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41ème cérémonie des Césars : Palmarès

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Césars 2016 : Le palmarès

Ce vendredi 26 février 2016, la grande cérémonie de remise des Césars s’est tenue pour la 41ème année consécutive. Après deux années où deux films ont deux raflé tous les prix des principales catégories (cinq césars pour Les Garçons et Guillaume, à table en 2014 et Timbuktu en 2015), on a pu remarquer une certaine tendance cette année: Un nombre réduit de films se répartissaient les nominations, en particulier Trois souvenirs de ma jeunesse et Marguerite qui se partagent onze nominations. Ce palmarès limité prouve que, malgré leur qualité, il y a trop peu de réalisations françaises qui ont marqué l’année cinéma 2015, mais a au moins eu l’avantage de donner à la compétition un minimum de suspense à qui repartira avec le plus de statuettes.

Cette année, la présentation a été confiée à Florence Foresti. L’humoriste a toutefois été loin d’égaler le talent comique et le panache que ses prédécesseurs ont su insuffler à la cérémonie, faute à un discours d’ouverture et à des sketchs poussifs qui avaient tous tendance à tomber un peu à plat. Grâce aux discours des remettants comme des gagnants -limitées cette années à 2 minutes 30- et de la performance de Christine and the queens, cette soirée aura tout de même été, à défaut d’un grand show plein de surprises, une soirée émouvante.

Le résultat de la soirée n’est, cette année, pas un razzia pour un seul et même film puisque que l’on peut distinguer trois grands vainqueurs: D’une part Fatima, récompensé du César du meilleur film, et d’autre part Marguerite et Mustang, qui ont remporté tous deux quatre statuettes. Et même si on peut regretter que des oeuvres moins consensuelles, telles que Mon Roi et Dheepan, soient reparties bredouilles, on ne peut que saluer le féminisme qui caractérise ce palmarès.

Découvrez tous les récompensés de la 41ème cérémonie des César.

Meilleur film : Fatima, de Philippe Faucon

 

Meilleur réalisateur :  Arnaud Desplechin pour Trois souvenirs de ma jeunesse

Meilleur acteur : Vincent Lindon dans La Loi du marché 

Meilleure actrice : Catherine Frot dans Marguerite

Meilleur acteur dans un second rôle :  Benoit Magimel dans La Tête haute

Meilleure actrice dans un second rôle:  Sidse Babett Knudsen dans L’hermine

Meilleur espoir masculin :  Rod Paradot dans La Tête haute

Meilleur espoir féminin :  Zita Hanrot dans Fatima
Meilleur scénario original :  Deniz Gamze Ergüven et Alice Winocour pour Mustang

Meilleure adaptation : Philippe Faucon pour Fatima

Meilleurs décors : Martin Kurel pour Marguerite

Meilleurs costumes :  Pierre-Jean Laroque pour Marguerite

Meilleure photographie : Christophe Offenstein pour Valley of Love

Meilleur montage :  Mathilde Van de Moortel pour Mustang

Meilleur son :  François Musy, Gabriel Hafner pour Marguerite

Meilleure musique originale : Warren Ellis pour Mustang

Meilleur premier film :  Mustang réalisé par Deniz Gamze Ergüven

Meilleur film d’animation long-métrage:  Le Petit Prince réalisé par Mark Osborne 

Meilleur film d’animation court-métrage:  Le repas dominical réalisé par Céline Devaux

Meilleur film documentaire :  Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent

Meilleur film étranger :  Birdman réalisé par Alejandro González Iñárritu

Meilleur court-métrage :  La contre-allée réalisé par Cécile Drucroq

César d’honneur : Michael Douglas

 

Nahid, un film de Ida Panahandeh : critique

Nahid est le nom de l’héroïne du premier long métrage de la cinéaste Ida Panahandeh. Nommer son film ainsi, c’est affirmer son point de vue unique, celui de cette jeune femme iranienne d’aujourd’hui coincée dans des mœurs d’avant-hier.

Synopsis: Nahid, jeune divorcée, vit seule avec son fils de 10 ans dans une petite ville au bord de la mer Caspienne. Selon la tradition iranienne, la garde de l’enfant revient au père mais ce dernier a accepté de la céder à son ex femme à condition qu’elle ne se remarie pas. La rencontre de Nahid avec un nouvel homme qui l’aime passionnément et veut l’épouser va bouleverser sa vie de femme et de mère….

Le vent nous emportera

Divorcée depuis deux ans d’Ahmad (Navid Mohammadzadeh), son mari irresponsable, junky et joueur, Nahid (Sareh Bayat) vit avec son fils Amir Reza (Milad HosseinPour) dans un appartement dont elle n’arrive pas à payer le loyer avec son maigre salaire de dactylo. Vent debout contre l’iniquité des lois iraniennes à l’égard des femmes dans le cas des divorces, Nahid a en effet farouchement renoncé à la pension alimentaire en échange de la garde d’Amir Reza, sinon confiée d’office par la loi au père ; pour les mêmes raisons, elle renonce à un remariage avec son nouvel amoureux, Massoud (Pejman Bazeghi).

Le premier plan du film nous montre pourtant Nahid et Massoud, que la première appelle « Mon chéri », au bord d’une mer caspienne morose et balayée par le vent, tous deux debout à une distance plus ou moins prudente l’un de l’autre, essayant de voler du temps et une intimité relative à la société qui les observe. Nahid est visiblement amoureuse de cet homme qu’elle peut à peine voir en tête à tête en public, ne parlons même pas de gestes de tendresse. Massoud est un veuf prospère, possédant notamment cet hôtel où il rencontre sa belle, et la cinéaste a cette belle idée d’utiliser les caméras de surveillance de l’hôtel comme moyen pour les deux amoureux de contourner les interdits, un moyen de voir l’autre, d’être vu par l’autre, au travers des écrans, quand il leur est impossible de s’afficher ensemble.

Tout comme dans le film Une Séparation de Asghar Farhadi et dont Sareh Bayat était déjà une des protagonistes, Nahid est un film qui montre la violence faite à la femme iranienne à travers une histoire de divorce, une violence qui se traduit par des lois plus que discriminatoires. Mais contrairement à lui, Nahid adopte le point de vue de la femme. Et ici, la femme n’est pas exempte de défaut : une femme dépensière, fantasque, n’hésitant pas à opérer de petits mensonges pour arriver à ses fins. Une femme qui doit ruser en permanence pour sauvegarder le peu de marge de manœuvre à sa main. Une femme qui crie sur un fils difficile, pour la garde duquel elle est pourtant prête à tous les renoncements. Ainsi, Nahid n’apparaît jamais comme une victime éplorée, seulement comme une femme libre qui veut « vivre seule » ainsi qu’elle le réclame, ni sous la coupe d’un ex-mari encore amoureux, revanchard et vindicatif, ni sous la surveillance rapprochée d’un frère qui ne pense qu’à la réputation de la famille, ni même sous l’autorité financière de son amoureux qu’elle sera obligée d’épouser le temps d’un mariage temporaire, afin de sauver les meubles, cette mascarade de mariage en vigueur notamment en Iran, et qui lui permettra de vivre sous le même toit que Massoud et sa fillette.

Nahid est virevoltante, comme une petite souris prise dans un piège. Elle sait à peine ce qu’elle veut, tant le monde des possibles est restreint, d’abord confinée à son appartement qui représente ses seuls mètres carrés de liberté, puis chez Massoud qui, à son tour, lui semble empiéter sur sa liberté, chez son frère enfin, quand toutes ses ruses sont épuisées. Est-ce ce mouvement incessant de Nahid qui rend le film sans relief, sans point fort auquel se raccrocher ? Toujours est-il que malgré un scénario (trop) fourni, le film manque paradoxalement de dynamisme, et la mise en scène de situations très quotidiennes ne fonctionne pas aussi bien que dans d’autres films. Il semble que d’une part des films comme Taxi Téhéran de Jafar Panahi ou les Chats persans de Bahman Ghobadi marchaient notamment grâce à l’humour qui manque peut-être à Nahid, et que d’autre part les films comme Une séparation ou Au revoir de Mohammad Rassoulof, marquent par une intériorité des personnages qui les rendent plus intenses que la jeune Nahid, avec plus d’épaisseur, et ce, sans remettre en cause le talent de Sareh Bayat qui sonne toujours très juste dans sa prestation.

