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Preacher, une série de Seth Rogen, Evan Goldberg et Sam Catlin : Critique

Les amateurs de fantastique hardcore, d’humour noir et de bières bien fraîches ne pourront qu’apprécier cette série, malgré le choix de ses créateurs de construire sa première saison comme une longue introduction de ses personnages.

Synopsis : Jesse Custer est, comme son père avant lui, révérend dans une petite église au fin fond du Texas. Mais, hanté par un passé trouble, sa foi est constamment mise à l’épreuve. L’arrivée dans son village d’un village excentrique et son acquisition d’un pouvoir divin vont le pousser à devoir trouver l’équilibre entre ses statuts d’homme d’Eglise et de criminel.

Un séisme surnaturel

« Un vampire, des agents du gouvernement et un prêtre psychopathe… ce monde n’est rien d’autre qu’un cloaque ». Ce constat désenchanté fait par le shérif de Annville dans l’épisode final résume l’esprit what the fuck avec laquelle est conçue cette nouvelle série. On ne pouvait pas en attendre moins d’un univers visuel conçu par Garth Ennis, bien connu pour ses comics ultraviolents et auteur, à la fin des années 90, de ce roman graphique dont la série est librement adaptée. Le caractère déjanté de l’adaptation est de plus assuré par le fait que celle-ci soit concoctée sous la houlette de Seth Rogen épaulé d’Evan Goldberg, avec qui il avait déjà notamment coréalisé le bel OVNI auto-satirique C’est la fin, ainsi que de Sam Catlin, connu pour son travail sur Breaking Bad. La collaboration entre ces quatre artistes ne pouvait donc qu’aboutir sur une œuvre destinée à sortir des sentiers battus. Dès l’épisode pilote, la série prouve sa qualité principale, celle de mettre en place une mythologie et une iconographie propres au cinéma de genre le plus radical. Là où The Walking Dead, érigé comme modèle de l’adaptation sérielle de roman graphique à tendance gore et série star d’AMC, s’est perdu depuis longtemps dans ses sous-intrigues les plus lénifiantes, Preacher se pose d’emblée comme un électrochoc frapadingue dans le domaine de la série fantastique. Et que son scénario fasse ouvertement le choix de ne pas respecter pas le fil de la bande dessinée devrait avoir de quoi surprendre même ses plus fervents lecteurs.

L’art de l’irrévérence survoltée

Dans un paysage épuré et désertique souffle un vent violent et des odeurs de méthane nauséeuses, la modeste église érigée à l’écart du village semble alors un refuge pour tous les rednecks texans, mais aussi pour son propre pasteur, lui-même en quête de rédemption. Voilà un point de départ qui pourrait être celui d’un scénario puritain, forgé dans la bien-pensance américaine. Toute l’audace de Preacher est justement de s’amuser à prendre à contre-pied tous les codes locaux, bâtis dans ceux de la religion protestante et des grands mythes de la courte Histoire du pays. La première cible de la série est donc la religion chrétienne, d’abord à travers les doutes du pasteur sur sa propre foi, puis dans le discours profondément irréligieux de certains personnages (et en particulier du promoteur immobilier local, Odin Quinncannon interprété par le toujours inquiétant Jackie Earle Haley), et enfin dans le détournement des légendes bibliques, à commencer par la présence d’anges très loin de leur imagerie classique. Le ton résolument impertinent et la violence jubilatoire s’accordent parfaitement avec ce délire blasphématoire, auxquels vient s’ajouter une relecture là encore déjantée d’un mythe cher au cinéma fantastique, celui du vampire. Le suceur de sang imaginé ici, Cassidy, est lui aussi bien loin du stéréotype mainstream puisqu’il est le principal apport à l’humour grivois de l’écriture. Enfin, le grand mythe américain auquel s’attaque la série est évidemment celle du western, avec des scènes d’une insupportable brutalité à l’époque de la conquête de l’Ouest.

Les passages renvoyant l’action en 1885 semblent impromptus au cœur d’une histoire tout ce qui a de plus contemporaine. Ils ne sont en fait que l’un des symptômes de la déconstruction de la narration. Faisant fi de la linéarité scénaristique, les showrunners se sont en effet amusés à multiplier les scènes, parfois des flash-backs, à priori détachées de l’action principale, mais qui iront trouver leur pleine cohérence au fil des épisodes. Cette première saison a donc des allures de puzzle, au gré de laquelle on en apprendra par exemple plus sur le passé trouble de son héros. Et quel héros ! Incarné par Dominic Cooper, cet homme d’église et ancien voyou est la parfaite incarnation de l’Amérique, à savoir un dur à cuire n’hésitant jamais à faire usage de la force dès l’instant que cela peut se justifier par sa propre interprétation, contestable, de la parole divine. Cette vision politique du personnage ne sera toutefois pas pleinement intégrée au développement de l’intrigue, qui lui préférera ses scènes violentes et trashs. Contrairement à Ash Vs. Evil Dead, les scènes les plus sanglantes sont ici filmées avec une virtuosité, profitant d’un sens du montage et de chorégraphies soignées, qui les rend mémorables…

Une mise en place qui prend son temps

Mais la violence de Preacher n’est pas que dans ses gunfights surhumains, mais aussi dans son humour noir et donc dans ses dialogues. Souvent très bavarde, la série n’en perd donc pas pour autant son mordant, mais prend le risque de souffrir d’un rythme assez inégal. Tel est le résultat de son intention parfaitement réussie de faire se rencontrer des enjeux surnaturels et d’autres purement humains. Cette dimension est d’ailleurs surtout incarnée par les principaux personnages féminins, avec en tête Ruth Negga dans la peau d’une criminelle en manque d’amour aux antipodes de son rôle dans Loving. Chacune de ses apparitions multiplie la badassitude de la série, et réduit ainsi en miettes les aprioris machistes propres à tous ces rednecks qui peuplent Annville. Toute une brochette de personnages secondaires hauts en couleurs, mais dont certains (à commencer par l’indien) auraient gagné à être plus développés. Mais finalement, Jesse, Tulip et Cassidy sont les trois seuls véritables héros que cette première saison se devait de nous faire découvrir avant que ne débute un road-trip qui ira, si la série est renouvelée, rejoindre un schéma plus proche du matériau d’origine. Dix épisodes pour installer les enjeux et les personnages des prochaines saisons (car oui, leur grand méchant ne sera clairement annoncé que dans l’ultime plan, en guise de cliffhanger), ça peut sembler un peu long, mais on s’ennuie si peu en les regardant que ce parti pris n’apparait jamais comme une tare.

Inutile d’en espérer une dynamique frénétique de bout en bout ou de le voir sombrer dans le piège de la parodie caricaturale. Au contraire, ce qui fait la force de Preacher c’est de prendre soin d’ancrer son improbable mélange de genres dans un certain réalisme diablement corrosif. Le résultat en est un récit décalé, adulte et surtout subversif comme on en trouve trop peu.

Preacher : Bande-annonce

Preacher : Fiche technique

Créateurs : Seth Rogen, Evan Goldberg, Sam Catlin
Réalisation : Evan Goldberg, Kate Dennis, Seth Rogen, Guillermo Navarro, Michael Morris, Michael Slovis, Scott Winant
Scénario : Seth Rogen, Evan Goldberg et Sam Catlin d’après le roman graphique de Garth Ennis
Interprétation : Dominic Cooper (Jesse Custer), Joseph Gilgun (Cassidy), Ruth Negga (Tulip O’Hare), Lucy Griffiths (Emily Woodrow), W. Earl Brown (Sheriff Hugo Root), Ian Colletti (Eugene Root), Anatol Yusef (DeBlanc), Tom Brooke (Fiore)…
Producteurs : Seth Rogen, Evan Goldberg, Sam Catlin, Garth Ennis…
Société de production : AMC Studios
Format : 10 épisodes de 40 minutes
Genre : Fantastique, comédie
Diffusion en France : Sur OCS Choc à partir du 23 mai 2016

Etats-Unis – 2016

 

Fleabag, une mini-série de Phoebe Waller-Bridge, épisodes 1 et 2 : Critique

Adaptée de sa propre pièce et produit par les frères Williams (Tripped, The Missing), Fleabag, littéralement traduisible par « sac à puce », rejoignant les comédies de la BBC (People Just Do Nothing, Cuckoo, Josh, Witless, Sunny D), est une plongée subversive dans le quotidien d’une jeune femme pas comme les autres.

Synopsis: Fleabag est une jeune femme délurée qui couche avec quiconque s’approche un peu trop près, soutire de l’argent à tous ses proches et refuse toute aide dans sa quête d’une vie indépendante. Brisant souvent le quatrième mur, elle n’hésite d’ailleurs pas à interpeller le spectateur qui porterait un jugement moral sur ses actions…

Vaut mieux en rire qu’en…

Relativement originale, détonante et provocatrice, l’actrice/auteure/productrice Phoebe Waller-Bridge (Broachurch, Crashing) repousse les limites de l’immoralité tout en s’adressant au misérable qui se cache en chacun de nous. Celui ou celle qui cherche à s’accomplir, celui ou celle qui cherche éperdument les secrets du bonheur au travers les multiples relations, au travers les erreurs renouvelées, les relations bancales entretenues avec sa propre famille… Entre la short com française Bref, Louie et Amy Schumer, cette nouveauté en 6 épisodes a débuté le 21 juillet pour nous faire rire tout l’été. Pourquoi les deux premiers épisodes méritent-ils le détour?

