Accueil Blog Page 659

D’une famille à l’autre, un film d’Anna Muylaert : Critique

Synopsis: Felipe profite de sa fin d’adolescence dans les fêtes branchées de São Paulo. Sa mère, qui l’élève seule avec sa jeune soeur, lui laisse une grande liberté. Sauf que leur mère n’est pas leur mère: un test ADN prouve qu’elle les a enlevés à la naissance. Séparés, les enfants sont précipités dans leur vraie famille. Les parents biologiques de Felipe, à sa recherche depuis 17 ans, se retrouvent face à un adolescent qui ne partage pas tout à fait leur conception de la vie…

Je m’appelle Pierre

Felipe profite de sa fin d’adolescence dans les fêtes branchées de São Paulo. Sa mère, qui l’élève seule avec sa jeune sœur, lui laisse une grande liberté. Sauf que leur mère n’est pas leur mère : un test ADN prouve qu’elle les a enlevés à la naissance.  Séparés,  les  enfants  sont  précipités  dans  leur  vraie  famille.  Les  parents biologiques de Felipe, à sa recherche depuis 17 ans, se retrouvent face à un adolescent qui ne partage pas tout à fait leur conception de la vie…

En sortant primée de Berlin et de Sundance, la réalisatrice Anna Muylaert avait marqué l’année 2015 de son empreinte avec Une seconde mère. Film portrait d’une femme de ménage solaire, mère de substitution dans une famille bourgeoise abimée. La Brésilienne entrecroisait les liens sociaux et les liens du sang, s’interrogeant sur la filiation, familiale comme sociale. Le nouveau long métrage de la cinéaste D’une famille à l’autre, promettait une nouvelle plongée dans le foyer brésilien. Inspiré d’un fait divers qui a secoué le pays, le film raconte comment un adolescent de 17 ans apprend qu’il a été volé à la naissance.

Vivre dans une autre famille que la sienne a nourri bien d’autres films, on pense au récent Tel père tel fils d’Hirokazu Kore Eda ou au moins récent La vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez). Des œuvres comiques ou tragiques, qui s’amusaient ou non du déclassement social et du choc familial. Avec son nouveau film, Anna Muylaert sonde les répercussions sur l’individu plus que sur le groupe. Felipe, ou Pierre on ne sait plus trop, fait face à une totale redéfinition de lui-même. Nommé à la naissance, puis volé et renommé, puis retrouvé et renommé à nouveau; l’adolescent apprend qu’il n’a pas une sœur mais un frère. Comment rester lisse, comment accepter ? Des troubles il en connaissait déjà, il embrassait des filles et parfois des garçons, il portait des robes et parfois des pantalons. Mais cela faisait partie du jeu, il explorait ses envies. Dorénavant il doit se réinventer dans une famille qui n’en a que le nom.

Ses parents ont été dépossédés de leur enfant pendant 17 ans, mais lui avait tout, et ses géniteurs l’en ont privé. Ce ne se sont pas des retrouvailles, Felipe n’attendait personne. Et c’est cette unitéralité qui fait mal. C’est ce qui marche dans le film par ailleurs, ce « miracle » inespéré pour un camp et inattendu pour l’autre, un impact si fort qu’il en devient douloureux pour tout le monde. Ce nouveau film d’Anna Muylaert gagne en subversivité, avec un esprit rock n’ roll qui l’imbibe et l’anime, mais le métrage moins subtil que le précédent déçoit un peu. En concentrant sa mise en scène et son scénario sur Felipe, elle oublie ce qui gravite autour et crée des demi-personnages et le jeune homme n’a pas forcément les cartes en mains pour tenir le film. La faute sans doute à la brièveté du film, en effet 1 heure et 20 petites minutes c’est trop peu et c’est un peu frustré que l’on sort de la salle.

On regrette en effet cette fin précipitée, qui stoppe l’élan difficilement acquis. Anna Muylaert, à force d’abuser de sa concision, affaiblit une histoire pourtant passionnante. On était presque conquis par ce cocktail d’émotion ; la colère à peine dissimulée du père face à la personnalité de son fils, la tristesse envahissante de la mère, l’indifférence en surface du petit frère… Sans attendre pour autant un dénouement plus concret, on aurait aimé que ces personnages se confrontent encore plus que par des cris ou des silences. Le film séduit pour finalement décevoir. Le talent de la réalisatrice n’est pas en cause, la mise en scène intime et épurée est réussie, mais le résultat est un peu bancal.

D’une famille à l’autre : Bande-annonce

D’une famille à l’autre : Fiche technique

Réalisation: Anna Muylaert
Scénario: Anna Muylaert
Interprétation: Naomi Nero, Daniel Bothelo, Daniel Nefussi, Matheus Nachtergaele, Lais Dias
Image: Barbara Alavarez
Montage: Anna Muylaert
Musique: Berna Ceppas
Costume: Diogo Costa
Producteur: Anna Muylaert, Maria Ionescu, Sara Silveira
Société de Production: Dezenove Som e Imagem
Distributeur: Version originale, condor
Durée: 80 minutes
Genre: Drame familial
Date de sortie : 20 juillet 2016

Brésil – 2016

Star Wars Rebels : la saison 3, Thrawn et son avenir

Star Wars Rebels a dévoilé ses nouveautés à la Star Wars Celebration, dont une d’une grande importance pour les fans de La Guerre des Étoiles : l’introduction du Grand Admiral Thrawn !

Le weekend du vendredi 15 au dimanche 17 juillet 2016 s’est tenu un événement d’envergure internationale : la Star Wars Celebration. Ayant lieu chaque année, et non plus tous les deux ans depuis l’absorption de Lucasfilm par Disney, la Star Wars Celebration réunit des fans, du merchandising à grande échelle, et des panels de discussion, avec révélations et réflexions avec des artistes. Toutefois ces moments sont tronqués par le fait qu’ils sont fondés sur un travail de marketing. En effet, ces micro-événements sont aussi des stratégies de marketing en eux-même, puisqu’ils permettent de promouvoir et vendre le nouveau objet labellisé Star Wars.

Et justement, on nous a dévoilé et annoncé, en grande pompe avec jeux de lumières, stars et artistes présents, et musique de Williams à l’appui, bien des nouvelles.

Nous avons ainsi appris du côté du petit écran que Star Wars Rebels star-wars-thrawn-concept-artallait compter un « nouveau » personnage et pas des moindres, le Grand Amiral Thrawn. « Nouveau » car il ne l’est pas tout à fait. En effet, le personnage a été créé en 1991 dans le formidable roman L’Héritier de l’Empire, premier volet d’une trilogie non moins géniale, la Croisade Noire du Jedi Fou, écrite par Timothy Zahn, qui était considérée à l’époque comme la troisième trilogie, ou trilogie sequel. Il s’agissait alors d’un personnage de l’Univers Étendu, auquel appartenaient jeux vidéo, romans et bandes dessinées, et qui faisait partie au canon des films. Mais ça, c’était avant, avant le rachat par Disney qui l’a rapidement mis au placard, afin de retrouver une liberté créative optimale, et surtout de pouvoir (ré)inventer et vendre de nouveaux produits.

star-wars-thrawn-fan-artThrawn est un officier de génie, planifiant des projets complexes et machiavéliques. D’une culture et d’une intelligence impressionnantes, Thrawn s’est révélé être l’un des bad guys favoris de l’univers Star Wars, à tel point qu’il était pressenti sur la toile comme l’un des grands méchants du prochain épisode (voir la fan picture ci à gauche, avec Benedict Cumberbatch imaginé dans le rôle). Et justement, Lucasfilm sous Disney peut avancer comme ils le désirent, non « contraints » par l’univers étendu devenu « légende ». Ce terme permet une ambiguïté. Timothy Zahn a d’ailleurs fait une remarque juste à ce propos :