Il est toutefois intéressant de suivre son histoire d’amour avec Masoud, un amour qui s’exprime en creux, une passion symbolisée ici par un flamboyant canapé rouge, un achat que Nahid fait malgré son manque chronique d’argent, une couleur rouge dans un océan de gris (la mer, le temps, les costumes et le décor en général), que le chef opérateur Morteza Gheidi sublime avec ce qu’il faut comme grain de tristesse et de mélancolie.

Nahid est un film « officiel », qui a reçu les autorisations (et les contrôles) de la part du gouvernement iranien. On y voit donc les femmes voilées du lever au coucher, à l’extérieur comme à l’intérieur, enceintes sans tendresse, giflées sans raison valable. Cette obéissance totale aux chartes en vigueur permet de voir en filigrane à quel point le cinéma est contraint, mais surtout à quel point la vie est contrainte en Iran, à commencer par celle des femmes, et rien que pour ça, Nahid est un film qui mérite une large audience.

Nahid – Bande annonce

Nahid – Fiche technique

Titre original : ناهید
Réalisateur : Ida Panahandeh
Scénario : Ida Panahandeh, Arsalan Amiri
Interprétation : Sareh Bayat (Nahid), Nasrin Babaei (Leila), Pejman Bazeghi (Masoud), Milad HosseinPour (Amir Reza), Navid Mohammadzadeh (Ahmad), Pouria Rahimi (Naser)
Musique : Majid Pousti
Photographie : Morteza Gheidi
Montage : Arsalan Amiri
Producteurs : Bijan Emkanian
Maisons de production : –
Distribution (France) : Memento films Distribution
Récompenses : Festival de Cannes, prix de l’avenir pour Ida Panahandeh
Budget : ND
Durée : 105 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 24 Février 2015
Iran – 2015

The Finest Hours, un film de Craig Gillespie : Critique

Muni d’une filmographie aux films oubliables, à l’exception du sympathique Lars and the Real Girl (Une fiancée pas comme les autres en français), et destinés principalement aux adolescents, la comédie potache Mr. Woodcock et le remake de Fright Night en témoignent, Craig Gillespie poursuit sa collaboration avec Disney entamée avec son précédent film, Million Dollar Arm, et vient donc mettre en scène pour eux l’opération de sauvetage d’un pétrolier qui eut lieu au début des années 50.

Synopsis : En 1952, une tempête provoque le naufrage des pétroliers SS Fort Mercer et SS Pendleton près des côtes de Cap Cod. Des garde-côtes vont alors tenter une périlleuse opération de sauvetage.

En pleine tempête 

Un fait divers très connu aux Etats-Unis mais beaucoup moins par chez nous, qui traduit donc l’envie d’un film 100% américain porté par un yes-man du studio et qui est condamné à errer dans la masse de ces œuvres inspirées de fait réels sans éclats et académiques qui voient régulièrement le jour. Ce genre de produits cinématographiques, on en voit des dizaines par an et n’ont, en apparence, plus rien à offrir au cinéma, ni même aux spectateurs. D’où une campagne promotionnelle frileuse qui essaie de faire passer son film dans la plus grande discrétion.

Il faut dire qu’ici il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent, le scénario s’avère très classique et sans surprise. En découpant la narration en 3 points de vue, celui du garde-côte, qui fait office de personnage principal, celui de sa femme ainsi que celui du « chef » des membres d’équipages coincés sur le pétrolier échoué, le film ne fait pas le choix le plus judicieux car il s’encombre de la sorte avec un rythme en dent de scie et de sous-intrigues inutiles et poussives pour comprendre l’état d’esprit de certains personnages. Jouer la subtilité et les non-dits aurait eu plus d’impact ici, permettant de réduire un récit parfois trop long et d’en enlever les passages les plus laborieux. Tout ce qui entoure la femme du garde-côté est, par exemple, un ratage complet. Ces scènes sont mal-amenées et très lourdes, soulignant un travail d’écriture bancal. Ce sera la partie sauvetage et celle sur la survie de l’équipage du pétrolier qui se montreront les plus efficaces même si elles n’évitent pas un nombre assez important de clichés propres au genre, entre les querelles pour le commandement et le passif tragique du héros. Néanmoins la personnalité frustrée du héros détonne dans ce genre de films, apportant une touche de fraîcheur dans le récit et une empathie plus prononcée. De plus les séquences sur le pétrolier, malgré leurs aspects déjà-vus, fonctionnent vraiment tandis que le film gère son classicisme avec intelligence distillant ici et là un charme désuet qui fait son œuvre même si on n’évite pas une touche de pathos qu’on aurait aimé éviter.

On se retrouve face à un casting qui souffle le chaud et le froid. Les acteurs ne sont pas mauvais en soi mais certains semblent totalement effacés et ne font que le strict minimum pour habiter le récit, comme Eric Bana qui ne semble être là que pour cachetonner. Globalement les acteurs ont du mal à sortir de leurs caricatures, offrant des performances assez limitées à l’image de Holliday Grainger qui peine à convaincre dans son rôle. Elle n’a jamais assez de convictions pour être aussi forte et indépendante que son personnage et est trop détachée pour que l’on ressente son inquiétude. Finalement les plus convaincants sont le duo principal et Ben Foster qui n’a pas d’autres choix que de faire le minimum, vu le peu de place laissé à son personnage, mais qui le fait avec toute l’intensité et le talent qui le caractérise. Chris Pine fait quant à lui un héros convaincant, offrant une prestation honorable sans pourtant être mémorable, et c’est vraiment Casey Affleck qui marque le film de son empreinte. Il est ici très bon comme à son habitude et irradie l’écran par son charisme et sa subtilité de jeu.

La mise en scène de Craig Gillespie arrive à distiller ici et là de bonnes idées, notamment durant les passages sur le pétrolier qui retranscrivent bien la claustrophobie du lieu et la détresse des personnages. Globalement elle se montre maîtrisée et efficace, n’hésitant pas même à placer des mouvements de caméras ambitieux qui traduisent une volonté de ne pas rester sur ses acquis assez admirables mais pas entièrement tenue. Car, hormis les passages en mer vraiment réussis par leurs tensions et leurs rythmes, malgré un ou deux enchaînements de plans assez illisibles, les passages sur la terre ferme se montrent quant à eux fades et génériques. Il est donc dommage que ces passages sur la côte prennent beaucoup trop d’importance et ce n’est pas aidé par un montage qui fait trop de parallèles grossiers entre les événements en mer et ceux sur terre, alourdissant le rythme et accentuant le pathos. L’aspect larmoyant n’est pas non plus aidé par la musique pompeuse de Carter Burwell, qui est bien loin de son travail pour les frères Coen. Il est aussi dommage que les effets spéciaux du film ne soient pas toujours au point et que beaucoup de fonds verts soient trop visibles mais cet aspect est légèrement atténué par une photographie léchée qui fait son petit effet.

The Finest Hours est donc un film totalement oubliable mais pas entièrement honteux. Il n’apporte clairement rien au paysage cinématographique, est muni de plusieurs passages ratés et mal écrits et ne dépasse jamais son classicisme qui apporte beaucoup trop de pathos. L’ensemble est finalement sauvé par une mise en scène qui à ses fulgurances et une efficacité constante de la partie sauvetage même si elle est attendue. Le casting maintient le film à flot mais ne se révèle pas mémorable tandis que le spectateur est ballotté entre les moments agréables et ceux agaçants au sein d’une oeuvre qui tangue entre ses deux niveaux de qualités. Pas terrible donc mais vu la quasi-absence de campagne promotionnelle et le projet en lui-même, on aurait pu s’attendre à bien pire.