La première surprise, sans compter le jeu « hilarant » entre Alexandra Lamy et Tina Fey de l’actrice principale, est la mise en scène, couplée à une écriture simple et décomplexée. En s’adressant directement à la caméra, les maux à la fois pathétiques et risibles de cette jeune trentenaire apparaissent universels. Entre paresse et pis aller, difficile de trouver le petit amant parfait, surtout lorsqu’il revient de lui-même ou qu’il préfère la sodomie pour se sentir tout puissant. Jamais vulgaire, les répliques souvent justes, frappent au coeur de tous ceux qui sont nés entre la génération X et Y. Problèmes financiers, deuil et relations familiales conflictuelles, le tout servi entre deux orgasmes inégaux, le spectateur ne peut que s’attendrir devant ce qu’il a le « malheur » de reconnaître, sa propre déchéance. Heureusement que l’on finit par en rire. En même temps que pourrait-on faire de plus?

Plutôt que de s’apitoyer sur notre sort, Fleabag (en costume de Batman pour enfant dans le clip promotionnel de sa pièce de théâtre), choisit de tourner la situation à un tout autre avantage. Son intérêt propre, sans jamais être égoïste. D’où sort-elle cette force exemplaire après avoir perdue sa meilleure amie et croulant sous les dettes suite à l’ouverture de son café, avec un petit ami tendre à excès? Vivre au temps présent, profitant du peu de ce que la vie semble nous offrir. Y aurait-il une boîte de tampons adaptée à toutes nos fuites existentielles? Bien au contraire, mais la surprise est journalière. Au coin d’un rayon, chez sa belle-mère hypocrite (Olivia Coleman est une incroyable surprise en soi, après la sitcom inégale Flower et bientôt Broadchurch saison 3!!!), auprès de son beau-frère un peu gauche (Brett Gelman, autre surprise, après Married, Another Period et « bientôt » Twin Peaks saison 3!!!), son plan cul du moment, sa sœur coincée, son père absent, son ex futur ex (Hugh Skinner vu dans Poldark et The Windsors), un inconnu rencontré dans le bus … Le relationnel est primordial pour combattre la solitude et les paradoxes.

Brillant de simplicité, cette comédie flirtant avec l’humour noir (ce que les anglais savent faire de mieux) est un bijou incomparable, faisant de notre propre misère, un gage sensationnel vers l’acceptation et l’accomplissement. A suivre…

Fleabag : Extrait épisode 2

Fleabag : Fiche technique

Créatrice : Phoebe Waller-Bridge
Réalisateurs : Harry Bradbeer, Tim Kirkby
Scénariste :  Phoebe Waller-Bridge
Interprètes :  Phoebe Waller-Bridge, Ben Aldridge, Sian Clifford, Bill Paterson, Jenny Rainsford, Hugh Skinner, Olivia Colman, Brett Gelman…
Photographie : Tony Miller, Laurie Rose
Montage : Gary Dollner, Paul Machliss
Musique : Isobel Waller-Bridge
Producteurs : Lydia Hampson, Phoebe Waller-Bridge, Harry Williams, Jack Williams, Adam Browne, Hsinyi Liu
Sociétés de production : Two Brothers Pictures
Genre : Comédie
Format : 22 minutes – en production
Diffusion :BBC3

Avengers: le film Infinity War ne sera pas en deux parties

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Avengers : Infinity War, malgré ce qui a été annoncé, le film ne sera pas coupé en deux parties

Contrairement à ce qui était prévu par Disney et Marvel Studios, Avengers : Infinity War, troisième épisode des aventures marveliennes, ne sera pas en deux parties. Harry Potter, Hunger Games, Divergente, nombreuses sont les sagas qui ont cédé à la mode des parties 1 et 2, un modèle de séparation filmique permettant, sur le papier, de développer en profondeur les enjeux de l’histoire. Évidemment, on connaît la volonté économique des studios, de surfer sur les grandes recettes apportées par ces différentes sagas, les deux longs métrages Avengers ayant rapporté près de 3 milliards de dollars. Avec les Vengeurs, l’histoire est quelque peu différente, les épisodes étant déjà internes à une franchise reliée par un fil rouge entre les films.

Pour conclure onze années d’un fil rouge super-héroïque, Marvel Studios décide donc d’adapter l’arc du comics Infinity War, qui voit les Avengers affronter l’ultime super-vilain : Thanos. Pour filmer cette histoire de la manière la plus fidèle et surtout cohérente qui soit, avec 68 personnages à l’écran, la Maison des Idées a annoncé il y a quelques années vouloir diviser le récit en deux épisodes. Cependant, Marvel Studios et Disney ont changé leur fusil d’épaule et ont finalement renommé les longs métrages. Si Infinity War partie 1 ne change pas de nom hormis la suppression du suffixe « Partie 1 », Infinity War partie 2 se nomme désormais « Untitled Avengers ».

 

Cette annonce suppose avant tout deux choses. La première, c’est que les deux longs métrages seront indépendants scénaristiquement parlant, ce qui sous-entend deux aventures différentes. La seconde, c’est que l’affrontement contre Thanos, teasé depuis de nombreuses productions Marvel, ne se fera que sur un seul film. Cette annonce effraie donc autant qu’elle intrigue, Infinity War étant un des arc les plus célèbres et spectaculaires de chez Marvel, il parait presque impossible de développer une intrigue aussi vaste en si peu de temps. De même, on ne comprends pas comment les Gardiens de la Galaxie et autres super-héros qui doivent s’ajouter à la longue liste des Avengers, se joindront au groupe déjà existant. Les dates de sorties ne changent cependant pas, Avengers : Infinity War sortira le 2 mai 2018 et « Untitled Avengers » sera en salles le 1er mai 2019.

Comme des Bêtes, un film de Yarrow Cheney et Chris Renaud : Critique

Les animaux sont en fête cette année, surtout du point de vue de l’animation. Après les cartons mondiaux de Zootopie et du troisième volet de Kung-Fu Panda, et les succès toujours en cours de Pixar (Le Monde de Dory) et de la Twenty Century Fox (L’âge de glace – Les lois de l’Univers), c’est au tour des studios Illumination Entertainment, créateur du diptyque Moi, Moche et méchant, de nous présenter une aventure inédite de nos amis à quatre pattes, intitulée The Secret Life of Pets.

Synopsis : Dans un immeuble de Manhattan, la vie de Max en tant qu’animal de compagnie préféré est chamboulée au moment même où son propriétaire ramène à la maison un bâtard mouillé nommé Duke. Ils doivent cependant mettre leurs différends de côté quand ils découvrent qu’un adorable lapin blanc prépare une armée d’animaux de compagnie abandonnés, ces derniers étant bien décidés à se venger de tous les animaux de compagnie heureux, ainsi que de leurs propriétaires.

Un Toy Story animalier

Grossièrement traduit Comme des Bêtes, le long-métrage est réalisé par Chris Renaud, séparé de Pierre Coffin, avec qui il avait imaginé l’histoire de Moi, Moche et Méchant, parti réaliser le film consacré aux Minions. Il met en scène une bande d’animaux domestiques (chiens, chats, hamster, oiseau) propulsés au cœur de la ville, loin de leur confort habituel, à la recherche de Max et Duke, les personnages principaux du film. Aux prises avec un gang d’animaux vivant dans les égouts de la ville et mené par un lapin hyperactif, ils mettront tout en œuvre afin de regagner le domicile familial avant le retour de leurs maîtres.

 

« Que peuvent-ils bien faire quand vous n’êtes pas là ? » nous scande l’affiche. Tel est le postulat de départ du film, qui a fait office d’argument efficace de communication auprès du grand public un an en arrière avec un long teaser de deux minutes, où l’on voyait les animaux  vaquant à des occupations pour le moins singulières lors du départ de leur maître. Cette séquence constitue le début du film. Que ce soit la mise à mal d’un réfrigérateur rempli de nourriture, une séance massage et détente avec un robot cuisine ou encore une session hard rock à faire trembler les murs, ces mini scénettes très réussies illustrent parfaitement le propos vendu avec une originalité telle qu’on aurait aimé retrouver tout le long du métrage. C’est malheureusement là où le bât blesse. Car à partir de l’élément déclencheur qu’est l’arrivée de Duke dans la vie de Max, le scénario ne prend plus aucun risque et préfère se diriger sur des chemins plus banalisés. En effet, l’intrigue ressemble fortement au premier Toy Story, autant sur le déroulement progressif de l’histoire (deux êtres que tout oppose doivent s’allier pour retourner chez eux) que la trame de fond (que font ces êtres doués de raison lorsque le maître/propriétaire a le dos tourné ?), mais sans avoir le génie et la poésie de Pixar. Il se contente de plus de recycler les lieux communs à ce genre d’aventures animées, avec son lot d’obstacles habituels (le grand retour de la fourrière !), son duo de personnages qui finalement arrivera à s’apprivoiser, et une morale bien-pensante soulignant l’importance de l’entraide et de la solidarité. Voulant parfois développer certains pans de l’histoire qui auraient pu être très intéressants et apporter un brin de psychologie à l’ensemble, notamment sur les origines de Duke, le réalisateur n’en fait que des tentatives ratées, rapidement expédiées afin de réemprunter de suite le chemin de la prévisibilité. C’est d’autant plus dommage que les personnages sont réellement attachants.

 

Car si la force du film ne réside pas en son histoire, elle se retrouve totalement dans sa galerie de personnages, tous plus drôles les uns que les autres. Si Max et Duke se révèlent finalement classiques dans leurs caractéristiques et développement (l’un petit, intelligent et aimant, l’autre plus bourru et costaud), c’est en leurs compères que les nombreux sourires voire éclats de rire se manifesteront. Entre un hamster à la voix fluette ne retrouvant jamais son chemin, une chienne adorable au poil bien brossé mais se transformant progressivement en un adversaire redoutable en arts martiaux, et un faucon s’empêchant par tous les moyens de dévorer tout ce beau monde, le public, aussi bien jeune que plus âgé, y trouvera son compte. Mention spéciale tout de même à Pompon le lapin, dont l’hyperactivité et le caractère psychopathe sont bien représentés par le doublage français de Willy Rovelli.