Timothy Zahn: « Je pense que c’est comme la légende de Robin des Bois. On raconte des histoires déjà connues comme Robin des Bois, Le Roi Arthur ou les Chevaliers de la Table Ronde. Ces histoires ne sont pas réelles et pourtant elles sont plaisantes à lire. Imaginez que quelqu’un trouve une lettre du Prince Jean adressée au shérif de Nottingham disant  » Je veux voir la tête de Robin des Bois sur une pique car il se moque de mon royaume, j’en ai assez! ». Soudain, ce qui part d’une légende devient un fait historique. C’est un peu ce qui a été fait en créant les légendes de l’Univers Étendu. Ces histoires sont devenues vraies d’une certaine manière, elles sont la suite logique pour les fans. (…) On nous dit qu’à tout moment nous pouvons faire ce que nous voulons pour le canon. Les meilleures options restent.  Gardez à l’esprit que maintenant, il y a Pablo Hidalgo, Dave Filoni et Kathleen Kennedy qui sont passionnés de Star Wars. Ce ne sont pas des gens qui débarquent et qui vont détruire Star Wars. S’ils doivent détruire une partie de l’Univers Étendu, c’est parce cela ne convient pas à ce qu’ils souhaitent faire. (…) Cependant, ce qui est triste est que l’Univers Étendu prend le nom de « Légendes », cela n’est donc plus réel… mais ce n’était pas vraiment réel non plus au départ ! Je pense que l’Univers Étendu et Star Wars sont entre de bonnes mains. Et rappelez-vous également que JJ Abrams et Kathleen Kennedy ne vont pas venir vous cambrioler pour prendre vos livres. »

Ainsi les légendes ne sont pas forcément hors-canon. Dave Filoni, co-créateur, réalisateur/scénariste et showrunner de la série, est un hériter de George Lucas. En effet, Filoni a été superviseur, réalisateur/scénariste, et producteur de la série d’animation à succès critique et public The Clone Wars créée par Lucas, diffusée entre 2008 et 2014. Il est donc un ancien de la précédente ère de Lucasfilm. Et il est aussi un fan de l’Univers Étendu. L’annulation de The Clone Wars après le rachat de Lucasfilm l’avait déçu, notamment parce qu’il n’a pu terminer la série et ses arcs comme il l’aurait aimé. Mais on lui a donné l’opportunité de travailler sur Rebels, avec notamment Simon Kinberg (scénariste des Sherlock Holmes de Guy Ritchie, ou encore X-Men Days of the Future Past de Bryan Singer). Et si la série a démarré avec une patte graphique assez différente et surtout un ton plus enfantin, Filoni, le deuxième homme au chapeau de Lucasfilm (le premier étant Indiana Jones), a pu continuer à travailler certains éléments de The Clone Wars, précisément dans la saison 2 avec l’introduction d’Ashoka Tano et du clone vieilli Rex. Ceci, avec la présence de Vader / Anakin, tel qu’il a été travaillé au fur et à mesure de The Clone Wars, a fait de cette saison un show remarquable et ayant dépassé ses ambitions narratives et scénaristiques limitées à un remake déguisé de la Guerre des Étoiles premier du nom (Le Réveil de la Force n’était pas loin).

Star Wars Rebel : un retour sur la relation Ashoka / Anakin

Filoni, fan de l’Univers Étendu, tout comme nombre de ses anciens compères de Lucasfilm Animation restés au feu avec lui, a écouté les fans et aussi son propre plaisir. Il a d’ailleurs déclaré : « Vous ne pouvez pas avoir grandi en tant que fan de Star Wars sans avoir rencontré Thrawn dans l’Héritier de l’Empire (…) et ça nous a soufflé l’esprit ». Ainsi l’Univers Étendu est loin d’être mort, puisque Thrawn a fait son entrée dans Rebels, précisément dans la saison 3 (comme dans Star Wars Épisode VII, où l’un des enfants de Han Solo et Leia Organa s’appelle Ben, ce que l’on peut lire dans les romans de l’univers étendu).

Comme vous pouvez le voir sur l’image de couverture, le visuel du personnage est calqué à peu de nuances près sur celui des comic books et autres couvertures de romans et jouets. Et c’est l’acteur Lars Mikkelsen, connu pour ses interprétations justes et grisantes dans House of Cards, dans la série Sherlock ou encore The Killing, qui donnera de sa voix au Grand Amiral. Anecdote amusante notée par Filoni, Lucasfilm a deux Mikkelsen chez eux, Lars dans Rebels, et Mads dans le stand-alone Star Wars Rogue One. Pour nous, chanceux parmi d’autres qui avons gouté à des extraits ainsi qu’à l’énorme pilote de la saison 3, nous pouvons vous dire avec certitude une chose : ça y est, ne vous inquiétez plus, Thrawn existe pour de bon, et nous frissonnons à l’idée de le revoir !

Enfin soyez rassurés pour l’avenir, même si Filoni n’a cessé de dire qu’il ne pouvait rien dire, il a énormément suggéré – avec très peu de subtilité – que d’autres personnages connus de l’Univers Étendu, ou bien même des films, feront leur retour audiovisuel dans Rebels ! D’ailleurs l’acteur Sam Witwer, l’apprenti rebelle – puis l’apprenti possiblement cloné du premier – de Vader dans les jeux Star Wars Le Pouvoir de la Force I & II, et interprète de Darth Maul dans The Clone Wars et Rebels, n’a cessé de charrier son comparse Filoni sur l’apparition de nouveaux personnages. Même si Lucasfilm sous Disney, et Disney boosté par Star Wars méritent de recevoir bien des reproches et critiques, l’univers de George Lucas est loin de courir à sa perte.

Star Wars Rebels : Bande-annonce de la saison 3

À noter qu’un nouveau roman Star Wars, donc appartenant au nouveau canon, sobrement intitulé Thrawn et écrit par Timothy Zahn sortira en 2017 (voir image ci-dessous).

star-wars-thrawn-novel-timothy-zahn

The Warriors : Les Guerriers de la nuit bientôt adapté en série télévisée par Joe et Anthony Russo

0

La guerre des gangs débarque sur le petit écran

Les réalisateurs Joe et Anthony Russo (Captain America : le soldat de l’hiver, Captain America : Civil War, Avengers : Infinity War) vont adapter en série télévisée le film culte de Walter Hill, The Warriors (Les guerriers de la nuit), sorti en 1979. Le long-métrage était une adaptation du roman de Sol Yurick.

The revolution WILL BE televised

Les deux réalisateurs sont en phase de négociation avec Paramount Tv et Hulu pour ce projet ambitieux. Cette série souhaite apporter «sa propre touche unique de cynisme, de sexe et de violence. » L’esthétique si particulière du film, avec les codes vestimentaires de chaque gang, sera un casse-tête difficile à relever pour l’équipe en charge de l’adaptation pour cette série télévisée.

Joe et Anthony Russo ainsi que Mike Larocca sont les producteurs de la série. Lawrence Gordon est producteur exécutif (il avait produit le film de 1979 ainsi que Piège de Cristal, Predator et 58 mn pour vivre notamment). Frank Baldwin a été choisi pour l’écriture du scénario. Les dates de tournage, ni même de sortie, n’ont pas été évoquées par la production. Même chose pour le casting qui n’a pas été encore dévoilé. Anthony et Joe Russo réaliseront l’épisode pilote d’une durée de 60 minutes.

Can you dig it ?

