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Quand le cinéma fait tomber les dés : Comment les films façonnent notre vision des casinos en ligne

Les jeux d’argent ont toujours été un thème fascinant au cinéma. Les représentations de paris, de casinos et de jeux d’argent en ligne influencent la manière dont le public perçoit cette industrie, la rendant parfois glamour et excitante, et d’autres fois inquiétante et risquée. Cet article explore comment les films façonnent les attitudes du public envers les jeux d’argent en ligne, les représentations fidèles ou non dans les œuvres cinématographiques, ainsi que les implications possibles dans la vie réelle pour les joueurs.

Hollywood et les jeux d’argent

Les films présentent souvent les jeux d’argent comme une activité exaltante, synonyme de récompenses élevées, de lieux luxueux, de gagnants charismatiques et de gains somptueux. Des films comme Ocean’s Eleven ou Casino Royale mettent en scène des protagonistes qui battent leurs adversaires grâce à des stratégies sophistiquées dans des cadres somptueux – donnant l’illusion que le jeu est un exercice intellectuel plutôt qu’un pari incertain. Malheureusement, ces représentations ignorent les réalités statistiques qui favorisent presque toujours la maison plutôt que les joueurs.

Les films et séries modernes présentent également les jeux d’argent en ligne sous un jour glamour : les personnages placent leurs mises via des applications élégantes tout en sirotant des cocktails, renforçant ainsi l’idée que le jeu est un passe-temps sans danger. Cela peut amener les spectateurs à sous-estimer les risques, d’autant plus que les films montrent rarement les pertes financières ou la dépendance qui peuvent accompagner le jeu dans la vie réelle. Par conséquent, de nombreux spectateurs peuvent être tentés d’essayer sans faire de recherches approfondies — ce qui souligne l’importance de consulter des casino en ligne fiable avis afin de garantir une expérience sûre et éclairée.

Les films qui exploitent la dépendance au jeu

Des films comme The Gambler (Le Flambeur) ou Uncut Gems (Diamants bruts) offrent une vision alternative du jeu : ses conséquences dévastatrices, comme les dettes, les relations brisées ou la détresse psychologique. Ces récits rappellent que le jeu peut rapidement devenir incontrôlable.

Avec l’accessibilité croissante des jeux d’argent en ligne, la dépendance est devenue une problématique urgente. Pourtant, peu de films s’y attaquent directement. Lorsqu’ils le font, ils se concentrent souvent sur des moments dramatiques de « chute totale », au lieu de montrer la progression insidieuse de la dépendance – ce qui empêche les spectateurs d’identifier les signes précurseurs chez eux-mêmes ou chez leurs proches.

Quelle est la fidélité des films dans leur représentation des jeux d’argent en ligne ?

La plupart des films prennent des libertés artistiques lorsqu’ils représentent les mécanismes du jeu pour des raisons dramatiques. Voici quelques inexactitudes fréquentes :

  • Gains irréalistes : les personnages gagnent souvent contre toute attente, contrairement à ce qui se passe dans la réalité. 
  • Stratégies simplifiées : les films de poker exagèrent souvent l’importance de lire les « signes » de l’adversaire, en occultant le rôle du hasard dans le résultat. 
  • Paiements instantanés : les films montrent des retraits immédiats, sans délais ou vérifications comme c’est le cas dans les jeux en ligne réels.

Même si ces scènes hollywoodiennes sont captivantes, elles créent des attentes irréalistes chez les nouveaux joueurs, qui croient pouvoir reproduire ces exploits fictifs – les menant à la frustration ou à des paris excessifs lorsque la réalité ne correspond pas au rêve.

L’influence des films sur les tendances du jeu

Des films comme Rounders ont montré que le cinéma peut influencer les comportements des consommateurs, notamment dans le secteur des jeux d’argent. Lorsqu’un film met en avant un jeu particulier comme le poker, les spectateurs deviennent curieux et s’y intéressent. Les casinos en ligne peuvent enregistrer un pic de fréquentation, et les recherches de casino en ligne fiable avis augmentent à mesure que les spectateurs souhaitent reproduire l’expérience cinématographique.. Le cinéma continue d’exercer son influence sur des industries comme celle du jeu en inspirant certains comportements.

Cependant, les films montrent rarement les conséquences à long terme du jeu, que ce soit une richesse durable ou une chute dramatique après une victoire. Ils laissent donc le public avec une vision incomplète du jeu, centrée sur l’excitation immédiate plutôt que sur les répercussions prolongées.

Conclusion

Le cinéma peut jouer un rôle déterminant dans la façon dont la société perçoit les jeux d’argent en ligne, brouillant les frontières entre réalité et fiction, parfois au détriment des spectateurs. Si les films divertissent, ils négligent souvent la complexité des jeux d’argent – entre probabilités mathématiques et risques de dépendance – que les joueurs doivent comprendre pour faire des choix plus éclairés et jouer de manière responsable.

Guest Post

 

Comment les jeux d’argent en ligne influencent les habitudes de consommation

Ces dernières années, la révolution numérique a transformé presque tous les aspects de notre vie, y compris notre manière de consommer des produits, des services et des divertissements. Un domaine où ce changement est particulièrement visible est celui des jeux d’argent en ligne. Autrefois réservés aux casinos physiques ou aux bureaux de paris, les jeux de hasard sont désormais accessibles en quelques clics, directement depuis un smartphone. Mais au-delà du divertissement et de la commodité, les jeux d’argent en ligne influencent fortement – et parfois de manière subtile – les comportements d’achat et les habitudes de consommation.

Voyons comment l’essor des plateformes de jeux en ligne redéfinit la façon dont les individus dépensent, choisissent et perçoivent la valeur de leurs achats à l’ère numérique.

1. Une tendance à la gratification instantanée

Les plateformes de jeux en ligne sont conçues autour du principe de récompense immédiate. Qu’il s’agisse de faire tourner une machine à sous, de miser sur un match en direct ou de jouer une main de poker, les résultats apparaissent souvent en quelques secondes ou minutes. Cela renforce un besoin psychologique de gratification immédiate – un comportement qui peut s’étendre à d’autres formes de consommation.

Les utilisateurs exposés aux jeux d’argent en ligne peuvent développer une préférence pour les expériences rapides et les résultats immédiats, que ce soit pour commander de la nourriture, faire du shopping ou consommer des contenus en streaming. Explorez les options de casino disponibles aujourd’hui montre bien à quel point cette quête de gratification instantanée est devenue centrale dans les habitudes de consommation. Le succès des services comme Amazon Prime ou la livraison de repas en 30 minutes reflète en partie cette soif de consommation « instantanée ».

2. Adoption accrue des portefeuilles numériques et des cryptomonnaies

Les jeux d’argent en ligne ont joué un rôle clé dans la démocratisation des portefeuilles numériques et des cryptomonnaies. De nombreuses plateformes permettent aux utilisateurs d’effectuer des dépôts et des retraits via des services comme PayPal, Skrill, ou encore en Bitcoin ou Ethereum. Cette normalisation de moyens de paiement alternatifs incite les consommateurs à les utiliser également dans d’autres contextes d’achat.

Cela transforme non seulement les modes de paiement, mais aussi la relation des consommateurs avec l’univers financier numérique, les amenant à explorer des modèles économiques plus décentralisés.

3. La banalisation des microtransactions

Une caractéristique marquante des jeux d’argent en ligne est l’utilisation des microtransactions – de petites mises ou achats qui, pris individuellement, semblent anodins, mais peuvent s’accumuler rapidement. Ce modèle modifie la perception de la valeur monétaire chez les consommateurs.