 

L’animation de Comme des Bêtes est quant à elle d’une qualité remarquable, voire plus que les derniers nés des studios Illumination. Que ce soit les nombreux paysages urbains de jour comme de nuit, représentés à la fois par de petits pavillons unifamiliaux et d’immenses buldings et centres d’affaires ou les nombreuses caractéristiques présentes sur les animaux (fourrure, plumes …), le niveau de détail et de gestion des couleurs est bien poussé et ne fait que rendre l’image plus chaleureuse encore. L’animation est également d’une belle fluidité : les quelques scènes d’actions se suivent sans mal, et deviennent même assez captivantes grâce à la composition d’Alexandre Desplat. Ce dernier a su trouver le juste équilibre. Il nous propose une bande originale alliant un côté plutôt intimiste avec des notes très discrètes, surtout pour les parties relationnelles entre l’homme et son animal (on pense notamment à la toute fin) et un côté beaucoup plus dynamique avec envolée de cuivres et de percussions pour les séquences d’action.

 

Ne voyez par conséquent aucunement dans Comme des Bêtes le film d’animation de l’année. Son intrigue principale et son absence d’originalité, ainsi que les thèmes abordés, l’empêchent d’accéder à ce statut, contrairement à un certain Zootopie qui, par la modernité de son propos, a su se démarquer de ses concurrents. Ce constat aidant, le film constitue tout de même un divertissement familial très honnête, drôle, bien mené, grâce à ses personnages et à une qualité technique irréprochable.

Comme des Bêtes : Bande annonce

Comme des Bêtes : Fiche technique

Titre original : The Secret Life of Pets
Réalisation : Yarrow Cheney et Chris Renaud
Scénario : Bryan Lynch
Doublages (VO) : Louis CK (Max), Eric Stonestreet (Duke), Kevin Hart (Pompom), Steve Coogan (Ozone, Reginald), Elie Kemper (Katie), Lake Bell (Chloé)…
Doublages (VF) : Philippe Lacheau (Max), François Damiens (Duke), Willy Rovelli (Pompon), Florence Foresti (Chloé) …
Direction artistique : Colin Stimpson
Montage : Alexander Berner
Musique : Alexandre Desplat
Producteurs : Janet Healy, Dave Rosenbaum, Chris Meledandri
Société de production : Illumination Entertainment & Illumination Mac Guff
Société de distribution : Universal Pictures International France
Genre : Animation, comédie
Durée : 87 minutes
Date de sortie : 27 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

 

Star Trek : Sans limites, un film de Justin Lin : Critique

Entre ses batailles spatiales dantesques et son pitch résolument kitsch, la suite du reboot de Star Trek est la preuve que la nouvelle saga ne sait pas vers où elle veut aller. Du moderne ou de l’ancien ?

Synopsis : L’USS Enterprise, qui a été envoyé en mission d’exploration trois ans plus tôt, fait une escale à Yorktown, une base de la Fédération. Sur place, la survivante d’une autre expédition vient demander à l’aide, le reste de son équipage ayant échoué sur une planète isolée. Le Capitaine Kirk se propose d’aller à leur rescousse, sans se douter du danger qui l’y attend.

Un troisième opus attendu avec une réelle appréhension

Passer aux commandes de l’USS Enterprise derrière J.J. Abrams est un beau cadeau empoisonné que Paramount a fait à Justin Lin, mais aussi la plus belle façon de faire ses preuves. Avoir réussi à ramener l’imaginaire de Star Trek dans la culture pop et faire naître une nouvelle génération de trekkies est en effet ce qu’Abrams a fait de mieux dans sa carrière et poursuivre son travail ne pouvait être qu’un pari risqué. Pour être franc, les premières images du film vinrent confirmer les pires craintes des fans, celles de voir le réalisateur de la plupart des Fast and Furious, du pire (le 3), comme du meilleur (le 5), appliquer les codes de la saga aux gros bolides à celle des explorateurs des frontières de l’infini. Et puis, de bandes-annonces en bandes-annonces (car oui, il y en a eu beaucoup !), la frayeur est un peu retombée, laissant davantage de place à la confiance envers Simon Pegg, qui signait là (en binôme avec Doug Jung) son premier scénario hors du domaine de la comédie pour s’attaquer à un univers dont il se dit fan de la première heure. A la vue du résultat, le constat est beaucoup plus mitigé que ce préjugé de voir un scénario astucieux qui aurait été gâché par une mise en scène brouillonne. Loin de là…

La difficulté de faire du neuf avec du vieux

Le scénario se construit comme l’aurait été un épisode de la série initiale, qui va sous peu fêter les cinquante ans de son lancement, à savoir une mission de sauvetage en territoire inconnu qui va permettre l’exploration d’une nouvelle planète mais aussi l’affrontement d’un nouveau méchant. Impossible alors de reprocher à Simon Pegg de ne pas maîtriser les codes de la saga, qui n’en est plus au stade du reboot. Sauf qu’une pareille mécanique scénaristique est loin de pouvoir s’appliquer facilement à un long métrage de deux heures. La principale conséquence de cette narration linéaire est le ventre mou que subit inévitablement la trame en son milieu, à savoir toute la longue partie située sur la fameuse planète inconnue. Quelques belles images en CGI dans de jolies scènes contemplatives, des touches d’humour dans lesquels on retrouve aisément la « pâte Pegg », mais surtout l’introduction du personnage de Jaylah (que la campagne marketing a su rendre iconique avant même son apparition à l’écran) permettent toutefois à donner vie à ce qui aurait pu, par son manque d’intensité, être qualifié de passage à vide. A défaut d’une action aussi bien rythmée et d’enjeux aussi palpitants que dans les deux précédents opus, le travail fait sur les personnages est remarquable. Contrairement à ce que l’on aurait également pu craindre, Simon Pegg n’a pas égoïstement donné plus de place à son personnage de Scotty, mais a réparti équitablement les sous-intrigues de chacun des membres de l’équipage… seul Sulu est mal exploité, en dehors d’un coming-out qui a beaucoup (trop) fait parler de lui et dont on peut imaginer que certaines scènes allant dans ce sens aient finalement été coupées.

L’antagonisme entre Bones et Spock est ainsi parfaitement exploité, tout comme la relation amoureuse que ce dernier entretient difficilement avec le lieutenant Uhura. A propos de Spock toujours, le film réussit à introduire dans sa dramaturgie un très bel hommage à Leonard Nimoy, son interprète historique et réalisateur de plusieurs des meilleurs films de la première saga, décédé avant le tournage. Le fan service est donc parfaitement respecté, mais le film n’oublie pas pour autant de donner sa part belle à quelques scènes d’action formidablement spectaculaires. Si l’on a pu reprocher aux films d’Abrams, et en particulier au premier, un surdécoupage qui rendait les scènes de gunfights difficiles à lire, Justin Lin fait preuve d’une indéniable maestria en la matière. Malgré quelques ratés dans les effets spéciaux (en particulier une incrustation de moto à vomir !), ces passages de combats au corps à corps parviennent ainsi à nous tenir en haleine grâce à des chorégraphies soignées et à une bonne visualisation de l’espace. A deux reprises, le réalisateur nous offre même des batailles spatiales impressionnantes, qui resteront très probablement des références pour les amateurs de science-fiction. C’est parce que la première arrive trop tôt que le souffle épique va ensuite s’écrouler pour plus d’une heure. Plus grave encore, que la seconde se fasse sur le son des Beastie boys est un effet, certes comique et justifié, qui nous renvoie aussitôt à la certitude que nous avons malgré tout affaire à ce « Fast and Furious dans l’espace » que nous redoutions tant.

Qu’on les aime ces explorateurs de l’infini!

Les principales qualités de ce Star Trek : Sans limites resteront finalement son casting et jeu des acteurs. Il semble que chacun des interprètes présents depuis le premier film sept ans plus tôt ait vu ce troisième opus comme l’occasion de voir son personnage évoluer. C’est dans ce sens que vont le regain d’optimisme de Bones, la sociabilisation de Scotty via sa relation avec Jaylah, la prise de confiance de soi de Chekov (comment alors imaginer de plus beaux adieux à son personnage ?) ou encore les digressions philosophiques d’un Spock endeuillé de lui-même. On regrettera alors que le capitaine Kirk reste toujours égal à lui-même car, si l’introduction laisse entrevoir chez lui un semblant de maturité, l’acteur n’a pas su faire infléchir son jeu dans ce sens. Il faudra même attendre le duel final pour que le capitaine aille enfin assurer son rôle de leader, voire même de « héros ». Dans la peau, ou plus exactement sous les kilos de maquillages, du grand méchant, Idris Elba n’a malheureusement pas un rôle assez développé pour rester dans les mémoires, sa caractérisation et ses motivations dérisoires faisant de lui un personnage de vilain des plus caricaturaux que l’on croirait sorti d’une production Marvel.

Malgré tous ces défauts, Star Trek Sans Limites n’en reste pas moins une aventure dans les règles de l’art et surtout un film de science-fiction rondement mené. Le plaisir de retrouver ces personnages qui nous sont chers nous fera fermer les yeux sur les difficultés qu’a la Paramount à donner une nouvelle impulsion à la plus lucrative de ses franchises.