Le film The Warriors plonge les spectateurs dans le New York des années 1970 en proie à une criminalité rampante. Les habitants de la grosse pomme subissent la loi de nombreux criminels en bandes organisées. Cyrus, leader charismatique d’un des gangs les plus respectés de tous, organise une réunion afin d’unifier les gangs de la ville contre les forces de l’ordre. La réunion prend une tournure dramatique. En plein discours, Cyrus est tué par balles par Luther, qui indique à l’assemblée déchaînée que le gang des Warriors est responsable de cet assassinat. La tête de chaque membre des Warriors est mise à prix ! Commence alors une chasse à l’homme infernale. Les Warriors vont devoir se frayer un chemin à travers les ruelles sombres de New York depuis le Bronx jusqu’à leur fief, leur territoire sécurisé, situé à Coney Island. Tout au long de leur fuite en avant, les Warriors vont devoir assurer leur survie, affronter l’ensemble des gangs de la ville et faire payer Luther pour son crime et sa trahison.

Le film de Walter Hill eut une influence sur le cinéma de genre et le cinéma bis. Une série de films surfait sur la thématique des gangs et le succès de The Warriors. Le meilleur exemple reste la version italienne bis avec Les Guerriers du Bronx 1 et 2 de Enzo G. Castellari en 1982 et 1983.

L’esthétique du film de 1979 a marqué des générations entières de cinéphiles. Les guerriers de la nuit comprenait de nombreuses scènes et répliques cultes. Les fans attendent avec impatience ce projet ambitieux d’adaptation en série télévisée par deux réalisateurs cantonnés jusqu’alors aux blockbusters.

Yardie : Idris Elba va réaliser son premier long-métrage

0

Idris Elba : une plongée dans l’enfer des gangs jamaïcains pour sa première réalisation

Après son rôle remarqué dans Beast Of No Nation, après la polémique et la déprogrammation de Bastille Day dans les salles françaises suite au drame du 14 juillet à Nice, et alors qu’il est en plein tournage de La Tour Sombre, l’adaptation de Stephen King aux côtés de Matthew McConaughey, Idris Elba s’apprête à passer derrière la caméra pour réaliser son tout premier long-métrage.

Idris Elba va adapter le livre Yardie de Victor Headley. Les spectateurs seront plongés dans les années 80. Le personnage central du film, un dealer de drogue, sera chargé d’une mission périlleuse : rapporter un kilo de cocaïne de la Jamaïque à Londres, dans le ghetto de Brixton. Les ennuis vont commencer pour lui après sa décision de refuser de rapporter le colis à son employeur et de vendre la drogue dans les rues de Londres. Yardie devrait combler les cinéphiles passionnés par les œuvres de Tarantino, par la trilogie choc Pusher ou bien encore le film français indépendant Dealer. L’équipe du film Yardie risque de soigner les dialogues et les échanges entre les comédiens en intégrant le patois et l’accent jamaïcain. La version originale en anglais risque donc d’être indispensable, exceptionnelle et savoureuse. Il sera intéressant de voir si l’acteur Idris Elba pour cette première  grande réalisation effectuera des clins d’oeil ou des hommages aux films jamaïcains cultes comme The Harder They Come de Perry Henzell avec le chanteur Jimmy Cliff  en 1972 ou le film d’action Third World Cop de Chris Browne en 1999, la version jamaïcaine et moderne de L’inspecteur Harry (de Don Siegel avec Clint Eastwood).

Le tournage de Yardie pourrait débuter cet hiver 2016. Studio Canal produit le film. Brock Norman Brock (Bronson) est chargé du scénario du film. Son script sera basé sur le roman de Victor Headley, publié en 1992. Yardie est le premier tome d’une trilogie de livres (Yardie, Excess et Yush).

Idris Elba avait déjà réalisé un court-métrage (Unstoppable) et un téléfilm (King for a Term). Reste à savoir si Idris Elba jouera lui même dans Yardie, son tout premier long-métrage en tant que réalisateur, dans le rôle titre ou l’un des personnages secondaires.

 

Rétrospective David Fincher : The Social Network, Critique du film

0

Synopsis : Fraîchement célibataire, Mark Zuckerberg pirate le système informatique de Harvard lors d’une soirée bien arrosée. Il crée Facemash, un site sur lequel les étudiants peuvent élire la fille la plus sexy du campus. Saturé de connexions, le serveur de l’université plante. Les jumeaux Winklevoss et Divya Narenda, qui projettent de monter un site pour permettre aux étudiants de communiquer entre eux, demandent son aide à Mark, qui accepte. Mais le jeune homme a déjà une autre idée en tête. Avec l’aide financière de son ami et colocataire Eduardo Saverin, Mark travaille alors à la création de son propre site. Thefacebook.com voit alors le jour…

Quelques ennemis pour la gloire

Seven, Zodiac, Panic Room, Fight Club… Qui aurait pu imaginer que le titre manquant de cette prestigieuse filmographie des plus grands thrillers de la décennie serait The Social Network, l’inévitable film attendu sur le phénomène Facebook ? Et pourtant, si le site internet qui a révolutionné le XXIe siècle se devait d’avoir son film, il ne pouvait être réussi qu’entre les mains de David Fincher.

La critique d’un fondateur

Ce film sur le créateur de Facebook échappe aux symptômes du biopic type de Hollywood qui fait la gloire des grands hommes. C’est certes le parcours de Mark Zuckerberg qui est au centre de l’histoire, mais il ne s’agit pas d’un biopic et encore moins d’un film historique. Fincher y a vu matière à un nouveau thriller, cette fois-ci psychologique.

The Social Network raconte pas à pas la création de Facebook, d’un algorithme macho permettant de classer les plus belles filles de la fac au réseau social utilisé par près d’un milliard et demi d’utilisateurs dix ans plus tard. Mais l’histoire de cette invention n’est que le fil rouge d’une intrigue cousue autour de la personnalité de son créateur Mark Zuckerberg et du slogan du film « On ne se fait pas 500 millions d’amis sans se faire quelques ennemis ». Construit sur différents flash-backs, le scénario tourne en effet autour du procès institué à Zuckerberg par ses anciens collègues de fac et son (ex)meilleur ami. Le huitième film de Fincher s’attarde surtout sur les inévitables trahisons qui permettent de gravir les ultimes marches du succès. On est dès lors loin du biopic élogieux pompeux d’Hollywood, comme le film Jobs, qui adoube la personnalité du créateur d’Apple sans remettre en cause sa personnalité.

Le film de deux auteurs

La réussite de ce film provient vraisemblablement de l’alliance curieuse entre le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur David Fincher. Le premier qui a été aux commandes la série The West Wing, faite de déambulations parlées dans les couloirs de la Maison-Blanche, a bâti sa notoriété sur des dialogues techniques ininterrompus qui ont la magie de ne jamais s’essouffler. The Social Network exigeait donc le talent d’un Sorkin pour donner vie à des répliques de geeks en pleine création informatique. Le sens du cadre de Fincher permettait ainsi à ces discours de vivre sur le grand écran. C’est sans doute ce qui a manqué à Danny Boyle en adaptant le scénario de Sorkin sur Steve Jobs en début d’année.

The Social Network est un bijou cinématographique bourré de répliques, ce qui fait déjà état de son unicité. Fincher filme avec brio les dialogues de Sorkin, en témoigne les toutes premières minutes. La scène d’ouverture, restée dans les mémoires pour avoir été bouclée après une centaine de prises, est caractéristique. Un champ/contre-champs nous met d’emblée dans le bain d’un dialogue de sourds entre deux étudiants d’Harvard. On reconnaît très vite parmi eux, sûr de lui et à l’impressionnant débit de parole, le profil de Mark Zuckerberg. L’acteur monopolise alors la mise en scène de Fincher. S’ensuit un générique où la caméra s’envole au dessus du campus de la célèbre université américaine. En deux scènes le cinéaste plante son personnage et son décor. L’assurance du jeune homme dans un tel lieu promettait déjà des éclats, magiques ou tragiques.

David Fincher a finalement réussi à sortir de sa zone de confort afin de réaliser un de ses meilleurs films. Grâce notamment au talent d’Aaron Sorkin, The Social Network se révèle être un très beau et passionnant film sur l’invention qui a fait définitivement entrer le monde dans l’ère du numérique.

