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Suicide Squad: David Ayer se fait déposséder par la Warner: critique

Suicide Squad : Coupe, Montage chaotique, l’échec de l’été 2016 ?

Synopsis : Avec la mort de Superman, Amanda Waller craint l’apparition du prochain méta-humain qui pourrait attaquer l’humanité. Pour prévenir cette possibilité, elle fait adopter le projet Task Force X, visant à utiliser des criminels aux capacités hors-normes pour répondre aux menaces de façon non officielle, et elle a déjà plusieurs noms sur sa liste, comme le tireur d’élite Floyd Lawton « Deadshot », la psychopathe Harley Quinn ou le tueur monstrueux Waylon Jones « Killer Croc ». Alors qu’une force surnaturelle se réveille, Waller appelle le colonel Rick Flag pour prendre le commandement des opérations.

Le monstre de la Warner

La campagne promotionnelle de Suicide Squad était ce qu’on pouvait qualifier d’éreintante. Il ne fait aucun doute que la Warner misait gros sur ce projet qui se devait d’asseoir définitivement la direction artistique que prendrait le DCEU (DC Extended Universe). Alors que la communication était accentuée sur des films de cinéastes, où les réalisateurs devaient tout simplement avoir carte blanche sur leurs œuvres, les choses semblent être bien différentes en coulisses. Reshots imposés par la production, rumeurs sur un changement de ton qui se veut plus léger avec ajouts de touches d’humours suite aux mauvais retours de Batman v Superman etc. Les quelques semaines qui séparaient la sortie faisaient craindre le pire malgré un discours qui se voulait rassurant de la part de la Warner. Non, un changement de direction n’a jamais été à l’ordre du jour. Mais force est de constater que le spectateur à été floué, pris pour un idiot et continue à l’être pendant que tout le monde ayant travaillé sur le film continue à dire que tout va bien dans le meilleur des mondes malgré un film qui est le reflet de sa production chaotique et tout un tas d’informations concrètes qui nous indiquent que l’on a une oeuvre différente de ce qu’elle a été initialement pensée. Pour preuve, on prendra l’excellent article du Hollywood Reporter qui révèle les coulisses de la production, les affirmations de Jared Leto qui indique que beaucoup de ses scènes ont été enlevées de la version finale ainsi que la description plausible du montage initial qui est apparu il y a peu. Tout indique qu’on aurait dû avoir un meilleur film que ce que l’on a eu, car oui Suicide Squad est une déception, Warner ayant perdu son sens froid et changé de direction au dernier moment, ce qui sacrifia le film de Ayer au profit d’un produit mal conçu qui se veut fun et subversif mais qui n’est que poudre aux yeux pour cacher le fait que l’on est face à une oeuvre terriblement classique.

Cependant tout ici ne peut pas être reproché aux erreurs de montage. Même si elles n’arrangent évidemment rien, il faut reconnaître que David Ayer déçoit aussi dans l’écriture de ses personnages. Il ne s’est jamais imposé par sa finesse en tant que cinéaste mais c’est ce qui faisait de lui l’homme de la situation, c’est dans son style bourrin qu’il trouve toute sa fulgurance et qu’il parvient à brosser le portrait de personnages borderlines avec une rare justesse. Surtout qu’il pouvait trouver ici le moyen de briller dans le film de groupe, genre qu’il explore depuis peu avec plus ou moins de réussite – dans Sabotage il avait du mal à gérer la cohésion d’équipe mais il s’améliorait avec son Fury – et qui se devait ici d’être son apothéose. Là, il choisit la facilité, celle de former des duos plutôt que s’intéresser à tout ses personnages. Il brille lorsqu’il met en relations deux personnages avec des personnalités différentes, c’est même le cœur de sa filmographie, il suffit de voir End of Watch pour voir avec quelle aisance il gère le buddy movie. On retrouve ça par petites touches ici, à travers la confiance qui se créée entre Deadshot et Harley Quinn, la relation conflictuelle entre Rick Flag et Amanda Waller ou encore à travers le personnage de El Diablo. Il essaye de rendre authentiques ses personnages, de les amener à être moins manichéens mais par la même occasion il dénature ses intentions, ils n’ont plus rien des méchants qu’ils sont supposés être et deviennent des héros lambda et inintéressants. L’histoire de Deadshot qui se rêve en bon père de famille tout comme la backstory et les motivations de El Diablo sont de banals récits de rédemption, qui accumulent beaucoup de pathos et qui tombent dans un classicisme que le film aurait pourtant aimé éviter. Le film se fait plus pertinent quand il explore la psyché de Harley Quinn, le personnage étant illogique dans ses réactions mais est le parfait reflet de sa folie débordante. Elle ne rentre dans aucun moule et arrive à être fidèle à sa représentation dans le comics tout en s’y imposant en marge, le personnage trouvant une dimension psychologique plus profonde et bienvenue dans ses discours parfois méta qui prouvent que derrière sa folie, elle reste consciente du monde qui l’entoure et décide d’en être une satire.

C’est dans sa relation avec le Joker que celle-ci se voit au final limitée. D’abord parce que la relation est édulcorée au possible par rapport à ce qu’elle aurait mérité d’être – si on se fie à la description du montage initial – tandis que le rôle du Joker est totalement sacrifié. Il n’est réduit qu’à un intérêt romantique qui apparaît dans le récit sans raisons valables et qui n’est pas assez développé pour qu’on puisse se faire une quelconque idée sur sa personnalité. Il est un personnage fonction qui sert de backstory a Harley Quinn et il n’a ni l’envergure ni l’aura fascinant qui nous à tant fait aimer le personnage par le passé. C’est quelque chose qui transparaît aussi à travers la performance de Jared Leto qui oscille entre le pur génie et le cabotinage incontrôlé. Il est clair qu’il a compris l’essence du personnage et qu’il en joue habilement mais c’est là que les problèmes de montage rentrent en jeu. Il est réduit dans cette version à des scènes beaucoup trop cut pour s’imposer dans le temps et marquer une scène. Ses apparitions sont bien trop furtives, alors que dans des scènes comme la torture de Harley Quinn ou celle où il tente d’intimider quelqu’un – la fameuse phrase « I can’t wait to show you my toys » présente dans de nombreuses bandes annonces n’est même pas là -, le film gagnerait à prendre son temps pour instaurer un vrai sentiment de malaise et rendre son Joker mémorable. Pour le moment, on attendra une de ses prochaines apparitions pour voir s’il est convaincant ou pas. Ce traitement chaotique touche au final tous les personnages, notamment dans leur introduction laborieuse lors des 20 premières minutes qui délaissent toute fluidité pour un montage clipesque de mauvais goût alourdi par une surcharge sonore agaçante, le film enchaînant les musiques comme un juke-box. La plupart des échanges entre les protagonistes, leurs personnalités et même l’humour que certains sont censés amener, tout ça se voit chambouler par un montage désastreux qui cherche le fun sans parvenir à le trouver et c’est d’autant plus décevant car, par moments, on aperçoit vraiment l’efficacité dans la dynamique du Suicide Squad qui dessine le contour d’un film guerrier attachant qui évolue dans un univers gangta authentique et plutôt bien retranscrit.

On ressent bien la patte de Ayer à travers cet univers, notamment dans le deuxième acte – le plus réussi -, qui dévoile les bases d’un film solide et prenant mais qui se voit étouffer par une envie du studio d’être une « Marvel machine », chose totalement en marge des intentions du cinéaste. Celui-ci lorgne plus vers le cinéma de Peckinpah et aurait aimé s’imposer en film d’action old school qui renvoie aux meilleurs des séries B des années 80. C’est quelque chose qui se ressent assez lorsque le Squad est bloqué dans la ville, la mission ne s’étalant que sur une nuit et la mise en situation rappellerait presque un bon vieux film de zombies ou même un New York 1997. Il y a de vraies intentions de réalisation et une mise en scène efficace lors de ce long passage qui se montre énergique mais qui sait aussi prendre le temps de respirer, chose qui manque au reste du film. On est clairement avec ce deuxième acte dans le film que voulait faire Ayer – jusque dans le score musical plus posé et inspiré de Steven Price qui prend le pas sur les morceaux pop – mais il est pris entre un début laborieux, qui sort tout droit d’un mauvais clip de rap malgré une ou deux scènes plutôt bien emballées, et un climax insignifiant et visuellement assez laid dans son abattage d’effets spéciaux mal finis. Surtout que le climax est globalement illisible en raison d’un sens du cadrage assez aléatoire notamment dans une partie qui se passe sous l’eau qui est incompréhensible ou encore faute à un montage bien trop rapide. L’autre problème de cette fin c’est aussi qu’elle est limitée par un méchant tout bonnement ridicule. Non seulement il n’est pas aidé par la mauvaise prestation de Cara Delevingne mais en plus le personnage est délaissé par un script qui n’est ni capable de correctement dévoiler ses motivations ni créer d’enjeux autour de ce qu’il représente. Sa relation avec Rick Flag, joué par un Joel Kinnaman inexpressif, n’est pas autant mise en avant qu’elle aurait dû être, ce qui laisse le développement romantique totalement accessoire alors qu’il aurait dû servir de moteur dramatique. Ici, même si cela avait été l’intention de base, le peu de place laissée aux deux personnages ne permet pas à la sous-intrigue qui les concerne d’avoir l’envergure qu’elle devrait. De manière générale c’est tout le background émotionnel qui est laissé de côté pour pouvoir mettre plus en avant Will Smith et Margot Robbie, les deux seuls à avoir des personnages qui évoluent. C’est surtout dû à cette version, qui mise tout sur ses deux plus grandes stars pour emmener le spectateur et il faut reconnaître que cela fonctionne par moments. Margot Robbie est excellente campant une Harley Quinn sensationnelle et plus nuancée qu’on aurait pu le croire, et Will Smith, même si il ne chamboule pas son registre de jeu, convainc en prenant vraiment plaisir à être là nous renvoyant par moments à ses meilleures rôles des années 90.