Star Trek: Sans Limites : Bande-annonce (VF)

Star Trek: Sans Limites : Fiche technique

Titre original : Star Trek Beyond
Réalisation : Justin Lin
Scénario : Simon Pegg, Doug Jung
Interprétation : Chris Pine (James T. Kirk), Zachary Quinto (Spock), Karl Urban (Leonard « Bones » McCoy), Zoë Saldaña (Nyota Uhura), Simon Pegg (Montgomery « Scotty » Scott), John Cho (Hikaru Sulu), Anton Yelchin (Pavel Chekov), Idris Elba (Krall), Sofia Boutella (Jaylah)…
Photographie : Stephen F. Windon
Montage : Dylan Highsmith, Greg D’Auria et Kelly Matsumoto
Musique : Michael Giacchino
Direction artistique : Don MacAulay
Production : J. J. Abrams, Roberto Orci et Bryan Burk
Sociétés de production : Paramount Pictures, Skydance Productions, Alibaba Pictures
Budget : 185 000 000 $
Distribution : Paramount Pictures France
Genre : Science-fiction, aventure
Durée : 122 minutes
Date de sortie française : 17 août 2016

Etats-Unis / Chine – 2016

 

Rétrospective David Fincher : Gone Girl, critique du film

Madeleine d’entre les morts

Madeleine d’entre les morts est le titre d’un film fantôme du génial Bertrand Bonello, dont il a fait un enregistrement sonore de quelques scènes avec Mathieu Amalric et Clotilde Hesme dans le cadre de la rétrospective qui lui a été consacrée à l’automne 2014, puis sous forme de court insert dans le Dos Rouge d’Olivier Barraud, avec Isild le Besco . Madeleine, c’est bien sûr Kim Novak dans Sueurs froides (Vertigo) de Hitchcock, l’obsession de Bonello. En 2014, à la même époque sortait également Gone Girl, le nouveau film de David Fincher.

Comme dans le film de Hitchcock, comme dans le « film » de Bonello, celui de David Fincher dévoile une nuque, dont on ne sait trop dire si elle se soustrait à la main qui la caresse ou si elle s’y abandonne. Car le geste affectueux est accompagné de la douce voix off d’un homme qui dit en substance qu’il souhaite ouvrir ce crâne en deux pour savoir ce qui s’y trame.

Voilà. Une telle mise en bouche nous met directement dans le vif de son cinéma. Le geste affectueux et la phrase qui glace le sang dans le même mouvement. David Fincher affirme que toute sa carrière repose peut-être sur l’idée que l’homme est pervers.  Gone Girl s’appuie en effet sur ce constat et son corollaire qui est la manipulation de son semblable. De Seven à Millenium, et même avec The Social network qui n’est pas exactement un thriller, l’œuvre de l’américain ne se départira jamais de cette hypothèse…

Gone Girl est le dixième film du réalisateur, dixième essai transformé pour David Fincher. Tiré d’un best seller de Gillian Flynn adapté par l’écrivaine elle-même pour le film, Gone girl profite de toute l’expertise de Fincher pour nous proposer quelque chose de bien plus intéressant qu’un simple thriller.

A la suite d’une forte dépression économique ayant conduit à un double chômage, Nick Dunne (Ben Affleck), un New-Yorkais pur jus revient avec sa femme Amy (Rosamund Pike) à la case départ de sa petite ville natale du Missouri, où par ailleurs sa mère se meurt d’un cancer. Nick est une sorte d’anti-héros un peu loser, un peu débonnaire, et Ben Affleck est l’acteur idéal pour un rôle pour lequel l’ambiguïté est le maître mot. Les échanges qu’il a avec sa sœur Margot dans leur bar famélique laissent entendre que tout n’est pas si parfait, si lisse dans le couple qu’il forme depuis cinq ans avec la belle et froide Amy. En rentrant chez lui, il découvre dans un grand fracas de vitre cassé la disparition de son épouse.

Mais les petites villes étant ce qu’elles sont, très vite, cette disparition très suspecte, et sa propre attitude quelque peu désinvolte vont se retourner contre lui : il devient le suspect numéro 1 dans une chasse à l’homme si caricaturale qu’on en rigolerait si on ne savait pas qu’elle est hélas l’exact reflet de la réalité, dans un pays centré sur la faute et le pêché.

Fincher réalise un vrai travail d’orfèvre sur la caractérisation de tous ses personnages, depuis les journalistes qui instrumentalisent autant qu’ils sont instrumentalisés, jusqu’au moindre voisin, bienveillant ou hargneux, c’est selon, sans oublier bien sûr les policiers, professionnels ou au contraire emportés par des instincts loin de la déontologie. Par petites touches, une petite phrase, un geste, un regard, tous contribuent à créer une nasse autour de Ben Affleck qui promène sa carcasse svelte mais lasse de devoir se défendre de tous et de se cacher de chacun. Même la disparue est hyper présente au travers de son journal et des flashbacks qui vont avec : Amy Elliott Dunne y adule son mari, puis l’y accable, puis l’y adule tout en l’y accablant.

Le film, tout comme l’enquête, est mené au pas de charge, mais un pas qu’il est très agréable au spectateur de suivre : comme à son habitude, David Fincher n’est pas avare de détail, l’œil virevolte partout dans le cadre, tant il y a à voir…L’ambiance est cependant un peu froide, dans des verts et des taupes éteints, rendus encore plus irréels par la résolution très lisse de la caméra 6K de Jeff Cronenweth. Le rendu est très mélancolique, assez inhabituel du cinéaste : une grande maison vide et bien rangée, un bar peu fréquenté, des policiers neurasthéniques accrochés à leur grand gobelet de café. Une ambiance glacée doublée d’une sous-couche inquiétante que le grand talent de Fincher rend palpable, et traversée de scènes graphiques comme seul, il sait les faire (l’incroyable bain de sang, par exemple)

Puis, avec ses légendaires plot twists, David Fincher nous retourne le cerveau comme des crêpes qui ne demandent qu’à être retournées. L’humain est pervers, dit-il et Gone girl, mieux qu’aucun autre de ses films le montre d’une manière magistrale et jubilatoire. Le qualificatif de divertissement à l’encontre de ce film n’est ni galvaudé ni péjoratif, et le spectateur peut le ressentir de manière quasi-physique, sensorielle, cependant que son cerveau est laminé par une vision extrêmement délétère du mariage et du couple, manifestement le sujet central du film.

Le casting de David Fincher est terriblement efficace, et notamment le choix de Rosamund Pike comme héroïne, une actrice ayant un physique et un âge compatibles avec des flashbacks sans devoir recourir à des artifices.

Rosamund Pike souffle le chaud et le froid, et incarne à merveille la blonde hitchcockienne, froide mais passionnée, ambigüe et mystérieuse. Comme déjà évoqué précédemment, Hitchcock est abondamment cité dans Gone Girl, comme dans cette scène de la nuque de Rosamund Pike/ Amy donc, en écho à celle de Madeleine dans Vertigo, ou encore en écho à celle de la « maman » de Norman Bates dans Psychose. Sans dévoiler l’intrigue, on peut également parler de cette scène positivement  invraisemblable de douche, une scène que Flynn et Fincher apportent respectivement dans le livre et le film non pas pour copier, ni même pour rendre hommage, mais par une fascination irrépressible pour cet immense cinéaste dont Fincher n’est pas le seul à subir l’influence.

Encore une réussite à mettre dans l’escarcelle de David Fincher donc, qui a décidément le nez creux dans le choix de ses scénarios, des scénarios originaux ou des ouvrages suffisamment robustes et solides pour que ses efforts soient concentrés sur ce qu’il fait de mieux : la mise en image et en mouvement.

Synopsis : A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

Gone girl : Bande-annonce (VOSTFR)

Gone Girl : Fiche technique

Titre original : Gone Girl
Réalisateur : David Fincher
Scénario : Gillian Flynn, d’après son proper roman
Interprétation : Ben Affleck (Nick Dunne), Rosamund Pike (Amy Dunne), Neil Patrick Harris (Desi Collings), Tyler Perry (Tanner Bolt), Carrie Coon (Margo Dunne), Kim Dickens (Inspecteur Rhonda Boney), Patrick Fugit (Officer James Gilpin), David Clennon (Rand Elliott), Lisa Banes (Marybeth Elliott), Missi Pyle (Ellen Abbott), Emily Ratajkowski (Andie Fitzgerald), Casey Wilson (Noelle Hawthorne), Lola Kirke (Greta)…
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Photographie : Jeff Cronenweth
Montage : Kirk Baxter
Producteurs : Cean Chaffin, Reese Witherspoon, Joshua Donen, Arnon Milchan, Producteurs délégués :Leslie Dixon, Bruna Papandrea
Maisons de production : Twentieth Century Fox Film Corporation, Regency Enterprises , TSG Entertainment
Distribution (France) : 20th Century Fox
Récompenses : Nombreuses nominations, dont aux Oscars, aux BAFTA, aux Golden Globes. Nombreuses récompenses (64) dans de festivals de moindre importance.
Budget : 61 000 000 $
Durée : 149 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 08 Octobre 2014
Etats-Unis – 2014

 

L’Economie du Couple, un film de Joachim Lafosse : Critique

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Par la simplicité de sa mise en scène et malgré quelques étirements, le cinéaste belge réussit à tenir le rythme d’un procédé délicat et à nous toucher en plein cœur.

Synopsis : Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c’est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c’est lui qui l’a entièrement rénovée. A présent, ils sont obligés d’y cohabiter, Boris n’ayant pas les moyens de se reloger. A l’heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu’il juge avoir apporté.

