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The Office (US) Série TV : Critique

Le concept de la version originale de The Office créée par Ricky Gervais et Stephen Merchant en 2001 a tellement plu que la série a été adaptée dans plusieurs pays, en France (le Bureau), au Canada ainsi qu’en Allemagne.

Synopsis : The Office (2005-2013) est une série comique tournée à la façon d’un documentaire parodique qui présente le quotidien des employés d’une société de vente de papier, Dunder Mifflin, à Scranton, Pennsylvanie. Il s’agit du remake de la série britannique du même nom.

Travailler dans un open space n’a jamais été aussi amusant.

Mais c’est de toute évidence le remake américain qui a eu le plus de succès (56 nominations et des millions de téléspectateurs à chaque épisode). Gervais qui était auparavant sur tous les fronts : producteur, scénariste, réalisateur mais aussi acteur, reste cette fois derrière la caméra et signe avec Merchant une série culte, qui a conquis le public bien au-delà de l’Amérique.

Si The Office est si réussie, c’est avant tout grâce à son panel de personnages tous plus hilarants les uns que les autres. Tout d’abord Michael Scott, joué par le grandiose Steve Carell (Little Miss Sunshine, 40 ans toujours puceau, The Big Short) qui est la caricature du patron insupportable par excellence : humour douteux, zéro tact et bien sûr méprisé par tout son personnel (ou presque). Jim l’employé cool qui ne sait pas vraiment ce qu’il fait là et passe ses journées à embêter son collègue Dwight, geek et fayot de service qui ne vit et respire que pour impressionner Michael. Pam la gentille et fragile secrétaire qui doit subir les blagues cruelles de son boss. Et enfin, tous les autres salariés qui, quoique plus secondaires, ont tous leur importance et savent nous faire rire chacun à leur manière. Que ce soit le désabusé Stanley, le plus que louche Creed, l’insupportable Kelly ou encore le pauvre Toby, souffre-douleur injustifié de Michael, chaque rôle est finement écrit, interprété avec justesse et a toute sa place dans la série.

Tous ces personnages sont aux antipodes les uns des autres : Angela, catholique coincée et maniaque doit partager son espace de travail avec Kevin, sa nourriture et ses blagues “inappropriées” ; de leur côté, Jim et Dwight ne peuvent qu’être dans la confrontation, et le couple que forment Kelly, bavarde et superficielle et Ryan qui a accepté un rencard un peu par hasard, est tout à fait improbable et c’est ce qui le rend si comique. Une fois mis ensemble, ces employés forment un groupe hétéroclite et pourtant si complémentaire qui donne des situations burlesques et incongrues et des dialogues inattendus. C’est sur cet humour absurde et la plupart du temps politiquement incorrect que repose toute la série (qu’il est préférable de regarder en VO afin d’y percevoir toute la subtilité).

Ni les personnages ni leurs relations ne stagnent, on suit l’évolution de l’histoire attendrissante entre Jim et Pam qui hésitent entre amour et amitié ou encore celle de Dwight et Angela, plus amusante. Quant à Michael, il dévoile au fil des épisodes une profondeur insoupçonnée, celui qui ne semblait être qu’un type lourd à la limite du racisme et de l’homophobie laisse apparaître une maladresse touchante et surtout une solitude intense qui en font un personnage pathétique auquel on finit par s’attacher et le fait qu’il ne réalise pas l’énormité de ses propos ajoute au comique de la situation.

L’aspect faux-documentaire est parfaitement maitrisé (Parks and Recreation et Modern Family s’en sont notamment inspirés), les employés n’ont de cesse de rappeler l’existence de la caméra, certains en sont mal à l’aise, Michael cherche constamment sa présence et Jim lui lance de nombreux regards complices créant un lien direct avec le public. Cette proximité est renforcée par les tête-à-tête avec les protagonistes au cours desquels ils nous confient leurs pensées, nous faisant entrer dans leur intimité. On en apprend par exemple plus sur les sentiments que Pam et Jim nourrissent l’un pour l’autre, ces derniers nous dévoilent plus facilement leur amour lorsqu’ils sont seuls face à la caméra. Les entretiens permettent aussi aux personnages de commenter la scène qui vient de se jouer, ils nous expliquent alors leurs ressentis et la raison de leurs agissements, ce qui peut être comique, notamment lorsque plusieurs entretiens sont mis à la suite et que les personnages se répondent.

The Office repose sur le principe d’un sujet par épisode (“La journée de la diversité”, “Harcèlement sexuel”, “L’incendie”…) et chacun d’eux dure 20 minutes, ce qui permet d’avoir un récit structuré et d’aller droit au but : pas de plan inutile ou de dialogue dont on pourrait se passer. Tous les éléments sont soigneusement travaillés et chaque détail est susceptible de faire rire, que ce soit une intonation, un regard ou même un petit élément à l’arrière plan. A partir de la saison 3 cependant, la série change de format et nous offre des épisodes de 30 minutes parfois 1 heure, ce qui casse le rythme et la légèreté du show, qui certes reste drôle, mais perd de son charme et de la justesse de ses débuts.

Pour finir, c’est son réalisme qui fait de The Office une série à part. On trouve de nombreuses séries dramatiques réalistes mais des séries humoristiques, beaucoup moins. Elle ne cherche pas à embellir les personnages, leurs histoires ni quoique ce soit, au contraire elle se sert de ce réalisme et en fait quelque chose de beau et de drôle. On se retrouve forcément dans cette série, que ce soit dans les personnages ou les situations dans lesquelles ils sont, on a tous vécu des moments de solitude, de gêne en public et on s’est tous un jour ennuyés au boulot. Elle met en scène notre vie quotidienne et nous montre à quel point elle est drôle si on prend un peu de recul. C’est une série proche de nous et c’est pour cela qu’on s’attache tant aux personnages et qu’on la trouve hilarante. Et c’est aussi cela qui en fait plus qu’une simple série comique, parce qu’elle nous donne l’impression d’être face à un miroir et nous fait alors réfléchir sur le monde du travail, nos relations aux autres ou encore notre comportement. C’est une série sincère, profonde et surtout honnête.

The Office est une série de qualité, incroyablement bien écrite et justement interprétée, qui sait nous faire rire avec brio et nous laisse heureux et souriants (“That’s what she said”) rien qu’en entendant les premières notes du générique d’ouverture. Beaucoup d’humour et de légèreté qui nous rendent presque impatients de retourner travailler (oui, bon… presque).

Fiche Technique : The Office US

Producteur Exécutif / Productrice Exécutive : Steve Carell, plus…
Créateurs : Mindy Kaling, Greg Daniels, Michael Schur, Lee Eisenberg, Gene Stupnitsky, Daniel Chun, Ryan Koh
Casting : Steve Carell, Rainn Wilson, John Krasinski, Jenna Fischer, B. J. Novak, Ed Helms, Melora Hardin, David Denman, Leslie David Baker, Brian Baumgartner, Creed Bratton, Kate Flannery
Musique :Jay Ferguson
Nationalité : Américaine
Genre :   Comédie / 9 Saisons Série NBC
Golden Globe Award 2006 : Meilleur acteur dans une série comique pour Steve Carell
Emmy Awards 2006 : Meilleure Série Comique

Belgica, un film de Felix van Groeningen : critique

A l’heure où la Belgique souhaite fermer ses portes face aux réfugiés massés dans le Nord de la France sans grande perspective de retrouver leur famille Outre-Manche, le bar Belgica sonne comme une ironie, un pied-de-nez politique sans doute pas si innocent de la part de son créateur, avec ses portes ouvertes à tous vents et ses néons multiples qui appellent la foule.

Synopsis: Jo et Frank sont frères, et comme souvent dans les familles, ces deux-là sont très différents. Jo, célibataire et passionné de musique, vient d’ouvrir son propre bar à Gand, le Belgica. Frank, père de famille à la vie bien rangée et sans surprise, propose à Jo de le rejoindre pour l’aider à faire tourner son bar. Sous l’impulsion de ce duo de choc, le Belgica devient en quelques semaines the place to be…

Brothers

Le gantois Felix van Groeningen creuse le sillon de son cinéma particulier, toujours à la limite de l’outrance, mais toujours rescapé du « too much » par une science de la mise en scène ; à tel point qu’il vient d’être remarqué et honoré au festival Sundance pour ce nouveau film Belgica, après une mention au meilleur film étranger des Oscars et une récompense aux César pour son précédent film, le très adoubé Alabama Monroe, tout comme il a été primé pour la Merditude des choses à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes…

 

Le film, inspiré de manière très lointaine par des faits réels (le père du cinéaste a possédé un bar qu’il a ensuite revendu à deux frères), s’ouvre sur cette scène classique d’un petit matin où un couple qui s’est formé dans la nuit se disloque au petit jour, une fois les effluves alcoolisés envolés : un départ en catimini, sur la pointe des pieds et les chaussures à la main, d’un des deux partenaires. Ici c’est la fille, Marieke (Hélène de Vos) qui part, rassurée d’apprendre par le garçon Jo (Stef Aerts) qu’ils « n’ont rien fait » dans la nuit, que Jo n’a pas profité de son état d’ébriété très avancée.

En une scène, Félix van Groeningen campe le personnage de Jo, un garçon posé et chétif, dont un œil est resté collé par un méchant germe peu de temps après sa naissance. Un handicap qui le met dans une empathie plus forte, le sujet d’une moquerie qui n’a jamais pu se manifester grâce à son grand frère et héros Frank (Tom Vermeir) qui, enfant, le protégeait de la méchanceté des autres. Jo est le patron du café  Belgica, un café bon enfant où tout le monde est donc le bienvenu.