The Finest Hours : Bande annonce

The Finest Hours : Fiche technique

Réalisateur: Craig Gillespie
Scénario : Eric Johnson, Scott Silver et Paul Tamasy, d’après le livre « The Finest Hours: The True Story of the U.S. Coast Guard’s Most Daring Sea Rescue » de Casey Sherman et Michael J. Tougias
Interprétation: Chris Pine (Bernie Webber), Casey Affleck (Ray Sybert), Eric Bana (Daniel Cluff), Ben Foster (Richard Livesey), Kyle Gallner (Andy Fitzgerald), Holliday Grainger (Miriam)…
Image: Javier Aguirresarobe
Montage: Tatiana S. Riegel
Musique: Carter Burwell
Décor : William Ladd Skinner
Producteur : Dorothy Aufiero et James Whitaker
Société de production : Walt Disney Pictures et Whitaker Entertainment
Distributeur : The Walt Disney Company France
Durée : 117 minutes
Genre: Catastrophe
Date de sortie : 24 février 2016

Etats-Unis – 2016

Les ardennes, un film de Robin Pront : Critique

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Difficile de croire, en voyant ce long-métrage, que son scénario est l’adaptation d’une pièce de théâtre. C’est pourtant ainsi que l’acteur Jeroen Perceval a présenté le projet à son ami Robin Pront qui a décidé d’en tirer son premier film. Quoi qu’il en soit, et grâce à l’ambiance très sombre et au rythme dynamique que ce jeune réalisateur y injecte, Les Ardennes s’inscrit parfaitement dans la nouvelle vague flamande en cours.

Synopsis : Quatre ans après un cambriolage qui a mal tourné, Kenneth sort de prison, impatient de reprendre ses activités illicites avec sa petite-amie Sylvie et son frère Dave. Il ignore cependant que ses deux anciens complices sont désormais rangés et en couple. Même si Dave n’ose pas avouer à son frère qu’il sait dangereux, la vérité ne saurait lui être longtemps dissimulée.

Règlement de comptes dans les flandres

Sa thématique des liens conflictuels entre deux frères en marge du système n’est d’ailleurs pas sans rappeler le film Belgica, sorti quelques semaines auparavant, signé Felix van Groeningen, porte-étendard de ce mouvement. Mais ici, la caractérisation de ces deux frangins rattache assurément le long-métrage au genre du film de gangsters. Pas au sens de mafieux organisés militairement mais de petites frappes vivant de menus larcins. De plus, le lien du sang qui rapproche Dave et Kenneth va apporter à leur récit une dimension proche du drame shakespearien. La source de conflit entre ces deux malfrats est issue du sempiternel schéma du triangle amoureux, provoqué par Sylvie, l’ex de Kenneth qui s’est inévitablement amourachée de Dave pendant son séjour en prison. Tout l’enjeu du film va alors être de savoir comment cette trahison sera perçue par Kenneth et si sa brutalité animale sera tempérée par son amour fraternel.

Le principal atout qui donne au film une identité singulière est son casting composé de véritables gueules cassées loin des canons de la beauté auxquels s’accrochent benoîtement les grands studios. Une des caractéristiques propres à ce jeune cinéma belge. Eric Godon et Jeroen Perceval forment -et même si l’on sait avec un profond regret que Matthias Schoenaerts était pressenti pour incarner un des deux personnages- un tandem efficace dans l’animosité et l’antipathie qu’ils dégagent. Et pourtant, ce sont deux autres acteurs qui font preuve d’une telle présence qu’ils magnétisent toute l’attention du spectateur quand ils sont à l’écran. Ces deux acteurs ce sont Sam Louwyck (que l’on aperçoit d’ailleurs dans Belgica) et Jan Bijvoet (vu récemment dans l’excellent L’étreinte du serpent, mais aussi dans Alabama Monroe de Van Groeningen… comme quoi le cinéma belge tourne autour du même noyau d’acteurs !), qui incarnent deux gangsters hauts en couleurs vivant au cœur de la forêt ardennaise. Des personnages malheureusement sous-exploités par le scénario, et qui de toute façon n’apparaîtront que dans le dernier tiers de celui-ci. Le second argument des Ardennes vient de la maîtrise avec laquelle Robin Pront parvient à ce qu’une noirceur oppressante imprègne l’ensemble du film, aussi bien dans ses décors urbains que ruraux. Très inspiré par le cinéma de David Michôd (Animal Kingdom) et de Jeremy Saulnier (Blue Ruin), le réalisateur flamand est parvenu à tirer l’essence de leur mise en scène qui permet de magnifier la violence psychologique qui agite ses protagonistes.

Derrière cette réalisation inspirée et ces choix de casting audacieux, c’est toutefois un film bien mince qui se construit autour d’un scénario pour le moins bancal. Là où les modèles du cinéaste font leur part belle à la profondeur de ses personnages, cet effort d’écriture fait ici sévèrement défaut. De fait, la tension entre Kenneth, Dave et Sylvie, qui devrait être le pilier du film, ne prend jamais. Les interprétations des trois acteurs principaux, finalement assez creuses malgré le charisme atypique qu’ils dégagent, n’aident pas à l’installation du suspense. Autrement dit, la violence psychologique est sensible à l’image mais  n’émane pas de ce qui devrait la source naturelle, les personnages eux-mêmes. Le résultat est donc qualifiable de superficiel. Le meilleur exemple est la façon dont la musique techno est utilisée comme artifice pour souligner la brutalité de Kenneth (quoi de mieux que des basses et des percussions pour illustrer l’agressivité, après tout?). La simplicité de l’intrigue n’empêche pas sa construction d’être trop floue pour rendre tangible tous les tenants et aboutissants de cette relation fratricide. Ajoutez à cela quelques personnages secondaires qui sonnent faux –voire purement risibles dans le cas de cette gendarmette qui, en une réplique, a le pouvoir de briser toute l’intensité du climax– et vous obtenez un thriller qui ne réussit pas à faire effet. Au vu de ce résultat somme toute décevant, ce n’est au final pas le fait qu’il soit tiré d’une pièce de théâtre qui est le plus surprenant, mais que l’écriture de cette adaptation ait pu prendre trois longues années.

Maîtrisé sur la forme, mais raté sur le fond, Les Ardennes n’est après tout qu’un premier film et l’on peut espérer à son réalisateur de recevoir des propositions pour mettre en scène des scripts plus aboutis que celui qu’il nous propose dans ce film néo-noir maladroit.

Les Ardennes : Bande-annonce (prévue pour la Belgique, donc ne tenez pas compte de la date de sortie qu’elle inclut)

Les Ardennes : Fiche technique

Réalisateur: Robin Pront
Scénario : Jeroen Perceval, Robin Pront
Interprétation: Jeroen Perceval (Dave), Kevin Janssens (Kenneth), Veerle Baetens (Sylvie), Viviane De Muynck (Mariette), Jan Bijvoet (Stef), Sam Louwyck (Joyce)…
Image: Robrecht Heyvaert
Montage: Alain Dessauvage
Musique: Hendrik Willemyns
Direction artistique : Geert Paredis
Producteur : Bart Van Langendonck
Société de production : Savage Film
Durée : 93 minutes
Genre: Thriller
Date de sortie : 13 avril 2016

Belgique – 2016

 

Galavant saison 2 : Critique Série

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L’année dernière, sortie de nulle part, une comédie musicale extravagante était apparue sur nos écrans. Galavant était cette série étrange qui mélangeait récits de chevalerie, humour potache et numéros musicaux divers et variés.

Synopsis : Suite (et fin ?) des aventures du chevalier Galavant et du Roi Richard, parcourant les cinq royaumes dans le but de retrouver sa bien aimée pour le premier, sa couronne pour le second. 

L’humour c’est plus marrant…En chantant !