Suicide Squad est donc un film victime de son montage, qui est incapable de lui faire honneur. Même si le film a des défauts qui lui sont propres, notamment un méchant ridicule, des dialogues parfois un peu faibles et des personnages pas aussi borderlines qu’ils le devraient, il faut reconnaître que c’est dans son montage qu’il déçoit le plus. Le classicisme de l’oeuvre étant imputable à l’écriture de Ayer qui joue la facilité et mise sur des clichés du genre super-héroïque mais la phase de montage est aussi une écriture du film, celle qui lui impose un rythme, une structure et c’est désolant de voir qu’ici cela a été pris à la légère. Le résultat est brouillon, incohérent et on se retrouve face à un produit mal fini qui manque de fluidité et sacrifie ses fulgurances par un manque de développement. On en vient donc à la conclusion qu’il est difficile de juger un film dont on n’a vu qu’un aperçu, ce montage de Suicide Squad n’étant qu’un ersatz de l’œuvre initial de David Ayer. On y entrevoit ses faiblesses dans son aspect trop sage mais aussi ses qualités dans son envie d’être un film guerrier avec du cœur et de la personnalité tout en ayant un casting attachant et en étant plutôt bien emballé. Peut être qu’une autre version du film, une qui serait plus poussée dans ses développements pourra faire exploser tout le potentiel de ce Suicide Squad, mais en l’état, même si tout n’est pas catastrophique et que le film est par moments vraiment efficace, on ne peut qu’être déçu. Le DCEU ne parvient donc toujours pas à consolider ses bases et trouver une direction précise. Les producteurs tâtonnent dans le noir et suivent le sillage de la concurrence Marvel – ici avec une scène post-générique inutile et des caméos mal amenés – tandis que les cinéastes se voient limités dans leurs visions pourtant géniales de leurs personnages qui pourraient vraiment transcender le catalogue DC.

Suicide Squad : Bande annonce

Suicide Squad : Fiche Technique

Réalisation : David Ayer
Scénario : David Ayer
Interprétation: Will Smith (Floyd Lawton/Deadshot), Margot Robbie ( Harleen Quinzel/Harley Quinn), Jared Leto (Joker), Joel Kinnaman (Rick Flag), Viola Davis (Amanda Waller), Cara Delevingne (Dr. June Moone/l’Enchantresse), Jai Courtney (Digger Harkness/Captain Boomerang)…
Image : Roman Vasyanov
Montage: John Gilroy
Musique: Steven Price
Costumes : Kate Hawley
Décor : Oliver Schol
Producteur : Charles Roven et Richard Suckle
Société de production : Warner Bros., Atlas Entertainment, DC Entertainment, Dune Entertainment et Lin Pictures
Distributeur : Warner Bros. France
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleurs maquillages et coiffures pour Alessandro Bertolazzi, Giorgio Gregorini et Christopher Nelson
Durée : 123 minutes
Genre: Super-héros
Date de sortie : 3 août 2016

Etats-Unis – 2016

 

The Path saison 1: Critique série

Produit par Jessica Goldberg (Parenthood) et Jason Katims (Friday Night Lights, Parenthood), le mouvement du meyerisme raconté dans The Path présente une société atypique qui ostracise quiconque renie leur doctrine. Ainsi, cloîtrés derrière leurs barricades, les activistes du mouvement s’adonnent à une vie remplie de mysticisme où maisons et lieux de travail abritent notamment autels et objets portant le symbole de leur culte (qui est un œil gravé dans le bois).

Synopsis : Au sein d’un mouvement appelé le Meyerisme, les adeptes tentent de s’élever spirituellement… et se perdent parfois entre les dilemmes moraux, la quête de pouvoir ou encore en mettant leur foi à l’épreuve. A la suite d’une retraite, Eddie Lane, assailli par les doutes, décide qu’il est temps pour lui de partir, quitte à faire voler son mariage en éclats. Très vite, il se rend compte que cela lui est impossible sans mettre sa vie en danger…

Plus qu’une série sur un culte, la série créée par la plateforme de streaming Hulu aura brillamment réussi à développer une histoire humaine avec ses trois personnages principaux, Eddie Lane (interprété par Aaron Paul, Breaking Bad, Need for speed), Sarah Lane (jouée par Michelle Monaghan, True Detective) et Cal Roberts (Hugh Dancy, Hannibal, The Big C). La famille Lane, évoquée dans la série comme les Kennedy du mouvement, est composée d’Eddie, Sarah, Kal (Kyle Allen) et de la cadette Summer (Aimee Laurence). Les Lane se révèlent être une famille en plein éclat, confrontée par l’affliction que suppose un mariage d’une dizaine d’années qui perd de son souffle. Le drame familial vécu par les Lane n’est pas arrangé par l’arrivée de l’élément perturbateur et véritable vilain de la série, Cal. Ce personnage aux multiples facettes, se caractérise par le narcissisme, la luxure, le désespoir et la jalousie, qui font de lui un des personnages les plus complexes et intéressants de la série avec Eddie.

Ainsi, alors que Cal campe le rôle du fidèle le plus dévoué (et le plus torturé) du mouvement et Sarah celui de la croyante par excellence qui ne remet jamais en cause le culte, Eddie est présenté par Jessica Goldberg (créatrice du show) comme « l’être le plus transcendé par le meyerisme ». En effet, hanté tout au long de la saison par des visions (hallucinations de son frère décédé, visions d’oiseaux morts et d’un serpent rampant, projection au Pérou et prédiction de l’infidélité de sa femme avec Cal), l’expérience vécue par Eddie laisse présager qu’il pourrait prendre la tête du mouvement. Aussi, nous sommes en même de nous demander si Eddie ne questionnerait-il pas l’interprétation de la doctrine du culte plutôt que le culte en lui même.

Même la toute dernière scène où Eddie voit le leader et fondateur du meyerisme, le Docteur Steven Meyer (joué par Keir Dullea), soulève des questions : Eddie était-il physiquement au Pérou bien qu’on ne le voit pas prendre l’avion ? Et surtout, il porte toujours les même vêtements à chaque fois qu’il se projette à Cuzco. Alors, peut-on interpréter tout cela comme un signe de sa foi ? Enfin, il serait intéressant de s’interroger sur la signification du serpent. En effet, montré pour la première fois lors de l’épisode pilote, c’est un python rampant sur le corps du Docteur Meyer qui est l’élément déclencheur de l’avalanche de doutes qui va ravager Eddie tout au long de la saison 1. Or, lors du dernier épisode, on retrouve ce même serpent ramper sur Eddie alors que celui-ci est endormi. Vous aviez dit signe ?

Portée avec brio par Aaron Paul, Michelle Monaghan et Hugh Dancy, cette première saison a été acclamée avec raison par la critique américaine et justifie sans grand étonnement son renouvellement par Hulu pour une seconde saison. L’occasion pour Eddie, Sarah et Cal de convaincre plus de spectateurs de rejoindre leur univers meyeriste.

The Path  Saison 1 : Bande Annonce (VO)

The Path : Fiche Technique

Créateur : Jessica Goldberg
Casting : Aaron Paul (Eddie Lane), Michelle Monaghan (Sarah Lane), Cal Roberts (Hugh Dancy), Rockmond Dunbar (Abe Gaines), Emma Greenwell (Mary Cox), Kyle Allen (Hawk Lane), Paul James (Sean Egan), Minka Kelly (Miranda Frank), Sarah Jones (Alison)
Musique : Will Bates
Production : Lucid Road Productions, True Jack Productions, Universal Television
Genre: Drame
Format: 10 épisodes de 1h
Diffuseur : Hulu
1ère diffusion de la saison 1 : 30 mars 2016

Etat-Unis – 2016

Ma vie de chat, un film de Barry Sonnenfeld : Critique

Ma vie de chat, une comédie animalière aussi banale qu’inoffensive dont le visionnage se justifie avant tout par l’aridité cinématographique de cette période estivale.

Synopsis : Tom Brand, un riche homme d’affaires new-yorkais, travaille sans relâche, quitte à négliger sa famille. Pour preuve, il a même failli oublier l’anniversaire de sa fillette… Pour se rattraper, il décide de lui offrir un chat et se rend dans une animalerie reculée, où il jette son dévolu sur Mister Fuzzypants. Il repart avec le félin sous le bras, mais c’est sans compter sur un drame de dernière minute : il est victime d’un terrible accident qui le plonge dans le coma.  C’est alors que son esprit passe dans le corps de Mister Fuzzypants ! Pour Tom, c’est le début d’une nouvelle vie : une vie de chat ! 

Ma vie de chat s’inscrit dans la lignée des « talking animals movies », genre essentiellement destiné aux enfants consistant à faire parler des animaux, dont la popularité a été forgée par des films comme Babe le cochon, Stuart Little, Le chihuahua de Beverly Hills ou encore Garfield. Ici, on se trouve face à un schéma plutôt classique, voire canonique, qui reprend le canevas narratif d’un conte initiatique en le revisitant mollement à la sauce moderne. Un homme d’affaires égoïste et mégalomane est victime d’une malédiction qui l’oblige à vivre dans le corps d’un chat, épreuve douloureuse qui va peu à peu entraîner chez le personnage une prise de conscience décisive. Il va se rapprocher de sa famille, réviser ses priorités, se rendre compte de la tristesse de sa fille en manque de figure paternelle, redécouvrir l’importance de l’amour qu’il porte à sa femme, et lever le voile sur un complot professionnel de grande ampleur orchestré par ses ennemis de toujours. En ce sens, l’histoire, naïve et gentillette, peut être envisagée comme un récit d’apprentissage pour enfants. Le long-métrage leur inculque des valeurs solides, comme l’amour, le partage, l’honnêteté, etc. Sur le fond, le message, certes très simple et lisible, reste valable et présente des vertus éducatives sympathiques. 

Ma vie de chat a pour ambition d’être résolument moderne. Mais, là où l’on s’attend à une slasptick comedy féline 2.0, on assiste en fait à un résultat plat et convenu aux gags paresseux qui ne parviennent pas à nous arracher un seul éclat de rire. Les répliques sont minimalistes et répétitives, les situations dans lesquelles le chat tente de prouver qu’il est humain ne sont pas suffisamment décalées pour être humoristiques, et la storyline verse carrément dans le déjà-vu un poil ringard. Amitié complice entre un enfant et un animal intelligent, aventures saugrenues et enjeux ultra-prévisibles sont les ingrédients basiques de ce long métrage qui louche vers les fictions familiales des 90’s un peu loufoques (du type Maman j’ai raté l’avion), mais sans parvenir à en reprendre l’inventivité. Reste alors un maigre contenu qui déçoit par ses stéréotypes intempestifs : entre la mère de famille oisive qui attend que son mari rentre à la maison en dépensant son argent, la fillette toute gentille victime d’une peste en puissance qu’on dirait directement sortie d’un cartoon, et ainsi de suite. Ajoutons à cela des décors kitsch à souhait et des effets spéciaux carrément douteux, et on obtient un film qui ne tient pas ses promesses et qui n’est pas à la hauteur des attentes.

