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On a testé la série Love, de Judd Apatow sur Netflix

Love, la série désenchantée de Judd Apatow pour Netflix

Fraîchement débarquée aujourd’hui 19 Février sur la chaîne Netflix, Love est la nouvelle série comique du maître du genre Judd Apatow. Très attendue par le public et par la presse, surtout après le très réussi Crazy Amy, on avait hâte de voir le réalisateur retourner à ses premières amours. On a encore à l’esprit les séries d’ado Les Années campus et Freaks and Geeks qui ont lancé la team de Seth Rogen et James Franco. CineSeriesMag a donc sauté sur l’occasion pour découvrir cette création plus mûre mais toujours plus subtile et vous faire part de son ressenti face aux deux premiers épisodes.

Love suit en parallèle deux jeunes célibataires qui tentent de survivre, chacun à leur manière, à leurs peine de coeur. Ces deux histoires, au départ très différentes, vont les mener immanquablement à des ruptures qui les réuniront. D’un côté, il y a Mickey, une fille un peu paumée, un peu névrosée et portée sur les médocs. Elle est jouée par Gillian Jacobs, vu dans les séries Community et Girls. De l’autre, il y a Gus, un garçon maladroit, coincé, limite niais et incarné par Paul Rust, le créateur de la série aux côtés d’Apatow. La jolie Mickey vit une relation compliquée avec un grand gamin incapable de se prendre en charge et accro à la cocaïne. Gus quant à lui est prêt à s’installer avec une fille insipide mais qui cache bien son jeu. Déçus tous deux par le couple, ils vont se chercher et apprendre l’un de l’autre.

Les histoires de nos deux amoureux éconduits s’entrecroisent et rythment le premier épisode. A la manière d’un Woody Allen, on découvre la psychologie des personnages au travers de leurs vies, un peu similaires malgré les différences. On y lit leurs inquiétudes, leurs aspirations et leurs déboires avec à la clef, une interprétation philosophique. Celle que, quel que soit le chemin qu’on emprunte, on parviendra au même dénouement. Pour les mêmes raisons, on peut déplorer l’aspect déprimant de cette comédie anti-romantique, assez réaliste mais très osée par certains côtés. Ainsi Mickey lâchera-t-elle à la mère de son petit-ami, au moment de leur départ : « Son foutre est encore entre mes jambes ! ». Et Gus refusera-t-il de s’engager dans un plan à trois avec deux soeurs, qualifiant se rapport d' »incestueux ». L’humour est noir donc, pince-sans-rire et sa subtilité n’est toujours évidente et accessible. En ce sens, les premiers épisodes peuvent un peu décevoir pour ceux qui attendaient une comédie plus légère. Mais Love est aussi une série intelligente et originale dont les personnages sont parfaitement interprétés par le duo Gillian Jacobs/Paul Rust. Et la structure des deux premiers épisodes est intéressante et fonctionne très bien. On reprend immédiatement sur la fin du premier, où se succédaient les événements marquants de chacun des partis, pour poursuivre l’épisode 2 sur une journée d’échange entre les deux héros, comme une pause dans le temps après toutes leurs mésaventures.

Les premiers épisodes de Love sont dans la lignée des créations du réalisateur. Il s’intéresse de près à la psychologie des personnages et on pénètre petit à petit dans leurs vies. En cela, la série rappellera un peu les débuts de Judd Apatow avec Freaks and Geeks mais l’humour pince-sans-rire y est beaucoup plus présent, l’analyse est plus mûre, plus dure aussi. On est loin de la fougue de Crazy Amy. Le ton va-t-il s’alléger par la suite ? On l’espère un peu. Le cas échéant, Love plaira aux amateurs des anti-comédies romantiques. Interrogé à ce sujet, Apatow s’est expliqué : « C’est une comédie romantique réaliste. L’amour demande beaucoup d’efforts, surtout quand vous êtes quelqu’un de compliqué. J’espère que ce genre d’histoire paraîtra plus familière aux spectateurs, plus proche de leur expérience, plus crédible que la majorité des films romantiques. »  A vous de voir !

Un jour avec, un jour sans de Hong Sang-Soo : Critique

La cadence de tournage de Hong Sang-Soo est impressionnante : 11 films pour les seules dix dernières années. Il faut dire que le dispositif technique est non seulement simple, mais de plus en plus simplifié par une thématique désossée à l’extrême : un homme, généralement un réalisateur, enseignant souvent le cinéma à l’université, et une femme, jeune, généralement étudiante, une histoire d’amour plus ou moins contrariée, du désir et du sexe un peu, de la violence un peu, du soju énormément. Une répétition ad nauseam diraient ses détracteurs.

Synopsis: Le réalisateur Ham Cheonsoo arrive un jour trop tôt dans la ville de Suwon, où il a été invité à parler de son oeuvre. Il profite de cette journée d’attente pour visiter un palais de la ville. Il y rencontre Yoon Heejeong, une artiste locale avec laquelle il va discuter, dîner, boire… Mais il n’est pas tout à fait honnête avec Yoon Heejeong…

Be kind, rewind

Et pourtant, c’est dans les variations minimes de ce cinéma que l’on observe le très grand talent de ce cinéaste coréen pas comme les autres.  Contrairement aux apparences, Hong Sang-Soo  ne se contente pas de ressasser. Hier, il monte Hill of Freedom dans un ordre aléatoire, correspondant à la manière dont une pile de lettres s’échappe des mains de la protagoniste qui trébuche sur une marche d’escalier, lesquelles lettres contiennent le frêle squelette du scénario. Avant cela, dans Sunhi, il a  utilisé un procédé encore différent, qui est de voir la même personne (Sunhi, l’héroïne du film) selon trois perspectives différentes (celles de ses trois prétendants). Aujourd’hui, dans un Jour avec, un jour sans, il pousse sa démarche plus loin, car dans un film de près de deux heures, il raconte deux fois la même histoire, en deux parties presque égales. A première vue, on ne peut pas être plus répétitif.

A la suite d’une erreur organisationnelle, un homme, Ham Chun-Soo (un patronyme étrangement familier, suivez mon regard !), réalisateur de films, se retrouve dans la ville provinciale de Suwon un jour trop tôt pour une conférence-débat qu’il doit assurer après la projection de l’un de ses films. Pour tuer le temps, il visite la ville et se rend au palais-musée du coin. Par deux fois, il y croise une jeune femme, Yoon Hee-Jung (Kim Min-hee), qu’il a déjà aperçue depuis la fenêtre de son hôtel, et avec laquelle il va passer cette journée. Hee-Jung affirme le connaître sans avoir vu aucun de ses films. Elle est peintre, et ils passent quelque temps à son atelier. Puis, le temps d’un dîner très arrosé, il aura eu l’occasion de lui déclarer son amour. Le lendemain, encore sous l’emprise de ses excès de la veille, il participe au débat, puis rentre à Séoul. Au bout de 55 minutes et à l’instar du Jour sans fin d’Harold Ramis, le film recommence depuis le début.

Avec une trame aussi ténue et une articulation aussi originale, il y a du quasi-expérimental dans ce film, sans que cela ait une connotation péjorative. Hong Sang-Soo n’est pas le premier à utiliser ce procédé, mais en en ayant une approche systématique, il apporte une dimension ludique à son film, ainsi qu’une réflexion sur la puissance du cinéaste et/ou du cinéma qui peut absolument donner à voir ce qu’il souhaite montrer. Dans le même temps, le spectateur profite de son regard habituel sur l’art, le désir et l’amour, ses préoccupations de toujours.