Aujourd’hui, les microtransactions sont courantes dans les applications mobiles, les jeux vidéo et même les sites de e-commerce. Les utilisateurs habitués à ce modèle à travers les jeux d’argent en ligne deviennent plus enclins à effectuer de petits paiements répétés, sans toujours réaliser l’impact financier cumulé.

4. Promotions ciblées et ventes croisées

Les opérateurs de jeux en ligne sont des experts en techniques de vente croisée. Les joueurs reçoivent souvent des offres personnalisées, des bonus fidélité et des jeux “exclusifs” basés sur leur historique. Ces promotions créent un sentiment d’urgence et de valeur individuelle, influençant ainsi d’autres comportements d’achat.

Cette stratégie est désormais largement utilisée par d’autres secteurs : plateformes de streaming, marques de mode ou services de livraison de repas adoptent ces techniques pour fidéliser leurs clients. Les consommateurs attendent désormais des entreprises qu’elles “anticipent leurs besoins”.

5. Des frontières floues entre divertissement et dépenses

Grâce à leurs graphismes dynamiques, leurs effets sonores immersifs et leurs interfaces ludiques, les plateformes de jeux en ligne ressemblent souvent à des jeux vidéo. Cela brouille la ligne entre divertissement et dépense. Plutôt que de percevoir les jeux comme une activité financièrement risquée, beaucoup les considèrent comme un simple divertissement – au même titre qu’un abonnement à Netflix ou une place de cinéma.

Cette perception influence la manière dont les gens allouent leur budget : ils sont plus enclins à consacrer une part importante de leurs revenus à des expériences “fun”, même si cela implique un risque financier.

6. Influence sociale et pression des pairs

De nombreuses plateformes de jeux d’argent intègrent des éléments sociaux : classements, défis entre amis, annonces publiques des gains. Ces fonctionnalités renforcent les comportements de consommation via la validation sociale. Voir ses amis parier ou gagner incite à faire de même.

De plus, les influenceurs qui diffusent leurs sessions de jeu ou leurs gains contribuent à cette dynamique. Les consommateurs imitent alors ces comportements en achetant les mêmes services ou produits promus en ligne.

7. Tolérance au risque et prise de décisions

Les jeux en ligne peuvent également modifier la tolérance au risque des individus dans d’autres aspects de leur vie. Les joueurs réguliers développent souvent une plus grande tolérance à l’incertitude, ce qui influence leurs choix en matière d’investissement, d’achats importants ou de participation à des tendances spéculatives (NFT, cryptomonnaies, etc.).

Ce comportement peut mener à des décisions d’achat plus impulsives, guidées par la recherche de nouveauté ou d’adrénaline plutôt que par une planification rationnelle.

Conclusion

Les jeux d’argent en ligne ne sont pas seulement un loisir numérique – ils influencent profondément les habitudes de consommation modernes. De la gratification instantanée à l’adoption de nouvelles méthodes de paiement, en passant par la banalisation des achats impulsifs, ils façonnent un consommateur nouveau, connecté et centré sur l’expérience.

Pour les marques et les professionnels du marketing, comprendre ces tendances permet d’anticiper les attentes et d’adapter leurs offres. Pour les consommateurs, en être conscient permet de mieux contrôler ses décisions et ses dépenses.

Alors que les jeux en ligne continuent de gagner du terrain, leur impact sur la culture de consommation ne fait que commencer.

Guest post

Comment la décentralisation façonne l’avenir des jeux d’argent en cryptomonnaies

Les jeux d’argent en ligne connaissent une véritable révolution grâce aux cryptomonnaies. Mais au-delà du simple paiement en Bitcoin ou en Ethereum, c’est surtout la décentralisation qui change les règles du jeu. Cette transformation touche non seulement la manière dont les joueurs déposent et retirent de l’argent, mais aussi le fonctionnement même des plateformes de jeu.

Alors, qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir du secteur ? Comment la décentralisation modifie-t-elle l’expérience utilisateur, la sécurité et la transparence ? Explorons cela de plus près.

Qu’est-ce que la décentralisation dans le contexte des jeux d’argent ?

La décentralisation signifie qu’il n’existe pas d’autorité centrale contrôlant le système. Dans le cas des casinos ou sites de paris traditionnels, une entreprise centralisée détient les serveurs, les données et prend toutes les décisions.

Avec la décentralisation, ces fonctions sont réparties à travers un réseau blockchain. Cela permet à plusieurs utilisateurs et développeurs de gérer, vérifier et utiliser la plateforme sans avoir à faire confiance à une seule entité.

Exemples d’éléments décentralisés :

  • Portefeuilles non-custodiaux (les joueurs gardent le contrôle total de leurs fonds)
  • Jeux basés sur des contrats intelligents (aucune manipulation possible)
  • Systèmes de gouvernance communautaires (DAO) pour les décisions du site
  • Transparence des données grâce à la blockchain publique

Pourquoi la décentralisation attire-t-elle les joueurs ?

L’un des grands avantages de la décentralisation est la confiance. Les joueurs n’ont plus besoin de se demander si le casino est honnête ou s’il va payer leurs gains. Les règles du jeu sont écrites dans des contrats intelligents, qui s’exécutent automatiquement sans intervention humaine.

Sécurité renforcée

Les fonds des joueurs ne sont pas stockés sur les serveurs d’un casino, mais dans leurs propres portefeuilles, comme c’est souvent le cas avec un casino crypto bonus sans dépôt. Cela réduit les risques de piratage ou de vol.

Anonymat préservé

Les casinos décentralisés ne demandent souvent aucune vérification KYC (Know Your Customer). Cela attire les utilisateurs soucieux de leur vie privée.

Rapidité des transactions

Les paiements en cryptomonnaies sont souvent quasi instantanés, surtout sur des blockchains rapides comme Solana, Polygon ou BNB Chain.

Les contrats intelligents au cœur des jeux

Les smart contracts, ou contrats intelligents, sont des morceaux de code qui exécutent automatiquement des actions prédéfinies. Par exemple, si un joueur gagne une partie, le contrat verse immédiatement le gain, sans intervention humaine.

Ce que cela change concrètement :

  • Impossible pour le casino de bloquer ou retarder un paiement
  • Les règles du jeu sont visibles publiquement sur la blockchain
  • Aucune triche possible : le code est la loi

Ces mécanismes rendent les jeux plus équitables, ce qui est un atout majeur pour les joueurs expérimentés.

Gouvernance décentralisée : quand les joueurs ont leur mot à dire

Certains projets de jeux d’argent crypto fonctionnent comme des DAO (Organisations Autonomes Décentralisées). Cela signifie que les joueurs peuvent voter sur des décisions importantes, comme :

  • Ajouter de nouveaux jeux
  • Modifier les frais de la plateforme
  • Lancer de nouveaux tournois ou promotions

Cela favorise un modèle communautaire, où les utilisateurs ne sont pas de simples clients, mais des parties prenantes actives.

Les plateformes qui surfent sur la vague décentralisée

Plusieurs plateformes ont déjà adopté cette approche, avec des résultats prometteurs.

Quelques exemples :

  • DAO.Casino : une plateforme construite entièrement sur Ethereum avec un système de récompense pour les développeurs de jeux.
  • FunFair : propose des jeux basés sur des contrats intelligents avec un haut niveau de transparence.
  • Edgeless : un casino 100 % transparent avec un taux de redistribution vérifié sur la blockchain.

Ces projets ne sont pas seulement innovants ; ils posent les bases d’un nouveau modèle économique dans l’univers du jeu en ligne.

Les limites actuelles de la décentralisation

Bien que prometteuse, la décentralisation n’est pas sans défis. Les plateformes 100 % décentralisées rencontrent encore certains obstacles.