Et ce grand frère est caractérisé dans une opposition presque totale avec Jo. Père d’un tout jeune enfant d’autant plus naturel et expressif que le personnage du père est distant, on le voit débouler dans sa propre maison comme un chien fou, et en même temps comme quelqu’un qui ne serait pas concerné par ce qui s’y passe, par la vie qui s’y mène. Énergique, Frank s’ennuie mortellement entre le chenil de sa femme Isabelle (Charlotte Vandermeersch) et sa propre concession de voitures d’occasion. Il veut booster sa vie devenue invivable car trop tranquille. Il plaque alors tout, revend ses parts à son associé, rafle les économies de la famille, et s’impose plus qu’il ne se propose au projet de Jo d’agrandir le café et d’en faire un club ouvert à toutes les musiques. La mise en scène de Felix van Groeningen bâtit deux films qui s’écoulent en parallèle : d’une part, une sorte de grand boulevard permettant aux frères Dewaele, ses amis du groupe electro-rock de Soulwax, de dérouler leur talent, et d’autre part, mais de manière complètement imbriquée, l’histoire de ces deux frères, dans leurs rapports réciproques et dans leurs rapports avec leur entourage. Le film Belgica porte bien son titre, car ce « lieu de perdition » comme « promis » au micro tous les soirs par son propriétaire en est le personnage central ; tout s’y noue et se dénoue . Le spectateur va suivre le renforcement et le délitement de cette relation, l’influence de l’endroit sur l’un et l’autre dans leur cheminement. Ces évolutions sont apportées par petites touches symboliques noyées dans l’énergie et la frénésie générales du Belgica. De même, le cinéaste montre très justement le mécanisme d’entraînement, qui fait qu’hommes et femmes se laissent aller à tous les excès, à leur animalité presque par capillarité.  Mais avant tout, la part belle est donnée à la musique et à Soulwax , peut-être un peu trop, au détriment notamment des personnages féminins (une mère qui n’apparaît que sous forme d’ébauche, alors qu’on entrevoit un beau personnage empreint de douceur; les partenaires des deux frères, confinées l’une et l’autre dans des clichés qui manquent de nuance par manque de caractérisation). Enfin, le sous-texte lié à la montée du racisme et du protectionnisme est assez subtilement amené par le gantois.

Belgica n’est pas un film musical au sens de la comédie musicale. C’est un film qui porte la musique excellente et éclectique que Soulwax a écrite pour l’occasion. Sortant de leur zone de confort, les frères Dewaele ont imaginé des groupes fictifs, allant du rockabilly ou de la techno jusqu’à la magnifique marche du soir de l’inauguration… Tournés en live, ces concerts sont offerts à de très nombreux figurants plus vrais que nature, sans doute les mêmes personnes qui fréquentent le Charlatan, classé comme l’un des meilleurs clubs de Gand et probablement de la Belgique, et qui est le fameux ancien club de papa Groeningen.

Felix van Groeningen mérite le prix de la mise en scène glané dans l’Utah (section World Dramatic). Il y a du savoir-faire dans Belgica, qui lui donne le côté complètement immersif, qui lui permet de toucher même les spectateurs qui sont insensibles à la musique que les frères Dewaele proposent ; mais il faut reconnaître que l’intense émotion d’Alabama Monroe n’est pas présente dans Belgica, trop éparpillé, et pas assez connecté avec le moi intérieur des personnages…Il reste un film réussi, et propulse son auteur un peu plus vers le sommet mondial du septième art actuel.

Belgica : Bande annonce

Belgica : Fiche technique

Titre original : Belgica
Réalisateur : Felix van Groeningen
Scénario : Arne Sierens, Felix van Groeningen
Interprétation : Stef Aerts (Jo), Tom Vermeir (Frank), Stefaan De Winter (Ferre), Dominique Van Malder (Manu Dewaey), Ben Benaouisse (Momo), Boris Van Severen (Dave Coppens), Sara De Bosschere (Nikki), Charlotte Vandermeersch (Isabelle), Hélène De Vos (Marieke), Jean-Michel Balthazar (André), Bo De Bosschere (Wibo), Sam Louwyck (Rodrigo), Anjana Dierckx (Katrien), Hannes Reckelbus (Jan), Silvanous Saow (Rudy Rasta), Fouad Oulad Khlie (Mohammed), Arne Sierens (Frederic), Johan Heldenbergh (Bruno Schollaert), Nils De Caster (Inspecteur Dewaele), Titus De Voogdt (Inspecteur Van Beveren)
Musique : Soulwax
Photographie : Ruben Impens
Montage : Nico Leunen
Producteurs : Hans Everaert, Christoph Foque, Alberte Gautot, Arnold Heslenfeld, Dirk Impens, Katelijne Pieters,
Laurette Schillings, Frans van Gestel, Rudy Verzyck
Maisons de production : Menuet Producties, Pyramide Productions, Topkapi Films
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : Prix de la mise en scène au Festival de Sundance, janvier 2016, – section World Dramatic
Budget : ND
Durée : 127 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 02 Mars 2016
Belgique, France – 2016

TCM Cinéma programme : L’Interview de James Cameron

TCM revisite la Science-Fiction avec James Cameron

            Pendant ce mois de février, TCM Cinéma a programmé en plus de films des interviews de cinéastes : Quentin Tarantino, Brian de Palma… et James Cameron (voir les liens en fin d’article). La rencontre avec ce dernier est un échange qui tient plus du documentaire que de l’interview. En effet, il s’agit plus d’un court métrage sur la science-fiction au cinéma revisitée avec et par James Cameron. On y trouvera de nombreux extraits de films dont certains du cinéaste américain qui feront écho à cette révision du cinéma de S-F et exposeront l’aspect cinéphile et inspiré de ses œuvres.

            Ce court métrage – qui n’est pas sans rappeler le métrage documentaire aussi de TCM : George Lucas et le cinéma fantastique, à une moindre échelle de durée bien sûr –, tient de l’éducation, de la révision cinéphile ludique, et de l’invitation. Une éducation au cinéma de science-fiction, plus spécifiquement celui des années 40 et 50, en images, en anecdotes et retours sur les réflexions sur lesquelles se sont construits beaucoup de ces films à travers le point de vue de James Cameron : l’homme tel un apprenti sorcier crée sa propre destruction avec des machines infernales parfois construites à leur propres images : Frankenstein, Terminator, etc  ; et surtout la peur du nucléaire avec Godzilla (Gojira, Hishiro Honda, 1954), ou encore les créatures Des Monstres attaquent la ville (Them !, Gordon Douglas, 1954) puis chez Cameron avec ses deux films Terminator… Le cinéaste résume d’abord la science-fiction à son rapport humain / technologie, pour ensuite parler de cette peur du nucléaire et de la technologique destructrice qu’il considère née à Hiroshima et Nagasaki avec les bombardements américains. La peur de la machine nucléaire se retrouve dans tous ses films, même dans Titanic (où l’on trouve une métaphore de celle-ci, dit-il). Il faut toutefois nuancer ses propos en disant qu’il ne faut pas confondre peur de la machine nucléaire, et le rapport ambigu aux autres technologies qui tient à la fois de l’admiration et de la peur. Ce que dira d’ailleurs le cinéaste de la science-fiction : « Toute la science-fiction est comme un tango dualistique entre l’amour et la haine de la technologie. ».

            L’interview que propose TCM est justement un tango entre le cinéma d’hier et celui d’aujourd’hui, plus spécifiquement, de James Cameron. L’un des intérêts de celle-ci est de montrer d’autres images de films qui ne soient pas de science-fiction tels que Point Limite (Fail Safe, 1964) de Sidney Lumet et Docteur Folamour (Dr. Strangelove Or How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb, Stanley Kubrick, 1964). Ce geste de montage permet de montrer à quel point cette thématique de la peur nucléaire qui aura animé bon nombre de films de science-fiction avait touché le cinéma de manière générale. On remarquera aussi que la musique composée par Hans Zimmer pour Man of Steel (Zack Snyder, 2013) est utilisée de manière conséquente dans la vidéo. Elle sera souvent employée pour accompagner des extraits de films anciens et Cameron-iens. Une autre manière d’animer ces va-et-vient et d’expliciter les connexions entre le cinéma d’aujourd’hui et celui d’hier. Cameron critiquera le comportement arrogant, expansionniste et colonialiste des pays occidentaux dont les US, lorsqu’il s’agira de traiter le rapport à l’autre, souvent dominé par la peur, la haine, la jalousie, et la destruction. Alors la science-fiction traitait à nouveau d’actions du passé qui n’ont toujours pas cessé d’être. La vidéo expose ainsi, de manière relativement développée, l’existence d’une histoire de la science-fiction elle-même connectée à l’Histoire. Il s’agit de penser en liens, en connexions, en histoires d’une grande histoire elle-même connectée à d’autres, plutôt qu’en un cheminement historique linéaire. Le court métrage est alors consciemment / inconsciemment une invitation à voyager dans le temps, pour revisiter le passé et le contemporain afin de mieux comprendre ce cinéma de genre et son présent qui porte un lourd héritage, et au final une invitation cinéphile à redécouvrir tous ces films – et les nombreux autres films du genre non cités – et à approfondir nos connaissances et aiguiller nos visionnages du cinéma de science-fiction.

            L’interview est disponible en ligne légalement sur la chaine Youtube de TCM Cinéma, ici :

La Partie I ci-dessus, et II au-dessous

A perfect day, un film de Fernando León de Aranoa : Critique

De toutes les guerres que le cinéma nous a contées, trop peu ont emprunté le point de vue des ONG humanitaires, pourtant acteurs majeurs dans le secours des civils pris en tenailles dans ces conflits sanglants. C’est ce constat qu’a pu faire Fernando León de Aranoa en les côtoyant à l’occasion du tournage du documentaire Invisibles au Burkina-Faso.