La première partie du film est intitulée Un jour sans, un jour avec : une inversion par rapport au titre du film, à laquelle on n’aurait pas prêté attention s’il n’y avait pas eu ce deuxième film dans le film, et si cette deuxième partie n’avait pas été sous-titrée « correctement », un Jour avec, un jour sans. Une inversion, un jeu de miroir qui mettent le spectateur sur la piste de ce qu’il doit voir : des variations minimes au début, une position, un angle de vue, une partie du dialogue, pour finir par des modifications plus marquées, voire des scènes qui n’existaient pas à notre vue, mais qui pourtant étaient bien là. Le procédé est étourdissant : la deuxième version permet une lecture en creux de la première. Même si les choses ont un sens et une logique dans la première partie, elles sont légèrement cotonneuses, et la relation qui se tisse entre Chun-Soo et Hee-Jung semble tiède et superficielle. La voix-off du héros ne fait que conforter cette ambiance romancée et un peu irréelle. Leur éclairage par une deuxième partie plus explicative, plus enjouée, peut-être plus naturelle aussi du fait que les acteurs ont déjà tout joué une première fois (et que Hong Sang-Soo leur a déjà montré la première partie entièrement montée), cet éclairage fait que le film soudain devient plus captivant, à la fois par le jeu des sept erreurs auquel le spectateur se prête inévitablement, que par la nature même des relations où le désir est plus incarné.

Ainsi, par exemple, l’alcoolisation très avancée de Chun-Soo qui semble être redoutée, voire rejetée dans une partie, s’avère être en réalité un puissant désinhibiteur à l’aune de la deuxième, permettant au protagoniste de déclamer de vrais « Je t’aime » à une femme qui même très belle, reste une quasi-inconnue. Et les mots que Jee-Hung prononce lors de ce dîner très arrosé (« Tu es un homme, un vrai ») , sont chargés de son propre désir de lui, alors que dans la première partie, on les sent teintés d’un léger mépris. Hong Sang-Soo s’amuse, et le spectateur s’amuse avec lui…

Sévissant une fois de plus dans son univers de référence, utilisant une fois de plus Jeong Jae-yeong comme son double à l’écran, en choisissant le naturalisme le plus radical, le cinéaste coréen montre combien il maîtrise la grammaire cinématographique avec trois fois rien, et que les inquiétudes qu’on a sur sa capacité à sortir de son « carcan » sont définitivement infondées…

Un jour avec, un jour sans : Bande annonce

Un jour avec, un jour sans : Fiche technique

Titre original : 지금은맞고그때는틀리다
Réalisateur : Hong Sang-Soo
Scénario : Hong Sang-Soo
Interprétation :    Jeong Jae-yeong (Ham Cheon-soo), Kim Min-Hee (Yoon Hee-jeong), Yeo-jeong Yoon (Kang Deok-soo), Ju-Bong Gi (Kim Won-ho), Hwa-Jeong Choi (Bang Soo-young), Yoo Joon-sang (Ahn Seong-gook)
Musique : Yongjin Jeong
Photographie : Park Hongyeok
Montage : Hahm Sungwon
Producteurs : Hee Kim Kyoung
Maisons de production : Jeonwonsa Film
Distribution (France) : Les Acacias  films
Récompenses : Léopard d’or (récompense suprême), meilleur acteur masculin, prix œcuménique, le tout au Festival de Locarno 2015
Budget : ND
Durée : 121 min
Genre : Drame
Date de sortie : 17 Février 2016
Corée du Sud – 2015

Palmarès du 38e festival du court métrage de Clermont

Découvrez l’ensemble du palmarès 2016 du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand de cette 38e édition, un palmarès cohérent dans l’ensemble,  qui clôt cette grande fête du cinéma. Dépassant les 160 000 entrées (+ 2% par rapport à 2015, nouveau record d’affluence) et ayant accueilli plus de 4000 professionnels accrédités (contre 3500 en 2015), la fête annuelle du court métrage international s’avère plus populaire et attractive que jamais.

Palmarès International

Grand Prix

– Las Cosas simples (Les choses simples), Alvaro Anguita (Chili, 2015), Fiction, 26’00

Synopsis: Penélope est fonctionnaire, elle vit avec sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Un jour, elle rencontre Ulises, un vieil homme indigent qui a perdu la mémoire et ses papiers. Elle arrive à le convaincre qu’il est son père et qu’il doit rentrer à la maison pour s’occuper de sa femme.

Prix Spécial du Jury

– Die Badewanne (La baignoire), Tim Ellrich (Autriche, Allemagne, 2015), Fiction, 12’58

Synopsis: trois frères tentent de faire revivre la magie de l’enfance grâce à une vieille photo de famille.

Mentions Spéciales du Jury

Uzak mı… (Lointain), Leyla Toprak (Turquie, 2015, Documentaire, expérimental, 16’12

Synopsis:  le film dresse un état des lieux humain et environnemental de la guerre de Kobané et présente la révolte des combattantes kurdes contre une société qui nie depuis des années la place des femmes dans l’histoire.

Panorama, Virginia Urreiztieta (Vénézuela; 2015), Fiction, 20’00

Synopsis: Hanali, une petite fille de neuf ans, vient de perdre sa mère. Avec son père, elle se rend dans un petit village où elle rencontre Rosa, une mère qui a perdu son enfant. Sous le poids du chagrin, le fantasme prend le dessus et unit ces deux êtres qui aspirent à retrouver un bonheur perdu.

uzak-mı-panorama-festival-clermont-2016

Prix du Public

– Madam Black, Ivan Barge (Nouvelle-Zélande, 2015), Fiction, 11’19

Synopsis: un photographe écrase le chat d’une petite fille. Il va devoir inventer toute une histoire pour expliquer sa disparition.

Prix du Meilleur Film d’Animation

– Dernière Porte au Sud, Sacha Feiner (Belgique, France, 2015), Animation, 14’20

Synopsis: « Le monde, ce sont des étages, faits de pièces et reliés par des escaliers. » Telle est la vision d’un enfant et de sa seconde tête siamoise, emmurés par leur mère dans le manoir familial depuis leur naissance. Jusqu’au jour où, apercevant une étrange lumière, ils jurent de trouver le bout du monde.

Prix Étudiant

– Babor Casanova, Karim Sayad (Algérie, Suisse, 2015), Documentaire, 35’00

Synopsis: Alger, 2015. Adlan et Terroriste « naviguent » dans le quartier du Sacré-Cœur à la recherche de quelques dinars. Entre petits trafics et parking informel, ils attendent le week-end et le match du Mouloudia d’Alger afin de tuer le vide de leur quotidien.

Prix Canal+ 

– El Hueco (Le trou), Germán Tejada, Daniel Martin Rodriguez (Pérou, 2015), Fiction, 14’00

Synopsis: Robert a mis de l’argent de côté pour acheter l’emplacement qui jouxte la tombe de sa femme. Mais au cours de la transaction, il apprend que la place a été vendue à un autre. Sa jalousie et son désir de passer l’éternité avec Yenni vont le pousser dans ses derniers retranchements.

https://vimeo.com/129045023

Nomination European Film Awards

– In the Distance, Florian Grolig (Allemagne, 2015), Animation, 07’30

Synopsis: tout est calme et paisible derrière les nuages. Mais au loin, c’est la guerre, et le chaos se rapproche, nuit après nuit.

Palmarès Labo

Grand Prix

Eden’s Edge (Three Shorts on the Californian Desert), Gerhard Treml, Leo Calice, Autriche, 2014), Animation, documentaire, 19’00

Synopsis: trois séquences minimalistes en vue aérienne, minutieusement mises en scène dans le sable gris du désert.

Prix Spécial du Jury / Special Jury Prize

Hotaru, William Laboury (France, 2015), Expérimental, fiction, 21’37

Synopsis: ils m’ont dit : « Tu as un don, Martha. Ici, ce don ne te sert à rien. Alors on te montrera les plus belles choses. Tu ne te réveilleras jamais. Mais tu porteras les souvenirs les plus précieux. »

Mention Spéciale du Jury

– The Reflection of Power, Mihai Grecu (France, 2015), Documentaire, expérimental, 09’00

Synopsis: dans la capitale la plus secrète du monde, la foule assiste à un spectacle alors qu’une catastrophe menace d’anéantir la ville.

Prix du Public

Ghost Cell, Antoine Delacharler (France, 2015), Animation, 06’00

Synopsis: à la fois film scientifique, documentaire et balade onirique, GHOST CELL est une plongée en relief au cœur des entrailles d’un Paris organique, vu comme une cellule au travers d’un microscope virtuel.

