait donc plus bien où est l’ambition du film, quel milieu il cherche à peindre. Chaque personnage s’inscrit dans une démarche explicative : «pourquoi j’agis ainsi». Dans l’or et le velours des palais politiques comme au cœur d’une ferme, Nicolas Pariser (qui vient du documentaire politique) cherche à dénouer les intrigues, à faire apparaître ce qui est caché. On regrette donc que cette intrigue très bien menée, faite de nombreux enjeux peu explicités et de lieux divers et bien illustrés, ne dure pas plus longtemps. Une heure quarante à peine, c’est en effet un peu juste pour condenser l’ambition du film qui rappelle celle des nombreuses séries danoises ou norvégiennes qui peuplent les soirées télé d’Arte le jeudi soir – de Borgen à Occupied – où intimité des personnages, dilemmes moraux, politique et journalisme se mêlent au fil des épisodes pour mieux s’imbriquer et former un tout extrêmement foisonnant et captivant sur la durée.

La mise en scène est faite de moments solitaires et de groupes. Ici, on oppose «l’anonymat des grandes villes», à la solidarité des «petits villages». C’est qu’un monde doit s’effondrer selon ces militants, alors ils se préparent à vivre autrement. Pourtant, ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’au cœur des palais politiques, tout est déjà joué d’avance. Encore faut-il savoir quand il est bon de sortir du jeu.

Bande annonce Le Grand jeu

A découvrir l’interview du réalisateur Nicolas Pariser donné lors du festival d’Arras

Fiche technique – Le Grand jeu

Titre original : Le Grand jeu
Date de sortie : 16 décembre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Nicolas Pariser
Scénario : Nicolas Pariser
Interprétation : Melvil Poupaud, André Dussolier, Clément Poesy, Sophie Cattani
Musique : Benoit de Villeneuve et Benjamin Morando
Photographie : Sébastien Buchmann – AFC
Décors : Nicolas de Boiscuillé
Montage : Léa Masson (image), Jon Goc (son)
Sociétés de production : Bizibi, Arte France Cinéma (Olivier Père et Rémi Burah)
Sociétés de distribution : Bac Films
Genre : Drame
Durée : 99 minutes

Le Film Noir Festival a encore sévi à Vincennes

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Dans un monde parfait, les réveils n’existeraient pas. A deux reprises, le mien a été plus contraignant qu’une belle prune sur un pare-brise mitraillé par une horde de pigeons mal lunés. Poussé par la motivation d’un coureur olympique et la surprise d’un gosse de 10 ans devant un sapin au parterre coloré, je sors de Paris, car Vincennes abrite pour la 2ème année consécutive, un curieux événement cinéphilique. Le Festival du film noir a élu domicile au cinéma Le Vincennes pour 2 jours et demi, du 26 au 29 novembre. 2 jours et demi durant lesquels les festivaliers se réunissent pour célébrer le crime et un genre en particulier. Des belles rencontres, une rétrospective de 8 classiques sur le thème de la « Femme Fatale », un palmarès de 8 courts métrages en compétition pour deux prix : du jury (équivalent au prix du public) – dont le film bénéficiera d’une diffusion annuelle sur la chaîne 13ème Rue – et du jury jeune (5 adolescents du lycée Berlioz) ainsi que des avant-premières… Le week-end était plus que mémorable !

Journée 1

10h20. L’heure du crime réveil agité. Un mauvais cauchemar façon discount avarié devient souvenir perturbant. Dans 10 minutes a lieu la projection presse de Kiss Me, Deadly. L’allusion au film de Robert Aldrich de 1955 n’est pas anodine (En quatrième vitesse pour le titre français). La Courneuve – Vincennes n’a jamais été aussi proche. J’arrive sur les lieux du crime confus plus que de raison. Amandine, l’attachée presse et cofondatrice/organisatrice, s’active avec un sourire radieux et de longs cheveux ténébreux. D’autres journalistes web ont manqué à l’appel. Encore des réveils trouble-fêtes en guise de prétexte. Sur 10 journalistes attendus pour la rencontre avec l’équipe du film, seuls 4 seront présents. C’est avec des rouleaux cartonnés qu’elle se dirige à l’Office de Tourisme pour préparer la salle de rencontre. J’en profite pour sortir mon carnet et quelques interrogations. De formation de droit, elle s’est tournée vers l’EFAP pour devenir attachée presse. Cinéphile passionnée, elle a longtemps chéri le désir de programmer un festival de cinéma liant Crime & Justice, mais ce sera avec le film noir qu’elle et Géraldine Pioud instaurent l’événement en 2013 en créant Les Alibis, une association de loi 1901. Elles se sont rendues au Festival Noir City qui s’est tenu du 24 janvier au 2 février 2014 au Castro Theater de San Francisco, pour remettre à M. Eddie Muller, spécialiste international du film noir, président du festival américain et fondateur de la Film Noir Foundation, le premier Prix d’honneur du Film Noir Festival, scellant ainsi leur partenariat avec la fondation.

15h. Kristen Vangsness et le réalisateur, accompagnés par deux producteurs, nous avouent avoir eu des problèmes pour financer leur film noir comedy. Sur plus de trois ans, Dean Lemont et l’actrice d’Esprits Criminels ont vêtu smoking, tailleur et perruque. L’actrice s’est démenée pour aider les producteurs à réunir les fonds en comptant sur le soutien fidèle de ses camarades, Joe Mantegna, Shemar Moore, Matthew Gray Gubler et A.J. Cook. Seuls les 3 premiers font parti de la distribution. Kiss Me Deadly est à l’origine une pièce à succès, écrite en 2009 par Bill Robens. Elle comprenait peu de personnages et les comédiens ont dû incarner plusieurs d’entre-eux dans des costumes en noir et blanc. Il était donc difficile de créer d’autres rôles. La parodie d’une heure quarante, qui ne veut nullement remettre au goût du jour un genre disparu, cherche un diffuseur francais, mais ne risquera probablement de sortir qu’en VOD. Hâte d’assister le lendemain à la projection publique.

17h. Retour de Manivelle de Denys de la Patellière se termine en salle 1 tandis que l’indémodable Boulevard du crépuscule de Billy Wilder ne va pas tarder à être projeté. Le temps que le projecteur 35mm se refroidisse. Oui, les films sont diffusés dans leur format d’origine et la séance n’en est que plus réaliste, même si le ronronnement est capitonné dans une salle de projection cloisonnée. Ayant déjà vu et revu sur petit ou grand écran Glorian Swanson et Erich Von Stroheim, je me hasarde à combler le temps, car à 19h30 sont projetés en exclusivité nationale, deux épisodes inédits de la 7ème saison de la série Alfred Hitchock Presents. Merci qui? Merci Elephant Films.

19h35. La petite salle est presque complète et les rires sincères en voyant le gros Alfred faire le clown face à deux armures pour présenter l’épisode qui va suivre. What Really Happened de Jack Smight s’attache à raconter comment la femme d’un riche assureur s’acquitte du meurtre de ce dernier alors qu’en réalité c’est sa meilleure amie et gouvernante qui l’a empoisonné. Deux récits en flash back, des personnages savamment construits et un suspense relativement rôdé font de ce premier épisode un délice en bouche. Bonfire de Joseph Pevney fait de Peter Falk un Robert Mitchum (aka révérend Harry Powell dans La Nuit du chasseur) en carton pâte. L’interprétation est solide, mais l’intrigue relativement plate. Comment un tueur séducteur, prêchant l’évangile, s’énamoure de la nièce (Dina Merrill est le sosie parfait de Barbara Bel Geddes, aka l’ancienne fiancée de James Stewart dans Sueurs Froides, qui a également joué dans 4 épisodes d’AHP) d’une riche tante qui vivait seule. Le huis clos est abandonné pour se concentrer sur l’interaction des deux personnages principaux qui se débarrassent des affaires de la tante. L’intérêt est moins évident, mais le plaisir intact. L’anthologie criminelle adaptée pour la plupart de nouvelles ou histoires vraies restera source d’inspiration et patrimoine télévisuel à conserver. L’occasion de se procurer chez Elephant Films les coffrets des inédits en cette période de fêtes de fin d’année!