Problèmes à prendre en compte :

  • Expérience utilisateur moins fluide : certaines interfaces sont complexes pour les débutants
  • Frais de transaction élevés : notamment sur Ethereum en période de forte activité
  • Manque de régulation : ce qui peut poser problème dans certains pays
  • Moins de support client : l’absence d’une entité centrale rend le SAV plus difficile

Cependant, à mesure que les technologies évoluent et que les blockchains deviennent plus efficaces, ces problèmes devraient diminuer.

Quel avenir pour les jeux d’argent décentralisés ?

Le potentiel est énorme. De plus en plus de joueurs cherchent des alternatives aux casinos classiques, jugés trop opaques ou trop restrictifs. Les jeux décentralisés offrent plus de contrôle, plus de transparence, et souvent, de meilleures chances de gains.

À l’avenir, on peut s’attendre à :

  • L’intégration de la réalité virtuelle pour des casinos immersifs
  • Des modèles hybrides combinant centralisation (pour l’UX) et décentralisation (pour la sécurité)
  • L’arrivée de licences spécifiques aux plateformes blockchain
  • L’usage croissant de tokens natifs comme méthode de paiement ou de récompense

Conclusion

La décentralisation est bien plus qu’un simple mot à la mode. Elle redéfinit en profondeur le fonctionnement des jeux d’argent en ligne. Pour les joueurs, cela signifie plus de liberté, plus d’équité et moins d’intermédiaires.

Même si le chemin reste long et semé d’embûches, une chose est sûre : l’avenir des jeux d’argent en cryptomonnaies sera décentralisé, transparent et entre les mains des utilisateurs.

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« Mafalda et l’enfance » : facétieuses jeunes années

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Dans le recueil Mafalda et l’enfance, publié aux éditions Glénat, Quino montre toute l’étendue de son talent à travers un florilège savoureux des strips de sa jeune héroïne. À soixante ans passés, Mafalda n’a pas pris une ride. Son regard espiègle et lucide sur le monde continue de surprendre, de divertir et de questionner notre rapport à la vie, et ici, plus particulièrement, à l’enfance.

Grand virtuose de la bande dessinée, Quino marie une maîtrise de l’humour subtil à une capacité à sonder les paradoxes de la société. Et c’est précisément à travers Mafalda et la formidable galerie de personnages qui gravitent autour d’elle que l’auteur argentin donne vie à son propos.

Mafalda et l’enfance, c’est d’abord un univers familial plein de tendresse et de contradictions. Dans cet album, la famille de la petite héroïne loquace et intrépide occupe une place centrale. Guille, son petit frère, fait une entrée remarquée : il rampe sur un plateau d’échecs, confond les pièces avec sa tétine et distille une candeur désarmante qui illumine chaque vignette. Mafalda, toujours aussi prompte à s’inquiéter, se demande si sa maman l’aimera encore autant maintenant qu’il y a un bébé à la maison. Pourtant, les liens se resserrent, et l’album laisse transparaître une tendresse infinie entre les membres de cette famille, parfois débordés mais profondément unis.

Le papa de Mafalda, homme discret, se montre aussi délicieusement contradictoire : il refuse d’écouter sa fille lorsqu’elle se lance dans une rafale de questions existentielles, mais ne rase pas la partie de sa barbe qu’elle embrasse. Et qu’importe si cela lui donne une apparence ridicule. De son côté, la maman, attachée à ses habitudes (en particulier la fameuse soupe, que Mafalda déteste au point de considérer son appellation comme un gros mot), voit sa fille faire preuve de compassion après avoir testé ses lunettes et expérimenté une vision pour le moins… trouble. 

Autour de Mafalda gravitent des amis qui, chacun à leur façon, reflètent un pan de la société. Manolito, par exemple, capitaliste en herbe, rêve déjà de posséder une chaîne de supermarchés. Son obsession pour les comptes et la rentabilité pousse Mafalda à ne jamais accepter ne serait-ce qu’un bonbon de lui : elle se méfie de ses calculs postérieurs. Susanita, de son côté, est tout autant préoccupée… par le mariage. Son rêve de petite fille est de se marier et de fonder une famille, comme si la liberté dont Mafalda se réclame (et qu’elle attend impatiemment, pour s’affranchir de la tutelle parentale) ne figurait pas du tout au programme de Susanita. Ces caractères opposés donnent naissance à des conversations savoureuses et à des situations comiques qui portent en creux une critique légère mais acérée de nos modes de vie.

Comme à son habitude, Quino sait jouer sur plusieurs registres. Les gags d’observation pure ne manquent pas : la mer, que Mafalda juge indécise avec son va-et-vient incessant, ou son peigne, auquel elle demande s’il a « le trac » en découvrant ses cheveux ébouriffés au petit matin. Certaines blagues sont purement visuelles, comme ce moment où on s’amuse avec la cravate du père, ou quand un arc se brise en plein jeu. Mais, souvent, derrière le trait simple et limpide de Quino, pointent des interrogations presque philosophiques, un goût pour la dérision et cette fameuse conscience sociale qui a fait la renommée de l’auteur. 

L’enfant qu’est Mafalda ne cesse de s’interroger. Elle se soucie du gaspillage – même de ses propres dents de lait – et se désole de l’injustice de ce monde d’adultes. À travers son regard, l’auteur argentin nous invite à nous reconnecter à cette phase unique de l’existence qu’est l’enfance : un âge de transition, plein de curiosité et de doutes, où la logique candide se heurte à l’incohérence des comportements adultes.

Si Mafalda et l’enfance reprend des strips anciens, le recueil a su garder toute sa fraîcheur. Les thèmes abordés sont toujours d’une brûlante actualité : le rapport à la famille, l’éducation, la peur de l’avenir, la nécessité de préserver les ressources. L’album comprend un précieux bonus : les principes de la Déclaration des droits de l’enfant, publiés en 1976 par l’UNICEF et illustrés par Quino lui-même. 

Ainsi, Mafalda et l’enfance s’impose comme un album indispensable, plein d’acuité, où l’on rit beaucoup, apprend aussi, et duquel on ressort avec une tendre nostalgie, mais surtout avec un enthousiasme renouvelé pour ces grandes questions qui, dès l’enfance, nous habitent. Car plonger dans ces pages en noir et blanc, c’est s’offrir un moment de légèreté et de réflexion qui résonne, plus que jamais, avec nos préoccupations contemporaines.

Mafalda et l’enfance, Quino 
Glénat, avril 2025, 208 pages

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4.5

« Spectregraph » : huis clos spectral

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Le tandem James Tynion IV et Christian Ward revient en force avec Spectregraph, une œuvre fascinante publiée aux éditions Delcourt, qui poursuivent la traduction du catalogue DSTLRY après Somna et Gone. Le récit emprunte à l’horreur psychologique, au fantastique et au thriller.

L’histoire débute dans un étrange manoir, perché sur la côte californienne, au nord de Los Angeles. Dès les premières pages, l’ombre plane sur ce lieu énigmatique et troublant, construit par un magnat de l’industrie obsédé par l’occulte et la promesse de vie éternelle. Après sa mort, la demeure suscite la convoitise des plus riches, avides de percer les mystères restés enfermés dans ses murs. 

Janie, mère célibataire se remettant difficilement d’une rupture amoureuse, est l’agente immobilière en charge de ce manoir. Elle accompagne Vesper, envoyée par un groupe inconnu (et inquiétant !), pour évaluer les secrets de l’étrange résidence. Très vite, le piège se referme sur elles ; les deux femmes se retrouvent captives d’une prison surnaturelle dont elles devront découvrir les secrets pour espérer survivre.