Prix Canal+ 

Greener Grass (L’herbe sera plus verte), Paul Briganti (Etats-Unis, 2015), Fiction, 14’57

Synopsis: deux super mamans, Jill et Lisa, feraient vraiment n’importe quoi pour se faire bien voir. Un univers surréaliste où l’on s’inflige une souffrance dans l’espoir d’une récompense future – ou du moins, d’un sourire impeccable.

https://youtu.be/HVyQ-j6GWzU

Palmarès National

Grand Prix

Les Amours vertes, Marine Atlan (France,2015), Fiction, 32’00

Synopsis: face à une grande route, bordée d’arbres, un sentiment nouveau naît chez Camille. Il va grandir à la découverte des sentiments des autres, entre les vagues.

Prix Spécial du Jury

Le Repas dominical, Céline Devaux (France, 2015), Animation, 13’47

Synopsis: c’est dimanche. Au cours du repas, Jean observe les membres de sa famille. On lui pose des questions sans écouter les réponses, on lui donne des conseils sans les suivre, on le caresse et on le gifle. C’est normal, c’est le repas dominical.

Mentions Spéciales du Jury

Fuck l’amour, François Zabaleta (France, 2015), Fiction, 05’40

Synopsis: un homme retrouve de vieux films Super-8 et évoque le souvenir de ses parents morts, il y a trente ans.

https://youtu.be/ihhQLSbn-eE

Le Gouffre, Vincent Le Port (France, 2015), Fiction, 52’12

Synopsis: Finistère Nord. La morte-saison. C’est le dernier jour de travail pour Céleste, gardienne d’un camping en bord de mer. Elle s’apprête à partir quand une enfant disparaît. 

http://www.dailymotion.com/video/x3rzn7o_le-gouffre_tv

– Isabel Pagliai et Julien Guillery pour la photographie de Isabella Morra, Isabel Pagliai (France, 2015), Documentaire expérimental, 22’15

Synopsis: entre les histoires débridées d’Adriana, petite fille d’aujourd’hui, et la poésie d’Isabella, accusée par ses frères au XVIe siècle de trahison, quel rapport ? Ici, Adriana raconte, Camille maugrée, et Océane s’évertue à faire prononcer à sa poupée son sempiternel discours.

Prix du Public

Ennemis intérieurs, Sélim Azzazi (France / 2015), Fiction, 27’33

Synopsis: dans les années 90, le terrorisme algérien arrive en France. Deux hommes. Deux identités. Un affrontement.

Découvrez ici notre interview de Sélim Azzazi

Prix Égalité et Diversité 

– Réplique, Antoine Giorgini (France, Belgique, 2015), Fiction, 18’48

Synopsis: dans les années 90, le terrorisme algérien arrive en France. Deux hommes. Deux identités. Un affrontement.

Prix de la Meilleure Musique Originale (SACEM)

– Pierre Caillet pour Dans les eaux profondes, Sarah van den Boom (France, Canada, Québec, 2015), Animation, 12’04

Synopsis: trois personnages ont en commun un vécu intime et secret qui semble déterminer leur vie.

Prix de la Meilleure Photographie (Nikon)

– Paul Guilhaume pour L’ Ile jaune, Paul Guilhaume, Léa Mysius (France, 2015), Fiction, 30’00

Synopsis: Ena, onze ans, rencontre un jeune pêcheur sur un port. Il lui offre une anguille et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant de l’autre côté de l’étang. Il faut qu’elle y soit.

Prix du Meilleur Film d’Animation Francophone (S.A.C.D.)

Le Repas dominical, Céline Devaux (France, 2015), Animation, 13’4

Prix de la Meilleure Première Oeuvre de Fiction (S.A.C.D.)

Au bruit des clochettes, Chabname Zariab (France, 2015), Fiction, 26’00

Synopsis: Saman, dix-huit ans, vit depuis longtemps dans l’enfer du Bacha bazi. Tout bascule le jour où un petit garçon débarque sous son toit. Il comprend qu’il s’agit de son remplaçant. Leur maître Farroukhzad contraint Saman à lui apprendre à danser. Une amitié va naître entre les deux enfants.

Prix Adami d’interprétation – Meilleure comédienne

– Florence Fauquet dans Une sur trois, Cecilia de Arce (France, 2015), Fiction, 19’03

Synopsis: Simone et Zelda sont deux étudiantes en design. Elles ont un projet à rendre pour leur diplôme. Leur objectif est perturbé par la grossesse involontaire de Simone qui décide d’avorter. Elle en parle à Zelda qui va s’efforcer de rendre cette situation difficile la moins éprouvante possible.

Prix Adami d’interprétation – Meilleur comédien

– Eddy Suiveng dans Réplique, Antoine Giorgini (France, Belgique, 2015), Fiction, 18’48

Prix Étudiant

Ennemis intérieurs, Sélim Azzazi (France / 2015), Fiction, 27’33

Prix Canal+

Fais le mort, William Laboury (France, 2015), Fiction, 08’40

Synopsis: Tom a 16 ans, et il est le cobaye préféré d’Evan qui fabrique des armes artisanales. Depuis qu’il a survécu au test du Patator, il évite de passer devant chez lui. Mais Evan ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Prix de la Presse Télérama

Le Gouffre, Vincent Le Port (France, 2015), Fiction, 52’12

Mention Spéciale de la Presse Télérama

Réplique, Antoine Giorgini (France, Belgique, 2015), Fiction, 18’48

Prix du Rire « Fernand Raynaud »

Première séance, Jonathan Borgel (France, 2015), Fiction, 10’00

Synopsis: Ivan a rendez-vous chez un psychanalyste pour une première séance.

Prix Procirep du Producteur de court métrage

Je Suis Bien Content

Coup de Cœur Canal+ Family

Pourquoi les vaches ont des taches ?, Nina Degrendel, Soizic Delon (France, 5′)

Prix Orange Brèves Digitales

– À géométrie variable, Marie-Brune de Chassey (Belgique, 4′)

Bourse des festivals

La troisième guerre, Giovanni Aloi (Bien ou Bien productions)

Rencontre avec l’équipe du film Five, d’Igor Gotesman

LeMagduCiné a rencontré des membres du l’équipe du film Five, à l’occasion de leur présentation en avant-première du film au Cinémovida d’Arras. 

Nous avons rencontré ce mercredi 17 février 2016 au Cinémovida d’Arras des membres de l’équipe du film Five, en particulier les acteurs Idrissa Hanrot (qui interprète Nestor dans le film), François Civil (Timothée), l’actrice Margot Bancilhon (Julia), et le réalisateur-scénariste-acteur Igor Gotesman (Vadim), que vous pouvez voir sur la photographie de couverture, de gauche à droite.

Sur le point de départ du film

Five est lié à son court métrage éponyme, explique Igor Gotesman. Le court était un « embryon ». Aussi il ne comptait pas « aller faire la suite de ce film ». Pour lui, c’était une « évidence de faire un film sur les amis, sur les bandes ».

L’actrice dans une bande de garçons

« Je connaissais l’ambiance… Au lycée, j’étais surtout avec les garçons », explique Margot Bancilhon. Elle dit s’être alors inspirée de son expérience. Elle en a connu de similaires auparavant et encore aujourd’hui.

« Un film de potes »

« La bande de potes, c’est un thème qui me touche » dit le réalisateur. « On avait tous envie de défendre ce sujet, et le fait qu’on soit tous amis nous tous aidés » continue François Civil. « Il y aucun filtre entre nous », poursuit-il.

« Sans avoir la prétention qu’on réinvente le genre, effectivement… L’intrigue… va mettre cette amitié à l’épreuve… Il s’agissait de faire une sorte de dissertation sur ce qu’est l’amitié pour moi et pour d’autres jeunes », reprend le réalisateur-acteur. « Quand on n’a plus sa famille, il reste les amis » (réplique d’un des personnages du film), voilà c’est important pour nous de raconter ça », dit-il.

Sur le visuel du film

« J’avais envie d’une histoire qui soit prenante », mais pas que, explique le réalisateur. En effet, « faire de la comédie, faire rire les gens, c’est sérieux ! » continue Igor Gotesman. Il insiste alors sur sa nécessité de présenter un travail visuel soigné, des plans travaillés.

