Les chevaliers blancs, un film de Joachim Lafosse : Critique

Les Chevaliers Blancs est inspiré de l’histoire de l’association humanitaire L’arche de Zoé, qui a fait la une de l’actualité en octobre 2007, lorsque tous les participants de l’opération se sont faits arrêtés par les forces de l’ordre tchadiennes alors qu’ils s’apprêtaient à emmener plus d’une centaine d’enfants, supposés orphelins, en Europe, par avion.

Synopsis : Jacques Arnault, président de l’ONG « Move for Kids », prépare une action humanitaire coup de poing dans un pays d’Afrique : l’évacuation de 300 orphelins en bas âge, victimes de la guerre civile. Un avion spécialement affrété les emmènera en France, où les attendent les parents candidats à l’adoption qui ont financé l’opération. Entouré d’une équipe de volontaires ainsi que de Laura sa compagne, et de Françoise, la journaliste qui doit couvrir l’expédition, Jacques va lancer son ONG dans une aventure extrême…

Aide, mensonges et idéaux.

Certains voyaient en cette opération une « philosophie néocolonialiste », alors que d’autres y voyaient une chance pour les enfants de se sortir d’un contexte social et culturel compliqué. Les participants et les instigateurs de l’opération furent jugés, emprisonnés puis relâchés. En 2013, un nouveau procès fut ouvert et le président de l’association ainsi que sa compagne furent condamnés à de la prison ferme tandis que les autres participants furent condamnés à de la prison avec sursis.

Pour son cinquième long-métrage, Joachim Lafosse met donc la main et ressuscite un fait divers très intéressant ayant passionné les foules. Vient très vite la question : comment traiter ce sujet en étant le plus fidèle à la réalité ?
L’opération de L’arche de Zoé, devenue Move for Kids dans le film, reposait sur de nombreux mensonges et sur des réalités que les membres se devaient de maintenir dans l’ombre. Ainsi, toute la lumière n’a pas été faite sur l’affaire, et Joachim Lafosse livre pourtant un film prenant, dans lequel chaque acte devient satisfaction personnelle du chef du projet (Vincent Lindon).
Durant toute l’œuvre, le spectateur est pourvu d’un point de vue omniscient. Il sait tout, parvient à déceler les mensonges de chacun et devine les impacts qu’auront chacune des décisions sur les devenirs des protagonistes. Ainsi s’installe une tension qui ne fera que s’accroître durant le film. Parviendront-ils à achever leur coup ? Le rapatriement se fera-t-il en bonne et due forme ? Tant d’interrogations auxquelles seules les dernières minutes répondent.

Mais si Joachim Lafosse parvient à rendre son récit authentique, c’est grâce à un parti pris esthétique défini. En effet, à la manière d’un documentaire, Jean-François Hensgens (photographe du film) filme les acteurs en caméra à l’épaule. Mouvante dans les affrontements, statique dans les moments de réflexion et de réunion, l’image se greffe au propos afin de mettre en lumière les différents jeux d’acteur et de faire vivre les personnages. Alternant entre plans serrés, plans rapprochés ou plans plus larges, on découvre des émotions et des expressions qui définissent chacun d’eux. Le visage marqué de Vincent Lindon prouvera sa fatigue, mais son souhait de réussir, alors que le visage de Louise Bourgoin laissera entrevoir une femme agacée par la situation, tendue, et qui ne sait où réellement se mettre.

Toutefois, le rythme du film est irrégulier, à la manière du quotidien des missionnaires au Tchad. Le schéma narratif du film s’avère bien simple : visite dans les villages, retour au centre, et cela continuellement. Certes, il y a des rebondissements (arrivées d’enfants) ou des plans magnifiques en avion, utilisés à la manière de raccords, mais le récit déconstruit et alternant dans les temporalités fait perdre pieds aux spectateurs qui n’a plus idée du nombre de jours écoulés depuis l’arrivée de l’équipe au Tchad, ce qui empêche une part d’empathie pour les personnages, ne sachant pas leur degré de réussite en vue du retour en France.

Il fallait un casting à la hauteur de l’évènement, et Joachim Lafosse parvient à très bien s’entourer. Une fois de plus, dans la continuité de La loi du marché, Vincent Lindon s’avère extraordinaire. Rythmant son jeu de coups de gueule, montées d’adrénaline ou moments de compassion, l’acteur captive et crédibilise son personnage par un naturel de jeu dont lui seul a le secret. Mais L’arche de Zoé, c’était avant tout une équipe. Ainsi, les seconds rôles, que l’on qualifie à contre cœur de la sorte tant ils sont omniprésents, sont également bien vivants, avec une mention spéciale pour Valérie Donzelli, incarnant Françoise, reporter chargée de filmer les actes héroïques et les faits chevaleresques des membres de l’association, mais qui s’avère être un personnage ambigu, tantôt impliqué, tantôt en retrait. Bintou Rimtobaye, traductrice tchadienne de l’opération, est également une belle découverte. Par son naturel et sa carrure, elle renvoie une image de femme puissante et sûre d’elle, qui s’avèrera avoir un rôle déterminant dans l’affaire.
Toutefois, la présence de Louise Bourgoin n’est que superficielle, son personnage, Laura, n’étant en rien développé ou essentiel au récit. Par bribes d’informations, on comprend sa relation avec Vincent Lindon, qu’ils sont en couple et qu’ils sont venus au Tchad suite à une décision commune. Le manque de détails et suscite l’interrogation sur cette dernière.
Suivent Reda Kateb, Philippe Rebbot ou Stéphane Bissot, qui emplissent parfaitement les rôles qui leur sont attribués.

Joachim Lafosse s’empare du fait divers de L’arche de Zoé d’une belle manière, grâce à des acteurs plus que concluants. Même si les évènements narratifs sont un peu redondants, Les Chevaliers blancs se présente comme une belle réussite du réalisateur et du cinéma français en ce début d’année.

Les chevaliers blancs : Bande-annonce

Fiche technique : Les chevaliers blancs

Date de sortie : 20 janvier 2016
Réalisateur : Joachim Lafosse
Interprétation : Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli, Reda Kateb, Jean-Henri Compère, Bintou Rimtobaye, Stéphane Bissot, Philippe Rebbot…
Scénario : Joachim Lafosse, Bulle Decarpentries, Thomas Van Zuylen
Musique : Sascha Ring
Montage : Sophie Vercruysse
Photographie : Jean-François Hensgens
Costumes : Pascaline Chavanne
Producteurs : Sylvie Pialat, Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart
Maison de production : Versus Production, Les Films du Worso, France 3 Cinéma, BNP Paribas Film Fund, Le Pacte, Prime Time, RTBF
Distributeur : Le Pacte
Durée : 112 minutes
Genre : Drame

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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