James Tynion IV, scénariste déjà reconnu pour ses précédents succès tels que The Nice House on the Lake et Department of Truth, reproduit à merveille les prouesses déjà réalisées dans ses récits d’horreur psychologique. Spectregraph se présente comme un puzzle narratif sophistiqué, déconstruit, où flashbacks et révélations partielles se succèdent avec maîtrise. Le suspense est finement charpenté et les éléments épars distillés çà et là nous maintiennent dans un état de tension fébrile, tout en sondant l’immortalité et l’abandon du corps au profit d’une éternité spectrale.

Un écueil se profile toutefois. James Tynion IV a tendance à effleurer ses thématiques sans les approfondir complètement. Si l’obsession et les dérives sectaires transparaissent clairement, il leur manque l’étoffe qui aurait permis de densifier le récit. Ce dernier maintient volontairement une certaine opacité, qui certes entretient le mystère mais contribue aussi à laisser le lecteur sur sa faim. Plus réussi est le portrait d’un couple désuni par une idée obsédante, et l’évocation de cette science qui n’a pas conscience de la valeur des choses simples.

Côté graphique, Christian Ward réalise un travail remarquable. Il construit une atmosphère surnaturelle idoine. Dans Spectregraph, les corps se fragmentent pour laisser apparaître leur structure interne, les murs sont porteurs des errances passées et des âmes en peine peuvent réapparaître à tout moment. 

La comparaison avec le film 13 Fantômes de Steve Beck (2001) semble évidente, avec des personnages enfermés dans un lieu mécanique où évoluent des spectres inquiétants. Cependant, James Tynion IV nous gratifie d’une intrigue bien plus subtile, davantage ancrée dans les psychologies tourmentées des protagonistes et leurs choix existentiels. Ainsi, tour à tour, la parentalité, l’amour perdu, l’obsession, l’immortalité, le renoncement irrigueront l’histoire.

Malgré quelques réserves sur la profondeur de son propos, Spectregraph est un album réussi, et souvent passionnant. Une incursion singulière dans les abysses de l’étrange, qui confirme une fois de plus le talent de ses auteurs à susciter l’angoisse et à nous tenir en haleine. 

Spectregraph, James Tynion IV et Christian Ward
Delcourt, mars 2025, 168 pages

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3.5

« Zoé Carrington » (vol. 2) : sentiments passés

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Avec ce second tome de Zoé Carrington, publié aux éditions Bamboo, Jim clôt avec talent son diptyque, qui réunissait d’anciens amis – et amants – à Londres, dans un contexte des plus singuliers…

Dans ce second tome, Londres reste le théâtre d’une célébration à la fois festive et douloureuse, où le souvenir côtoie la perte, et où l’insouciance d’hier se heurte brutalement à la réalité du deuil. Le personnage de Zoé, « cheval sauvage » s’il en est, demeure le cœur battant du récit. Toujours aussi libre, indépendante et magnétique, elle incarne une féminité moderne, complexe et assumée, qui tend à vampiriser, dans le cas présent, la gent masculine. 

Jim la caractérise comme une personne énigmatique, fascinante et insaisissable. Elle est cette femme dont le charme et les formes provoquent autant d’admiration que de tourments chez ceux qui croisent sa route, à commencer par Simon, le personnage masculin principal, encore sous le coup d’une relation pourtant enterrée il y a plusieurs années. Ce qui n’empêche pas ce dernier de nourrir l’espoir évident de renouer avec celle qu’il n’a jamais pu oublier.

Zoé et Simon se retrouvent donc autour d’une célébration funéraire : la fête prévue pour les 30 ans de Léo, le mari de Zoé. Il s’agit en fait d’un enterrement à la hauteur du couple extravagant qu’ils formaient. Si la relation entre les deux principaux protagonistes est ambiguë, cette cérémonie l’est tout autant, dans un mélange des genres bientôt contaminé, à nouveau, par le spectre de la finitude.

Jim semble s’amuser de ces paradoxes. L’extravagance se conjugue avec la tristesse. Ailleurs, l’amour se mêle avec la prostitution. Cette nuit singulière cristallise les sentiments contradictoires qui traversent l’ensemble du récit, bercé de nostalgie, arrimé à des rêves déçus, tapissé d’amitiés plus ou moins perdues, et dans lequel l’amour n’est jamais véritablement éteint.

Finesse d’écriture, planches tantôt réalistes tantôt oniriques, ce second et dernier tome ne révolutionne pas ce qui avait été amorcé un an plus tôt. Tout tient dans les conflits internes des personnages et dans l’impossibilité d’accéder à la plénitude recherchée. Le final n’apporte d’ailleurs pas de conclusion joyeuse, preuve que l’auteur ne ménage pas ses protagonistes.

Finalement, Zoé Carrington aura beaucoup brodé autour d’amours perdues, de jeunesse enfuie et de cette douloureuse, inconsolable, confrontation au deuil. Jim signe une œuvre sensible, très humaine, où les attentes sont figées dans un idéal inaccessible. Ce second tome clôture habilement le cycle de l’auteur.

Zoé Carrington (Vol.2), Jim
Bamboo, mars 2025, 96 pages

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3.5

« Histoires de l’Ouest » : western sans concession

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Avec Histoires de l’Ouest, dont le second volume vient de paraître chez Glénat, Paolo Eleuteri Serpieri offre une œuvre testamentaire, une magistrale synthèse d’une vie entière dédiée au western. Ses deux recueils rassemblent la quasi-totalité des récits du maître italien, enrichis d’inédits et accompagnés d’une nouvelle traduction fidèle à l’esprit de l’artiste.

Forgé par une passion familiale et un imaginaire fertile nourri des livres et des films du genre, découverts grâce à son père, Paolo Eleuteri Serpieri s’est offert une place de choix dans le western. Ses récits, ancrés dans une réalité historique méticuleusement documentée, célèbrent avec éclat la complexité et la tragédie du Far West, sans manichéisme, en tenant compte des aspérités des uns et des autres.

Le deuxième tome d’Histoires de l’Ouest plonge ainsi le lecteur dans l’intimité des peuples amérindiens confrontés à la violence coloniale. En une petite vingtaine de récits, Serpieri dresse le portrait sans concession d’une époque crépusculaire, marquée par la lutte désespérée des tribus pour préserver leur liberté face à l’inéluctable avancée des colons blancs. Parmi ces histoires, celle de Catawakee, condamné à mort pour son refus obstiné d’entrer dans une réserve. Il choisit fièrement la pendaison plutôt que la captivité. Cela s’inscrit plus largement dans l’esprit de résistance des Indiens, mû par une dignité bafouée.

Le trait de Serpieri, tour à tour en noir et blanc ou en couleurs, possède une force d’incarnation saisissante. Chaque visage, chaque silhouette est sculptée par les tourments de l’Histoire. Dans des planches-tableaux, l’Ouest et ses décors, ses tragédies et ses grandes figures, sont animés par une maîtrise technique souvent impressionnante. La détresse, la fierté, la violence, les événements qui ont présidé à la construction mythologique de l’Ouest tapissent un recueil de grande qualité, caractérisé par l’antagonisme et la prédation.

Outre la richesse narrative et graphique des récits, l’ouvrage se distingue par sa dimension didactique et réflexive. L’interview finale, généreuse, offre ainsi une immersion passionnante dans l’univers personnel et artistique de Serpieri. Ce dernier y révèle son amour pour le western, sa rigueur historique, ses méthodes de travail.