Sur la part d’improvisation du film

« Ça a toujours été ma manière d’envisager le métier de metteur en scène », répond le réalisateur-scénariste-acteur. À l’inverse du peintre, face au metteur en scène, « il y aura toujours des choses qui vont s’intégrer dans le film et qu’on n’aura pas envisagées », explique-t-il. Aussi « quand on a des acteurs qui peuvent improviser, il faut pouvoir s’adapter », poursuit-il.

François Civil continue en expliquant qu’il y avait des moments plus serrés, où il fallait suivre les indications et le scénario du réalisateur, et « d’autres moments où on était en roue libre… Où on avait plus d’espace… ».

« Même si j’ai peu improvisé », explique Idrissa Hanrot pour qui le film a été sa première expérience, « les autres comédiens lors des moments d’improvisation ont réussi à m’intégrer ». François Civil reprend en disant que parfois, si l’on a cru que c’était improvisé, ça ne l’était pas forcément : « comme il a écrit comme on l’aurait dit, ça a été évident ». « C’était un beau mélange », poursuit Margot Bancilhon, qui leur a permis d’improviser tout en restant maîtrisé et guidé par « le chef d’orchestre », soit le réalisateur, Igor Gotesman.

La rencontre se termina sur ces derniers mots, car l’équipe, fatiguée et affamée (notamment le réalisateur-acteur Igor Gotesman), voulait se rendre au restaurant. Vous pouvez retrouver la critique du film ici.

Amis Publics, un film d’Edouard Pluvieux : Critique

Avec Amis Publics, Edouard Pluvieux signe son premier long métrage, un film moderne et philanthrope sur fond de solidarité. Avec humour et tendresse, il aborde un sujet difficile, un sujet d’actualité : le Cancer. Mais ici, point (trop) de larmes, rien à voir avec Nos Etoiles Contraires car il s’agit moins d’émouvoir que de faire sourire et de rassembler les foules autour de ce sujet pour en faire une noble cause, une de celles qui méritent qu’on se bouge.

Synopsis : Lorsque son frère atteint d’un Cancer lui apprend qu’il va interrompre son traitement, Léo décide de réaliser son rêve d’enfance et avec l’aide de ses amis, il organise un faux braquage. Mais le jour du hold-up, la bande se trompe de banque et les jeunes gens deviennent alors des criminels au regard de la loi…

Un film fédérateur 

Dès le début, le ton est donné au travers des images du générique où s’entrecroisent reportages sur des catastrophes industrielles, messageries instantanées, journal télé, réseaux sociaux, pages des magasines et photos de la vie courante. Dès lors, on va s’intéresser aux relations humaines, aux interactions sociales. Sans chercher à faire pleurer dans les chaumières, le film va se centrer sur ce qui unit. C’est un aspect très visible au sein de l’hôpital où se crée un réseau solidaire entre les patients, les soignants et les familles des malades. Ainsi, quand le policier (très bien joué par Vincent Elbaz) vient enquêter dans l’enceinte de l’hôpital, il est immédiatement confronté à la méfiance et à l’instinct protecteur d’une infirmière. De même, les jeux de regards et les mimiques à la manière du Chat Potté sont un pôle attractif et ont un rôle de connecteur entre les personnages et avec le spectateur. Les visages sont filmés de près, suggérant une complicité avec le public absorbé par les regards tour à tour songeurs ou larmoyants de Kev Adams et de Paul Bartel. Dans le film, l’aspect social est surtout représenté par les réseaux internet et téléphonique. Ici, ils ont un enjeu populaire, communautaire et bienveillant, loin des dangers qu’on leur attribue généralement. Amis Publics est un film social, un film qui rassemble, avec à sa tête le charismatique Kev Adams, idole de la jeune génération et qui incarne pour l’occasion Léo, un webmaster dégourdi, capable de pirater un système informatique pour la bonne cause. Et lorsque lui et sa bande deviennent les Robins des Banques, ils communiquent avec le peuple par le biais d’internet. Ce pouvoir social va les muer en justiciers des temps modernes, messagers d’espoir et héros d’un peuple qui ira jusqu’à se soulever face à l’autorité. Une jolie scène épique vite rattrapée par le côté réaliste du film.

Un film sérieux mais pas trop !

Kev Adams trouve ici un rôle plus mature, plus profond que ceux auxquels il nous avait habitué dernièrement dans Les Nouvelles Aventures d’Aladin ou encore Les Profs 2. Il l’interprète avec justesse, sincérité et une certaine intensité à l’instar de cette scène où il se tond la tête en direct sur le web. Le jeu du comédien est bien sûr nuancé par des réparties comiques et par l’énergie qui le caractérise mais sans tomber dans l’excès. Kev Adams est aussi admirablement secondé par Paul Bartel (jeune acteur remarqué dans Les Petits Princes et Les Géants) qui nous livre une performance touchante et transmet beaucoup d’émotions par le regard et la voix. On retiendra notamment sa scène d’adieux à la nature, quand il marche les pieds nus sur le terrain de foot où il a passé seul la nuit et qu’il en caresse l’herbe du bout des doigts. Si Amis Publics surprend par son ton plutôt sérieux et dramatique celui-ci est vite désamorcé par l’humour noir et les seconds rôles plus désinvoltes et superficiels. Producteur sur ce projet très personnel, l’acteur expliquera dans une interview que « ce qu’ils voulaient faire dans le film c’est justement rire de la maladie comme si c’était un détail ». Et on peut dire que John Eledjam et Majid Berhila y parviennent assez bien. Ils apportent de la légèreté au film par leurs répliques maladroites et leurs pitreries et, même si certaines sont un peu risquées et pas toujours à l’avantage de Eledjam, la plupart passe très bien et fait mouche. Les changements de rythme aussi peuvent surprendre. Le film aurait gagné sans doute à plus d’homogénéité, en particulier sur la fin trop rapide et abrupte comparée au reste. Après la scène du Casino, tout s’accélère et, malgré un choix légitime pour rendre compte de l’état d’esprit des personnages, le récit perd en intensité et en émotions. Pour autant, le film tient la route et nous offre un agréable moment avec des images propres et des plans travaillés. Quant à la musique de Cascadeur, elle est excellente et véritablement entraînante.

Avec ce premier film, Edouard Pluvieux nous livre une jolie découverte : Amis Publics est un récit entraînant qui aborde un sujet difficile avec tendresse et légèreté. Un parti-pris risqué mais qui fonctionne assez bien dans l’ensemble grâce à la performance de Paul Bartel et d’un Kev Adams touchant et vrai. 

Amis Publics : Bande-annonce

Amis Publics : Fiche technique

Réalisation : Édouard Pluvieux
Scénario : John Eledjam, Gregory Boutboul, Kev Adams, sur une idée originale de John Eledjam
Image : Guillaume Schiffman
Production : Kev Adams, Elisa Soussan
Distribution : La Belle Company
Date de sortie: 17 février 2016
Distribution : Kev Adams, Paul Bartel, John Eledjam, Vincent Elbaz, Chloé Coulloud, Majid Berhila, Guy Lecluyse, Frank Bellocq…
Compositeur : Cascadeur
Directeur de la photographie : Guillaume Schiffman
Monteur : Antoine Vareille
Chef décorateur : Maamar Ech-Cheikh
Directrice du casting : Valérie Xae
Directeur de production : Philippe Gautier
1er assistant réalisateur : Benjamin Blanc
Chef costumier : Mélanie Sednaoui
Scripte : Isabel Ribis
Images sous-marine : Emmanuel Augeard

Coproduction : M6 Films, NJJ Capital, Cinefrance, UMedia
Exportation/Distribution internationale : Other Angle Pictures
Distributeur France (Sortie en salle) : La Belle Company

TCM Cinéma Programme : Les Maraudeurs attaquent

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[Critique] Les Maraudeurs attaquent

Diffusé sur TCM le vendredi 19 février à 20h45

Synopsis : janvier 1944, le 5307ème Bataillon, commandé par le général Frank Merrill, est envoyé en Asie du Sud-Est. Sa mission : libérer la Birmanie occupée par les Japonais en attaquant ses bases vitales.