Le genre de curiosité télévisuelle tellement rare que l’on se demande quels producteurs ont été assez fous pour croire en ce projet, aussi chouette soit-il. Contre toutes attentes, Galavant se payait même le luxe d’être réussie, franchement drôle, bien interprétée et d’une qualité musicale tout-à-fait honorable, avec des chansons souvent sympathiques, parfois formidables, servies par des textes hilarants. Le seul couac dans tout cela ? Le public n’a pas vraiment suivit le délire… Et on ne peut pas lui en vouloir. Difficile de cerner l’objet quand celui-ci ne semble jamais se fixer de but précis. Pas vraiment une série d’aventure, clairement pas un conte de fée, pas totalement parodique mais légèrement méta, des péripéties qui s’enchaînent mais un fil conducteur assez mince… A force de chercher l’originalité, la série a perdu son public qui aime bien savoir où il met les pieds. Pour remettre en perspective, les audiences étaient mauvaises pour ABC (un des grands network US affilié à Disney), si Galavant s’était retrouvée sur le câble ( par exemple la CW ou HBO), elles auraient été relativement correctes. Mais une étrangeté en amenant une autre, les pontes de la chaîne semblaient s’être pris d’affection pour cet objet télévisuel non identifié et, à la surprise générale, ont commandé une saison 2. Et c’est tant mieux, parce que la première nous laissait en suspens avec de multiples situations à résoudre et une envie d’en entendre plus. Nous retrouvons donc Galavant et le vil Richard en fuite, après la prise de pouvoirs de Madalena et Gareth. Sid l’écuyer est retenu en otage par ces derniers tandis que la princesse Isabella et le reste de la bande (le bouffon, les cuistots et les parents) se cachent dans le château du cousin Harry, âgé de 10 ans, et bien décidé à épouser sa cousine comme l’ordonne la tradition familiale.

Manifestement conscients de son annulation probable au terme de cette saison, les auteurs ont eu la bonne idée de ne pas se brider, ne se refusant aucun délire dans une tentative de sauvetage artistique de la dernière chance, quitte à frapper fort d’entrée de jeu. Dès le premier épisode, l’esprit est à la franche déconnade, la chanson phare de la première saison est traînée dans la boue (« C’est une chanson entraînante mais avez vous remarqué que trois pirates ont déjà sauté du bateau ? »), et les premières péripéties de nos héros annoncent la couleur : une forêt enchantée dont aucun homme ne revient est en fait un bar gay dirigé par une Kylie Minogue plutôt en forme, les devins font des prédictions à la cocotte en papier, les méchants se disputent sur la déco de la salle du trône, Richard s’est littéralement fait voler son château (en tout cas il n’est plus là) etc. C’est absurde, souvent drôle, toujours très bien interprété, truffé d’idées géniales (« la forêt des coïncidences » pour faire avancer l’intrigue, le « D’Dew », Tad Cooper) avec toutefois un seul bémol : Les chansons, autrefois très entraînantes, paraissent anecdotiques, moins surprenantes là où celles de la première saison restaient en têtes pendant des semaines. Si les références aux grands succès du musical sont évidentes (West Side Story, Mary Poppins, Grease, Dirty Dancing…), on regrette parfois le manque d’originalité mélodique de ces numéros chantés.

Mais malgré cet accroc, difficile de ne pas rêver que la série ait mieux cernée son public car, au delà de sa forme atypique, Galavant rattrape ses lourdeurs méta (les références « obligatoires » à Games of Thrones un peu faciles) par l’écriture subtile de ses personnages principaux. Héros ou félons, on s’attache à tout le monde, jusqu’à souhaiter un happy end général. Thimothy Odmusson, révélation de la première saison, se taille ici la part du lion avec son interprétation de Richard au caractère fantasque et efféminé (il ne ferait pas tâche dans un film des Monty Python, lui et son « dragon » Tad Cooper), mais on prend également un plaisir fou à suivre l’évolution de la relation amour/haine entre Gareth et Madalena, l’émancipation d’Isabella ou encore la prise de pouvoirs progressive de Wormwood le nouvel antagoniste, adepte de la magie noire et organisateur méticuleux de mariage à ses heures perdues. Dommage que la série s’obstine à multiplier les invités de luxe sous employés pour attirer une audience qui semble déjà partie ailleurs (Kylie Minogue bien sur, mais aussi Nick Frost, Hugh Bonneville, Eddie Marsan…) au lieu de développer véritablement une intrigue solide. Galavant reste néanmoins une curiosité rafraîchissante que l’on ne reverra probablement pas sur ABC, les fameux producteurs de la chaîne défendant bec et ongles l’originalité des programmes ayant été récemment poussés vers la sortie. Reste un final qui ne manque certainement pas de panache !

Galavant: Fiche Technique

Titre original : Galavant
Genre : Comédie, Musical, Fantasy
Créateur(s): Dan Fogelman
Production : Dan Fogelman, Alan Menken, Glenn Slater, Chris Koch
Pays d’origine : États-Unis
Date : 2015
Chaîne d’origine : ABC
Épisodes : 18 (2 saisons)
Durée : 30 minutes
Statu : en cours (?)
Avec : Joshua Sasse, Mallory Jansen, Karen David, Timothy Omundson, Vinnie Jones…

TCM Cinéma Programme : Outland

On ne retiendra de Peter Hyams que ses films de science-fiction : Capricorn One (1977), son faux documentaire sur la falsification de l’alunissage, 2010 : l’année du premier contact (1984), sa suite du chef d’œuvre de Kubrick, ou encore Timecop (1994), qui offrit un de ses rôles emblématiques à Jean-Claude Van Damme.

Synopsis : Dans un futur lointain, le marshall William T.O’Neil accepte un poste sur une station de forage minier installée sur une lune de Jupiter et abritant plus de deux mille ouvriers. Là-bas, il remarque une série d’accidents liés aux conditions de travail très difficiles. Son enquête le mène à soupçonner le directeur de l’exploitation, qui n’entend pas voir ses pratiques mises à jour.

Dans l’espace, personne n’entend les syndicats crier

Technicien minutieux qui prenait soin d’être directeur de la photographie de la plupart de ses réalisations, Hyams est à présent considéré par ses fans comme un précurseur à la conception cinématographique de James Cameron. Au cœur de sa filmographie concentrée sur l’avenir de l’Homme et son rapport souvent difficile aux technologies futuristes, le plus connu de ses films est incontestablement Outland. Lorsqu’il fut réalisé, en 1981, le space-opéra était alors un sous-genre imminent marqué par deux mastodontes : La saga Star Wars d’une part, et Alien d’autre part. Comme toujours désireux d’introduire un fort réalisme dans sa représentation du futur, Hyams -même s’il a pour l’occasion embauché Jerry Golsdmith, compositeur du film de Ridley Scott- n’a pas succombé aux voies de l’épopée épique ni du fantastique, mais a, au contraire, fait le choix audacieux d’orienter sa mise en scène vers un modèle plus terre à terre, celui du western. Ce n’est ainsi pas pour rien que le shérif auquel Sean Connery prête ses traits est représenté de la même manière que le stéréotype du brave héros incorruptible du far-West, et en particulier à celui qu’incarne Gary Cooper dans Le Train sifflera trois fois, dont le scénario est finalement très proche dans la façon dont ce représentant de la loi va se retrouver isolé face à une menace imminente.

L’intrigue a beau se dérouler sur Io, une lune de Jupiter, elle pourrait tout aussi bien avoir pu être transposée sur une plateforme offshore sur la Terre du 20ème siècle. L’univers futuriste et les magnifiques décors qui l’illustrent ne font que renforcer le discours hautement anticapitaliste du film. En cela, Outland est une œuvre atypique à une époque où l’on sait à quel point l’idéologie reaganienne au pouvoir imprégnait la production hollywoodienne. La façon dont le pouvoir économique, incarné ici par Shepard, l’impitoyable directeur du chantier, exploite avec autant de véhémence des ressources minières du satellite que des ouvriers, est porteuse d’un regard très dur sur la mentalité fordienne, prônant la quête effrénée de productivité, telle qu’elle était (et reste un quart de siècle plus tard) défendue par l’Etat américain. De la même manière, la froideur clinique dans laquelle se déroule l’enquête que mène William T. O’Neil révèle la crainte de déshumanisation que le cinéaste a des avancées technologiques. Car oui, au-delà du pamphlet politique, Outland est avant tout un polar au déroulement fluide profitant d’un suspense diablement efficace  mais aussi un divertissement dont les scènes d’action sont rendues remarquables par des effets spéciaux et un montage ingénieux qui ne font que renforcer l’ambiance claustrophobique.

