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Joséphine s’arrondit, un film de Marilou Berry : Critique

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Le personnage de Pénélope Bagieu est un personnage singulier, représentatif des tracas journaliers de beaucoup. Si la première adaptation était assez ratée, lorsque la fille de Josiane Balasko s’attèle à la lourde tâche de réaliser, c’est une plus grande réussite. Par des idées de narration plus osées et représentatives d’une jeunesse qui s’essaie à l’innovation dans le cinéma, Joséphine s’arrondit parvient à conquérir le spectateur dans sa forme.

Synopsis: Depuis deux ans, Gilles (homme-parfait-non-fumeur-bon-cuisinier-qui aime-les-chats) et Joséphine (fille-attachiante-bordélique-mais-sympathique) s’aiment. Tout est parfait. Jusqu’à une nouvelle inattendue : ils seront bientôt trois. Ne pas devenir comme sa mère, garder son mec et devenir une adulte responsable, tout un tas d’épreuves que Joséphine va devoir affronter, avec Gilles… à leur manière.

Le film se présente comme une boucle au spectateur, ainsi, c’est un flash-back d’une heure et quart qui s’offre à nous, mais jusqu’ici, rien d’innovant. Là où une certaine tendresse se laisse voir, c’est dans les états d’esprit de l’héroïne. Etant enceinte, cette dernière ne fait qu’imaginer des situations rocambolesques, que la réalisatrice fait le choix de montrer. Ainsi, on verra Mehdi Nebbou dans un monde de couche-culotte, ou encore Marilou Berry dans l’angoisse routinière de la vie de mère. Joséphine s’arrondit est une comédie agréable car elle est travaillée et plutôt aboutie. Tout est mis à contribution pour plonger le spectateur dans le quotidien de Joséphine, que ce soit les décors, le maquillage, ou les costumes, symboles d’une certaine déchéance esthétique, quittant le monde glamour qu’elle côtoyait quand elle n’était pas enceinte pour se diriger vers un monde où manger de la crème glacée vautrée dans le lit fait loi. Mais attention, sous ses airs d’éloge du malheur d’attendre un enfant, Joséphine s’arrondit est, certes un film sur le quotidien difficile d’une femme enceinte, avec des scènes de yoga qui s’avèrent toutefois extrêmement drôles et réussies, mais aussi une ode au couple et à la joie d’avoir un enfant. Certes les protagonistes traversent crises de nerfs, pétages de plomb et semi-dépression, mais derrière se cache toujours la certaine émotion, mêlée d’appréhension, de l’arrivée du bébé.

Joséphine s’arrondit est un film sur la famille, et Marilou Berry est parvenue à rassembler un casting de choix pour interpréter celles et ceux qui forment l’entourage de la jeune femme enceinte. Mehdi Nebbou est excellent et se présente comme le point fort du film. Jeune père peu sûr de lui, devant s’affirmer dans son couple, le comédien est drôle malgré lui. Les moments de détresse qu’il traverse ne peuvent qu’être pris qu’avec humour, tout comme sa relation avec sa mère, interprétée par Victoria Abril, qui laissent entrevoir une réelle complicité, malgré deux manières de vivre bien différentes.
Sarah Suco et Cyril Gueï sont quant à eux les meilleurs amis de Josephine, deux appuis sur lesquels Josephine peut s’appuyer et s’évader le temps d’une sortie en boîte de nuit. Malheureusement, le personnage de Sarah Suco est un brin caricatural, et toutes les scènes autour de son couple en formation avec Medi Saddoun tombent un peu à plat, de par l’impossibilité d’une empathie envers les deux personnages. On s’attachera beaucoup plus aux personnages de Josephine ou de Cyril qu’à eux.
Le personnage le plus désagréable est sans hésiter celui de Vanessa Guide, qui interprète Diane, sœur de Josephine mais également colocataire, n’ayant pas de travail et étant affectée sur la plan sentimental. est un cliché du personnage que l’on retrouve dans les comédies françaises actuelles, à la manière de Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu ? ou du personnage de Frédérique Bel dans L’étudiante et Monsieur Henri, et ne parvient pas à décrocher un sourire du spectateur, exception faite lorsqu’il y a confrontation avec sa sœur Josephine.
Enfin, même si elles ne sont pas d’utilité publique, les quelques apparitions de Josiane Balasko, Catherine Jacob ou Victoria Abril sont bien pensées et ne tombent pas dans la recherche d’humour excessive. Certaines scènes seront touchantes, d’autres auront une touche plus tragiques, de quoi faire de Josephine s’arrondit un film bien rythmé, durant lequel on ne s’ennuie pas. Toutefois, une fois le flash-back d’une heure et quart terminé, le film s’essouffle légèrement et tire un peu sur la corde. L’après accouchement laisse place à quelques facilités scénaristiques dont on se serait bien passé. Il est vrai qu’il y en a d’autres dans la première partie du film, comme celle de la relation entre la patronne de Gilles et son fils adoptif Bakary, mais pris comme un tout, le film s’en sort bien, surtout lorsque l’on prête attention au sort des comédies françaises d’aujourd’hui dans les yeux de la critique et des spectateurs.

Si Marilou Berry s’était déjà affirmée en tant que bonne actrice de comédie d’aujourd’hui, elle prouve, avec Josephine s’arrondit, qu’elle est également une bonne réalisatrice. Avec un casting trié sur le volet et correspondant aux différents personnages, la jeune cinéaste parvient à s’emparer de la ferveur du spectateur, qui ne pourra qu’être touché, voire ému, par ce quotidien et ces scènes de la vie conjugale et amicale, malgré quelques imperfections auxquelles on ne pouvait échapper.

Bande-annonce : Joséphine s’arrondit

Joséphine s’arrondit : Fiche Technique

Réalisation: Marilou Berry
Distribution: Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Medi Sadoun, Sarah Suco, Josiane Balasko, Catherine Jacob, Vanessa Guide…
Scénario: Samantha Mazeras, d’après le personnage de Pénélope Bagieu
Musique: Matthieu Gonet
Montage: Thibaut Damade
Photographie: Pierric Gantelmi d’Ille
Costumes : Lisa Korn
Producteur: Romain Rojtman
Production: Les films du 24
Distribution: UGC Distribution
Durée: 94 minutes
Genre: Comédie
Dates de sortie: 10 février 2016

Clermont-Ferrand 2016: Compétition Internationale

Festival Clermont 2015, les coups de cœur de la Rédaction leMagduCiné

C’est à présent le moment de vous délivrer nos 10 coups de cœur de cette 28è compétition internationale des courts-métrages du Festival International du Court Métrage à Clermont-Ferrand 2016 qui, avec 79 films en compétition, nous aura fait voyager à travers les 5 continents, dans des styles et genres cinématographiques des plus variés. Une sélection riche et de qualité globalement, et qui a révélé de véritables bijous cinématographiques. En voici quelques-uns:

[COMPETITION INTERNATIONALE]

10) dark_net, Tom Marshall (Royaume-Uni, Angleterre, 2015), Fiction, 12’31

Synopsis: dans ses questionnements, Alan frappe toujours à la mauvaise porte. Mais cette fois-ci, il a trouvé une réponse… sur internet, sous la forme d’un assassin dangereux et super entraîné. Mais on n’entre pas impunément dans le « dark_net ».

Tom Marshall puise dans le « dark net », où l’on ne trouve pas que de la pornographie, un scénario bien construit, et plein d’humour. Dans un bar, Allan ce anti héros éconduit, un peu looser, un peu cocu, révèle à son pote le plan de sa vengeance contre son rival, un plan pas très régulier… Les dialogues sont savoureux, la réalisation des plus maîtrisées. Jouissif!

https://vimeo.com/151131067

9) Sexy Laundry, Izabela Plucinska (Allemagne, Canada, Pologne, 2015), Animation, 12’00

Synopsis: cinquante nuances de pâte à modeler… pour les vieux.

En français, on pourrait traduire, « sexe pour blasés », tout un programme! Comment ranimer la flamme après vingt-cinq ans de vie commune? Cette question universelle devrait en intéresser plus d’uns. La comédie érotique d’Izabela Plucinska, entièrement réalisée avec de la pâte à modeler, une prouesse technique, pénètre dans l’intimité d’Alice et Henri, un couple de quinquagénaires usé par la routine. Heureusement, ces derniers, malgré quelques atermoiements, débordent d’imagination pour rallumer la flamme! Dialogues intimes et sans tabou, humour ravageur, font de ce film une animation thérapeutique et absolument décomplexante! Sexy Laundry mériterait le prix de l’animation la plus originale.

8) Die Badewanne, Tim Ellrich (Autriche, Allemagne, 2015), Fiction, 12’58

Synopsis: trois frères tentent de faire revivre la magie de l’enfance grâce à une vieille photo de famille.

Die Badewanne pourrait servir d’illustration parfaite lors d’un cours magistral à la grande école des scénaristes ou du théâtre: unité de lieu, unité d’action, unité de temps, les règles de la narration classique sont ici respectées à la lettre. Oui, on peut trouver dans une simple photo d’enfance, la source d’une bonne histoire de cinéma, ici une histoire familiale, de fraternité. La réalisation maîtrisée de Tim Ellrich, qui se déroule dans le huit-clos d’une salle de bain, et même d’une baignoire pourrait-on dire, brille par l’originalité du sujet et procure un rire garanti.

7) Ihr Sohn, Katharina Woll (Allemagne, 2015), Fiction, 23’00

Synopsis: Gregor est musicien, et c’est un doux rêveur. La vie lui sourit, du moins tant qu’il n’a pas de comptes à rendre à sa mère, directrice d’une prestigieuse galerie d’art. Voilà bien longtemps qu’il a abandonné l’espoir d’être pour elle autre chose qu’un fils raté.

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Ihr Sohn (Son Fils) de Katharina Woll est un film sensible: une mère peu compatissante voulant ou croyant tout contrôler, un fils cherchant désespérément sa reconnaissance. Ce film est sublimé par l’interprétation brillante de ses acteurs, Marie-Lou Sellem, et Sebastian Urzendowsky. Délicat et très touchant.

