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Retrospective David Fincher : Zodiac, critique du film

Fincher s’évertue à faire revivre le mythe Zodiac dans un film incisif, austère et froid : une leçon de mise en scène.

Synopsis : Le 4 juillet 1969, le soir de la fête de l’Indépendance, deux jeunes adultes se font tirer dessus entre les villes de Benicia et Vallejo en Californie. Un homme contacte les services de police locaux et annonce avoir commis ce crime. Le San Francisco Chronicle, l’un des importants journaux de la ville, reçoit ensuite une lettre revendiquant ce meurtre, tout comme deux autres quotidiens de la région. Le tueur présumé, qui se présente sous le pseudonyme du Zodiac, accompagne sa revendication d’une énigme. Robert Graysmith est un jeune dessinateur du journal. Sa vie bascule lorsqu’il se lance dans le déchiffrage de cette énigme, 

On savait depuis ses débuts que David Fincher était de cette trempe de cinéaste qui aiment à aller à rebours et sortir des sentiers battus. Alors, quand le natif du Colorado affiche son souhait, à l’orée 2006, de saisir l’interminable traque faite autour du tueur du Zodiac, on ne pouvait décemment qu’être tiraillé entre la joie la plus pure et l’inquiétude la plus folle. Il faut dire que le cinéaste américain fait montre depuis Alien 3, d’une fâcheuse tendance à s’engouffrer, voire se nicher dans une approche auto-destructrice presque narcissique. Comprenez que sous couvert de se prêter à un genre ultra-codifié (le thriller avec Seven notamment), le cinéaste préfère apposer sa marque au détriment des piliers historiques du genre. Il détruit pour rebâtir en somme. Dans l’idée ce n’est, cela dit, pas une mauvaise chose. Qu’aurait donné son Seven délesté de cette flamboyance biblique épousant les pérégrinations de deux inspecteurs ? Ou que serait-il advenu de son The Game, s’il n’avait pris la peine d’en faire un film autant véhément que symbolique dans son approche de représentation de la société ? Assurément un tas de chose. Mais là où les deux films précités n’étaient que pures fictions, Zodiac s’avérait être bien réel. Ou l’histoire de la traque d’un tueur, insaisissable, énigmatique, ayant nargué la police et lancé non sans fracas la fâcheuse course à la popularité des figures criminelles. C’est donc dans ce crédo, fort périlleux que le film s’installe : comment faire ployer un genre de cinéma pour le subvertir ? Comment l’altérer pour mieux le porter à nu ?

Psycho Killer

Un casse-tête qui d’entrée nous faisait douter du bonhomme. Mais 2h30 et une traque éreintante/haletante plus tard, un seul constat semble de mise : David Fincher n’a rien perdu de son mordant. Pire encore : il l’a aiguisé. En compilant tel un méchant archiviste, tous les faits de cette affaire, le cinéaste arrive à créer une dramaturgie, qui plus est fondée sur l’accumulation. Les années défilent, le tueur se transforme en mythe et on assiste bien vite au délitement, qu’il soit physique ou mental, des personnes ayant passé une partie leur vie à traquer cette figure du crime. D’un vulgaire film policier, le film se plait alors à titiller les recoins quasi fantastiques de son sujet en témoignant d’une longueur qui le confine à une forme de songe (ou de cauchemar) ou les protagonistes semblent courir après un fantôme, renforçant l’idée d’un film presque irréel, rêvé. Cela dit, si le sujet et son traitement laissent à penser que le ton du film oscille entre rêve et réalité, la forme, elle, est usée de telle manière à ce qu’elle rende le film terriblement normal. Pas d’univers hystériques ou de penchants nihilistes qui débordent : Fincher fait montre d’une sobriété qu’on ne lui connaissait plus et renforce paradoxalement la puissance de son sujet, bien malgré lui, cloitré dans un dédale de parking, couloirs, salles de rédactions, qui trustent en définitive toute l’avancée de l’intrigue. On assiste alors médusé à ce ballet de questions interminables, où se côtoient autant abnégation que résignation, entrain et fatigue, défiance et peur, qui à force d’égrainer ses minutes, voit son intérêt bondir. Là est d’ailleurs toute la force du film : savoir dérouler son intrigue, aux ramifications complexes, sans jamais la rendre absconses ou confuse. Tel un rapport d’enquête, le métrage peut alors dégainer non sans panache tous ses évènements un à un, quitte à arriver à une évidente saturation qui n’aura pour effet que d’amplifier l’atmosphère pesante du métrage. Cela dit, un problème récurrent subsiste. Pourquoi descelle t-on dans le derniers tiers du film une certaine déception ? Sans doute, est-ce le résultat d’un film délesté des intrigues retors caractéristiques de Fincher, qui accuse le coup en définitive des limites de son cinéma ? On ne pourra ainsi qu’acquiescer aux divers commentaires vantant un rythme parfois distordu et un montage assez aléatoire dans la gestion des dialogues. Mais, qu’importe puisque Fincher, sous couvert de raconter la traque d’un tueur insaisissable, se fait le défenseur des forces de polices et autres journalistes, qui de par leur abnégation communes ont su toucher du doigt le mythe Zodiac et presque l’attraper. Et rien que ça, ça valait bien un film.

Difficile d’expliquer en quoi Zodiac est une oeuvre majeure de la filmographie fincherienne. Certains diront qu’il n’est qu’un film bavard et faussement violent, quand d’autres pointeront qu’il n’est que le fruit d’un travailleur acharné, prêt à tout pour exhumer de vieux souvenirs d’enfance et accessoirement se faire un nom parmi les grands de la profession. On retiendra cependant un film aussi tendu qu’une arbalète, brillamment construit et surtout terriblement pesant. Apte à devenir une référence du genre en tout cas. 

Zodiac : Bande-annonce

Zodiac : Fiche Technique

Titre : Zodiac
Réalisation : David Fincher
Scénario : James Vanderbilt, d’après les livres de Robert Graysmith
Interprétation : Jake Gyllenhaal (Robert Graysmith), Mark Ruffalo (Dave Toschi), Robert Downey Jr  (Paul Avery, journaliste au San Francisco Chronicle), Anthony Edwards (L’inspecteur William « Bill » Armstrong), Chloë Sevigny (Melanie), Philip Baker Hall (Sherwood Morrill),  John Carroll Lynch (Arthur Leigh Allen), Brian Cox (Melvin Belli), Dermot Mulroney (Le capitaine Marty Lee)
Musique : David Shire
Photographie : Harris Savides
Montage : Angus Wall
Direction artistique : Keith P. Cunningham
Décors : Donald Graham Burt
Costumes : Casey Storm
Producteurs : Ceán Chaffin, Brad Fischer, Mike Medavoy, Arnold Messer, Louis Phillips (producteur exécutif) et James Vanderbilt
Sociétés de production : Paramount Pictures, Warner Bros. et Phoenix Pictures
Distribution : Paramount Pictures, Warner Bros.
Budget : 65 millions $
Format : Couleurs – 2.35:1 – numérique
Genre : policier, thriller
Durée : 156 minutes ; 162 minutes en version director’s cut
Dates de sortie :  17 mai 2007

Etats-Unis – 2007

Genius, un film de Michael Grandage : Critique

Peut-être aurait fallu, pour glorifier la contribution d’un anonyme dans la conception d’une oeuvre poétique devenue une référence, un film qui soit lui-même un tant soit peu poétique.

Synopsis : Manhattan, 1929. A la tête de la glorieuse maison d’édition Scribner’s Sons, Maxwell Perkins reçoit les écrits de Thomas Wolfe, un poète excentrique mais dont le style littéraire unique ne manque pas de potentiel commercial. Tandis qu’il prend soin d’encadrer l’écriture expansive de son protégé, un lien très fort va naitre entre les deux hommes, jusqu’à ce que le succès et les rancœurs viennent mettre à mal cette amitié.