A la tête de cette aventure spatiale, Sean Connery est comme à son habitude irréprochable. A une étape de sa carrière où il essayait encore de faire oublier son rôle iconique de James Bond en multipliant les expériences ambitieuses (Zardoz, L’Homme qui voulut être roi…) et avant d’obtenir son Oscar pour Les Incorruptibles en 1987, le comédien écossais âgé alors d’une cinquantaine d’années fait preuve ici d’une virilité auquel peu d’acteurs contemporains auraient pu prétendre. Pris dans la tourmente d’une tension qui monte crescendo, son personnage reste tout aussi crédible du début à la fin. La réussite du long-métrage est également liée à sa direction artistique qui donne vie à cet univers futuriste. L’usage de maquettes et de décors à grande échelle d’une qualité sidérante donne à Outland un réalisme spectaculaire qui n’a rien à envier à 2001. Pour toutes ces raisons, le thriller qui prend place dans les couloirs aseptisés de cette usine peut se targuer d’être un formidable film d’anticipation qui, contrairement à beaucoup de films comparables de l’époque, subit sans flancher le poids des années.

Outland : Bande-annonce

Oultand : Fiche technique

Réalisation : Peter Hyams
Scénario : Peter Hyams
Interprétation : Sean Connery (William T. O’Neil), Peter Boyle (Mark B. Sheppard), Frances Sternhagen (Dr Marian Lazarus), James Sikking (Sgt. Montone)…
Image : Stephen Goldblatt
Montage : Stuart Baird
Direction artistique : Malcolm Middleton
Musique : Jerry Goldsmith
Budget : 16 millions de dollars
Producteur : Richard A. Roth
Société de production : The Ladd Company et Outland Productions
Récompense : Saturn Award de la meilleure actrice dans un second rôle pour Frances Sternhagen
Date de sortie Fr : 2 septembre 1981
Durée : 110 minutes
Genre: Science-fiction

Etats-Unis – 1981

Le palmarès de la 66e Berlinale

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La 66e édition de la Berlinale s’est achevée ce week-end

Les festivals et autres cérémonies qui récompensent le 7e art continuent de poursuivre leur petit bout de chemin et de s’achever week-end après week-end. C’est au tour du festival international du film de Berlin, ou plus communément appelé la Berlinale, de rendre son verdict. Festival en marge des autres, se voulant le reflet du monde et marqué par de fortes idées politiques, la Berlinale a eu pour thème cette année le malheur des réfugiés. Très ancré dans le contexte actuel,  ce thème a été représenté essentiellement par trois films : Fuocoammare, de Gianfranco Rosi, Between Fences, d’Avi Mograbi, et Ta’Ang, de Wang Bing.

Et c’est Fuocoammare qui a conquis le jury présidé par Meryl Streep et qui remporte par conséquent l’Ours d’or du Meilleur film. Il s’agit d’un documentaire italien sur le malheur des réfugiés à Lampedusa, raconté à travers le regard de Samuel, un jeune garçon de douze ans, né au beau milieu de cette île.
L’autre grand fait notable de cette cérémonie est la récompense décernée à la réalisatrice française Mia Hansen-Love, pour son film L’Avenir, où Isabelle Huppert décide de tout plaquer suite  au départ de son mari avec une autre femme. La sortie est prévue pour le 6 avril 2016.

 Palmarès complet de la 66e Berlinale :

Ours d’or du Meilleur film : Fuocoammare de Gianfranco Rosi

Ours d’argent – Grand Prix : Mort à Sarajevo de Danis Tanovic

Ours d’argent du Meilleur réalisateur : Mia Hansen-Love pour L’Avenir

Ours d’argent du Meilleur acteur : Majd Mastoura pour Hedi

Ours d’argent de la Meilleure actrice : Trine Dyrholm pour La Communauté

Ours d’argent du Meilleur scénario : United States of Love de Tomasz Wasilewski

Ours d’argent – Prix Alfred Bauer : A Lullaby to the Sorrowful Mystery de Lav Diaz

Ours d’argent de la contribution technique : Crosscurrent pour la photographie de Lee Ping-Bin

Prix du premier film : Hedi de Mohamed Ben Attia

Bande annonce de Fuocoammare, le grand gagnant de la 66e Berlinale

https://www.youtube.com/watch?v=f8Kc5wy0Rxg

Ave Cesar, un film de Joel et Ethan Coen : Critique

Il y a clairement deux pans différents dans la filmographie des frères Coen. Ils oscillent depuis le début de leur carrière entre comédies satiriques et films noir (comme No country for old men par exemple pour lequel ils raflent de nombreux oscars en 2007). Avec Ave césar, ils renouent clairement avec la comédie, genre dans lequel ils ont brillé auparavant avec The big lebowski ou Burn after reading et O’brother (tous deux déjà avec George Clooney).

 L’âge d’or des studios vu par les Coen

Après le bouleversant Inside Llewyn Davis  en 2013, les revoilà derrière la caméra pour signer à nouveau un film d’une qualité visuelle incroyable. Comme toujours le travail de Roger Deakins, chef op attitré de Joel et Ethan, est impeccable et illumine l’oeuvre de sa pureté.

Hommage roboratif à l’âge d’or d’Hollywood, de façon plus approfondie que dans Barton fink, palme d’or du festival de Cannes 1991, le nouveau film des frères Coen, doté d’un casting royal, est l’occasion pour eux de laisser parler leur amour du cinéma, dans un film qui cultive avec autant de bonheur le parfum de la nostalgie que le sourire irrésistible de la parodie. En cela, il constitue un réjouissant hommage au cinéma des années 50 et à l’âge d’or des studios dans une série de pastiches savoureux du peplum, du western du mélodrame et de la comédie musicale. (On appréciera l’enchaînement de plans Berkeley et l’hommage explicite à « By a waterfall », une chanson et surtout une chorégraphie du film Footlight parade de Busby Berkeley en 1933  lors de la scène de ballet de Scarlett Johansson).

Ainsi, sans égaler Barton Fink, et The Big Lebowski, entres autres figures phares du tandem, cet Ave César n’en constitue pas moins un spectacle pour le moins jubilatoire, doté de l’humour fin et irrésistible Coenien (notons d’ailleurs les superbes prestations de George Clooney et de Channing Tatum qui prouve après le sublime Foxcatcher qu’il est clairement un acteur extrêmement talentueux).

Toutefois les frères Coen nous ont habitués à jongler entre grands et plus petits films, dont fait partie Ave César. Par moments, le récit se disloque en succession de sketches inégalement inspirés et l’enchaînement s’essouffle, le récit devenant presque une comédie à sketches, une succession de parodies des différents genres de cinéma usinés à l’époque. L’œuvre aussi mineure que fastueuse (dans ses reconstitutions), se savoure donc par fragments, ce qui semble révéler un manque d’inventivité, l’absence d’un fil conducteur qui rendrait la narration plus fluide et éclairerait le spectateur, donnant ainsi plus de cohérence au film. Problème narratif qu’ils pallient sans cesse dans ce film avec un narrateur vraiment peu efficace (au contraire de celui de The big Lebowski par exemple) qui a pour but de lier les scènes entres elles.

Un Coen mineur donc, au charme tenace, qui réussit à combiner la satire acerbe et la nostalgie bienveillante, sans jamais sacrifier l’une pour l’autre.

Synopsis : La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. Il se retrouve confronté à une situation difficile lorsque l’acteur principal du film le plus attendu de l’année est kidnappé en plein tournage. La journée promet d’être mouvementée.