The Social Network de David Fincher : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=BXXqv0NhBjM

The Social Network : Fiche Technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Aaron Sorkin d’après l’oeuvre de Ben Mezrich
Interprétation : Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake, Armie Hammer, Rooney Mara…
Photographie : Jeff Cronenweth
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Décors : Donald Graham Burt
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Production : Scott Rudin, Michael De Luca, Dana Brunetti, Cean Chaffin
Distributeur : Columbia Pictures
Durée : 119 minutes
Genre : Drame biographique
Date de sortie : 13 octobre 2010

États-Unis – 2010

Another Period, une série de Natasha Leggero et Riki Lindhome : Critique

Snoop Dogg au thème musical, Ben Stiller à la production, avec Christina Hendricks dans le rôle d’une bonne aux objectifs obscurs, autour de personnages et membres guindés, hauts en couleur, d’une riche famille excentrique… Cela attise forcément l’intérêt. Lorsque les deux sœurs égocentriques de Cendrillon croisent la route de The Office, le conte ne peut qu’être hilarant. Comedy Central diffuse depuis le 15 juin 2016, la 2ème saison réunissant moins d’un demi million de téléspectateurs américains. On vous décrypte cette pépite.

Synopsis: les mésaventures de la famille Bellacourts, la première famille de l’État de Rhode Island. Elle n’a absolument rien à offrir au monde, mais a tellement d’argent que ça n’a pas d’importance…

Ouvrez les guillemets (et les corsages)

Créée par les deux actrices principales, Natasha Leggero et Riki Lindhome dans les rôles respectifs des sœurs Lilian et Beatrice Bellacourt, Another Period ne ressemble à rien de ce que l’on a déjà vu. Enfin si : l’absurdité des télé-réalités, l’humour acerbe des talk show américains et la critique des classes made in Groland Natasha, d’origine italo-américaine s’est fait connaître sur scène par des numéros de stand-up et divers late show. La musicienne et actrice Riki Lindhome, connue pour être Garfunkel dans la comédie musicale Garfunkel & Oates sur IFC et maintenant Netflix, cumule les apparitions (Gilmore Girls, The Big Bang Theory, United States of Tara, New Girl*…). Le duo décide de parodier l’émission « L’Incroyable Famille Kardashian » (« Keeping Up with the Kardashians« ) en reprenant les codes, contemporains à Downtown Abbey, du début du XXème. 1902, la famille Bellacourt, plus riche et première de l’état du Rhode Island, ne vit que pour le luxe, la gloire et la renommée. Parmi ces portraits, des parents qui ne s’aiment plus, Dodo accro à la cocaïne et Commodore souvent en déplacement. Les enfants Lilian et Beatrice, belles et stupides mariées à Victor et Albert (eux-mêmes gays), l’aînée Hortense, laide mais intelligente, jouée dans la saison 1 par Artemis Pebdani (pilote), puis Lauren Ash (Superstore) et enfin Lauren Flans dans la saison 2 et enfin Frederick, jumeau de Beatrice avec qui, il entretient une relation passionnée. « Inceste, drogue et débauche » pourrait être le leitmotiv des émissions choc sur W9. Ce ne sont que d’utiles prétextes pour critiquer l’aristocratie devenue aujourd’hui la classe supérieure. Passer de la colère, car les plus riches sont narcissiques et égoïstes, au rire, car ils en deviennent ridicules, est la première et principale réaction en regardant les courts épisodes d’Another Period.

Une autre époque/point/menstruation pour souligner ce qui est encore bien trop actuel, la décadence des classes aisées et l’absurde intérêt porté à toutes ces émissions de télé-réalités. Riches vs pauvres, qui en ressort avec le plus « d’héroïsme »? Les domestiques bien entendu. Blanche, sortie et « sauvée » d’hôpital psychiatrique. Le majordome Peepers issu d’une famille amérindienne. Le valet Garfield qui a grandi dans cette famille. Le garde forestier Hasmish sale et vulgaire comme un pou. Puis Céline ou Chaise, la nouvelle bonne qui remplace celle qui s’est jetée du balcon… Rétrogrades et dépendantes, Lilian et Beatrice ne cherchent qu’une seule chose, la célébrité, tandis que Commodore a de grands projets pour son fils illettré. Les intrigues toujours primaires et secondaires dans un même épisode, se succèdent sans jamais manquer de piquant. Et les thématiques socio-politiques (homosexualité, racisme, parité, addiction, condition des femmes…), partant des Suffragettes jusqu’aux élections de beauté en passant par les funérailles arrangées, finissent de compléter le portrait entre douce folie et grave déliquescence de cette famille qui pourrait être la nôtre. Car il y a ce petit quelque chose attendrissant des sitcoms familiales (La Fête à la maisonNotre Belle Famille, Le Prince de Bel Air ou Une nounou d’enfer) avec cette touche fraîche acidulée des meilleurs séries comiques (Malcolm, Community, Life in Pieces…) Et les plus « grands » prennent cher, l’escroc italien Charles Ponzi, Freud, les Roosevelt, Thomas Edison, Gandhi, Trotsky…

Si vous soupirez nostalgiquement, rassurez-vous, car CSM vous annonce son ouverture rétrospective aux séries cultes et bientôt peut-être Malcolm, et plein d’autres, ressusciteront (c’est en de bonne voie à en croire les acteurs, mais chut) sous notre plume. Another Period a tout pour devenir culte au même titre que Arrested Development ou Park & Rec… En attendant la 5ème saison de la première sur Netflix ou le « déterrement » de la deuxième (aucun faux espoir!), ruez-vous à l’heure du petit-déj sur cette sitcom « historique ». 20 minutes, le temps de s’étouffer de rire dans ses céréales. Fermez les guillemets.

*et même Buffy (rôle de Cheryl dans le 06×07 « Folles de lui »)

Another Period : Présentation des personnages

Another Period : Fiche Technique

Créatrices : Natasha Leggero, Riki Lindhome
Réalisateur : Jeremy Konner
Scénaristes : Riki Lindhome, Natasha Leggero, Moshe Kasher, Jeremy Konner, Guy Branum, Laura Krafft, Krister Johnson, Jen Statsky
Interprètes : Riki Lindhome, Natasha Leggero, Lauren Ash, Jason Ritter, Michael Ian Black, Paget Brewster, Beth Dover, Brett Gelman, Christina Hendricks, Brian Huskey, Dave Koechner, David Wain, Armen Weitzman, Lauren Flans, Alice Hunter
Photographie : Carl Herse
Montage : Jessica Brunetto, Kyle Reiter, Al LeVine, Kevin Oeser, Neil Mahoney, Joe Stakun
Musique : Eban Schletter, Snoop Dog
Producteurs : Stuart Cornfeld, Moshe Kasher, Jeremy Konner, Natasha Leggero, Deborah Liebling, Riki Lindhome, Michael J. Rosenstein, Ben Stiller, Inman Young
Sociétés de production : Konner Productions, Leggero Lindhome Productions, Red Hour Films
Genre : Comédie
Format : 22 minutes – en production (saison 2)
Diffusion : Comedy Central

Etats-Unis – 2015

 

Deauville 2016: James Franco présentera son film In Dubious Battle

A l’occasion du 42ème Festival du cinéma américain de Deauville (Calvados), un hommage sera rendu à James Franco pour sa filmographie. Au cours du Festival l’acteur présentera en avant-première son nouveau film en tant que réalisateur, In Dubious Battle.  

Après Michael Moore (Where to Invade Next), hommage à James Franco

Pour James Franco: « filmer l’Histoire, c’est la réactualiser, la soumettre à une nouvelle lecture ».