La grisaille littéraire

A n’en point douter, la littérature est l’une des choses au monde les plus dures à porter à l’écran. La solution de facilité est l’adaptation du livre direz-vous, mais qu’en est-il de l’écriture dudit ouvrage, et plus encore quand celui-ci relève du catalogue poétique ? La thématique de la création artistique et de la phobie de la page blanche a plusieurs fois été mise en image, notamment, à sa façon, dans Shining ou dans Barton Fink et Adaptation dans lesquels il était toutefois question de l’écriture de scénarios. Mais le choix du scénariste John Logan (auteur entre autres des deux derniers James Bond) est toute autre approche : L’observation de la relation entre deux hommes, un auteur et son éditeur. C’est ainsi que ce récit propice au mélodrame, a abouti entre les mains de Michael Grandage, bien connu dans le petit monde théâtral londonien mais qui allait réaliser là son tout premier film. L’auteur dont il est donc question dans le film est Thomas Wolfe. Ne culpabilisez pas si ce nom ne vous dit rien, le film promet, via la tagline de son affiche, de nous expliquer en quoi sa relation avec son éditeur, Max Perkins, a « bouleversé la littérature »… sauf que non, on ressortira de la séance sans en savoir plus sur cet homme -sinon qu’il écrivait beaucoup et de façon compulsive, la belle affaire !- et moins encore sur son impact sur son art.

Le scénario n’est donc en rien celui d’un biopic visant à ouvrir notre perception sur les coulisses de l’élite littéraire du siècle dernier, mais celui d’une « bromance », comme le disent nos amis d’outre-Atlantique, étirée sur une dizaine d’années. Cette précision est importante car la notion du temps est très certainement ce que Grandage maitrise le moins. L’exemple le plus flagrant est cet effet de working montage suivit d’un dialogue qui vient nous apprendre que, en quelques secondes, la diégèse vient de faire un bond en avant de 2 ans. Dès lors, le spectateur prend conscience que le film ne lui laissera aucune clef pour se repérer dans le déroulé de cette dramaturgie maladroitement elliptique, pas même un quelconque travail sur le vieillissement des personnages… ne serait-ce que sur les filles de Perkins qui se retrouvent de fait atteintes d’un improbable syndrome de Peter Pan. D’ailleurs quel est l’enjeu concret de ce récit ? Il s’agit vraisemblablement des difficultés de maintenir cette amitié alors que Tom Wolfe va, peu à peu, tandis que grandit son succès littéraire, « prendre la grosse tête ». Là encore, ce trait de caractère devra nous être notifié par les dialogues car cette évolution est parfaitement imperceptible dans le jeu des acteurs, identique du début à la fin. Un jeu qui d’ailleurs confère à la caricature car, contrairement à Colin Firth qui comme à son habitude joue la sobriété, Jude Law se livre à un exercice de cabotinage qui ne lui sied nullement et en vient à rendre son personnage agaçant. La seconde sous-intrigue concerne le rapport des deux personnages à leur femme respective, mais aucune résolution n’y est clairement apportée.

Et pourtant en offrant le rôle d’Aline Bernstein, la maitresse protectrice de Wolfe, à Nicole Kidman, on aurait pu espérer voir émerger une intensité romanesque à la hauteur du talent de l’actrice. Malheureusement, les dialogues surécrits qu’elle se retrouve contrainte de jouer font de chacune de ses scènes des passages pauvres en crédibilité. Et elle n’est pas la seule dont Grandage ne tire pas partie : Guy Pearce, dans la peau de F. Scott Fitzgerald, est très certainement l’acteur le plus convaincant du film… mais n’apparait que dans 3 scènes. De même pour Dominic West, comme toujours impressionnant dans la peau d’Ernest Hemingway, dans une seule et unique scène très courte. De quoi faire naitre chez le spectateur une profonde frustration, et le sentiment légitime que, quitte à être à ce point académique, le film aurait gagné à être un biopic de Max Perkins dans lequel chacun des monstres sacrés qu’il a fait publier tiendrait une place équivalente. Au lieu de ça, on se contente d’une comédie dramatique qui, certes, permet de mettre en avant la place mésestimée du métier d’éditeur dans la grande Histoire de la littérature américaine et le revirement que celle-ci a connu dans les années 30 au contact, notamment, de la musique jazz, mais le tout est mené avec un manque de rythme et de subtilité des plus regrettables, ce qui ne rend pas justice à son sujet, et va même faire l’affront à le noyer dans une dernière partie tire-larmes et donc superflue.

L’influence théâtrale du réalisateur ne se ressent pas que dans sa direction d’acteur, mais également dans sa mise en scène impersonnelle, incapable de sublimer autrement que par le dialogue le lien fusionnel entre ses personnages. L’unique parti pris artistique est certainement cette photographie grisonnante aux tons sépias, que lui assure Ben Davis entre deux superproductions Marvel, mais il ne s’agit finalement que du b.a.-ba de la grammaire cinématographique dès lors que l’on met au point une reconstitution des années 30. Cette imagerie se révèle de plus être d’une platitude et d’une morosité qui en viennent à tuer dans l’œuf les quelques tentatives de la réalisation de diffuser le moindre sentiment. C’est en revanche uniquement le travail de la direction artistique, avec ses décors et ses costumes soignés, qui pourrait, si le réalisateur avait su mieux les filmer, parvenir à faire du long-métrage une belle peinture de cette époque troublée par la Grande Dépression, un contexte socio-économique qui lui aussi ne sera exploité qu’au détour de l’un de ses dialogues trop littéraires pour être crédibles. On sortira de là avec le sentiment d’un film raté, puisqu’il n’a en aucun cas réussi à nous faire ressentir l’impact de son récit, ni même de l’œuvre de Wolfe, dont on ne nous  a  d’ailleurs évoqué l’écriture que des deux premiers de ses nombreux livres. Une histoire vraie tronquée donc, et un pétard mouillé dans sa volonté de glorifier le travail en amont de la sortie d’ouvrages littéraires devenus des références dans leur genre.

Genius : Bande-annonce

Genius : Fiche technique

Réalisation : Michael Grandage
Scénario : John Logan d’après l’œuvre d’Andrew Scott Berg
Interprétation : Colin Firth (Maxwell Perkins), Jude Law (Thomas Wolfe), Nicole Kidman (Aline Bernstein), Laura Linney (Louise Perkins), Guy Pearce (F. Scott Fitzgerald), Vanessa Kirby (Zelda Fitzgerald), Dominic West (Ernest Hemingway)…
Photographie : Ben Davis
Montage : Chris Dickens
Musique : Adam Cork
Direction artistique : Alex Baily, Gareth Cousins
Production : Michael Grandage, John Logan
Distribution : Mars films
Genre : Drame, biopic
Durée : 104 minutes
Date de sortie française : 27 juillet 2016

Grande-Bretagne / Etats-Unis – 2016

Rétrospective David Fincher : Panic Room, critique du film

Synopsis :  Meg Altman, récemment séparée d’un époux ayant fait fortune dans l’industrie pharmaceutique, et sa fille Sarah, diabétique, arrivent à New York et emménagent dans une grande maison équipée d’une panic room, pièce aux allures d’abri anti-atomique, destinée à servir de refuge aux occupants en cas d’agressions extérieures. Plutôt claustrophobe et ne jugeant pas l’installation très utile, le premier soir, Meg essaye de désamorcer celle-ci et y arrive partiellement. Malheureusement, trois malfrats pénètrent dans la maisonnée endormie. Meg surprend les intrus sur les caméras vidéos dont la maison est truffée, et elle et Sarah courent se réfugier dans la panic room. Mais c’est justement dans cette panic room que les malfaiteurs veulent se rendre, car c’est là que se trouve une fortune colossale… De plus, Sarah, étant diabétique insulino-dépendante, doit prendre ses médicaments qui se trouvent en dehors de la pièce. Que faire si l’on ne peut sortir ?

Art cloîtré

Cinéaste émérite issu des clips vidéos et autres vidéos promotionnelles, David Fincher fait partie du cercle très fermé des créateurs ayant un contrôle quasi total sur leurs projets. Représentant d’un style classique mais pourvu de réflexions psychiques, l’homme originaire du Colorado s’est fait une spécialité dans les films âpres et violents, travaillant avant tout sur l’ambiance filmique. Encore inégal dans son travail, l’auteur peut aussi bien parfaire son style, avec les merveilles cultes que sont Seven et Fight Club, que témoigner des faiblesses avec un Alien 3 malade et un The Game manquant de consistance malgré une superbe atmosphère. Ce dernier étant une déception commerciale, Fincher trouve refuge auprès de la Columbia qui lui accorde un certain budget mais pour un film de commande.

A l’origine écrit pour Nicole Kidman et Hayden Panettiere, c’est finalement Jodie Foster et Kristen Stewart pour son premier véritable rôle au cinéma qui portent le film sur leurs épaules. Fincher s’offre un casting de rêve pour son premier métrage en collaboration avec la Columbia, en les accompagnant  d’antagonistes de luxe en les personnes de Forest Whitaker et Jared Leto. Souhaitant marquer de son empreinte le cinéma hollywoodien, David Fincher permet à Panic Room d’être le premier film entièrement prévisualisé en trois dimensions avant même le début du tournage. Le souvenir de cette expérience se retrouve dans les célèbres plans du long-métrage, où la caméra traverse le décor comme bon lui semble.