Restent cependant quelques meubles à sauver. D’une part, le concept amusant offre un minimum de divertissement : c’est toujours drôle de voir une bestiole parler, en tout cas les cinq premières minutes. Quand on est enfant, et donc moins exigeant, on s’amuse de voir un petit chat dans des postures insolites, et la confrontation de deux univers radicalement opposés (animaux domestiques VS monde des affaires) engendre un décalage comique qui marche toujours chez les plus jeunes. Le parallèle est efficace : le monde de l’enfance se confronte à celui des adultes, deux visions s’opposent, et des morales en sont tirées. D’autre part, les acteurs qui servent cette fable enfantine jouissent d’une renommée solide et s’imposent comme des têtes d’affiches convaincantes qui attirent forcément le chaland, entre un Kevin Spacey charismatique en avatar de Trump et un Christopher Walken toujours aussi allumé qu’on apprécie de retrouver dans un rôle farfelu qui lui laisse tout loisir de cabotiner : ça fait toujours plaisir !

En bref, Ma vie de chat avait matière à s’imposer comme un divertissement familial de qualité, drôle et moderne, servi par un casting de choix. Mais face à l’absence d’humour, l’histoire banale et désuète, les messages simplets et l’intrigue aussi minimaliste que prévisible, on ne peut que constater l’échec d’un projet qui sur le papier avait beaucoup à offrir mais qui à l’écran déçoit et ennuie. Sans être non plus un ratage total, cette comédie animalière potable passe le temps mais s’oublie aussitôt. 

Ma vie de chat : Bande annonce

Ma vie de chat : Fiche technique

Titre original : Nine Lives
Réalisation : Barry Sonnenfeld
Scénario : Dan Antoniazzi et Ben Shiffrin
Interprétation : Kevin Spacey, Jennifer Garner, Christopher Walken, Robbie Amel, Malina Weissman…
Photographie : Karl Walter Lindenlaub
Décors : Michael Wylie
Musique :  Evgueni Galperine et Sacha Galperine
Durée : 87 min
Genre : Comédie animalière, fantastique
Date de sortie en France : 3 août 2016

France, Chine – 2016

 

 

TCM Cinéma : Le gouffre aux chimères, un film de Billy Wilder : Critique

La question n’est pas de savoir si aujourd’hui Charles Tatum travaillerait pour CNN ou Fox News mais bien de comprendre en quoi Billy Wilder a su anticiper les dérives amorales des médias de masse.

A retrouver sur TCM Cinéma et TCM à la demande à partir du 7 août 2016

Synopsis : Devenu persona non grata dans les plus grandes métropoles, l’opportuniste journaliste Charles Tatum se retrouve contraint de travailler pour une gazette locale d’Albuquerque. Après plusieurs semaines à couvrir des faits divers sans intérêt, il décide de tirer parti de la couverture médiatique d’un accident survenu dans une mine. Sa mise en scène machiavélique va toutefois prendre une ampleur qu’il n’imaginait pas, au risque de lui échapper.

Et l’Homme créa… l’information continue

C’est l’histoire d’un journaliste qui opéra à Vienne puis à Berlin et qui, une trentaine d’années plus tard, sera reconnu comme la figure de proue de la screwball comedy hollywoodienne. C’est l’histoire de Billy Wilder. Un des plus grands génies du cinéma du siècle dernier dont il serait en fait dommage de réduire l’œuvre à ses comédies, sans prendre en compte qu’il commença sa carrière de réalisateur en signant l’un des tout premiers films noirs (Assurance sur la mort, 1944), un irrésistible drame sur l’alcoolisme (Le Poison, 1945) et la critique la plus acerbe jamais faite d’Hollywood (Boulevard du crépuscule, 1950). C’est après le succès de ce dernier que Billy Wilder s’est décidé à produire son premier film, dont il préparait l’écriture depuis deux ans. A partir d’une trame que lui a fourni Walter Newman -un jeune auteur de radio qui, 5 ans plus tard, rédigera le scénario du tout aussi fataliste L’Homme au bras de fer-, le cinéaste s’inspira de deux odieuses histoires vraies : Le Prix Pulitzer 1926 remis à un journaliste pour sa participation infructueuse au sauvetage de la victime d’un éboulement et l’emballement médiatique contre-productif autour de la mission de secours d’une fillette tombée dans un puit en 1949. Deux tristes anecdotes qui eurent au moins le mérite de servir à Billy Wilder de support à l’expression de son mépris, tiré de sa propre expérience, envers le sensationnalisme journalistique et le voyeurisme malsain exacerbé par les effets de masse. Le traitement visionnaire de ces deux thématiques aboutit à un terrible échec commercial… réhabilité au fil des années et de l’évolution des grands médias.

Un film qui fustige autant l’appât du gain que la soif de sang

Avec le recul que l’on en a 65 ans plus tard, en l’état du spectre médiatique actuel, on aimerait pouvoir affirmer que, après les coulisses du grand écran dans Sunset Boulvard, Billy Wilder s’en est pris à celles du petit écran. La vérité est plus complexe. D’abord, parce que, en 1951, la télévision est un objet rare, et que, si l’on aperçoit dans le film quelques caméras aux abords de la mine, c’est bien la presse écrite qui était alors le média de masse le plus influent. Un temps révolu mais superbement mis à profit par le scénario. Ensuite parce que Tatum n’est pas seulement un journaliste dépourvu de déontologie : sa maîtrise des événements et leur fictionnalisation à des fins lucratives font aussi de lui un metteur en scène. Peut-on alors parler, a propos du Gouffre aux Chimères, de métafilm ? On peut au moins voir dans son personnage une projection de la part sombre de son créateur, et alors espérer que cet exercice introspectif aurait eu de quoi pousser les spectateurs à eux-aussi se retrouver dans le reflet ainsi offert de cette société dans laquelle l’information s’est muée en entertainment. Un constat et un effort que le public n’était malheureusement pas prêt à accepter en 1951. Mais, bien au-delà de cette mise en abyme, et du refus d’autocritique de la part des spectateurs, Le Gouffre aux Chimères reste avant une farce macabre d’une redoutable efficacité qui se révèle finalement moins sévère envers le personnage de son acteur principal qu’envers ses personnages secondaires et ses nombreux figurants.

Même si le retournement moral final, et même sans doute l’intégralité de la conclusion, sont quelque peu bâclés, on ne peut nier que Tatum va connaitre dans les vingt dernières minutes du film une certaine phase rédemptrice. Peut-être ce choix est-il le plus gros reproche que l’on puisse faire à Wilder, son film pouvant alors être qualifié de moralisateur. En revanche, ni la femme de la victime ni le shérif corrompu ne remettront en question leur propre comportement vénal. Deux personnages qui justement étaient, au départ, soulagée pour l’une, mal à l’aise pour l’autre, par le drame mais qui n’ont saisi qu’ils avaient à y gagner qu’à travers les manigances de Tatum. Aux yeux de Wilder, la déshumanisation au profit de l’appât du gain semblerait presque contagieuse. Mais ce n’est pas une quelque cupidité qui anime les centaines de badauds qui affluent par dizaines de voitures puis par trains spécialement affrétés et feront des abords de la mission de sauvetage un véritable parc d’attractions. Il semblerait que ce soit pour ces américains moyens prêts à faire de la survie d’un homme victime d’un regrettable accident le prétexte à une destination touristique, que le réalisateur a le plus de dégoût. Cela se ressent d’ailleurs dans le fait que le scénario ne laisse la place qu’à deux répliques à un couple qui eux-mêmes seront les seules figures identifiables de cette foule, filmée tel un troupeau impersonnel. Le comble de la déshumanisation. Ce choix peut également être perçu comme une mauvaise idée car il a indubitablement empêché le public de s’identifier à ces spectateurs et donc ni de profiter de l’ingénieux effet-miroir ni d’adhérer au discours éthiquement alarmant du long-métrage.

Comme beaucoup de films en avance sur leur temps, Le Gouffre aux Chimères fut longtemps perçu comme un film maudit, que la Paramount tenta même de ressortir avec un montage et un titre différent, mais la popularité de Kirk Douglas n’y fit rien et la critique (la presse écrite soit dit en passant) fut très sévère envers le film. Puisque ce n’est finalement que parce que les dérives annoncées par Wilder, à propos de la surenchère du sensationnalisme de la part des journalistes en quête de scoops et de l’appétence grandissante du public pour les faits divers macabres, sont devenus le pain de chaines d’infos continues omniprésentes que son film est devenu une référence. Peut-on alors parler de bonne nouvelle ? Au moins un juste retour des choses.

Le Gouffre aux chimères : Bande-annonce VO

Le gouffre aux chimères : Fiche technique

Titre original : Ace in the Hole ou The Big Carnival
Réalisation : Billy Wilder
Scénario : Billy Wilder, Walter Newman, Lesser Samuels
Interprétation : Kirk Douglas (Charles Tatum), Jan Sterling (Lorraine Minosa), Porter Hall (Jacob Q. Boot), Frank Cady (Al Federber), Robert Arthur (Herbie Cook), Richard Benedict (Leo Minosa)…
Image : Charles Lang
Montage : Arthur P. Schmidt et Doane Harrison
Musique : Hugo Friedhofer
Direction artistique : A. Earl Hedrick
Costumes : Edith Head
Décors : Hal Pereira, Sam Comer, Ray Moyer
Production : Billy Wilder
Société de production : Paramount Pictures
Budget : 1 800 000 $
Société de distribution : Paramount
Genre : Drame
Durée : 111 minutes
Date de sortie : 2 avril 1952

Etats-Unis – 1951

Un festival qui promet d’être… étrange!

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Plus qu’un mois avant la 22ème édition de l’Etrange Festival!

Devenu un événement annuel incontournable pour les cinéphiles parisiens et autres amateurs de films trop radicaux pour qu’ils soient vus dans les grands circuits de distribution, l’Etrange Festival nous promet une nouvelle fois un programme riche en sensations fortes.

Et qui dit Festival, dit compétition, et donc un prix à remporter remis par un jury dont on ignore encore la composition. Ici, et pour la septième année consécutive, le pompon à décrocher est le Grand Prix Nouveau Genre, qui en vérité n’est « Grand » que depuis l’an dernier. Qui succèdera à La Peau de Bax, le vainqueur de l’an dernier ? On ne sait pour l’instant qu’une chose, c’est le nombre de longs-métrages en compétition : 22.