Après les vastes plaines désertiques d’Afrique dans Les Chevaliers Blancs où Vincent Lindon se persuadait d’avoir une conscience humanitaire en même temps qu’il essayait de redonner une chance à son couple avec Louise Bourgoin, Joachim Lafosse privilégie le retour à l’espace clos et intimiste d’une maison où un couple séparé n’a aucune autre alternative que celle de continuer à vivre ensemble. La complexité des relations de couple était déjà le thème central de A Perdre la Raison (2012) et pour lequel le cinéaste posait un regard tout en nuances pessimistes sur l’incompatibilité fusionnelle. Le cinéaste belge confirme avec ce nouveau film que c’est dans le drame de l’union impossible qu’il trouve toute son inspiration. Ce thème qui a fait travailler les esprits de la Nouvelle Vague, et qui continue d’être abordé sous toutes ses formes et coutures mais que Joachim Lafosse traite avec épure et la plus grande délicatesse. Chacun de ses récits émeut parce qu’il est un matériau d’identification conséquent et qu’il est difficile de ne pas ressentir de l’empathie pour ses personnages, surtout quand le cinéaste s’avère être également un aussi bon directeur d’acteurs. Avec L’Economie du Couple, il délaisse la tentative de reconstruction pour directement s’attaquer à la vie post-rupture, la délicate situation d’un homme et d’une femme obligés de vivre ensemble alors qu’ils ne se supportent plus. Délicate pour les deux concernés, mais aussi pour les deux enfants issues de l’union qui voient d’un œil innocent ce monde d’adultes complexe et paradoxal. Ce monde où les couples subsistent parfois pour d’uniques raisons financières, d’où l’économie conjugale qui donnent son nom au film.

Le Partage des Richesses

Car cette économie du couple, on la retrouve partout. Que ce soit dans le partage des jours de garde, des tâches, de l’espace de vie, des amis, des disputes, des emmerdes et des bons moments. Ainsi, chacun réfléchit à la part qu’il a dans le couple et par extension définit ce qu’il représente socialement -ou du moins représentait- au sein de ce système.  Mais surtout, cette économie interroge et fait face au paradoxe difficile de la séparation. Comment se départager sur l’appartenance matérielle ? C’est bel et bien le principal conflit de ce couple qui n’arrive pas à un accord sur le partage du coût de la maison. Soit le personnage de Bérénice Bejo déclarée administrativement propriétaire de la maison (appartenant autrefois à ses parents), soit celui de Cédric Kahn qui a fait tous les travaux sans en tirer compensation financière (étant en couple et vivant dans ladite maison) d’où cette situation qui les pousse à cohabiter ensemble alors qu’ils sont en instance de divorce. C’est de cette délicate « situation économique »dont parle Joachim Lafosse, celle qui figure aujourd’hui le lot de milliers de couples dans une société où l’on peut désormais se séparer aussi rapidement que se (re)mettre ensemble. Le personnage de la mère de Bérénice Béjo interprétée par Marthe Keller a cette phrase juste pour évoquer cette (dé)consommation du couple en déclarant qu’avant « on réparait les choses, on ne les jetait pas» . Ce personnage porte un regard pessimiste sur sa fille et son gendre et montre le fossé qu’il y a entre les couples d’aujourd’hui, et ceux du siècle dernier où il fallait se battre et passer au-dessus des difficultés pour maintenir l’union à flot. Joachim Lafosse montre alors que derrière le divorce rapide se cachent des couples qui n’ont pas d’autres choix (généralement par manque de moyens financiers) que de continuer à rester ensemble quand bien même ils ne se supportent plus. Et dans un procédé extrêmement minimaliste, la caméra ne quitte jamais la maison de sorte que L’Economie du Couple est un drame à huis clos où tout l’intérêt pour Joachim Lafosse est de se focaliser sur la psychologie des personnages et d’une situation aussi exécrable et difficile à vivre pour la famille, les amis et les enfants.

Comme dans Les Chevaliers Blancs, Joachim Lafosse confirme qu’il sait diriger habilement ses comédiens. On n’avait pas vu Bérénice Bejo depuis l’échec du Dernier Diamant en 2014 et pour son retour, elle retrouve comme une coïncidence un personnage assez similaire à ce qu’elle avait été dans Le Passé d’Asghar Farhadi, soit une dénommée Marie, une femme en instance de divorce en apparence froide et distante. Déterminée dans ses intentions de faire partir son ex-compagnon, elle démontre une facette nuancée d’un personnage attachant qui se voit rongé par la mélancolie d’un amour perdu et d’une situation invivable. A ses côtés, son (ex)mari est un personnage complexe incarné par Cédric Kahn que l’on connaît davantage pour ses réalisations (Une vie meilleure, Vie Sauvage) que pour ses prestations d’acteur. Un élément qui n’a aucune valeur ici tant il est épatant dans un rôle franc et autoritaire qui le pousse dans des excès de colère déments. Tout comme Sieranevada et  Juste la fin du monde -également présent au Festival de Cannes 2016, on se retrouve à table pour laver son linge sale en public. Il y a cette séquence poignante qui instaure un véritable malaise où lors d’un dîner avec ses amis, Bérénice Bejo refuse que son ex-compagnon vienne à table. C’est justement le moment pour lui de venir exprimer sa frustration et de montrer sa rancœur envers ceux  envers qui il éprouvait autrefois une certaine sympathie et qui ont « choisi leur camp» . Ce qui est remarquable, c’est que la violence se fait avant tout par les mots et l’humiliation psychologique et que jamais Joachim Lafosse ne tombe dans la facilité de faire exploser physiquement ses personnages. Toute la finesse de l’écriture du scénario provient également de la multiplicité des états amoureux dans lesquels se retrouvent les deux personnages, allant de la haine à l’amour en passant par le mépris et l’hystérie. Le fait qu’il soit possible de retomber dans les bras de l’autre laisse à penser que Joachim Lafosse croit que l’amour entre deux personnes ne disparaît jamais vraiment. Et pourtant, c’est toujours l’économie qui rattrape ces personnages fixés sur leur part commune et leur intérêt matériel.

S’il arrive que le film se fasse long, c’est sans doute pour nous faire ressentir à quel point le temps semble pesant lorsque l’on vit avec une personne qu’on ne supporte plus dans un espace aussi clos. C’est dans ses dernières minutes que la caméra se décide enfin à sortir de cet oppressant appartement, comme une manière de résoudre définitivement la situation de ce couple. L’Economie du Couple est une autopsie remarquable de la complexité des sentiments amoureux dans une séparation. De belles nuances ponctuent cette sincère et émouvante descente aux enfers de deux anciens amants. Simple et bouleversant.

L’Economie du Couple : Bande-annonce

L’Economie du Couple : Fiche Technique

Réalisation : Joachim Lafosse
Scénario : Fanny Burdino , Joachim Lafosse, Mazarine Pingeot, Thomas van Zuylen
Interprétation : Bérénice Bejo (Marie), Cédric Kahn (Boris), Marthe Keller (Christine)
Photographie : Jean-François Hensgens
Décors : Olivier Radot
Costumes : Pascaline Chavanne
Montage : Yann Dedet
Musique : /
Producteurs : Olivier Bronckart, Jacques-Henri Bronckart, Sylvie Pialat, Benoît Quainon, Gwennaëlle Libert, Gilles Sitbon, Arlette Zylberberg, Philippe Logie, Antonino Lombardo
Sociétés de Production : Les Films du Worso, Versus Production, RTBF, Voo eT Betv, Prime Time
Distributeur : Le Pacte
Budget : /
Récompenses : Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2016
Genre : Drame, romance
Durée : 100 minutes
Sortie en salles : 10 août 2016

France, Belgique – 2016

Déesses indiennes en colère, un film de Pan Nalin : Critique

Vendu comme un « female-buddy movie » du genre de Bridesmaids (Mes Meilleures amies), une comédie produite par Judd Apatow pour qu’on se fasse une idée, le film de l’indien Pan Nalin ne lui ressemble en rien. Déesses indiennes en colère n’est pas qu’une comédie de potes.

Synopsis : Elles sont actives, indépendantes et libres. Des femmes indiennes d’aujourd’hui. Réunies à Goa pour huit jours, elles se racontent leurs histoires d’amour, leurs doutes, leurs désirs. Jusqu’à ce qu’une nuit pas comme les autres remette tout en question…

Bridesmaids

Il appartient en fait à un genre indéfinissable, mainstream de la part d’un cinéaste assez zen (en dehors de son succès mondial Samsara, il est plutôt connu pour ses documentaires sur l’Ayurveda ou sur Bouddha), occidentalisé mais suffisamment indien pour être ponctué de danses et de chants, extravagant et manquant par endroits de crédibilité pour un film dont les premières scènes se moquent cependant de Bollywood, cinéma extravagant par excellence….
Déesses indiennes en colère
est tout cela à la fois, et rien de tout cela en même temps. Les personnages viennent de tous les coins les plus urbanisés du pays : Mumbai, Dehli, etc. et représentent la diversité des femmes indiennes. Elles convergent vers Doa pour assister au mariage de Frieda (Sarah-Jane Dias).  Catholique, habitant un vaste vestige de la colonisation portugaise, Frieda symbolise une Inde atypique à nos yeux d’occidentaux, abreuvés de faits divers aussi sordides que sexistes liés à ce sous-continent : viol, en réunion de préférence, stérilisation de masse, défiguration à l’acide, pour ne citer que les plus horribles. Ici au contraire, le ton est résolument joyeux, l’ambiance moderne, voire idyllique : Frieda est photographe, et Pan Nalin se laisse aller à imaginer que son indépendance et sa liberté vont jusqu’à déchirer le chèque d’un client aux méthodes douteuses. Le reste est à l’avenant : Joanna (Amrit Maghera) sa cousine indo-britannique qui veut percer à Bollywood sans être obligée de bouger une hanche ni une fesse de manière suggestive, une « étrangère » moquée par ses copines pour son accent so british. Mad (Anushka Manchanda), chanteuse boudée lorsqu’elle se lance dans un répertoire jazzy, mais adulée quand elle entonne un chant traditionnel au coin du feu. Pammy (Pavleen Gujral), dont le sari qui détonne au milieu de ses très urbaines copines cache mal les souffrances d’un mariage arrangé, traînée par la belle famille de gynécologue en gynécologue pour cause d’infertilité sans que jamais la condition du mari ne soit remise en cause. Nargis (Tannishtha Chatterjee), une activiste, une bandit queen 2.0 aussi belle et féroce que Phoolan Dehvi. Lakshmi (Rajshri Deshpande) bonne à tout faire, de grand-mère en petite fille, qui apporte la touche sociale et la question des castes au récit. Et enfin, Suranjan (Sandhya Mridul), une executive woman proche de la caricature, virant les récalcitrants à tire-larigot, crachant la fumée comme une cheminée, sa fillette au bout d’un bras, son smartphone vissé à l’autre…

Le problème du film est là, à la fois dans l’accumulation des thématiques abordées (il sera aussi question d’homosexualité, de corruption policière, de multinationales inamicales, etc.), et dans le côté caricatural voire improbable des personnages. Le verbe haut, le rire et les larmes faciles des protagonistes engendrent une cacophonie quelque peu étourdissante. Les multiples problèmes des unes et des autres font figure de litanie, on ne sait trop à quoi accorder son crédit, et dans tous les cas, ces saynètes font difficilement corps pour figurer un projet scénaristique robuste.