Délivrance filmique

De hauts buildings, des paysages supra-urbanisés, le cadre new-yorkais semblait trop dense pour Fincher. Préférant de loin les espaces clos, le réalisateur a la malice de placer la totalité de son film dans un luxueux appartement et part d’un postulat simple : une femme et sa fille se retrouvent bloquées dans une panic room, une sorte de bunker de sécurité anti-infraction tandis que des malfrats tentent justement de dérober quelque chose à l’intérieur. Usant du travail des angles et des décors cloîtrés, tout en mêlant différentes techniques de mouvement caméra, du ralenti au plan séquence labyrinthique, David Fincher fait honneur à son style et réussit à marquer de son empreinte le cinéma contemporain hollywoodien.

Héritant du scénario de David Koepp, scénariste prodigieux ayant précédemment travaillé avec Spielberg et De Palma, Fincher semble pouvoir transcender toutes les histoires et tous les genres. Armé d’une volonté novatrice, il a témoigné d’une inventivité rare durant le tournage de son long-métrage, tournant les scènes de chaque étage séparément, puis, les raccordant grâce à des modélisations numériques 3D  pour les espaces intermédiaires. Ce désir d’images animées va tellement loin qu’il a parfois reconstruit certaines parties de plans séquences ou de plans en grues, les trouvant moins fluides qu’il ne l’avait espéré. Le génie filmique va encore plus loin, notamment dans la réussite de sa mise en scène fluide et numérique, au sein d’un long métrage accès sur la claustrophobie, l’isolement et la paranoïa. De même, David Fincher réussit à parfaitement raccorder ses séquences entre les différents étages malgré leur tournage totalement décalé, la direction d’acteurs est ainsi au bord de la perfection, même si les prestations des antagonistes aux deux femmes auraient mérité à être étoffées. Jodie Foster et Kristen Stewart réussissent à être crédibles de bout en bout, la seconde faisant preuve d’une maturité et d’un charisme étonnants malgré son jeune âge durant le tournage. Seule une photographie un peu terne, certainement le résultat d’un numérique de synthèse dans la création des décors, notamment hors de la pièce refuge, peut amener le pinailleur le plus aguerri à déconsidérer le film.

Claustration artistique

Nonobstant les fameuses qualités du travail sur l’image de David Fincher, force est de constater que son propos est très loin d’être aussi inoubliable que sa réalisation. Affublé à juste titre du statut d’auteur engagé, notamment sur Fight Club, véritable pamphlet vulgaire à l’image d’une société de consommation résolument corrosive pour la condition humaine, Fincher ne peut réellement que garantir un travail d’adaptation du script de David Koepp, sous l’œil avisé de la Columbia. Panic Room reste un film de commande, possédant comme tous les autres films de ce type un cahier des charges bien rempli pour satisfaire des exigences commerciales. Ainsi, le réalisateur fait dans la transcendance filmique mais pas cinématographique. En résulte un regard neuf sur des scénarios audacieux sans être essentiellement profonds, prouvant que tout bon réalisateur de talent sait travailler sur n’importe quel support. Heureusement que le long métrage permet au réalisateur de renouer avec le succès commercial, le film engrangeant 196 millions de dollars au box office mondial, pour un budget somme toute correct de 48 millions, un succès d’estime donc.

Pourtant, nombre d’éléments auraient dû trouver un aspect critique au sein du long métrage, notamment de la paranoïa excessive des personnes aisées pour leurs fortunes et leurs personnes, au point de fabriquer une chambre spéciale pour s’isoler du monde. Ainsi, Panic Room possède, et ce à forte raison, un libellé de film mineur dans la filmographie de Fincher, surtout du fait d’un projet n’émanant pas de lui et par conséquent, ses thématiques se retrouvent en suspens par rapport au travail esthétique. De même, difficile de garder longtemps en mémoire les prestations de Forest Whitaker et Jared Leto, jamais transcendants ni imposants, se contentant d’assurer un rendu correct à leurs prestations. Enfin, il s’installe un rythme inégal et parfois répétitif compte tenu des maigres enjeux du long métrage, ce qui sort totalement d’une quelconque immersion claustrophobique au sein de cette production. Un script sensiblement en deçà de la magnificence de la mise en scène, au point que certains retournements semblent anecdotiques voire prévisibles, ce qui peut sembler difficilement acceptable de la part d’un esthète et d’un perfectionniste comme l’est David Fincher.

Panic Room reste cependant la quintessence qualitative d’un film de commande hollywoodien. Affublé d’une mise en scène d’esthète, réussissant l’exploit d’une véritable beauté numérique et d’une fluidité dans le cadre audacieuse pour un film aux thématiques et à la trame si cloîtrées. Cependant, même si la mise en scène tient de l’orfèvrerie la plus parfaite, le scénario, parfois répétitif et surtout assez peu consistant, paraît bien inférieur aux qualités filmiques transcendantales de l’ami Fincher. Un exercice fondamentalement réussi mais qui ne réussit pas le génie d’être plus que cela, se nivelant à la simple angoisse de survie et sans jamais démontrer une volonté critique.

Panic Room : Bande-annonce

Panic Room : Fiche Technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : David Koepp
Interprétation : Jodie Foster (Meg Altman), Kristen Stewart (Sarah Altman), Forest Whitaker (Burnham), Jared Leto (Junior)…
Photographie : Conrad W. Hall, Darius Khondji
Montage : James Haygood, Angus Wall
Musique : Howard Shore
Sociétés de production : Columbia
Distributeur : Columbia Pictures
Durée : 112 min
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 Avril 2002
Etats-Unis – 2002

Arrêtons de parler du Fight Club !

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Fight Club (1999): La fête du slip ne dure qu’un temps

Et si, plutôt qu’une critique acerbe et lucide de la société consumériste, Fight Club n’était finalement qu’une sortie de route contrôlée par les studios? Le tout renforcé par une imagerie pop afin de lui donner les atours « arty » qui lui manquent pour séduire un public de niche. Et si, presque 20 ans plus tard, le film culte de David Fincher n’était plus qu’un lointain prout cinématographique dans la grande baignoire d’Hollywood? Super marrant au début, un peu puant à la fin.

Aujourd’hui adoubé comme « film culte d’une génération », Fight Club est le genre de pellicule qui donne l’impression d’avoir mis tout le monde d’accord tout de suite. Par la violence de son sujet, son humour ultra-noir et son nihilisme érigé au rang de credo post-moderne indiscutable, l’œuvre semble être apparue comme une bombe dans le paysage formaté des années 90. Pourtant, à sa sortie, Fight Club fut loin d’avoir galvanisé les foules. Malgré la présence d’un Brad Pitt au top de sa carrière, Fincher subit un nouvel échec public et critique sur le territoire américain (après Alien 3 et The Game). Si certains voient déjà un film furieux et lucide sur la fin d’une idéologie capitaliste dominante, d’autres n’y décèlent qu’une esbroufe puérile cherchant vainement à choquer le bourgeois. En sous-tendant son propos par une imagerie machiste à la limite du néo-fascisme (où le réalisateur déploie un savoir faire acquis par sa formation dans le monde de la pub), Fight club prend un double risque : perdre le public en lui vomissant à la tronche tout en tombant dans le piège qu’il souhaite lui même dénoncer.

