Insaisissables 2, un film de Jon Chu : Critique

Moins spontanée que son ainé et versant dans la surenchère continue, les nouvelles aventures de la troupe des prestidigitateurs/cambrioleurs finissent par décevoir.

Synopsis : Un an après avoir échappé au FBI et gagné l’admiration du public avec leurs tours de magie spectaculaires façon Robin des Bois, les Quatre Cavaliers reviennent pour un nouveau spectacle, ce qui déplait à un jeune magnat de la technologie. Ce magnat n’est autre que Walter Mabry, un prodige de l’informatique. Il contre leurs numéros en les empêchant d’effectuer des hold-up spectaculaires. Pour lui faire face, les Cavaliers décident alors de travailler pour lui, dans l’espoir d’exposer son vrai visage au monde.

Dans un sens, cela n’est pas surprenant. Trainé dans la boue outre-Atlantique (où le film est sorti au début du mois de Juin) et n’ayant pas eu les honneurs de projections presse dans l’Hexagone (souvent très mauvais signe), les magiciens ne faisaient rien pour améliorer leur capital sympathie. Pire encore, ils l’entachaient en ayant dès les prémices du projet, provoqué le départ du frenchie Louis Leterrier, qui malgré son statut de yes-man avait su apporter une petite french touch à l’ensemble. C’est donc avec un Jon Chu, réalisateur américain au C.V. aussi éclectique que les goûts vestimentaires de David Bowie (Never Say Never, GI Joe 2), que la troupe s’en est allé.

Bigger and Louder

Un an est donc passé. Les 4 Cavaliers, après un braquage spectaculaire, se sont terrés dans l’anonymat, en préparation de leur grand retour, qui devrait finir de les installer dans la postérité. Mais alors qu’ils jouent les Robins des Bois en dénonçant publiquement les exactions d’une entreprise technologique, les voilà embarqués dans une chasse à l’homme planétaire lorsque un petit malin s’empresse de les enlever, leur promettant libération s’ils s’acquittent d’un petit service : le vol d’une technologie révolutionnaire. De magiciens confirmés, les Cavaliers se muent en braqueurs émérites. Un nouveau statut influant carrément sur toute la dynamique du film, qui changement de réalisateur oblige, se voit radicalement transformé. Et malheureusement pas en bien. L’humour jusque ici caractéristique de la bande semble là poussif, voire carrément effacé. Sans doute est-ce la conséquence d’un scénario aussi prégnant qui se doit en 2h d’essaimer une très large mythologie et surtout un lot de twists longs comme le bras ? Peut-être est-ce l’introduction (poussive là encore) de Daniel Radcliffe, chargé de jouer l’antagoniste des magiciens (assez anecdotique vu son passif dans Harry Potter) et qui surjoue affreusement le petit golden-boy hystérique ? Peut-être est-ce de manière plus globale le manque de surprise du film, qui à l’instar du récent Independance Day Resurgence, se contente de ressortir la même soupe faite de passe-passe, dissimulation et braquage ? Dans tous les cas, le film semble en pilotage automatique. Clinquant, mécanique par moments et tombant dans le cliché de devoir tout raconter, le film perd toute la malice et la fluidité qui l’avaient vite érigé en succès surprise de 2013. C’en est d’ailleurs d’autant plus regrettable tant le casting, toujours aussi en phase, semble s’amuser comme jamais. Entre le débit mitraillette de Jesse Eisenberg et l’énergie communicative de Dave Franco, force est ainsi d’admettre que l’alchimie du groupe fonctionne toujours et mérite à elle seule le ticket. Car oui, malgré ce déluge de points négatifs, on ne saurait occulter le fait que le film fonctionne dans ce qu’il entreprend, à savoir un divertissement sans prise de tête. Calibré comme pur produit estival, le film n’est pour ainsi dire pas une suite à la hauteur du premier long-métrage mais sait par de trop rares moments faire de l’ombre à ce dernier. Entre une scène de braquage particulièrement audacieuse, tant par sa chorégraphie que ses idées de mise en scène, et un prologue dantesque puisque imbriquant tous les mystères du film en un, le film saura ravir un public friand de ce genre de révélations, et qui en ces temps de détresse scénaristique, se paie le luxe d’être à bien des égards plus intelligent que certains de ses pairs. De là à dire qu’il s’agit d’une suite réussie, c’est un grand pas…

Mécanique, clinquant et désincarné, cet Insaisissables 2 est symptomatique des suites hollywoodiennes : surchargée, sans surprise et sans saveur. Reste toutefois un divertissement assez emballant si on se laisse prendre au jeu.

Insaisissables 2 : Bande-Annonce

Insaisissables 2 : Fiche Technique 

Titre original : Now You See Me 2
Réalisation : Jon M. Chu
Scénario : Ed Solomon, d’après une histoire de Pete Chiarelli et Ed Solomon, d’après les personnages créés par Boaz Yakin et Edward Ricourt
Interprétation : Jesse Eisenberg (Daniel Atlas), Mark Ruffalo (Dylan Rhodes), Dave Franco (Jack Wilder), Woody Harrelson (Merritt McKinney),  Lizzy Caplan (Lula May), Michael Caine (Arthur Tressler), Daniel Radcliffe (Walter Mabry), Morgan Freeman (Thaddeus Bradley)…
Direction artistique : Stuart Kearns
Décors : Judy Farr
Costumes : Anna B. Sheppard
Photographie : Peter Deming
Montage : Stan Salfas
Musique : Brian Tyler
Production : Bobby Cohen, Alex Kurtzman et Roberto Orci
Sociétés de production : Lionsgate et Summit Entertainment
Sociétés de distribution : Summit Entertainment (États-Unis), SND (France)
Budget : 90 000 000 $
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2.35:1 – son Dolby Atmos
Genre : thriller, policier, film de casse
Durée : 129 minutes
Dates de sortie :  France : 27 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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