21h30. Mulholland Drive continue de retourner les têtes et les hypothèses pour comprendre les réalités alternatives de cette satire d’Hollywood fusent encore 14 ans après. L’occasion pour une salle malheureusement peu remplie de (re)découvrir le 9ème long métrage de David Lynch. Il est vendredi soir et ne nous laissons pas abattre, la peur ne nous fera pas éviter le danger et fuir, c’est bon pour les robinets. Buvons à la joie, au plaisir d’être entre amis, même si je ne connais pas les personnes chez qui je suis.

5h. La tête gonflée à l’hélium, d’une bouteille de rhum qui nous a quitté trop vite, l’estomac qui tient étrangement la route, les yeux roulants et les jambes hyperactives, je retrouve un lit, sain et sauf.

Journée 2

10h15. Un marteau-piqueur s’évertue à fendre le plafond tandis qu’une demi-douzaine d’ouvriers, aussi doux qu’un troupeau de bovins excités à une Feria, font les cent pas avec leurs bottes de 7 chantiers au-dessus dans ma tête. Je sais pas combien de forêts ont été dévastées, ni combien d’arbres y sont passés, mais une chose est sûre, appeler ça gueule-de-bois en cette période de prise de conscience écologique semble être le plus beau compliment qu’on m’ait jamais sorti. Un café soluble et brûlant à la main (« sur » à défaut d’être dans le gobelet), je me hâte, car c’est aujourd’hui que les hostilités commencent.

11h. 8 courts métrages sont présentés dans la plus grande salle du cinéma Le Vincennes et seulement trois font vraisemblablement référence au Film Noir, telle que la conception le laisse entendre : voix off, crime prétexte, mais intrigue portée sur une séduction malsaine, femme fatale, noir & blanc, atmosphère urbaine oppressante… Les 5 autres, conduits par un humour noir et un regard exclusivement masculin, n’en sont pas moins intéressants pour autant, mais il est curieux de voir leur place sur cet écran. Ni néo- ni tech- noir, ils revisitent la thématique du mafieux qui fait rire malgré lui. Des trois donc qui restent en course, deux sont australiens et un seul français. Je rencontre Maxence à la sortie de la salle. Il n’a pas cru Géraldine Pioud, la 2ème organisatrice/cofondatrice, quand elle lui a annoncé que son court, détonnant et surprenant, a été sélectionné parmi plus de 120 courts venus du monde entier. Le chiffre n’est guère conséquent. L’année précédente, Amandine et Géraldine ont dû regarder et répondre à plus d’un millier de réalisateurs. Elles ont compris que les 5 euros, pourtant nécessaire au financement du festival, étaient trop élevés et décident de réduire les frais d’inscription pour 2016. S’inscrire à un festival de cinéma n’est en général pas sans frais et se plaindre d’une somme dérisoire revient à négliger la qualité de celui-ci. Bref, Maxence, âgé de 31 ans, a plusieurs projets à son actif. In The Shadows, d’une durée d’une minute, tourné en 3 heures dans les rues nocturnes d’Issy-les-Moulineaux, a été conçu dans le cadre d’un concours vidéo américain, le TentSquare Hitchcock Inspired Original Scene Challenge. Seuls les nationalisés étaient autorisés à participer, cependant les organisateurs ont permis à Maxence une projection exceptionnelle.

L’entretien improvisé se transforme en agréable conversation de café. Mais ne loupons pas La Femme au portrait de Fritz Lang, suivi à 15h des Tueurs de Robert Siodmack. De toute façon, la remise des prix aura lieu ce soir. De 7 prix l’année dernière, il n’en reste plus que deux, en espérant que les financeurs soient moins frileux, les réalisateurs moins économes et les festivaliers plus courageux (oui le froid est aussi un obstacle pour certains). Cette année, les deux organisatrices ont dû lancer un kisskissbankbank pour compléter sur les investisseurs privés. La séance de 15h a une première partie. Oui comme les concerts. Un certain jeune Jérémie Duvall vient présenter son court métrage hors-compétition. Une place au soleil est certes très bien réalisé, mais le rapport au film noir est plus complexe. Jusqu’où est-on prêt à aller par ambition? Mulholland Drive est une référence lointaine, pour les deux actrices principales et la pseudo tension sexuelle qui est censée y régner. Cette excursion tient plus de l’ordre du clin d’oeil familial amateur, « hey, on te projette ton film, tu remercies tata? » que d’une programmation dynamique et mûrement réfléchie. Mais par cette échappée curieuse, le Festival garantit de soutenir les talents émergents et cela est remarquable.

17h15. Louis Malle projette Ascenseur pour l’échafaud. Et je vous assure qu’il était bien présent. Si si c’était bien lui dans la cabine de projection ! L’occasion de rencontrer une Jeanne Moreau envoûtante et de replonger dans le jazz de la Nouvelle-Orléans (bien que le film se passe en France) avec la composition de Miles Davis. L’étude approfondie et répétée du film à l’université me convaint, une fois de plus, d’occuper le temps… A La Défense, le marché de Noël est privatisé (deux vigiles surveillent l’entrée), les rues sont moins peuplées et je me prends à être suivi par un étrange individu qui sourit à toutes les personnes dans le métro. Le Film Noir est devenu refrain quotidien…

19h30. Le Vincennes semble n’avoir jamais été aussi peuplé. Une masse d’individus de sexe majoritairement féminin encercle Kirsten Vangsness qui sourit à toutes les dédicaces. L’équipe du film est sur son 31, ainsi que les 5 lycéens du jury jeune et à force d’espaces vides, la salle 1 est devenue formulaire d’admission. Veuillez cocher la proposition correspondante. Sur une centaine de places, les sièges sont parsemés de couples quadra-voire, sexagénaires et d’adolescentes venues voir Penelope Garcia dans la peau d’une femme fatale qui minaude à excès. Elle sort son téléphone, pour nous lire dans un français approximatif, mais compréhensible, un petit discours très touchant. Les deux prix sont remis au même réalisateur français. Lucas de Gastines reçoit la statuette pour Rupert par les mains de l’actrice , inspiré sans le vouloir du sketch Avez-vous déjà vu « Un crime pas parfait du tout ».

Kiss Me Deadly est une parodie du film noir qui ne provoque dans l’ensemble ni le rire ni l’admiration. Sur l’affiche nous pouvons lire une réplique « Why fall in love with a broad you can trust ? That’s like reading a book you already know the ending to. » (« Tomber amoureux d’une nana en qui vous ne pouvez avoir confiance, c’est comme lire un livre dont vous connaissez la fin« ) La mise en scène à l’ambition avortée, sans clairs obscurs, ni personnages secondaires complexes, fait cependant la part belle aux films noirs de série B prêts à combler les séances de minuit. Il manque le pavé humide, les gangsters réellement menaçants, mais le héros détective joué par Dean Lemont est admirable. Mal rythmé, le film noir comedy enchaîne les longueurs et s’éternise sur certains clichés. Le sur-jeux et les dialogues acerbes font du long métrage indépendant de Darrett Sanders, une parodie bien trop bavarde et incertaine, n’attisant que par ellipses les zygomatiques. Le film aurait gagné à puiser toutes les ressources du genre en se positionnant de manière claire. La Cité de la peur et Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre sont devenus cultes par leur savant dosage et les répliques cultes qui n’étouffent jamais le propos ou alors toujours à des desseins réussis de comédie. Ici, la référence certaine annihile le plaisir décomplexé et seuls quelques moments sont vraisemblablement plaisants, à en croire les mêmes rires éparses résonant dans l’obscurité.

