Game of Thrones, Saisons 5 et 6, une série de David Benioff et D.B. Weiss : Critique

Après s’être peu à peu éloignée des romans de G.R.R. Martin, la série Game of Thrones de Weiss et Bienhoff est désormais libre de ses contraintes dramaturgiques, et s’envole vers sa conclusion tant attendue.

Synopsis : La mort de Tywin Lannister a ébranlé tout le royaume, à commencer par ses héritiers, de plus en plus effrayés de voir les alliances maritales royales se retourner contre eux. Au nord de Westeros, l’improbable alliance entre Stannis Baratheon et le lord commandeur Jon Snow est ébranlée par la volonté de ce dernier d’intégrer les sauvageons dans sa lutte contre les Marcheurs Blancs. Au-delà du détroit, Tyrion Lannister est en exil, en route vers Mereen, où Danerys est victime de moults complots qui rendent son règne difficile.

The end is coming

Après être devenu un phénomène culturel sans véritable précédent dans l’histoire de la série télévisée, Game of Thrones met les bouchées doubles pour ne pas tomber dans le piège de la lassitude après une quatrième saison qui, paradoxalement, aura déçu certains spectateurs en même temps qu’elle a connu un pic d’audience. Et le résultat est là, puisque, dès le début de la saison 5, l’audience américaine va, pour la première fois, dépasser la barre symbolique des 8 millions. Les efforts des producteurs pour renouveler le show se ressentent dans un premier temps dans le casting. Alors que les acteurs des premières saisons étaient, à de rares exceptions (Sean Bean et Charles Dance), de purs inconnus, la plupart d’entre eux sont devenus cinq ans plus tard des stars  bankables. C’est tout particulièrement vrai pour Kit Harrington, Peter Dinklage et Emilia Clarke, devenus tous trois incontournables. Les saisons 5 et 6 introduisent donc de nouveaux personnages interprétés par des visages connus, voir prestigieux : Jonathan Pryce, Max van Sydow, Ian McShane ou encore Pilou Asbæk. Sur un plan formel aussi la réalisation fait preuve de fulgurances. On retiendra tout particulièrement cette Bataille des Bâtards, en guise d’épisode 9 de la saison 6, que certains veulent déjà consacrer du titre honorifique de «meilleur épisode de l’histoire de la télévision » (jusqu’au prochain épisode de bataille sans doute), mais dont on peut au moins affirmer que la maîtrise des plans-séquences n’a rien à envier à celle de The Revenant ou Il faut Sauver le Soldat Ryan, ce qui n’est déjà pas pas si mal.

Autre élément fondamental qui sépare ces deux saisons de celles qui les ont précédées : Une liberté absolue par rapport aux romans de G.R.R. Martin. Et pour cause, le récit de la série a dépassé celui les livres dès la fin de la saison 5! Un point de rupture que l’on savait inévitable depuis le lancement de la série et dont on pouvait craindre qu’elle la condamne à s’effondrer, privée de matériau auquel se rattacher. Mais il n’en fut rien. L’adaptation ultra-fidèle des deux premières saisons s’était déjà vue peu à peu émaillée d’un nombre croissant de raccourcis scénaristiques et d’écarts dans la chronologie des évènements, mais n’avait jamais cessé de rester tout aussi passionnante qu’à ses débuts. Il faut dire que si la série n’était pas restée concentrée sur certains personnages clés et avait, comme les romans, multiplié les sous-intrigues, sa narration se serait depuis longtemps bien trop éparpillée. Mais à présent il est presque impossible pour les fidèles lecteurs de jouer à lister, dans l’arc narratif de chaque personnage (hormis les nombreux que les showrunners ont passé à la trappe), les différences entre les deux versions. Pourquoi presque ? Parce que la saison 6 a tout de même réussi à mettre en scène certains évènements qui, si la chronologie propre aux romans avait été précédemment appliquée à la lettre, se seraient déroulés plus tôt. Résultat : L’approche des spectateurs est désormais bien différente, libérée de cette question de la fidélité ou non de l’adaptation.

A présent que plus personne n’est à même de dire ce qui va se passer, les twists sont plus attendus que jamais. Apparue lors des dernières saisons de la série Lost, la mode de mettre en ligne des théories, parfois tirées par les cheveux, sur le déroulé à venir de la série atteint son paroxysme avec Game of Thrones. Il faut dire qu’en matière de rebondissements, les showrunners savent nous gâter, chaque épisode livrant son lot de surprises et de scènes chocs. Le cliffhanger de la saison 5 aura été en cela une apothéose, tant les commentaires le concernant n’auront cessé d’enflammer la Toile pendant 10 mois avec une hype à faire pâlir de jalousie les producteurs de Walking Dead. Et il semble à présent évident que l’impact de la conclusion de la saison 6 n’en a pas non plus fini de faire parler de lui!

