La Chanson de l’éléphant de Charles Binamé : Critique

Adaptation de la pièce de théâtre Elephant Song écrite par Nicolas Billon en 2003, qui a écrit lui-même le scénario du film et qui lui vaudra le prix de la meilleure adaptation au Canadian Screen Award 2015, le film éponyme réalisé par Charles Binamé entraîne le spectateur dans un thriller psychologique brillamment mené par Bruce Greenwood dans le rôle du docteur Green, psychiatre bienveillant et un Xavier Dolan au top de sa forme en manipulateur ingénieux. Les deux hommes nous plongent dans un face à face prenant et inquiétant, coincés entre quatre murs.

Synopsis : À la veille de Noël, la disparition soudaine du docteur Lawrence provoque une onde de choc dans l’institution psychiatrique où il exerce. Le docteur Green, directeur de l’établissement, entreprend alors de questionner Michael, un jeune homme en traitement qui est le dernier à avoir vu le médecin. Malgré l’avertissement de l’infirmière en chef qui connaît mieux que quiconque le patient, celui-ci entraîne Green dans un jeu psychologique qui le trouble profondément.

Entre les murs

Seulement voilà, si l’aspect huis-clos de l’oeuvre est parfaitement maitrisé, le film souffre d’une volonté de se démarquer de la pièce de théâtre lors de son adaptation sur grand écran. L’intrigue, idéalement pensée pour se dérouler dans un espace réduit, perd en consistance lorsque le réalisateur se sent obligé de nous balader dans la cafétéria de l’hôpital, dans des scènes qui n’ont pas grand intérêt, et de nous de faire voyager d’une temporalité à une autre, alors que l’intrigue aurait gagné à se focaliser sur l’échange entre Michael et le psychiatre. La révélation finale n’en aurait été que renforcée. Le sentiment de claustrophobie s’évapore peu à peu et avec lui l’intensité du récit de Michael. Constamment dérangée par des péripéties extérieures qui n’en sont pas réellement (centrées principalement sur la vie de famille du psychiatre), la confrontation entre le médecin et le patient perd en intimité. Les éléments abordés ne sont pas exploités et ne servent en rien la narration, au contraire, ils ne font que nous en éloigner, ayant pour conséquence de nous détacher de l’essentiel.

Les personnages secondaires introduits au début du film, comme la femme (Carie-Anne Moss) et la nièce du docteur Green, ne sont là que dans le but de donner de l’épaisseur au personnage, manœuvre inutile et qui se tire une balle dans le pied puisqu’elle raisonne comme un écho à ce qui s’est déjà dit et laisse penser que les dialogues ne suffisent pas à donner de la profondeur aux personnages.

Quant à l’infirmière interprétée par la très juste Catherine Keener, Miss Peterson, son omniprésence laisse croire que son personnage aura de l’importance dans l’affaire de la disparition du docteur Lawrence ou dans la destinée de Michael, alors qu’il n’en est rien.

Un face à face déroutant

En ce qui concerne le jeu d’acteurs, il est impeccable. Xavier Dolan est étonnant en jeune homme perturbé et obsessionnel mais supérieurement intelligent et Bruce Greenwood est excellent pour lui donner la réplique, impartial et tendre à la fois. Le duo fonctionne parfaitement et parvient à fasciner autant qu’il peut, par moments, émouvoir. Le jeu du chat et de la souris qui s’installe dès leur rencontre est à la fois plaisant et glaçant, ne sachant jusqu’où chacun est capable d’aller pour obtenir ce qu’il veut; la vérité, pour l’un, la liberté pour l’autre. La relation entre les deux hommes se transforme petit à petit et ce qui était au départ un dialogue de sourd, débouche finalement sur une révélation poignante et déroutante.

Malheureusement, on ne comprend pas bien où le réalisateur veut en venir. Les twists nombreux qui font chauffer nos méninges pendant presque deux heures ne nous emmènent pas sur des pistes suffisamment solides, et nous voilà bien incapable lorsque sonne l’heure de la révélation, de faire le tri et de déceler le vrai du faux. 

J’ai encore tué ma mère

Les thèmes du film ne sont pas sans rappeler ceux si chers à l’acteur et réalisateur Xavier Dolan, la mort, l’homosexualité, l’amour-haine et la manipulation, que l’on retrouvaient déjà dans son premier film sorti en 2009, J’ai tué ma mère, dans lequel Hubert Minel (joué par Xavier Dolan) âgé de 17 ans, ne supporte pas sa mère.

Tantôt drôle, tantôt bouleversant mais toujours captivant, La Chanson de l’éléphant est un très bon thriller parfaitement interprété mais qui pêche dans sa réalisation qui manque parfois d’originalité et dans son scénario qui s’emmêle les pinceaux. Le film a tendance à s’éparpiller et aurait certainement beaucoup gagné en se contentant de conserver sa forme initiale de huis-clos.

La Chanson de l’éléphant : Bande annonce

La Chanson de l’éléphant : Fiche technique

Titre original : Elephant Song
Réalisation : Charles Binamé
Scénario : Nicolas Billon
Interprétation : Bruce Greenwood, Xavier Dolan, Catherine Keener, Carie-Anne Moss
Photographie : Pierre Gill
Décors : Chantel Carter
Musique : Patrice Dubuc et Gaëtan Gravel
Durée : 110 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie en France : 3 août 2016

Canada – 2014

Auteur : Yael Calvo

Festival

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