Les cinéastes qui ont connu la guerre sont souvent ceux qui en parlent le mieux. De John Ford à Pierre Schoendoerffer, ils apportent au genre des œuvres plus humaines et plus réalistes.
Samuel Fuller entre particulièrement bien dans cette catégorie. Engagé dans la 1ère division d’infanterie américaine, il participe au débarquement de Normandie et à la libération de certains camps de concentration. Cette expérience nourrira son cinéma : il a vu la violence des hommes, et la montrera dans ses polars, mais il a vu aussi la guerre et la reconstituera dans des films qui figurent parmi les meilleurs du genre : Baïonnette au canon, Au-delà de la gloire et Les Maraudeurs attaquent.

Aventures en Birmanie

Les Maraudeurs dont parle ce film ont réellement existé, de même que le général Frank Merrill. Il s’agit du 5307ème Bataillon Provisoire, dont Fuller nous montrera les souffrances. La scène d’ouverture résume parfaitement le film : en quelques minutes, le cinéaste parvient à nous montrer des personnages individualisés, à insister sur le côté humain de l’aventure et à nous donner une très belle scène d’action.
Des grandes scènes de bataille, il y en aura trois dans le film ; cela permet d’obtenir un bel équilibre qui donne à l’ensemble un rythme ni trop lent (ce qui aurait ennuyé le spectateur) ni trop frénétique (ce qui aurait pu être au détriment de l’aspect humain du film). Toutes, elles montrent la grande qualité du travail esthétique de Fuller et l’audace de ses choix de mise en scène. Ainsi, la bataille de Shaduzup, où les personnages doivent évoluer au milieu des blocs de béton d’une gare nippone, est magnifiquement filmée et chorégraphiée. Le choix des cadrages et d’un montage innovant impose une violence encore rare dans le cinéma de ce début des années 60.
Chose rare dans les films de guerre de cette époque : jamais on n’entend le moindre propos anti-japonais. Bien que patriotique, comme il se doit, Les Maraudeurs attaquent ne développe pas le moindre sentiment de racisme. Fuller montre très peu les Japonais, mais en fait des soldats redoutables : cachés dans la nature luxuriante de la jungle birmane (même si le film a été tourné aux Philippines) ou dans l’ombre de la nuit, ils semblent toujours se confondre avec le décor et surgir de nulle part. Le sentiment d’un danger permanent s’impose alors aux personnages et aux spectateurs : quasiment invisibles, les Japonais sont donc susceptibles d’être partout.

« Vous êtes justement là pour faire l’impossible »

Cette angoisse de chaque instant influe forcément sur le moral des troupes. D’autant plus que les Japonais ne sont pas les seuls ennemis (et peut-être pas les plus dangereux). La jungle, les marécages, les moustiques, les sangsues, les maladies diverses et variées déciment les soldats. Sans oublier les ordres irréalistes. Fuller insiste sur le moral des troupes : ses personnages sont des humains avant d’être des soldats. Cet aspect psychologique est renforcé encore par une caméra qui est souvent la plus proche possible des personnages, au milieu des hautes herbes, en gros plan, scrutant les visages à la recherche des émotions qui ne peuvent plus être cachées. Fuller a manifestement une volonté de nous immerger, pour faire un film de guerre à hauteur d’homme.
Samuel Fuller montre aussi ce que l’on ne voyait pas dans les films de guerre de l’époque : le décompte des morts, les blessés qui attendent d’être évacués, les lettres aux familles des victimes, l’impossible empathie des officiers avec leurs hommes, la difficulté de commander, le désespoir face à des ordres aberrants, etc.
Certes, le film n’est pas exempt des défauts du genre : l’inévitable scène où une population locale vient réconforter les héros, les enfants qui sympathisent, l’héroïsme patriotique. On pourrait également reprocher à Fuller de ne pas montrer les horreurs de la guerre comme on peut les voir de nos jours. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes en 1962 et que le cinéaste a réalisé là une œuvre audacieuse, respectant un équilibre entre classicisme et innovation. Un très beau film de guerre, injustement méconnu.

Les Maraudeurs attaquent: Bande-annonce

Les Maraudeurs attaquent: Fiche technique

Titre original : Merrill’s Marauders
Réalisateur : Samuel Fuller
Scénario : Samuel Fuller, Milton Sperling, d’après le livre de Charlton Ogburn, Jr.
Interprétation : Jeff Chandler (Frank Merrill), Ty Hardin (Lieutenant Stockton), Claude Akins (Sergent Kolowicz), Jack C. Williams (le docteur), Charles Biggs (Muley).
Photographie : William Clothier
Montage : Folmar Blangsted
Musique : Howard Jackson
Producteur : Milton Sperling
Sociétés de production : Warner Bros, United States Pictures
Société de distribution : Warner Bros
Pays : Etats-Unis d’Amérique
Date de sortie (USA) : 13 juin 1962
Durée : 94’

Five, un film d’Igor Gotesman : Critique

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Jeune acteur issu de la scène théâtrale, et jusque-là uniquement aperçu au cinéma dans Deux vies plus une, Igor Gotesman autoproduit et réalise en 2011 son second court-métrage interprété Five. Il y mêlait ses deux inspirations principales, à savoir les teen-movies américains et les comédies de Cédric Klapisch.

Synopsis : Samuel, Timothée, Nestor, Vlad et Julia sont amis depuis leur plus tendre enfance et partagent l’espoir de vivre ensemble. Grâce au soutien financier de père, à qui il fait croire qu’il suit des études de médecine, Samuel réussit à louer un immense appartement. Mais le mensonge ne tient pas longtemps, contraignant Samuel à s’improviser vendeur d’herbes et à hésiter à parler de ses difficultés à ses amis.

Le souffle de la jeunesse n’y est pas

Autant dire que, comme beaucoup de débutants de sa génération – implicitement très inspirée par les sitcoms–, il a choisi de construire son scénario autour de la vie en commun d’un groupe d’amis. Quatre ans plus tard, grâce à la société de production Les Films du Kiosque, il a l’opportunité de transformer son essai en un long-métrage. Un film de potes sur les difficultés de la colocation. C’est là un schéma qui peut, même s’il a été déjà vu et revu, s’avérer très drôle, d’autant que Gotesman a, pendant ses quatre années, fait ses preuves. En tant que scénariste d’abord, puisqu’il a collaboré à l’écriture de la comédie Le Nouveau, mais surtout en tant que réalisateur et comédien puisqu’il a pleinement participé au succès de la mini-série Casting(s) aux côtés de Pierre Niney et François Civil. En réunissant ses deux compères pour incarner les rôles principaux de Five, Gotesman s’assure une certaine légitimité.

Devenu bankable depuis le succès d’Yves Saint-Laurent et d’Un homme idéal, Pierre Niney se voit affubler de l’interprétation de Samuel. François Civil, vu dans Catacombes mais surtout dans Made in France, prête ses traits à l’amusant Tim. Pour les trois autres amis qui forment le groupe de « cinq » amis annoncé par le titre, Igor Gotesman s’est donné le rôle de Vladim, le plus lisse de la bande, tandis que  Margot Bancilhon, aperçue dans Nous trois ou rien, lui apporte une touche féminine dans la peau de Julia, et Idrissa Hanrot incarne le séducteur Nestor. Entre les cinq acteurs, l’alchimie fonctionne à merveille, créant le dynamisme et la fraîcheur inhérentes au teen-movie. Cependant, le traitement de ces cinq compères est si déséquilibré qu’il rend flagrante la frilosité du jeune réalisateur à prendre des risques puisqu’il semble évident que l’expérience, et donc la popularité, de chaque acteur furent déterminantes dans l’importance donnée à son personnage dans la dramaturgie. Ainsi, Samuel est au cœur de toutes les intrigues centrales du scénario, parfois accompagné de Tim, caractérisé selon le stéréotype du parfait sidekick, alors que Vladim et Julia ne font que partager une sous-intrigue très convenue et que Nestor n’a strictement aucun arc narratif à lui. C’est donc dans ce choix d’avoir concentré son film de potes sur un seul d’entre eux, et donc de délaisser les autres, que Gotesman n’a pas réussi à tirer profit du potentiel choral de son dispositif. Une gaucherie accentuée par le manque de primeur dans l’écriture.