Synopsis : Balkans, 1995. Chargés de l’assainissement d’un puits, unique point d’eau d’un village isolé, les membres d’une ONG tentent d’en extraire un cadavre boursouflé. Lorsque la corde se brise, ils partent en trouver une mais se retrouvent confrontés à la dureté d’une guerre civile qui ne leur laisse, malgré leur bonne volonté, qu’une faible marge de manœuvre.

Plombiers de la guerre, héros tourmentés

Dès lors, le réalisateur espagnol, peu connu en France malgré qu’il ait remporté dans son pays plusieurs goyas pour Barrio en 1998 et Les lundis au soleil en 2003, a acheté les droits de la nouvelle Dejarse Llover signée par Paula Farias se déroulant dans le cadre de la guerre en Bosnie, une guerre qu’il a lui-même vue de ses yeux vingt ans plus tôt. D’autant que –et ce n’est pas coutume dans le cadre des films de guerre- le réalisateur maitrisait son sujet. Contraint de constituer un casting international pour donner corps à son équipe de volontaires, il fait le choix de recruter des stars venues des quatre coins du monde: Benicio Del Toro dans le rôle du Portoricain, Tim Robbins dans le rôle de l’Américain, Mélanie Thierry dans le rôle de la Française et Olga Kurylenko dans le rôle de la Russe. Le reste du casting –hormis les militaires de l’ONU faisant office de figurants et Sergi Lopez que l’on croise en responsable de l’ONG– est composé de bosniaques pour la plupart non-professionnels. Un tel casting ajoute au réalisme de ce film entièrement tourné… dans le sud de l’Espagne.

Mais, fort heureusement, les personnages ne sont pas caractérisés que par leur nationalité. Bien au contraire, leur travail en équipe et leur dévotion humanitaire leur font complétement dépasser cette barrière, et ce même envers leur traducteur, le sympathique Damir. La grandeur de la cause qu’ils défendent est représentée à travers une double mission qui, paradoxalement, paraît des plus dérisoires : trouver une corde pour assainir un puits et un ballon pour satisfaire un jeune orphelin. C’est justement le caractère anodin de leur action face à l’atrocité de la guerre qui mène les personnages, et à travers eux le public, à être blasés et à s’interroger sur le bien-fondé de leur tâche et leur motivation à poursuivre leur combat. C’est tout particulièrement le cas de Mambrú, préoccupé par ce doute et l’envie de retrouver sa femme. A l’inverse, Sophie est une jeune recrue pleine d’idéaux mais encore trop innocente pour affronter les horreurs du conflit armé. Ces cinq personnages aux caractères trempés sont la clef de voûte de cette représentation de la guerre, tant leurs relations sont sources d’une légèreté qui prend à contre-pied le caractère dramatique de la situation qui les entoure. La façon dont la violence est tout du long habilement suggérée ne la rend pas moins omniprésente et difficilement supportable. Et pourtant, cette brutalité inhumaine est atténuée par des dialogues pleins d’humour, notamment grâce au vieux briscard et tête brulée B, un personnage amusant mais mystérieux dont le pseudonyme qui nous empêche de connaitre jusqu’au véritable nom.

Comme le titre l’indique, le scénario se concentre sur 24 heures de la vie de ces humanitaires bénévoles, un procédé qui participe à souligner la dimension routinière de leur travail. Mais c’est justement parce que leurs responsabilités semblent pénibles et bien dérisoires au terme de cette dure journée de labeur que la réflexion sur leurs effets à long terme est si passionnante à étudier. Et alors que les soldats bosniaques poursuivent leurs exactions malgré le cessez-le-feu, que les profiteurs se font de l’argent sur les besoins en ravitaillement des civils, que les villageois voient d’un mauvais œil l’interventionnisme de ces occidentaux et que les institutions sont terriblement inefficaces, ce sont bel et bien les efforts de ces ONG qui contrebalancent la passivité des autochtones, face à une guerre qui les dépasse. Même si elle est démystifiée par une intrigue qui fait fi de tout effet spectaculaire et d’héroïsme pompeux, cette dévotion altruiste qui anime chacun des personnages est merveilleusement mise en valeur par ce film, porté de plus par une bande originale rock’n roll qui ajoute à son capital sympathie. Et grand malheur à celui qui voudra le ranger dans une case tant le mélange des genres y est poussé à son paroxysme : trop peu violent pour être qualifié de film de guerre et trop léger pour être qualifié de drame (ou inversement trop grave pour être qualifié de comédie, c’est au choix), A Perfect Day  n’est ni plus ni moins qu’une aventure humaine épatante de sincérité et un regard sur le monde plein de nuances, alternant entre optimisme humaniste et désillusion fataliste.

Parce qu’il nous rappelle que, face à l’absurdité de la guerre, il vaudra toujours mieux en plaisanter que regarder en face la futilité de ses propres idéaux, A perfect day est une représentation d’une justesse et d’une pertinence rares du travail ingrat mais néanmoins indispensable de tous ces volontaires qui œuvrent à leur dépens sur le terrain et que le cinéma semble avoir injustement oubliés.

A perfect day : Bande-annonce

A perfect day : Fiche technique

Réalisateur : Fernando León de Aranoa
Scénario : Fernando León de Aranoa d’après l’oeuvre de Paula Farias
Interprétation : Benicio Del Toro (Mambrú), Tim Robbins (B), Mélanie Thierry (Sophie), Olga Kurylenko (Katya), Fedja Stukan (Fedja Stukan), Eldar Residovic (Nikola)…
Musique : Arnau Bataller
Photographie : Alex Catalan
Montage : Nacho Ruiz Capillas
Décors : César Macarron
Costumes : César Macarron
Producteurs : Fernando León de Aranoa, Jaume Roures
Société production : MediaPro, Reposado Producciones
Distribution (France) : UGC Distribution
Festivals et Récompenses : Sélection à la semaine des Réalisateurs 2015 et Goya 2016 de la meilleure adaptation
Durée : 106 minutes
Genre : Comédie dramatique, guerre, aventure
Date de sortie : 16 mars 2016

Espagne – 2015

 

 

Free to run, un film de Pierre Morath : Critique

Journaliste suisse, déjà auteur de plusieurs documentaires destinés à la télévision (la plupart pour Arte, qui a de fait participer au financement de son projet), Pierre Morath réalise pour la première fois un film destiné au grand écran. La course à pied est un sport qu’il exerce lui-même depuis son adolescence, et lui consacrer une étude sociologique est une idée potentiellement passionnante tant sa pratique est devenue quelque chose de commun.

Synopsis : Des années 60 à nos jours, la course à pied est devenu le sport individuel le plus pratiqué au monde. Entre New-York et la Suisse, la popularisation de ce sport, dont la pratique hors des stades par des professionnels était à l’origine considérée comme une preuve de folie, est passée par différentes étapes que l’on doit à des individus motivés à défendre leur cause.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point!

Avec l’appui de Philippe Torreton, qui prête sa voix à la narration, Free to Run retrace donc la manière dont le jogging, exercice de mise en forme pour les uns, expérience mystique pour les autres, est devenu, en un demi-siècle, un phénomène de société. Pour cela, le réalisateur s’axe sur plusieurs récits, et en particulier sur les histoires de trois individus qui ont contribué à la démocratisation de ce sport individuel autrefois réservé à quelques marginaux.

Le premier de ces récits est celui de Kathrine Switzer, qui fut la première femme à avoir couru le marathon de Boston en 1967 bravant l’interdiction faite aux femmes d’y participer. Morath n’hésite donc pas à établir un parallèle entre son combat contre la discrimination imposée par la Ligue Nationale d’Athlétisme américaine et les luttes féministes de la fin des années 60. Commence alors un jeu d’allers-retours entre la côte Est des Etats-Unis et la Suisse (avec quelques rares détours sur le sol français et le plat pays) afin d’illustrer que les marathons étaient à l’époque également réservés aux hommes en Europe. Le machisme ambiant et les arguments pseudo-médicaux visant à décourager les femmes de courir sont contrebalancés par des images d’archive et des témoignages poignants défendant le running comme moyen d’exprimer son indépendance et de communier avec la nature. C’est cette vision anti-réactionnaire que revendique le suisse Noel Tamini, le second protagoniste sur lequel va s’axer la narration, s’éloignant ainsi pour quelque instant de la thématique des remous socio-politiques en Amérique. Fondateur du magazine bimestriel Spiridon, Tamini a participé à la popularisation de la course à pied en Europe en démontrant, grâce à ses photographies, la beauté des corps, masculins comme féminins, au cours de l’acte physique. Beaucoup de ces images se retrouvent dans un excellent montage exaltant, rythmé par des musiques d’époque prenantes, qui forme une véritable ode à la liberté.

Puis, à mi-chemin, le documentaire retourne s’installer sur la côte Est des Etats-Unis et prend une tournure différente de cette vision idéalisée du running, puisqu’il cherche à nous raconter l’histoire du marathon de New-York. Dès lors, la pratique de la course à pied n’apparaît plus comme un mode d’émancipation universel mais comme un évènement annuel typiquement new-yorkais. Une rupture de ton assez abrupte dans l’approche de son sujet que le réalisateur fait en se concentrant sur un homme en particulier : Fred Lebow. Fils d’immigrés roumains, il incarne le rêve américain en devenant l’un des organisateurs du marathon de Boston puis le fondateur de celui de New-York. Etape par étape, on suit le succès grandissant de ce rituel populaire, aidé par certains sportifs de renom (parmi lesquels le charismatique champion Steve Prefontaine), allant irrémédiablement se clore, exactement comme il aurait été fait dans un biopic fictionnel, par le récit mélodramatique de la mort de Lebow. Les images d’archives, datant à présent des années 80 et 90, nous démontrent le poids croissant  des médias et des sponsors dans l’organisation ce rendez-vous que même les pires évènements climatiques n’empêcheront pas d’avoir lieu. C’est une façon bien étrange que ce documentaire a, de passer d’une vision du running proche de l’esprit hippie des années 60 à une industrie commerciale cinquante ans plus tard. Une perte d’idéalisation que le film va tout de même tenter de retrouver dans sa conclusion.