22h. La rétrospective de la Femme Fatale se termine sur Basic Instinct de Paul Verhoeven. Des manants qui attendaient dans la file d’attente 2h30 auparavant se sont étonnés de ne pas voir Sharon Stone. Un jeune couple a décidé de son programme le matin même en apprenant que l’actrice Kristen Vangsness était à Paris pour présenter l’avant-première française de Kiss Me Deadly. L’esprit du Film Noir Festival est habité par l’effervescence de dernière minute et la curiosité cinéphilique. De 1200 festivaliers en 2014, le chiffre de cette année sera forcément en-dessous, mais en n’espérant que 2016 soit un meilleur cru. Les chiffres pairs semblent avoir été toujours favorables…

La matinée du dimanche 29 novembre est consacrée aux Tex Avery Cartoons pour un public jeune. J’ai une fois de plus découché, mais le réveil n’aura jamais été aussi agréable grâce au Film Noir Festival qui mérite de compléter sa programmation par des événements plus importants qui permettraient de combler les « meurtres temporels ». A deux reprises, j’ai dû tuer le temps et pour des festivaliers qui ne seraient pas vincennois, il faut comprendre l’éventuelle gêne. Le week-end était mémorable. Mais pourquoi pas envisager des rencontres/dédicaces avec des auteurs? Des quizz ou blind-tests conviviaux pour attirer le public de mon âge ? Diversifier le huis-clos, cela va sans dire.

Longue vie à la 4ème édition!!!

Site du festival

Alicia Vikander rejoint McAvoy au cast de Submergence

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Alicia Vikander intègre le casting de Submergence auprès de James McAvoy :

L’actrice envoûtante de Ex Machina, Alicia Vikander, interprétera cette fois une exploratrice en haute mer dans le prochain thriller romantique Submergence de Wim Wenders (Every Thing will be fine). Elle rejoint ainsi le casting du film auprès de James McAvoy (Docteur Frankenstein) pendant que Erin Dignam (Loved) peaufine son scénario pour un début de tournage en Afrique et Europe fin mars 2016. Le tout sera produit par Cameron Lamb. A 27 ans, la suédoise Alicia Vikander s’est déjà fait remarquer à travers son personnage de cyborg sexy et inquiétant dans Ex Machina mais aussi par d’autres choix de films judicieux et récompensés : Royal Affair, Anna Karénine, Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E. et prochainement The Danish Girl de Tom Hooper. Elle est actuellement sur le tournage du dernier Jason Bourne au côté de Matt Damon.

Adapté du roman éponyme de J.M. Ledgard, Submergence raconte l’histoire de deux amants séparés par des milliers de kilomètres l’un de l’autre alors qu’ils se trouvent dans des situations de vie ou de mort. James Moore (James McAvoy) est un espion détenu par les djihadistes en Somalie tandis que Danielle Flinders (Alicia Vikander) explore les profondeurs de l’Océan…tous deux se raccrochant aux souvenirs de leur romance pour survivre au danger. Isolés dans deux mondes bien distincts, évoluant dans des sphères totalement opposées mais tout aussi tumultueuses – le calme menaçant de la mer face aux violences de la guerre – les pensées des deux amants vont venir se croiser dans des flash-backs tendres qui vont sans nulle doute trancher avec le contexte du film.

Le livre a fait un carton (parmi les 10 meilleurs romans de 2013), le film est assez engageant. Un conte moderne, une histoire d’amour sur fond de guerre (et d’espionnage qui plus est !), c’est toujours vendeur. L’histoire du roman commence d’ailleurs par la rencontre des personnages en France suivie de quatre longues journées lascives et passionnées ! De quoi faire tourner quelques têtes…ajoutez à cela deux stars à la mode dotées d’un certain sex appeal, des paysages sous-marins et un réalisateur qui a fait ses preuves : tous les ingrédients du succès sont réunis !

Voyons maintenant ce que Wim Wenders et Erin Dignam comptent en faire… Ils avaient déjà travaillé ensemble sur Person to Person, un des courts du documentaire 8. Un beau projet, une réussite mais, dans un genre totalement différent puisqu’il s’agissait d’illustrer la lutte contre la pauvreté dans le monde…

L’Edito : Quelques images avant la fin du monde

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Quelques images avant la fin du monde

Le mois de Décembre commence et avec lui l’année 2015 touche à sa fin. Une année noire pour le monde, qui a vu nombre de ses pays endeuillés par des actes de barbaries extrêmes qui nous ont tous choqués. Mais je ne suis pas là pour vous parler de ça, d’autres l’ont déjà fait avant moi avec plus ou moins d’intelligence. Dans une optique de se changer un peu les idées, et à l’approche des fêtes de fin d’année qui – j’espère – apporteront un peu de bonheur a ceux qui en ont besoin, j’aimerais aborder un autre sujet qui n’est pas moins important : La fin du monde.

« Quel est le rapport ? », me direz-vous. Et bien aussi sanglante que soit l’actualité directe, les prédictions sur le long terme ne sont pas des plus optimistes. Avant d’être citoyen de notre pays, nous sommes tous habitants du monde, et il serait dommage de profiter des élans patriotiques – aussi importants soient-ils – pour occulter ces forces incontrôlables qui pourraient décider non pas de l’avenir des civilisations, mais de celui de l’humanité toute entière. La fameuse Cop 21, dont les publicités du gouvernement montées à la sauce « We are the World » ont inondées les cinémas le mois dernier, est toujours d’actualité. En cette période festive où l’on économise l’énergie en décalant l’heure de nos pendules avant d’allumer de flamboyantes décorations de noël, il est important de se poser des questions. Mais pour ne pas marcher sur les plates-bandes des scientifiques, qui connaissent le sujet mieux que moi, je prends le parti de m’intéresser à cet acteur majeur du divertissement – étrangement discret dans ce débat – qui nous concerne tous : Le cinéma.

Il existe évidemment des films qui tentent de nous faire prendre conscience de nos comportements destructeurs, la plupart des films apocalyptiques et post-apocalyptiques pourrait facilement être brandit comme d’utiles réquisitoires contre la folie des industriels. Jusqu’à dernièrement, le documentaire 2 degrés avant la fin du monde, sorte de synthèse ultime d’une efficacité redoutable, par l’équipe de #DataGueule remet au goût du jour ces questions et retrace l’histoire de cette prise de conscience progressive des dangers du réchauffement, tandis que Mélanie Laurent et Cyril Dion proposent un état des lieux des solutions possibles en ce début de mois avec leur film Demain. Le monde bouge, et on se permet même de sortir des discours fatalistes pour tenter une approche positive du phénomène (une double séance de ces deux films ne serait pas sans intérêt pour cerner deux approches visant le même objectif). Mais qu’en est il de l’industrie elle-même ? Où se situe la machine à rêves dans l’organigramme des dangers environnementaux ?

Comme d’habitude, il faut creuser pour trouver, et c’est à demi-mot que les journalistes, spectateurs et créateurs admettent que ce qui les fait rêver et vibrer est probablement l’une des industries les plus polluantes de la planète, derrière les raffineries de carburants. Selon un rapport de l’UCLA (université de Californie), Hollywood aurait rejeté dans l’atmosphère 144 000 tonnes de particules polluantes rien que sur la région de Los Angeles. Sachant que nos voisins américains ne rechignent pas à aller tourner dans le monde entier, parfois dans des décors naturels magnifiques, la liste des dégâts occasionnés pourrait être vertigineuse (certaines constructions sont laissées à l’abandon une fois le tournage fini). Ajoutons à cela les déplacements en avions, camions, voitures, pour des équipes de plus en plus nombreuses, la publicité phénoménale qui doit remplir pas mal de poubelles une fois la promotion du dernier film de super-héros achevée, etc. Et comme on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, il faut bien faire quelques sacrifices pour remplir ces blockbusters regorgeant d’explosions en tout genre. A titre d’exemple, Mad Max : Fury Road a vu son excellente réputation de film d’action explosif ternie par des groupes écologistes mettant en cause un tournage dantesque qui aurait ravagé le désert de Namibie (classé parc naturel). Ironique pour un film qui se targue de représenter un monde laissé à l’abandon par la folie des hommes. Mais avec une demande de plus en plus forte de blockbusters, doublée par un rejet des effets numériques qui ne font pas « assez vrai », le choix est vite fait. Quelques bouts de nature contres des millions d’entrées (plus un peu de Popcorn), on aurait tort de se priver.

