Oxana : l’Art, ma révolution

Lorsque la survie, la fuite ou les prières ne suffisent plus, il ne reste que la lutte pour se redéfinir et affirmer tout son être. C’est dans cet état d’esprit que l’artiste ukrainienne Oksana Chatchko a donné naissance au mouvement des Femen. Aujourd’hui encore, les droits des femmes sont plus que jamais menacés au XXIe siècle et Charlène Favier, révélée avec son premier long-métrage Slalom, délivre avec Oxana un nouveau portrait de femmes en quête de justice et de résilience. La cinéaste utilise la toile pour y peindre les émotions et l’histoire d’une authentique icône, à la fois vulnérable, indépendante et révolutionnaire.

Synopsis : Ukraine, 2008. La jeune Oxana et son groupe d’amies multiplient les actions, slogans peints sur le corps et couronnes de fleurs dans les cheveux, contre un gouvernement arbitraire et corrompu. C’est la naissance d’un des mouvements les plus importants du XXIe siècle : FEMEN.

C’est en 2008, qu’Oksana Chatchko co-fonde le mouvement Femen avec ses amies Anna Hutsol et Sacha Chevchenko. Elles dénoncent de façon générale le sexisme, le harcèlement sexuel, la prostitution et le tourisme sexuel qui s’est fortement développé en Ukraine au cours des dernières années. Armées de peinture et de pinceaux, ces femmes sont également connues pour militer dans la nudité, en utilisant leur corps pour peindre des slogans provocateurs. Leur démarche non-violente est sans frontière, bien qu’une traumatisante expérience en Biélorussie foudroie les ardeurs des activistes.

Mes seins, mes armes

En s’inspirant aussi bien des faits réels qui ont mené Oksana à se réfugier en France, Charlène Favier fait le choix de livrer sa version iconique de la femme et de l’artiste derrière son statut de militante. Du documentaire Je suis Femen d’Alain Margot, ami fidèle de la peintre, aux divers témoignages laissés avant et après le décès prématuré d’Oksana, la cinéaste s’approprie même le prénom de son héroïne en changeant deux lettres. Son Oxana en a autant à raconter et a tout à gagner dans ce bel hommage qui ne tombe dans les travers de biopics aseptisés et qui déroulent naïvement leur fiche Wikipédia.

Le film ouvre et se referme avec la fête de Kupala, où des femmes, coiffées d’une couronne de fleurs, dansent autour d’un feu de joie. Il s’agit d’une manière pour Oxana et la sororité dans laquelle elle s’inscrit de reprendre le contrôle sur son corps et peut-être de conjurer les mauvais sorts, à l’instar des Sorcières d’Akkelare. Le film reste éminemment militant et politique dans son approche, si bien qu’à la suite de La fille qu’on appelle, un téléfilm de Favier co-produit par Arte, on comprend les raisons qui ont motivé cette fascination pour une telle figure combattive. Précarité, alcoolisme du père et patriarcat ambiant sont autant de raisons qui ont poussé la jeune femme à quitter son foyer pour faire résonner sa voix intérieure qui hurle de douleur et d’injustice. On suit alors les allers-retours d’Oxana entre le jour de son vernissage à Paris en 2018 et son évolution chez les Femen en Ukraine.

Mon corps, mon uniforme

Douée depuis son enfance pour l’illustration d’icônes religieuses, la jeune femme met à profit ses talents pour transformer le corps féminin en œuvre d’art. Et toute œuvre délivre un message. C’est l’aspect poétique d’Oxana qui ressort de ses réalisations et de ses idées avant-gardistes, bien avant que le mouvement MeToo ne s’installe durablement dans la société contemporaine. Elle était la plus entreprenante dans ses actions, où la forme compte autant que le geste de se dévêtir. « Sors, déshabille-toi, gagne. » Malgré quelques réticences, leur dénudage constitue-t-il véritablement une perte ? Leurs corps exhibés ne constitueraient-ils pas leur « uniforme » dans leurs diverses luttes qui, au-delà de dénoncer, permettent de rassembler les femmes qui se révoltent d’une seule et même voix ? C’est ce qui transparait en arrière-plan, tandis qu’Oxana s’efface peu à peu derrière les actions Femen, de plus en plus radicales, relancées par Inna Shevchenko, toujours leader du mouvement à ce jour.

L’isolement d’Oxana est un élément qui sert à la compréhension du personnage. Ce qui démarque cette nouvelle œuvre de Favier avec ses précédentes, c’est le fait d’explorer la psyché de son héroïne avec beaucoup plus d’onirisme. Les symboles christiques sont assimilés par le regard et le jeu subtil d’Albina Korzh. C’est une aura de pureté qui se dégage d’elle et la mémoire d’Oksana Chatchko est sublimée à l’écran, comme si on empilait plusieurs mosaïques pour alimenter la narration. C’est une figure éclatée qui possède plusieurs angles de lecture lorsqu’on découvre la Oxana survivaliste, même après son arrivée à Paris. Exprimer sa douleur et son manque d’affection passaient essentiellement par la peinture d’icônes religieuses qu’elle détourne. Elle assure ainsi la continuité de son militantisme à travers les représentations de saints en burka ou avec des armes à feu, avec une finesse dans le trait et une justesse dans le propos qui lui valent bien un accès aux Beaux-arts.

Cependant, cette opportunité est synonyme de discipline. Et Oxana, bien qu’elle soit exigeante envers elle-même, avait besoin de liberté créative pour s’exprimer. C’est dans ce contexte sous pression, où l’on rejette aussi bien son art que son histoire, que Charlène Favier étudie les réactions de l’artiste dans un second temps. Une étude qui s’achève par une tragédie qu’elle stylise par respect à celle que l’on peut s’identifier de bien des manières, car « tout le monde peut se déclarer Femen ». Tout le monde peut incarner une idée. Oxana constitue ainsi une lutte ouverte pour les droits des femmes et un portrait solennel d’une artiste qui avait tout pour briller, mais qui a choisi de repeindre les ténèbres pour se sentir vivante et libre.

Oxana – Bande-annonce

Oxana – Fiche technique

Réalisation : Charlène Favier
Scénario : Charlène Favier, Diane Brasseur, Antoine Lacomblez
Interprètes : Albina Korzh, Maryna Koshkina, Lada Korovai, Oksana Zhdanova, Yoann Zimmer, Noée Abita
Photographie : Eric Dumont – AFC
Son : Cyril Moisson, Levente Udud
Montage : Monica Coleman
Musique : Delphine Malaussena
Scripte : Laurence Nicoli – LSA
Casting : Tetiana Vladzimirska, Sandie Galan Perez – ARDA
Décors : Florian Sanson
Costumes : Judith de Luze
Montage son : Louis Molinas
Mixage : Thomas Besson
1er Assistant mise en scène : Clément Comet
Direction de production : Karine D’Hont
Producteurs : Marc-Antoine Robert, Alice Girard, Jonathan Halperyn, Daniel Kresmery
Producteurs associés : Corinne Benichou, Xavier Rigault, Edouard Weil
Sociétés de production : Rectangle Productions, 2.4.7. Films
Pays de production : France
Distribution France : Diaphana Distribution
Durée : 1h43
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie : 16 avril 2025

Oxana : l’Art, ma révolution
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3.5

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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