Dire que Fight Club dénonce quelque chose est un peu exagéré. Les réflexions des deux protagonistes ne sont pas dénuées d’humour et de lucidité. Mais dans son délire d’accumulation, Fincher nous égare souvent dans un film à tiroir qui multiplie les effets de styles (narratifs et visuels) dans le but de provoquer le malaise. Deux amis qui font les poubelles d’une clinique de liposuccion pour en faire du savon qu’ils revendent à prix d’or dans les boutiques de luxe, un projectionniste qui intègre des images subliminales de son chibre dans des pellicules de films destinés au grand public, un homme obèse avec une paire de seins… Tout cela, mis bout à bout, construit un délire sans bornes qui se complaît dans son humour gras et s’amuse à regarder le monde au travers d’une capote trouée. Autant dire que pour ce qui est de la fidélité à l’univers de Chuck Palahniuk (auteur du roman original), c’est un sans faute. Fight Club est à l’image de son auteur : puéril, grotesque, méchamment vénère et rentre-dedans. Une démarche auto-destructrice propre à l’écrivain à laquelle ce gros malin de Fincher ajoute le principe de mise en abyme qui fait toujours son petit effet. Apparition subliminale de Tyler dans des poses suggestives avant la véritable rencontre des deux protagonistes, adresse directe du narrateur (Edward Norton) au spectateur pour lui expliquer sa vision du monde et personnage qui parle directement d’humour « flash back ». L’avantage de la méthode, c’est qu’elle permet de faire avaler les retournements de situations les plus absurdes (la transformation du club en milice néo-fasciste et le twist final schizo). Tous les éléments semblent présents pour accoucher d’une oeuvre à la fois drôle et subversive, remettant totalement en question notre société contemporaine. Pourtant, la critique de l’époque – que l’on aime souvent taxer de réactionnaire face à la nouveauté –  n’a pas toujours discerné le potentiel « film culte » qui se dévoilait devant eux. Certains trouvaient le film finalement superflu, d’autres critiquaient la violence gratuite qui parcoure le film. Les plus virulents allant jusqu’à parler d’un film ouvertement fasciste où « les héros s’octroient le droit de boire, de fumer, de baiser et de se cogner dessus » (Roger Ebert – Chicago Sun-Times). L’aura culte qui entoure le film aujourd’hui rend-elle ces réflexions nulles et non avenues ? Pas forcément.

Avec du recul, on se rend compte que le film devient finalement un coup de gueule vivifiant sur le moment, mais loin de remettre en cause les fondements qu’il souhaite dénoncer. Il s’agit tout simplement d’un festival de la couille temporairement toléré par ces fameuses institutions consuméristes que les auteurs voudraient faire péter. Au final, l’aspect furieusement anar du projet apparaît comme une façade. Si l’on aime le considérer comme un film d’auteur furieux et tapageur, Fight Club n’en reste pas moins une production de studio. Financé pour la somme confortable de 65 millions de dollars, avec un casting de tête d’affiche (Brad Pitt, Edward Norton et Helena Bonham Carter), l’ensemble tient plutôt d’une tentative un peu opportuniste d’un studio d’être en phase avec son temps, sans pour autant renier ses valeurs. Ainsi on tiquera sur certaines maladresses propres à ce genre d’entreprise, comme voir Edward Norton et Brad Pitt se moquer d’une pub de parfum montrant des abdos huilés, quand eux-mêmes passent la moitié du film à exhiber leurs corps musclés tout en faisant étalage de leur prouesses sexuelles. Le consumérisme transforme les hommes en marchandises, le fight club transforme les corps en viande, ce qui revient finalement au même. Certains  ne s’y étaient pas trompés, Fight Club est assurément un film bien macho, s’embourbant dans une glorification puérile du corps viril en posant la violence sur un piédestal.  Et s’il y avait un travers de la société de consommation à dénoncer, c’était probablement celui-là. La violence ne libère pas du consumérisme, elle n’en est que l’un des piliers. Fincher n’essaye même pas de prendre de la distance et préfère s’y complaire, enchaînant les séquences provocantes (un pasteur qui s’énerve, trop anti-conformiste le Fincher). Le seul personnage féminin, qui aurait pu poser un regard distant sur cette explosion de testostérone, apparaît d’abord comme l’égale du narrateur, avant d’être réduite rapidement au statut d’objet sexuel pour les deux protagonistes, pour finir dans le rôle très hollywoodien de la princesse en détresse. Ce qui est un peu hors de propos pour qui aurait lu un peu Palanhiuk et compris que dans son univers, il n’y a pas de place pour un sentiment aussi positif que l’amour. Chez l’auteur, il n’y a que de la haine et du mépris, pour le monde, pour les personnages, pour le lecteur et pour lui-même. Et comme souvent dans ce genre d’entreprise, la mise en abyme n’est qu’un cache-misère, un écran de fumée qui tente de diluer un message pourtant trop évident.

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Sur le moment, tout cela est amusant. Mais revoir Fight Club aujourd’hui, c’est se rendre compte que, malgré ce qu’il nous promet, le film ne prend jamais le temps de la mise à distance ou de la réflexion. Il ne propose pas de solution ou d’alternative. Il se contente de tout détruire dans un tourbillon aussi galvanisant que vain. La fête du slip n’aura duré qu’un temps. Les studios ont levé un peu le pied pour nous laisser crier notre rage et notre envie d’en découdre avec ce monde de merde. On s’est bien amusé, maintenant ils ont repris la main. Aujourd’hui Disney possède les 1/3  de la production hollywoodienne, quelques conglomérats d’entreprises se partagent le capital du monde et Pokémon Go est un succès sur smartphone. L’intérêt d’une œuvre, c’est de faire prendre conscience au public de l’importance de son message. Dans ce cas précis, on peut dire que l’échec est cuisant. Ou alors, on se rabat sur cet éloge de la méthode terroriste pour remettre les compteurs à zéro, mais avec l’actualité sanglante du moment, ce n’est peut être pas une bonne idée. Fight Club est finalement l’archétype du film culte qui se regarde une fois. Grisant sur le moment par son idéologie libertaire et furieuse, mais pas véritablement apte à réveiller les consciences.

La critique positive du film par Julien Dugois.

Fight Club : Fiche Technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Jim Uhls d’après le roman Fight Club de Chuck Palanhiuk.
Interprétation : Brad Pitt, Edward Norton, Helena Bonham Carter
Musique : Dust Brothers
Photographie : Jeff Cronenweth
Décors : Alex McDowell
Costumes : Michael Kaplan
Montage : James Haygood
Production : Fox 2000 pictures, Regency Enterprise, Taurus Film
Distribution : 20th Century Fox
Nationalité : Américain
Genre : Thriller/ Comédie Noire
Durée : 139 minutes
Date de sortie française : 10 Novembre 1999

Etats-Unis – 1999

Rétrospective David Fincher: Fight Club, critique du film

David Fincher nous avait habitué à ses thrillers sombres et désabusés, ainsi qu’à des twists surprenants, mais personne n’avait vu venir la claque Fight Club, un uppercut à la face d’un monde castrateur dirigé par le pouvoir des images et le consumérisme à tout-va.

Synopsis : Un employé d’une grosse compagnie travaille beaucoup, trop même. De déplacements en déplacements, il finit par perdre ses repères et se perdre lui-même. Jusqu’à ce qu’il rencontre celui qui va changer sa vision du monde : Tyler Durden.

Il serait temps de bafouer les deux premières règles du Fight Club!

« Film culte ». « Film générationnel ». Tels sont les deux qualificatifs qui reviennent le plus souvent lorsque l’on évoque Fight Club. Mais comment un film qui, à sa sortie, a connu un semi-échec commercial (un box-office de 37 millions sur le sol américain, 100 à l’international, pour un budget de 63 millions) a-t-il fini par acquérir un pareil statut ? Sans doute grâce à la prise de conscience qu’il a su générer chez son public sur un problème de société qui, n’allant qu’en s’aggravant, n’a fait qu’élargir proportionnellement son audimat. Mais la vérité est plus complexe, puisqu’aucun consensus n’existe véritablement à propos du quatrième film de David Fincher. Mais n’est-ce pas là le propre de toute œuvre à ce point radicale et pensée comme une rupture avec le conformisme bien-pensant en vigueur dans l’industrie hollywoodienne ?

A l’origine du film, existe un livre. Publié en 1996, Fight Club est le titre du premier roman de Chuck Palahniuk, rapidement promu au rang de best-seller. L’univers de Palahniuk semblait prédisposé à s’accorder à celui de Fincher, qui avait prouvé son gout pour les microcosmes masculins et la peinture des névroses sociétales. Le scénario qui allait en découler, l’histoire de la création, par un schizophrène, d’une secte conspirationniste et anarcho-terroriste, aurait pu sembler tiré par les cheveux et avait même de quoi faire peur aux décideurs financiers hollywoodiens, mais ceux-ci ont su flairer que, en cette fin de siècle, sa teneur subversive attirerait le public. Si Fincher a voulu en acquérir les droits, il fut doublé par les studios de la 20th Century Fox (qui pensaient en remettre la réalisation à Bryan Singer ou Peter Jackson), ceux-là même avec qui il s’était promis de ne plus travailler après l’expérience difficile que fut Alien³. Autant dire que la collaboration s’annonçait risquée. Fort heureusement le succès de ses deux films précédents lui permirent d’acquérir une quasi-totale liberté artistique qui aboutit à une adaptation tout à la fois fidèle sur le fond et personnelle sur la forme.