Difficile de militer pour un cinéma plus vert quand la nostalgie et le plaisir l’emportent sur le bon sens. Nous préférons tous voir Christopher Nolan faire exploser un véritable hôpital pour The Dark Knight, plutôt que de le voir se rabattre sur une maquette ou des effets numériques moins coûteux. Il serait également dommage de se débarrasser de la merveilleuse pellicule 35 mm, défendue corps et âmes par les nouveaux grands auteurs tel Tarantino, bien que celle-ci soit composée de produits chimiques difficilement recyclables. Le numérique n’est pas du cinéma selon eux, et tout le monde semble d’accord. Le rendu organique et analogique est préférable pour vendre une vision d’auteur, et de toute façon, ce numérique n’est pas sans impact sur l’environnement. Ce n’est pas faux, il est vrai que fabriquer des ordinateurs, des disques dur et des serveurs peut aussi provoquer des dommages, mais entre une véritable explosion et un déluge de pixels sans réalité propre, le compte devrait être vite fait. Certains font des efforts dans ce sens, Roland Emmerich avait ainsi payé de sa poche pour que le tournage du Jour d’après soit le moins polluant possible (au moins il était entier dans ses convictions), les décors de Matrix ont été recyclés pour faire des habitations à bas prix, certaines star, tel Leonardo Dicaprio font des donts à Greenpeace (ce qui ne l’empêche pas de se déplacer en jet) tandis que Mel Gibson fait des efforts considérables pour abîmer le moins possible ses lieux de tournages, James Cameron milite pour l’environnement… Mais tous ces éléments ressemblent à des arbres qui cachent une forêt en feu, et démontrent que les acteurs majeurs sont tout de même obligés de prendre sur eux pour sauver l’environnement, quand ce devrait être aux studios de se poser ces questions. A une époque qui voit exploser le nombre de films produits par an, il serait peut-être temps de réfléchir à une solution globale. Le numérique n’est peut être pas la panacée, et ses défauts sont nombreux, mais il pourrait au moins limiter les dégâts.

Cet article n’a pas de vocation scientifique. Il ne s’agit pas non plus de dire « arrêtez d’aller au cinéma » mais juste de mettre en avant des questions légitimes qui ne sont pas posées (ou si peu). En regardant un film tel que A la poursuite de Demain (Tomorrowland) de Brad Bird sorti cette année, dont la maladresse du propos fait passer ces questionnements importants pour une simple psychose fataliste généralisée, il apparaît évident que le cinéma doit prendre position et que son public doit l’inciter dans cette voie. L’industrie se doit d’être plus transparente, sinon ces quelques films moralisateurs sur le sujet risquent de devenir des œuvres hypocrites. La vocation première d’une caméra est de capturer le monde tel qu’il est, dans cette optique, montrer une véritable explosion plutôt qu’une animation numérique pourrait tenir d’un acte militant, mais quand le monde ne sera plus, que restera-t-il à filmer ?

Enquête 2 degrés avant la fin du monde, disponible gratuitement sur youtube :

Bande annonce du film Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion, le 2 décembre :

Le Voyage d’Arlo, un film de Peter Sohn : Critique

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[Critique] Le Voyage d’Arlo

Synopsis : Et si la catastrophe cataclysmique qui a bouleversé la Terre et provoqué l’extinction des dinosaures n’avait jamais eu lieu ? Et si les dinosaures ne s’étaient jamais éteints, et vivaient parmi nous de nos jours ? Ainsi va débuter le voyage d’Arlo, jeune Apatosaure maladroit et craintif, qui va faire la rencontre d’un étonnant compagnon.

Cinq mois après le très touchant Vice-Versa (Inside Out), les studios Pixar, avec Peter Sohn aux commandes, reviennent sur grand écran pour leur nouveau film, Le voyage d’Arlo, bien moins médiatisé que leur précédente oeuvre, mais également bien moins convaincant car plus inabouti et enfantin.

Avec Le voyage d’Arlo, le spectateur effectue un voyage dans le temps et se retrouve à l’ère des dinosaures. Arlo est un charmant apatosaure, porté par une famille parfaite : un père chef de famille souhaitant faire le-voyage-d-arlo-un-film-de-peter-sohn-critique-cinema-film-arlo-spotde ses enfants de braves et vaillants apatosaures, une mère plus qu’aimante, un frère qui joue les gros durs et une sœur qui se veut mignonne, mais forte. Impossible donc pour les studios, malgré une créativité débordante, d’échapper à des lieux communs récurrents et qui leur sont chers, ainsi qu’à un schéma narratif des plus classiques, commun à bon nombre de films d’animation pour enfants. Moments de grâce et moments tragiques s’alternent durant une heure et demie. Arlo côtoiera des bons, des méchants ou des gentils qui se révèlent être méchants. Du déjà-vu pour un scénario qui arrive malgré tout à capter l’attention du spectateur. Mais si l’on effectue des comparaisons avec d’autres films, certaines scènes ne peuvent qu’interroger sur le plagiat, tant elles rappellent d’autres films d’animation comme Le Roi Lion ou Le Livre de la Jungle.
Vice Versa avait mis la barre haute, proposant un voyage dans l’esprit des plus imaginatifs, ici, le voyage est restreint et tourne en rond. Les décors se répètent tout au long du film ; les personnages sont attachants, bien qu’un peu surfaits et sans réel intérêt, n’étant pas tous très aboutis (mention pour Le Collectionneur, doublé par Eric Cantonna), soulevant une légère impression de combler des failles scénaristiques. Car oui, un voyage, chez Pixar, est jalonné de rencontres toutes plus inattendues les unes que les autres.
Cependant, l’oeuvre de Peter Sohn ne se cantonne pas à une histoire charmante et normée. L’odyssée d’Arlo se transforme en réel road-movie à travers des contrées hostiles, où la loi du plus fort règne, même si les plus impressionnants ne sont pas toujours les plus forts.

Le voyage d’Arlo pèche également par une esthétique bancale. Les décors sont à certains moments d’unle-voyage-d-arlo-un-film-de-peter-sohn-critique-film-cinema-spot réalisme qui ne peut que rappeler la prise de vue réelle, notamment en ce qui  concerne le mouvement naturel, comme les mouvements d’eau de la rivière (élément clé du film) ou le souffle du vent dans la forêt. Parallèlement, les personnages, notamment Arlo et toute sa famille d’apatosaures, ne sont pas des plus enchanteurs. On voit en eux des personnages inaboutis, aux détails esthétiques inexistants. Le contraste entre personnages cartoonesques et décors photo-réalistes percute, et scinde l’image. Ce n’est pas un coup d’essai chez Pixar d’instaurer dans leurs œuvres des protagonistes « cartoonesques » : le très réussi Là-haut nous le proposait déjà, mais les partis pris et les intentions étaient clairement énoncés, or, dans ce nouveau film, les ambitions semblent confuses.
Toutefois, la 3D est réussie, les effets visuels sont minutieusement répandus et conquièrent le spectateur, mais cela ne suffit pas. Au passage, on regrettera les différentes compositions des frères Danna (Oscar de la meilleure composition en 2013 pour L’Odyssée de Pi), pas assez soutenues et mises en avant pour se révéler être des atouts du film.