6) 2037, Enric Pardo (Espagne, 2015), Fiction, 12’00

Synopsis: Marc travaille pour une entreprise qui vend des voyages dans le temps. C’est un employé modèle, mais un jour, il décide d’enfreindre le règlement et d’utiliser la machine à voyager dans le temps à des fins personnelles.

Ah, il est certain que la comédie espagnole a de l’avenir! 2037 de Enric Pardo est une belle révélation, son humour irrésistible à la Almodovar dans un esprit futuriste, ses références explicites à Star Wars, son rythme diablement efficace et son scénario solide, ont font une véritable réussite.

5) Amal, Aïda Senna (Maroc, 2015), Fiction, 15’00

Synopsis: Amal rêve de devenir médecin. Lorsqu’elle se fait violer, son avenir risque d’être compromis. Afin de poursuivre ses études, elle garde ce lourd silence en elle. Son meilleur ami, Hicham, lui annonce une nouvelle qui dévoilera son lourd secret. Arrivera-t-elle à sauver les apparences ?

Partons à présent au Maroc, profitons des vapeurs réparatrices du hammam! Dans AmalAïda Senna aborde dans de front un sujet difficile, celui du déni de grossesse, suite à un viol. L’enfant de Amal, mère célibataire risque d’être considéré comme un bâtard. Avec Hicham, qui porte également en lui un lourd secret, ils vont former un couple socialement mixte, pour se sauver mutuellement et peut-être construire un autre avenir. La photographie de ce film est magnifique, les images et les séquences d’une puissance exceptionnelle.

4) El Hueco, Germán Tejada, Daniel Martin Rodriguez (Pérou, 2015), Fiction, 14’00

Synopsis: Robert a mis de l’argent de côté pour acheter l’emplacement qui jouxte la tombe de sa femme. Mais au cours de la transaction, il apprend que la place a été vendue à un autre. Sa jalousie et son désir de passer l’éternité avec Yenni vont le pousser dans ses derniers retranchements.

Germán Tejada réussit ici une prouesse avec El Hueco (Le trou), celle de faire un film très drôle à partir d’un sujet qui ne l’est pas du tout. Ce film raconte les péripéties de Robert qui souhaite acquérir la tombe à côté de celle de sa femme et qui découvre que celle-ci a déjà été achetée par quelqu’un d’autre. S’ensuit alors une quête rocambolesque pour parvenir à récupérer cette tombe et pouvoir ainsi passer l’éternité à côté de sa dulcinée.

3) Madam Black, Ivan Barge (Nouvelle-Zélande, 2015), Fiction, 11’19

Synopsis: un photographe écrase le chat d’une petite fille. Il va devoir inventer toute une histoire pour expliquer sa disparition.

Vous aimez les chats? Alors, il est certain que vous succomberez au charme de Madam Black! Sauf si vous êtes superstitieux et que vous avez peur des chats noirs ou empaillés, mais cela est une autre histoire… Le court métrage de 11 minutes d’Ivan Barge fut acclamé par le public à Clermont-Ferrand. Ce film efficace, drôle et touchant, raconte l’histoire d’un photographe qui écrase la chatte d’une petite fille. Il va inventer une histoire à l’animal digne du celle du nain dans Amélie Poulain, afin de justifier de la disparition de Madame Black.

https://vimeo.com/128092320

2) Den Tha Gerasoume Pote, Spiros Charalambous (Grèce, 2014), Fiction, 21’26

Synopsis: le dernier soir du mois d’août, Nikos fait l’amour pour la première fois. Avec le mois de septembre, c’est une nouvelle vie qui commence pour Maria.

Quelle poésie! La sensualité grecque touche ici la grâce même. Den Tha Gerasoume Pote (Jeunes pour toujours) de Spiros Charalambous doit essentiellement sa beauté à l’interprétation de ses acteurs: Kostas Nikouli, joue le rôle d’un jeune homme macho étant sur le point de connaître sa première expérience sexuelle. Vana Pefani a la chance de livrer l’une de ses meilleures performances cinématographiques de sa carrière. Un court-métrage plein de vérités, et de rêveries, explorant avec brio le thème de la perte de l’innocence. Une musique et des chants sublimes, et une dernière danse d’adieu inoubliable.

1) Las Cosas simples (Les choses simples), Alvaro Anguita (Chili, 2015), Fiction, 26’00

Synopsis: Penélope est fonctionnaire, elle vit avec sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Un jour, elle rencontre Ulises, un vieil homme indigent qui a perdu la mémoire et ses papiers. Elle arrive à le convaincre qu’il est son père et qu’il doit rentrer à la maison pour s’occuper de sa femme.

Du grand cinéma! Pour son premier film, le réalisateur chilien Alvaro Anguita, se sert avec finesse du rire et des quiproquos pour évoquer un sujet grave, celui de la maladie d’Alzheimer. Un tableau plein de tendresse, celui d’une jeune femme désespérée et luttant comme elle peut, face à la dégénérescence inéluctable de sa mère. L’amour filial est ici sublimé, Alvaro Anguita un nom à retenir!

 

Serie Vinyl: saison 1 critique du pilote

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En 2008 sort Shine a Light, documentaire sur les Rolling Stones réalisé par Martin Scorsese. Auparavant, Mick Jagger ambitionnait déjà de produire un film sur le monde de la musique, à la manière de Casino, avec Martin Scorsese aux commandes. Mais la crise passe par là et le projet tombe à l’eau, aucune production ne souhaite s’engager dans cette proposition, vue comme un gouffre financier. Toutefois, le grand amoureux de musique qu’est Scorsese ne lâche pas l’affaire. Naît donc l’idée de faire de ce film une série. Ainsi, HBO se présente comme la maison idéale pour produire Vinyl. Au passage, Terence Winter rejoint le casting et vient s’imposer en tant que producteur exécutif, showrunner et scénariste.

Synopsis : Les exploits d’un exécutif d’une maison de disques, blindé de cocaïne, en 1977 : année où le punk, le disco et le hip-hop émergent et se confrontent.

Avec Martin Scorsese aux commandes, on ne pouvait qu’attendre impatiemment ce premier épisode. Depuis son dernier film Le Loup de Wall Street, la moindre réalisation du cinéaste américain est très attendue. Avec Vinyl, c’est aussi la période abordée et le casting qui mettent l’eau à la bouche. Alors, ce pilote parvient-il à être convaincant ?

En terme d’ambiance, de costumes et de décors, Vinyl ne peut que séduire et se présente aux spectateurs comme une véritables immersion dans les seventies. Hommes d’affaires, milieux où l’argent et la drogue font loi et musiciens au mieux de leur forme embellissent le côté rock’n’roll de Vinyl. S’offre à nous un monde qui fait dans la démesure.
Le casting est également parfait. Bobby Cannavale, incarnant Richie Finestra, magnat de la musique, camé au possible, livre une prestation exceptionnelle grâce à une palette d’expressions corporelles variée et colle parfaitement à son rôle de patron de production fou, mais ayant toujours les pieds sur terre. Malgré nous, on ne peut s’empêcher d’éprouver une empathie pour le personnage. Les seconds rôles excellent également et apportent tout l’humour dont Vinyl a besoin. Les petites touches humoristiques, tantôt (très) potaches, tantôt plus fines, réussissent leurs coups et font travailler les zygomatiques des spectateurs. On notera pareillement l’importance de la figuration, apportant toute crédibilité aux séquences de concerts et de bureau de production.

Mais le pilote de Vinyl a un bémol, et non des moindres, qui pourrait causer du tort à la suite de la série. Si la structure narrative est intéressante, bien amenée et richement construite, l’intrigue en elle-même ne s’avère pas convaincante et laisse sur sa faim au terme du premier épisode. Le monde de la musique offre de nombreuses opportunités scénaristiques et pourtant, outre le stress de signer de « gros » artistes, elles s’avèrent bien faibles. Mais cela n’empêche pas de passer un très bon moment devant ce premier épisode au rythme effréné. On rapportera toutefois des légers moments de « flottements », avec des fluctuations rythmiques marquées, comme pour exprimer des reprises de souffle des personnages.
Bien évidemment, la réalisation de Martin Scorsese est pour beaucoup dans la réussite de ce pilote. Par ses choix de cadre et ses partis pris esthétiques (longs plans, travellings, gros plans, mises en reliefs sonores), on perçoit à la perfection l’amour de la musique du réalisateur américain. Les concerts et les foules en délire sont magnifiés, les studios d’enregistrement s’offrent à nous comme idylliques. Parallèlement, le monde de la drogue, frôlant avec celui de la mafia, où chacun cherche à s’enrichir, est lui aussi parfaitement représenté, et parfaitement conformes aux nombreux témoignages des protagonistes de l’époque.

Enfin, la bande originale est simplement jouissive. Les amateurs de rock, de pop et de funk ne pourront que prendre leur pied devant cet épisode, et devant la série, en général. Vinyl n’est pas une critique du monde de la production de l’époque, c’est également un éloge, une ode à la musique. Au détour d’un coin de salle ou en backstage, on croisera donc Robert Plant de Led Zeppelin ou d’autres chanteurs punk et rock, et c’est un réel plaisir.

Faut-il donc attendre la suite de Vinyl ? Évidemment. On ne peut qu’être certain que Mick Jagger, Terence Winter et Martin Scorsese ont encore énormément à nous offrir. Le casting fou et le monde de la musique passionnent et happent le spectateur. On espèrera seulement un renouveau de l’intrigue, une croissance scénaristique, principal défaut de ce pilote.

Fiche technique : Vinyl

Créateur & Showrunner : Brian KoppelmanTerence Winter David Levien
Distribution : Bobby Cannavale, Olivia Wilde, Ray Romano, Ato Essandoh, Max Casella, Birgitte Hjort Sørensen, Juno Temple, James Jagger…
Réalisateurs : Martin Scorsese (Épisode 1), Allen Coulter (Épisodes 2 et 7), Mark Romanek (Épisode 3), S.J. Clarkson (Épisode 4), Peter Sollett (Épisode 5), Nicole Kassell (Épisode 6), Jon S. Baird (Épisode 8), Carl Franklin (Épisode 9)
Scénariste : Terence Winter (Épisodes 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10), ainsi que Adam Rapp, George Mastras, Jonathan Trapper, Deborah Cahn
Productrice déléguée : Emma Tillinger Koskoff
Producteurs : Mick Jagger, Martin Scorsese, Mari-Jo Winkler
Production : HBO, Paramount Television

Vinyl est diffusée sur OCS City et disponible dans les offres Canal 24h après sa diffusion américaine à partir du 15 février.