Un appel non pas à la révolte mais à la fin de la complaisance

De prime abord, le film est un pamphlet contre la société de consommation et la philosophie mercantiliste issue de l’utra-libéralisme en vigueur. Un discours qui peut apparaitre comme source d’un certain cynisme opportuniste de la part d’un ancien réalisateur de pubs. Mais le processus de Fincher est au contraire dans la pure continuité de ses  précédents films. Avec la même véhémence qu’il égratignait les limites de la morale religieuse dans Seven, dans lequel le tueur agissait par « dégoût envers une société décadente », il fait partager à ses personnages un sentiment de rejet similaire. Le réalisateur prend un recul évident avec ce comportement en s’amusant, au contraire, à jouer avec les codes d’un consumérisme, dont il prouve sa maitrise à travers une multiplication des placements de produits qui ancre toujours plus le récit dans une réalité palpable. C’est donc uniquement à travers le regard désabusé du personnage d’Edward Norton, que nous fait partager une voix-off omniprésente et que Fincher prend soin à mettre en image selon ce détournement d’une grammaire cinématographique issue de la publicité, que cette distanciation vis-à-vis de la société de consommation va devenir explicite.

Que ce petit cadre reste, tout du long, anonyme et soit interprété par un acteur au faciès des plus banals (Edward Norton n’était alors connu que pour son rôle –à l’inverse très physique– dans l’excellent American History X) aident le spectateur à s’identifier à cet homme en pleine dépression. Cette empathie, ainsi qu’une mise en scène laissant habilement planer le trouble sur la limite entre la réalité et le fantasme, vont ainsi créer un effet implicite de partage, d’abord d’attraction pour Marla, fortement érotisée à l’écran, puis de ce besoin viscéral de se défouler que viendra cristalliser Tyler Durden. Que celui-ci soit interprété par Brad Pitt, acteur glamour s’il en est, participe à ce malaise dans l’attrait qu’il insuffle à cette descente aux enfers. Car ce personnage incarne une forme de spirale dans la violence que Fincher fait justement apparaître comme une menace. Si, dans un premier temps, il incarne cette envie de maîtrise sur le monde, notamment lorsqu’il invite l’employé d’une station-service à s’émanciper et réaliser ses rêves, dans un second temps, son « Projet Chaos » n’est rien de plus qu’une affirmation de ses pulsions autodestructrices. Ainsi, selon Fincher, le nihilisme ne mène à rien de salutaire, savoir s’affirmer en tant qu’être au sein de cette société de consommation étant l’unique alternative envisageable.

Comment taxer de nihiliste un film dans lequel l’amour sauve des pulsions de mort?

En aucun cas, une totale émancipation vis-à-vis des images publicitaires, érigées en nouveau dogme religieux, telle qu’elle est prônée par son personnage n’apparaît comme une solution viable. Lorsque le narrateur prétend aller dans le sens opposé à ce formatage en voulant  « détruire quelque chose de beau», ce n’est que pour justifier l’expression de ses instincts primitifs après avoir passé à tabac le personnage aux allures de métrosexuel incarné par Jared Leto auquel il reproche de n’être qu’une image figée alors que lui-même se prétend d’une imperfection libératrice. Et pourtant, d’images, Fight Club n’en manque pas. Il est même le film de David Fincher qui les manipule le mieux pour aliéner, non plus la limite entre la diégèse et les hallucinations de son personnage, mais entre le film et la réalité, dans la continuité de ce qui fut fait dans The Game. A plusieurs reprises, il met en évidence la pellicule du film, et en particulier lorsqu’un sexe masculin est inséré dans l’image finale et que Tyler s’adresse directement à la caméra. Si la première de ces deux provocations est avant tout une référence interne, elle rappelle surtout que nous sommes face à un film… retouché par Tyler lui-même. Ces deux dispositifs brisent ainsi à leur façon le quatrième mur pour mieux prendre à partie le spectateur. C’est alors à lui, et à lui seul, de décider quelle posture à prendre face à ce discours radical. Mais il semble que beaucoup de spectateurs n’aient pas été en mesure de prendre position et aient pris le discours contenu dans le métrage au pied de la lettre.

Grâce à son twist final devenu une référence, mais aussi grâce à la virtuosité de sa mise en abyme via un traitement visuel et sonore incomparable, David Fincher a su se dédouaner totalement des reproches que ses détracteurs (à commencer par cette analyse) ont pu faire à son film : Creux, anarchiste, machiste, crypto-gay voir même fasciste. Mais parce qu’il est une fable protestataire qui reflète avec une virulence astucieuse et un fatalisme déprimant son époque, Fight Club est, et restera, une œuvre majeure du cinéma contemporain.

Ecrit avec le soutien d’Alexandre

Fight Club : Bande-annonce

Fight Club : Fiche technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Jim Uhls d’après le roman Fight Club de Chuck Palanhiuk.
Interprétation : Edward Norton (le narrateur),Brad Pitt (Tyler Durden), Helena Bonham Carter (Marla Singer), Meat Loaf (Bob), Zach Grenier (Richard Chesler), Jared Leto (Gueule d’ange)…
Photographie : Jeff Cronenweth
Montage : James Haygood
Musique : Dust Brothers
Décors : Alex McDowell
Costumes : Michael Kaplan
Production : Fox 2000 pictures, Regency Enterprise, Taurus Film
Distribution : 20th Century Fox
Genre : Thriller, Comédie dramatique
Durée : 139 minutes
Date de sortie française : 10 Novembre 1999

Etats-Unis – 1999

Man On High Heels, un film de Jin Jang : Critique

Man on High Heels : Un ovni du cinéma coréen. Quand le film de kung fu rencontre la comédie romantique.

Synopsis : Tout le monde connaît Yoon Ji-wook,  flic à la peau dure couverte de cicatrices et aux méthodes sans précédents. Heo-gon, chef mafieux, en a après lui. Mais Yoon a autre chose en tête, un secret dont il ne peut parler à personne.

Man On High Heels est le troisième film du réalisateur Jin Jang, qui a lui-même écrit le scénario. Grand gagnant de la huitième édition du Festival de Beaune le 2 avril dernier, il a reçu le Grand Prix ainsi que le Prix de la Critique à l’unanimité. Un film apprécié et récompensé pour sa capacité à mélanger les genres dont le pari n’était pourtant pas gagné d’avance, la transexualité étant un sujet tabou en Corée. C’est finalement grâce à la société de productions Lotte, qui a accepté de financer le projet, que Man On High Heels se retrouve aujourd’hui porté sur grand écran.

Un peu d’amour dans ce monde de brutes ! 

À cheval entre un film de kung fu, un thriller et une comédie romantique, à trop vouloir en faire le cinéaste s’éparpille et ce qui au départ était une bonne idée, se transforme vite en un enchevêtrement d’intrigues inachevées et de scènes dissonantes.

La première scène d’action impressionne, fait rire par ses ralentis et ses gros plans rappelant les combats déjantés de Kill Bill, mais très vite, le rythme s’essouffle et les combats se font rares et moins punchys. L’histoire d’amour dans laquelle se vautre le personnage de Yoon reste malheureusement superficielle et se révèle sans grandes surprises, quant à l’aspect thriller, il est complètement absent. Sans doute par peur de délaisser son héros, le cinéaste abandonne en cours de route une enquête à l’intrigue intéressante, au profit d’une chasse à l’homme doublée d’une querelle familiale entre deux frères mafieux stéréotypés (la brute et l’homme d’affaires), qui se terminent dans un bain de sang. Une confrontation finale décevante menée par un Yoon pas au mieux de sa forme.

Confronté sans cesse à son double moi, dans le travail comme dans la vie privée, Yoon est tiraillé. Il n’est ni tout à fait un homme, ni tout à fait une femme, ni tout à fait flic, ni tout à fait gangster. Son orientation sexuelle n’est pas clairement définie comme peuvent en témoigner les regards échangés avec certaines femmes ou encore la scène du baiser avec Jang-mi. Son ambition professionnelle reste elle aussi obscure. C’est un flic qui ne respecte pas la loi, tue plus qu’il n’arrête et brise des os pour faire parler ses suspects. Mais sous ces airs de gros dur, on découvre en réalité une âme sensible et meurtrie, ensevelie sous une vague de violence libératrice.