Ave Cesar: Bande Annonce

Ave Cesar: Fiche technique

Réalisateurs: Joel et Ethan Coen
Scénario : Joel et Ethan Coen
Interprétation: Josh Brolin (Eddie Mannix), Georges Clooney (Baird Whitlock), Alden Ehrenreich (Hobie Doyle), Ralph Fiennes (Laurence Laurentz), Channing Tatum (Burt Gurney)…
Montage: Joel et Ethan Coen
Musique: Carter Burwell
Direction artistique : Dawn Swiderski
Image: Roger Deakins
Producteurs : Joel et Ethan Coen, Tim Bevan, Eric Fellner
Société de production : Mike Zoss Productions, Working Title Films
Durée : 100 minutes
Genre: Comédie
Date de sortie : 17 février 2016

Etats-Unis – 2016

Auteur : Clement Faure

TCM Cinéma Programme : On achève bien les chevaux

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[Critique] On achève bien les chevaux Diffusé sur TCM le jeudi 25 février à 20h40

Synopsis : Dans les Etats-Unis du début des années 30, en pleine Dépression, les personnes défavorisées, souvent des chômeurs, voire même des vagabonds, venaient participer à des marathons de danse. Le principe : danser le plus longtemps possible, des centaines d’heures d’affilée, en ne faisant que de petites pauses de dix minutes toutes les deux heures. Le vainqueur remportait quelques centaines de dollars et certains pouvaient espérer se faire remarquer par un producteur et obtenir un contrat.

C’est dans le cadre de son cycle consacré aux films oscarisés que TCM Cinéma diffuse On achève bien les chevaux, sixième long métrage réalisé par Sydney Pollack, cinéaste qui eut une carrière prestigieuse aussi bien en tant que réalisateur (Jeremiah Johnson, Out of Africa, ou Les Trois jours du Condor, un des plus grands films d’espionnage américains) qu’en tant qu’acteur (donnant la réplique à Dustin Hoffman dans Tootsie, à Woody Allen dans Maris et femmes ou à Tom Cruise dans Eyes Wide Shut).
Le roman d’Horace McCoy datait de 1935, et il fallut attendre 1969 pour en voir l’adaptation au cinéma, alors que l’Amérique vivait dans un contexte socio-économique très différent. Il faut avouer que cette adaptation représentait un véritable défi : deux heures de huis-clos avec des couples qui dansent pendant des jours entiers sans sortir de la salle, et sans ennuyer les spectateurs, c’était une gageure. Sydney Pollack montre toute sa maîtrise et son efficacité dans sa mise en scène immersive sachant éviter le voyeurisme ou le pathos excessif et avec une science consommée du montage, sans oublier le jeu particulièrement intense et inspiré de l’ensemble du casting.

Société du spectacle

Très vite, le film impose son ambiance sombre et poisseuse. Et on comprend rapidement qu’il y a quelque chose à voir au-delà de ce marathon infernal. La première pensée, c’est une critique du monde du spectacle. En effet, ces personnages (102 couples, dont un vieux marin et une femme enceinte) qui vont s’épuiser, jusqu’à la mort pour certains, sur cette piste doivent constituer un spectacle. Un public vient prendre plaisir à assister à ce marathon, jetant des pièces à ceux qui parviennent à se faire remarquer par un numéro de claquettes ou un chant. On regarde ces souffrances comme les Romains s’amusaient aux combats de gladiateurs.
L’animateur du spectacle ne s’y trompe pas lorsqu’il affirme « Les gens veulent voir le spectacle de la misère, ça les aide à oublier la leur. »
Bien entendu, de nos jours, il est impossible, en voyant cela, de ne pas penser aux émissions de téléréalité. Le processus est le même : exploiter le désir sadique d’assister à la souffrance et à l’humiliation des autres et permettre de détourner l’attention des vrais problèmes. Panem et circenses, disait-on à Rome.
Cet animateur est d’ailleurs un des personnages-clés du film. Il fait clairement partie de ceux qui exploitent la douleur et qui décident de mener une vie facile, mais il semble comprendre l’enfer que subissent les concurrents.

Métaphore

Mais On achève bien les chevaux ne se contente pas d’attaquer la société du spectacle. C’est l’ensemble de l’Amérique qui est visée. Une Amérique qui prône l’égalité des chances et le dur labeur, une Amérique dont le rêve prétend que tout le monde peut réussir si on s’en donne les moyens.

Gloria, interprétée par la magnifique Jane Fonda (qui a manifestement hérité du talent de son père) ne croit plus à ces illusions. Personnage blasé et qui semble constamment habité par une souffrance intense, elle ne cesse d’affirmer que l’égalité des chances est une utopie qui ne se retrouve pas dans la réalité : « On m’a disqualifié en me mettant au monde », dira-t-elle, avant d’ajouter « Dans la vie, tout est fait d’avance, les rôles sont distribués avant qu’on vous ait vus. »
C’est bien ce mythe du Rêve Américain qui s’effondre ici. D’abord parce que vouloir réussir ne suffit pas : encore faut-il faire échouer les autres ! Les scènes de derby sont, à ce point de vue, parmi les plus marquantes du film. Il est demandé aux concurrents de courir en couple autour de la piste pendant dix minutes sans s’arrêter ; les trois derniers couples seront éliminés. La splendide mise en scène de Pollack nous montre alors comment on tire sur les autres candidats pour les ralentir, comment on fait des croche-pieds, les bousculades, etc. L’intensité dramatique des deux scènes de derby est absolument exceptionnelle et montre la rage des concurrents à faire échouer les autres.
Il s’agit bien de dresser les candidats les uns contre les autres pour le grand bonheur d’une élite de spectateurs privilégiés. Et cette égalité des chances est encore mise à mal par l’organisation du jeu : l’animateur et les arbitres, tout puissants, peuvent disqualifier des candidats ou changer des règles à tout instant, sans prévenir. Ainsi, on apprend que l’animateur a caché la robe d’une des concurrentes, dans le seul but de la défavoriser.

Avec une intensité dramatique rare allant crescendo, avec une mise en scène remarquable et une interprétation hors-norme, Sydney Pollack signe un film sombre et complexe, multipliant les niveaux de lecture et dressant un portrait sans concession de l’âme humaine et de son pays.

On achève bien les chevaux : Fiche Technique

Titre original : They shoot horses, don’t they ?
Réalisateur : Sydney Pollack
Scénaristes : James Poe et Robert E. Thompson, d’après le roman d’Horace McCoy
Interprétation : Jane Fonda (Gloria), Michael Sarrazin (Robert), Gig Young (Rocky), Bruce Dern (James), Susannah York (Alice), Red Buttons (Le Marin).
Musique : John Green
Photographie : Philip H. Lathrop
Montage : Fredric Steinkamp
Producteurs : Irwin Winkler, Robert Chartoff
Sociétés de production : American Broadcasting Company, Palomar Pictures
Société de distribution : ABC Pictures International
Récompenses : Golden Globe et Oscar 1970 du meilleur acteur dans un second rôle (Gig Young)
Durée : 120’
Genre : drame
Date de sortie (USA) : 10 décembre 1969

Etats-Unis- 1969

TCM Cinéma Programme : Les Girls

On ne peut s’empêcher de penser, à la lecture du scénario, à un film sorti sept ans auparavant, à savoir Rashomon du maître japonais Akira Kurosawa. C’est en effet une même histoire, racontée à travers différents points de vue et donc par différents personnages.

Synopsis : A la sortie de son livre intitulé Les Girls, Sybil Wren est attaqué en justice par son ancienne coéquipière Angèle Ducros pour diffamation. Il serait en effet écrit dans le livre que cette dernière aurait tenté de se suicider lors de leur tournée il y a plusieurs années. Les deux femmes vont être invitées à exposer leur version des faits.

Paillettes et vérité

La question posée ici c’est d’abord la recherche de la vérité, et d’ailleurs le film montre fait apparaître plusieurs fois ce panneau « What is the truth ? » On aurait tendance à prendre pour vrai le témoignage de Sybil, qui recouvre un tiers du film, à croire à ce que nous montre le cinéma. Mais déjà ce premier récit est contesté par Angèle et de fait, par le film lui-même. Dans Rashomon, l’entièreté du récit était mise en scène par l’intermédiaire du narrateur qui racontait l’histoire. Il y a également mise en scène dans Les Girls puisque tout est raconté au tribunal.