Et pourtant, on ne décroche pas. L’énergie débordante des personnages scotche le spectateur, la beauté des actrices le captive, l’humour du film l’enchante, même si, encore une fois, on est loin de l’esprit Apatow de Mes Meilleures amies : l’humour y est moins sarcastique, on est plutôt dans une tendance bluette, mais surtout, le film va basculer dans sa dernière partie vers un ton autrement plus dramatique qui l’éloigne définitivement de la comédie pour peut-être le placer au centre de son véritable enjeu.

Pan Nalin a les meilleures intentions du monde avec Déesses indiennes en colère, celles de montrer la violence faite aux femmes dans son pays d’origine. Mettre en scène ces femmes splendidement belles, riches, libres et indépendantes n’est peut-être pas la manière la plus adroite de le faire. Aligner les clichés et les contre-clichés n’est peut-être pas la manière la plus subtile de le faire. Mais la dernière scène du film et surtout son dernier plan, porteur de tout l’espoir qu’il met dans l’avenir de son peuple, suffisent à valider le film, que par ailleurs le dynamisme et la grande Bellezza des actrices (et personnages) très humaines et loin des stéréotypes d’Hollywood rendent très plaisant à regarder.

Déesses indiennes en colère : Bande-annonce

Déesses indiennes en colère : Fiche technique

Titre original : Angry Indian Goddesses
Réalisateur : Pan Nalin
Scénario : Pan Nalin, co-scénaristes : Subhadra Mahajan, Dilip Shankar, Arsala Qureishi
Interprétation : Tannishtha Chatterjee (Nargis Nasreen), Rajshri Deshpande (Lakshmi), Sarah-Jane Dias (Frieda Da Silva), Pavleen Gujral (‘Pammy’ Pamela Jaswal), Amrit Maghera (‘Jo’ Joanna), Anushka Manchanda (‘Mad’ Madhurita), Sandhya Mridul (‘Su’ Suranjana), Anuj Choudhry (Le voisin), Arjun Mathur (Zain)
Musique : Cyril Morin
Photographie : Swapnil S. Sonawane
Montage : Shreyas Beltangdy
Producteurs : Gaurav Dhingra, Pan Nalin, Coproducteurs :Sol Bondy, Jamila Wenske, Sudhir Chander Dhingra, Advet Bhambhani, Producteur délégué :Nandish Domlur, Producteur exécutif : Shyam Bora
Maisons de production : One Two Films, Jungle Book Entertainment
Distribution (France) : ARP Selection
Récompenses : Prix du public aux festivals de Rome et de Toronto
Durée : 115 min.
Genre : Comédie, drame
Date de sortie : 27 Juillet 2016
Inde, Allemagne – 2015

 

Orange Is The New Black Saison 4 : Critique

Orange Is The New Black : La vie n’est pas toujours rose et ce ne sont pas les détenues de Litchfield qui diront le contraire. Cette saison, les prisonnières broient du noir, rient jaune et se font une peur bleue. Retour sur une saison 4 chargée en émotions. 

Synopsis : Piper Chapman a une vie bien rangée, un fiancé et un bel avenir devant elle. Mais son passé finit par la rattraper. Elle est condamnée à purger une peine de prison de 15 mois pour avoir transporté de la drogue dans sa jeunesse. Elle se retrouve dans une prison pour femmes, toutes plus déjantées les unes que les autres. Inspirée du livre autobiographique de Piper Kerman, Orange Is The New Black, imaginée par la talentueuse Jenji Kohan, est devenue en quelques mois une série à succès. 

Une série haute en couleurs

On avait laissé nos détenues préférées dévêtues de leur tenue orange, barbotant dans le lac voisin et flairant de près le parfum de la liberté retrouvée. Sauf pour cette pauvre Bursett (Laverne Cox), condamnée à séjourner au trou et Alex Vause (Laura Prepon), témoin d’un meurtre.

Mais qu’adviene-t-il de ces drôles de dames dans cette quatrième saison tant attendue ?

Joe Caputo (Nick Sandow), nouveau directeur de Litchfield, se retrouve face à une pénurie de gardiens et une surpopulation de sa prison. Une nouvelle équipe d’élite est alors embauchée et prise en charge par le tyrannique Capitaine Piscatella (Brad William Henke) pour veiller à l’ordre, mais les choses ne vont pas exactement se passer comme prévues.

Noir c’est noir !

C’est la première fois que la série nous plonge dans un univers aussi noir. Avec un démarrage plutôt léger dans son traitement auquel nous avait habitué OINTB malgré des personnages toujours aussi profonds, les épisodes -et à travers eux le destin des personnages- deviennent de plus en plus sombres voire carrément tragiques. A l’instar de ce pauvre Caputo, on assiste impuissants à des événements aussi inattendus que catastrophiques qui bouleverseront à tout jamais l’histoire de Litchfield.

Au menu : racisme, torture physique et psychologique, déception, trahison, abus de pouvoir et maltraitance… Les détenues de Litchfield en bavent et aucune d’entre elle n’est épargnée, même les plus « innocentes ».

On a rarement vu trois derniers épisodes aussi éprouvants, toutes séries confondues. Car ce qui fait la grande force de Orange Is The New Black, c’est sans conteste l’empathie qu’elle arrive à susciter chez le spectateur. Quand ces femmes souffrent, on souffre avec elles. Débordantes de réalisme et touchantes, on ne peut que se sentir concerné par leurs bonheurs et leurs malheurs.

Des intrigues en apparence légères qui cachent une dure réalité : la vie nous donne parfois des coups.

La cohabitation forcée va renforcer le communautarisme et ainsi provoquer la création de gangs dans la prison dont Chapman (Taylor Schilling), qui a prit la grosse tête depuis qu’elle s’est imposée en caïd du trafic de petites culottes, fera les frais, passant successivement de victime à bourreau.

Dans cette nouvelle saison, le racisme et le sexisme, deux thèmes déjà centraux de la série, prennent une tournure nouvelle et particulièrement violente. Nous en avions eu un avant goût plutôt amer dans la saison précédente avec l’agression de Sofia Bursett et le viol de la pauvre Doggett (Taryn Manning), mais nous n’avions manifestement encore rien vu.

Rira bien qui rira le dernier !

Mais Orange Is The New Black ne serait pas Orange Is The New Black sans une bonne dose d’humour ! Les bonnes copines Taystee (Danielle Brooks), Black Cindy (Adrienne C. Moore) et Crazy Eyes (Uzo Aduba), l’excentrique Morello (Yael Stone) et la charismatique Red (Kate Mulgrew) sont toujours au rendez-vous pour nous faire rire et nous surprendre. 

En ce qui concerne les légendaires passions amoureuses qui peuplent les murs de Lichtfield, elles ne sont pas non plus laissées de côté. Une idylle naissante entre l’adorable Poussey (Samira Wiley) et la militante Soso (Kimiko Glenn) questionne sur l’intolérance, Caputo est partagé entre son cœur et sa raison tout comme Doggett et Morello se retrouve confrontée à des complications conjugales et découvre que le mariage n’a pas que des bons côtés.

Une série féministe ?

Certes, ce sont les femmes qui sont derrières les barreaux, mais sont-elles les vrais coupables ? En y regardant d’un peu plus près, dans chaque histoire, un homme semble être plus ou moins impliqué dans la destinée tragique des prisonnières. Un petit ami dealer de drogue, un mari excessif, un patron aux méthodes douteuses … Quant aux personnages masculins de la série, entre le petit ami infidèle de Piper, Bennett (Matt McGorry) le déserteur, Luscheck (Matt Peters) qui a envoyé Nicky (Natasha Lyonne) au trou, le conseiller Healy (Michael Harney) qui cumule racisme, sexisme et préjugés en tout genre et les gardiens aux mains baladeuses et aux propos dégradants, le Mâle semble être une véritable menace pour les femmes.

Ce n’est qu’un au revoir…

13 nouveaux épisodes riches et intenses, 13 heures de pur plaisir, de rire et de larmes.

Le retour de deux personnages emblématiques ne manqueront pas de rassurer et satisfaire les fans, sans compter l’arrivée d’une nouvelle détenue à la langue bien pendue, Judy King (Blair Brown) qui s’annonce des plus mémorables et risque de bousculer l’ordre hiérarchique établi.