Festival Clermont-Ferrand 2016: Compétition nationale

Festival court-métrage Clermont 2016, les coups de cœur de la Rédaction LeMagduCiné

Rappelons le: 57 élus parmi 1714 inscrits! Fictions, animations et documentaires au rendez-vous, en français mais pas que : la compétition nationale de cette 38è édition s’est ouverte au monde entier pour nous offrir un regard riche et neuf sur notre société contemporaine, les fantômes du passé et les promesses de demain. Nous avons voulu vous faire partager notre sélection assez hétéroclite et qui respecte la pluralité du genre. Voici pour nous, quelques pépites de cette sélection française du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand 2016.

[COMPETITION NATIONALE]

10) L’ Ours noir, Méryl Fortunat Rossi, Xavier Seron (France, Belgique, 2015), Fiction, 15’20

Synopsis: Règle n°1 : Ne nourrissez jamais les ours. Règle n°2 : Ne vous approchez pas à moins de 100 mètres. Règle n°3 : Évitez de surprendre l’ours. Règle n°4 : Gardez toujours votre chien en laisse.

Sans nul doute, le film le plus déjanté de cette sélection française! Maintenant que vous connaissez les règles du guide du parc Forillon au Québec, nous vous souhaitons un agréable séjour dans le parc naturel de l’ours noir. Mais ne faîtes pas comme le « club des cinq », suivez  les règles scrupuleusement, l’ours n’étant jamais loin pour attaquer… Et n’oubliez pas votre le vaporisateur chasse-ours! Entre humour plûtôt trash et scènes gores, cette fantaisie bucolique de Méryl Fortunat Rossi et Xavier Seron, tourné au sein du Parc Naturel Régional des Ardennes, laissera assurément quelques traces dans les esprits.

9) Première séance, Jonathan Borgel (France, 2015), Fiction, 10’00

Synopsis: Ivan a rendez-vous chez un psychanalyste pour une première séance.

Une séance chez le psy pas tout à fait comme les autres! Jonathan Borgel démontre qu’avec un scénario bien pensé, on peut réaliser un film drôle, efficace et rapide. Le quiproquo final est à mourir de rire!

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8) Le Repas dominical, Céline Devaux (France, 2015), Animation, 13’47 

Synopsis: c’est dimanche. Au cours du repas, Jean observe les membres de sa famille. On lui pose des questions sans écouter les réponses, on lui donne des conseils sans les suivre, on le caresse et on le gifle. C’est normal, c’est le repas dominical.

Ah, qui n’a jamais subi les affres des questions fâcheuses, le cirque du repas dominical bien alcoolisé? Porté par une composition bien ficelée de Flavien Berger, et la voix off cassée de Vincent Macaigne, Le Repas dominical de Céline Devaux, déjà présenté en Compétition Courts Métrages au Festival de Cannes 2015, est un bijou d’animation aux images psychédéliques, absolument tordant de rire, tout en touchant à des sujets compliqués et intimes. Une prouesse visuelle, un tempo bien rythmé, bref une grande réussite!

https://vimeo.com/131886814

7) Sabine, Sylvain Robineau (France, 2016), Fiction, 14’00

Synopsis: à la suite d’une rupture amoureuse, Franc, propriétaire d’un vidéo-club, décide de soigner son chagrin en réalisant des films d’un genre particulier.

Sylvain Robineau lance ici un cri du cœur, à travers cette comédie légère sur le dépit amoureux. Il raconte son histoire avec humour, un peu dans l’esprit de la Nouvelle vague. Les dialogues sont savoureux, avec trois personnages qui mesurent leurs connaissances du cinéma. Le Franc du vidéo-club est interprété avec brio par Franc Bruneau, un visage bien connu dans monde le court-métrage, un acteur qui monte. Les deux autres excellentes comédiennes viennent du théâtre, Laura Chetrit et Caroline Mounier. Le réalisateur taquine aussi le spectateur en se moquant du snobisme et du manque d’ouverture dont on peut parfois faire preuve, simplement pour paraître intelligent. Une belle éclaircie dans la morosité ambiante, totalement rafraîchissante!

6) Une sur trois, Cecilia de Arce (France, 2015), Fiction, 19’03

Synopsis: Simone et Zelda sont deux étudiantes en design. Elles ont un projet à rendre pour leur diplôme. Leur objectif est perturbé par la grossesse involontaire de Simone qui décide d’avorter. Elle en parle à Zelda qui va s’efforcer de rendre cette situation difficile la moins éprouvante possible.

Une sur trois est une comédie dramatique délicate, qui raconte l’histoire d’une amitié fusionnelle entre deux jeunes filles bien d’aujourd’hui. Cecilia de Arce aborde avec réalisme et humour le thème tabou de l’avortement, tout en sublimant la relation fraternelle de ses deux héroïnes, portée par deux comédiennes de talent, Marie Petiot et Florence Fauquet. Fun et réaliste, une musique rythmée, une oeuvre rafraîchissante qui démontre que la beauté de la vie, malgré les drames, l’emporte toujours!

5) Ennemis intérieurs, Sélim Azzazi (France / 2015), Fiction, 27’33

Synopsis: dans les années 90, le terrorisme algérien arrive en France. Deux hommes. Deux identités. Un affrontement.

Dans ce premier court métrage, Sélim Azzazi traite avec brio, de la question brûlante de l’identité. Nous avons eu la chance de rencontrer ce réalisateur prometteur, et nous vous invitons à découvrir notre interview.

4) Yaadikoone, Marc Picavez (France, 2015), Fiction, 22’00

Synopsis: à l’approche de la saison des pluies, Yaadikoone, neuf ans, casse accidentellement la toiture de sa maison avec son ballon de foot. Yaadi se met alors en tête de réparer lui-même cette maudite toiture…

Marc Picavez aime l’Afrique et sait la sublimer à travers l’imageYaadikoone vous fera voyager au Sénégal, dans la banlieue de Dakar à travers la quête de Souleymane, qui est aussi un rite initiatique, une émancipation sous fonds de légende locale. “Yaadikoone”,  c’est aussi le nom d’un célèbre bandit des années 50, que la mémoire populaire retient comme le Robin des Bois sénégalais. Les personnages sont hauts en couleur mais chaleureux telle Rama, la grand-mère de Souleymane, la cinquantaine ronde et bien vivante, mais pleine de tendresse pour son petit-fils. Marc Picavez montre également le deuil d’un Sénégal au bord d’être vaincu par les désillusions, celui d’une population en effervescence, prête à tout pour non seulement réparer, mais aussi s’élever. Marc Picavez prouve qu’avec un scénario simple et allégé, une narration classique, on peut créer un grand film, généreux, humaniste et onirique.

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3) Au bruit des clochettes, Chabname Zariab (France, 2015), Fiction, 26’00

Synopsis: Saman, dix-huit ans, vit depuis longtemps dans l’enfer du Bacha bazi. Tout bascule le jour où un petit garçon débarque sous son toit. Il comprend qu’il s’agit de son remplaçant. Leur maître Farroukhzad contraint Saman à lui apprendre à danser. Une amitié va naître entre les deux enfants.

Chabname Zariab aborde ici avec talent et pudeur un sujet difficile, celui de la pédophilie qui est monnaie courante dans certains pays musulmans, en Afghanistan, en Iran ou au Tadjikistan,  Les « batchas » sont de très jeunes garçons prostitués sous le joug de leurs maîtres, qui doivent danser, habillés en filles, dans des espèces de maisons closes réservées aux hommes, avant d’être abusés par ces derniers à la fin de la représentation. Alternant scènes de jour et scènes nocturnes en huis clos, Au bruit des clochettes est un film d’une intensité dramatique rare. A travers les deux scènes superbes de danse, le spectateur appréhende la grandeur et la misère de ces courtisans éphémères dont l’avenir est lugubre: l’abandon par leur maître et une vie de paria. Un mets raffiné à découvrir ici.

https://www.dailymotion.com/video/x3rdo1a

2) L’ Ile jaune, Paul Guilhaume, Léa Mysius (France, 2015), Fiction, 30’00

Synopsis: Ena, onze ans, rencontre un jeune pêcheur sur un port. Il lui offre une anguille et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant de l’autre côté de l’étang. Il faut qu’elle y soit.

L’ Ile jaune traite avec subtilité et tendresse de la volatilité des amours adolescentes. Cette oeuvre est très représentative de ce que l’adolescence a de plus beau et de plus violent. Il souffle à travers ce film, un vent de fraîcheur et un parfum de liberté. Avec les mouettes, les goélands, les images du port et l’île de Diego, on part en vacances, on profite de ces paysages magnifiques et on prend un grand bol d’air marin, avec une certaine nostalgie de notre jeunesse perdue. L’image est sublime, telle une carte postale suspendue, le scénario est particulièrement soigné. Paul Guilhaume et Léa Mysius, tous deux issus de la Fémis, ont réalisé un film inoubliable.

1) Des millions de larmes, Natalie Beder (France, 2015), Fiction, 22’55

Synopsis: c’est l’histoire d’une rencontre dans un café-restaurant désert, le long d’une route. Un homme d’une soixantaine d’années attend là. Une jeune femme fait son entrée, la mine passablement fatiguée, avec un sac sur le dos et toute sa vie dedans. Il lui propose de l’avancer. Elle accepte.

Natalie Beder est une réalisatrice d’avenirDes millions de larmes, produit par Yukunkun Productions, est sa première réalisation. Ce road-movie abordant les thèmes de la paternité, de la solitude, et du voyage, repose sur la magie d’une rencontre entre un homme mur portant un lourd secret, et une femme un peu vagabonde, un peu errante, et du coup un peu méfiante. Petit à petit, les distances s’estompent, les âmes se rapprochent. Un film sensible et poétique, un véritable bijou, porté par une photo magnifique et un montage très maîtrisé, et surtout de merveilleux acteurs, André Wilms et Natalie Beder, elle-même, qui interprète la jeune fille.