Il est regrettable qu’il y ait deux films en un, l’illustration d’un exercice physique, vecteur de liberté individuelle d’une part, et l’historique du marathon de New-York d’autre part, tant ces deux approches d’un même sport s’avèrent au final antinomiques. Quoi qu’il en soit, en sortant de ce visionnage, il est difficile de résister à l’envie d’aller se dégourdir les jambes.

Free to Run : Bande-annonce

Free to Run : Fiche technique

Réalisateur : Pierre Morath
Voix-off : Philippe Torreton
Image et montage : Thomas Queille
Son : Nicolas Samarine
Musiques originales : Kevin Queille, Polar
Graphisme et animations : Ramon et Pedro
Musique : Kevin Queille
Archives : Prudence Arndt, Deborah Ford, Eléonore Boissinot
Montage son : Jean-François Levillain
Mixage : Philippe Charbonnel
Etalonnage : Xavier Pique
Producteurs : Marie Besson, Fabrice Estève, Jean-Marc Fröhle…
Société de production : Eklektik Productions, Point Prod, Yuzu Productions
Une production Suisse / France / Belgique
En coproduction avec Radio Télévision Suisse (RTS), Arte France
Cinéma, RTBF (Télévision belge),Proximus
Avec le soutien de L’Office fédéral de la culture, du Centre du
Cinéma et de l’Audiovisuel, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de
Voo, de Cinéforom et la loterie romande, du fonds culturel suissimage,
de Succès Cinéma, de Succès Passage Antenne
Distribution France et ventes internationales Jour2Fête
Durée : 99 minutes
Date de sortie : 13 avril 2016
Genre : Documentaire

Suisse/France – 2016

Merci les jeunes : sortie DVD le 28 mars 2016

Sortie DVD Merci les jeunes ! de Jérôme Polidor

Synopsis : A Quartier TV, Mathieu fait du cinéma avec les jeunes de la cité des Mines. Parmi eux, Leïla espère un peu plus avec Mathieu… Nadia et Farid réalisent des enquêtes sans tabous et pourfendent les clichés sur la banlieue… Romuald, enfin, crée une émission de télévision citoyenne avec Souleymane, qui rêve de devenir une star… Il y a ceux qui kiffent leur quartier, ceux qui veulent changer de vie, et ceux qui veulent changer le monde. La vie associative n’est pas de tout repos et cette joyeuse bande ne va pas tarder à se déchirer.

Merci les jeunes! sortira en DVD le 28 mars prochain, l’occasion de découvrir ce film ambitieux et porté par de jeunes acteurs passionnés. Le film raconte l’histoire d’une chaîne tv, Quartier TV qui deviendra ensuite Diversi TV, modèle d’association de quartier proche des Engraineurs, association basée à Pantin et qui monte des projets filmiques avec des jeunes de banlieue comme ceux du film. C’est d’ailleurs Jerôme Polidor, membre des Engraineurs, qui réalise Merci les jeunes!

Un film engagé distribué hors du circuit commercial

Merci les jeunes! sera en tournée de printemps à l’occasion de la sortie DVD du film puisque sa vie en salles ne saurait se dégager du débat avec le public, cher à ses créateurs. Le support DVD sera disponible dès le 28 mars. Le débat est en effet au coeur du film puisque s’interrogeant, jusque dans les films qu’elle réalise avec les ados, sur l’image que l’on renvoie des banlieues à l’extérieur et surtout des jeunes qui y vivent, l’équipe de l’association va se déchirer. Une question : jusqu’où aller pour garder la subvention de la région ? Entre impertinence et soumission au budget de la ville (et donc à l’image qu’elle veut diffuser du quartier), les membres de l’association ne sont pas toujours d’accord et c’est le fond du film qui se perd un peu dans les réflexions de ses membres, laissant un peu trop de côté la jeunesse fouteuse (?) et battante qu’il voulait présenter.

Un regard différent sur la banlieue qui a séduit la presse

La banlieue serait-elle pour les médias rien moins qu’un zoo où sont parqués de dangereux criminels ? C’est en tout cas comme ça que la presse semble la présenter , surtout depuis les émeutes de 2008 qui ont enflammé certains quartiers. Les violences en banlieue, présentées comme des zones de non droit, font les beaux jours des « 66 minutes » et autres « 7 à 8 » des chaînes M6 et TF1. C’est avec cette image que joue Merci les jeunes! Dès les premières images du film où nous sommes plongés dans un car de touristes qui observent, à l’aide d’une jeune guide très loquace, la banlieue, ses « dangereux habitants », sa mosquée, le tout avec casques de guerre sur la tête et gilets pare-balles lorsqu’il s’agit d’entrer à pied en zone inconnue. C’est sous ce trait d’humour que le film dénonce l’image déformée diffusée dans les médias de la banlieue et de ses habitants, surtout les jeunes, le reste du film interrogeant leur place dans la société et leurs actes. Le film rend aussi hommage à ceux qui, bénévolement, donnent de leur temps pour les jeunes de banlieue, pour faire plus que « remplir leur temps », leur donner la parole, les faire grandir et trouver leur place dans la société.

La presse a offert un acceuil plutôt chaleureux au film lors de sa sortie, voici quelques extraits des critiques parues en novembre dernier :

« Fiction satirique impertinente » Le Monde

« Dialogues pétillants, spontanéité des comédiens » Télérama

« Une comédie sociale qui brosse les clichés à rebrousse-poil. Coup de chapeau à ce film sur les jeunes des cités. » Studio Cinélive

Fiche technique : Merci les jeunes !

Réalisation : Jérôme Polidor
Scénario Jérôme Polidor
Interprétation : Théo Costa-Marini, Amina Zouiten, Bellamine Abdelmalek, Laura Cazes-Pallier, Yvonnick Muller, Louis Samka, Laurence Priam Murray
Image : Christophe Orcand
Montage : Alexis Lardilleux
Décors : Baptiste Polidor
Costumes : Alix-Anne Rolland
Production : Les Engraineurs
Distributeur : La Mare Distribution
Date de sortie : 4 novembre 2015 en salles, 28 mars 2016 en DVD
Durée : 80 minutes
Genre : comédie dramatique
France – 2015

L’Ange Ivre, un film d’Akira Kurosawa : critique du DVD

Le premier grand film de Kurosawa édité en DVD chez Wild Side

Synopsis : dans le Japon ruiné de l’immédiat après-guerre, Sanada, un médecin qui officie dans un quartier défavorisé, soigne Matsunaga, jeune Yakuza se prenant pour un caïd. Le docteur diagnostique une tuberculose, ce qui va bouleverser le voyou. Un lien particulier va se tisser entre les deux hommes.

Les éditions Wild Side ont l’excellente idée d’éditer ou de rééditer 17 films d’Akira Kurosawa, dont certains étaient introuvables en France. Parmi ceux-là, L’Ange Ivre, sorti en 1948, sera dans les bacs à partir du 2 mars 2016. L’occasion de revenir sur le 8ème long métrage de Kurosawa, qui est aussi le premier grand film où s’affirmeront avec évidence les qualités artistiques et humaines du maître du cinéma japonais.
En effet, par son souci du réalisme, par l’influence notable du cinéma occidental, et par l’altruisme de ses personnages, L’Ange Ivre marque le véritable début de la carrière de Kurosawa.

Film noir

D’emblée, l’influence du film noir américain se fait flagrante. À l’origine du projet, Kurosawa et son ami d’enfance Keinosuke Uegusa (qui ont écrit ensemble le scénario) voulaient faire un film sur les Yakuzas, dénonçant l’influence néfaste de ces mafieux sur la société japonaise de leur époque. La culture du réalisateur se tournant souvent vers des références occidentales, c’est manifestement du côté d’Howard Hawks qu’il a trouvé l’influence qui nourrira son film.
L’Ange Ivre se présente donc comme un film noir, avec sa description réaliste d’une société gangrenée. Au centre du décor (et pratiquement au centre du film lui-même) se trouve une mare, une eau stagnante entraînant maladies et moustiques, comme un marécage fangeux autour duquel s’organise la vie du quartier. Le film commence sur ce marais (dès le générique), il s’y termine, et cette eau fétide revient à intervalles réguliers. Elle est bien évidemment le symbole d’une société malade et en putréfaction. Plusieurs fois, dans la seconde moitié du film, des fondus enchaînés superposent l’image du marais et celle de yakuzas. « Les yakuzas sont incurables », dira le médecin Sanada, qui est pourtant bien décidé à soigner toutes les maladies, qu’elles soient physiques ou morales.
Dans cette histoire de dilemme moral d’un jeune voyou, on trouve un cousinage évident avec ce qui se faisait aux USA à la même époque, comme Le Carrefour de la mort, d’Hathaway, sorti un an plus tôt. Nous sommes dans une histoire de type policier où entrent en jeu une description des bas-fonds de la société et un portrait moral complexe.