La mise en scène est au cœur du film . Les Girls, c’est le nom du spectacle musical donné par Barry Nichols, accompagné par ses trois girls. Dans ce spectacle se suivent les numéros changeant d’époque et de costumes à volonté. Les professionnels du travestissement sont bel et bien les acteurs, et d’une manière plus large, les stars. Mais où s’arrête la mise en scène ? La question a pu être abordée dans d’autres films (par exemple The Truman Show de Peter Weir ou Le Prestige de Christopher Nolan, et d’une manière générale, toute son œuvre). Chaque version témoigne d’un rapport amoureux entre une girls et un homme et ce rapport-là est déjà un rapport masqué, biaisé. De plus, ce qui sème encore plus le doute, c’est que les différentes versions ne se contredisent pas, mais racontent des événements différents, mise à part la conclusion. Ainsi, on a bien des pans de la vérité qui sont présenté, des façades, un peu comme Charles Kane dans Citizen Kane d’Orson Welles.

A l’intérieur de ça, le film ressemble à une comédie musicale, quoique les numéros soient amenés d’une manière différente que dans Chantons sous la pluie. Au lieu que les personnages s’arrêtent et dansent dans la rue sans vraisemblance, ici les chansons sont à chaque fois sur scène, et donc totalement crédibles d’un point de vue narratif. C’est sûrement pour cela que Georges Cukor parlait plus de « film musical » que « de comédie musicale ». De plus, tourné en 1957, Les Girls est considéré par Jacques Lourcelles comme l’une des dernières grandes comédies musicales de l’époque, mais aussi comme l’un des derniers grands rôles de Gene Kelly qui interprète Barry Nichols.

Il est très agréable de voir Gene Kelly dans ce rôle-là, qui comporte quelques scènes surprenantes, bien éloignées de ces personnages toujours souriants et heureux qu’il jouait dans Chantons sous la pluie ou Les Demoiselles de Rochefort. A cela on rajoute les trois girls, à savoir Mitzi Gaynor, Taina Elg et la sublime Kay Kendall. Tout le plaisir est de les voir interpréter des rôles différents, selon l’histoire dans laquelle elles se trouvent. Artistes à multiples facettes, elles savent également danser et chanter de manière fort sympathique. La caméra de Cukor, malgré un classicisme hollywoodien assumé, cherche néanmoins à trouver à chaque fois la meilleure manière de filmer le numéro. De merveilleux plans composent ainsi la danse de la corde bien trop courte, dans un décor et un cadrage novateur.

Deux ans après Une étoile est née, Cukor change de ton pour Les Girls, qui, s’il reste respecte les codes du genre, reste un film aussi classe que classique, dans le bon sens du terme.

Les Girls : Extrait

Les Girls : Fiche Technique

Réalisation : George Cukor
Scénario : John Patrick, Vera Caspary
Interprétation : Gene Kelly (Barry Nichols), Mitzi Gaynor (Joy), Kay Kendall (Sybil), Taina Elg (Angèle)
Image : Robert Surtees
Montage : Ferris Webster
Musique : Cole Porter
Société de production : MGM
Date de sortie Fr : 4 avril 1958
Durée : 114 min
Genre: Film musical
Etats-Unis – 1957

99 homes, un film de Ramin Bahrani : Critique

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C’est à n’y rien comprendre de la logique des distributeurs français! Après Made In France et Black, tous les deux victimes d’une censure bien-pensante qui n’ose pas dire son nom, c’est au tour de 99 Homes d’être privé d’exploitation en salles.

Synopsis: Dennis Nash, est un honnête travailleur qui vit en Floride avec sa mère et son fils. Lorsque le Tribunal lui apprend qu’il doit céder son bail à une société de saisie de biens immobiliers, il fait connaissance avec son directeur, le charismatique mais intraitable Rick Carver. Contraint de retrouver un emploi, Dennis n’a d’autre choix que de demander à celui qui l’a mis de la porte de le prendre sous son aile.

La propriété c’est du vol!

Et pourtant, le Grand prix remporté par le film au festival de Deauville aurait dû lui apporter une certaine légitimité, surtout quand on se rappelle du succès remporté par son prédécesseur, Whiplash. Puisqu’on ne peut pas reprocher aux deux acteurs de ne pas être bankables, c’est sans doute le sujet que les exploitants ont jugé comme non attractif. Une grave erreur, tant les tenants et aboutissants de la crise financière de 2008 sont un sujet qu’Hollywood et la télévision américaine aiment de plus en plus traiter. Margin Call et The Big Short en ont été les premiers exemples, et bientôt le téléfilm The Wizard Of Lies, dans lequel Robert DeNiro incarne Bernard Madoff, et la série Billions viendront confirmer la tendance. Mais pour revenir à 99 Homes, il ne s’agit pas, à proprement parler d’une intrigue ayant lieu dans le milieu de la finance, mais d’un regard sur une des conséquences directes de l’éclatement de la bulle des sub-primes : l’effondrement des marchés immobiliers, et tout particulièrement en Floride. Réalisateur engagé, d’origine iranienne et dont les précédents films attaquaient déjà frontalement les dérives du capitalisme, Ramin Bahrani signe son sixième long-métrage en imaginant la rencontre entre deux individus concernés par les expulsions massives de maisons rachetées par des banques et autres fonds spéculatifs puisqu’ils en sont, pour l’un, la victime, pour l’autre, le bourreau.

Incarnés respectivement par Andrew Garfield (The Social Network, The Amazing Spider-Man…) et Michael Shannon (Take Shelter, Free Love…), les deux visages du drame humain de la privation de domiciles à la classe moyenne sont d’une justesse confondante dans la représentation du rapport de force entre les dominants et les dominés sur lequel repose l’ultra-libéralisme, et donc le rêve américain. Le cynisme qui caractérise, dès la magnifique scène d’ouverture, Rick Carver, cet agent immobilier qui fait son beurre sur le malheur des autres, en fait un être si déshumanisé qu’il s’apparente à un véritable monstre de cinéma. C’est à cette incarnation de l’individualisme que va se retrouver confronter Dennis Nash, d’abord dans le conflit puis de plus en plus absorbé par son influence typiquement méphistophélique. De cet embrigadement aussi bien psychologique que pécuniaire, le cinéaste tisse les rouages d’un business qui considère le foyer familial comme un bien meuble. Ainsi, plutôt que s’ériger en thriller qui se focaliserait sur la complexité législative d’un secteur d’activité moralement condamnable, le scénario prend l’allure d’un drame humain. Il est de même pour la mise en scène qui, tout du long, oscille entre les plans larges sur les vastes zones pavillonnaires d’Orlando, baignées de soleil et pleines de vie, qui apparaissent comme un symbole de prospérité, et les gros plans sur les visages fermés de leurs habitants, pris dans la tourmente de leurs dettes et leurs impayés. A travers l’habileté de cette alternance 99 Homes déchire le voile d’une Amérique pervertie par son système boursier tout-puissant qui n’octroie qu’à 1% de la population le droit à la possession.