 

El clan, un film de Pablo Trapero : critique

L’être humain n’aime rien tant que de classer êtres et choses dans des boîtes, ça le rassure ; c’est donc tout naturellement que comme pour tout le reste, le cinéma est saucissonné en diverses catégories, et c’est ainsi qu’on hérite de la case « nouveau cinéma argentin ». Avec son premier film Mundo Grua, film en noir et blanc sorti en 1999 et adoubé par les critiques, Pablo Trapero est généralement estampillé  comme le précurseur de cette nouvelle vague argentine.

Synopsis: Dans l’Argentine du début des années quatre-vingt, un clan machiavélique, auteur de kidnappings et de meurtres, vit dans un quartier tranquille de Buenos Aires sous l’apparence d’une famille ordinaire. Arquimedes, le patriarche, dirige et planifie les opérations. Il contraint Alejandro, son fils aîné et star du rugby, à lui fournir des candidats au kidnapping. Alejandro évolue au prestigieux club LE CASI et dans la mythique équipe nationale, LOS PUMAS. Il est ainsi, par sa popularité, protégé de tous soupçons….

Petits meurtres entre amis

Depuis, ce cinéma est passé toutes les couleurs : par l’étrangeté de Lucrecia Martel (La Ciénaga, La sainte fille), par le minimalisme poétique de Carlos Sorin (Historias minimas ou encore l’inoubliable Bombón el perro), ou encore par la rigueur de Lisandro Alonso (dont le récent Jauja est un exemple parfait), pour reboucler sur Pablo Trapero, le cinéaste argentin le plus en vue ces dernières années (Carancho, Elefanto blanco, puis aujourd’hui El Clan).

Ce pays hybride, le plus européen de toute l’Amérique du Sud, théâtre de violents évènements dans bien des domaines (militaire, politique, socio-économique) est le terreau idéal pour faire éclore des histoires qui sortent de l’ordinaire. Les nouveaux Sauvages de Damián Szifron l’ont encore montré tout récemment. Pablo Trapero, lui, aime à capturer plutôt des sujets sociétaux pour en faire des films à forte dimension spectaculaire. Dans Carancho, il mettait en scène un de ces avocats véreux qui surfent sur la vague des accidentés de la route et de leurs juteuses assurances. Dans Elefanto Blanco, il dénonce le scandale de cet énorme bidonville à ciel ouvert de Buenos Aires au travers de l’histoire de deux prêtres engagés à la cause de mal-logés, dans un film qui déjà, montrait son appétence pour les images fortes et le romanesque quelque peu grandiloquent.

El clan n’est en rien différent. Cette fois-ci, c’est un fait divers qui lui sert de matériau, l’histoire de la famille Puccio dont le patriarche Arquimedes (Guillermo Francella) organise le kidnapping de gens fortunés qui ont le malheur de croiser sa route. Situé dans les années 80, à la jonction des juntes militaires successives et de la résurgence de la démocratie en Argentine, le récit met en avant la désorganisation que ce genre de changement violent occasionne et permet.  Arquimedes est un cacique du pouvoir, barbouze notoire ayant déjà trempé dans divers enlèvements de nature politique, au travers de terribles opérations telles l’opération El condor de sinistre mémoire qui a abouti à l’assassinat de nombreux dissidents politiques sud-américains. Le point de vue est celui d’Alex (Peter Lanzani), rugbyman adulé, un de ses fils au-dessus de tout soupçon, entraîné dans cette folie sans savoir sur quel pied danser.

Pablo Trapero joue sur la juxtaposition de la vie domestique heureuse et tranquille du clan, une famille bourgeoise de Buenos Aires avec à sa tête l’impénétrable Arquimedes, un homme reptilien dont le regard perçant tétanise ses 5 enfants, et les diverses exactions perpétrées par le même, aidé de ses complices, mais surtout de ses fils. Le cinéaste fait constamment le va-et-vient entre ces deux mondes, au risque de la répétition. Il est glaçant de voir combien la famille d’Arquimedes, en particulier ses filles et sa femme qui ne participent pas à ces actions, sont dans un déni énergivore qui frise la pathologie et de fait, le film n’est jamais aussi émouvant que lors de ces scènes où enfin le non-dit se fissure et où l’un ou l’autre des enfants arrive à émettre une voix discordante. La manipulation du père est terrible, basée sur une culpabilisation de ses enfants. Contrairement à ce qu’on a pu voir dans Canine de Yorgos Lanthimos, ou encore dans Elève libre de Joachim Lafosse, où l’adulte pervertit le monde référentiel avec de nouvelles règles sournoises, la manipulation psychologique est ici assez frontale, directe et dictatoriale à l’instar du régime totalitaire qui fut celui du pays. Ici, les enfants n’ont peur que de leur père et des représailles.

La juxtaposition est le maître-mot du film. Juxtaposition pour une des séquences marquantes d’El Clan, ce montage alterné entre d’une part le kidnapping et l’enfermement dans la cave familiale d’une des victimes (la dernière en réalité), et d’autre part une scène sexuelle entre Alex et sa petite amie : mise en parallèle des coups de boutoir, mise en parallèle des cris/ hurlements/râles, un procédé qui pourrait prêter à confusion…

Juxtaposition encore pour un film composé de flash-backs et de temps présent qui amène une dynamique dans le rythme d’un film aux actions répétitives. Le film s’ouvre sur l’arrestation d’une partie du Clan, pour revenir ici et là aux évènements qui les ont conduit à cette issue.

Juxtaposition enfin pour une utilisation de la musique  qui donne par ailleurs de faux airs scorsesiens à son film, associée à la violence des rapts et des exécutions perpétrés par Arquimedes et ses sbires (Sunny Afternoon des Kinks, ou  encore Just a gigolo de David Lee Roth).

Finissant comme il a commencé, dans une ambiance électrique et gonflée, El Clan est un film maîtrisé par son réalisateur, mélangeant une ambiance de gangster-movie  aux réalités d’un film politique qui convoque les démons dont l’Argentine a encore bien du mal à se défaire. Mais tout comme on l’a constaté avec Denis Villeneuve et son Sicario, Pablo Trapero devrait faire attention à ne pas succomber à la surenchère en proposant des films de plus en plus maniérés qui l’éloignent de sa sobriété initiale.

El Clan : Bande annonce

El clan: Fiche technique

Titre original : El Clan
Réalisation : Pablo Trapero
Scénario : Pablo Trapero, Julian Loyola, Esteban Student, d’après une histoire vraie
Interprétation :   Guillermo Francella (Arquímedes Puccio), Peter Lanzani (Alejandro Puccio), Gastón Cocchiarale (Maguila Puccio), Franco Masini (Guillermo Puccio), Antonia Bengoechea (Adriana Puccio), Stefanía Koessl (Mónica), Giselle Motta (Silvia Puccio), Lili Popovich (Epifanía Puccio)
Musique : Sebastián Escofet
Photographie : Julián Apezteguia
Montage : Alejandro Carrillo Penovi, Pablo Trapero
Producteurs : Agustín Almodóvar, Pedro Almodóvar, Gabriel Arias-Salgado, Leticia Cristi, Esther García, Axel Kuschevatzky, Matías Mosteirín, Hugo Sigman, Pablo Trapero, Pola Zito
Maisons de production : El Deseo, K&S Films, Kramer & Sigman Films, Matanza Cine, Telefonica Studios, Televisión Federal (Telefe)
Distribution (France) : Diaphana films
Récompenses :  Prix de la meilleure photo, meilleur costume, meilleur acteur pour Peter Lanzani, meilleur son, meilleure direction artistique de l’Academia de las Artes y Ciencias Cinematográficas de la Argentina 2015; Ours d’Argent au festival de Venise 2015; Prix d’honneur au Festival International du Film de Toronto pour Pablo Trapero; Goya 2016 du meilleur film étranger en langue espagnole
Genre : Drame, Thriller
Durée : 110 min.
Date de sortie : 10 Février 2016

Argentine / Espagne – 2015

 

Peur de rien, un film de Danielle Arbid : Critique

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Chacune de ses réalisations, que ce soit en format long ou court, relevait d’une grande part d’intimité. Rien d’étonnant alors que Danielle Arbid signe un film à ce point autobiographique qu’il narre l’arrivée d’une jeune femme venant, comme elle, de Beyrouth dans le Paris des années 80.

Synopsis : Paris, début des années 90. Lina, une jeune Libanaise de 18 ans, débarque pour suivre des études. Réservée mais idéaliste, elle souhaite profiter de la liberté que lui offre son pays d’adoption. Elle vivra sa vie au gré des rencontres et des difficultés auxquelles elle sera confrontée.

Une actrice éclatante au cœur d’un film transparent

Une version romancée de son propre parcours donc, mais pas uniquement. A l’heure où le cinéma français donne de plus en plus d’importance à ses chroniques sociétales, Peur de rien semble, sur le papier, l’occasion d’apporter à ce genre souvent très austère le vent de fraicheur d’une jeunesse sous-représentée. Arbid  a de plus pris un soin tout particulier à dénicher une jeune actrice parfaitement inconnue pour en faire son alter-égo. Une jeune actrice sortie de nulle part dont le charme et le talent réussissent à irradier l’écran au point de vampiriser complétement le récit. En cela, le choix de Manal Issa dans le rôle de cette immigrée libanaise, renommée pour le coup Lina, fut un excellent choix. Mais le fait que la dramaturgie se focalise à ce point sur son héroïne empêche le scénario de se développer et de se trouver une finalité thématique.

La teneur personnelle du scénario assure une justesse incontestable aux faits qui nous sont racontés, mais là où le bât blesse, c’est dans la façon dont tout cela nous est présenté. Bien que les musiques renvoient directement aux années 80/90, et feront plaisir aux nostalgiques de cette période, le manque d’effort dans les décors est si flagrant que les anachronismes nous font constamment douter de l’époque pendant laquelle se situe l’action. N’aurait-il pas alors été plus habile dès lors de transposer le récit de nos jours, pourrions-nous nous demander ? Peut-être pas car la seule fonction de beaucoup de personnages secondaires est de recréer le tumulte idéologique des dernières années Mitterrand dont la première conséquence est quelque chose de nul en non avenu de nos jours : la politisation des jeunes. Toutefois, le dédain avec lequel Lina côtoie sans s’en soucier aussi bien les « faf » d’extrême-droite que les « cocos » d’extrême-gauche est symptomatique de l’absence de point de vue de la réalisatrice sur l’époque tumultueuse qu’elle prétend dépeindre. Mais, au-delà du symbole politique qu’ils apportent au regard que cette jeune immigrée porte sur son pays d’adoption, les personnages secondaires sont si sous-exploités qu’ils en deviennent difficilement identifiables. Seuls les trois petits-amis de notre héroïne, Julien (Damien Chazelle), Jean-Marc (Paul Hamy) et Rafaël (Vincent Lacoste) ont un semblant d’importance sur la prétendue évolution psychologique de Lina. La part romantique du long-métrage lui apporte une certaine légèreté, mais surtout va devenir l’enjeu majeur du film.