Filmées grâce à une caméra anamorphique qui donne aux images un éclat et une chaleur pleine de vivacité, les mésaventures de Samuel et ses amis profitent d’une esthétique bigger than life qui, davantage que son montage, apporte au long-métrage une énergie récréative. C’est sur cette ambiance visuelle pleine de frivolité et sur le talent de Pierre Niney à jouer sur les failles de son personnage que repose tout le charme de Five. Un divertissement quelque peu léger, tant les relations entre les personnages ainsi que le déroulement de l’histoire se font au rythme de clichés et autres facilités scénaristiques. Trop pauvre en idées comiques surprenantes, en dehors peut-être du caméo survolté de Fanny Ardant dans son propre rôle et de la prestation cabotine de Pascal Demolon, l’humour de cette comédie ne doit se contenter que des blagues grivoises que s’échangent les personnages. Leur caractère puéril assure une pantalonnade légère, d’autant que le stéréotype du jeune adulte incapable de mûrir et de prendre ses responsabilités est devenu monnaie courante, mais empêche au film de se prétendre du niveau de ceux qu’il prend pour modèles, généralement porteurs d’une réflexion sociologique. En reste toutefois une belle histoire d’amitié, comme viendra d’ailleurs le surligner très lourdement le monologue final qui vient clore un scénario dont les ficelles éculées ont rendu caduque le moindre rebondissement.

Sympathique petit film de potes porté par un Pierre Niney en grande forme, Five n’est malheureusement pas assez drôle pour être retenu comme l’irrésistible comédie générationnelle qu’il voudrait être. La faute sans doute à un manque d’inspiration lors de l’adaptation d’un pitch calibré pour un format court et de l’âge des acteurs en décalage avec l’immaturité de leurs personnages.

Five : Bande-annonce

Five : Fiche technique

Réalisation : Igor Gotesman
Scénario : Igor Gotesman
Interprétation: Pierre Niney (Samuel), François Civil (Timothée), Igor Gotesman (Vadim), Margot Bancilhon (Julia), Idrissa Hanrot (Nestor)…
Image: Julien Roux
Décors : Nicolas De Boiscuillé
Costumes: Elise Bouquet, Reem Kuzayli
Montage : Stéphane Couturier
Musique : Gush
Producteurs : François Kraus, Denis Pineau-Valencienne
Société de production : Les Films du Kiosque
Société de distribution : StudioCanal
Durée : 102 minutes
Date de sortie : 30 mars 2016
Genre: Comédie

France – 2016

TCM Cinéma Programme : Interview de Quentin Tarantino

Voyage en terrain connu avec Quentin Tarantino

Alors que le dernier film de Quentin Tarantino Les Huits Salopards est toujours dans les salles, TCM rediffuse une discussion entre le réalisateur et Elvis Mitchell. Cette discussion de 28 minutes fait partie d’un programme appelé Sous Influence, enregistrée pour TCM Amérique en 2008, soit entre Boulevard de la Mort et Inglourious Basterds. Cependant, ce n’est pas une interview classique d’un réalisateur américain, comme on peut en voir des centaines à la télévision. Comme le titre l’indique, la discussion porte essentiellement sur les inspirations de Quentin Tarantino, ses plaisirs et déplaisirs de cinéma.

L’entretien est menée par Elvis Mitchell. Derrière ce nom très musical se cache un grand monsieur à petites lunettes paré de dreadlocks. Peu connu en France, c’est un critique de cinéma réputé aux Etats-Unis, écrivant pour le New York Times et dans d’autres journaux. Il anime aussi l’émission The Treatment sur la radio californienne KWCR, et enfin, présente pour TCM son émission Under the Influence. Elvis Mitchell a une manière bien à lui de conduire les discussions avec ses invités. Au lieu poser les questions habituelles et surfaites, Mitchell s’intéresse à ce qui fait véritablement la personne en face de lui, et cherche à sonder en profondeur ses motivations par des questions détournées. Pour cette interview par exemple, Quentin Tarantino vient de sortir il y a à peine un an son film Boulevard de la Mort. On aurait pu s’attendre à tout types de questions de la part du présentateur, comme « Pourquoi vous aviez envie de faire un film de genre ? » ou bien « De quoi vous vous êtes inspirés pour ce film ? ». Mitchell a l’intelligence d’ouvrir la discussion par « Quel est le premier film qui vous a fait peur ? ». Question très personnelle s’il en est, et Quentin Tarantino n’est pas avare de réponses. En répondant à cette question, on en apprend plus sur l’homme s’il nous intéresse, mais bien plus, on comprend comment il fonctionne, et donc comme il réagit, comment il agit, et enfin comment il conçoit ses films. Il est évident que si les films dont se souvient encore Tarantino sont Don’t look in the basement! de Brownrigg et La dernière maison sur la gauche de Wes Craven, leur manière de faire passer la peur va se retrouver dans le cinéma de Tarantino, d’une manière ou d’une autre.

Ainsi, au cours de cette discussion, QT parle du cinéma qu’il aime. Ce qui est impressionnant, c’est qu’il est incollable sur le sujet, faisant des parallèles entre tel réalisateur et tel réalisateur actuel, citant des acteurs oubliés des années 50 à qui il voue son admiration. On sait que Tarantino est un passionné de films en tout genres et notamment de films d’exploitations classés B, qu’il absorbe et réinjecte dans son cinéma (il le dit lui-même dans l’interview). Parfois, il lui arrive même de citer certains films qu’il apprécie par dessus tout, et Elvis Mitchell semble étonné. Parce que Tarantino est quelqu’un qui a ses goûts propres, son cinéma qu’il défend, sa manière bien à lui d’aimer le cinéma et de le transmettre. Parlant de ses influences, il cite des maîtres de la couleur : Minnelli, Almodovar, Sirk… et cela nous aide à appréhender son cinéma, qui est lui aussi indéniablement basé sur la couleur. Il suffit de voir les affiches de Pulp Fiction ou de Kill Bill. La couleur et les acteurs, voilà en effet deux éléments qu’on ne peut pas louper chez Tarantino. Grâce à l’interview, on peut aller chercher les références cachées qu’il nous propose. C’est là l’autre avantage. En grand connaisseur, Tarantino donne ici de nombreux noms tout droit sortis des années 50, que les premiers adorateurs de ses films ne connaissent pas forcément. Que Tarantino, maître du divertissement en personne, permette de faire redécouvrir de belles oeuvres, c’est absolument génial. De plus, l’interview est ponctué d’extraits de films cités qui permettent déjà une première approche, une première passerelle. Seul défaut de l’interview : sa durée, 28 minutes seulement, bien trop courtes pour explorer le cinéma de Tarantino.

Pulp Fiction : Extrait

X-Files Saison 10, Une Série De Chris Carter: Critique

Synopsis: Le retour de Fox Mulder et Dana Scully, deux agents du F.B.I. aux prises avec le paranormal et les complots ourdis par le gouvernement américain.

Une Dernière Saison Pour La Route

Voilà bientôt 14 ans que le bureau des x-files était fermé, 14 ans d’une vie redevenue presque normale pour les agents Mudler et Scully. Elle, redevenue médecin à l’hôpital lui, transformé en ermite, enfermé chez lui loin de toutes ces affaires étranges qui ont miné sa vie. Il y avait de quoi être sceptique à l’annonce de leur retour car, si les premières saisons de la série (autrefois intitulée Aux Frontières Du Réel, mais qui s’en souvient ?) étaient captivantes par leur côté « monstre de la semaine », les dernières tournaient franchement en rond, promettant sans cesse de révéler ce mystère d’une vérité qui n’arrivait jamais.

Pourtant, le premier épisode de cette mini-série, façon « trois p’tits tours et puis s’en vont », ne présageait rien de bon. Une mise en place superflue, puisqu’on est censé connaitre les personnages. Des acteurs au ralenti et une intrigue dont on peine à trouver l’intérêt. Après tout, pourquoi pas ? David Duchovny et Gillian Anderson sont là pour interpréter des personnages vieillissants, fatigués et le jouent plutôt bien. Le rythme est lent, mais leurs retrouvailles laborieuses, on sent deux héros à qui on a imposé de tourner la page et qui du coup, n’ont plus envie de remettre les mains dans le cambouis.