Tous les titres ne sont en revanche pas encore connus. Quelques titres seulement. Parmi ceux-ci, l’intrigante histoire de sirènes polonaises The Lure, le très attendu Transfiguration qui a fait son effet à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, Girl Asleep, remarqué pour son formalisme poétique quant à lui au Festival du Film Fantastique de Neuchâtel, et bien sûr Poésie sans Fin, le nouveau film d’Alejandro Jodorowsky, grand habitué du Festival.

A noter que ces 22 films ne chercheront pas uniquement à acquérir l’approbation du jury, mais aussi à conquérir le public qui, dans un exercice de démocratie, sélectionnera le vainqueur du bien nommé Prix du Public. Pour l’anecdote, celui-ci fut remis l’an dernier au très psychédélique Moonwalkers.

L’Etrange Festival sera aussi l’occasion de découvrir toute une flopée de films inédits et d’avant-premières, eux-mêmes divisés en deux catégories :

Les « Nouveaux talents » qui, comme leur nom l’indique, s’annoncent comme un vivier de premiers films de jeunes réalisateurs qui seront probablement de futurs noms à suivre. Parmi eux, la française Julia Ducournau dont le film Grave (qui sortira en salles en mars prochain) interroge à sa façon sur le végétarisme, le duo Alberto Vázquez/Pedro Rivero qui signe le film d’animation Psiconautas, ou bien encore Adilkhan Yerzhanov qui nous fera découvrir l’un des rares films fantastiques Kazakhs.

La section « MondoVision » consacrée à la création anticonformiste venue des quatre coins du monde : Du Japon évidemment, avec notamment Himeanole de Keisuke Yoshida, ou de Taiwan avec le délirant When geek meets serial killer. Sans oublier l’occasion de découvrir le film, français lui, d’animation Un rêve solaire qui est tout de même le premier long-métrage de Patrick Bokanowski depuis pas moins de 33 ans.

Le festival sera aussi l’occasion de découvrir au moins deux documentaires : Le très masochiste Etre cheval et surtout un documentaire consacré au cinéma étrange, s’il en est, du trublion nippon Sono Sion.

Le clou de l’Etrange Festival sera, pour le plus grand plaisir des amateurs du cinéma trash des années 80, un focus consacré à Frank Henenlotter qui viendra nous présenter les plus cultes de ses films : les deux premiers opus de sa trilogie Frère de sang, Frankenhooker et Elmer, le remue-méninges.

Ne ratez donc pas cet événement cinéphilique qui promet encore d’autres surprises et pépites. A commencer par sa sélection de courts-métrages et ses Cartes Blanches accordées à des cinéastes influents (il s’agissait l’an dernier de Ben Wheatley) et toujours riches en petites perles.

BoJack Horseman saison 3 : Critique

BoJack Horseman est sans doute la plus drôle, la plus mélancolique et la plus cynique des séries actuelles. Et pas seulement des séries d’animation.

Synopsis: Vedette très appréciée d’une sitcom des années 1990, BoJack Horseman vit aujourd’hui à Hollywood, rejeté de tous et se plaignant de tout. De nos jours, on le suit alors qu’il tente de retrouver la célébrité avec une autobiographie écrite par sa nègre littéraire, Diane NGuyen. BoJack jongle entre une vie de débauche et des amis souvent encombrants : Princess Carolyn, tour à tour sa petite amie, son ex-petite amie et son agent, Todd Chavez, qui habite chez lui et se considère comme son colocataire, et Mr. Peanutbutter, son ami et ennemi à la fois, héros d’une sitcom du même style et de la même époque que BoJack, mais ayant toujours du succès.

Après une excellente première saison et une seconde tout bonnement magistrale, le cheval déchu le plus narcissique de la télévision est de retour pour une troisième mouture. On avait quitté BoJack au fond du gouffre, dans un état de lamentation mélancolique alors que paradoxalement il venait de finir le tournage de Secretariat, le film censé le remettre en selle. Et c’est là tout l’intérêt de cette saison, Secretariat est un succès critique et public et le film se lance donc dans la course aux Oscars. Qui plus est, BoJack est le genre de profil qui plaît, un acteur has-been qui revient sur le devant de la scène (au hasard Matthew McConaughey et Michael Keaton ces dernières années) dans un biopic auteurisant. A ce stade de sa carrière, il ne cherche que la consécration et la reconnaissance de ses pairs pour pouvoir exister, être immortel. Mais la course aux Oscars, avec ses magouilles et ses pots de vin, sera un long chemin semé d’embûches. Mais au fond, qu’est-ce-que ça lui apportera ?

Horsenication

Ce qui frappe en trois saisons, c’est l’imperceptible changement de ton de la série qui s’éloigne de l’hilarité des débuts (tout en conservant l’humour si atypique de la série) pour toucher la mélancolie de l’existence et la tragédie de ce personnage auto-destructeur. BoJack n’a pas changé. Il boit, fume et baise toujours autant. Il n’est pas reconnaissant des gens autour de lui qui se donnent corps et âme pour faire de lui la star et l’acteur talentueux qu’il a toujours été. Ce mode de vie ne lui permettra pas de guérir de sa solitude maladive alors qu’il continue de détruire tout ce qu’il touche, y compris ses relations. Ce qui est génial dans la série de Raphael Bob-Waksberg, c’est qu’elle casse tous les codes. Les attentes des spectateurs sont toujours autant désamorcées. Toutes les relations naissent et finissent dans l’absurdité la plus totale, soit l’absurdité de la vie. BoJack vit dans un monde où les relations naissent aussi vite qu’elles disparaissent. Un monde où l’on est amené à rencontrer de nouvelles personnes tous les jours, à les côtoyer professionnellement puis les oublier et en rencontrer d’autres. C’est ainsi que des personnages que l’on va suivre pendant une dizaine d’épisodes viennent à disparaître dès leur « rôle » auprès de BoJack terminé. C’est cette mélancolie de la vie qui, avec une telle sensibilité et un tel cynisme sublime la série et fait de BoJack Horseman l’une des séries les émouvantes du paysage audiovisuel actuel.  Ce qui est extrêmement intéressant également, c’est que la série ne touche pas que BoJack. Cette solitude dans la vie touche également tous les personnages de la série, dont le thème principal est l’insatisfaction existentielle. C’est là toute la force de la série de Raphael Bob-Waksberg qui parvient à développer correctement tous ses personnages, comprenant des intrigues personnelles (en marge de l’histoire de BoJack) et des psychologies travaillées et singulières.

Quand bien même la mélancolie est plus présente cette saison, la série n’en oublie pas moins de rester un modèle d’humour cynique. Voir ce cheval se dépêtrer dans des problèmes de stars puéril a quelque chose de grinçant et jubilatoire envers cette industrie du rêve qui en prend, comme toujours, pour son grade. Encore plus à l’heure des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et du contrôle de son image dans les médias et sur Internet. BoJack Horseman reste donc toujours cette critique féroce des travers d’Hollywood et des maux de notre société moderne. L’an passé, des moments de grâce fulgurants apportaient une plus-value indéniable à la série, comme des séquences psychédéliques magnifiques. La saison 3 comporte encore plus son lot d’expérimentations, notamment cet épisode dans les fonds marins où l’intégralité de l’histoire se passe de dialogues. Un épisode muet d’une émotion forte où BoJack doit ramener un bébé Hippocampe à son père. Comme une forme de rédemption philosophique pour ce cheval à la recherche d’un but dans la vie. A n’en pas douter, l’un des créneaux de la prochaine saison sera la volonté pour BoJack d’être père. Les Inrocks a d’ailleurs qualifié cet épisode comme étant «l’un des meilleurs diffusés cette année, toutes séries confondues». Au-delà de la course à la récompense qui anime toute la saison, BoJack Horseman a surtout eu le temps de faire son introspection et de s’en aller à la recherche d’une forme de liberté primaire. Quelle magnifique dernière scène de la saison où BoJack contemple ce troupeau de chevaux gambadant dans l’Ouest américain. Le cheval anthropomorphique qui jalouse ses compères restés à l’état sauvage, démonstration peu subtile mais pertinente de la liberté et de l’épanouissement personnel.

Plus la série avance dans le temps, et plus elle expérimente des idées de mise en scène, d’écriture et de montage qui rendent ce show extrêmement passionnant tant dans son contenu narratif que sa créativité visuelle. Jamais prévisible, bourré d’audace et d’inventivité, BoJack Horseman a révolutionné le monde des séries d’animation. Une série qui n’a aucun mal à se placer à côté des autres prestigieux shows du réseau Netflix que sont House of Cards ou Orange is the New Black. On ne peut que se réjouir d’une saison 4 déjà en chantier, comme l’a récemment annoncé Netflix.

Bojack Horseman Saison 3 : Bande-annonce (VOST)

BoJack Horseman : Fiche Technique

Créateur : Raphael Bob-Waksberg
Doublage VO : Will Arnett (BoJack), Aaron Paul (Todd), Amy Sedaris (Princess Caroline)…
Musique : Grouplove & Jesse Novak
Production : The Tornante Company, Sampson
Genre: Comédie, Drame, Animation
Format: 12 épisodes de 25min
Diffuseur : Netflix
1ère diffusion de la saison 3 : 22 juillet 2016

Etat-Unis – 2014

 

Jason Bourne : genèse de la saga cinématographique

Avant son quatrième come-back au cinéma, retour sur Jason Bourne : une saga de cinéma, une autre de romans ; deux auteurs, l’un de cinéma, Tony Gilroy, et le romancier à l’origine de tout, Robert Ludlum ; un personnage et une question : qui est Jason Bourne ?

Ce mercredi 10 août, un agent secret vient occuper à nouveau nos salles obscures. Cette fois-ci, l’objectif n’est plus sa quête d’identité, mais un nouvel accroc avec les agences d’espionnages occidentales – notamment la C.I.A. – a lieu, comme le suggère les bandes annonces jusqu’ici. Son nom de code : Jason Bourne. Son nom réel : David Webb.

Mais avant d’être un action hero du cinéma avec la sortie du premier film The Bourne Identity en 2002, et alors avant d’être le héros de cette nouvelle forme d’actionners filmés caméra à l’épaule et découpés follement au montage – mise en place par le maître britannique Paul Greengrass en 2005 avec The Bourne Supremacy puis The Bourne Ultimatum en 2007, l’agent secret fut d’abord un héros de roman. À noter que la forme apportée par l’ancien journaliste Greengrass tient de son style, déjà mis en place dans ses précédents films, par exemple Bloody Sunday sorti en salles en 2002.