Parallèlement à ses déboires amoureux anecdotiques et à son parcours initiatique en encéphalogramme plat, le film nous fait suivre les cours en amphithéâtre que suit l’héroïne, portés par la professeure incarnée par l’excellente Dominique Blanc. Peut-être les meilleurs passages du film dans l’apologie qu’ils font de l’Éducation Nationale. Et pourtant, la façon dont ces monologues font écho à ce que traverse Lina manque à ce point de subtilité qu’elle donne le sentiment que la réalisatrice cherche désespérément à justifier son récit grâce des modèles littéraires. Ces scènes servent aussi à colmater les blocs du scénario qui souffrent d’un manque de fluidité assez pesant. Le glissement brusque que prend le dernier quart du film, faisant passer l’intrigue des amourettes de jeunesse de Lina à sa volonté d’obtenir une carte d’immigré et un permis de travail est l’exemple le plus flagrant de cette déconstruction dramaturgique. Ainsi, malgré le jeu remarquable de Manal Issa, son personnage ne profite pas de changement notable dans son rapport à la France et les enjeux qu’ils soient politiques ou émotionnels n’apportent rien de constructif au film. C’est pourquoi les frasques juridico-administratives que subit Lina pour acquérir la nationalité apparaissent, à une demi-heure de la fin, comme un espoir de voir le scénario porteur du message sociétal qui jusque-là lui faisait défaut. Et pourtant, la résolution bâclée de cet enjeu final et la brutalité avec laquelle le happy-end –prévisible au possible– clôt le film sans résoudre les intrigues précédemment amorcées renvoient le film face à son caractère anodin.

L’énergie, mêlant candeur et audace, que dégage l’actrice Manal Issa ne réussit pas à tirer vers le haut l’autofiction qu’a voulu signer Danielle Arbid, plombée par une écriture très maladroite. L’image pleine de charme que la réalisatrice donne de la France des nineties est si lisse et impersonnelle que ses tentatives d’y inclure un discours se retrouvent fatalement insignifiantes.

[Bande-annonce] Peur de rien

[Fiche technique] Peur de rien

France – 2015

Réalisation : Danielle Arbid
Scénario: Danielle Arbid, Julie Peyr
Interprétation: Manal Issa (Lina), Paul Hamy (Jean-Marc), Vincent Lacoste (Rafaël), Damien Chapelle (Julien), Dominique Blanc (Madame Gagnebin)…
Image: Hélène Louvart
Montage: Mathilde Muyard
Son : Emmanuel Zouki, Jean Casanova
Producteur(s): David Thion, Philippe Martin, Nabil Akl
Production: Les Films Pelléas
Distributeur: Ad Vitam
Date de sortie: 17 février 2016
Durée: 120 minutes
Genre: Comédie dramatique

Le temps des rêves, un film de Andreas Dresen: Critique

L’action se situe dans le charnier des années 90, à la suite de la chute du mur de Berlin, et suit les pas hasardeux d’une bande d’adolescents essentiellement tournés vers une exploration frénétique des possibilités que leur offre leur existence. Époque préservée où les rêves sont encore à portée, avant d’être happés par le réel, l’adolescence se révèle être pour eux une période avant tout destructrice.

Suivant les diverses activités de ces personnages, leurs enthousiasmes et leurs tentatives de construction, le film est imbibé d’une grande vitalité, rythmée par de la musique électronique. L’une des particularités de cette œuvre réside dans le fait que son réalisateur n’oppose pas cette pulsion de vie et son antagonisme destructeur. Il montre au contraire comment les deux mouvements peuvent être fondamentalement liés.

L’amour, l’amitié, la rivalité, les ambitions, les fêtes et les défaites, tout s’engouffre dans cette œuvre trou noir. Andreas Dresen dresse le portrait déstabilisant d’une jeunesse née sous le signe du vide et du non-sens, qui ne trouve un exutoire à sa soif de révolte que dans l’abandon et la destruction des corps. C’est le naufrage existentiel d’une génération dévorée par la perte de tout repère humain. La société, magma englobant et mortifère, finit toujours par récupérer, d’une manière ou d’une autre, ses marginaux : ici, en vampirisant les énergies de ces éphèbes aux silhouettes graciles.

Il y a un petit quelque chose de Trainspotting, chef d’œuvre de Danny Boyle, dans ces corps ou ces visages qui s’assombrissent et se détruisent, dans ces espérances qui chutent.

La beauté du film ne tient finalement que peu à son emballage télévisuel, à ses séquences musicales et ses scènes violentes, mais davantage au parfum nostalgique qui enveloppe le tout, baignant l’œuvre dans un parfum de Good Bye Lenin mélancolique.

Toutefois parler de « Trainspotting allemand » est abusif car même si l’énergie est là, elle l’est dans une chronique maladroitement mise en scène et avec une dramaturgie et une narration erratiques qui délivrent un message confus sur une génération désorientée et spoliée. Entre la délinquance et la volonté de se réaliser, les protagonistes du film errent tels des spectres de soirées techno en passages en détention et combats avec des skinheads. La matière est là, brute, organique, vivante, mais comme effacée par un scénario qui privilégie une continuité trop hasardeuse et une mise en scène parfois clinquante. Le temps des rêves comporte des scènes isolées magnifiques mais qui manquent de lien entre elles, Dresen tentant désespérément de leur donner un sens. Un tableau radical et sombre d’une jeunesse est-allemande sans repères qui construit et déconstruit sans cesse les prémices de sa future existence.

Synopsis : Allemagne de l’est. Dani et sa bande ont grandi dans l’utopie socialiste de la RDA. Adolescents à la chute du mur, ils vivent au rythme de la techno, de leurs rêves débridés et des allers retours au commissariat. Lancés à pleine vitesse dans les années 90, ces jeunes exaltés et désorientés vont se heurter au destin chaotique de leur génération .

Le temps des rêves: Bande-annonce

Fiche Technique: Le temps des rêves

Réalisation : Andreas Dresen
Scénario : Wolfgang Kohlhaase, Clemens Meyer, adapté du livre de Clemens Meyer
Casting : Merlin Rose, Julius Nitschkoff, Joel Basman, Marcel Heuperman, Frederic Haselon, Pit Bukowski, Gerdy Zint…
Production : Peter Rommel – Rommel Film
Image : Michael Hammon
Montage : Jorg Hauschild
Son : Peter Schmidt
Durée : 1h 57m
Genre: Drame
Date de sortie: 3 Février 2016

Auteur : Clement Faure

La vache, un film de Mohamed Hamidi: Critique

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Le Festival de l’Alpe d’Huez voit souvent juste : les deux derniers films à avoir remporté le grand prix du public (Babysitting et Papa ou maman) ont connu le succès populaire que l’on sait. Cette année, pour la première fois de l’histoire du festival, les prix du public et du jury sont revenus au même film. Autant dire que celui-ci semble présagé un beau carton au box-office.

Synopsis : Fatah, petit paysan Algérien n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu’il rêve d’emmener à Paris, au salon de l’Agriculture. Lorsqu’il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied, direction Porte de Versailles. L’occasion pour Fatah et Jacqueline de vivre une aventure humaine faite de grands moments d’entraide et de fous rires.

Une belle bête nourrie aux ondes positives

Et pourtant, au vu de son pitch, de son casting et même de son affiche, La Vache laisse craindre une énième comédie franchouillarde empêtrée dans sa ringardise et son bon-sentimentalisme mielleux. Pensé comme un road-trip en miroir du premier film de son réalisateur, Né quelque part dans lequel un fils d’immigré algérien quittait la France pour un premier voyage sur la terre de ses ancêtres, La Vache nous fait donc suivre le périple d’un homme très candide d’une cinquantaine d’années sur les routes de France. Un bon prétexte à un choc culturel, qui nous permet de voir, au vu de la lourdeur du précédent film de Mohamed Hamidi, qu’il connait et aime davantage le terroir français que l’Algérie, mais surtout qu’un voyage dans ce sens lui impose plus de respect, en tant que symbole de celui de ses propres parents. Mais davantage que son contexte rural, l’essor comique, mais aussi affectif, de ce long-métrage lui vient de l’interprétation que donne Fatsah Bouyahmed au personnage de Fatah. Jusque-là humoriste de stand-up, uniquement vu au cinéma dans quelques rôles secondaires de comédies dérisoires, l’acteur fait preuve d’une sensibilité et d’une répartie qui font le sel de La Vache.

Même si les codes du road-movie, avec ses rencontres et sa quête initiatique en filigrane, sont terriblement prévisibles, et que la caractérisation des personnages secondaires reste assez stéréotypée, le film fait son effet, en grande partie grâce à l’alchimie entre la vache Jacqueline et Fatah qui, tel Fernandel et Marguerite en leur temps, portent le film sur leurs épaules. Une bonne surprise tant on aurait pu craindre que le duo de personnages secondaires, incarnés par Jamel Debbouze et Lambert Wilson, vienne vampiriser l’écran, d’autant plus que leur seule rencontre à l’écran, dans Le Marsupilami, a été un mauvais souvenir (en particulier pour Alain Chabat qui y a perdu sa crédibilité de réalisateur). Mais que nenni ! Certes, Jamel fait du Jamel, comme il le fait depuis vingt ans, mais son personnage ayant été rajouté à la dernière minute pour le remercier d’être coproducteur (et accessoirement ami du réalisateur et de l’acteur), il est trop peu important dans l’intrigue pour venir parasiter l’excellent numéro de Fatsah Bouyahmed. Quant à Lambert Wilson, il fait preuve d’une telle justesse dans l’interprétation de son rôle, pensé comme l’opposé de ce qu’incarne Fatah (un bourgeois catholique en pleine dépression), que sa partition toute en subtilité renforce la crédibilité de son acolyte. Mais il ne faut pas oublier les autres acteurs secondaires, et notamment Hajar Masdouki qui, dans la peau de la femme de Fatah, ajoute à l’émotion du scénario, ou bien encore tous les autres habitants du village, témoins indirects des aventures de Jacqueline et son maitre, sur lesquelles leur « regard de bledards » est un ressort de décalage comique finement exploité.