Le traitement du thème de la transexualité est particulièrement intéressant. Se rêver femme représente un besoin vital pour le protagoniste, un moyen de revivre son premier amour. Le jeune collègue de Yoon pensera d’ailleurs que celui-ci se drogue en découvrant des traces de piqûres sur son bras, dues en réalité à une cure d’hormones. Mais on sent bien que Yoon est mal à l’aise, doute et se retrouve régulièrement rattrapé par sa nature d’homme.

Le message du réalisateur passe sans problème et la transformation du protagoniste encouragée par un mentor excentrique est touchante, sans pour autant tomber dans le pathos. Ce n’est malheureusement pas le cas de l’histoire d’amour, racontée à travers des flashbacks larmoyants et sans grande originalité. On a vu cette histoire des centaines de fois et recouvrir les plans de filtres roses et jaunes n’y changera rien. On ne fait que regarder sans y croire.

Et pourtant, malgré toutes ses maladresses, le film fonctionne. On en retient du discutable mais aussi beaucoup de bon. Un humour grinçant, une mise en scène efficace, une scène d’interrogatoire grisante et des personnages charismatiques.

Si le long métrage est aussi plaisant, c’est incontestablement grâce à la présence de Cha Seung-Won (Yoon Ji-wook). Connu par le public coréen pour ses rôles plutôt virils (Athena : Godess of war, Into te fire), l’acteur séduit ici par son charisme naturel et sa sensibilité.

Man On High Heels raconte non moins l’histoire d’un transexuel que celle d’une personne en quête de ce qu’elle est vraiment et de l’image qu’elle doit ou non renvoyer à autrui.

Coincé dans un monde d’étiquettes et de préjugés, Yoon essaie tant bien que mal d’être un peu plus que cet « homme qui valait trois milliards ».

Man on High Heels – Le flic aux talons hauts : Fiche technique

Titre original : 하이힐 (Hai-hil)
Réalisation : Jin Jang
Scénario : Jin Jang
Interprétation : Cha Seung-Won, Oh Jung-Se, Park Sung-woong, Esom, Ahn Kil-Kang…
Photographie : Lee Sung-je
Musique : Jay Kim
Durée : 125 minutes
Genre: Thriller – Comédie – Drame
Date de sortie : 20 juillet 2016

Corée du Sud – 2014

Auteur : Yael Calvo

Rétrospective David Fincher : The Game, critique du film

Fincher a quant à lui abordé le thème pour interroger non pas le spectacle mais bien le cinéma lui-même, réutilisant les codes du genre.

Synopsis : Nicholas Van Orton est un homme d’affaires riche, froid et seul. Pour son anniversaire, son frère Conrad lui offre un bon pour participer à un jeu. Sans lui dire en quoi cela consiste ni quelles en sont les règles. Intrigué, Nicholas va pourtant accepter.

Nouveau film, nouveau sujet

Après la claque de Se7en, le troisième film de David Fincher était très attendu. Le réalisateur décide cependant de ne pas s’enfermer dans le genre du film de serial killer, et d’accepter le scénario de The Game, film à suspense, avec Michael Douglas dans le premier rôle. A ce titre, il n’est pas possible de parler du film sans dévoiler des parties du développement plus ou moins importantes. Comme le montre le court générique en forme de puzzle, c’est un film à morceaux, labyrinthique, et de ce fait rappelle la prison de Alien3 et la traque du tueur de Se7en. Mais dans The Game, la menace est autre : il faut identifier les règles du jeu et franchir les étapes une à une.

D’ailleurs, quel est le but du jeu, quelles sont les règles du cadeau de Nicholas ? Au premier visionnage, le film peut paraître long à démarrer. L’annonce du jeu faite, l’action se fait attendre mais est repoussée par toute une batterie de tests que doit subir le personnage. Fincher se sert de ce début pour instaurer une ambiance et un climat d’attente, similaire à celui que ressent Nicholas. Il joue avec nos nerfs et se permet même une petite blague, une sorte de fausse dramatisation lorsque le conseiller de CRS, l’agence qui propose le jeu, dira : « Signez en bas… avec votre sang. Non, je plaisante. ». La plaisanterie annonce bien le projet du réalisateur : manipuler le spectateur en se servant des codes du cinéma et en ne cessant de mêler semblants et faux-semblants.

Interrogations

Le premier véritable incident qui lancera l’action n’arrive qu’après 40 minutes d’exposition. C’est à ce moment que le jeu vient à Nicholas, qu’un serveur lui laisse une addition qui n’en est pas une, que l’hôpital se vide tout à coup. Ce qu’il se passe avant est franchement intéressant. Dans l’attente de recevoir un signe que le jeu a commencé, Nicholas guette et scrute le monde qui l’entoure, se laissant tomber dans une paranoïa permanente : cette femme au bébé est-elle une actrice ? Ce monsieur barbu a-t-il un message pour lui ? Le plus troublant c’est que cela ne s’arrête pas après que le jeu ait démarré. Tout le long du film, le personnage et le spectateur s’interrogent sur le statut de chaque personnage, de chaque événement, un peu comme le fera Truman un an plus tard dans The Truman Show. Peter Weir et son scénariste Andrew Niccol font un film plus métaphysique que The Game, s’interrogeant notamment sur notre rapport à la télé-réalité et par là-même sur la société du spectacle.

En cela, le film est très certainement un exercice de style, comme le sera plus tard Panic Room. Bien sûr, il ne faut pas nier tout ce qui fait de The Game un film doté d’une réalisation soignée et très fincherien dans ses thèmes. On retrouve le genre du suspense, ainsi qu’une photographie très sombre habituelle dans l’oeuvre de David Fincher (faite ici par Harris Savides, qui collaborera de nouveau avec le réalisateur pour Zodiac), mais aussi l’utilisation des médiums divers, à savoir la vieille pellicule au début du film, le journal télévisé détourné, les polaroids, etc. Au-delà de toute interprétation que l’on pourrait faire du film, notamment sur la psychologie du personnage, à savoir le besoin de se confronter à la réalité, d’élucider le suicide de son père, etc, The Game est bien évidemment une prouesse de manipulation. N’importe quel spectateur va à un moment donné du film se dire que tel moment est réel ou ne l’est pas, et aura sûrement raison au premier abord. Mais la répétition des déconstructions et des interprétations données à Nicholas finissent nécessairement par mettre le doute. Et c’est bien cela le but du film, celui d’emporter le spectateur et personne d’autre.

Fincher nous fait nous identifier à Nicholas von Orton, joué par Michael Douglas, excellent choix pour ce rôle. Le jeu de l’acteur est ici (comme souvent) assez sobre et retenu. Son visage impassible, s’il correspond bien à l’attitude aigrie du personnage, laisse aussi le champ libre pour le spectateur de projeter les émotions qu’il souhaite, et donc les interprétations qui vont avec. Face à une situation donnée, si un acteur mime un fort sentiment de peur, alors il génère (normalement) de la peur, de même s’il rit, et ainsi de suite. Ici, le spectateur doit se débrouiller seul, et n’a pas de mode d’emploi sur ce qu’il doit ressentir ou penser. Cela participe ainsi tout entier à la réussite du film.

Le cinéma au cœur du jeu

Se demander si les gens qui nous entourent sont des acteurs, si les objets ne sont qu’un décor, c’est ni plus ni moins se demander si on est au cinéma ou pas. D’ailleurs, il faut noter que, lorsque Nicholas découvre que les livres ne sont pas de vrais livres mais plutôt des cubes vides imitant les reliures, c’est ce même genre de trucage qui a été utilisé pour remplir les rayons de la bibliothèque dans Se7en, qui est en fait une banque aménagée pour l’occasion. Dans The Game, Fincher nous invite en définitive à nous interroger en permanence sur ce que nous voyons, à repenser le statut des images, et ainsi les images du film lui-même. On pense fortement au film qui suivra, Fight Club, où le même discours était tenu par l’apparition à l’écran de la pellicule (et ce à plusieurs reprises : lors du passage de la brûlure de cigarette mais aussi lors du message de Tyler Durden au spectateur), ainsi qu’à la toute fin, où les photogrammes d’un sexe masculin rappelait que ce même Tyler insérait ces images dans des films pour la famille, et donc dans celui que nous étions en train de visionner.