À travers cette intégrale en deux volumes, Paolo Eleuteri Serpieri adresse une véritable déclaration d’amour à un genre porteur d’enjeux pluriels, qu’il n’a cessé de revisiter tout au long de sa carrière. Histoires de l’Ouest constitue donc, plus qu’un simple recueil, une exploration humaine, nuancée et rigoureuse d’une période dont la violence et la beauté ne cessent de s’interpénétrer, et de nous émerveiller. 

Histoires de l’ouest, Paolo Eleuteri Serpieri
Glénat, mars 2025, 352 pages

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4.5

« Peut-on encore manger des bananes ? » : l’empreinte carbone de nos gestes quotidiens

Saturée de chiffres, d’injonctions parfois contradictoires et d’une forme de culpabilité écologique pas toujours bien placée, notre société navigue à vue dans une ère qualifiée d’anthropocène.  C’est précisément ici qu’intervient Peut-on encore manger des bananes ?, puisque Mike Berners-Lee rend lisible et concret le poids carbone de nos gestes quotidiens, sans jamais verser dans le dogmatisme ni le simplisme.

Chercheur britannique spécialisé dans le calcul d’empreinte carbone, Mike Berners-Lee propose au lecteur un guide à la fois pragmatique, drôle, documenté et incroyablement utile. Le livre s’ouvre sur une promesse simple : nous aider à faire la différence entre les petits gestes symboliques et les grandes décisions réellement impactantes pour le climat. Et cette promesse est tenue, de la première à la dernière page.

L’auteur classe des centaines d’activités et d’objets – de l’email au vol long-courrier, du cheeseburger à la construction d’une maison – selon leur empreinte carbone estimée. Chaque exemple est présenté avec des explications claires, des fourchettes réalistes et surtout une dimension contextuelle qui manque cruellement à la plupart des discours sur le climat.

On y apprend, entre autres, qu’un trajet en voiture émet autour de 250 g de CO₂ par kilomètre, qu’un steak peut peser plusieurs kilos de carbone, et qu’une banane, bien que voyageant sur des milliers de kilomètres, demeure – heureusement – un modèle d’efficacité écologique, grâce à sa culture peu énergivore et son transport maritime.

Mais au-delà des données brutes, ce que le livre apporte, c’est une vision structurante : tout ne se vaut pas. Il est inutile de se flageller pour un café si l’on prend l’avion deux fois par an. Inutile aussi de vanter le vélo du lundi si l’on consomme compulsivement des biens électroniques à fort coût carbone caché le reste de la semaine.

Une boussole, pas un tribunal

Ce qui distingue l’approche de Mike Berners-Lee, c’est qu’il ne cherche pas à punir, mais à outiller. Il ne construit pas une morale carbone, mais une boussole pour prendre des décisions éclairées, sans tomber dans la paralysie. Le ton est didactique, parfois malicieux, souvent nuancé. Il invite à penser par ordre de grandeur, à relativiser sans relativisme, et à éviter la « tyrannie du geste pur ».

Le propos est profondément pragmatique : dans un monde contraint, il faut prioriser. Le lecteur ressort avec une hiérarchie claire de ce qui compte, et de ce qui compte moins. C’est exactement ce qui manque à tant de débats publics sur l’écologie. Tout est affaire d’éveil et de compromis. Mais pour l’heure, le compte n’y est pas.

Car même si l’auteur ne prend jamais un ton militant, son livre est fondamentalement politique : il montre que nos choix individuels sont liés à des systèmes – de production, de transport, d’énergie – et qu’aucun changement profond n’est possible sans transformations collectives. Mais il insiste sur le rôle de chacun, en tant qu’acteur éclairé dans une société en transition. Sans connaissance, sans conscience, nous restons prisonniers de nos automatismes. Et c’est là que ce livre fait œuvre utile.

Peut-on encore manger des bananes ? est un ouvrage précieux parce qu’il parle à tout le monde : curieux, sceptiques, jeunes, décideurs, professeurs ou simples citoyens. Il ne prétend pas résoudre le problème climatique, mais il nous donne une base saine pour y réfléchir sérieusement, à partir de ce que nous faisons vraiment. C’est un livre que l’on peut ouvrir au hasard, feuilleter avec plaisir, et surtout garder à portée de main pour se rappeler que comprendre, ce n’est pas se culpabiliser ; c’est se libérer pour mieux choisir.

Peut-on encore manger des bananes ?, Mike Berners-Lee
J’ai lu, avril 2025, 352 pages

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3.5

Les Maîtres du Temps : le vide et l’infini

Les Maîtres du Temps est un film d’animation de René Laloux, adapté du roman L’Orphelin de Perdide de Stefan Wul. Alliant science-fiction et poésie visuelle grâce au style de Mœbius, le film propose un récit spatial au rythme inégal, mais porté par une richesse graphique certaine. Malgré ses faiblesses techniques et narratives, il reste une œuvre singulière dans le paysage de l’animation française.

Synopsis : Sur la planète Perdide, Claude et son jeune fils Piel fuient une inquiétante nuée de frelons, aux commandes d’un véhicule tout-terrain. Leur course se termine par un accident. Claude, grièvement blessé, envoie Piel se mettre à l’abri et lui confie un étrange microphone.

Un cinéaste du travail collectif

La science-fiction est le terrain de jeu de prédilection des explorateurs graphiques. René Laloux a confirmé ses compétences dans ce domaine avec un premier long-métrage satirique, philosophique et horrifique par bien des aspects. Adapté du roman Oms en série de Stefan Wul, La Planète sauvage lui a ainsi valu le prix spécial du jury au festival de Cannes en 1973. Une double victoire pour le metteur en scène et son co-scénariste Roland Topor, à qui l’on doit également les inoubliables dessins au crayon. Tout l’art et la démarche du cinéma de Laloux résidait dans ses collaborations. Et avant d’achever la production de Gandahar, où il s’est associé aux travaux de Caza, il replonge de nouveau dans les écrits de Stefan Wul pour adapter un space opera. L’Orphelin de Perdide est renommé Les Maîtres du Temps par les producteurs, un titre assez ironique lorsque l’on connaît la qualité de l’équipe technique et de ses ambitions sans frontière.

La rencontre de Laloux et Jean Giraud, dit Mœbius, était inévitable. Figure incontournable de la bande-dessinée ayant fondé la revue Métal Hurlant, ce dernier avait déjà été approché par Alejandro Jodorowsky pour storyboarder son Dune, qui n’a jamais vu le jour. Les Maîtres du Temps est alors traversé par une multitude de paysages, de décors et de personnages non-humanoïdes, si bien que le film est d’une grande richesse visuelle. Chaque détail compte et chaque trait donné par le dessinateur raconte une histoire. Ici, il s’agit d’un enfant livré à une planète hostile, tandis que ses sauveteurs se démènent pour le rejoindre au plus vite. Mais en réalité, le sentiment d’urgence est absent de cette intrigue, qui marque des pauses à chaque étape du voyage. Une expérience davantage sensorielle qui déploie émerveillement et fascination pour les illustrations. Le sound design et la musique au synthé de Jean-Pierre Bourtayre participent énormément à rendre l’aventure aussi vivifiante, afin de pallier les faiblesses d’écriture et au manque d’homogénéité dans l’animation.

Une épopée spatiale asymétrique

D’abord pensé comme un projet sériel, le film a énormément muté, jusqu’à finaliser l’animation dans des studios hongrois. Le manque de budget transparaît au terme d’un visionnage déstabilisant, alternant entre des séquences fluides et d’autres plus gracieuses mais d’une rigidité qui entrave le mouvement des éléments. L’utilisation de la rotoscopie est d’ailleurs notable lors d’une scène de baignade. Mais pour la majorité des plans, ils ont été animés en cellulo, une technique popularisée par les artistes de Walt Disney Studios depuis les années 30. Le jeune Piel, ainsi qu’un duo de gnomes volant, sont les mieux servis par l’animation, tandis que les Jaffar et ses compagnons de voyage humains manquent de finesse et de profondeur dans leur visuel. Le résultat est donc un peu aléatoire, mais ces défauts sont contrebalancés par la dimension poétique du space opera.