La linéarité du récit permet au capital sympathie du personnage de s’accroître en douceur, jusqu’à en faire devenir un symbole d’abnégation qui impose le respect. Il est important de noter à quel point la musique joue pour beaucoup dans le sentiment bonne humeur que dégage ce fermier algérien. Une mélodie cuivrée que le réalisateur a pensé comme une référence à l’ambiance joyeuse des films de Kusturica assurée par les sonorités tziganes de Goran Bregović et ici composée par le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf. Une ambiance musicale qui s’accorde à merveille au message bon-enfant du scénario. Alors que les comédies françaises ont de plus en plus tendance à jouer de leurs personnages caricaturaux pour s’en moquer de façon clivante, La Vache ne s’amuse pas à mettre en porte-à-faux les modes de vie algériennes et françaises mais prône au contraire le rapprochement patrimonial. A aucun moment, la naïveté qui caractérise Fatah n’est sujet à railleries. Bien au contraire, le voir se transformer en un héros populaire des deux côtés de la Méditerranée grâce à sa volonté d’aller au bout de ses rêves prouve bien que, malgré leurs différences culturelles notables, de telles valeurs positives peuvent réunir les peuples. C’est en cela que La Vache est un véritable feel-good-movie, au sous-texte politique évident, qui fait un bien fou dans les temps troublés que nous traversons.

Au final, La Vache est le film d’une révélation sur le tard, celle de son acteur Fatsah Bouyahmed, tout simplement irrésistible, mais surtout un rappel que, à l’heure où les comédies populaires ont adopté le cynisme et le communautarisme qui minent notre société, il est encore possible de délivrer un message humaniste sans tomber sans la mièvrerie.

 [Bande-annonce] La Vache:

https://www.youtube.com/watch?v=v6sl1IBtEow

[Fiche technique] La Vache:

France – 2015

Réalisation : Mohamed Hamidi
Scénario: Mohamed Hamidi , Alain-Michel Blanc, Fatsah Bouyahmed
Interprétation: Fatsah Bouyahmed (Fatah), Lambert Wilson (Philippe), Jamel Debbouze (Hassan), Hajar Masdouki (Naïma)…
Image: Elin Kirschfink
Montage: Marion Monnier
Musique: Ibrahim Maalouf
Producteur(s): Nicolas Duval-Adassovsky, Yann Zenou, Laurent Zeitoun, Jamel Debbouze…
Production: Pathé, France 3 Cinéma, Agora Films, 14ème Art Production, Ten Films
Distributeur: Pathé
Date de sortie: 17 février 2016
Durée: 93 minutes
Genre: Comédie

Festival Clermont-Ferrand 2016: Interview de Sélim Azzazi

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Entretien avec Sélim Azzazi, réalisateur de Ennemis intérieurs

Synopsis: Dans les années 90, le terrorisme algérien s’invite en France. Deux hommes. Deux mémoires. Deux identités. Un affrontement.

– Bonjour Sélim Azzazi, pouvez-vous nous révéler votre parcours cinématographique? Avez-vous déjà une expérience du format court?

festival-clermont-2016-selim-azzaziNon, c’est mon premier court-métrage. J’ai 40 ans, je suis de banlieue lyonnaise. Je suis monteur son de cinéma. Ça fait 15 ans que je travaille dans la production cinématographique en post-production (…) Je suis venu au cinéma un peu accidentellement. Je m’intéressais plus au son. En gros, je faisais de la radio et de la musique. J’ai fait une école de cinéma qui est aussi une école d’ingénieur du son, qui s’appelle « l’École Louis Lumière » en région parisienne. J’y suis allé pour faire de la musique et je suis ressorti pour faire du cinéma.

Parallèlement, j’ai toujours beaucoup aimé le théâtre (…) Par ailleurs, je me suis professionnalisé dans l’apprentissage du métier d’acteur et de la direction d’acteurs, et les deux se sont rejoints sur le court métrage.

– Rentrons dans le vif du sujet. Qualifieriez-vous votre œuvre de « politique »? Si oui, pourquoi?

Oui certainement (…) Pour moi, tout est politique. Vous posez une caméra, vous choisissez quelqu’un en fonction de son âge, son aspect, la manière dont vous le représentez. C’est un choix qui a une couleur politique de toute façon. Dès que l’on fait le choix de représenter quelqu’un de telle ou telle manière, il y là quelque chose qui touche pour moi à la politique. Après, mon court métrage est plus associé à une thématique qui est l’identité, l’histoire de France, la décolonisation, la naturalisation avec en toile de fonds le terrorisme. Donc forcément, ça touche à l’actualité, ça touche à la politique.

– Vous avez réalisé et scénarisé ce film qui aborde en toile de fonds la question du terrorisme algérien arrivant en France dans les années 1990. Votre scénario met en scène deux personnages, l’un subissant un interrogatoire serré alors qu’il cherche à être naturalisé (interprété par Hassam Ghancy), l’autre représentant une administration intransigeante dans ses interrogations (interprété par Najib Oudghiri), deux hommes, deux parcours différents, deux caractères opposés, dans un quasi huit-clos et une tension permanente. Avez-vous beaucoup travaillé le scénario et la force des dialogues pour rendre votre film aussi percutant?

Le scénario s’est écrit en pointillés, et ça a pris beaucoup de temps. Je suis venu à cette histoire à travers un travail que j’avais fait au théâtre sur les interrogatoires de la commission des affaires antiaméricaines aux États-Unis dans les années 50, sur la « chasse au sorcières », le maccarthysme (…) La problématique m’a fasciné parce que le destin des personnages se jouait sur une question: « êtes-vous ou avez-vous déjà été membres du parti communiste? ». L’idée du format et du sujet, je l’ai trouvé là. J’ai même écrit un scénario rapidement, qui plaisait à des producteurs avec lesquels je suis associé, mais qui posait la question de la légitimité à financer un court-métrage sur une histoire qui n’est pas la nôtre, qui ne se situe pas en France, mais aux États-Unis qui produisent déjà beaucoup de films. La question s’est posé de le transformer ici. Mon père était algérien, j’ai très vite compris que ce qui m’intéressait dans cette histoire de suspicion, et d’appartenance ou pas à la nation, c’était la notion d’ennemis intérieurs, développée au cours de la Guerre d’Algérie, pas que d’ailleurs. Le sujet qui se cachait derrière mon intérêt pour le maccarthysme, (…) c’était l‘interrogatoire lié à l’enquête de naturalisation. En l’occurrence là, c’est pas une demande de naturalisation, c’est une demande de réintégration, puisque mon sujet traite de gens qui ont déjà été français, qui étaient des citoyens entre guillemets, des « sous citoyens », c’est pas vraiment le mot, mais des citoyens au statut particulier, et qui sont devenus algériens suite à l’Indépendance.

(…) Pour le scénario, on a eu l’aide de la région Rhône-Alpes. Après, on a bénéficié de l’appui du CNC, avec une aide à la réécriture, Le processus a duré deux ans environ (…) La source liés aux attentats, elle existe, c’était dans les années 90 Khaled Kelkal, un terrorisme lié  la guerre civile algérienne et qui avait eu comme acteur ce jeune homme qui est mort au cours de sa traque, et qui est impliqué dans plusieurs affaires de terrorisme en France dans les années 90 (…) S’est rajoutée bien sûr l’affaire Merah,

Le gros du travail c’est ça avec tous les écueils que ça comporte (…) C’est vraiment mon premier scénario abouti. Je ne savais pas écrire, je connaissais l’écriture cinématographique, le jeu d’acteurs. J’ai bataillé pour apprendre. J’ai fait la même erreur que font 9 scénaristes sur 10, c’est de commencer par les dialogues (…) Comme je suis un peu obsessionnel, j’ai continué à muscler le scénario jusqu’au bout, et même avant le tournage, pendant les répétitions que je filmais, je ramenais à mes comédiens tous les deux jours des nouveaux textes (…) J’ai impliqué mes comédiens, en particulier Hassam Ghancy, dans cette écriture, cette bataille, pour confronter nos idées. Et puis au montage, vous allez aux nerfs, vous gardez la substantifique moelle.

– Votre réalisation est aboutie. Les plans serrés sur les visages, les lumières tamisées, ou encore les flous artistiques lorsque vous filmez les réunions de votre personnage principal avec ses amis. Tout cela donne un aspect très réaliste. Vous êtes-vous inspirés de votre vécu personnel?

La partie interrogatoire, plutôt non. C’est un interrogatoire fantasmé. c’est un point de départ qui existe, qui est le chantage à la naturalisation qui se pratique par les services de police (…): « Est-ce que vous êtes disposés à nous parler  de personnes que vous connaîtriez? (…) Moi ce que j’ai fantasmé à travers ce scénario, c’est cette histoire de deux personnes d’origine maghrébine qui vont se frotter sur cette notion de justice.

Par contre effectivement, pour tout ce qui touche au passé du requérant, je me suis nourri de la mythologie familiale. Mon père était algérien, c’est un immigré qui est venu en France enfant, qui lui-même a été nourri de l’immigration de son père, qui est venu travailler. Tout ça c’est une espèce de bain familial avec ses points d’interrogation, ses flous. Oui, ça nourrit des images mentales, notamment le rapport au père. On voit le père blessé à l’hôpital marchant avec son fils, tout ça c’est assez personnel. Et puis les réunions pareil. Je ne suis pas croyant, je suis de famille maghrébine culture musulmane, mais par contre j’ai la connaissance de ces réunions, le souvenir d’enfant aussi, parce que c’est aussi un peu un regard d’enfant que je porte sur ces hommes, et c’est vrai que je suis allé chercher dans ma mémoire d’enfant pour donner un peu de dignité à ces visages proches. J’ai fait appel comme je tournais à Lyon à des gens que je connaissais, il y a des gens de ma famille dans ces réunions. Donc il y a un côté autobiographique, oui.