Mais si Le Voyage d’Arlo est intéressant et mérite un coup d’œil amusé, c’est pour un fait scénaristique spécifique. En effet, les codes sont bouleversés et les rôles inversés. Arlo apprend grâce à la nature. Durant une heure et demie, ce dernier, issu d’une famille d’apatosaures agriculteurs, s’instruit et tire des enseignements de la nature : il grandit, découvre un monde inconnu et pourtant si proche, à la manière d’un enfant qui découvre le monde et la civilisation qui l’entoure. L’animal se construit, et c’est l’homme qui se conforme dans un état sauvage, où seul son instinct (et son flair!) lui permettent d’avancer. A la manière d’un chien de salon, Spot joue à ramener le bâton, tandis qu’Arlo joue au maître éducateur, lui parlant comme s’il comprenait sa langue.
Peter Sohn joue avec les codes et détournent les lieux communs afin de d’apporter une légère touche de subtilité et de révolution dans son œuvre.

Le voyage d’Arlo est donc un Pixar fade, incapable de réinventer le genre dans lequel il excelle pourtant. De cette année 2015, on gardera plutôt en tête le très bon Vice-Versa, qui a davantage su briller par son originalité.

Fiche Technique : Le Voyage d’Arlo

Réalisateur : Peter Sohn
Scénario : Meg LeFauve, Peter Sohn, Erik Benson, Kelsey Mann, Bob Peterson
Doublage (VF) : Jean-Baptiste Charles, Olivia Bonamy, Xavier Fagnon…
Animateur : Dovi Anderson, Benjamin Su, Jayson Price, Jude Brownbill, David Torres…
Montage : Stephen Schaffer
Musique : Mychael Danna, Jeff Danna
Producteurs : Denise Ream,
Attaché de presse : Floriane Mathieu
Production : Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures
Distributeurs France : The Walt Disney Company France
Genre : Animation, Aventure
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 14 novembre 2015

Etats-Unis – 2015

Critique DVD: Pixels, un film de Chris Columbus

Pixels : Les jeux vidéo figurants dans une comédie d’Adam Sandler

Synopsis : Il y a 30 ans de cela, la NASA envoya dans l’espace une capsule renfermant des jeux vidéo d’arcade afin de contacter d’hypothétiques extra-terrestres. Aujourd’hui, ces derniers décident de nous répondre en nous attaquant avec des versions vivantes tirées de ces jeux vidéo. Pour sauver l’Humanité, le monde peut compter sur Sam Brenner et son équipe d’anciens champions du joystick pour mettre un terme à cette invasion…

Ce qui aurait dû être l’un des blockbusters les plus atypiques de cet été 2015 n’a finalement été qu’un pétard mouillé parmi tant d’autres, comme en témoignent les critiques et les chiffres du film au box-office mondial (échec commercial aux États-Unis, où il n’a pas su rentabiliser son budget de 88 millions de dollars). Pourtant, Pixels partait d’un postulat tellement délirant (excellent court-métrage de Patrick Jean) qu’il aurait pu se présenter comme un Independence Day loufoque, ou dans le meilleur des cas, une sorte de Mars Attacks ! flirtant avec les jeux vidéo. Malheureusement, le résultat est bien en-dessous des espérances.

La faute revenant principalement à Adam Sandler. Ce comédien abonné aux comédies hollywoodiennes aussi lourdingues que désespérantes et qui n’a fait, ces dernières années, qu’enchaîner les navets sans nom, occupe ici plusieurs fonctions : acteur principal, scénariste et producteur. Vous l’aurez compris, le bonhomme, bien que n’étant pas à l’origine du projet, a eu la main mise sur ce dernier; jusqu’à se l’approprier de bout en bout, l’éloignant de ce qu’il devait être. Car au final, Pixels n’est ni un banal film d’invasion extra-terrestre ni un délire purement assumé, mais le genre de divertissement humoristique qui cumule les personnages à la fois débiles et énervants, les blagues de mauvais goût et rarement drôles (on sourit tout de même, il faut bien l’avouer), un scénario pas travaillé pour un sou (le suspense est vite éventé lors de la séquence d’introduction) et des interprétations douteuses (seul Peter Dinklage s’éclate véritablement). Sans compter la constante mise en avant de son acteur principal qui peut diablement agacer. Mais ce dernier constat ne fait pas que cela.

En effet, à force de trop concentrer sa trame sur son protagoniste, aussi vide qu’inintéressant, Adam Sandler met de côté l’attrait principal de Pixels, à savoir les jeux vidéo. Alors que nous étions en droit d’attendre des séquences spectaculaires comme le laissait envisager le court-métrage, à savoir des destructions de villes à la Independence Day, Pac-Man et consorts sont réduits à l’état de mini-boss que les héros doivent affronter. Quelque part, cela peut faire référence au monde vidéoludique (le joueur passant de niveau en niveau), mais de la part du film, autant dire qu’on attendait un peu plus que des personnages de jeux vidéo ne servant à rien d’autre que de chair à canon pour les protagonistes. Preuve que Sandler se fichait totalement de ce qu’il avait entre les mains au point d’y faire des références incompréhensibles (pourquoi avoir mis un Schtroumpf, franchement ?).

Et c’est vraiment navrant d’en arriver là, vu que Pixels, en soi, n’est pas si mauvais que cela. Il suffit de voir certaines séquences mettant justement en avant les jeux vidéo pour s’en rendre compte. Allant de Space Invaders à Donkey Kong en passant par Pac-Man (amusante course-poursuite dans les rues de New-York), ces quelques scènes jouissent d’un rythme et d’une bande son tout bonnement agréables, et surtout d’effets spéciaux certes pas phénoménaux (on a vu mieux ailleurs, c’est certain) mais suffisamment plaisants pour que l’on puisse se plonger dans l’action sans déplaisir. Dommage que la direction artistique ne soit pas au diapason de l’ensemble et que le réalisateur Chris Columbus, à la recherche de son talent depuis Harry Potter et la Chambre des Secrets, ne parvienne pas à rendre ces quelques moments-là spectaculaires.

Malgré tout ce qui a été dit, il faut bien reconnaître une chose à Pixels : sa capacité à ne pas ennuyer. Et en cela, une telle note est loin d’être imméritée. Malheureusement, cela n’est pas suffisant pour faire passer la pilule et ce surtout au vu du potentiel du court-métrage de  Patrick Jean qui, en à peine trois minutes, avait su amuser tout en réveillant la fibre nostalgique chez la plupart des spectateurs. A se demander pourquoi ne pas lui avoir donné les commandes de cette adaptation sur grand écran ? Le résultat en aurait été sans doute bien différent !

Pixels : Bande-annonce

Fiche technique – Pixels

États-Unis – 2015
Réalisation : Chris Columbus
Scénario : Adam Sandler, Tim Herlihy, Timothy Dowling et Patrick Jean, d’après le court-métrage de Patrick Jean
Interprétation : Adam Sandler (Sam Brenner), Kevin James (le président Will Cooper), Michelle Monaghan (le lieutenant-colonel Violet Van Patten), Josh Gad (Ludlow Lamonsoff), Peter Dinklage (Eddie Plant), Brian Cox (l’amiral Porter), Sean Bean (le caporal Hill), Jane Krakowski (la première dame des Etats-Unis)
Date de sortie : 22 juillet 2015
Durée : 1h46
Genres : Science-fiction, comédie
Image : Amir Mokri
Décors : Peter Wenham
Costumes : Christine Wada
Montage : Peck Prior et Hughes Winborne
Musique : Henry Jackman
Budget : 88 M$
Producteurs : Adam Sandler, Michael Barnathan, Chris Columbus, Allen Covert et Mark Radcliffe
Productions : Columbia Pictures, 1492 Pictures, China Film Co. et Happy Madison Productions
Distributeur : Sony Pictures Releasing

Le Pont des Espions, un Film de Steven Spielberg : Critique

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Le plus célèbre des réalisateurs américains, submergé par les projets, revient après près de trois ans d’absence. Il y a plusieurs Steven Spielberg : l’artificier faiseur de spectaculaire, le grand enfant avide d’aventures et l’autre, l’amateur d’Histoire passionné tout particulièrement par les conflits géopolitiques. C’est ce dernier que l’on retrouve depuis Cheval de Guerre, jusqu’au Pont des Espions, film ancré dans la Guerre Froide.