Dualité des personnages

L’Ange Ivre se base, outre son aspect « film noir », sur le duo fondé par ses deux personnages principaux, d’un côté le docteur Sanada (Takashi Shimura, que l’on retrouvera plusieurs fois chez Kurosawa, dans des films comme Vivre, Rashomon ou Les Sept Samouraïs) et de l’autre côté le gangster Matsunaga (Toshiro Mifune, dont ce sera la première d’une longue et fructueuse collaboration avec le génial cinéaste, ainsi que le premier vrai grand rôle au cinéma). Les deux acteurs véritablement habités par leur rôle avec une intensité hors du commun, se retrouveront plusieurs fois par la suite sous la direction du maître.
Ces deux personnages, tout semble les opposer. L’un cherche le bien des autres autour de lui et paraît mû par un désir de se sacrifier par altruisme (Sanada préfigure un autre médecin de Kurosawa, Barberousse, personnage principal de l’un des chefs d’œuvre du cinéaste), tandis que l’autre est un voyou colérique, violent et égocentrique. Mais, très vite, ces différences vont s’effacer et on verra deux personnages qui se ressemblent énormément. D’un côté le gangster va chercher un moyen d’obtenir sa rédemption tandis que le médecin, volontiers colérique lui aussi et trop souvent porté à la boisson, va avouer qu’il a passé sa jeunesse entre les cabarets et les femmes sans être un étudiant particulièrement consciencieux.
C’est de ce mélange entre opposition et ressemblance que va découler la dynamique des relations entre les deux personnages. Ils semblent se chercher en permanence, Sanada arpentant les cabarets et Matsunaga se rendant régulièrement au cabinet du médecin, mais dès qu’ils sont ensemble, c’est pour se battre et instaurer une relation de force.
À ce duo s’oppose un autre couple, exactement contraire, formé de Matsunaga et Okada (Reisaburô Yamamoto), gangster tout juste sorti de prison et dont l’arrivée tant redoutée, au milieu du film, changera l’aspect de l’œuvre. Ici, les deux personnages ont l’air de se ressembler : deux membres des Yakuzas, séducteurs, violents, tirant parti de la situation sociale particulièrement délabrée. Mais en profondeur, nous avons deux caractères opposés : alors que Matsunaga est sur le chemin de la rédemption, Okada ne se remet absolument pas en question et s’enfonce encore plus dans la violence.

Maladie symbolique

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La maladie est un des thèmes du film. Bien entendu, il s’agit de la maladie de Matsunaga, cette tuberculose dont il pourrait guérir s’il faisait attention à lui. Mais cette souffrance est aussi, et avant tout, le symbole d’autres maux, moraux et nationaux.
En effet, la tuberculose du yakuza est directement liée à son mode de vie : cabarets, femmes, alcool et cigarettes, tout l’entraîne sur la mauvaise pente. Et Matsunaga, convaincu de la nécessité de changer de vie, sera tiraillé pendant une grande partie du film entre Sanada et Okada, le docteur et le mafieux, c’est-à-dire deux styles de vie exactement opposés. D’un côté s’offre à lui le retour à une bonne santé physique et morale, en quittant le monde sombre de la violence et la mort ; de l’autre côté, l’attirance pour cette vie facile où il peut se donner des allures de grand caïd qui ne trompent personne : « il joue les caïds, mais je sais qu’il a le cœur triste », dira Sanada.
Mais, à plus grande échelle, cette maladie est aussi nationale. Kurosawa décrit un pays ravagé, ruiné par l’ambition de quelques dirigeants qui l’ont plongé dans le chaos (ce qui restera un thème récurent chez le cinéaste, du Château de l’Araignée à Ran). Ces Yakuzas, qui jouent les gros durs en causant la ruine autour d’eux, représentent sans hésitation ceux qui ont fait du Japon une dictature militaire et l’ont entraîné dans la guerre, donc dans  la défaite que subit le peuple.

Ce message politique est cependant annoncé à mots couverts. Ce qui intéresse Kurosawa, ce n’est pas la politique elle-même, mais les conséquences qu’elle peut avoir sur les personnes qui habitent dans ces quartiers défavorisés. Dans L’ange Ivre, il est facile de trouver l’un des aspects essentiels du cinéma de Kurosawa : son caractère social. À travers le personnage de Sanada, dont on adopte le point de vue pendant une bonne partie du film, le réalisateur nous entraîne dans les quartiers les plus touchés d’un Japon en ruine. Le résultat est très réussi, tant humainement qu’esthétiquement.
Car si L’Ange Ivre est le premier vrai film de Kurosawa par ses thématiques, c’est aussi le cas par son travail purement artistique. Les cadrages, l’emploi des décors, les contrastes de noir et blanc, le montage (dont Kurosawa s’est chargé lui-même), le cinéaste emploie toutes les ressources du 7ème art.
Parmi celles-ci, il faut noter une utilisation remarquable de la musique, véritable personnage du film à part entière, incarnée à l’écran par ce mystérieux joueur de guitare dont les apparitions rythment l’œuvre.

Au final, cet Ange Ivre est sans conteste le premier chef d’œuvre d’Akira Kurosawa, un film ambitieux par son sujet et son traitement, avec un réalisateur parfaitement maître de ses effets et un duo d’acteurs inoubliables.

L’Ange Ivre- Extrait

L’Ange Ivre – Fiche Technique

Titre original : Yoidore Tenshi
Réalisateur : Akira Kurosawa
Scénaristes : Keinosuke Uegusa, Akira Kurosawa
Interprètes : Takashi Shimura (Docteur Sanada), Toshiro Mifune (Matsunaga), Reisaburô Yamamoto (Okada), Chieko Nakakita (Miyo, l’infirmière), Michiyo Kogure (Nanae).
Musique : Fumio Hayasaka
Photographie : Takeo Ito
Montage : Akira Kurosawa
Producteur : Sojiro Motoki
Société de production : Toho Company
Société de distribution : Toho Company
Durée : 98′
Date de sortie (Japon) : 27 avril 1948.
Date de sortie du DVD : 02 mars 2016
Genre : drame social, film noir

Japon- 1948

Quelque part dans le temps, ressortie vidéo du film de Jeannot Szwarc : la critique

Retour sur Quelque part dans le temps, ressorti en dvd/blu ray

Synopsis : 1942. Alors que se joue la pièce qu’il a écrite, Richard Collier (interprété par Christopher Reeve) est abordé par une vieille dame qui lui remet une montre et lui dit ces mots mystérieux : « Reviens-moi, je t’en prie. ». Huit ans plus tard, il découvre dans un célèbre hôtel un portrait photographique de la même femme alors jeune au moment de la prise de vue. Elle s’appelle Elise McKenna (Jane Seymour), et séjourna dans le même hôtel en 1912. L’auteur est obsédé par celle-ci et intrigué par certaines découvertes. C’est ainsi le début d’une incroyable aventure qui va le transporter dans le passé, au début du XXe siècle.

            Ce jeudi 24 février 2016 est ressorti en vidéo chez les éditions Rimini le film Quelque part dans le temps (Somewhere in Time), réalisé en 1980 par Jeannot Szwarc. Un réalisateur efficace connu pour ses nombreuses mises en scène télévisuelles, des nombreux épisodes de Kojak (de 1973 à 1977) et même d’un épisode Columbo (aussi en 1973) aux récents shows de The Practice, Fringe et Almost Human, et pour certains films hollywoodiens, « pour le pire », Supergirl (1984), et « pour le meilleur », Les Dents de la Mer 2 (Jaws Part 2, 1978). Avec Quelque part dans le temps, on tient certainement le meilleur du réalisateur franco-américain, dont il parle comme étant son « film le plus personnel » et son «  meilleur » métrage.

Retour d’un film « culte »

            Les éditions Rimini n’y sont pas allées de main morte avec cette ressortie vidéo. En effet, les bonus vous permettront de (re)découvrir les coulisses de cette production méconnue, notamment à travers un entretien avec le réalisateur et producteur Jeannot Szwarc, un documentaire sur le scénariste-romancier du film Richard Matheson qui a adapté son propre roman pour le métrage, et des hommages aux fans du film qui ont grandement participé à sa sauvegarde dans l’esprit collectif, et au moment de sa sortie, à un certain succès ; en plus d’importantes diffusions télévisuelles sur une chaine américaine câblée par un cadre cinéphile admirateur du film. Revenons quelque part dans le temps vers la fin des années 70. Jeannot Szwarc vient de sauver Les Dents de la Mer 2 dont le tournage virait au véritable naufrage. Universal Studios considère lui devoir alors une faveur. Le réalisateur a toujours été intéressé par l’adaptation du texte de Matheson, Le Jeune Homme, la Mort et le Temps publié en 1975. Le romancier accepte de travailler avec le cinéaste. Si le studio n’est pas convaincu par ce projet de science-fiction sans « effets spéciaux » dans une ère marquée par Star Wars (1977) – puis deux plus tard par Alien –, ayant ce dû envers le metteur en scène et le projet coutant peu, ils le laisseront faire le film sans aucune ingérence dans le processus filmique. Après un tournage « idyllique », le film sort dans les salles obscures en 1980 et obtient des critiques défavorables et un mauvais score au box-office, dû à « différents » problèmes, notamment de distribution. À noter que, dans l’entretien, le réalisateur semble particulièrement retenir une critique désastreuse qui a touché l’acteur principal Christopher Reeve. On pourrait vraiment se poser la question de savoir si le public était prêt à recevoir un tel film, tant Quelque part dans le temps fait véritablement figure d’ovni dans le genre de la science-fiction / fantastique en 1980.