Jason Bourne naît dans l’imagination du romancier Robert LudlumRobert Ludlum (voir photographie ci à droite) dans un premier roman ayant le même titre que le premier film de la saga, soit The Bourne Identity publié en février 1980. Il écrira deux autres romans sur le même personnage : The Bourne Supremacy, sorti en 1987, puis The Bourne Ultimatum, publié en 1991. La saga se poursuivra avec Eric Van Lustbader à la plume qui écrira dix romans d’après le personnage créé par Ludlum, dont l’un des titres sera repris par le quatrième opus de la saga cinématographique, film spin-off, The Bourne Legacy, qui n’a de point commun avec le roman que le titre. Il faut aussi dire que Ludlum est l’un des pères du roman d’espionnage moderne avec John Le Carré, on lui doit en effet un grand nombre d’œuvres (et) best-sellers (hors saga Jason Bourne), par exemple The Osterman Weekend (1972) adapté au cinéma avec Sam Peckinpah à la réalisation en 1983 avec Rutger Hauer, John Hurt et Dennis Hopper, ou encore Le Pacte Holcroft (1978) adapté au cinéma par John Frankenheimer avec Michael Caine en 1985.

tony-gilroy-scenariste-de-la-saga-jason-bourneL’intérêt du travail d’adaptation fait par le scénariste Tony Gilroy (aussi scénariste et réalisateur de Michael Clayton et de The Bourne Legacy ; frère du scénariste/réalisateur Dan « Night Call » Gilroy ; voir photographie ci à gauche) est d’avoir pris en compte le fait que l’œuvre d’origine travaillait son héros dans le contexte propre à son époque. C’est-à-dire que Ludlum place Bourne dans le contexte de l’espionnage de la fin des années 70s et du début des années 80s, notamment occupé par Carlos, ou Ilich Ramirez Sanchez, terroriste mondialement recherché à l’époque, et même jusqu’en 1994, année de son arrestation musclée. L’agent secret fait partie d’une équipe clandestine de la C.I.A., Treadstone, chargée d’anéantir Carlos. Mais Bourne échoue lors d’une mission. Il se réveille amnésique sur un bateau voguant sur la méditerranée. Son équipage l’a repêché et aidé, et le déposera à Marseille. Une capsule cachée sous sa peau lui a donné des coordonnées de comptes bancaires placés à Zurich, il s’y rendra. Mais il est attaqué par des tueurs de Carlos, puis par ses paires, les agents du programme Treadstone dont il fait partie, et plus largement la C.I.A. qui veut contenir le grabuge provoqué par l’agent qu’ils pensent être devenu tueur à gages. Gilroy fait ainsi comme Ludlum à son époque et place Bourne dans le contexte de l’écriture, soit ici au début des années 2000. Ainsi, exit Carlos. Bourne échoue dans sa mission qui consiste à abattre un dictateur africain. Il est notamment troublé par la présence des enfants de l’homme. Il est abattu et tombe en pleine méditerranée. Comme dans le roman, il ira jusqu’à Zurich, mais il est traqué par les autorités et plus largement la section / le programme Treadstone et la C.I.A. qui veulent supprimer tout lien possible entre eux et la mission d’assassinat du dictateur.

La Mémoire dans la peau : Bande-annonce

Ainsi le livre place Bourne dans un double combat : celui contre Carlos, et l’autre combat contre la C.I.A./Treadstone. Il doit aussi retrouver sa mémoire et se laver des soupçons de la C.I.A. qui le pensent aussi responsable de l’assassinat de nombreux membres de la section Treadstone, acte commis par Carlos. Il y arrivera, même si Carlos réussit à s’échapper. Il pourra ainsi vivre en paix. Il est aidé par une femme dans le roman comme dans le film, seul le nom diffère. D’ailleurs, dans le film, l’agent secret livre aussi un double combat : celui contre la C.I.A., et celui pour retrouver sa mémoire et son identité, placé au centre de l’intrigue du film et de la trilogie. À la fin du long métrage, Treadstone est effacé par son créateur, Ward Abbott, qui fait abattre le leader de la section par un énième tueur qui était chargé du cas Bourne. L’ancien agent secret retrouve la fille au final du film et il se croit débarrassé de ses problèmes, ce qui était impossible. Dans le livre, même final, excepté le fait que Bourne n’a plus qu’à craindre seulement de Carlos.

Treadstone, qu’est-ce que c’est ? C’est à la fois une branche secrète de la C.I.A. et un programme. Quel type de programme est-ce ? Un programme fictif de reconditionnement psychologique et physique, inspiré par un véritable programme nommé MK Ultra (et non Monarch, légende qui attise les esprits conspirationnistes). L’idée de ce dernier, mise en place par la C.I.A. dans les années 50 et en fonction jusque dans les années 70, visait à créer des agents plus performants. Le travail de reconditionnement passe par l’utilisation de psychotropes et par un contrôle psychologique. Bourne est ainsi le résultat d’un programme du même type. Mais le conditionnement de l’agent secret diffère entre le film et l’œuvre originale.

La Vengeance dans la peau  : Extrait (le « commencement » de Jason Bourne)

En effet, dans les films, on découvre que Bourne a été reconditionné psychologiquement. Mais peut-on dire que les modifications aient été physiques (hormis le placement de la capsule sous la peau) ? Le héros s’appelle à l’origine David Webb, il est militaire américain volontaire. Bourne devient son titre d’agent, à l’image de Darth Vader pour Anakin Skywalker dans Star Wars. Il était donc déjà formé physiquement, mais ses réflexes ont été poussés, et il a reçu des formations de combat rapproché, poussives. The Bourne Legacy montrait un autre programme notamment fondé sur une médication améliorant les performances, mais jamais Bourne n’en a consommé dans la trilogie. Toutefois, le roman de Ludlum est allé beaucoup plus loin, puisqu’il présente le héros comme un être physiquement modifié pour passer inaperçu et non pas juste conditionné physiquement pour combattre. Lorsque Bourne est sur le bateau des pêcheurs, le médecin Washburn lui explique* : « Vous êtes le prototype de l’Anglo-Saxon blanc qu’on voit tous les jours sur les meilleurs terrains de cricket et sur les plus beaux courts de tennis. Ou bien au bar du Mirabel’s. Ces visages deviennent Presque impossibles à distinguer les uns des autres, vous ne trouvez pas ? (…) Pour changer votre aspect physique. Je dirai de façon très professionnelle. »

* LUDLUM, Robert, La Mémoire dans la Peau (The Bourne Identity), Collection Le Livre de Poche, Éditions Robert Laffont, Date de publication originale : Février 1980, Édition Octobre 2007, p.24 & 25.

Le livre va ainsi bien plus loin dans le travail de création de l’agent secret Jason Bourne, qui veut se souvenir de ce qu’il était, et de ce qu’il a été avant les intrigues d’espionnage, soit David Webb, dans un corps qui n’est plus tout à fait le sien. Toutefois l’intérêt du Bourne de Matt Damon est qu’il a déjà un visage banal et passe-partout. Aussi il ne contrôle pas tout à fait son corps dont les réflexes de combat fonctionnent au quart de tour dans La Mémoire dans la Peau. Le héros est donc aussi – mais d’une manière différente – dépossédé de son corps. Le titre français La Mémoire dans la Peau présente ainsi un intérêt : le héros doit se souvenir à travers son corps et de son propre corps. Le Bourne réécrit par Tony Gilroy est moins proche de la créature de Frankenstein que l’agent secret fabriqué de toute pièce ou presque de Ludlum. Il est une créature majoritairement fabriquée psychologiquement.

Cette année, Bourne revient, et l’on se demande bien ce qu’il va pouvoir apporter de plus à la saga. L’un des slogans promotionnels du film tient presque de l’absurdité : « Il se souvient de tout, mais il ne sait pas tout. » Un prétexte que pourrait s’offrir et qu’a pu s’offrir nombre de films sequels (les suites), préquels (films qui se passent chronologiquement avant le film source), et les spin-offs. En effet, ce prétexte digne du « Ils reviennent » – en parlant des méchants d’un premier film – ou encore de « Vous n’avez pas encore tout vu » qu’on trouve dans bien des trailers de films fantastiques et super-héroïques tient d’une logique de marketing usée et devenue ridicule. Il a été dit dans plusieurs interviews que ce nouveau volet relancerait peut-être une deuxième trilogie. Si la première était centrée sur sa quête d’identité (et la destruction des programmes qui l’ont vu naître, liée au désir de vengeance provoqué par la mort de Marie), qu’en sera-t-il du nouvel arc ?

Enfin il faut rappeler que le Spin-off The Bourne the-bourne-legacy-aaron-cross-jeremy-rennerLegacy ne donnerait apparemment pas de suite malgré les possibilités d’une rencontre Aaron Cross (héros du film interprété par Jeremy Renner – voir image ci à droite) et Jason Bourne. Telle était d’ailleurs la volonté du scénariste de la saga Tony Gilroy et réalisateur de ce volet. Ce volet avait lieu pendant le troisième film de la trilogie et nous présentait les actions d’agents obscurs de la C.I.A. en crise (à cause de Bourne) œuvrant pour faire disparaître le moindre programme secret en fonction. Ainsi le spectateur ne savait pas tout et apprenait d’autres sombres secrets et découvrait de nouveaux agents torturés dans une ambiance de film d’espionnage beaucoup moins actionnée que les autres films. Jason Bourne va donc devoir nous montrer quelque chose d’autre s’il cherche à nous présenter de nouveaux éléments inconnus pour Bourne comme pour le spectateur. Notons tout de même que Jason Bourne, qui d’après le réalisateur-scénariste Paul Greengrass, serait un retour aux sources, d’où le titre (choisi par le studio), n’a pas été écrit par Tony Gilroy. Que peut-on attendre de ce volet ? Un remake/reboot/best-of des précédents volets ? Soit un Star Wars The Force Awakens ou un Jurassic World de la trilogie ?

Jason Bourne : Bande-annonce

Il faut aussi noter qu’une première adaptation de The Bourne Identity s’est faite en série télévisée créée en 1988 avec Richard Chamberlain dans le rôle-titre, Jaclyn Smith, et Anthony Quayle entre autres. La série reprenait le contexte du roman avec Carlos aux trousses de Bourne. Celle-ci est à présent entièrement disponible sur Youtube.