– L’image, la photographie, sont impeccables pour un premier film. Pour la réalisation, vous êtes-vous fait aider?

(…) Vous vous faîtes évidemment aider, dans le sens où vous avez une idée de ce que vous voulez faire, vous cherchez des images. En fait, avec chaque collaborateur, vous avez une relation de création. En plus, je suis moi-même collaborateur de réalisateurs, en tant que monteur son. Donc je sais bien ce qu’on attend de vous. Après en court métrage, il y a beaucoup moins de moyens. Les gens sont moins investis forcément (…) Mais le processus est le suivant: vous faîtes votre travail de recherche, pour les photos, pour l’image, et puis vous la communiquez  à votre chef opérateur, Frédéric Serve, qui est également associé de production et coproducteur du film. Il a la connaissance technique (…) Pour l’image, c’est plus aisé parce que c’est concret. J’ai vu des milliers de photos (…) Vous avez votre histoire un peu en tête. Même si vous ne savez dire pourquoi, vous savez que cette photo vous intéresse plus que les autres. Puis, vous faîtes un patchwork et après vous distribuez à la chef déco, Françoise Arnaud, au chef opérateur, à la costumière. On en parle on essaie. c’est éminemment un travail collaboratif, d’équipe. Chacun, sous la direction de votre regard, fait avancer le film. On a tourné cinq jours, trois jours les interrogatoires, deux jours les autres plans. les extérieurs, les réunions, la prison, qui est une maquette (…)

 –  Le père de votre personnage principal faisait partie du FLN, ce dernier n’y est pour rien. Le fonctionnaire de police est dans sa logique purement administrative. Est-ce cette contradiction, cette opposition que vous avez voulu filmer lors de l’interrogatoire?

Ce qui m’intéressait, c’est le fossé qu’il y a entre la réalité de ce que les gens ont vécu pendant ce qu’on l’on appelle la Guerre d’Algérie, et la mythologie qu’il en reste aujourd’hui. La récupération politique du FLN aussi, qui veut faire de tous les algériens des combattants éminents  de la liberté. Il y a beaucoup plus d’algériens qui ne savaient pas, qui étaient entre les deux, Il y en a beaucoup qui n’étaient pas nécessairement pour la France, mais qui n’étaient pas forcément non plus pour l’Indépendance. La situation était beaucoup plus complexe, que ce que le mythe qu’on se raconte aujourd’hui, c’est-à-dire tous résistants ou tous collabos (…) C’est cette zone d’ombre que je voulais explorer. En fait le type qui demande la naturalisation, là ou ça lui fait mal, ce sont toutes ces questions auxquelles il n’a pas voulu réfléchir. Il se sent français. Tout ce qu’il sait, c’est que oui il y a des contradictions, oui c’est douloureux, oui je ne sais pas pourquoi mon père faisait cela. Il est comme tout le monde : il ne connaît ses parents que par un angle de vision. Donc oui, le flic appuie là-dessus lourdement. Lui est dans sa logique administrative.

– Votre sujet traite de l’identité. L’actualité récente sur le débat de la déchéance de nationalité notamment, ancre profondément votre oeuvre dans l’actualité et lui donne une portée universelle, hors contexte. Y avez-vous pensé par la suite?

Oui pour moi, le fonds du sujet c’est l’identité et la manière dont on vous demande de la définir dans un cadre précis de demande de naturalisation. Et ce sur quoi ça fait mal. Le terrorisme, c’est une toile de fonds. (…) Cela rappelle ce que l’on appelait le terrorisme pendant d’autres époques, notamment la Guerre d’Algérie. Je voulais inviter les spectateurs à être dans la peau de quelqu’un qui va malgré lui à cause de son origine, son parcours, être sommé de devoir se positionner sur cette question, en l’occurrence en dénonçant des gens, à cause d’un conflit dans lequel il est impliqué malgré lui. C’est vrai que ça m’intéresse toujours, notamment dans de futures fictions. On revit d’une certaine manière des débats, et nos parlementaires en sont je pense très conscients, qui étaient en question dans les années 60. Même la guerre police-justice, c’est exactement les mêmes interrogation en Algérie département français, quand vous avez les militaires qui débarquent. Pour eux ce qui compte c’est l’efficacité et la justice pose des freins à leur action. Si on ne va pas vite, si on perd trois jours parce qu’il faut faire telle démarche alors qu’on a un suspect, on ne va peut-être pas empêcher un attentat qui se prépare. Et donc c’est cette frontière là qui m’intéresse, ces deux logiques, de protéger et de défendre, et du coup jusqu’où on va dans ce but.

– Vous avez indéniablement ici la matière pour faire un long. Y songez-vous? D’autres projets en route? 

Oui, j’ai plusieurs projets. Certains ont à voir un peu avec cette thématique mais dans une manière de raconter un peu différente. Et puis d’autres n’ont rien à voir (…) Je voulais faire une proposition qui nous amène à réfléchir au delà des clichés, à toutes les nuances qu’il y a, et les fausses mythologies. Quand je vois certains débats, c’est un peu déprimant, ces jeunes issus de l’immigration s’invectiver, traiter tout le monde de harkis, alors qu’ils connaissent plutôt mal cette histoire. L’histoire de la Guerre d’Algérie et de la décolonisation est beaucoup plus complexe que ce qu’on en raconte, et c’est très douloureux pour tout le monde (…) J’aimerais bien continuer à creuser cette question.  (…) Par ailleurs, j’aime la fiction, je continuerai sur d’autres sujets.

Merci Sélim Azzazi.

 Ennemis Intérieurs : Trailer

Ennemis Intérieurs: Fiche technique

Réalisateur: Sélim Azzazi
Scénariste: Sélim Azzazi
Directeur photographie: Frédéric Serve
Ingénieur du son: Vincent Cosson, Pascal Jacquet
Musique: Sélim Azzazi
Montage: Anita Roth
Interprète: Najib Oudghiri, Stéphane Perrichon, Hassam Ghancy
Décors: Françoise Arnaud
Mixage Son: Vincent Cosson

Le Trésor, un film de Corneliu Porumboiu : Critique

Synopsis : Le voisin de Tito aurait un trésor de famille enfoui dans son jardin. S’il l’aide, ils partageront le trésor. Tito accepte de participer. Il va donc aller chercher l’aide d’un troisième homme qui possède un détecteur de métaux. Ensemble, ils vont devoir sonder et creuser 800 mètres carrés de terrain..

Life is life, ou le super-héros ordinaire

Tout commence par cet enfant qui regarde par la fenêtre de la voiture. Dès le début, on a en effet la vision d’un monde vu par le prisme du regard d’un enfant. Son père l’a déçu, parce qu’il n’est pas venu le chercher à temps à l’école. Désenchantement ultime du père qui, pour tenter de réparer sa faute, va lui lire plus tard l’histoire de Robin des Bois, l’homme qui volait les riches pour donner aux pauvres. Le père, c’est Tito, et en lui lisant cette histoire, c’est son fils qu’il veut réenchanter, qui lui reprochait de ne pas être Robin des Bois. Par chance, l’aventure se présente à Tito quand son voisin lui propose de l’aider à déterrer un trésor. A noter cependant que le trésor semble d’abord bien hypothétique. C’est une histoire qui se raconte depuis quatre générations, soit avant la Seconde Guerre Mondiale, que c’est le grand-père qui aurait donné comme indice ultime de faire attention à la maison familiale, que le voisin en question n’a pas non plus l’air très sûr de ce qu’il dit, se raccrochant donc à cet espoir, cette légende d’une fortune promise. S’il y croit, ce n’est pas à cause de son âme d’enfant comme Tito, mais plutôt à cause du manque d’argent. Le voisin est en effet descendant d’une famille anciennement noble, et se trouve maintenant en faillite. C’est pour cela qu’il va demander à Tito, simple employé de bureau, d’investir avec lui dans la location d’un détecteur de métaux, afin de sonder le terrain familial.

Ainsi, ce sont donc trois bonhommes qui se retrouvent sur ledit terrain, Tito, le voisin et l’ouvrier qui va devoir passer le détecteur. On voit vite ce qui se passe : trois couches sociales sont représentées, et on peut dès lors observer leurs interactions. Rapidement, l’un est maltraité, l’autre ne dit rien et le troisième ne fait rien et donne des ordres. Cela se fait lentement, au fur et à mesure des situations loufoques. Le comique de la situation ne change pas la volonté du film de dresser le portrait de la Roumanie actuelle, dont la situation économique est à déplorer. Ce à quoi on assiste en réalité, c’est à la recherche d’un espoir qui serait enfoui, peut-être, et qui aurait été enterré avant l’arrivée des communistes. Le film serait ainsi une métaphore de la société roumaine d’aujourd’hui.

Et puis non. Tout est troublé lorsque les motivations profondes de Tito sont révélées. Alors que l’on aurait pu croire que l’argent était le seul motif de la recherche, on comprend que Tito ne cherche qu’à vivre une histoire, pas vraiment héroïque en vérité –il ne s’agit que de chercher une caisse dans un jardin– mais  qui en a au moins l’apparence et les mêmes codes. Il y a un élément déclencheur inattendu, c’est le personnage qui restera secondaire du voisin qui propose l’aventure. Puis il y a la préparation de la quête, avec une structure que l’on pourrait retrouver dans les plus gros blockbusters hollywoodiens : le héros veut quelque chose pour lancer sa quête, mais doit faire face à un premier refus, avant qu’un soutien inespéré lui permette de poursuivre malgré tout. S’ensuit une chaîne de péripéties, ici plus drôles qu’impressionnantes (lorsque l’ouvrier change de détecteur et que l’appareil sonne à chaque pas), qui aboutissent finalement à la rencontre avec l’ennemi tant redouté depuis le début du film : la police. A partir de là, tout le dénouement prend son temps pour dévoiler la récompense du héros, mais surtout pour retourner la situation à son avantage. Au final, l’histoire n’était qu’un prétexte pour Tito, l’occasion de redonner le sourire à son fils. C’est d’une certaine manière un message d’espoir à la fois pour le pays et pour le cinéma, puisque c’est ainsi les histoires et non l’argent qui est salutaire pour se sortir d’une situation économique dure. Or, s’il y a bien une chose que le cinéma sait faire, c’est raconter des histoires. La musique, jusque là absente, retentit sur le dernier plan, un panoramique ascendant vers le soleil. Life is Life du groupe Leinbach ne fait que conclure parfaitement ce trésor.