Un voyage dans le temps spirituel et romantique

           On pourrait même parler simplement d’ovni cinématographique. Le film ne présente aucun effets spéciaux et presque aucun effet de montage et de mise en scène. Le fantastique arrive de telle manière qu’il pourrait ne pas en être question. Richard Collier devient obsédé par Elise McKenna. Des événements hasardeux surviennent : la femme âgée lui apportant une montre et lui demandant de lui revenir, mourant le soir même ; le lobby boy très âgé qui demande à l’auteur s’il ne l’a pas vu quelque part avant de reprendre de suite ses activités ; un portrait photographique qui émeut Richard de telle sorte que l’un et l’autre semblent être le champ et le contre-champ de chacun ; la découverte d’un livre sur le voyage dans le temps écrit par l’un de ses anciens professeurs de philosophie. Ces moments étranges attiseront la passion obsessive du personnage qui acceptera la possibilité de voyager dans le temps. Ici, exit la DeLorean ou quelque autre machine, le voyage dans le temps se fait spirituellement, il s’agit presque d’un reconditionnement de l’esprit, qui doit être persuadé d’être à une date et dans un lieu précis du passé. Pour cela, tout élément du présent doit être caché pour ne pas rappeler l’esprit lors de son bond temporel. Si on retrouvera par la suite d’autres événements tenant presque de l’heureux hasard et nous poussant à croire à une boucle temporelle, la fin du film, ces mêmes éléments et d’autres peuvent nous amener à l’hypothèse selon laquelle Richard Collier serait tout simplement victime de son obsession, de ce qu’il a étudié de fond en comble et aussi fantasmé à travers cet amour intemporel pour Elise McKenna avant même son voyage (voir photographie ci à droite). quelque-part-dans-le-temps-christopher-reeve-jane-seymour

Alors cette histoire romantique le serait dans la tradition des poètes du XVIIIe siècle. C’est-à-dire que Richard, héros romantique, est amoureux de l’amour ; rendu mélancolique et passionné par un amour perdu. Il est endeuillé d’un amour inconnu, fantasmé et idéalisé. Ainsi l’aventure de Richard n’est pas celle de héros de science-fiction tels que Luke Skywalker et Ellen Ripley. L’ambiguïté, la romance et la mélancolie sont essentielles ici, jusqu’à la fin du film, douce-amère, loin du happy-end qu’on connaît aux romances américaines telles que la Péniche du Bonheur (Houseboat, 1958) où tout le monde se retrouve pour vivre d’amour (et d’eau fraiche). On sait Jeannot Szwarc passionné de grands récits romantiques américains, il s’agit non pas de faire une romance, mais un véritable récit romantique. À l’image de la fin des Vacances Romaines (Roman Holiday, 1953) réalisé par William Wyler et ressorti au cinéma le 27 Janvier 2016, il s’agit d’en proposer une véritablement romantique, qui laisse une certaine ouverture au spectateur quant à la suite du récit, possiblement joyeuse, difficile ou autre ; certainement douce-amère et mélancolique.

Ci-dessous un extrait de la bande-son romantique composée par John Barry.

Quelque part dans le cinéma américain

           Quelque part dans le temps est aussi un voyage pour nous, spectateurs. Nous allons nous déplacer avec le personnage dans un grand hôtel qui a servi de décor principal à l’intrigue de Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot, Billy Wilder, 1959), d’ailleurs cité avec la musique du bal. Aussi, nous voyageons dans le temps tout de même à travers une machine, la pellicule, avec laquelle jouera le metteur en scène pour un effet pictural et photographique à certains moments du voyage de Richard, et une reconstitution d’époque avec une image plus documentaire, car presque brute semblerait-il, à d’autres instants. On notera par ailleurs un grand travail des couleurs héritier de son histoire avec l’usage du vert signifiant l’altérité au rouge de la passion, entre autres. Enfin découvrir le film aujourd’hui représente un double voyage : celui dans un film poursuivant une certain tradition du mélodrame et surtout du film romantique américain ; et celui quelque part dans le temps où les talentueux et magnifiques Christopher Reeve et Jane Seymour nous emplissaient d’amour, de beauté, de mélancolie, d’émotions, de romantisme donc, dans des images formidablement réalisées par Jeannot Szwarc, sur une musique intelligemment inspirée et incroyablement romantique composée par l’un des pères de James Bond au cinéma, John Barry. Le tout dans une édition vidéo soigneusement remasterisée proposée par Rimini Éditions.

https://www.youtube.com/watch?v=tHFJwPxkMYc

Fiche Technique: Quelque part dans le temps

Titre original : Somewhere in Time
Réalisateur : Jeannot Szwarc
Scénariste : Richard Matheson, d’après son roman Le jeune homme, la mort et le temps
Casting : Christopher Reeve, Jane Seymour, Christopher Plummer, Teresa Wright, Bill Erwin, George Voskovec
Directeur de la photographie : Isidore Mankofsky
Monteur : Jeff Gourson
Musique : John Barry
Producteur : Stephen Deutsch, Ray Stark
Production : Rastar Pictures, Universal Pictures
Distribution : Universal Pictures, ESC Conseils
Sortie cinéma : Octobre 1980 (US), Mai 1981 (FR)
Ressortie Vidéo : RIMINI Éditions, Janvier 2016

Nymphs, une série de Miikko Oikkonen : Critique

Fans de séries fantastiques aux effets spectaculaires, passez votre chemin ! Nymphs est une délicate friandise, une série sensuelle et poétique où le fantastique est à peine palpable et suggéré de façon légère et mystique.

Synopsis : Après la mort de son petit-ami au cours de leur première nuit ensemble, Didi est recueillie par deux nymphes qui lui apprennent qu’elle est des leurs. Pourchassées par des Satyres, les trois jeunes femmes doivent vivre cacher mais elles doivent aussi coucher avec des hommes pour survivre, au risque de les tuer… 

Nymphs aka Nymfit est une série finlandaise passée presque inaperçue. On y suit Didi (Sara Soulié), une délicieuse jeune femme qui découvre son statut de nymphe en même temps que sa sexualité et qui porte sur son ventre un tatouage particulier qui ferait d’elle l’Élue de son clan. Sortie sans trop grand succès en août 2013 sur les écrans finlandais, la série a surtout marché en Italie et en Allemagne. En France, la chaîne June a diffusé Nymphs en avril dernier mais une fois encore, c’est plutôt le flop.
A première vue, cette série fantastique à l’eau de rose ne fait donc pas l’unanimité, pourtant, il faut bien lui reconnaître quelques qualités esthétiques et symboliques. D’ailleurs, si la série n’a pas été reconduite, nous venons d’apprendre qu’une adaptation pour le cinéma est actuellement en préparation ! Le producteur de la série, Matti Halonen, s’est confié à CineSeriesMag à ce sujet : « Nous sommes en train de développer un long métrage de Nymphs pour le Cinéma. Il entrera probablement en production entre 2016 et 2017. »

Nymphs, une série fantastique édulcorée et érotique :

D’abord, le sujet de la série est, somme toute, assez original : la légende des nymphes de la mythologie grecque modernisée et érotisée au maximum du convenable. On y côtoie de jolies demoiselles largement dévêtues, dans leur intimité et dans des postures suggestives, parfois seules, parfois à plusieurs… Et on les suit évidemment dans leurs ébats amoureux avec ces messieurs car après tout, c’est quand même le thème principal de la série. Les nymphes tentent de survivre dans le monde moderne en se nourrissant chaque mois de la force vitale de leurs amants, au risque de les tuer, et en fuyant des satyres qui veulent les détruire. Si elles ne s’accouplent pas avec des hommes, leurs corps s’abîment et elles se flétrissent avant de mourir. Un scénario attrayant et pourtant peu palpitant car le récit est un peu décousu et sans finalité concrète. Là où on aurait aimé en savoir davantage sur les origines des nymphes et des satyres ou encore sur les autres personnages Kati et Nadia, le récit se centre (trop) sur les histoires de coeur de Didi au risque d’en faire une série pour adolescentes. Pour ces mêmes raisons, le rythme de la série est aussi très irrégulier et certains passages traînent en longueur notamment dans les scènes de dialogues entre Didi et Samuel, son amour d’enfance. Mais d’une certaine façon, cette langueur dans le récit confine à l’ambiance lascive de Nymphs. Pour éclairer l’histoire, de nombreux flash-backs font alors irruption apportant une touche d’authenticité mais, là encore, de façon si désordonnée qu’ils complexifient parfois l’histoire au lieu d’en aider la compréhension.
En ce qui concerne les personnages, nos trois nymphettes sont jouées par des actrices charmantes et sexy. Et il y en a pour tous les goûts : brune, blonde et surtout rousse. La flamboyante Didi (Sara Soulié, célèbre en Finlande) gagnera en effet a être connue, faisant à elle seule tout l’attrait de la série. Mais qu’on se le dise, les autres dryades ne sont pas à jeter, notamment la brunette Kati (Rebecca Viitala), connue en Finlande pour avoir joué dans les séries Un Nouveau Jour et M. Helsinki. Frida (Malla Malmivaara), une autre nymphe passée du côté obscur, pourchasse ses pairs armée d’un arc et des flèches, ce qui n’est pas sans rappeler la beauté fatale de Hunger Games. Du côté des méchants, on appréciera le satyre Jasper (Pelle Heikkilä) pour sa blondeur décolorée et sa ressemblance à certain Spike dans Buffy contre les Vampires. Les acteurs, s’ils ne sont pas excellents, sont donc assez crédibles dans leurs rôles atypiques et leur interprétation un peu décalée, comme souvent dans les séries nordiques, légèrement surjouée et frisant parfois le second degré.
Sexe, action et clins d’oeil, tous les éléments sont donc réunis pour faire de Nymphs une série pour le moins “croustillante” avec une ambiance apathique et lascive qui lui apporte un côté méditatif et contemplatif.

Nymphs, un hymne à la Femme : 

Car ce qui fait l’attrait de Nymphs est surtout son esthétique raffinée et chatoyante. Les images voilées et vaporeuses se succèdent, dans des teintes claires et des tons pastels. Épurée, envoûtante et onirique, la photographie semble s’inspirer directement des « demoiselles » de David Hamilton (BilitisThe Age of innocence). Hamilton qui s’inspirait lui-même des peintures des nymphes et de la Renaissance et qui choisissait ses modèles parmi des mannequins nordiques. Ici aussi, les femmes sont donc pâles, gracieuses et juvéniles, candides et séduisantes, presque innocentes… Les décors tour à tour classiques, bucoliques, lambrisés, chaleureux. Le caractère romanesque et enchanteur est omniprésent et les images magnifiquement travaillées avec des jeux de lumière, de clair-obscur et de flous conférant une atmosphère poétique à la série.
Nymphs n’est pas une série d’action certes, mais elle pose quelques questions quant à la posture de la femme, ici valorisée et toute puissante malgré une fragilité latente, à la fois pécheresse et soumise à sa nature et son instinct. Une connotation féministe est ainsi envisageable au travers du personnage de Kati (Rebecca Viitala), sorte de guerrière amazone aigrie et violente. Finalement, les nymphes ont le pouvoir de vie ou de mort sur ces hommes qu’elles séduisent et qu’elles utilisent seulement pour se repaître. Elles ne vivent qu’entre elles et certaines se satisferont d’une relation homosexuelle malgré des besoins hétérosexués. Et quand se posera la question de l’amour véritable, d’autres encore seront capables d’égoïsme et de cruauté.