Tandis que Dennis Cash sombre dans une mentalité capitaliste qui le fait s’éloigner de sa famille, Rick Carver se dévoile peu à peu. C’est lorsque l’on comprend que ce nouveau riche n’est finalement pas le vampire inflexible tel qu’il a pu apparaitre, mais un simple opportuniste lui-même tombé dans le cercle vicieux de la loi du marché, se justifiant en citant la Bible, que la dualité morale du film prend un sens autre que le banal conflit manichéen. La responsabilité de la précarité dont tentent de sortir les habitants du motel dans lequel la famille de Dennis a du élire domicile, incombe en fait bien moins à ceux qui les ont poussé dehors qu’à une économie mondiale dégénérée, incarnée pour l’occasion par un consortium urbanistique prévoyant de bâtir une autoroute en rayant de la carte un millier de maisons habitées. La spéculation immobilière apparait alors comme un pouvoir omniscient pour lequel la petite entreprise de Carver, les banquiers, les tribunaux, la police locale mais aussi chaque américain, dès lors qu’il est désireux de se loger, ne sont que des pions. De ce fait, la relation tourmentée entre les deux personnages n’est qu’un prétexte pour comprendre par quel cheminement la réussite individuelle, telle qu’elle est conçue par le modèle américain, ne peut se faire que via la capitalisation d’un cataclysme collectif. La tension palpable entre les deux facettes de ce système, que la représentation visuelle rend opposées, est la clef du suspense qui, davantage que les rouages juridiques corrompus tel qu’ils sont décrits, rend le récit passionnant. Et même si, à mi-parcours, la dramaturgie semble faire du sur-place, et que la conclusion se fait un peu en eau de boudin, la puissance des deux acteurs et l’horreur que la mise en scène quasi-documentaire appose à la situation permettent à cette immersion au cœur de la fracture sociale de prendre le spectateur aux tripes de bout en bout.

Le discours terriblement fataliste avec lequel Ramin Bahrani plonge le public dans sa reconstitution ultra-réaliste de la crise n’empêche pas son film d’être une fable sociale merveilleusement captivante. Grâce notamment aux partitions irréprochables de son duo d’acteurs, 99 Homes s’inscrit comme un film indispensable pour sonder la dimension humaine des résultats de la disparition des repères moraux d’un système économique dérégulé.

 99 Homes : Bande-annonce

99 Homes : Fiche technique

Réalisateur : Ramin Bahrani
Scénario : Ramin Bahrani, Amir Naderi, Bahareh Azimi…
Interprétation : Andrew Garfield (Rick Carver), Michael Shannon (Dennis Nash), Laura Dern (Lynn Nash), Noah Lomax (Connor Nash)…
Musique : Antony Partos, Matteo Zingales
Photographie : Bobby Bukowski
Montage : Ramin Bahrani
Direction artistique : Christina Eunji Kim
Producteurs : Ashok Amritraj, Ramin Bahrani, Andrew Garfield, Justin Nappi, Kevin Turen
Société production : Noruz Films
Distribution (France) : Wild Bunch
Récompenses : Grand prix au Festival du cinéma américain de Deauville 2015
Budget : 8 000 000 $
Durée : 112 min
Genre : Drame
Date de sortie : 15 mars 2016 en e-cinéma

Etats-Unis – 2015

TCM Cinéma Programme : It’s a big country

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[Critique] it’s a big country : diffusé sur TCM lundi 22 février à 01h25

Synopsis : une discussion dans un train entre deux hommes qui vantent les mérites des Etats-Unis, une vieille femme isolée qui a été oubliée par le recensement, ou un prêtre qui adresse ses sermons au président lui-même : It’s a big country contient huit épisodes qui nous montrent la grandeur et la beauté des USA.

C’est dans son cycle du mois de février consacré au génial Gene Kelly que TCM a déterré ce film complètement oublié, It’s a big country. L’affiche est alléchante : en interprétation, nous avons Ethel Barrymore, Gary Cooper, James Whitmore, Janet Leigh (vous savez, celle qui se fera assassiner sous la douche neuf ans plus tard) ou Fredric March ; quant au poste de réalisateur, il est occupé successivement (dans le désordre) par Richard Thorpe (réalisateur d’Ivanhoé, avec Robert Taylor), John Sturges (futur réalisateur des Sept Mercenaires), Charles Vidor (réalisateur du mythique Gilda, avec Rita Hayworth) ou William A. Wellman (entre autres).

Propagande américaine

It’s a big country est un film à sketches, genre plus fréquent dans les années 50-60 que de nos jours. Huit épisodes, mélangeant fiction et images d’archives, censés nous faire comprendre que les Etats-Unis sont un pays formidable, sans doute le meilleur au Monde.
Oui, parce que nous sommes ici en plein film de propagande, qu’il faut pouvoir remettre dans son contexte. Le film sort en 1951, en pleine guerre de Corée, une guerre qui, d’ailleurs, offrira le sujet de l’épisode 5. La Guerre Froide est passée à un niveau offensif : les États-Unis sont un pays en guerre. Ce genre de film purement patriotique est une arme comme une autre lors d’une période de conflit.
Dès le début, nous sommes plongés dans ce sentiment de fierté nationale : le titre qui prend la forme d’une bannière étoilée, le sous-titre (An American Anthology), les voix off qui font les liens entre les épisodes, tout y est.
Les dialogues, évidemment, continuent dans cette voie. « C’est le plus grand pays du monde. Sûr, nous avons quelques problèmes, mais nous allons les résoudre. Moi, je suis quelqu’un qui aime l’Amérique. D’un bout à l’autre » proclame James Whitmore, alors qu’Ethel Barrymore dit : « Je suis fière d’appartenir à ce pays ! »
Chacun des épisodes vante un des aspects positifs du pays : le mélange de populations d’origines diverses et variées, humilité religieuse, héros de guerre ou système éducatif performant, tout y passe. Il faut mettre l’accent sur un étonnant épisode 3, constitué uniquement d’images d’archives à la gloire de la population Afro-américaine, ses artistes, sportifs, scientifiques, etc., et ce dans un pays qui, en 1951, était encore largement ségrégationniste.

Inégal mais sympathique

Les films à sketches sont souvent marqués par une certaine inégalité de la qualité. Ici, il faut bien avouer que l’avant-dernier épisode (l’épisode religieux, avec Van Johnson) n’a pas un grand intérêt (à part nous vanter l’humilité du président du pays, qui se veut un citoyen comme les autres).
Cependant, l’ensemble du film reste très sympathique et agréable. Loin d’être un chef d’œuvre, It’s a big country est un film qui se laisse regarder avec un certain plaisir.
Deux épisodes se démarquent par leur côté comique : l’épisode 4, où l’on rencontre un immigré d’origine hongroise (forcément producteur de paprika : merci le cliché !) qui refuse que ses filles épousent des Grecs, parce les Hongrois et les Grecs se détestent depuis des générations. Et, bien entendu, sa fille aînée va tomber amoureuse d’un jeune et séduisant Grec (créant ainsi LE couple du film : Janet Leigh et Gene Kelly, magnifiques tous les deux). L’histoire est traitée avec humanité, humour et tendresse, et on regrette qu’elle ne soit pas plus longue.
L’épisode 6 est plus surprenant. On y voit Gary Cooper nous parler directement, face caméra, pour dresser un portrait ironique du Texas, décrit avec beaucoup d’humour comme un pays à l’intérieur du pays.
Le découpage du film évite toute lenteur ; c’est même parfois le sentiment inverse qui domine : pas assez développés, beaucoup trop courts pour certains (8 sketches en 1h25, ça fait beaucoup), il y a de temps en temps un goût d’inachevé. L’ensemble est plaisant et agréable, les petits rôles donnés à de grandes vedettes est très sympathique et le film se laisse voir, même s’il n’est pas inoubliable.

It’s a big country- Fiche technique

Réalisateurs : Richard Thorpe, John Sturges, Charles Vidor, Don Weis, Clarence Brown, William A. Wellman, Don Hartman.
Scénario : William Ludwig (episode 1), Helen Deutsch (ép. 2), Ray Chordes (ép. 3), Isobel Lennart (ép. 4), Allen Rivkin (ép. 5), Dorothy Kingsley (ép. 6), Dore Schary (ép. 7), George Wells (ép. 8).
Interprétation : Ethel Barrymore (Mrs. Riordan), Gene Kelly (Icarus Xenophon), Janet Leigh (Rosa Szabo), Van Johnson (Révérend Burch), Fredric March (Mr. Esposito), George Murphy (Mr. Callaghan)…
Photographie : John Alton, Ray June, William Mellor, Joseph Ruttenberg.
Montage : Ben Lewis, Fredrick Y. Smith.
Producteur : Robert Sisk.
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)
Date de sortie (USA) : 20 novembre 1951
Durée: 89 minutes

Genre : sketches, comédie

Etats-Unis d’Amérique – 1951