Guidé par des plumes qui ont su tisser du réel à partir de lignes de vie fictive, il revisite le passé de son pays pour expliquer les doutes de son présent : il puise dans le « Stream of Consciousness » afin d’étudier notre rapport au deuil  avec Tandis que j’agonise et la décadence sociale avec Le Bruit et la fureur de William Faulkner.

Le Festival du Cinéma Américain rendra hommage à James Franco (La Planète des Singes, Milk, Everything Will Be Fine, L’interview qui tue…) un artiste éclectique révélé aux yeux du monde devant la caméra en incarnant Harry Osborn dans la trilogie Spider-Man de Sam Raimi. Acteur, scénariste, producteur, professeur et écrivain, lauréat d’un Golden Globe en 2002, pour son rôle dans le film Il était une fois James. Nommé au Golden Globe du Meilleur Acteur dans 127 Heures, il est également le réalisateur et le producteur de plusieurs films, dont Child of God, Tandis que j’agonise, Zeroville…

Son nouveau film en tant que réalisateur sera projeté en avant-première, In Dubious Battle, En un combat douteux d’après le roman de John Steinbeck, un titre faisant référence aux vers de John Milton dans le Paradis Perdu : « In dubious battle on the plains of Heaven » Il partage l’écran avec Selena Gomez, Josh Hutcherson (Hunger Games), Vincent D’Onofrio, Robert Duvall (Joy), Ed Harris, Bryan Cranston, Danny McBride, Tim Blake Nelson, Scott Haze, Sam Shepard, John Savage, Tayler Labine Ashley Greenen…

Le synopsis officiel : En Californie, dans la vallée de Sanilas plantée de vergers, neuf cents ouvriers migrants se soulèvent en un combat douteux contre les propriétaires terriens. Tirant sa force de chacun des individus qui le composent, le groupe a pour meneur un certain Jim Nolan dont l’idéalisme tragique conduit les grévistes à avoir désormais le courage de ne plus jamais se soumettre, de plus jamais céder.

*Stream of Consciousness (courant de conscience). Une technique littéraire proche du monologue intérieur cherchant à coller aux flux des pensées du personnage.

 

Deauville 2016: Infiltrator en ouverture et War dogs en clôture du Festival

La 42e édition du Festival du cinéma américain de Deauville, présidée cette année par Frédéric Mitterrand, va se dérouler du 2 au 11 septembre. et la sélection sera révélée le mardi 23 août.

Le film Infiltrator en ouverture et War Dogs en clôture du Festival du cinéma américain de Deauville.

Infiltrator de Brad Furman (La Défense Lincoln), en présence de l’équipe du film : Bryan Cranston, Diane Kruger, John Leguizamo, Benjamin Bratt, Yul Vasquez

Le Synopsis : L’agent fédéral Bob Mazur a pour mission d’infiltrer le cartel de drogue de Pablo Escobar. Son but : faire tomber 85 barons et une banque internationale. Son plan : s’inventer un passe, une identité, une fiancée. Son risque : le moindre faux pas lui serait fatal.

DISTRIBUTION ARP Sélection

Film de Clôture, War Dogs de Todd Phillips (Very Bad Trip), également en présence de l’équipe du film :  Jonah Hill, Miles Teller, Ana de Armas, Bradley Cooper

Le Synopsis : Dans WAR DOGS, deux copains âgés d’une vingtaine d’années (Hill et Teller), vivant à Miami Beach à l’époque de la guerre en Irak, profitent d’un dispositif méconnu du gouvernement fédéral, permettant à de petites entreprises de répondre à des appels d’offres de l’armée américaine. Si leurs débuts sont modestes, ils ne tardent pas à empocher de grosses sommes d’argent et à mener la grande vie. Mais les deux amis sont totalement dépassés par les événements lorsqu’ils décrochent un contrat de 300 millions de dollars destiné à armer les soldats afghans. Car, pour honorer leurs obligations, ils doivent entrer en contact avec des individus très peu recommandables… dont certains font partie du gouvernement américain…

 

Iqbal, l’enfant qui n’avait pas peur : Critique du film

Promu par l’U.N.I.C.E.F. et inspiré de faits réels, Iqbal retrace le parcours hors du commun d’Iqbal Masih, enfant pakistanais vendu comme esclave alors qu’il n’avait que quatre ans et assassiné à l’âge de douze ans par la mafia, car il était devenu porte-parole des enfants esclaves. Si l’histoire est marquante, elle l’est d’autant plus que la personnalité de cet enfant avait une force peu commune. Il semble affronter son destin avec une maturité qui impose l’admiration et questionne sur cette innocence, qui fait le sel de cette période de la vie et dont on semble les priver.

Synopsis: Iqbal est un petit garçon espiègle et joyeux qui passe son temps entre les jeux avec ses copains, sa petite chèvre adorable et ses superbes dessins. Un jour, tout va changer… Son frère tombe gravement malade et il lui faut des médicaments coûteux, trop coûteux. Croyant bien faire, Iqbal attend la nuit pour s’éclipser vers la ville. Pour aider sa mère et soigner son frère, il n’a pas d’autres solutions que de vendre sa chèvre, le cœur serré… 

En sortant de la séance on se pose la question de la qualité de l’animation car, si on peut y voir une volonté artistique de se démarquer, on peut aussi se demander si un budget plus conséquent aurait été de trop. Pourtant les décors sont d’une grande beauté et offrent un Pakistan splendide, mais l’animation ne va pas dans le détail et manque sérieusement de fluidité. Pourtant Iqbal ne vient pas d’un pays où les moyens cinématographiques manquent, la France et l’Italie sont capables de beaucoup mieux. Heureusement, la bande originale composée par Patrizio Fariselli est superbe, dépaysante et moyen-orientale sans faire de nous des touristes de l’exotisme, elle vient dramatiser les moments les plus difficiles.

Mais là où Iqbal pêche vraiment c’est dans son propos, dans sa manière de dénoncer et de montrer du doigt les responsables de l’exploitation des enfants. On souligne bien la responsabilité de l’esclavagiste ainsi que du receleur occidental, mais cela reste le minimum syndical. Aucune trace en effet du bout de la chaîne, à savoir l’acheteur, le consommateur que nous sommes. Ce consommateur aujourd’hui bien conscient car bien informé des pratiques et des conditions de travail qui se cachent derrière un jean pakistanais à moins de dix euros. De lui, aucune trace dans Iqbal et par là, aucune possibilité de responsabiliser les plus jeunes spectateurs dans leurs futurs actes d’achat à petit prix.

Sans être forcément exemplaire, l’histoire d’Iqbal est édifiante en ce qu’elle montre la réalité d’un monde sur laquelle nous sommes très nombreux à pleurer régulièrement pendant quelques instants, pour l’oublier aussitôt et retourner à notre mondialisation prétendument heureuse. Voir Iqbal est-il un acte militant ou un énième moyen d’apaiser sa conscience à peu de frais ? C’est à chacun de voir avec lui-même, en tête-à-tête avec sa conscience mais une chose est sûre, vos enfants y trouveront autre chose que la tiédeur fadasse des productions Disney.

Iqbal, l’Enfant Qui n’Avait Pas Peur : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=6kFsagw8MJU

Iqbal, l’Enfant Qui n’Avait pas Peur : Fiche Technique

Réalisation : Michel Fuzellier et Babak Payami
Scénario : Paolo Bonaldi, Michel Fuzellier, Lara Fremder
Création des personnages : Michel Fuzellier, Chiara Molinari, Valeria Petrone
Distribution : Yvan Le Bolloc’h, Bruno Solo
Création des décors : Guido Cesana, Marco Martis, Michel Fuzellier
Musique : Patrizio Fariselli
Production : Gertie Productions, 2d3D Animations, Montparnasse Productions
Distribution : Editions Montparnasse
Pays d’origine : Italie, France
Genre : animation
Durée : 80′
Date de sortie : 24 août 2016

France-2016

 

 

Black Stone, un film de Gyeong-Tae Roth : Critique

Comme son titre l’indique, Black Stone est un film sombre et opaque. Et cette pierre souillée n’est-elle pas d’ailleurs cette Corée en proie à ses démons nationalistes et à son capitalisme sauvage?