Synopsis : James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé.

Spielberg est un cinéaste ancré au sein d’Hollywood, ses films fourmillent de tiques des grandes productions américaines. À savoir, entre autres, un patriotisme excessif, une glorification de la famille et un happy-end peu surprenant. Le Pont des Espions n’y échappe pas avec, en tête d’affiche, une sorte de patriarche des acteurs, Tom Hanks, celui qui incarne le mieux les valeurs américaines. Mais ce qui différencie Spielberg de la grande majorité des réalisateurs hollywoodiens, est qu’il fait de bons films. Et le génie du cinéaste fait une fois de plus mouche.

D’un point de vue formel, il est difficile de ne pas reconnaître à Steven Spielberg une indéfectible maîtrise de la mise en scène, avec une réalisation sans cesse pensée, regorgeant toujours d’idées nouvelles. Le réalisateur ne place jamais sa caméra au hasard dans un soucis de dynamiser sans cesse sa mise en scène. Même les lourdes scènes juridiques en deviennent saisissantes. Rien de bien révolutionnaire, mais c’est d’une redoutable efficacité. Ainsi la machine Spielberg, loin d’être rouillée, continue de fonctionner à la même cadence (sans nécessairement se renouveler). À l’instar de Munich ou Lincoln, ses précédents films politico-historiques, Le Pont des Espions est d’une indéniable réussite. Co-écrit par les frères Coen, Le Pont des Espions revêtit également un drôle de cocktail d’humour qui apporte une légèreté bienvenue.

Le Pont desEspions est avant tout un film sur un homme fustigé par son pays, avant d’en devenir l’un de ses héros. C’est également une parabole sur les dangers d’un nationalisme forcené, cause première de la Guerre Froide.

L’ironie, c’est que la défense des valeurs américaines d’aujourd’hui passe par la dénonciation de ces valeurs d’autrefois. Un plan étonnant d’une classe de jeunes enfants chantant l’hymne américain est immédiatement suivi par des images de champignon nucléaire, dénonçant un nationalisme bête et méchant conditionné dès le plus jeune âge. Aujourd’hui le patriotisme a remplacé le nationalisme qui faisait rage pendant la Guerre Froide, ce qui fait écho à une citation de Romain Gary beaucoup répandue ces derniers jours après un sursaut patriotique, conséquence directe des attentats de Paris : « le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres ».

Peu l’auraient cru, mais le nouveau film de Spielberg est très en phase avec son temps. Il apporte une réflexion intéressante, comme un écho avec ce qu’il se passe en France aujourd’hui. Et l’autre bonne nouvelle est que le réalisateur n’a rien perdu de son talent.

Bande annonce VOST

 Fiche Technique : Le Pont des Espions

Titre original : Bridge of SpiesRéalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Matt Charman, Joel & Ethan Coen
Interprétation : Tom Hanks, Mark Rylance, Amy Ryan
Date de sortie : 02 Décembre 2015
Nationalité : Américain
Durée : 132 min.
Genre : Thriller, Espionnage
Chef opérateur : Janusz Kaminski
Assistant réalisateur : Adam Somner
Chef costumière : Kasia Walicka-Maimone
Monteur : Michael Kahn
Producteur :  Kristie Macosko Krieger, Marc Platt et Steven Spielberg
Distributeur : Amblin Entertainment, DreamWorks SKG, Fox 2000 Pictures, Studios de Babelsberg, Reliance Entertainment, Marc Platt Productions et Participant Media
Budget : NR
Récompenses : Hollywood Film Awards 2015 des meilleur Son et Photographie, Oscar 2016 du meilleur acteur dans un second rôle pour Mark Rylance

Resident Evil, Alien Covenant, Riddick 4…des news et du fun !

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Actualités cinéma et séries du 22 au 28 novembre 2015 :

Revivez toutes les actualités du cinéma et des séries télé de la semaine dans cette restitution de du Magduciné. Au programme : des Super-Héros, un peu d’humour, beaucoup d’action, quelques frissons et que des Good News. Ça tombe bien, on en avait besoin ! Des bandes-annonces bien sûr mais surtout des révélations et des images inédites pour Resident Evil The Final Chapter, Alien Covenant, Wonder Woman et plus encore !

 Actualités cinéma  :  Le Crime de l’Orient Express par Kenneth Branagh

Les remakes sont à la mode ces temps-ci et Agatha Christie ne sera pas épargnée ! Mais avec Kenneth Branagh aux commandes et Michael Green au script ça peut le faire ! Green (Heroes, Kings) a d’ailleurs de quoi s’occuper en ce moment entre le scénario du prochain Alien : Covenant et celui de Wolverine 3. C’est Kenneth Branagh lui-même qui interprétera le célèbre Hercule Poirot  et ceux qui ont vu Hamlet seront déjà rassurés sur le port de la moustache : la glorieuse lui va plutôt bien ! La sortie cinéma de Murder on the Orient Express est prévu pour novembre 2017.

 Riddick  :  Furia, les épisodes 4 et 5 ainsi qu’une série télé !

Bonnes nouvelles pour les fans du Furyan au regard perçant : Riddick reprend du service dans un prochain épisode titré Furia mais il prévoit aussi un cinquième chapitre. Sur Instagram, Vin Diesel a posté ces quelques mots : « La nuit dernière, notre compagnie a organisé une fête pour le lancement de notre pôle Télé. Très excitant. MERC CITY est un spectacle qui suivra les Mercs et les Bounty Hunters de l’univers de Riddick. Le mois prochain, DT commencera à écrire le futur chapitre des Chroniques de Riddick… FURIA ! »

 Actualités cinéma  :  Resident Evil The Final Chapter

Lors du  tournage du dernier opus de la saga Resident Evil en Afrique du Sud, Milla Jovovich a partagé sur Instagram la photo d’une Alice vieillissante et presque méconnaissable. L’acteur et chanteur coréen Lee Joon-gi a rejoint le casting du film (Ali Larter, Wentworth Miller, Iain Glen) en tant que commandant d’Umbrella Corporation. Resident Evil The Final Chapter sortira aux Etats-Unis le 27 janvier 2017. Le film reprend juste après les événements de Resident Evil: Retribution. Alice devra alors retourner à Raccoon City, là où tout a commencé, pour une ultime bataille contre Umbrella et des zombies de plus en plus nombreux…

 

 Actualités séries  :  le nouveau trailer déjanté de The Shameless saison 6

 Actualités cinéma  :  les toutes premières photos de Wonder Woman  !!!

Alors que le tournage du film Wonder Woman vient de commencer au Royaume-Uni, nous pouvons déjà découvrir les premières images de la super-héroïne incarnée par Gal Gadot que nous retrouverons dans Batman v Superman: Dawn of justice le 27 avril 2016. Wonder Woman sera réalisé par Patty Jenkins qui a scénarisé et dirigé Monster avec Charlize Theron. Le film avec entre autre Chris Pine et Robin Wright sortira en 2017.

 John Wick 2  :  les photos du tournage 

 JeruZalem  :  la bande-annonce du film d’horreur ?

R. Jérémie Ben Elazar dit encore : «L’enfer a trois portes : une dans le désert, une dans la mer, et l’autre à Jérusalem.» JeruZalem s’inspire non seulement de récits bibliques mais il a surtout la particularité d’avoir été tourné dans certains lieux sacrés presque inaccessibles : le Saint-Sépulcre, le Mur des Lamentations ou la Via Dolorosa. Filmé en found footage via les lunettes Google d’un des personnages, JeruZalem raconte le périple de  deux américaines entraînées par un étudiant en anthropologie à Jérusalem durant le Yom Kippour. Au cours de la soirée, les pires légendes apocalyptiques vont se réaliser…

 La bande-annonce rock’n’roll de BELGICA ?? 