Les nuits étoilées, les vols spaciaux et le dédale végétal dans lequel évolue Piel sont tout aussi sublimes qu’une chanson de réconfort interprétée par Monique Thierry, doublage de Belle. Le spectateur a de quoi se régaler visuellement à chaque plan large et à chaque fois que de nouvelles espèces interagissent avec les héros. Et la forme finit par s’accorder avec le fond, dans sa dernière ligne droite, dès lors que les obstacles ne peuvent être surmontés qu’avec des sacrifices, cruels et symboliques. Pour autant, la tension est loin d’être maîtrisée du fait de sa narration condensée et du montage rapide, car ce projet veut être accessible au plus grand nombre, même pour les enfants. Les dialogues conçus par Jean-Patrick Manchette, une icône du polar français (Morgue pleine, Le Petit Bleu de la côte ouest, La Position du tireur couché), permettent la compréhension de l’univers avec légèreté, et notamment par le biais des personnages de Jad et de Yul, des télépathes. Une bonne idée qui se heurte cependant à des contradictions qui s’accumulent pour laisser un arrière-goût de frustration, sachant toute la portée de cet univers sombre et hostile. Une nuée de frelons dévoreurs de cervelles, des êtres ailés sans visage et sans personnalité, des soldats d’un empire dictatorial ou encore des colonisateurs qui bouleversent l’espace-temps, le deuxième film de Laloux regorge de surprises que même les lecteurs du roman ont plaisir à découvrir.

Avant que le cinéma d’animation français de science-fiction ait pu retrouver ses couleurs avec Avril et le monde truqué ou encore Mars Express, les réalisations de Laloux servaient de référentiel à tout un tas d’artiste dans l’animation traditionnelle (2D, celluloïd, dessins à la main). Ce qui a notamment permis au cinéma japonais d’affiner ses techniques (Akira, Memories) et de se les approprier, parfois en les mélangeant comme dans les œuvres d’Hayao Miyazaki. En mal de reconnaissance, car occulté par ses prestigieux collaborateurs artistiques, René Laloux mérite un second souffle et il l’a certainement trouvé avec Les Maîtres du Temps, aussi imparfait qu’il soit. La destination et le voyage ne font qu’un dans cette aventure inoubliable et d’une grande maîtrise esthétique.

Les Maîtres du Temps – Bande-annonce

Les Maîtres du Temps – Fiche technique

Réalisation : René Laloux
Dessins de : Mœbius (Jean Giraud)
Adaptation : René Laloux et Mœbius (D’après le roman L’Orphelin de Perdide de Stefan Wul)
Dialogues : Jean-Patrick Manchette
Dessiné, animé et tourné à : Centre du cinéma d’animation (Angers), Studios Télécip (Paris), Lannonia Filmstudio (Budapest)
Musique : Jean-Pierre Bourtayre
Producteur exécutif : Michel Gillet
Producteur associé : Etienne Laroche
Producteurs délégués : Roland Gritti, Jacques Dernourt
Société de production : Télécip, TF1 Films Production
Pays de production : France, Hongrie
Distribution France : Tamasa
Durée : 1h20
Genre : Animation, Science-fiction, Aventure
Date de sortie : 24 mars 1982 (ressortie le 24 avril 2024)

Oxana : l’Art, ma révolution

Lorsque la survie, la fuite ou les prières ne suffisent plus, il ne reste que la lutte pour se redéfinir et affirmer tout son être. C’est dans cet état d’esprit que l’artiste ukrainienne Oksana Chatchko a donné naissance au mouvement des Femen. Aujourd’hui encore, les droits des femmes sont plus que jamais menacés au XXIe siècle et Charlène Favier, révélée avec son premier long-métrage Slalom, délivre avec Oxana un nouveau portrait de femmes en quête de justice et de résilience. La cinéaste utilise la toile pour y peindre les émotions et l’histoire d’une authentique icône, à la fois vulnérable, indépendante et révolutionnaire.

Synopsis : Ukraine, 2008. La jeune Oxana et son groupe d’amies multiplient les actions, slogans peints sur le corps et couronnes de fleurs dans les cheveux, contre un gouvernement arbitraire et corrompu. C’est la naissance d’un des mouvements les plus importants du XXIe siècle : FEMEN.

C’est en 2008, qu’Oksana Chatchko co-fonde le mouvement Femen avec ses amies Anna Hutsol et Sacha Chevchenko. Elles dénoncent de façon générale le sexisme, le harcèlement sexuel, la prostitution et le tourisme sexuel qui s’est fortement développé en Ukraine au cours des dernières années. Armées de peinture et de pinceaux, ces femmes sont également connues pour militer dans la nudité, en utilisant leur corps pour peindre des slogans provocateurs. Leur démarche non-violente est sans frontière, bien qu’une traumatisante expérience en Biélorussie foudroie les ardeurs des activistes.

Mes seins, mes armes

En s’inspirant aussi bien des faits réels qui ont mené Oksana à se réfugier en France, Charlène Favier fait le choix de livrer sa version iconique de la femme et de l’artiste derrière son statut de militante. Du documentaire Je suis Femen d’Alain Margot, ami fidèle de la peintre, aux divers témoignages laissés avant et après le décès prématuré d’Oksana, la cinéaste s’approprie même le prénom de son héroïne en changeant deux lettres. Son Oxana en a autant à raconter et a tout à gagner dans ce bel hommage qui ne tombe dans les travers de biopics aseptisés et qui déroulent naïvement leur fiche Wikipédia.

Le film ouvre et se referme avec la fête de Kupala, où des femmes, coiffées d’une couronne de fleurs, dansent autour d’un feu de joie. Il s’agit d’une manière pour Oxana et la sororité dans laquelle elle s’inscrit de reprendre le contrôle sur son corps et peut-être de conjurer les mauvais sorts, à l’instar des Sorcières d’Akkelare. Le film reste éminemment militant et politique dans son approche, si bien qu’à la suite de La fille qu’on appelle, un téléfilm de Favier co-produit par Arte, on comprend les raisons qui ont motivé cette fascination pour une telle figure combattive. Précarité, alcoolisme du père et patriarcat ambiant sont autant de raisons qui ont poussé la jeune femme à quitter son foyer pour faire résonner sa voix intérieure qui hurle de douleur et d’injustice. On suit alors les allers-retours d’Oxana entre le jour de son vernissage à Paris en 2018 et son évolution chez les Femen en Ukraine.

Mon corps, mon uniforme

Douée depuis son enfance pour l’illustration d’icônes religieuses, la jeune femme met à profit ses talents pour transformer le corps féminin en œuvre d’art. Et toute œuvre délivre un message. C’est l’aspect poétique d’Oxana qui ressort de ses réalisations et de ses idées avant-gardistes, bien avant que le mouvement MeToo ne s’installe durablement dans la société contemporaine. Elle était la plus entreprenante dans ses actions, où la forme compte autant que le geste de se dévêtir. « Sors, déshabille-toi, gagne. » Malgré quelques réticences, leur dénudage constitue-t-il véritablement une perte ? Leurs corps exhibés ne constitueraient-ils pas leur « uniforme » dans leurs diverses luttes qui, au-delà de dénoncer, permettent de rassembler les femmes qui se révoltent d’une seule et même voix ? C’est ce qui transparait en arrière-plan, tandis qu’Oxana s’efface peu à peu derrière les actions Femen, de plus en plus radicales, relancées par Inna Shevchenko, toujours leader du mouvement à ce jour.