Synopsis : pendant que ses parents adoptifs se tuent à la tâche dans une usine agro-alimentaire de Séoul, Shon Sun est contraint d’effectuer son service militaire. Mais, victime de mauvais traitements, il est obligé de fuir l’armée. De retour à Séoul, il s’aperçoit que ses parents ont disparu. Bien décidé à les retrouver, il entame alors tout un périple à travers la jungle polluée, d’où est originaire son père…

Une œuvre rare dans un monde qui s’effondre

Impossible de saisir le quatrième long-métrage de Gyeong-tae Roh de se pencher un minimum sur ses réalisations antérieures. D’abord pour comprendre qu’il s’agit, à proprement parler d’un « cinéaste de festival », à un point tel que sa distribution a pour condition sine qua none sa sélection en festival, ce qui avait justement fait défaut à son précédent, de fait invisible en France. Que Black Stone soit visible dans quelques (trop rares) salles n’est donc le fruit que de sa sélection au dernier Festival du film de Rotterdam. Mais, plus important encore : Le film poursuit une réflexion sur un grand nombre de thématiques récurrentes chez Roh, à savoir l’éclatement des cocons familiaux, la place des minorités dans une Corée extrêmement sectaire et surtout la pollution (le film est ainsi le dernier volet de ce qu’il a qualifié de « trilogie sur la pollution environnementale »). La minorité que le cinéaste place en victime des préjugés nationalistes ici est celle des « métis », puisque c’est ainsi qu’est qualifié le personnage de Shon, mais aussi ses parents immigrés, qui sont tous trois victimes d’une discrimination méprisante. C’est sur cet immonde constat que débute le film, reposant sur un naturalisme terriblement brutal.

Deux films en un, mais un ensemble parfaitement cohérent

Car le dispositif du réalisateur est de scinder son récit en deux : celui-ci est, dans un premier temps, ancré dans un matérialisme urbain filmé à grand coups de plans courts et peu dialogués (le réalisateur assume l’influence bressonnienne) nous faisant suivre le drame de deux générations de marginaux en proie à des humiliations quotidiennes. Le rythme créé par le montage alterné empêche alors de s’installer un misérabilisme qui aurait été d’un mauvais gout contre-productif. Violences sexuelles au cours d’un service militaire (obligatoire pour une durée de deux ans pour les Coréens… et un taux de suicide tout simplement inhumain) et  conditions de travail violentes et contraires aux règles d’hygiène sont ainsi le centre cette double narration. Le ton cru dans cette représentation sans concession de la société coréenne n’est pas sans rappeler la radicalité du cinéma de Kim Ki-duk, même si celui-ci ne s’était jamais permis de filmer de façon frontale une scène de sexe entre hommes comme l’a fait Roh dans son film. L’homosexualité est en effet un sujet terriblement tabou en Corée, classé parmi les pays les plus homophobes au monde, et où sa représentation sur grand écran est limitée à des scènes suggestives dans des films uniquement diffusés dans des festivals LGBT undergrounds (espérons que la romance lesbienne de Mademoiselle changera la donne !). Thématique plus interdite encore : la séropositivité. Que la scène de sexe soit, en l’occurrence, un viol (l’orientation sexuelle de Shon restera trouble) et que le Sida dont il sera ensuite atteint soit mis en parallèle avec cette autre contamination qu’est la marée noire laisse donc une image si relativement discutable de ces deux sujets, que l’on comprend alors que les distributeurs français n’aient pas désiré mettre le film en avant.

Après une rupture tout en douceur, le récit va peu à peu quitter cet univers citadin oppressant pour rejoindre un décor rural, qui malheureusement se révèle lui aussi être la victime de l’activité humaine et d’un capitalisme destructeur. Le cinéaste se réfère alors directement à la catastrophe des 10 500 tonnes de pétrole qui s’échouèrent sur les plages touristiques près de Daesan en 2007, détruisant tout un écosystème maritime, ornithologique et ostréicole. Le film va dès lors complétement se métamorphoser, d’abord grâce à sa mise en scène qui va désormais se composer de plans étirés, toutefois entrecoupés d’images de la forêt, apparaissant comme autant de rappels d’une pureté qu’il faudra ne pas oublier de respecter. La tonalité va également se muer d’un naturalisme cru en une imagerie poétique, multipliant les allégories de la quête intérieure de son héros (Shon, son père n’étant plus alors qu’un personnage secondaire) vers un repos bien mérité loin de ce qu’il vécut précédemment. Une paix difficile à trouver tant les décors sont souillés par ces ignobles amas de pétrole, dont l’oppression olfactive devient presque perceptible. C’est donc vers une certaine quête spirituelle qu’il va se tourner, faisant alors vaciller la dramaturgie dans une série de scènes oniriques qui, elles, renvoient automatiquement au cinéma d’Apichatpong Weerasethakul… les moyens en moins. C’est donc avec une stop-motion assez élémentaire mais non moins suggestive que ces scènes fantasmagoriques sont illustrées et apparaissent comme l’unique source d’optimisme dans ce long-métrage affreusement fataliste.

Difficile de rester insensible à ce film qui, en pointant du doigt les pires travers de son pays, fait de la résignation et du retour à une nature brute les seules alternatives pour se défaire d’une humanité corrompue. Beaucoup de maladresses sont à déplorer dans cette réalisation, mais paradoxalement elles ne font que renforcer la sincérité désenchantée du propos.

Black Stone : Bande-annonce (VOSTFR)

Black Stone : Fiche technique

Réalisation : Roh Gyeong-Tae
Scénario : Roh Gyeong-Tae
Interprétation : Tae-Hee Won
Musique : Olivier Alary
Producteur : Antonin Dedet
Sociétés de production : Neon Productions, Teddy Bear Films Company
Distributeurs : Outplay
Récompenses et Festival : Selection au Festival du Film de Rotterdam
Durée :  93 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 27 juillet 2016

Corée du Sud / France – 2015

 

Rétrospective David Fincher : L’étrange histoire de Benjamin Button, critique du film

D’abord Ron Howard, puis Spike Jonze, c’est finalement, le talentueux David Fincher, que l’on retient surtout pour le cultissime Fight Club, qui s’attache à la nouvelle de F. Scott Fitzgerald, L’étrange histoire de Benjamin Button, sortie dans nos salles en 2008. Il continue de représenter romans et littérature à travers son cinéma, mais sans jamais chercher la facilité tant dans l’écriture que la réalisation.

Synopsis : La veille de l’ouragan Katrina en 2005, Daisy vit ses dernières heures, elle demande à sa fille, Caroline, de lire le journal de l’amour de sa vie, Benjamin Button. Né le 11 Novembre 1918, Benjamin a inversé les règles du temps en naissant avec l’apparence physique d’un vieil homme…

Jusqu’à ce que le temps nous sépare…

Alors qu’il maîtrise à la perfection le thriller et le suspens, nous pouvons constater que Fincher présente cette fois une nouvelle manière d’écrire et de porter ses histoires à l’écran à travers une fable plus poétique, mais toujours aussi psychologique envers ses personnages, relatant tous les thèmes liés à la vie, la mort, le temps qui défile, par son long-métrage.
Le personnage de Benjamin Button représente une certaine rupture à cet écoulement naturel. Comme le reste de l’humanité, il sera destiné à mourir, mais contrairement à eux, son corps inverse cet obstacle du temps et le récupère en rajeunissant physiquement tout en grandissant. En conséquence, il va inverser le cercle de la vie littéralement, passant du petit vieux faible et malade, à un homme qui deviendra de plus en plus jeune.
Au départ, nous avons du mal à distinguer ce qui prédomine chez Benjamin, c’est un être qui développe un esprit innocent d’un petit garçon qui se cherche, pour autant ses traits vieillissants peuvent aussi le faire passer pour une personne sénile auprès des autres individus de la pension.