Voici les premières images débauchées de Belgica, le nouveau film de Felix Van Groeningen, réalisateur d’Alabama Monroe. César du Meilleur film étranger 2014, Belgica nous entraîne dans les nuits arrosées d’un Bar à Bière muté en une boîte de nuit des plus tumultueuses, dangereuses… Le film sortira le 2 mars 2016.

 ✨ Le trailer renversant de Captain America : Civil War captainamerica

Le troisième volet de la saga opposera Captain America à son ancien allié Iron Man ! Un affrontement d’ores et déjà anthologique qui aura lieu dans les salles le 27 avril 2016. En attendant, vous pouvez toujours revoir la bande-annonce :

 Actualités séries  :  l’adaptation en série télé de TREMORS !

 Le trailer épique de Legends of Tomorrow : Lors de sa sortie, la rédaction a consacré un article à la bande-annonce exceptionnelle du film : ici.

 Actualités cinéma  :  Alien Covenant

Ridley Scott a récemment déclaré qu’Alien Covenant donnerait naissance à une nouvelle trilogie. Ce cinquième Alien ne sera donc pas la suite de Prometheus mais nous y retrouverons le personnage de Newt, plus âgée. D’après Michael Biehn aka Caporal Hicks : « ils ont l’intention de nous ramener, Newt et moi, et là, Newt devrait avoir environ 27 ans. […] Je sais que toutes les actrices de Hollywood voudront jouer ce rôle, c’est une vraie passation de pouvoir entre Sigourney et la jeune actrice qui jouerait Newt.»

✨ La bande-annonce du film Chocolat avec Omar Sy :

Inspiré du livre de Gérard Noiriel et réalisé par Roschdy Zem, Chocolat conte l’histoire de Rafael, ancien esclave noir devenu clown au XIXème siècle et surnommé Chocolat.

 La bande-annonce de Josephine s’arrondit, le premier film de Marilou Berry

 Dirty Grandpa : le trailer de la comédie qui réunit De Niro et Zac Efron

Un papa salace et un futur marié embarqués dans un road trip déjanté…

Docteur Frankenstein, un film de Paul McGuigan : Critique

Alors qu’il n’a peut être jamais été aussi prolifique, avec ses films aux budgets de plus en plus conséquents et l’apparition des univers partagés (exemple l’Univers Cinématographique de Marvel), Hollywood n’a pourtant jamais paru aussi peu inspiré.

Synopsis : Le scientifique aux méthodes radicales Victor Frankenstein (James McAvoy) et son tout aussi brillant protégé Igor Strausman (Daniel Radcliffe) partagent une vision noble : celle d’aider l’humanité à travers leurs recherches innovantes sur l’immortalité. Mais les expériences de Victor vont trop loin, et son obsession engendre de terrifiantes conséquences. Seul Igor peut ramener son ami à la raison et le sauver de sa création monstrueuse.

Le monstre d’une époque

Entre les différentes tendances de suites, reboots, spin-off, etc pour les franchises actuelles et passées, on n’a jamais vu autant de sagas des années 80-90 revenir littéralement sur les devants de la scène, on est semble-t-il coincé dans une période qui n’est capable que de se servir du vieux pour tenter de faire du neuf. Il n’est donc pas étonnant de voir qu’une nouvelle tendance a fait son apparition ces dernières années, celle de ré-explorer l’histoire de grandes figures de la littérature. On a pu voir ça de façon « grand public » avec les récents Sherlock Holmes de Guy Ritchie et même de façon plus « artistique » avec l’encore plus récent Macbeth de Justin Kurzel. Même si ses relectures peuvent s’avérer assez efficaces, il ne fait aucun doute qu’elles manquent singulièrement d’originalité et ont du mal à se justifier. Les choses ne semblent pas très différentes pour cette « nouvelle » vision du mythe de Frankenstein qui souffre un peu trop de la comparaison avec ce qui a pu se faire avant dans le genre.

Le scénario de Docteur Frankenstein était pourtant plein de promesses car il était de la main de Max Landis, scénariste qui a fait ses premiers pas avec le très réussi Chronicle – réinvention brillante et sensible du film de super-héros – et qui était aussi l’auteur du sympathique American Ultra où il dynamisait le teen movie d’une vision acerbe, satirique et aussi terriblement romantique. Il s’est donc très vite imposé comme quelqu’un qui a un certain talent pour détourner les codes d’un genre et tenter d’apporter des choses nouvelles. Sauf qu’ici il n’est pas en mesure de réitérer ses exploits passés et fait de ce Docteur Frankenstein (Victor Frankenstein, titre de la version originale), une oeuvre rock’n’roll et décomplexée qui n’est là que pour créer du divertissement. Jamais on ne retrouve la dimension tragique et fascinante de l’oeuvre de Mary Shelley, ce qui n’aurait pas non plus été un mal si le film avait été capable de trouver son propre ton. Alors que là, on est face à un ersatz du Sherlock Holmes de Ritchie, que ce soit visuellement ou scénaristiquement d’ailleurs. L’intrigue mise donc beaucoup sur le duo que forment le Docteur Frankenstein et Igor, jouant souvent la carte de l’humour qui, sans être particulièrement réussie, arrive de temps en temps à faire mouche. La relation entre les deux hommes est convaincante, même si les traumatismes de Frankenstein sont simplistes et que Igor est affublé d’une romance prétexte, dans le sens que l’on sent bien qu’elle est là parce que tout blockbuster digne de ce nom doit avoir sa romance. Mais il n’empêche que malgré ses ajouts simplistes, la dynamique qui les lie se montre particulièrement intéressante : ce sont des hommes relativement complexes, l’un par sa folie latente et l’autre par son aspect victime volontaire, permettant d’exploiter une relation toxique en interrogeant la valeur de l’amitié. Ici c’est Igor, la créature de Frankenstein et, plus que le lien père-fils, le film s’intéresse à la fraternité et le fait de manière crédible.

Après, comme pour tout blockbuster, l’histoire se sent obligée de créer des péripéties et d’imposer des méchants pas forcément crédibles, comme pour ce jeune fils de riche qui veut exploiter les recherches de Frankenstein à des fins personnelles ou encore avec un policier très croyant qui va partir en quête obsessionnelle contre le duo qu’il prend pour des hérétiques. Ces éléments restent au final accessoires et peu captivants même si l’interrogation sur la religion et le fanatisme est loin d’être inintéressante et qu’elle est savamment exploitée dans son absence de manichéisme et dans sa manière de créer une dualité. L’inspecteur et Frankenstein partagent tout deux une même obsession mais ils y portent un regard différent et l’ensemble nous interroge subtilement sur l’importance des points de vue. L’intrigue se montre globalement prévisible mais ne tombe pas dans les pièges de ce genre de film. La romance, malgré son aspect accessoire, évite la niaiserie, les clichés sont pour la plupart du temps amoindris et habilement dissimulés et l’ensemble évite la grandiloquence. On est donc devant une unité assez humble qui a conscience de son manque d’originalité et qui évite d’en faire trop, préférant miser sur une efficacité juvénile au risque d’en être une oeuvre limitée. Le seul aspect vraiment déplorable sera la fin, bien trop didactique et peu subtile, qui reste ouverte à d’autres suites empêchant tout sentiment d’accomplissement. Elle est décevante et terriblement frustrante.

La véritable attraction du film est sans aucun doute son duo d’acteurs, et ils ne déçoivent pas. Daniel Radcliffe, plus présent étant donné que l’on suit l’histoire depuis son point de vue, arrive à incarner Igor avec justesse et sensibilité. Il apporte une touche d’humanité non négligeable au film et parvient à assurer une large palette d’émotions. Il reste cependant écrasé par la présence magnétique de James McAvoy, qui est comme à son habitude brillant. Au bord du cabotinage sans jamais franchir la limite, il habite totalement son personnage et parvient à lui donner plus d’épaisseur que sur le papier. A la fois fiévreux, empli de folie et d’une justesse tragique admirable, il confère à l’ensemble toute son énergie et rend le spectacle assez captivant. Les deux acteurs sont accompagnés d’un casting majoritairement honorable sans être transcendant, on retiendra juste Andrew Scott, véritable star montante du moment, qui est clairement cabotin dans son rôle mais il contraste bien avec le jeu de McAvoy. L’antagonisme des personnages n’en étant que plus palpable et crédible.