The Bourne Identity : Bande-annonce de la série

https://www.youtube.com/watch?v=QfogOXHTG44

Bad Moms, un film de Jon Lucas et Scott Moore : Critique

Bad Moms voilà qu’en deux mots, le LA est donné, et on connaît la chanson. Bad Moms serait selon son intitulé une comédie suivant les aventures hilarantes de mères de famille qui ne veulent plus faire dans le politiquement correct. Du déjà vu me diriez-vous ?

Synopsis : En apparence, Amy a une vie parfaite : un mariage heureux, de beaux enfants et une carrière qui décolle. En réalité, elle se met tellement la pression pour être au top sur tous les fronts, qu’elle est sur le point de craquer. Au bout du rouleau, elle trouve comme alliées deux autres mères épuisées elles aussi par le stress des règles imposées par Gwendolyn, la toute puissante présidente des parents d’élèves. Ces trois nouvelles meilleures amies se lancent dans une folle virée en quête de fun et de détente, loin de leurs responsabilités conventionnelles de mères de famille. Ce qui a tendance à crisper le clan de Gwendoline et ses mères parfaites…

Bad Moms une comédie sympathique qui rend hommage aux mères

Et bah, oui comme en atteste les deux cerveaux derrière cette comédie, à savoir Jon Lucas et Scott Moore, que les plus assidus reconnaîtront comme étant les scénaristes du légendaire Very Bad Trip. Avec Bad Moms, Jon Lucas et Scott Moore réalisent leur seconde production après la comédie dramatique 21 & Over. Ainsi, en recyclant la démence des trublions de Very Bad Trip, Bad Moms annonce la couleur dès ses premières minutes : il s’agira d’une comédie dont le livre de recettes est sorti tout droit des fonds de tiroirs des sacripants, Lucas et Moore.

Toutefois, il est à se demander si la dernière comédie de l’été n’est tout simplement pas victime de son temps. En effet, Bad Moms dépeint, non sans justesse mais en toute légèreté, l’histoire décadente de mères qui s’adonnent à une vie de débauche et de rébellion, dans un souci de plénitude de leur crise existentielle. Des bad moms pures et dures qui n’ont rien à envier aux incontrôlables Bad Teacher, Bad Grandpa ou Bad Santa qui nourrissent la machine hollywoodienne et font grincer par la même occasion les amateurs de comédie dans un very bad trip du rire.

Le script, oisif à souhait, se repose donc sur des clichés et des personnages sans véritable fond. On a tout d’abord Amy (jouée par Mila Kunis), qui est la protagoniste la plus développée. Elle est la figure maternelle à laquelle le public peut s’identifier dans le film. Sympathique, les pieds sur terre, Amy jongle entre son travail à mi-temps et sa vie domestique (enfants, mari, entretien de la maison, courses, et autres activités extra parentales -association des parents d’élèves-). Mila Kunis qui n’en est pas à ses premiers essais comiques (That 70’s show, Sexe entre amis, Ted…), reste relativement crédible dans son rôle de super maman de deux enfants.

Cantonnées au second plan, la douce et naïve femme soumise, Kiki (Kristen Bell), et la mère célibataire aguichante, Carla (Kathryn Hahn), plongent elles aussi dans la bouillie de stéréotypes qui remplit ce long métrage, où chaque personnage se voit doté de traits de caractère amplifiés. On pense là encore au vil personnage de Gwendolyn (Christina Applegate) et à ses sbires, Stacy (Jada Pinkett Smith) et Vicky (Annie Mumolo).

Une parfaite dichotomie entre d’une part Amy, Kiki et Carla, et d’une autre part Gwendolyn, Stacy et Vicky, qui malheureusement ne relève pas le manque de profondeur et l’absurdité de certaines scènes. Or, des thèmes intéressants sont à noter dans cette satire. Par exemple, l’image de la femme parfaite, de la mère parfaite qui est écornée et même jetée par la fenêtre. Relax, Take it easy, semblent murmurer Lucas et Moore à l’oreille de ses héroïnes au bord de la névrose. Mais ce même message est rapidement parasité par la manière décadente avec laquelle ces gentilles mamans font face à leur crise existentielle (boire de l’alcool, manquer le travail, vandaliser un magasin…). On n’oubliera pas la scène bacchanale de la fête tenue chez Amy où l’alcool coula à flot... jusqu’à 23h tapante. La raison ne serait donc pas totalement perdue chez ces femmes dévergondées.

Et si certains se demandent s’il est nécessaire pour ces mamans de passer par cet excès de folie pour s’imposer et se laisser aller, ils trouveraient réponse dans l’enchantement inavoué que procure la bonne alchimie entre Kunis, Bell et Hahn qui réussissent tant bien que mal à vendre la notion de camaraderie et de solidarité entre amies.

Une mention spéciale est à faire à la délicieuse Kathryn Hahn (Happy-ish, Afternoon Delight, Transparent), véritable carte joker du film. Cette dernière qui s’est illustrée ces dernières années dans un bon nombre de comédies aura illuminé chacune de ses scènes par ses répliques, son jeu d’actrice, son tout.

Véritable remède contre la morosité de ce monde en ces temps difficiles, Bad Moms scandalise par son absurdité et fait gentiment sourire qui décide de ne pas y voir autre chose qu’une comédie.

Bad Moms : Bande Annonce

Bad Moms : Fiche Technique

Réalisation : Jon Lucas et Scott Moore
Scénario : Jon Lucas et Scott Moore
Interprétation : Mila Kunis, Kathryn Hahn, Kristen Bell, Christina Applegate, Jada Pinkett Smith, Annie Mumolo, Emjay Anthony, Jay Hernandez, Oona Laurence
Décors : Marcia Hinds
Costumes : Julia Caston
Photographie : Jim Denault
Montage : Jeff Freeman
Musique : Christopher Lennertz
Production : Bill Block et Suzanne Todd
Sociétés de production : Block Entertainment et STX Entertainment
Sociétés de distribution : Metropolitan FilmExport
Budget : 20 000 000 $
Langue originale : Anglais
Format : couleur – son Dolby Digital
Genre : Comédie
Durée : 100 minutes
Dates de sortie : France : 03 août 2016

Etats-Unis – 2016

La Chanson de l’éléphant de Charles Binamé : Critique

Adaptation de la pièce de théâtre Elephant Song écrite par Nicolas Billon en 2003, qui a écrit lui-même le scénario du film et qui lui vaudra le prix de la meilleure adaptation au Canadian Screen Award 2015, le film éponyme réalisé par Charles Binamé entraîne le spectateur dans un thriller psychologique brillamment mené par Bruce Greenwood dans le rôle du docteur Green, psychiatre bienveillant et un Xavier Dolan au top de sa forme en manipulateur ingénieux. Les deux hommes nous plongent dans un face à face prenant et inquiétant, coincés entre quatre murs.

Synopsis : À la veille de Noël, la disparition soudaine du docteur Lawrence provoque une onde de choc dans l’institution psychiatrique où il exerce. Le docteur Green, directeur de l’établissement, entreprend alors de questionner Michael, un jeune homme en traitement qui est le dernier à avoir vu le médecin. Malgré l’avertissement de l’infirmière en chef qui connaît mieux que quiconque le patient, celui-ci entraîne Green dans un jeu psychologique qui le trouble profondément.

Entre les murs

Seulement voilà, si l’aspect huis-clos de l’oeuvre est parfaitement maitrisé, le film souffre d’une volonté de se démarquer de la pièce de théâtre lors de son adaptation sur grand écran. L’intrigue, idéalement pensée pour se dérouler dans un espace réduit, perd en consistance lorsque le réalisateur se sent obligé de nous balader dans la cafétéria de l’hôpital, dans des scènes qui n’ont pas grand intérêt, et de nous de faire voyager d’une temporalité à une autre, alors que l’intrigue aurait gagné à se focaliser sur l’échange entre Michael et le psychiatre. La révélation finale n’en aurait été que renforcée. Le sentiment de claustrophobie s’évapore peu à peu et avec lui l’intensité du récit de Michael. Constamment dérangée par des péripéties extérieures qui n’en sont pas réellement (centrées principalement sur la vie de famille du psychiatre), la confrontation entre le médecin et le patient perd en intimité. Les éléments abordés ne sont pas exploités et ne servent en rien la narration, au contraire, ils ne font que nous en éloigner, ayant pour conséquence de nous détacher de l’essentiel.

Les personnages secondaires introduits au début du film, comme la femme (Carie-Anne Moss) et la nièce du docteur Green, ne sont là que dans le but de donner de l’épaisseur au personnage, manœuvre inutile et qui se tire une balle dans le pied puisqu’elle raisonne comme un écho à ce qui s’est déjà dit et laisse penser que les dialogues ne suffisent pas à donner de la profondeur aux personnages.

Quant à l’infirmière interprétée par la très juste Catherine Keener, Miss Peterson, son omniprésence laisse croire que son personnage aura de l’importance dans l’affaire de la disparition du docteur Lawrence ou dans la destinée de Michael, alors qu’il n’en est rien.

Un face à face déroutant

En ce qui concerne le jeu d’acteurs, il est impeccable. Xavier Dolan est étonnant en jeune homme perturbé et obsessionnel mais supérieurement intelligent et Bruce Greenwood est excellent pour lui donner la réplique, impartial et tendre à la fois. Le duo fonctionne parfaitement et parvient à fasciner autant qu’il peut, par moments, émouvoir. Le jeu du chat et de la souris qui s’installe dès leur rencontre est à la fois plaisant et glaçant, ne sachant jusqu’où chacun est capable d’aller pour obtenir ce qu’il veut; la vérité, pour l’un, la liberté pour l’autre. La relation entre les deux hommes se transforme petit à petit et ce qui était au départ un dialogue de sourd, débouche finalement sur une révélation poignante et déroutante.

Malheureusement, on ne comprend pas bien où le réalisateur veut en venir. Les twists nombreux qui font chauffer nos méninges pendant presque deux heures ne nous emmènent pas sur des pistes suffisamment solides, et nous voilà bien incapable lorsque sonne l’heure de la révélation, de faire le tri et de déceler le vrai du faux. 

J’ai encore tué ma mère

Les thèmes du film ne sont pas sans rappeler ceux si chers à l’acteur et réalisateur Xavier Dolan, la mort, l’homosexualité, l’amour-haine et la manipulation, que l’on retrouvaient déjà dans son premier film sorti en 2009, J’ai tué ma mère, dans lequel Hubert Minel (joué par Xavier Dolan) âgé de 17 ans, ne supporte pas sa mère.