L’isolement d’Oxana est un élément qui sert à la compréhension du personnage. Ce qui démarque cette nouvelle œuvre de Favier avec ses précédentes, c’est le fait d’explorer la psyché de son héroïne avec beaucoup plus d’onirisme. Les symboles christiques sont assimilés par le regard et le jeu subtil d’Albina Korzh. C’est une aura de pureté qui se dégage d’elle et la mémoire d’Oksana Chatchko est sublimée à l’écran, comme si on empilait plusieurs mosaïques pour alimenter la narration. C’est une figure éclatée qui possède plusieurs angles de lecture lorsqu’on découvre la Oxana survivaliste, même après son arrivée à Paris. Exprimer sa douleur et son manque d’affection passaient essentiellement par la peinture d’icônes religieuses qu’elle détourne. Elle assure ainsi la continuité de son militantisme à travers les représentations de saints en burka ou avec des armes à feu, avec une finesse dans le trait et une justesse dans le propos qui lui valent bien un accès aux Beaux-arts.

Cependant, cette opportunité est synonyme de discipline. Et Oxana, bien qu’elle soit exigeante envers elle-même, avait besoin de liberté créative pour s’exprimer. C’est dans ce contexte sous pression, où l’on rejette aussi bien son art que son histoire, que Charlène Favier étudie les réactions de l’artiste dans un second temps. Une étude qui s’achève par une tragédie qu’elle stylise par respect à celle que l’on peut s’identifier de bien des manières, car « tout le monde peut se déclarer Femen ». Tout le monde peut incarner une idée. Oxana constitue ainsi une lutte ouverte pour les droits des femmes et un portrait solennel d’une artiste qui avait tout pour briller, mais qui a choisi de repeindre les ténèbres pour se sentir vivante et libre.

Oxana – Bande-annonce

Oxana – Fiche technique

Réalisation : Charlène Favier
Scénario : Charlène Favier, Diane Brasseur, Antoine Lacomblez
Interprètes : Albina Korzh, Maryna Koshkina, Lada Korovai, Oksana Zhdanova, Yoann Zimmer, Noée Abita
Photographie : Eric Dumont – AFC
Son : Cyril Moisson, Levente Udud
Montage : Monica Coleman
Musique : Delphine Malaussena
Scripte : Laurence Nicoli – LSA
Casting : Tetiana Vladzimirska, Sandie Galan Perez – ARDA
Décors : Florian Sanson
Costumes : Judith de Luze
Montage son : Louis Molinas
Mixage : Thomas Besson
1er Assistant mise en scène : Clément Comet
Direction de production : Karine D’Hont
Producteurs : Marc-Antoine Robert, Alice Girard, Jonathan Halperyn, Daniel Kresmery
Producteurs associés : Corinne Benichou, Xavier Rigault, Edouard Weil
Sociétés de production : Rectangle Productions, 2.4.7. Films
Pays de production : France
Distribution France : Diaphana Distribution
Durée : 1h43
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie : 16 avril 2025

Oxana : l’Art, ma révolution
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3.5

Mikado : le jeu de la vie

Quand la légèreté illumine le drame : avec une plume douce et lumineuse, Baya Kasmi transcende les drames familiaux et sociaux dans Mikado. À travers une parenthèse estivale vibrante, ce récit explore la force des rapports humains et la quête d’émancipation. Entre confrontations et découvertes, le film célèbre l’espoir et les possibles, où l’ombre cède sa place à la lumière.

Pour son troisième long-métrage de cinéma, Baya Kasmi nous offre un joli film très attachant, plein de sensibilité et de profondeur sur les relations humaines, les liens familiaux, la marginalité sociale, et l’émancipation au sortir d’une enfance insouciante. Des sujets souvent bouleversants, sombres et dramatiques, mais traités avec une légèreté bienvenue dans un moment de vie et de rencontre estivaux qui déverrouillent le passé et libèrent l’espoir en l’avenir.

La confrontation des contraires

Dès le début du film, nous accompagnons la famille de Mikado, surnom original donné à cet homme à l’enfance très difficile, sa compagne amoureuse Laëtitia et leurs deux enfants, l’adolescente Nuage et le très jeune Zéphir, sillonnant en été les routes de Provence à bord d’un vieux fourgon aménagé en camping-car de fortune. Depuis combien de temps roulent-ils ainsi ? Pourquoi Mikado semble-t-il vouloir les protéger d’un passé difficile, d’actes inavouables et répréhensibles ? De quoi vivent-ils et comment les enfants non déclarés sont-ils éduqués ?

Félix Moati, acteur reconnu (Wahou !, La Promesse verte) incarne à merveille cet homme fébrile et « intranquille », par les expressions juvéniles d’un visage toujours aux aguets. Dans le rôle de sa compagne Laëtitia, l’actrice Vimala Pons (L’Attachement), habituée à travailler avec la réalisatrice, lui répond avec amour, sensibilité, mais aussi assurance par une certaine désinvolture qui contribue à la cohésion de cette famille soudée comme un jeu de Mikado dont on a peur de bouger la moindre baguette… En apparence en tout cas

La réalisatrice choisit de nous révéler la vérité compliquée de cette famille marginale au fur et à mesure d’un scénario construit sur les rapports humains, et centré autour de la rencontre par pur hasard avec Vincent, ce professeur de lettres reconnu, un rôle quasi à contre-emploi mais tellement crédible pour Ramzy Bédia, acteur fétiche de Baya Kasmi. Vincent habite une bastide provençale majestueuse avec sa fille Théa, insouciante mais taciturne (Saul Benchetrit, la moins solide du casting). Ils sont tout le contraire de la famille de Mikado… En apparence en tout cas

Immobilisés par une panne de leur véhicule, c’est l’audace de Laëtitia qui va faire passer la famille de Mikado quelques jours heureux à proximité de Vincent et Théa, mais risqués selon lui. Et on comprend peu à peu pourquoi, car cette halte conduit très vite à la nécessité de révéler des sentiments douloureux et autant d’actes enfouis.

La force de l’émancipation

Car au-delà de quelques rares bons moments très bien filmés en pleine nature provençale, symbolisés par ce bel oiseau apprivoisé, les déséquilibres se font jour progressivement, et notamment l’affrontement inévitable entre Mikado et Vincent qui finit par des aveux de ce dernier sur le terrible malheur qui le frappe avec sa fille, montrant subtilement que le bonheur n’est pas toujours lié à la condition sociale.

Mais la véritable révélation de cette parenthèse pas si enchantée est la curiosité et la volonté de Nuage (un nom si poétique dont on comprendra le sens) de découvrir autre chose que le confinement du fourgon familial, où sa seule et saine occupation était d’avaler des livres. Sa discussion avec Vincent, au grand dam de son père, qui découvre son érudition, puis l’amitié qu’elle va tisser avec Théa, la conduisent à rôder autour de son collège, puis de s’y inviter avec aplomb (telle mère telle fille), ce qui lui apporte enthousiasme et désillusion. Mais rien n’arrête sa volonté d’émancipation et de « retour » à une vie normale.

Nuage est interprétée par Patience Munchenbach, engagée pour le film, une véritable pépite découverte avec bonheur par Baya Kasmi. Dans ce rôle d’adolescente ingénue mais volontaire en découvrant le monde, Patience fait merveille.

Très préoccupé par la situation de cette famille itinérante, à témoin sa visite surprise dans leur camping-car de fortune, Vincent se demande avec justesse comment les aider.