Malgré sa longueur, et sa lenteur dans la narration, le spectateur ne peut qu’être troublé par le parcours de Benjamin qui est un paradoxe face à ses proches. Nous serons émus tout le long du film, comme le moment où il se lève de sa chaise pour la première fois, il libère son corps et commence enfin à pouvoir vivre. Cette idée renvoie aux travaux du paléontologue Leroi-Gourhan démontrant que le visage existe dès l’instant où l’Homme se met debout. L’Homme devient homme quand il se lève et libère ses mains et son corps, il en est de même pour Benjamin Button qui montre les effets de son rajeunissement quand il parvient à se lever puis à marcher.

Un scénario au style très hollywoodien

L’étrange histoire de Benjamin Button reprend dans son conte fantastique tous les codes du héros initiatique, non sans une certaine prévisibilité. Benjamin est un jeune garçon vu comme un vieil homme. De ce fait, en dehors de son amie Daisy, il ne fréquente pas des gens de son âge mais des adultes, ainsi, il découvre rapidement le monde et les plaisirs de la vie liés au sexe et à l’alcool, et aux premières fois.
Malgré le développement de deux personnages principaux réussis, le scénario souffre parfois d’un mauvais équilibre dans son écriture, et manque d’intérêt dans certains passages au risque de perdre le spectateur dans ses 2 heures 40.
Ce choix peut se justifier à travers le détail de Fincher dans l’approfondissement de son personnage, autant physique que psychologique, mais aussi dans la reconstitution de l’histoire américaine du XXème siècle, commençant à la fin de la première Guerre Mondiale jusqu’aux années 90. Néanmoins, alors qu’il constitue un regard critique sur la société dans ses précédents longs-métrages, on pourra regretter la place du contexte historique au second plan, misant d’abord sur les aventures de Benjamin, dont l’histoire américaine gravite autour de son récit.

De plus, la narration, qui relève de l’autoportrait littéraire, relatée par la fille de Benjamin en lisant son journal, nous affirme que le réalisateur fait l’introspection de son héros et ses états d’âmes, sous forme de flash-backs.
La force de L’étrange histoire de Benjamin Button se place donc dans sa romance dramatique, portée par le duo d’acteur Brad Pitt (3ème collaboration avec David Fincher), dans le rôle de Benjamin et Cate Blanchett, interprète de Daisy. L’alchimie dans leur couple est indiscutable, ce sont deux âmes-sœurs qui souffrent de ne pouvoir vivre pleinement leur amour à cause du temps qui finira par les séparer tôt ou tard. La manière de raconter et d’expliquer leur relation est très intelligente et bien amenée que ce soit durant leur rencontre pendant l’enfance, ou lorsqu’ils se donnent une vraie chance quand leurs âges se rejoignent. Mais le temps finit par les rattraper, certes, le spectateur s’y attend, mais cela reste toujours bouleversant, jusqu’à la mort de Benjamin sous les traits d’un nourrisson.
N’oublions pas non plus la talentueuse Taraji P. Henson dans le rôle de Queenie, la mère de Benjamin, femme noire toujours présente pour son enfant, à l’inverse de son père biologique blanc, qui n’accepte pas la différence, et qui décide d’abandonner son fils. La tendresse de Queenie, et la sincérité dans le jeu de l’actrice assure sa nomination dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle et lui confirmera une belle carrière par la suite.

Enfin, la particularité, l’essence même du long-métrage se concentre sur ses effets spéciaux et la mise en scène qui ont permis l’obtention de 3 oscars techniques : meilleur direction artistique, meilleur maquillage, et meilleurs effets visuels.
L’histoire de Benjamin est finalement presque l’excuse pour que David Fincher face de l’expérience de la motion capture une vraie prouesse technique.

 

La création du vieillissement est impressionnante, les moyens employés demandaient beaucoup de travail de la part de l’acteur comme des équipes d’effets spéciaux. En effet, Fincher a utilisé une vraie silhouette de plus de 70 ans pour sa première heure de film en y intégrant la tête de Brad Pitt maquillée par des effets numériques pour magnifier les traits du vieillissement, puis du rajeunissement (il en est de même pour Cate Blanchett qui joue aussi son rôle allongée dans son lit pendant l’ouragan Katrina). Au lieu d’utiliser d’autres acteurs, les équipes techniques ont réussi à reconstituer parfaitement les expressions du visage de Benjamin et de Daisy qui sont toujours reconnaissables, peu importe l’âge.
Enfin, nous retrouvons dans la réalisation de Fincher la récurrence du sépia, exclusivement réservé aux flash-backs du long-métrage dénonçant d’un point de vue esthétique l’usure du temps qui passe, pour contrebalancer à l’atmosphère du présent avec Daisy et sa fille Caroline. Cette tonalité renforce le caractère d’époque en apportant une certaine noblesse, tout en symbolisant le souvenir des Etats-Unis du XXème siècle, dont on ressent l’évolution et l’aboutissement avec les nouvelles technologies numériques pour créer et vieillir le visage de Brad Pitt.

Probablement pas son film le plus prenant, L’étrange histoire de Benjamin Button reste cependant une valeur sûre dans les œuvres de Fincher à travers sa mise en scène et son écriture soignées. Ici il traite du temps, de ses conséquences et de son impact sur notre corps et notre visage, sujet de la mort mais aussi de la vie. Plusieurs nominations, puis récompensés par des Oscars et des critiques favorables, David Fincher nous prouve qu’il n’est pas uniquement le maître du suspens, mais un réalisateur réfléchi cherchant constamment à se renouveler dans sa filmographie atypique…

L’étrange histoire de Benjamin Button : Bande-annonce

L’étrange histoire de Benjamin Button : Fiche Technique

Titre original : The Curious Case of Benjamin Button
Réalisation : David Fincher
Scénario : Eric Roth, Robin Swicord d’après la nouvelle éponyme de F. Scott Fitzgerald (1922)
Interprétation : Brad Pitt (Benjamin Button), Cate Blanchett (Daisy), Julia Ormond (Caroline), Taraji P. Henson (Queenie), Jason Flemyng (Thomas Button), Tilda Swinton (Elizabeth Abbott), Rampai Mohadi (Ngunda Oti), Elle Fanning (Daisy jeune), Mahershala Ali (Tizzy), Jared Harris (Capitaine Mike)…
Photographie : Claudio Miranda
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Musique : Alexandre Desplat
Décors : Donald Graham Burt
Costumes : Jacqueline West
Producteurs : Frank Marshall, Cean Chaffin, Kathleen Kennedy
Société de production : The Kennedy/Marshall Company
Distributeurs : Paramount Pictures (Etats-Unis), Warner Bros. (Monde)
Budget : 160 000 000 $
Récompenses : Oscars de la meilleure direction artistique, du meilleur maquillage, des meilleurs effets visuels ; BAFTA Awards des meilleurs effets visuels, du meilleur maquillage et cheveux
Durée : 165 minutes
Genre : Fantastique, drame
Date de sortie : 4 février 2009

Etats-Unis – 2008

Stranger Things saison 1, une série de Matt Duffer et Ross Duffer : critique

Dire que Stranger Things est une série qui fait honneur à la science-fiction des années 80 est un euphémisme. Elle baigne dans ce qu’il y a eu de meilleur, en ramenant à la vie tout ce qui nous manque le plus, notamment du côté des œuvres de Spielberg. De ce fait, même la promotion renvoie à cette époque avec un poster promotionnel (photo ci-contre) digne des chefs-d’œuvres de Drew Struzan, ainsi que la police de son générique.