Après trois premières saisons particulièrement réussies, hissant la série au rang de culte dans le monde entier, Orange Is The New Black continue de nous surprendre par ses intrigues aussi profondes que ses personnages, son esthétique soignée et sa bande originale entraînante. Avec une fin de saison comme celle-ci, on ne peut que se ronger nerveusement les ongles en attendant d’enfiler à nouveau notre combinaison orange pour retrouver les pensionnaires de Litchfield, normalement en juin prochain.

Saison 4, disponible sur Netflix depuis le 17 juin dernier. 

Fiche technique : Orange Is The New Black

Créée par : Jenji Kohan
Interprétation : Taylor Schilling, Laura Prepon, Jason Biggs, Kate Mulgrew, Yael Stone, Samira Wiley, Daniel Brooks …
Réalisation : Andrew McCarthy, Constantine Makris, Erin Feeley, Mark A. Burley, Phil Abraham, Tricia Brock, Uta Brieswitz
Scénario : Lauren Morelli, Nick Jones, Tara Hermann, Sara Hess et Sian Heder
Format : 60 minutes
Nombre d’épisodes : 13
Diffusée sur : Netflix
Genre : Comédie, Drame

États-Unis – 2013

Auteur : Yael Calvo

Rétrospective David Fincher : Millenium, critique du film

Jamais fatigué, David Fincher enchaîne juste après la sortie de son huitième film le tournage de Millenium.

Synopsis : Tous les ans, le richissime Henrik Vanger reçoit un étrange colis : une fleur. Mais pas n’importe laquelle : celle que lui offrait sa nièce Harriet, décédée il y a 43 ans. Pour retrouver son assassin il fait appel au journaliste Mikaël Blomkvist, qui a été au préalable surveillé par la hackeuse Lisbeth Salander. Au fur et à mesure de l’enquête, ils vont être amenés à collaborer.

Retour aux sources

 C’est une nouvelle fois une adaptation littéraire, mais pas n’importe laquelle. La trilogie du même nom du suédois Stieg Larrson a en effet connu un succès mondial en 2005, et la saga posthume est rapidement devenu un best-seller. Forcément, le cinéma ne pouvait l’ignorer. Mais c’est d’abord dans son pays d’origine que se tourne le projet, avec dans les deux rôles principaux Michael Nyqvist et la révélation Noomi Rapace. Le réalisateur Niels Arden Oplev offrait ainsi un premier film convenable, avec une bonne histoire (évidemment) mais sans réelle distinction dans la mise en scène.

C’est là-dessus que les studios américains ont décidé de s’emparer de cette histoire et d’en refaire une version made in USA. Et c’est David Fincher qui s’y colle, pour notre plus grand plaisir. C’est la troisième fois qu’il met en scène les crimes d’un serialkiller, avec une étrange continuité : dans aucun des trois le tueur n’a été arrêté. Il y a toujours un moment où on pense l’avoir attrapé avant qu’il ne s’évapore dans la nature. David Fincher se contente de nous offrir la satisfaction de l’enquête, avec à la clé une résolution qui n’est parfois que bien maigre par rapport aux crimes commis, à savoir l’identification du méchant. Dans Se7en, le méchant n’est pas arrêté une fois trouvé. Dans Zodiac, les doutes convergent sur un suspect mais les preuves ne sont pas suffisantes. Dans Millenium, les héros reviennent sur des crimes impunis, et c’est seulement le rejeton du tueur qui est puni, mais pas l’origine du mal.

L’origine du mal n’est peut-être pas (seulement) à retrouver dans les origines nazies du tueur, mais sûrement plus comme le titre du film -et du livre- l’indique dans le rapport aux femmes. Le mal peut aussi se retrouver dans la personne du tuteur qui inflige à Lisbeth une des scènes les plus dérangeantes du cinéma américain. C’est ainsi avec une certaine évidence que l’on peut aborder une des thématiques récurrentes du réalisateur américain, à savoir les femmes, et surtout le rapport des hommes aux femmes. Dans sa filmographie récente, on s’aperçoit ainsi que la cause de la névrose de Mark est sa rupture avec Jessica dans The Social Network, et que c’est Amy qui cause du souci à Nick, le héros de Gone Girl. De même dans Millenium, où l’une de motivations principales de Lisbeth sera la vengeance : se venger de son violeur, et venger toutes les femmes victimes du tueur.

The Girl with the Dragon Tatoo

Le personnage de Lisbeth est sans nul doute le point central de l’histoire de Millenium. Ce n’est pas spécifiquement le cas dans le film suédois, mais Daniel Craig joue dans la version américaine un Mikael Blomkvist en retrait. Il est amusant de noter d’ailleurs que, à une époque où Craig transporte avec lui son aura de James Bond, son personnage apparaît bien souvent comme faible, du moins plus faible que Lisbeth. Il ne supporte pas la vue du chat mutilé, il se plaint de la douleur après s’être fait recoudre, il glisse bêtement dans la forêt, bref, il n’est rien de plus qu’un homme normal sans qualités particulières. Dans le rôle de Lisbeth, on retrouve une autre actrice utilisée elle aussi à contre-emploi à savoir Rooney Mara, qui avait marqué dans la première scène de The Social Network où elle était plutôt féminine, plutôt sûre d’elle. On l’a vu aussi par la suite dans Carol où elle est pour le coup vraiment en position de fragilité. Ce n’est pas vraiment le cas avec ce personnage. La composition de Noomi Rapace est très bien, mais Rooney Mara marque les esprits de manière bien différente.

C’est bien le personnage féminin qui est l’héroïne du film, ce qui est confirmé par le générique d’ouverture assez magnifique, qui se veut comme une représentation de ce que pourraient être les cauchemars de Lisbeth (en réalité ce sont des allusions à des événements des trois tomes de la saga), avec en bande-sonore une reprise de Immigrant Song chantée par une femme – Karen O. D’une part Fincher confirme ici son appartenance au clip et la grande importance qu’il attache à ses génériques d’ouverture, mais en plus il désigne son sujet. C’est de loin le personnage le plus intéressant, celle qui passera par le plus de transformations possibles, et qui est au centre du récit, qui connaît tous les personnages. Sa capacité à tout connaître vient certainement de sa manière de traiter les données et d’analyser la situation. Hackeuse de talent, Lisbeth est capable d’agir comme un ordinateur, de trier les informations, les faits. C’est pour ça qu’elle est si froide.

L’art du cinéma

L’enquête passe ici par l’utilisation de photos d’époque. Tous les médias intéressent Fincher, mais dans le cas présent, ce sont les photographies qui servent l’enquête. Il faut ainsi se servir de vieilles pellicules agrandies, savoir déceler les secrets qu’elles contiennent, à la manière d’un Blow-Up. A un autre moment, c’est en comparant plusieurs photographies à la suite que l’indice est découvert : si la photographie était figée, c’est seulement le mystère du mouvement qui permet de comprendre l’attitude du personnage, autrement dit, le cinéma révèle.

David Fincher a depuis The Social Network en 2010 trouvé une sorte de patte reconnaissable au premier coup d’oeil : il utilise des couleurs moins agressives mais une lumière toujours franche, une caméra parfaitement stable, ayant souvent recours à des stabilisateurs en post-production (seuls quelque plans sont à l’épaule), et la musique caractéristique d’Atticus Ross et de Trent Reznor, ce dernier étant connu pour être le leader du groupe Nine Inch Nails.

Dans Millenium, l’ambiance est particulièrement froide et nous sommes comme tenus à distance des personnages, comme nous l’étions dans The Game. Après tout, ce ne sont que des personnages de cinéma, au service du scénario. D’ailleurs le récit prend son temps : les deux personnages principaux ne se rencontrent qu’au bout de 75 minutes de film. Fincher a également inscrit dans le scénario un épilogue ou un cinquième acte, comme il le fera dans Gone Girl : au moment où à priori nous avons atteint le climax et quand le film devrait se terminer, selon le schéma classique hollywoodien, Millenium se poursuit étrangement, tout cela pour résoudre l’enquête principale d’une part mais aussi et surtout pour apporter une conclusion à la relation entre Mikael et Lisbeth. Comme dans Gone Girl, le chemin sinueux se veut palpitant, mais il faut bien un retour à la normale. Si les personnages sont tenus à distance, et que l’enquête n’est pas le moteur du film, alors que peut bien filmer David Fincher ? Il faudrait plutôt chercher du côté du rapport entre les personnages eux-mêmes. Ce qui est important ce n’est pas de s’identifier à eux, qu’ils réussissent ou pas leur mission, qu’ils soient content ou pas, ce qui compte c’est de voir comment ils vont s’adapter aux autres. C’est un cinéma qui se veut ainsi plus cérébral et moins émotif, ou en tout cas pas de la même manière.

On peut très certainement trouver à redire à cette adaptation de David Fincher. Le mauvais résultat au box-office a pour l’instant mis de côté, pour ne pas dire enterré, les projets de deuxième et troisième film. Fincher a avec Millenium réalisé un film moins personnel et moins réussi que Gone Girl ou que The Social Network. Si toutefois vous voulez vous plonger dans la désormais mondialement célèbre de Lisbeth et Mikael, autant en voir une version qui soit celle d’un artiste.