Un puissant message d’espoir

S’il on assiste aux démêlés inévitables de Mikado avec la justice qui le rattrape du fait de son passé tumultueux, mais dont il est la première victime, et un échange trop rapide avec sa mère qui n’a pas su l’élever, la réalisatrice prend le parti de passer très vite sur la fin à la réinsertion sociale provoquée de sa famille, délivrant tout de même un vrai message d’espoir sur l’impact de ces belles rencontres que la vie nous réserve. Et si le jeu de Mikado finit par voler virtuellement en éclat, c’est pour le bien de tous.

Par son film intelligemment féministe – Laëtitia et Nuage osent faire changer les choses –, Baya Kasmi nous montre l’intensité des rapports humains et l’espoir de réparer les situations les plus difficiles, en évitant le misérabilisme de la marginalité, ainsi que la grisaille du réalisme social.

Tournant sous les belles couleurs chatoyantes d’une chaude fin d’été dans le sud de la France, avec la chanson La Rua Madureira de Nino Ferrer entonnée de manière récurrente, la réalisatrice réussit un film intemporel, intergénérationnel et non dénué de poésie, avec des acteurs impliqués et très bien dirigés, dont on sort ému et, disons-le, transformé. En tout cas, chacun pourra juger de cette expérience en visionnant le film.

Bande-annonce : Mikado

Fiche Technique du Film Mikado

  • Réalisatrice : Baya Kasmi
  • Scénaristes : Baya Kasmi, Olivier Adam, Magaly Richard-Serrano
  • Producteurs : Fabrice Goldstein, Antoine Rein, Pauline Seigland, Lionel Massol
  • Directeur de la photographie : Romain Le Bonniec
  • Directrice du casting : Laure Cochener
  • Chef monteur : Jean-Baptiste Morin
  • Chef costumier : Elfie Carlier
  • Directeur de production : Pierre Py
  • Régisseur général : Korentin Guivarc’h
  • Chef décorateur : Aurette Leroy
  • Ingénieur du son : Laurent Benaïm
  • Dates de Sortie : festival d’Angoulême : 29 août 2024
  • En salles en France : 9 avril 2025
  • Sociétés de distribution : Memento Distribution, Pulsar Content (International Distribution/Exports)
  • Sociétés de production : Films Grand Huit, Karé Productions

Casting principal

  • Félix Moati : Mikado
  • Vimala Pons : Laetitia
  • Ramzy Bedia : Vincent
  • Patience Munchenbach : Nuage
  • Saül Benchetrit : Théa
  • Louis Obry : Zéphir

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3.5

Cometa, une mission avec objectif optionnel

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Avec cet album, Elie Huault fait le choix d’une histoire tournée vers l’exploration spatiale. L’absence de dialogue incite à guetter chaque détail pour enregistrer les informations significatives. Le tout début nous montre un astronaute en tenue (scaphandre) face à un écran où nous lisons en même temps que lui. Visiblement, il émerge d’une longue léthargie, après cryogénisation.

Remarque préliminaire : la cryogénisation se distingue de la congélation, opération que nous connaissons suffisamment bien pour savoir qu’elle ne permet pas la conservation sur une très longue durée. Ici, nous sommes donc clairement sur de la SF, car les connaissances scientifiques actuelles dans le domaine de la réfrigération n’apportent que d’hypothétiques perspectives. C’est donc particulier comme état pour voyager et on en déduit que l’astronaute se réveille loin de son point de départ.

Premières manifestations d’étrangeté

Ce que l’astronaute observe depuis son hublot (de taille démesurée) apparaît à la limite de l’impossibilité astronomique. L’auteur nous invite donc d’emblée à prendre du recul par rapport à tout ce qu’il propose : nous nous situons du côté du fantasme, avec des références qui rappellent que nous découvrons un « Livre Métal hurlant » sans prétention réaliste, malgré un style de dessin qui s’en approche. Sur son écran (comme s’il avait tout oublié ou pire, qu’on ne l’ait pas informé avant son départ), l’astronaute apprend la nature de sa mission : il doit retrouver une balise émettrice et un artefact (n’en serait-il pas un lui-même ?) Écran suivant : veut-il prendre connaissance d’un objectif optionnel ? Visiblement, on compte sur sa curiosité, parce que, bien évidemment, il prend connaissance de ce nouvel objectif : un mot qui en dit long. Pourtant il aurait très bien pu ne pas aller jusqu’à cet écran. Priorité donc à la localisation d’une balise pour retrouver son propriétaire, une mission qui pourrait s’avérer dangereuse. Puisqu’on l’envoie si loin, c’est qu’on ignore complètement pourquoi l’artefact qu’il recherche ne donne plus de nouvelles. On peut évidemment aussi prendre l’information comme une manifestation de cynisme de ceux qui l’envoient et/ou comme une manifestation d’humour noir de la part de celui ou celle qui a élaboré le questionnaire, donc de l’auteur de la BD. Un album original (format carré, en noir et blanc) avec des planches comportant parfois un seul dessin, parfois plusieurs, l’ensemble étant bien organisé pour raconter une histoire. Le bédéphile ne sera surpris ni par la forme ni par ce pari d’une BD sans dialogue. Et puisqu’il s’agit de Science-Fiction, l’auteur doit faire attention à ne pas perdre le lecteur.

Les questions s’accumulent

Le dernier écran d’information invite l’astronaute à rejoindre la capsule LEM, ce qui rappelle forcément les missions Apollo avec lesquelles les Américains sont partis à la conquête de la Lune. Bizarrement, l’engin qui atterrit ressemble fortement à la capsule telle qu’elle ramenait sur Terre les voyageurs de l’espace, avec son bouclier thermique destiné à la protéger des frottements lors de son retour dans l’atmosphère terrestre. Par contre l’atterrissage du LEM ainsi que son mode d’ouverture surprennent, car visiblement l’auteur ironise. D’autre part, sur le scaphandre de l’astronaute, on n’observe aucune marque distinctive indiquant sa provenance. De plus, sa tenue fait un peu datée (sa manette de commande rappelle celle d’un jeu vidéo), comme si des astronautes anonymes de l’époque Apollo étaient en mission dans un futur impossible à préciser. A moins que l’auteur cherche à apporter quelques références pour baliser le terrain en quelque sorte. Ceci dit, l’astronaute adopte un comportement très particulier une fois qu’il sort de son engin. L’aspect SF est alors bien présent.

Elie Huault 

Indéniablement, il a des idées et un réel talent pour leur mise en scène. Son choix du noir et blanc et surtout de l’absence de dialogue ne l’empêchent pas de se montrer original. Pour son humour décalé, je rapproche cet album de Police lunaire (2016) du Britannique Tom Gauld. D’autre part, Elie Huault nous propose ici un scénario avec quelques péripéties où l’astronaute se montre plein de ressources pour affronter de multiples épreuves.

Mission accomplie ?

Esthétiquement, le dessin est soigné, dans un beau noir et blanc. L’auteur aime varier ce qu’il présente, dans les décors notamment. Il assume l’absence de dialogue en gardant à l’esprit qu’un lecteur peut parcourir l’album assez rapidement. Il a donc à cœur de lui apporter la satisfaction de l’œil et de le maintenir attentif, car chaque détail peut avoir son importance. Autant dire que le titre associé à son illustration de couverture (agréable, avec un dessin en couleurs) maintient le suspense quant au contenu de l’album, se contentant d’annoncer un thème en rapport avec l’espace. Intelligemment, Elie Huault s’arrange pour nous réserver quelques surprises. Il laisse également la place à l’interprétation en incitant à la relecture.

Cometa, Elie Huault
Les Humanoïdes Associés : sortie le 9 avril 2025

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3.5