Cependant, les premiers épisodes de la cinquième saison avaient souffert, aux yeux de beaucoup de spectateurs, d’une baisse de rythme –au point de voir rapidement baisser son audimat record. La faute en incombe à l’introduction assez laborieuse de nombreuses sous-intrigues et à la lente évolution des relations entre personnages, à défauts d’événements véritablement marquants. Mais, depuis la seconde moitié de cette saison 5 mal amorcée, impossible de nier que les pions de la bataille entre les prétendants au trône de fer n’ont depuis cessé d’avancer vers un inévitable affrontement final.

Recette gagnante : Faire table rase du passé pour rendre l’avenir plein incertain encore.

Au cours de ces saisons, on a pu voir les membres survivants de la maison Stark deviennent de plus en plus forts d’épisode en épisode. Les enseignements d’Arya et de Bran auprès de, respectivement, les Sans Visages et la Corneille à trois yeux ont porté leurs fruits. Autant dire que les retrouvailles de la famille nordienne s’annonce un événement qui va peser lourd dans la balance. A l’inverse, les Lannister ont vu leur pouvoir vaciller, conséquence directe de la mort de leur patriarche et de lourdes erreurs stratégiques. La place prise par l’intégrisme religieux dans les complots politiques opposant Cersei et la maison Tyrell a su apporter une nouvelle dimension aux antagonismes qui secouent Port-Réal. Une problématique qui aura aussi beaucoup joué dans le parcours de Stannis Baratheon, que la dévotion aveugle à R’hloor a mené à prendre des décisions contestables, tant sur un plan personnel que militaire. Quant à Daenerys, ce sont également les choix discutables qu’elle aura dû prendre en tant que reine pour maintenir son pouvoir dans un environnement chaotique qui lui ont valu la désapprobation de beaucoup de ses fans de la première heure. Il en sera d’ailleurs de même pour Jon Snow, confronté à la trahison de ses frères d’armes. La preuve, s’il en fallait encore, que Game of Thrones n’est pas qu’un simple show d’heroic-fantasy, il s’agit avant tout d’un sujet d’études politiques. Les enjeux géopolitiques, les tensions entre grandes familles et la menace du Long Hiver n’auront décidément jamais été aussi exacerbés qu’à la fin de cette saison 6 qu a été riche en révélations, en morts tragiques, en retrouvailles et en alliances inespérées… en somme, tout ce qu’on aime dans Game Of Thrones!

Toujours fidèle à son lot de batailles épiques, de jeux de pouvoir retors et de destins brisés, la série reste jusque-là fidèle à elle-même. Et alors que l’on a appris que les producteurs ont décidé de bafouer le chiffre sacré en préparant non pas sept, mais huit saisons (un pêché que le Grand Moineau n’aurait pas laissé passer), on peut être certains que les guerres à mener au Nord contre les Autres et au Sud pour l’obtention du Trône de Fer sont dors et déjà assurées de rentrer dans les annales de la télévision.

Game of Thrones : Bande-annonce de la saison 5

Game of Thrones : Fiche technique

Créateurs / Showrunners : David Benioff et D.B. Weiss d’après l’œuvre de G.R.R. Martin
Réalisateurs : Daniel Sackheim, Jack Bender, Jeremy Podeswa, Mark Mylod, Miguel Sapochnik, David Nutter, Michael Slovis
Interprètes : Kit Harington (Jon Snow), Peter Dinklage (Tyrion Lannister), Emilia Clarke (Daenerys Targaryen), Maisie Williams (Arya Stark), Natalie Dormer (Margaery Tyrell), Aidan Gillen (Petyr Baelish), Iwan Rheon (Ramsay Bolton)…
Photographie : Marco Pontecorvo
Montage : Frances Parker, Oral Norrie Ottey
Direction artistique : Paul Inglis, Thomas Brown, Ashleigh Jeffers, Tom McCullagh, Steve Summersgill
Musique : Ramin Djawadi
Producteurs : Mark Huffam, Frank Doelger
Sociétés de production : HBO, Management 360
Diffusion (France) : OCS
Format : 2 x 10 épisodes pouvant aller de 45 à 70 minutes

Etats-Unis – 2011

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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