Nymphs est donc une série fantastique édulcorée et poétique garnie de personnages séduisants mis en scène dans des postures lascives et sensuelles. Une série avant tout esthétique et digne d’intérêt malgré quelques incohérences et une langueur sans doute voulue du scénario. Elle plaira sûrement au public féminin amateur de littérature à l’eau de rose et aux adeptes de David Hamilton pour la beauté de sa photographie et de ses interprètes. Le film est actuellement en préparation.

Nymphs : Bande-annonce

Fiche technique : Nymphs

Titre original : Nymfit
Genre : fantaisie, drame
Dirigé par Miikko Oikkonen, Teemu Nikki
Casting : Sara Soulié, Manuela Bosco, Rebecca Viitala, Ilkka Villi, Jarkko Niemi, Pelle Heikkilä, Malla Malmivaara
Pays d’origine : Finlande
No. de saisons : 1
N ° d’épisodes : 12 [ 1 ]
Distribution : MTV3 (Finlande), AVA (Finlande)
Production : Fisher King Production, Matti Halonen, Sarita Harma, Petteri Linnus, Mikko Tenhunen
Musique : Sakari Salli, Tuomas Wäinölä

Novembre 3, 2013 (Allemagne)
24 Mars 2014 (Finlande)

88ème cérémonie des Oscars : Palmarès

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Oscars 2016, le palmarès complet

Pour clore en beauté la « saison des awards », la cérémonie des Oscars a eu  lieu ce dimanche 28 février dans la salle grandiose de 3400 places du Dolby Theater à Los Angeles. La veille, ce sont les traditionnels Razzies Awards qui ont « récompensés » les pires films de 2015, 50 nuances de Grey et Les Quatre Fantastiques s’étant réparties les fameuses Framboises de la Honte. Heureusement, l’Académie des Oscars est là pour nous rappeler qu’Hollywood est avant tout un haut-lieu artistique ainsi que la plus prestigieuse des industries glamours.

Et pourtant, la grande messe du cinéma américaine aura laissé cette année une gout un peu amère, entachée par un soi-disant scandale lié à l’absence d’afro-américains dans les listes de nommés. Une polémique légitime même si elle a été lancée, rappelons-le, par une Jada Pinkett Smith aigrie de ne pas voir son cher et tendre époux nommé et suivi de près par un Spike Lee qui, bien que récompensé par un Oscar d’honneur, a perdu tout crédit en tant que réalisateur après son Oldboy, et tente désespérément de retrouver sa casquette de porte-étendard de la cause black qu’il avait mis de côté depuis longtemps.

Une polémique sur laquelle ne s’est empêché de revenir Chris Rock dans son excellent discours d’ouverture, rappelant notamment que de telles revendications de sa communauté sont la preuve qu’elle a avancé dans son long combat pour les droits civiles. Une problématique qui a fait office de leitmotiv dans de très bons sketchs tout le long de la soirée. Au delà de la question raciale, les intervenants (davantage les remettants que les vainqueurs limités à une quarantaine de secondes pour leurs remerciements) ont livré des prestations succulentes et des discours politiques engagés, faisant de la cérémonie un excellent show comme seuls les américains savent le faire.

Du côté des nominations, il était difficile -hormis dans le cas du meilleur acteur que tout le monde savait être acquis par Leonardo DiCaprio- de s’assurer des pronostics tant chaque catégorie était ouverte et les films présents étant très hétérogène et tous très bons dans leur genre respectif. Et au final, le film le plus récompensé est, de très loin, Mad Max: Fury Road qui a remporté quasiment toutes les catégories techniques.

Parmi les victoires les plus remarquées, il est important de citer celle d’Emmanuel Lubezki dont le travail d’orfèvre sur The Revenant a été unanimement salué, faisant de lui le premier cinéaste, depuis Walt Disney, a recevoir trois années de suite dans la même catégorie après Gravity et Birdman. De la manière, Alejandro González Iñárritu obtient pour la seconde année consécutive la statuette du meilleur réalisateur, ce qui n’avait plus été vu depuis Joseph L. Mankiewicz il y a 65 ans. On peut aussi noter le succès d’Ennio Morricone, qui aura dû attendre d’avoir 87 ans pour enfin recevoir son premier Oscar -hormis un Oscar d’honneur remis en 2007- et devenir ainsi le plus vieil artiste oscarisé de l’Histoire de l’Académie.

Mais les vrais vainqueurs sont indubitablement Leonardo DiCaprio, récompensé pour ce qui est sans conteste le rôle le plus éprouvant de sa carrière, Brie Larson, tout simplement bouleversante en mère courage, et le film Spotlight, dont le scénario prônant le courage et la défense du métier de journaliste ainsi que sa mise en scène très sobre ont su trouver la grâce des votants.

Le palmarès complet des Oscars 2016 : DiCaprio, Spotlight, Iñárritu…

Meilleur film:  Spotlight, réalisé par Tom McCarthy

Les autres nommés:

The Big Short : Le Casse du siècleréalisé par Adam McKay

Brooklynréalisé par John Crowley

Mad Max: Fury Road, réalisé par George Miller

Le Pont des espions, réalisé par Steven Spielberg

The Revenant réalisé par Alejandro González Iñárritu

Room, réalisé par Lenny Abrahamson

Seul sur Mars, réalisé par Ridley Scott

Meilleur réalisateur:  Alejandro González Iñárritu pour

Les autres nommés:

Lenny Abrahamson pour Room

Tom McCarthy pour Spotlight

Adam McKay pour The Big Short : Le Casse du siècle

George Miller pour Mad Max: Fury Road

Meilleur acteur:  Leonardo DiCaprio dans The Revenant

Les autres nommés:

Bryan Cranston dans Dalton Trumbo

Matt Damon dans Seul sur Mars

Michael Fassbender dans Steve Jobs

Eddie Redmayne dans The Danish Girl

Meilleure actrice: Brie Larson dans Room

Les autres nommées:

Cate Blanchett dans Carol

Jennifer Lawrence dans Joy

Charlotte Rampling dans 45 ans

Saoirse Ronan dans Brooklyn

Meilleur acteur dans un second rôle: Mark Rylance dans Le pont des Espions

Les autres nommés:

Christian Bale dans The Big Short : Le Casse du siècle

Tom Hardy dans The Revenant

Mark Ruffalo dans Spotlight

Sylvester Stallone dans Creed

Meilleure actrice dans un second rôle: Alicia Vikander dans The Danish Girl

Les autres nommées:

Jennifer Jason Leigh dans Les Huit Salopards

Rooney Mara dans Carol

Rachel McAdams dans Spotlight

Kate Winslet dans Steve Jobs

Meilleur film en langue étrangère:  Le Fils de Saul réalisé par László Nemes (Hongrie)

Les autres nommés:

A War réalisé par Tobias Lindholm (Danemark)

L’Étreinte du serpent, réalisé par Ciro Guerra (Colombie)

Mustang réalisé par Deniz Gamze Ergüven (France)

Theeb réalisé par Naji Abu Nowar (Jordanie)

Meilleur film d’animation:  Vice-versa, réalisé par Pete Docter et Jonas Rivera

Les autres nommés:

Anomalisa, réalisé par Charlie Kaufman et Duke Johnson

Le Garçon et le Monde, réalisé par Alê Abreu

Shaun le mouton, le film, réalisé par Mark Burton et Richard Starzak

Souvenirs de Marnie, réalisé par Hiromasa Yonebayashi et Yoshiaki Nishimura

Meilleur documentaire:  Amy, réalisé par Asif Kapadia et James Gay-Rees

Les autres nommés:

Cartel Land, réalisé par Matthew Heineman et Tom Yellin

The Look of Silence, réalisé par Joshua Oppenheimer et Signe Byrge Sørensen

What Happened, Miss Simone?, réalisé par Liz Garbus, Amy Hobby et Justin Wilkes

Winter on Fire: Ukraine’s Fight for Freedom, réalisé par Evgeny Afineevsky et Den Tolmor

Meilleur scénario original:    Josh Singer et Tom McCarthy pour Spotlight

Meilleur scénario adapté: Charles Randolph et Adam McKay pour The Big Short : Le Casse du siècle

Meilleure photographie: Emmanuel Lubezki pour The Revenant

Meilleurs décors: Colin Gibson et Lisa Thompson pour Mad Max: Fury Road

Meilleurs costumes:  Jenny Beavan pour Mad Max: Fury Road

Meilleurs maquillages et coiffures: Lesley Vanderwalt, Elka Wardega et Damian Martin pour Mad Max: Fury Road

Meilleur montage:  Margaret Sixel pour Mad Max: Fury Road

Meilleur montage son:  Mark A. Mangini et David White pour Mad Max: Fury Road

 

Meilleur mixage son:  Chris Jenkins, Gregg Rudloff et Ben Osmo pour Mad Max: Fury Road

Meilleurs effets visuels:  Mark Williams Ardington, Sara Bennett, Paul Norris et Andrew Whitehurst pour Ex Machina

Meilleure chanson originale: « Writing’s on the Wall », interprété par Sam Smith, dans 007 Spectre

Meilleure musique de film:  Ennio Morricone pour Les Huit Salopards

Meilleur court métrage de fiction:  Stutterer, réalisé par Serena Armitage et Benjamin Cleary

Meilleur court métrage d’animation:   Bear Story, réalisé par Pato Escala Pierart et Gabriel Osorio Vargas

Meilleur court métrage documentaire:  A Girl in the River: The Price of Forgiveness, réalisé par Sharmeen Obaid-Chinoy

A noter que, parallèlement à la cérémonie, deux Oscars d’honneur ont été remis à Spike Lee, dont les récents échecs ne doivent pas faire oublier à quel point son début de carrière fut remarquable, ainsi qu’à l’ancienne égérie de John Cassavetes, la toujours aussi sublime Gena Rowlands.