La mise en scène de Paul McGuigan manque de substance dans l’ensemble même si elle dispose de plans esthétiquement superbes, dus surtout à une excellente direction artistique qui retransmet bien l’essence de l’époque et l’excentricité des personnages. On reste très proche des Sherlock Holmes de Guy Ritchie alors que l’on aurait mieux aimé voir McGuigan s’inspirer du travail qu’il a fait pour Sherlock mais sur le petit écran. L’ensemble reste quand même maîtrisé et quelques bonnes idées ressortent ici et là malgré une séquence d’ouverture un brin ridicule par son aspect too much. La photographie est particulièrement réussie tout comme le montage qui assure un rythme qui ne faiblit pas, ne laissant aucune place à l’ennui. Mais la vraie réussite est probablement la bande son du film et plus particulièrement le score enivrant et baroque de Craig Armstrong qui est un vrai plaisir pour les oreilles. Docteur Frankenstein est donc visuellement assez appréciable même s’il manque un peu d’homogénéité, pouvant offrir de très belles envolées esthétiques comme des effets visuels très kitsch lors des deux apparitions du titre, une vision en rayon x, sorte de sixième sens des personnages ou encore des effets spéciaux datés.

Docteur Frankenstein n’est donc pas la purge annoncée. Certes, le film a énormément de défauts et le plus impardonnable de tous est son manque d’originalité, cependant, il reste une oeuvre relativement efficace et bien moins boursouflée que certains blockbusters actuels, parvenant même à éviter la plupart des pièges des grosses productions. Il aurait clairement pu être bien meilleur et cède à des facilités qui l’amoindrissent mais propose quelques pistes de réflexions bien vues et rarement exploitées dans les films du genre. Surtout, l’ensemble est interprété par un duo convaincant et impliqué, aidé par l’énergie communicative d’un acteur d’exception. Loin d’être parfait donc mais relativement plaisant, et à défaut d’avoir un grand film à la hauteur de l’oeuvre de Shelley, on à le droit à un divertissement sympathique dans l’ère du temps. A chacun son époque comme on peut dire et il faut parfois savoir s’en contenter.

Docteur Frankenstein – Bande annonce [Officielle] VOST HD

Fiche technique : Docteur Frankenstein

Titre original : Victor Frankenstein

Etats-Unis – 2015
Réalisation : Paul McGuigan
Scénario : Max Landis, d’après Frankenstein de Mary Shelley
Interprétation : Daniel Radclifffe (Igor Strausman), James McAvoy (Victor Frankenstein), Jessica Brown Findlay  (Lorelei), Andrew Scott (Roderick Turpin), …
Décors : Grant Armstrong
Costumes : Jany Temime
Montage : Andrew Hulme
Musique : Craig Armstrong
Photographie : Fabian Wagner
Production : John Davis
Société de production : Davis Entertainment et 20th Century Fox
Société de distribution : 20th Century Fox

Festival des 3 Continents : du Cinéma avec le nouveau film de Jia Zhangke

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Festival des 3 Continents – Nantes fête le « chinéma »

Malgré son titre de plus grande puissance mondiale, la Chine est un pays que l’on connait très peu ; sa population et son passé s’étendent dans des dimensions que nous avons du mal à concevoir. De même que sa culture, ou ses cultures dira-t-on. Un territoire qui abrite autant de personnes qu’un continent ne peut s’envisager que selon une masse, un flux continu de gens que l’on a du mal à individualiser. Nous avons donc des Chines et un Chinois, un rapport de force qu’il conviendrait de renverser afin d’apprivoiser le micro, le quotidien, l’instantané de cette fameuse République populaire de Chine. Le premier long métrage (en compétition) de Bi Gan nous offre peut être ici une clé de perception ; une balade au sein d’une région qu’il connait bien rythmée par une lutte entre rêverie et réalité. Au cœur du Guizhou, au Sud du pays, noyée dans des montagnes verdoyantes, la ville inachevée de Kaili s’étend à perte de vu. Voyous et médecins se côtoient et s’évitent, dans ce récit l’un est frère avec l’autre ; et Chen (le médecin) part à la recherche de son neveu Wei Wei, vendu par son père. Si le film nous parait très inanimé au début, c’est sans doute que le rythme somnolent et évasif de Bi Gan se confond avec cette moto qui ne démarre jamais du premier coup. Mais dès que le véhicule démarre le cinéaste trouve son tempo ; et il se réjouit du mouvement d’une barque languissante ou d’une moto vrombissante, qu’il capte en plan séquence. Avec cette caméra subjective et effacée, comme un regard dans le vide, il se laisse flotter dans les interactions des habitants. Notamment avec cette très longue séquence qui nous perd dans une déambulation labyrinthique dénuée de sens, où le parcours somnambule du cinéaste capture une particule de vie. La quête inaboutie et finalement injustifiée de Chen, n’est qu’un prétexte, une armature improvisée pour soutenir le regard rêveur et pensif de Bi Gan.

Le festival des 3 continents présentait également (en avant première) le nouveau film de Jia Zhangke, le cinéaste chinois contemporain qui a sans doute la notoriété la plus rayonnante en Europe. Récompensé à Venise (Still Life, 2006) puis à Cannes il y a 2 ans pour A Touch of Sin (Prix du scénario), il était de nouveau en compétition pour Mountains may depart cette année, après avoir fait partie du jury lors de l’édition 2014. Autant dire que le réalisateur bénéficie d’une certaine côte d’amour en France. Et peut être particulièrement à Nantes, puisque ses deux premiers films remportent la montgolfière d’or au festival des 3 continents (Xiao Wu artisan pickpocket 1998 ; Platform 2000). Mountains may depart sortira dans nos salles le 23 décembre, mais on peut déjà le dire : le 11ème long métrage de Jia Zhangke est une belle réussite. En articulant son film en 3 périodes temporelles distinctes ; l’une révolue, l’une présente, et l’une à venir, le cinéaste propose une réflexion sur l’évolution de son pays tout en filmant un mélodrame gracieux et tragique. En 1999, premier volet du triptyque, les histoires de 3 jeunes chinois s’entrelacent au sein d’un triangle amoureux sous fond de lutte de classe. L’un est un prolétaire, « gentil » mineur sans avenir, l’autre est un investisseur impétueux et narcissique, l’un est la Chine qui meure l’autre celle qui renait. Évidement les deux se sont amourachés de la même femme, et la concurrence est âpre, violente et va atteindre des propensions démesurées. Du choix que fera l’heureuse élue, ses répercussions s’étaleront jusqu’en 2014, puis en 2025. Ce cloisonnement et ces ellipses permettent d’embrasser une vision large, où le déclinisme culturel semble balancer avec le développement économique. Les liens se délitent, les langues se confondent, les visages s’oublient au fur et à mesure que, paradoxalement, l’image s’éclaircie et s’épure. Car c’est le jeu du progrès, de l’ascension sociale, et de l’Occidentalisation ; le renouveau de la Chine charbonnière a un prix, celui des iPhones que l’on s’offre aux mariages et de la prédominance de la langue anglaise. Jia Zhangke montre froidement ces racines que l’on arrache, l’exode forcé de la jeunesse chinoise ; où finalement l’abandon de la mère, patrie comme maternelle, est un poison qui condamne à vivre perdu. Mais plus qu’un conteur moderne, le cinéaste chinois est aussi un formidable metteur en scène. Subtil dans son jeu du hors champ, accentuant toujours une solitude voir une perdition. Habile dans son utilisation du 4/3, des leitmotivs, et fasciné par (sa femme) Zhao Tao, bouleversante et au cœur de l’une des plus belles scènes finales de l’année.

Festival des 3 Continents | Mountains May Depart – Extrait  VOST