The Game a certainement moins de consistance pris seul. C’est un bon thriller, peut-être un peu long à démarrer pour certains, peut-être un peu trop compliqué pour d’autres. Le film est tout d’abord un exemple de manipulation comme sait si bien faire David Fincher, mais également une pièce cohérente à l’intérieur de son oeuvre. Il faut pour apprécier le film accepter d’y entrer, tel Alice suivant le lapin blanc (qui dans le film peut être incarné par plusieurs personnages, comme Conrad ou Christine), emmené par la musique du groupe Jefferson Airplane. La seule récompense que l’on aura, c’est d’avoir participé. A ce titre, le film se conclut par un « Merci d’avoir joué » adressé au spectateur, et à une nouvelle aventure pour Nicholas. Bien réelle cette fois, même si The Game fait se confondre les frontières entre le vrai et le faux, entre le cinéma et la vie. L’un et l’autre ne sont finalement pas bien éloignés.

The Game : Bande-annonce (VO)

The Game : Fiche Technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : John Brancato et Michael Ferris
Interprétation : Michael Douglas (Nicholas von Orton), Sean Penn (Conrad von Orton), Deborah Unger (Christine)…
Image : Harris Savides
Montage : James Haygood
Musique : Howard Shore
Sociétés de production : Propaganda Films
Distributeur : Polygram
Date de sortie : 5 novembre 1997
Durée : 129 min
Genre : Thriller
Etats-Unis – 1997

Amin : le prochain film de Philippe Faucon

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Philippe Faucon travaille sur un nouveau projet mêlant romance et drame social

Après le succès critique (la consécration aux Césars) et dans les salles (387 365 entrées) avec le long-métrage Fatima, le réalisateur Philippe Faucon s’apprête à travailler sur un nouveau drame social lié à l’immigration : Amin

Le film est co-écrit par Yasmina Nini-Faucon et Mustapha Kharmoudi.

Le long-métrage est produit par Arte France Cinéma et Istiqlal.

Le personnage central, Amin, est venu seul de Mauritanie pour travailler en France, dans le secteur du bâtiment, sur des chantiers. Il envoie tous les mois l’essentiel de son salaire pour sa femme restée au pays et ses trois enfants. Sa vie bascule lorsqu’il rencontre une femme, nommée Gabrielle. 

Après Dheepan de Jacques Audiard et Samba d’Olivier Nakache et Eric Toledano, Amin de Philippe Faucon risque d’être un nouveau témoignage bouleversant sur la vie des réfugiés et des immigrés en France.

La date de sortie de Amin n’est pas encore connue.

Philippe Faucon a réalisé douze films dont La Désintégration, Dans la vie, La trahison, Sabine ou bien encore L’Amour. Fatima avait obtenu les Césars du Meilleur film français de l’année, le César du Meilleure jeune espoir féminin pour l’actrice Zita Hanrot et le César de la meilleure adaptation pour Philippe Faucon d’après Prière à la lune de Fatima Elayoubi.

 

Aleister Arcane : le nouveau film d’horreur d’Eli Roth avec Jim Carrey

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Eli Roth et Jim Carrey vont faire trembler les fans de comics.

Eli Roth va s’attaquer à l’adaptation du comics Aleister Arcane publié en 2004 par Steve Niles. Jim Carrey a rejoint le casting du film et sera également producteur exécutif. Le long-métrage sera produit par Amblin Entertainment, la société de Steven Spielberg. Jon Crocker (La dame en noir 2 : l’ange de la mort) sera chargé de l’adaptation de la bande-dessinée pour le scénario.

L’acteur Jim Carrey,  né au Canada et citoyen américain depuis 2004, plus connu pour ses rôles humoristiques, avait déjà fait une incursion dans le genre horrifique avec le film Le nombre 23 réalisé par Joel Schumacher en 2007.

De retour dans sa ville natale dans l’Etat de l’Oklahoma, Aleister Green, un présentateur américain va se transformer en savant fou du nom d’Aleister Arcane pour animer une émission horrifique. Face au contenu du programme, jugé choquant par de nombreux parents, les téléspectateurs se plaignent auprès de la chaîne et exigent le départ du présentateur. Ils obtiendront gain de cause. Aleister est mis à pied. L’ex-présentateur connaît alors une descente aux enfers, au propre comme au figuré, qui lui sera fatale. Les enfants, qui appréciaient l’émission et qui avaient soutenu le présentateur, seront les seuls à pouvoir briser la malédiction qu’Alesiter Arcane a jetée sur la commune peu avant sa mort.

La date de sortie du film n’est pas encore connue mais elle pourrait coïncider avec Halloween.

Les calendriers de tournage risquent d’être bien chargés pour Eli Roth. Son projet de remake d’Un justicier dans la ville a été annoncé il y a quelques semaines à peine.

 

 

Godzilla Resurgence débarque au Japon le 29 Juillet

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Retour au pays natal pour le monstre destructeur

Le lézard atomique revient dans un nouveau film, Godzilla Resurgence (Shin Gojira en japonais), qui sortira dans les salles le 29 Juillet 2016 en Asie.

Ce long-métrage sera un reboot. L’histoire ne tiendra pas compte des précédents films de la saga. Aucune référence ne sera faite aux autres films, même le tout premier de 1954, réalisé par Inoshiro Honda.

Le dernier film japonais  produit par la Toho avec le monstre légendaire remonte déjà à 2004 avec Godzilla Final Wars, réalisé par Ryuhei Kitamura (Versus, Azumi, Midnight Meat Train). Godzilla Final Wars constituait un véritable hommage à la créature géante avec beaucoup d’humour, de second degré, des affrontements mémorables et une ribambelle de monstres issus des précédents films.

Le casting de Godzilla Resurgence réunit les acteurs Hiroki Hasegawa, Yutaka Takenouchi, Satomi Ishihara ou bien encore Ren Osugi. Ce nouveau film est réalisé par Hideaki Anno (Neon Genesis Evangelion) et Shinji Higuchi (L’attaque des titans).

Le nouveau look du monstre est le fruit du travail de Mahiro Maeda (Mad Max : Fury Road, The Animatrix) et Takayuki Takeya (Kamen Rider Drive).

Après le succès de Godzilla de Gareth Edwards, Godzilla Resurgence signe le grand retour du film catastrophe et du film de monstres au Japon (Kaiju Eiga). Les habitants vont devoir faire face à la colère du lézard géant qui sème la terreur au pays du soleil levant.

Les studios Toho et la production ont précisé que la créature Godzilla de ce film serait la plus grande de toute la saga avec ses 118 mètres !

Les cinéphiles qui appréciaient les précédents opus du géant vert risquent d’être déçus par le choix des effets spéciaux. Le monstre colossal ainsi que les scènes de destruction sont réalisées en images de synthèse, en CGI. Les techniques ancestrales, qui apportaient un charme désuet aux nombreux films Godzilla au Japon avec l’utilisation de costumes et de maquettes, ont été abandonnées au profit des nouvelles technologies et du numérique.

Godzilla Resurgence est programmé pour une sortie en salles au Japon pour le 29 Juillet 2016.

Le film, destiné au public japonais, n’a pour l’instant aucune date de sortie prévue pour une exploitation en Europe ou aux USA. En cas de succès au box-office au Japon, le long-métrage pourrait convaincre certains distributeurs étrangers ou sans doute être proposé en vidéo ou à la location en e-cinéma.

La version américaine de la saga Godzilla devrait connaître une suite pour 2019, après le film de Gareth Edwards en 2014. Ce nouveau long-métrage des studios Legendary et Universal Pictures pourrait être le théâtre d’affrontements titanesques entre Godzilla et ses ennemis bien connus des fans comme Rodan, Mothra et King Gidorah. Gareth Edwards a abandonné ce projet suite à un calendrier chargé de tournages avec la Warner et également pour se consacrer à Star Wars : Rogue One. Hollywood attend donc un autre réalisateur pour les nouvelles aventures du lézard sur le sol américain.

 

 

Rétrospective David Fincher : Seven, Critique du film

Suite au refus de David Cronenberg, c’est David Fincher qui se retrouve sur le projet Seven  alors qu’il ne s’agit là que de son deuxième long métrage après Alien 3. L’œuvre est une plongée sans retour dans les méandres du mal, dans le vice le plus pur, dans la démence la plus vile, dans la crasse la plus abjecte, une toile éclaboussée par toutes les déjections de la société.