Synopsis : En 1983, dans la petite ville d’Hawkins, un jeune garçon prénommé Will Byers disparaît mystérieusement un soir alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui. Sa mère et son grand frère, inquiets, contactent le chef de police, Jim Hopper, afin d’enquêter sur cette disparition. Pendant ce temps, les amis de Will retrouvent une jeune fille au crane rasé perdue, à l’endroit même où il avait disparu…

Hommage à la jeunesse des années 80…

Alors que nos chers studios relancent nos sagas cinématographiques préférées entre remakes, reboots, et suites pas forcément réussies, les frères Duffer créent une histoire originale en utilisant les meilleurs ingrédients de succès populaires, agrémentée d’un suspense à la Stephen King.
Attention, nostalgie garantie (et aux risques de spoilers).

On ne compte plus les références et les clins d’œil à la culture pop et aux films des années 80. C’est amené tout le long de la saison avec intelligence et c’est vraiment rafraichissant, que ce soit l’innocence de nos héros incarnés par des enfants, faisant écho au film Les Goonies, mais aussi les mystères autour du personnage d’Eleven et des scientifiques à sa poursuite qui rappellent énormément le schéma scénaristique d’E.T. Enfin, la créature à l’origine de la disparition de Will accompagnée de décors sombres et glauques des sous-sols du laboratoire font directement penser aux aliens de Ridley Scott.
Les deux réalisateurs ont réfléchi à chaque détail pour qu’on puisse revivre cette belle époque à travers les styles vestimentaires, l’ambiance musicale (quel bonheur de réentendre Africa dans une série de 2016) et les différentes activités, en passant même par nos jeux de rôles tel que Donjons et Dragons.

Mais ce n’est pas parce qu’ils ramènent tous ces codes passés que nous ne trouvons pas une certaine modernité dans ce scénario. En effet, en mélangeant les références, nous abordons une histoire inédite, au récit qui avance à bonne allure pour qu’on ne décroche jamais de notre écran. La part d’originalité de la série se place dans un monde obscur, le monde à l’envers gouverné par un monstre étrange. À l’inverse du voyage dans l’espace ou d’apparitions extraterrestre, la menace ne vient pas d’ailleurs, elle est cachée sur notre planète et c’est l’un des points forts des frères Duffer : une série actuelle, mais dont l’histoire aurait pu sortir dans nos salles de cinéma il y a une trentaine d’années.
Les questions et les mystères se posent après chaque épisode jusqu’au climax qui semble résoudre l’intrigue principale sur où se trouvait Will, mais les grandes interrogations demeurent, apportant un vif intérêt aux spectateurs pour revenir voir la prochaine saison (pas officiellement commandée).

Pour raviver encore plus notre nostalgie, Stranger Things a l’audace de ramener une actrice réputée des années 80 et 90, Winona Ryder, surtout connu pour les œuvres de Burton, et sa collaboration aux côtés de Sigourney Weaver dans Alien : la résurrection. Après une traversée du désert, Ryder revient dans le rôle de Joyce Byers, la mère éplorée à la recherche de son petit garçon. Au départ, le jeu de l’actrice ne convainc pas forcément, mais son personnage deviendra très intéressant dès le second épisode étant donné que c’est la seule persuadée que Will soit toujours en vie comme ses amis. C’est intéressant de voir finalement qu’elle revient, 30 ans plus tard, dans un genre qui lui colle à la peau et qui l’a fait connaître, mais elle n’a pas perdu de son talent à travers ces huit épisodes, bien au contraire.
Par rapport au reste de la distribution, nous avons un sans faute. Les quatre garçons sont naturels, attachants et nous rappellent une fois encore les jeunes héros des longs-métrages de notre enfance, mais la surprise de la série c’est bien Millie Brown, interprétant l’énigmatique Eleven. Elle surprend, elle habite son personnage, et il est évident qu’après ce premier rôle, il faudra guetter sa carrière de plus près.

Notre bilan de cette première saison : après un pilote réussi, les épisodes se succèdent et nous offrent une certaine qualité dans ses storylines et dans sa dramaturgie.

Le scénario est construit de telle manière que chaque épisode apporte quelques indices sans trop s’avancer, laissant suffisamment de temps aux spectateurs pour faire ses propres hypothèses sur le monde à l’envers, la disparition de Will, ou les expériences des scientifiques sur Eleven.
De plus, même si les enfants sont les principaux protagonistes du récit, les adolescents ont leurs propres développements. On suit les déboires amoureux de Nancy (interprétée par Natalie Dyer) avec son petit copain qui reprend les stéréotypes du rival, jaloux du « héros » sans pour autant entrer dans le cliché. Personnage assez niais au départ, elle finira par vouloir aider Jonathan Byers (joué par Noah Schnaps) à retrouver son petit frère Will. Chacun des personnages est suffisamment développé pour qu’on s’intéresse à son parcours. Ainsi nous suivons trois histoires parallèles – les amis de Will collaborant avec Eleven pour le retrouver, Nancy et Jonathan qui veulent affronter la créature, Joyce et Jim Hopper enquêtant du côté du laboratoire du département de l’énergie à l’origine de phénomènes surnaturels – qui finiront par se rejoindre pour les deux épisodes finaux.

Les frères Duffer ont une réalisation excellente et maîtrisée (mais on n’en attend pas moins de la part de Netflix). Nous ressentons leur amour pour cette époque révolue, et ils font tout pour raviver la flamme avec succès que ce soit dans sa tonalité, son ambiance et ses effets spéciaux. Tout est dans la suggestion et la nuance, rendant l’atmosphère pesante et inquiétante dans la plupart des séquences de poursuite dans la forêt ou le laboratoire, sans parler d’une bande-son irréprochable tout du long. Nous avons vraiment l’impression de voir un film de 8 heures.

Le challenge était surtout de devoir conjuguer science-fiction – années 80 – souvenirs, non pas dans un long-métrage, mais dans une série de plusieurs épisodes. Ce fut la partie la plus inédite de la part des frères Duffer qui ont réussi leur pari pour Stranger Things saison 1.
Près de deux semaines après son lancement, cette série est devenu le hit de l’été dont tout le monde parle et qui risque de faire de l’ombre aux autres séries du moment tel que Game of Thrones ou The Walking Dead

Stranger Things est diffusé sur la plateforme Netflix depuis le 15 juillet.

Stranger Things saison 1 : Bande-annonce

Stranger Things saison 1 : Fiche Technique

Créateurs : Matt Duffer, Ross Duffer
Réalisation : Matt Duffer, Ross Duffer, Shawn Levy
Scénario : Matt Duffer, Ross Duffer
Interprétation : Winona Ryder (Joyce Byers), David Harbour (Jim Hopper), Matthew Modine (Dr Martin Brenner), Cara Buono (Karen Whiler), Finn Wolfhard (Mike Whiler), Millie Brown (Onze/Eleven), Gaten Matarazzo (Dustin), Caleb McLaughlin (Lucas), Noah Schnapp (Will Byers), Natalie Dyer (Nancy Whiler), Charlie Heaton (Jonathan Byers)
Direction artistique : Chris Trujillo
Image : Tim Ives, Tod Campbell
Montage : Kevin D. Ross, Dean Zimmerman
Musique : Kyle Dixon, Michael Stein
Décors : William G. Davis
Costumes : Kimberly Adams-Galligan, Malgosia Turzanska
Producteurs : Matt Duffer, Ross Duffer, Shawn Levy, Dan Cohen
Société de production : 21 Laps Entertainment
Société de distribution : Netflix
Date de sortie : 15 juillet 2016
Format : 8 épisode de 50 minutes
Genre : science-fiction

Etats-Unis – 2016