Tantôt drôle, tantôt bouleversant mais toujours captivant, La Chanson de l’éléphant est un très bon thriller parfaitement interprété mais qui pêche dans sa réalisation qui manque parfois d’originalité et dans son scénario qui s’emmêle les pinceaux. Le film a tendance à s’éparpiller et aurait certainement beaucoup gagné en se contentant de conserver sa forme initiale de huis-clos.

La Chanson de l’éléphant : Bande annonce

La Chanson de l’éléphant : Fiche technique

Titre original : Elephant Song
Réalisation : Charles Binamé
Scénario : Nicolas Billon
Interprétation : Bruce Greenwood, Xavier Dolan, Catherine Keener, Carie-Anne Moss
Photographie : Pierre Gill
Décors : Chantel Carter
Musique : Patrice Dubuc et Gaëtan Gravel
Durée : 110 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie en France : 3 août 2016

Canada – 2014

Auteur : Yael Calvo

Suicide Squad : Musique, tracklist de la Bande originale

Soundtrack du film Suicide Squad funky, fun et barjot

Écrit et réalisé par David Ayer Suicide Squad, l’un des blockbusters les plus attendus de l’été 2016 débarque dans les salles obscures sur une B.O démentiel à l’image de ses super-héros totalement barrés. Pour information, le réalisateur refait équipe avec le compositeur Steven Price, le musicien oscarisé pour Gravity.

Mettre dans le même film, « Bohemian Rhapsody » de Queen revisité par Panic ! At The Disco, « Fortunate Son » de Cleerdance Clearwater Revival, « Sympathy For The Devil » des Rolling Stone, « House of the Rising Sun » du groupe Animals et « Spirit In The Sky » de Norman Greenbaum est une sorte de record pour « Les pires super-héros de l’histoire », de la Task Force X, ou comme aime le dire Captain Boomerang, joué par Jai Courtney, la Suicide Squad !

Retrouvons l’Enchanteresse, Katana, Harley Quinn, Deadshot, Captain Boomerang, Rick Flagg, Killer Croc, Slipknot, El Diablo et le Joker sur fond d’opéra-rock.

Suicide Squat BO: musique éclectique à l’image des « pires méchants de l’univers DC Comics réunis dans un même film. » 

Suicide Squad:  Tracklist complète

1. Skrillex & Rick Ross – « Purple Lamborghini »
2. Lil Wayne, Wiz Khalifa & Imagine Dragons – « Sucker For Pain » (avec Logic, Ty Dolla $ign & X Ambassadors)
3. twenty one pilots – « Heathens »
4. Action Bronson & Dan Auerbach (des The Black Keys) – « Standing In The Rain » (feat. Mark Ronson)
5. Kehlani – « Gangsta »
6. Kevin Gates – « Know Better »
7. Lesley Gore – « You Don’t Own Me » (feat. G-Eazy)
8. Eminem – « Without Me »
9. Skylar Grey – « Wreak Havoc »
10. Grimes – « Medieval Warfare »
11. Panic! At The Disco – « Bohemian Rhapsody »
12. War – « Slippin’ Into Darknes »
13. Creedence Clearwater Revival – « Fortunate Sonpar »
14. ConfidentialMX – « I Started a Joke » (feat. Becky Hanson)
15. Etta James – « I’d Rather Go Blind »
16. The White Stripes – « Seven Nation Army »
17. Rae Sremmurd feat. Bobo Swae – « Over Here »
18. The Rolling Stones – « Sympathy For The Devil »
19. AC/DC – « Dirty Deeds Done Dirt Cheap »
20. Kanye West – « Black Skinhead »
21. Black Sabbath – « Paranoid »
22. The White Stripes – « Seven Nation Army »
23. Norman Greenbaum – « Spirit In The Sky »
24. K7 – « Come Baby Come »
25. « Symphony No. 3, Op. 36 « Symphony of Sorrowful Songs »: III. Lento – Cantabile semplice » — Henryk Górecki

Eminem, Lil Wayne, Wiz Khalifa, Skrillex, X Ambassadors…: Une tracklist mélangeant les univers musicaux  rap, rock, jazzy et hip hop

Bohemian Rhapsody de Queen repris par Panic! At The Disco

« SUCKER FOR PAIN » – Lil Wayne, Wiz Khalifa & Imagine Dragons w/ Logic & Ty Dolla $ign ft X Ambassadors

twenty one pilots: Heathens

« PURPLE LAMBORGHINI » – SKRILLEX & RICK ROSS

https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=bX9CvhbfQgg

Action Bronson & Dan Auerbach (of The Black Keys) ft. Mark Ronson – “Standing In The Rain”

« WITHOUT ME » – EMINEM

«MEDIEVAL WARFARE » l’inédit de Grimes pour la BO de ‘Suicide Squad’

Écoutez ses Beats et riffs de guitares plutôt hardcore

«Seven Nation Army» The White Stripes

Creedence Clearwater Revival – Fortunate Son

Rae Sremmurd – Over Here ft. Bobo Swae

Etta James – I’d Rather Go Blind

https://www.youtube.com/watch?v=u9sq3ME0JHQ

WAR- SLIPPIN INTO DARKNESS

Black Sabbath – Paranoid

Spirit In The Sky Norman Greenbaum

The Rolling Stones – Sympathy For The Devil

The Animals – House of the Rising Sun

K7 « Come Baby Come »

https://www.youtube.com/watch?v=i5_uGeq4_jw

AC/DC – Dirty Deeds Done Dirt Cheap

Pour 2017 Suicide Squad 2 est d’ores et déjà dans les tuyaux…

The Americans, une série de Joe Weisberg : critique de la saison 4

Bipolaire, froid et instable, le couple Jennings est à l’image de l’ordre mondial qui règne durant les années 1980. Car l’austère ménage, mis en abyme d’une guerre nouvelle, cohabite par devoir, tiraillé par deux idéologies diamétralement opposées.

Synopsis : Dans une Amérique rongée par la peur des cocos et dopée par le néolibéralisme Reaganien, la Guerre Froide fait toujours rage. Et à des milliers de kilomètres de Moscou, Washington abrite dans ses suburb nombres d’Américains qui frémissent paisiblement à l’idée d’une guerre atomique. Parmi eux : Philip et Elisabeth Jennings, époux, parents, et agents du KBG ; Américains sur la forme, Soviétiques sur le fond. Nés, élevés, et entrainés en URSS ; vivant, travaillant, et espionnant aux USA.

In Lénine we trust

Et malgré leur équilibre précaire, le monde comme le duo, persistent dans leur existence. The americans, série quasi parfaite,  fascine toujours après 4 saisons, et ce en dépit de son anonymat. Diffusée depuis 2013 sur la chaine FX (Fargo, Louie), la série de Joe Weisberg s’est imposée parmi les tous meilleurs programmes de la télévision américaine, dans un genre pourtant éculé : l’espionnage. La recette ? Une approche géopolitique nuancée et captivante, un sens exquis du suspens, et deux comédiens au sommet de leur art.

Guerre froide, amour tiède

La saison 3 était le volet le plus axé sur la famille et le dogme. L’émancipation de Paige (la fille ainée), sa dévotion pour le catholicisme et ses suspicions grandissantes envers ses parents avaient fait d’elle un des personnages principaux. Elizabeth plus que jamais investie dans la cause et attachée à ses racines, voyait déjà en sa fille une agente reprenant le flambeau bolchévik, alors que son père refusait obstinément son endoctrinement et concevait de la laisser aux mains de l’american way of life. Un conflit qui cristallisait plus que jamais l’impossible normalisation de la famille Jennings, chose que Philip entendait alors qu’Elizabeth le redoutait. Avec cette saison 4, les auteurs se décentrent un peu de la question familiale et s’attardent essentiellement sur l’aspect psychologique et intime de leurs activités secrètes, leurs conséquences sur le couple, leur entourage et la société.

En dépit de la Convention pour l’interdiction des armes biologiques entrée en vigueur en 1975, la course à l’arsenal bactériologique est un chapitre officieux de la Guerre Froide, une escalade de la méfiance qui aurait pu s’avérer irréversible. C’est donc le nouvel objectif de la Rezidentura dans cette quatrième saison : mettre la main sur des toxines (que les Américains ne produisent pas) pour améliorer  des armes que les Soviétiques ne fabriquent pas. Philip et Elisabeth ont alors pour mission de faire sortir d’un laboratoire des virus qui pourraient potentiellement décimer des populations entières.  L’une des meilleures scènes de la saison tire d’ailleurs sa force de ce contexte pré-apocalyptique ; lorsque toute la famille Jennings est réunie avec leurs voisins devant le poste de télévision, écoutant le présentateur avertir des troubles que le film à venir pourrait engendrer. Ce film ? The Day After (Nicholas Meyer, 1983). Un instant sublime entre image d’archive, image fictive ; entre possible et impossible ; un théâtre de violence irréel avec pour seul spectateur une famille inquiète assise dans son canapé, et ce même théâtre et ces mêmes spectateurs dans chaque foyer d’Amérique. Elisabeth et Philip sont plus que jamais conscients du rôle de leur action, ou de leur inaction, dans la destinée de leurs deux nations. Transmettre des cadavres de rats auxquels on a inoculé des maladies meurtrières pourrait rééquilibrer l’échiquier mondial, mais cela pourrait tout aussi bien le conduire à sa perte.

Seuls, mais ensemble

Ces missions décisives les conduisent si profondément dans la scénarisation du mal, que les deux agents sont prêts à sacrifier la vie de leurs proches. C’est le cas dans un premier temps de Martha la source au FBI de Philip, qui va devoir être exfiltrée du jour au lendemain à Moscou. La fin d’une histoire d’amour si absurde qu’elle était magnifique, qui disait tant sur la solitude de l’un et de l’autre, une romance jusqu’au-boutiste que Philip aura crée de toute pièce. Elisabeth va elle aussi devoir annihiler toute relation avec sa meilleure amie, une Coréenne qu’elle avait approchée uniquement pour la position stratégique de son mari. C’est sans doute la scène la plus dure de la saison, d’une cruauté et d’une tristesse rarement atteinte dans la série. Elisabeth se voit dans l’obligation d’orchestrer méticuleusement un faux rapport sexuel avec l’époux de son amie afin d’obtenir un moyen de pression… Les deux espions sont condamnés à faire souffrir les autres, conscients du malheur qu’ils sèment aux grès de leur missions.   