Dès l’épisode 2, on sent poindre ce qui pourrait faire le sel de cette ultime saison: la dérision. Pas pour ridiculiser les personnages, mais pour montrer du doigt leurs travers. Un Fox Mulder qui passe en revue tout ce qu’il a toujours cru et qui découvre qu’il est un peu trop crédule. En rire…C’est exactement ce qui se passe avec l’épisode 3, mémorable en tout point. Un des scénaristes historiques de la série, Darin Morgan, connu pour son humour, ouvre ici grandes les vannes et retourne complètement la série, pour un épisode comique totalement irrésistible. Au passage, il dénonce quelques dérives de nos sociétés occidentales: matérialisme et superficialité. L’émotion, en forme de bilan des années écoulées, n’est pas non plus absente, Scully se retrouvant face à la mort des proches et face à ses échecs, dans un épisode qui restera comme un des plus touchants. Comme s’il fallait toujours se retourner pour constater que nos décisions d’hier sont nos échecs d’aujourd’hui.

Au travers des courbes d’audience U.S, on voit qu’il aurait mieux valu commencer par cet humour, car cette dixième et dernière saison est déjà un échec d’audience cuisant, passant de 21 millions de téléspectateurs pour le premier, à seulement 8 millions pour le troisième, audience qui se stabilise ensuite. Pourtant, Chris Carter a eu l’intelligence de faire une boucle avec cette saison, le dernier épisode venant clore le premier, tout en offrant une fin ouverte. Le problème vient finalement du fait que Chris Carter semble vouloir condenser les 202 premiers épisodes dans les 6 derniers, en répétant ce qui était devenu le principal défaut des dernières saisons: ne jamais révéler sa vérité. C’est flagrant dans le deuxième épisode, Mulder commençant à croire que ce qu’il pensait être la vérité, serait en fait un mensonge qu’on l’aurait poussé à croire pour cacher la vraie vérité. Certes la vérité est ailleurs, mais vient le moment où il faudrait le trouver, cet ailleurs…

Cette dixième et dernière saison laisse une étrange sensation, que l’on ressent dès le générique, toujours inchangé et qui propulse renvoie plusieurs années en arrière. Il souffle comme un vent de nostalgie sur ces visages plus ridés, plus fatigués aussi, comme si leur quête un peu vaine avait fini par user leur âme tout autant que leurs convictions. On sent que cette fois, c’est bien l’épilogue, que la fin du sixième épisode est un adieu sans retour, que ces soirées que l’on passait, captivé par leur quête de paranormal, ne seront désormais que le ressassement d’épisodes passés, que l’on se répète à l’infini. X-Files aura été aux origines de cet âge d’or des séries que connaissent actuellement les U.S.A., elle n’en signera pas l’achèvement mais, au travers d’une dernière parade, elle aura su faire des adieux dignes et émouvants qui laisseront derrière eux les regrets d’une madeleine de Proust à jamais perdue.

Casting: Gillian Anderson, David Duchovny, Robbie Amell, William B. Davis, Mitch Pileggi
Durée: 42′
Nombre d’épisodes: 6
Première diffusion: 24 janvier 2016 sur Fox
Diffusion France: M6 à partir du 25 février 2016
Origine: U.S.A.
Genre: Science-fiction
Création: Chris Carter
Scénario: Glen Morgan, Darin Morgan et James Wong
Réalisation: Chris Carter, James Wong, Darin Morgan et Glen Morgan

https://www.youtube.com/watch?v=rsBX-8vWgCc

Clermont-Ferrand 2016: Compétition Labo

Festival Clermont 2016, les coups de cœur de la Rédaction CineSeriesMag

Bienvenue dans le laboratoire, où les réalisateurs expérimentent tous azimuts, sans tubes ni éprouvettes, leurs idées les plus folles. La rationalité n’est pas toujours le meilleur outil pour appréhender ce bouillant maelström créatif. Parfois, l’image est plus forte que les dialogues (totalement absents mêmes, dans certains cas).  D’autres fois, elle devient psychédélique, épileptique, sans accord véritable avec le texte ou en total décalage. Peut-être l’imagination ou une certaine sensibilité alors… Quoiqu’il en soit, même si le labo n’est pas toujours facilement accessible, il est représentatif du pluralisme du genre et d’une formidable créativité cinématographique. Parmi ce tourbillon de trente films au programme de cette quinzième édition de la compétition Labo du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand 2016, voici quelques quelques Objets Filmiques Non Identifiés et baroques, que nous avons dénichés pour vous.

[COMPÉTITION LABO]

5) The Atom Station, Nick Jordan (Royaume-Uni, Angleterre, 2015), Documentaire expérimental, 13’20

Synopsis: regard sur les paysages naturels et industriels de l’Islande, où convergent les forces culturelles, politiques et écologiques qui façonnent le pays. Avec la voix de W. H. Auden lisant son poème « Voyage en Islande » (1937), et celle du militant écologiste Ómar Ragnarsson.

Pour l’engagement environnemental de l’oeuvre, The Atom Station vaut le détour. Très bien réalisé et totalement immersif, ce film est centré sur le paysage industriel et naturel de l’Islande et relate le mélange des forces culturelles, économiques et écologiques qui sont présentent sur l’île. La poésie contemplative d’Auden exprime le désir de s’échapper de sa patrie britannique, d’abandonner les attributs de la modernité et la guerre prochaine. Ragnarsson quant à lui, lance un cri d’alarme pour protéger un désert vital, menacé par les sociétés internationales d’aluminium qui exploitent l’Islande, au péril de son écosystème, de ses volcans, de ses baleines…  Nick Jordan réalise ici un documentaire profond, et partage son inquiétude face à l’inégalité du combat entre les fonderies d’aluminium (des multinationales américaines pour la plupart), et les rares voix écologiques qui essaient de se faire entendre.

4) Greener Grass, Paul Briganti (Etats-Unis, 2015), Fiction, 14’57

Synopsis: deux super mamans, Jill et Lisa, feraient vraiment n’importe quoi pour se faire bien voir. Un univers surréaliste où l’on s’inflige une souffrance dans l’espoir d’une récompense future – ou du moins, d’un sourire impeccable.

Greener Grass (L’herbe sera plus verte) de Paul Briganti est une comédie loufoque et drôle, où deux « desperate housewives »  cherchent l’approbation de leurs amis, à tout prix. Les couleurs sont volontairement saturées, les personnages sont caricaturés, les dialogues déjantés frôlent l’absurde. On nage en plein univers surréaliste, et on aime ça!

https://youtu.be/HVyQ-j6GWzU

3) Hotaru, William Laboury (France, 2015), Expérimental, fiction, 21’37

Synopsis: ils m’ont dit : « Tu as un don, Martha. Ici, ce don ne te sert à rien. Alors on te montrera les plus belles choses. Tu ne te réveilleras jamais. Mais tu porteras les souvenirs les plus précieux. »

Hotaru de William Laboury, issu de la Fémis, est une fiction expérimentale d’une poésie profonde. Cette oeuvre empreinte les codes de la science-fiction pour mieux interroger nos plus anciens souvenirs de l’altérité. L’histoire est touchante et très bien écrite. L’utilisation de la 3D et des glitchs est incroyable. Les éléments sonores nous embarquent dans cet univers intime où nous explorons la conscience de Martha. Très beau!

2) Freedom & Independence, Bjørn Melhus (Allemagne, 2014), Expérimental, fiction, 15’01

Synopsis: entre comédie musicale, film d’horreur et conte de fées, le film évoque l’élitisme néo-libéral et les scénarios fantasmés d’une fin du monde annoncée, dans un cadre de vie façonné par une architecture mégalomaniaque.