Bande-Annonce: Le Trésor

Fiche Technique: Le Trésor

Date de sortie : 10 février 2016
Réalisateur : Corneliu Porumboiu
Nationalité : Roumanie
Année : 2016
Durée :  89 min
Scénario : Corneliu Porumboiu
Acteurs : Toma Cuzin (Toni), Adrian Purcarescu (Adrian), Corneliu Cozmei (Cornel)
Photographie : Tudor Mircea
Montage : Roxana Szel
Maisons de production : 42 Km Films, Les Films du Worso, Rouge International
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Prix Un certain talent dans la sélection Un certain regard à Cannes 2015.

Equals, une romance dystopique avec Nicholas Hoult & Kristen Stewart

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equals-affiche-film-ridley-scottEquals, plus qu’un film de SF, une histoire d’amour…

Ecrit par Nathan Parker et réalisé par Drake Doremus (Breathe In, Like Crazy), Equals a su se faire remarquer à la Mostra de Venise et au TIFF 2015 (Toronto International Film Festival) malgré des avis mitigés. Le casting réunit pourtant deux stars montantes du cinéma : Nicholas Hoult, remarquable dans Kill Your Friends et  Mad Max : Fury Road  et Kristen Stuart, longtemps stigmatisée par la saga Twilight mais véritablement révélée par Sils Maria et The Guard. On y retrouvera aussi Guy Pearce (Iron Man 3, Mildred Pierce) et Jacki Weaver (Happiness Therapy).

Produit par Ridley Scott, Equals raconte l’histoire de Nia (Kristen Stewart) et de Silas (Nicholas Hoult), deux travailleurs évoluant dans une dystopie futuriste où les émotions humaines ont été génétiquement éliminées. Jusqu’au jour où une maladie qui libère les émotions contamine nos héros. Ils doivent alors choisir soit de vivre avec ce secret au risque d’être découverts puis soigner, soit de fuir pour vivre leur amour en toute liberté.

Si on pense immédiatement au film Equilibrium pour cet ascétisme, cette entrave des émotions, Equals se rapproche aussi de The Giver dans un style semble-t-il plus sobre, moins teen-movie. La bande-annonce diffusée hier nous laisse d’ailleurs présager le meilleur à travers ses images pâles et épurées qui ne seront pas sans rappeler l’atmosphère de The Island ou de Bienvenue à Gattaca. Une scène de réunion dans un amphithéâtre nous remémore en outre Divergente et pourrait nous amener à penser que Equals surfe dangereusement sur la vague des films de science-fiction à la mode, mélangeant dystopie et mièvreries.

Mais, encore une fois, la sobriété des images du trailer porté par la bande-son du groupe The Chromatics avec « Kill For Love », nous donne plutôt bon espoir. La bande-annonce est simple et efficace, silencieuse mais terriblement expressive. Elle joue sur le thème du film, le non-dit et se finit sur une voix-off : « Just remember what it feels like » ou « Rappelle-toi seulement de ce que l’on ressent ».

Gageons le film sera à la hauteur de ce que ces premières images nous annoncent :

Zootopie, un film de Byron Howard et Rich Moore: Critique

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Depuis ses premiers dessins animés, qu’il s’agisse des courts-métrages mettant en scène Mickey Mouse et ses amis ou des longs-métrages, les productions de Walt Disney ont toujours donné une place belle aux animaux.

Synopsis: Judy Hops est une idéaliste : Dès son plus jeune âge, elle rêvait de d’intégrer les forces de l’Ordre pour faire régner la justice. Sortie première de l’académie de Police de son village, elle rejoint la ville, symbole de tous les possibles, mais là-bas, elle est victime d’une sévère discrimination. Déterminée, elle se penche néanmoins sur une affaire de disparition, l’obligeant à faire alliance avec Nick Wilde, arnaqueur notoire. Un détail : Tous les personnages sont des animaux.

Nos amis les bêtes

Dans le genre, trois dates sont à retenir : D’abord Bambi, en 1942, premier long-métrage dont un animal est le personnage principal, ensuite Robin des Bois, en 1972, où l’anthropomorphisme fut poussé au point d’avoir remplacé tous les humains par des animaux et enfin, dans une moindre mesure, Le Roi Lion, en 1994, qui replaçait les animaux dans leur milieu naturel loin d’une quelque influence humaine. Sans aucun doute, on considérera sous peu Zootopie comme une quatrième étape dans l’aboutissement de ce travail grâce à la réussite de son concept qui est d’imaginer une ville réunissant toutes les espèces de mammifères. Plutôt que d’adapter les animaux à un univers réaliste, ce sont  à l’inverse tous les aspects d’une vie urbaine moderne qui se retrouvent adaptés à la nature de ses habitants très différents les uns des autres. C’est en cela que Zootopie est un tour de force à tous les niveaux.

Un coup de génie technique d’abord, tant les efforts pour animer chaque espèce d’animaux présente dans le film en leur donnant une démarche et des comportements calqués sur les humains sont payants. Dans un premier temps déstabilisant même si l’on en a l’habitude, le fait de voir des animaux habillés devient si vite un fait établi que de voir des animaux naturistes après seulement une trentaine de minutes de film réussit à susciter un malaise pudique et ô combien hilarant. Au-delà du design et du look des animaux, le travail sur les décors urbains est surement plus remarquable encore. La scène de l’entrée dans la ville de l’héroïne évoque bien le potentiel que peut générer l’idée de cloisonner cette cité selon le milieu d’origine et la taille de ses habitants. Ainsi, les quartiers désertiques, tropicaux ou encore polaires se juxtaposent autour d’un centre-ville follement cosmopolite et chacun foisonne d’une multitude d’éléments de décors et de détails qui mériteraient plusieurs visionnages pour être pleinement appréciés.

Un coup de génie scénaristique également, car le  concept même de cette ville segmentée en fonction de la nature de ses habitude ne pouvait aller sans sous-tendre à des problématiques sociétales que l’on ne pensait pas voir aborder dans un film Walt Disney. Derrière sa devise « Ici, chacun est ce qu’il veut » (quelle plus belle allégorie du rêve américain ?), la ville de Zootopia est en proie à la ghettoïsation, aux préjugés raciaux, à la peur de l’autre, mais aussi à un certain formatage culturel et à la surconsommation. Autant de problématiques qui résonnent avec un gout amer dans notre réalité et sur lesquelles l’intrigue du film, une affaire policière relativement simple, joue avec une intelligence remarquable. Sans jamais chercher à être moralisateur, le duo de réalisateurs/scénaristes (Byron Howard et Rich Moore, à qui l’on doit respectivement Raiponce et Les Mondes de Ralph) nous rappelle que là où Walt Disney fait preuve du plus de maturité n’est certainement dans ses franchises Marvel ou Star Wars, mais bel et bien dans ses films d’animation.
Un coup de génie humoristique enfin car le décalage sur lequel joue constamment le film entre les comportements humains et les animaux qui l’adoptent est la source d’un nombre incalculable de situations cocasses. L’extrait des paresseux fonctionnaires asséné par la promotion n’en est qu’un exemple parmi tant d’autres. Au-delà du pouvoir comique du concept anthropomorphique, la structure scénaristique qu’est d’avoir pensé l’enquête policière comme un buddy-movie est déjà, en soi, un irrésistible apport comique issu des codes classiques du genre. Cerise sur le gâteau, l’ingéniosité dont fait preuve le scénario pour digérer les références culturelles populaires apporte  non seulement au film une incroyable modernité (ce qui veut aussi dire que les enfants de nos enfants le trouveront désuets), mais aussi à certaines scènes et répliques une force de résonance irrésistiblement hilarante. Et le caractère intergénérationnel des films et séries auxquels les scénaristes s’amusent à faire référence -allant même jusqu’à titiller la mythologie Disney- participera au plaisir de tous les publics. L’empathie pour les personnages et l’énergie qu’ils dégagent sont, quant à elles, liées à la présence d’acteurs et autres guest-star de renom en guise de doubleurs.

Loin d’être les personnages les plus attachants que le studio aux grandes oreilles nous aient offerts, les héros de Zootopie sont des êtres dont on se sent proches, grâce à quoi leur apparence animale s’efface, n’étant plus que le prétexte à des gags qui, paradoxalement, renvoient aux travers de notre propre nature humaine. Véritable leçon de ce que l’on nomme timidement le « vivre-ensemble », ce chef d’œuvre permet enfin aux studios Disney de s’émanciper de Pixar (de plus marqué par son premier échec commercial) pour retrouver sa place de leader dans le domaine de l’animation. Espérons qu’ils se maintiennent à un tel niveau.

Zootopie : Bande-annonce

Zootopie :Fiche technique

Etats-Unis – 2016

Titre original : Zootopia
Réalisation : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush
Scénario : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush, Phil Johnston
Doublages (VO) : Ginnifer Goodwin (Lieutenant Judy Hopps), Jason Bateman (Nick Wilde), Idris Elba (Chef Bogo), J.K. Simmons (Le maire, Leodore Lionhearted), Shakira (Gazelle), Alan Tudyk (Duke Weaselton)…
Doublages (VF) : Laëtitia Lefebvre (Judy Hopps), Alexis Victor (Nick Wilde), Jean-Claude Donda (Flash), Claire Keim (l’adjointe au maire Bellwether), Pascal Elbé (le chef Bogo), Fred Testot (Benjamin Clawhauser), Thomas Ngijol (Yax)…
Direction artistique : Matthias Lechner
Montage : Fabienne Rawley
Musique : Michael Giacchino
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleur film d’animation
Durée : 108 minutes
Date de sortie : 17 février 2016
Producteurs : John Lasseter, Clark Spencer
Société de production : Walt Disney Animation Studios
Société de distribution : Walt Disney France