Au dessus de tous ses sauts périlleux, c’est le couple qui fait la beauté et la densité de la série. Notamment Elisabeth qui souffle le chaud et le froid, avec son charme insidieux et son indépendance souveraine. Nadezhda son amour, Philip s’y accroche souvent, s’en éloigne parfois. Cette saison 4 opère toutefois un certain revirement dans l’équation romantique ; face au déchirement qu’éprouve Philip à l’idée de perdre Martha, le personnage d’Elisabeth s’affaiblit quelque peu. Empathie, jalousie, ou épiphanie ; elle semble revoir la hiérarchie qui animait jusqu’à présent son cœur. Et avec la complexité morale de leur implication dans la guerre biologique, pour la première fois, son dévouement vacille.

De cette quatrième saison on admire toujours la maitrise du récit d’espionnage, la direction artistique parfaite, avec cette photographie singulière, rougeoyante ou bleutée. Ce bal jubilatoire de costumes, perruques et autres fausses moustaches qui griment une paire d’acteur encore une fois formidable. Mais on regrettera tout de même un rythme inhabituel dans lequel la tension monte trop vite, pour finalement décélérer sur un final frustrant. Quelques mots également sur l’épilogue Nina Sergeevna un peu bâclé, une fin qui aurait mérité un traitement plus appliqué.

Il ne reste plus que deux saisons avant de clore The Americans, le temps peut être pour le show de rentrer dans une nouvelle dimension. Pour la première fois les Emmys les ont nommés à  la hauteur de leur qualité (meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure série), un coup de projecteur qui pourrait lui être bénéfique (ou non ?). Quoi qu’il en soit The Americans restera l’une des séries majeures de ces dernières années tant par l’intelligence de son propos que par sa qualité distractive. Avec ce drame rétro Joe Weisberg ne se pose aucunes limites, et sans pour autant tomber dans le réflexe de l’érotisme et de la violence, il nous offre une série dont sa brusquerie n’a d’égal que sa sensualité.

The Americans, saison 4 : Bande-annonce

The Americans : Fiche technique

Création: Joe Weisberg
Réalisation : Daniel Sackheim, Kevin Dowling, Thomas Schlamme, Chris Long,Noah Emmerich…
Interprétation: Keri Russell, Matthew Rhys, Noah Emmerich, Keidrich Sellati, Holly Taylor, Alison Wright…
Scénario: Joe Weisberg, Joel Fields…
Production : Fox Television Studios
Format: 13 x 42 minutes
Genre: Drame, espionnage
Diffusion US: FX
Diffusion France : Paris Première

Etats-Unis – 2013

 

Suicide Squad, un film de David Ayer : Critique

Fun, chaotique et totalement barré, ce remake super-héroique des 12 Salopards est la preuve que DC Comics se détache de plus en plus de la concurrence proposée par Marvel. Et autant dire qu’on aime ça. Beaucoup même.

Synopsis : Face à une menace aussi énigmatique qu’invincible, l’agent secret Amanda Waller réunit une armada de crapules de la pire espèce. Armés jusqu’aux dents par le gouvernement, ces super-méchants s’embarquent alors pour une mission-suicide. Jusqu’au moment où ils comprennent qu’ils ont été sacrifiés. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller ?

Car oui, donner du crédit à des méchants dans un univers vouant une admiration sans borne pour les héros, les vrais, ça frisait la sortie de route assurée. Tout du moins décelait-on dans ce choix une volonté faussement subversive de jouer en profondeur l’antithèse de Marvel et donc revenir à des films dont la noirceur primait sur la niaiserie devenue caractéristique de la Maison à Idées. Et pourtant, comme souvent avec Warner, la réalité est un peu plus complexe qu’elle n’y parait. Ainsi, on se doutait qu’embaucher David Ayer, reconnu outre-Atlantique comme l’un des probables héritiers de Sam Peckinpah, n’était pas un acte isolé. Ex-sous-marinier pour le compte de la Navy, Ayer était un peu le simili Zack Snyder du projet aka la caution créative. Et un petit regard à son CV suffit de comprendre pourquoi le ricain de 48 ans s’imposait comme l’homme providentiel. Une écriture à la serpe, de la violence hard-boiled, de la camaraderie qui dégouline de l’écran et une tripotée d’histoires sentant bien bon la rédemption. Bref tout ce qu’un sujet de Suicide Squad pouvait s’enorgueillir de compter. Et comme bien d’autres, face à une campagne de promotion aussi agressive qu’enivrante, nous rappelant parfois l’alter ego maléfique de Gordon Gekko (Wall Street) nous susurrant à l’oreille « Bad is Good », on s’est mis à rêver. A fantasmer même avant sa sortie sur cette virée chez ces dingues ou frappés du bulbe (vous qui voyez), et qui, fort d’un contexte de marasme post BvS, incarnait l’espoir de DC Comics au cinéma.

Une relecture sous acide des 12 Salopards.

Mais d’emblée se posait un problème : comment susciter de la sympathie pour un ramassis de taulards pareils ? Car c’est bien gentil d’utiliser du Queen à outrance mais donner chair à un tueur à gage ou un dérangé aux boomerangs, ce n’était assurément pas une mince affaire. Heureusement, Ayer, en bon faiseur qu’il est, veille au grain. Ainsi, pas le temps de regarder sa montre que le bougre essaime déjà ses images de bon vieux hits des familles. Les Stones. The Animals. Tout respire les 70’s dans ce début, qui sujet oblige, renvoie illico au classique de Robert Aldrich, Les 12 Salopards. Et il y a de quoi. Même figure tyrannique (Amanda Waller), même équipe disparate (un fou de la gâchette, une figure du crime, un pyromane notoire, une cinglée) et même menace requérant les services de cette escouade. A la seule différence que le film saura s’appuyer sur l’un de ses (nombreux) atouts : sa lucidité. On saluera ainsi comme il se doit le travail de titan réalisé au début, permettant au film d’éviter les écueils type Gardiens de la Galaxie et d’affirmer son coté cool sans le transformer en un comique capilotracté somme toute gênant. De ce canevas, cool mais pas trop, Ayer enclenche alors la seconde. La ville est menacée par une entité que les soldats US ont, sans surprise, du mal à mater. Raison de plus pour envoyer la Task Force X, aka le joyeux nom donné à cet armada de crapules. D’équipe fantasmée, la team se mue en équipe bien réelle. L’occasion pour Ayer de faire montre de sa direction d’acteur et laisser libre cours aux frasques de Harley Quinn (impériale Margot Robbie) et Deadshot (Will Smith) qui brillent littéralement de leur présence, permettant d’oublier un moment la partition du Letoker, aka Mr.J, à la limite du risible et fanfaronnant comme jamais. A croire qu’Heath Ledger continuera de hanter longtemps les frasques pourpres du génie du crime de Gotham. Heureusement, ça sera peut-être la seule fausse note. Le reste, tel un métronome, garde le rythme. Humour graveleux, scénario retors, retournements nombreux, le film se plait à perturber son spectateur comme pour mieux lui rappeler, tel une bonne vieille mandale des familles, que méchant oblige, on n’est pas dans un délire de super-héros classiques. Non, ici quand les « héros » ont un coup de mou, ils vont au bar. Et tant pis si ça casse le rythme. Ça aura le mérite de faire crisser nombre de dentiers, mais la réalité est bel et bien là : Ayer, en vrai cinéaste qu’il est, a accouché dans la douleur d’un projet personnel. Pas question donc de le voir enfiler les vieux poncifs du genre ou le contraindre à une quelconque forme de diktat culturel. Une intention qui a au moins le mérite de faire sens au « Fuck Marvel » tenu par ses soins ; propos qui outre d’égratigner la maison à idées, illustre bien que le combat de DC se mène à rebours des attentes. Pas question donc de caresser dans le sens du poil le fan transi par l’excitation. Non ! éprouvons-le, faisons-lui affronter une nuée d’ennemis en CGI auxquels il ne se rattachera pas. Faisons lui accepter ce rythme goguenard, pédant par endroits mais sentant bien bon l’honnêteté et le travail bien fait. Une démarche suicidaire en somme. Mais pour un film de Suicide Squad, c’est normal non ?

Furibard, enlevé et carrément foutraque, Suicide Squad est la preuve que Warner est bel et bien en train de changer la donne dans le vivier super-héroique. Plus couillu que son homologue marvellien, le film est surtout l’occasion de voir les prémices d’un univers étendu où l’on se plait déjà à imaginer la suite de cet armada de crétin tueurs.

Suicide Squad : Bande-Annonce

Suicide Squad : Fiche Technique

Titre : Suicide Squad
Réalisation : David Ayer
Scénario : Justin Marks, David Ayer
Interprétation: Jared Leto (Le Joker), Margot Robbie (Dr Harleen Quinzel/Harley Quinn), Will Smith (Floyd Lawton / Deadshot), Joel Kinnaman (Rick Flagg), Viola Davis (Amanda Waller), Cara Delevingne (June Moore / L’Enchanteresse), Jai Courtney (Digger Harkness/Captain Boomerang), Adewale Akinnuoye-Agbaje (Waylon Jones/Killer Croc), Jay Hernandez (Chato Sandana/El Diablo), Karen Fukuhara (Tatsu Yamashiro/ Katana), Adam Beach (Christopher Weiss/ Slikpnot), Ben Affleck (Bruce Wayne/Batman), Ezra Miller (Barry Allen/The Flash), Scott Eastwood (Lieutenant « GQ » Edwards), Ike Barinholtz (Capitaine Griggs),
Décors : Oliver Schol
Costumes : Kate Hawley
Photographie : Roman Vasyanov
Montage : John Gilroy
Musique : Steven Price
Production : Richard Suckle, Charles Roven
Producteurs délégués : Zack Snyder, Deborah Snyder, Colin Wilson, Geoff Johns
Sociétés de production : Warner Bros., Atlas Entertainment, DC Entertainment, Dune Entertainment et Lin Pictures
Sociétés de distribution : Warner Bros. Pictures (États-Unis), Warner Bros. France (France)
Langue originale : anglais
Format : couleur
Budget : 225 000 000 $ (estimation)
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleurs maquillages et coiffures pour Alessandro Bertolazzi, Giorgio Gregorini et Christopher Nelson
Genre : super-héros
Durée : 130 minutes
Date de sortie : 3 août 2016

Etats-Unis – 2016