Et  c’est parti pour un quart d’heure de folie douce futuriste, vitaminée et chorégraphiée. Ce court expérimental interroge les changements idéologiques mondiaux s’orientant vers une nouvelle forme de capitalisme religieux, à travers la confrontation des idées et des citations du philosophe objectiviste autoproclamé et romancier Ayn Rand, avec des contenus évangéliques de films grand public aux Etats Unis. Les protagonistes citent des concepts du néo-libéralisme élitiste dans un mélange de délires religieux et d’hallucinations sur l’apocalypse. Tout un programme! Ce conte de fées contemporain, dans lequel Melhus exécute tous les personnages lui-même, a été en partie tourné dans une morgue de Berlin et dans de nouveaux milieux urbains à Istanbul. Jouissif et drôle, et qui questionne…

1) Voor Film, Douwe Dijkstra (Pays-Bas, 2015), Documentaire, expérimental, 11’37

Synopsis: regarder un film… Ce documentaire se penche sur ce rituel complexe en donnant la parole à une dizaine de spectateurs. Comment se passe cette expérience pour ceux qui ont un handicap sensoriel, des croyances religieuses très fortes ou un chagrin d’amour ? Un essai sur le cinéma et son public.

Voor Film de Douwe Dijkstra est une tentative drôle et habile de mise en abyme du cinéma, un film sur les films. Ce documentaire explore notre petit rituel qui consiste à regarder des film, une histoire sur les images en mouvement et leur public. Certains éprouvent des difficultés sensorielles, d’autres ont de fortes croyances religieuses ou connaissent un chagrin d’amour, l’un s’arrime à l’intrigue, l’autre aux acteurs. Voor Film exploite toutes ces impressions subjectives, ces croyances ou sentiments, notre imaginaire, tandis que nous assistons avec plaisir à la projection d’une fabrique d’images et de sons, de mouvements et couleurs en kaléidoscope. Le cinéaste ou son double apparaît parfois en buste géant au-dessus de maquettes d’avions ou de voitures miniatures sur sols de carton en se demandant comment ce drôle d’étalage va pouvoir se transformer en grand spectacle. Une expérience fine de cinéma.

Quand Jamel Debbouze parle de La Vache

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Intervention de Jamel Debbouze lors de l’avant-première de La Vache à Europacorp Cinéma :

Dimanche 14 Février 2016, c’était la fête des amoureux mais à Europacorp Cinéma, c’était aussi l’avant-première de La Vache, la comédie émouvante de Mohamed Hamidi avec Fatsah Bouyahmed, Lambert Wilson et Jamel Debbouze. Ce conte épicurien porté par un personnage touchant dont la simplicité n’a d’égal que sa noblesse d’âme et interprété avec verve par Fatsah a su toucher le cœur de CineSeriesMag et du public présent ce jour-là.

Avant la séance, l’équipe du film avait tenu à nous faire part de ses sentiments à l’égard de ce beau projet. Étaient présents le réalisateur Mohamed Hamidi ainsi que les comédiens Fatsah Bouyahmed et Jamel Debbouze. Après une courte présentation du réalisateur, c’est Jamel Debbouzze, acteur et surtout producteur sur le film qui a pris la parole. Et malgré l’énergie et l’humour qui caractérise le personnage, l’émotion était palpable dans la salle.

Mohamed Hamidi : « Nous avons terminé La Vache fin 2015. C’est un film que nous défendons depuis deux ans et qui nous tient beaucoup à coeur. Il n’a pas été forcément facile à monter car ce n’est pas évident de raconter des histoires un peu originales et un peu osées comme celle-ci. »

Jamel-debouzze-avant-premiere-la-vacheJamel Debbouze : « Il est rare pour un jeune producteur comme moi de faire ce genre de film. Un film qui rassemble. Car c’est un film qui représente la communion. Et c’est pour ça que je fais ce métier, pour voir des familles réunies devant le même film :  des parents, des enfants, des grands-parents…  On met deux ans à faire un film. Deux ans tous les jours. Un an d’écriture et après, il y a la préparation, la recherche des acteurs, le tournage qui dure deux mois et le montage…  Alors, quand le film sort, on a rien d’autre en tête. On a qu’une seule appréhension, c’est l’accueil du public. »

La Vache sortira dans les salles demain Mercredi 17 Février mais de notre côté, le pari est gagné !

Brooklyn, un film de John Crowley : Critique

Tout juste couronné du BAFTA du meilleur film britannique, le dernier film de John Crowley, Brooklyn, a fait la clôture du festival Ciné O’Clock de Villeurbanne, un certain jour de Saint-Valentin. C’est l’occasion de s’intéresser à un film de ce cinéaste dont les films n’ont pas (ou peu) été distribués en France. Le film et son actrice principale Saoirse Ronan (prononcez Sursha) sont nommés aux Oscars 2016.

Synopsis : Dans les années 50, la jeune Eilis part pour un avenir meilleur sur le nouveau continent. Elle atterrit à Brooklyn et découvre la vie new-yorkaise. Elle s’éveille peu à peu et trouve l’amour auprès d’un jeune italien, Tony. Malheureusement, elle doit retourner en Irlande. Elle va devoir choisir entre ces deux vies.

Saoirse Ronan ou la Liberté

 

Adapté d’une nouvelle de Colm Tóibín, le film ressemble à une histoire d’amour assez classique, à savoir celle d’une jeune femme qui hésite entre deux prétendants. Rien de bien nouveau à ce sujet, surtout quand les prétendants sont aussi attendrissants l’un que l’autre. D’un côté, Emory Cohen est Tony, troisième fils d’une famille italienne de cinq enfants, d’une nature plutôt insouciante. De l’autre, Domhnall Gleeson est Jim, grand irlandais sur lequel pèsent les traditions irlandaises.

Mais ce n’est pas choisir entre deux garçons qui pose problème à Eilis, non, le vrai choix, c’est celui de la terre. La structure du film est claire : après une courte introduction en Irlande, la première partie s’attache à décrire l’adaptation d’Eilis aux manières new-yorkaises ainsi que la découverte de l’amour avec l’italien qu’elle y rencontre. La seconde est l’objet d’un retour au pays irlandais, qui se veut temporaire mais que tout le monde souhaite voir se prolonger. Là où un film traditionnel de triangle amoureux aurait alterné les moments passés avec chaque garçon, pour bien faire sentir l’hésitation constante du personnage féminin, ce qui surprend ici c’est la séparation des deux moments, qui est logique puisque la distance entre les deux est de plusieurs jours voire de plusieurs semaines. On observe rapidement que l’évolution de la relation avec chacun des prétendants comporte à la fois des ressemblances et des différences notables. La famille italienne semble beaucoup plus triviale et proche que la famille irlandaise, plus distinguée, alors même que les rapports entre les couples sont filmés de la même manière, comme par exemple ces déambulations des amoureux filmées en travelling arrière. Ainsi, si la relation de Eilis avec les garçons ne change pas vraiment,  c’est plutôt le cadre qui va faire toute la différence.

A travers ces choix de terre et de vie, c’est bien évidemment l’évolution d’Eilis elle-même que nous suivons, qui est somme toute classique et sans grande surprise. La jeune Saoirse Ronan montre une fois de plus ses talents d’actrice, tout en étant parfaite pour ce rôle, dans une totale harmonie avec le sujet et son personnage. En revanche, l’émotion est dans un entre-deux, entre l’humour british assez récurrent dans la première partie (notamment les passages chez la mère Kehoe, interprétée par Julie Walters), et les larmes, qui ont tendance à couler un peu trop facilement, mais seulement dans le film.

Même si le film n’est pas une révolution, la mise en scène est tout ce qu’il y a de plus honnête, sans être plate. Brooklyn permet de passer un bon moment et de découvrir une fois de plus la qualité de jeu de Saoirse Ronan, qui mérite sa nomination aux Oscars.

Brooklyn : Bande-Annonce

Brooklyn : Fiche Technique

Réalisation : John Crowley
Scénario : Nick Hornby, d’après l’oeuvre de Colm Toibin
Interprétation : Saoirse Ronan, Emory Cohen, Domnhall Gleeson
Image : Yves Bélanger
Montage : Jake Roberts
Musique : Michael Brook
Sociétés de production : Wildgaze Films, Parallel Film Productions, Irish Film Board, Item 7
Distributeur : 20th Century Fox
Durée : 111 min.
Angleterre/Irlande/Canada – 2016