Millenium : Bande-annonce

Millenium : Fiche Technique

Titre original : The Girl with the Dragon Tattoo
Réalisation : David Fincher
Scénario : Steven Zaillian, d’après le roman de Stieg Larsson (2005)
Interprétation : Daniel Craig (Mikael Blomkvist), Rooney Mara (Lisbeth Salander), Christopher Plummer (Henrik Vanger), Robin Wright (Erika Berger), Stellan Skarsgård (Martin Vanger)…
Photographie : Jeff Cronenweth
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Musique : Trent Reznor & Atticus Ross
Direction artistique : Frida Arvidsson, Linda Jansson, Pernilla Olsson, Tom Reta, Kajsa Severin et Mikael Varhelyi
Producteurs : Ceán Chaffin, Scott Rudin, Ole Søndberg et Søren Stærmose
Société de production : Scott Rudin Productions et Yellow Bird Films
Distributeurs : Sony Pictures Releasing France
Budget : 90 000 000 $
Récompenses : Oscar 2012 du Meilleur montage
Avertissement : Interdit aux moins 12 ans
Durée : 158 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 18 janvier 2012

Etats-Unis / Suède /Grande-Bretagne / Allemagne – 2011

Pendant ce temps sur Outbuster : Metropia, Miracle in cell n°7 et Bekas

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Avec un feel-good-movie irakien, un film d’animation très dark et une fantaisie douce-amère coréenne, les trois derniers films qu’Outbuster a mis en ligne ont une nouvelle fois de quoi satisfaire tous les publics! Il serait dommage de s’en priver, et nous sommes là pour vous aider à faire votre choix.

Miracle in cell n°7 (Lee Hwan-kyung, Corée, 2013) Le titre anglais du film est mal choisi puisqu’il met trop l’accent sur le côté religieux qu’aurait la petite fille, comme si elle était elle-même un pendant féminin du divin enfant… Un papa simplet se retrouve emprisonné pour meurtre. Sa fille de 8 ans Yesung va tout faire pour aller le voir en prison. C’est l’occasion pour le réalisateur sud-coréen Lee Hwan-Kyung de créer plusieurs personnages notamment les compagnons de cellule qui se révèlent au bout d’un (long) moment assez attachants. Décrit par Outbuster comme une comédie, le long-métrage prête plus à sourire qu’à rire, quand l’humour n’est pas affecté par le décalage culturel. La situation (faire rentrer une gamine dans une prison) donne lieu à plusieurs sketchs qui finalement s’imbriquent bien les uns aux autres, finissent par surprendre et donnent envie de voir la fin du film. Quelques passages surprenants donnent à réfléchir. On passe somme toute un bon moment.

Rédigé par Alexandre

Metropia (Tarik Saleh, Suède/Danemark/Norvège, 2009). Europe 2024, le monde est dévasté et presque inhabitable. Pour nous sauver, la société Trexx décide de relier entre eux tous les métros européens, créant ainsi un vaste réseau (le lien entre métro et sauvegarde du monde reste à expliquer). Bien malgré lui, un homme va résister. Outbuster continue d’épater, trouvant toujours plus de pépites toutes plus originales les unes que les autres. Sombre et flegmatique, Metropia s’inscrit dans la lignée des films paranoïaques tels Brazil, offrant une animation originale (bien que dérangeante, mais c’est ce qui est bon) et rarement vue qui lui donne ce qui manque souvent: de la personnalité. Résultat, un film indolent mais au propos riche et diablement efficace. L’animation pour adultes est chose rare et quand en plus, elle allie beauté et intelligence (malgré quelques pillages, chez Blade Runner par exemple) on succombe comme en un premier amour.

Bekas (Karzan Kader, Suède, 2012) Voilà un pitch assez minimaliste que Donald Trump qualifierait de « film d’horreur » : Deux jeunes Irakiens désirent aller aux Etats-Unis. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’un film irakien, le ton aurait alors été plus grave et le traitement bien moins occidentalisé, en gros le road-trip n’aurait pas été un feel-good movie se terminant par un happy-end. Heureusement, ce n’est pas non plus un film américain, que l’on aurait alors facilement pu taxer « d’impérialisme culturel ». Contre toute attente, il s’agit d’un film scandinave dont le scénario et la réalisation sont le fruit d’un cinéaste d’origine kurde. La connaissance du sujet est donc assurée, ainsi qu’un certain humour qui n’hésite pas à égratigner tout aussi bien les traditions locales que, et c’est en cela qu’il rappelle la comédie indienne Umrika, ce rêve américain à la fois  absurde par sa superficialité et pathétique par son inaccessibilité.

Insaisissables 2, un film de Jon Chu : Critique

Moins spontanée que son ainé et versant dans la surenchère continue, les nouvelles aventures de la troupe des prestidigitateurs/cambrioleurs finissent par décevoir.

Synopsis : Un an après avoir échappé au FBI et gagné l’admiration du public avec leurs tours de magie spectaculaires façon Robin des Bois, les Quatre Cavaliers reviennent pour un nouveau spectacle, ce qui déplait à un jeune magnat de la technologie. Ce magnat n’est autre que Walter Mabry, un prodige de l’informatique. Il contre leurs numéros en les empêchant d’effectuer des hold-up spectaculaires. Pour lui faire face, les Cavaliers décident alors de travailler pour lui, dans l’espoir d’exposer son vrai visage au monde.

Dans un sens, cela n’est pas surprenant. Trainé dans la boue outre-Atlantique (où le film est sorti au début du mois de Juin) et n’ayant pas eu les honneurs de projections presse dans l’Hexagone (souvent très mauvais signe), les magiciens ne faisaient rien pour améliorer leur capital sympathie. Pire encore, ils l’entachaient en ayant dès les prémices du projet, provoqué le départ du frenchie Louis Leterrier, qui malgré son statut de yes-man avait su apporter une petite french touch à l’ensemble. C’est donc avec un Jon Chu, réalisateur américain au C.V. aussi éclectique que les goûts vestimentaires de David Bowie (Never Say Never, GI Joe 2), que la troupe s’en est allé.

Bigger and Louder

Un an est donc passé. Les 4 Cavaliers, après un braquage spectaculaire, se sont terrés dans l’anonymat, en préparation de leur grand retour, qui devrait finir de les installer dans la postérité. Mais alors qu’ils jouent les Robins des Bois en dénonçant publiquement les exactions d’une entreprise technologique, les voilà embarqués dans une chasse à l’homme planétaire lorsque un petit malin s’empresse de les enlever, leur promettant libération s’ils s’acquittent d’un petit service : le vol d’une technologie révolutionnaire. De magiciens confirmés, les Cavaliers se muent en braqueurs émérites. Un nouveau statut influant carrément sur toute la dynamique du film, qui changement de réalisateur oblige, se voit radicalement transformé. Et malheureusement pas en bien. L’humour jusque ici caractéristique de la bande semble là poussif, voire carrément effacé. Sans doute est-ce la conséquence d’un scénario aussi prégnant qui se doit en 2h d’essaimer une très large mythologie et surtout un lot de twists longs comme le bras ? Peut-être est-ce l’introduction (poussive là encore) de Daniel Radcliffe, chargé de jouer l’antagoniste des magiciens (assez anecdotique vu son passif dans Harry Potter) et qui surjoue affreusement le petit golden-boy hystérique ? Peut-être est-ce de manière plus globale le manque de surprise du film, qui à l’instar du récent Independance Day Resurgence, se contente de ressortir la même soupe faite de passe-passe, dissimulation et braquage ? Dans tous les cas, le film semble en pilotage automatique. Clinquant, mécanique par moments et tombant dans le cliché de devoir tout raconter, le film perd toute la malice et la fluidité qui l’avaient vite érigé en succès surprise de 2013. C’en est d’ailleurs d’autant plus regrettable tant le casting, toujours aussi en phase, semble s’amuser comme jamais. Entre le débit mitraillette de Jesse Eisenberg et l’énergie communicative de Dave Franco, force est ainsi d’admettre que l’alchimie du groupe fonctionne toujours et mérite à elle seule le ticket. Car oui, malgré ce déluge de points négatifs, on ne saurait occulter le fait que le film fonctionne dans ce qu’il entreprend, à savoir un divertissement sans prise de tête. Calibré comme pur produit estival, le film n’est pour ainsi dire pas une suite à la hauteur du premier long-métrage mais sait par de trop rares moments faire de l’ombre à ce dernier. Entre une scène de braquage particulièrement audacieuse, tant par sa chorégraphie que ses idées de mise en scène, et un prologue dantesque puisque imbriquant tous les mystères du film en un, le film saura ravir un public friand de ce genre de révélations, et qui en ces temps de détresse scénaristique, se paie le luxe d’être à bien des égards plus intelligent que certains de ses pairs. De là à dire qu’il s’agit d’une suite réussie, c’est un grand pas…

Mécanique, clinquant et désincarné, cet Insaisissables 2 est symptomatique des suites hollywoodiennes : surchargée, sans surprise et sans saveur. Reste toutefois un divertissement assez emballant si on se laisse prendre au jeu.

Insaisissables 2 : Bande-Annonce

Insaisissables 2 : Fiche Technique 

Titre original : Now You See Me 2
Réalisation : Jon M. Chu
Scénario : Ed Solomon, d’après une histoire de Pete Chiarelli et Ed Solomon, d’après les personnages créés par Boaz Yakin et Edward Ricourt
Interprétation : Jesse Eisenberg (Daniel Atlas), Mark Ruffalo (Dylan Rhodes), Dave Franco (Jack Wilder), Woody Harrelson (Merritt McKinney),  Lizzy Caplan (Lula May), Michael Caine (Arthur Tressler), Daniel Radcliffe (Walter Mabry), Morgan Freeman (Thaddeus Bradley)…
Direction artistique : Stuart Kearns
Décors : Judy Farr
Costumes : Anna B. Sheppard
Photographie : Peter Deming
Montage : Stan Salfas
Musique : Brian Tyler
Production : Bobby Cohen, Alex Kurtzman et Roberto Orci
Sociétés de production : Lionsgate et Summit Entertainment
Sociétés de distribution : Summit Entertainment (États-Unis), SND (France)
Budget : 90 000 000 $
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2.35:1 – son Dolby Atmos
Genre : thriller, policier, film de casse
Durée : 129 minutes
Dates de sortie :  France : 27 juillet 2016

Etats-Unis – 2016