Plongée dans les ténèbres de l’âme humaine

Le film cultive la question du mal. Il est symbolisé par une violence graphique et surtout une violence scénique instaurée par le réalisateur. Ainsi, cela se traduit par une mise en scène qui contrôle tous les éléments du film. De cette pluie diluvienne ininterrompue, labyrinthique et grisante, à cette photographie faisant la part belle aux ténèbres, que ce soit dans les rues d’une ville blême dénuée de toute émotion, assommée par les crimes et les turpitudes, ou même dans les intérieurs où seules quelques lumières ponctuelles habillent les scènes. Fincher fait de l’ambiance de son film le pilier sur lequel tous les autres éléments vont s’appuyer. C’est ainsi que sa caméra jongle à merveille sur les focales et la profondeur de champ, tandis que que la musique (très proche de celle du Silence des agneaux, également composée par Howard Shore) et la bande sonore tiennent une place très importante dans le liant des scènes afin de guider le spectateur vers la rectitude, à l’image des inspecteurs Mills et Somerset se rapprochant peu à peu de l’ultime vérité. Le travail de Darius Khondji, le chef opérateur, est surprenant ; il rend la ville et les décors hostiles et repoussants, et donne cette teinte si particulière aux intérieurs, ternes et pourtant contrastés, créant des tableaux dantesques qui transforment presque l’horreur en figures fascinatoires.

Un buddy-movie au happy-end inenvisageable

Ernest Hemingway a écrit :

«Le monde est un bel endroit qui vaut la peine que l’on se batte pour lui. Moi, je suis d’accord avec la seconde partie. »

Cette phrase issue du film est une forme d’allégorie totale de l’œuvre, sombre et pessimiste. Elle annihile beauté et joie et met en exergue la résurgence de la lutte contre le mal.

Somerset et Mills, les deux inspecteurs sont comme deux guides perdus au milieu de cette folie. D’un côté le vieux loup de mer, porté par un Morgan Freeman au firmament, dont le visage semble s’abimer minute après minute sous l’horreur dont il est le témoin; les yeux brillant d’indignation, troquant volontiers ses ultimes illusions contre un cynisme désarmant ; et de l’autre, le jeune loup ambitieux, poussé en avant par sa nervosité et son manque de calme, au risque de ne pas toujours savoir les canaliser. Ces deux-là évoluent comme sous un déluge aux allures bibliques, qui échoue pourtant à laver les péchés de cette ville sale, grise et crépusculaire. Ils évoluent au sein d’une photographie aux noirs profonds, qui fait se détacher les ombres derrière lesquelles ils courent. Au sein de scènes de crime, aussi, à l’atmosphère glauque et malsaine, territoire d’un mal mis en scène de manière tout aussi méticuleuse que religieuse (le découpage même du film appuie l’aspect schématique et religieux de la démarche du tueur).

Jamais un polar n’aura su, scénaristiquement mais aussi visuellement, tiré aussi bien parti de la part sombre de la psyché humaine. C’est ce coup de force qui intronisa Fincher au rang de nouveau maître du suspense.

Le psychopathe restera anonyme pendant l’intégralité du film, à l’image de ce mal indistinct et universel. De plus,  le nom de son personnage, « John Doe », signifie aux États-Unis : « Monsieur X », de quoi alimenter encore plus le mystère autour de lui. Par ailleurs, et comme dans le superbe M le Maudit de Fritz Lang en 1933, il est représenté comme une ombre mouvante, une masse informe qui se déplace et plane dans l’atmosphère, comme une réelle personnification du mal, ou du diable pour rester dans le contexte religieux. Pour purger la société des maux qui l’accablent, John Doe va s’approprier les sept péchés capitaux et les détourner à un triste dessein, au nom d’une « mission divine ». Il a une vision très tranchée du monde et de l’être humain, et son personnage rend le film si particulier. Le script et le parti pris du réalisateur ne laissent place à aucune empathie envers les victimes, présentées comme des gens mauvais, pervers, répugnants et c’est en cela que l’œuvre est perturbante. En effet, ce qui peut déranger, c’est l’immoralité viscérale du scénario allant jusqu’à créer un semblant d’empathie pour le psychopathe, ce qui permet toutefois de briser le manichéisme du polar primaire. David Fincher matérialise superbement la démence à coups d’inserts, de représentations abjectes, de plans-séquences au cordeau et de ruptures de ton.

Et c’est après avoir installé une atmosphère malsaine et dépressive, après avoir mis un visage sur sa figure maléfique, que David Fincher met en place la tension qu’il portera pendant toute la dernière partie du film via un crescendo étouffant. Dans un huis clos d’abord, à l’intérieur de l’habitacle d’une voiture, puis à ciel ouvert, dans une ultime scène baignée d’une lumière chaude et aveuglante. Le désert, le soleil, la tension. Doe s’affirme comme le maître du jeu qu’il a finalement toujours été. Et comme le serpent tentateur de la Genèse biblique, il siffle aux oreilles de Mills, le manipule, instillant et entretenant sa rage, pour mieux faire de lui l’instrument de son obscure mission. Oppressant, suffoquant, anxiogène.

Malgré les années, l’aura de Seven demeure. Porté par trois acteurs incroyables et construit d’une main de maître par un réalisateur qui renouvellera et dominera le genre du thriller pendant des années (en maître du suspense qu’il est, Fincher a pris soin de ne pas mettre Kevin Spacey au générique dans Seven par exemple, très astucieux). Une œuvre capitale. Un miroir sur l’horreur de l’être humain et de la société qu’il a construite.

Synopsis : Pour conclure sa carrière, l’inspecteur Somerset, vieux flic blasé, tombe à sept jours de la retraite sur un criminel peu ordinaire. John Doe, c’est ainsi que se fait appeler l’assassin, a décidé de nettoyer la société des maux qui la rongent en commettant sept meurtres basés sur les sept péchés capitaux: la gourmandise, l’avarice, la paresse, l’orgueil, la luxure, l’envie et la colère.

Seven : Bande-annonce

Seven : Fiche technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Andrew Kevin Walker
Interprétation : Brad Pitt, Morgan Freeman, Kevin Spacey, Gwyneth Paltrow…
Musique : Howard Shore
Photographie : Darius Khondji
Décors : Arthur Max
Costumes : Michael Kaplan
Montage : Richard Francis-Bruce
Production : New line Cinema
Distribution : New line Cinema
Nationalité : Américain
Genre : Thriller
Durée : 127 minutes
Date de sortie française : 31 janvier 1996

Etats-Unis – 1996

Auteur : Clement Faure

 

 

The Walking Dead Saison 7 : le trailer dévoilé au Comic-Con de San Diego

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The Walking Dead Saison 7 : les toutes premières images dévoilées au Comic-Con

 

Des millions de fans du monde entier l’attendaient. Ça y est ! La toute première bande-annonce de la saison 7 a été enfin dévoilée, il y a quelques heures à peine, au Comic–Con de San Diego.

Le trailer, assez long, joue avec les nerfs des téléspectateurs après l’un des pires cliffhangers pour une série télévisée, à la fin de la saison 6. L’identité de la victime de Negan sera dévoilée au début de la saison 7. Des séquences de souvenirs des héros sont présentées et défilent à l’écran alors qu’ils patientent impuissants face au choix cruel et sans pitié de Negan qui les menace avec sa terrible batte couverte de barbelés… Le suspense est à son comble ! Cardiaques s’abstenir ! Ce trailer maintient la tension jusqu’au bout et n’épargne pas les fans.

Cette nouvelle saison promet d’être riche en personnages charismatiques, en scènes d’action spectaculaires et avec une multitude de zombies toujours plus terrifiants, repoussants et menaçants avec le travail toujours aussi remarquable des équipes de maquilleurs de Greg Nicotero (KNB) comme le démontre la deuxième partie de la bande-annonce. Greg Nicotero sera d’ailleurs le réalisateur du tout premier épisode de la saison 7.

De nouveaux personnages comme Ezekiel et son tigre Shiva font leur apparition. De nouveaux lieux, des havres de paix et des communautés inédites sont dévoilés dans les quelques images présentées lors du Comic-Con.

Ce trailer laisse entrevoir une saison 7 riche en émotions et pleine de promesses. ALERTE AUX SPOILS Les lecteurs assidus de la bande-dessinée peuvent se faire du soucis pour Glenn mais la série n’a pas toujours respecté la trame exacte du comics FIN DE L’ALERTE AUX SPOILS.

Reste maintenant à être patient. La saison 7 de The Walking Dead démarre le 23 Octobre 2016 sur AMC. Préparez les mouchoirs. La saison 7 risque d’être un véritable tire-larmes et d’éprouver les nerfs et l’émotion des spectateurs.

 

https://www.youtube.com/watch?v=wGm2zwg_-NY