 

 

 

 

CinéBD – Le critique de cinéma

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[cinéBD] – Le critique de cinéma

Avant-propos : Depuis déjà 2 ans LeMagduciné vous parle de cinéma et de séries, (c’est sûr qu’avec un nom pareil on ne va pas parler tuning). Au travers de critiques, d’actus, d’interviews, de portraits et de jeu-concours follement amusants, nous essayons de partager au maximum notre passion de l’image qui bouge et qui fait du bruit. Le texte c’est chouette, mais il y a de multiples façons de parler de cinéma : par écrit, en soirée avec des potes, au bar, dans la rue, dans les montagnes russes, dans la salle de bain etc. Nous aurions pu nous lancer dans l’aventure Vidéo, pour engranger des likes et des pouces colorés… Mais on a trouvé encore mieux: la bande-dessinée (parfois vulgairement appelée « roman graphique »)! Car s’il y a quelque chose que l’on aime autant que le cinéma et les smoothies à la banane c’est cet autre art de la narration par l’image.

En collaboration avec Karton-karton, un nouveau blog BD qui gagnera à être connu, nous vous proposerons mensuellement (ou presque) des petites chroniques illustrées avec goût qui aborderont différents aspects du cinéma, déconstruits avec distance, humour et ironie, dans la pure tradition de l’humour glacé et sophistiqué (des fois que l’on nous reproche de ne pas être drôle, au moins nous sommes couverts). Les thèmes seront les plus variés possibles : un genre cinématographique, un métier particulier, un film… Bref le sujet qui nous inspirera en temps et en heures, en espérant que cela vous plaise. Et quoi de mieux pour commencer que de tendre tout de suite le bâton pour se faire battre, en abordant d’entrée de jeu ce fabuleux métier qu’est celui de critique de cinéma.

Ceci n’a pour seul but que de divertir et n’est pas a prendre totalement au sérieux.
Merci de votre attention et bonne lecture (promis les prochaines seront moins longues avec des lettres plus grosses).

la-critique-du-cinema-bd

Pattaya, un film de Franck Gastambide

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Il est beaucoup de films que l’on voit en se disant qu’il s’agit d’une suite inappropriée… et il y en a certains, plus rares, que l’on aurait préféré être une suite assumée. Non pas que Les Kaïra ait été une comédie mémorable, on ne peut pas nier aux trois acolytes de la web-série Kaïra Shopping d’avoir su caricaturer les petites frappes de leurs cités HLM avec un second degré assez pertinent.

Synopsis : Afin de financer leur voyage dans une station balnéaire thaïlandaise, Franky et Krimo n’ont pas de meilleure idée que d’inscrire un nain de leur quartier à un concours de boxe. Mais leur ruse va inévitablement se retourner contre eux, transformant leurs vacances de tourisme sexuel en folles aventures.

Les Kaïras se dorent la pilule au soleil 

Quand, près de quatre ans plus tard, l’un des trois décide d’en réaliser la suite et que les deux autres ne le suivent pas, il aurait mieux fallu que le projet soit mis de côté et retravaillé dans l’attente de la reformation du trio. Mais non, Franck Gastambide est têtu et n’a pas hésité à remplacer ses anciens compères avec une nonchalance très douteuse. Le premier des deux, c’est Medi Sadoun, qui  semble très sollicité depuis Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, puisqu’on l’a vu récemment dans Joséphine S’arrondit et bientôt dans La Dream Team au côté de Gérard Depardieu. Nécessitant son quota de « reubeux » pour rendre sa satire sociétale cohérente,  c’est Malik Bentalha qui se charge d’occuper ce rôle. Le second c’est Jib Pocthier, que l’on retrouvera bientôt dans Les Visiteurs : La Révolution. Devant son refus, et puisque le scénario comporte un nombre incalculable de moqueries envers les personnes de petite taille, il a fallu que Anouar Toubali, un autre nain aperçu dans Les Kaïra, vienne le remplacer. C’est donc avec une troupe de rechange que Gastambide met en boite son scénario qui se construit sur le même schéma que beaucoup de suites, celui du dépaysement (on pense forcément aux récents, et très mauvais, Babysitting 2, Les Profs 2 ou encore Les Tuche 2). Mais qu’aurait gagné ce Pattaya à être Les Kaïra 2 ? Hormis d’être porté par une troupe de comédiens dont la symbiose a déjà fait ses preuves, c’est surtout cette introduction lourdingue, basée sur les explications d’une insupportable voix-off, qui nous aurait été épargnée si nous nous étions retrouvés face à des personnages déjà connus. Après une demi-heure, on finit (enfin !) par se libérer de cette mise en place plombante et fermer les yeux sur ce casting de rafistolage pour entrer dans le lourd du sujet… sauf que, pas de chance, c’est cette première demi-heure qui offrait les situations les plus drôles.

La délocalisation du décor dans cette ville thaïlandaise, haut lieu du tourisme sexuel à présent considéré comme « le paradis des cailleras », a au moins pour avantage d’élargir le potentiel satirique d’un film qui, en s’enfermant dans des blocs d’immeubles (et même si la ville de Melun était dans Les Kaïra une belle source de décalage), s’assurait de tourner rapidement en rond. Pattaya s’assure ainsi un humour décomplexé et politiquement incorrect. Les meilleures idées comiques sont sans doute les nombreuses parodies et autres clins d’œil à la culture populaire, avec surtout la télé-réalité en ligne de mire, et les quelques caméos bien pensés, qu’il s’agisse de Fred Testot ou Cyril Hanouna mais aussi de Seth Gueko et Rim’K dont la présence satisfera les amateurs de rap à qui s’adresse le film. Dans un esprit peu raffiné, très inspiré par certaines comédies américaines, le scénario enchaine sans vergogne les blagues les plus graveleuses sur les nains, les gros, les travelos et tant d’autres sujets si faciles à attaquer. Ce n’est donc pas un hasard si le passage qui se veut le plus drôle du film est un gag scatologique littéralement explosif. Sauf que, là encore, la tonalité comique s’appauvrit rapidement et le réalisateur n’a pas d’autre choix, pour maintenir l’attention du spectateur jusqu’au bout, de faire profiter à sa dernière demi-heure d’une accélération notable du rythme. On en retiendra surtout une scène de fête sur la plage pleine d’énergie. On peut ainsi remarquer que Franck Gastambide a fait, en moins de quatre ans, beaucoup de progrès en termes de mise en scène mais a encore des efforts à faire du côté de l’écriture.

En plus de s’essouffler trop vite, l’humour gras, à force de ne taper que sur les mêmes cibles, dérape souvent dans le pire mauvais gout notamment machiste et homophobe. Au-delà de cet esprit outrancièrement irrévérencieux –qui attirera les spectateurs fatigués d’un cinéma populaire français trop lisse-, l’un des plus gros soucis de ce film est finalement d’être incapable de tirer un autre profit de son changement de décor que l’exploitation de ses paysages exotiques. Etre allé poser sa caméra à l’autre bout du monde pour aller y jouer avec exactement les mêmes clichés que ceux présents dans les banlieues françaises et en limitant les autochtones à un gang de boxeurs nains est en effet un gros gaspillage cinématographique. Même si le talent de transformiste –à défaut de talent d’acteur- de Gad Elmaleh est mis à profit pour rendre rigolo son personnage de gourou au look calqué sur Fu Manchu, il n’apporte pas grand-chose à ce scénario dont le niveau ne s’élève jamais au-delà du niveau intellectuel de ses personnages. A propos des personnages principaux justement, le plus flagrant, et sans aucun le plus avilissant de ce Pattaya, est que son réalisateur-scénariste semble à présent trop déconnecté de l’univers urbain qu’il caricature pour le faire sans tomber dans une représentation aussi désuète que méprisante. Et pourtant, c’est à ceux là même qui sont réduits à leur illettrisme et leur vulgarité qu’est destiné cette comédie. En cela, Pattaya s’inscrit dans cet esprit communautariste qui avilie le cinéma français contemporain et semble rendre légitime les discours les plus haineux d’un coté comme de l’autre du spectre idéologique.

Désireux de pousser jusqu’au bout l’esprit trash de sa satire de la jeunesse des banlieues, en mettant de côté le second degré de son premier film, Franck Gastambide fait preuve d’une telle fainéantise dans l’élaboration de son projet qu’il est légitime de se demander s’il n’a pas financer son film de potes uniquement pour aller profiter du soleil de Thaïlande.

Pattaya : Bande-annonce

Pattaya : Fiche technique

Réalisateur : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Stéphane Kazandjian
Interprétation : Franck Gastambide (Franky), Malik Bentalha (Krimo), Anouar Toubali (Karim), Ramzy Bedia (Reaz), Gad Elmaleh (Le Marocain)…
Musique : Kore, Eric Neveux
Photographie : Renaud Chassaing
Montage : Laure Gardette
Producteurs : Eric et Nicolas Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Cinéma, Gaumont, D8 Films
Distribution: Gaumont Distribution
Durée : 97 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 24 Février 2016
France – 2016