« Histoires de l’Ouest » : western sans concession

Avec Histoires de l’Ouest, dont le second volume vient de paraître chez Glénat, Paolo Eleuteri Serpieri offre une œuvre testamentaire, une magistrale synthèse d’une vie entière dédiée au western. Ses deux recueils rassemblent la quasi-totalité des récits du maître italien, enrichis d’inédits et accompagnés d’une nouvelle traduction fidèle à l’esprit de l’artiste.

Forgé par une passion familiale et un imaginaire fertile nourri des livres et des films du genre, découverts grâce à son père, Paolo Eleuteri Serpieri s’est offert une place de choix dans le western. Ses récits, ancrés dans une réalité historique méticuleusement documentée, célèbrent avec éclat la complexité et la tragédie du Far West, sans manichéisme, en tenant compte des aspérités des uns et des autres.

Le deuxième tome d’Histoires de l’Ouest plonge ainsi le lecteur dans l’intimité des peuples amérindiens confrontés à la violence coloniale. En une petite vingtaine de récits, Serpieri dresse le portrait sans concession d’une époque crépusculaire, marquée par la lutte désespérée des tribus pour préserver leur liberté face à l’inéluctable avancée des colons blancs. Parmi ces histoires, celle de Catawakee, condamné à mort pour son refus obstiné d’entrer dans une réserve. Il choisit fièrement la pendaison plutôt que la captivité. Cela s’inscrit plus largement dans l’esprit de résistance des Indiens, mû par une dignité bafouée.

Le trait de Serpieri, tour à tour en noir et blanc ou en couleurs, possède une force d’incarnation saisissante. Chaque visage, chaque silhouette est sculptée par les tourments de l’Histoire. Dans des planches-tableaux, l’Ouest et ses décors, ses tragédies et ses grandes figures, sont animés par une maîtrise technique souvent impressionnante. La détresse, la fierté, la violence, les événements qui ont présidé à la construction mythologique de l’Ouest tapissent un recueil de grande qualité, caractérisé par l’antagonisme et la prédation.

Outre la richesse narrative et graphique des récits, l’ouvrage se distingue par sa dimension didactique et réflexive. L’interview finale, généreuse, offre ainsi une immersion passionnante dans l’univers personnel et artistique de Serpieri. Ce dernier y révèle son amour pour le western, sa rigueur historique, ses méthodes de travail.

À travers cette intégrale en deux volumes, Paolo Eleuteri Serpieri adresse une véritable déclaration d’amour à un genre porteur d’enjeux pluriels, qu’il n’a cessé de revisiter tout au long de sa carrière. Histoires de l’Ouest constitue donc, plus qu’un simple recueil, une exploration humaine, nuancée et rigoureuse d’une période dont la violence et la beauté ne cessent de s’interpénétrer, et de nous émerveiller. 

Histoires de l’ouest, Paolo Eleuteri Serpieri
Glénat, mars 2025, 352 pages

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4.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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