Man On High Heels, un film de Jin Jang : Critique

Man on High Heels : Un ovni du cinéma coréen. Quand le film de kung fu rencontre la comédie romantique.

Synopsis : Tout le monde connaît Yoon Ji-wook,  flic à la peau dure couverte de cicatrices et aux méthodes sans précédents. Heo-gon, chef mafieux, en a après lui. Mais Yoon a autre chose en tête, un secret dont il ne peut parler à personne.

Man On High Heels est le troisième film du réalisateur Jin Jang, qui a lui-même écrit le scénario. Grand gagnant de la huitième édition du Festival de Beaune le 2 avril dernier, il a reçu le Grand Prix ainsi que le Prix de la Critique à l’unanimité. Un film apprécié et récompensé pour sa capacité à mélanger les genres dont le pari n’était pourtant pas gagné d’avance, la transexualité étant un sujet tabou en Corée. C’est finalement grâce à la société de productions Lotte, qui a accepté de financer le projet, que Man On High Heels se retrouve aujourd’hui porté sur grand écran.

Un peu d’amour dans ce monde de brutes ! 

À cheval entre un film de kung fu, un thriller et une comédie romantique, à trop vouloir en faire le cinéaste s’éparpille et ce qui au départ était une bonne idée, se transforme vite en un enchevêtrement d’intrigues inachevées et de scènes dissonantes.

La première scène d’action impressionne, fait rire par ses ralentis et ses gros plans rappelant les combats déjantés de Kill Bill, mais très vite, le rythme s’essouffle et les combats se font rares et moins punchys. L’histoire d’amour dans laquelle se vautre le personnage de Yoon reste malheureusement superficielle et se révèle sans grandes surprises, quant à l’aspect thriller, il est complètement absent. Sans doute par peur de délaisser son héros, le cinéaste abandonne en cours de route une enquête à l’intrigue intéressante, au profit d’une chasse à l’homme doublée d’une querelle familiale entre deux frères mafieux stéréotypés (la brute et l’homme d’affaires), qui se terminent dans un bain de sang. Une confrontation finale décevante menée par un Yoon pas au mieux de sa forme.

Confronté sans cesse à son double moi, dans le travail comme dans la vie privée, Yoon est tiraillé. Il n’est ni tout à fait un homme, ni tout à fait une femme, ni tout à fait flic, ni tout à fait gangster. Son orientation sexuelle n’est pas clairement définie comme peuvent en témoigner les regards échangés avec certaines femmes ou encore la scène du baiser avec Jang-mi. Son ambition professionnelle reste elle aussi obscure. C’est un flic qui ne respecte pas la loi, tue plus qu’il n’arrête et brise des os pour faire parler ses suspects. Mais sous ces airs de gros dur, on découvre en réalité une âme sensible et meurtrie, ensevelie sous une vague de violence libératrice.

Le traitement du thème de la transexualité est particulièrement intéressant. Se rêver femme représente un besoin vital pour le protagoniste, un moyen de revivre son premier amour. Le jeune collègue de Yoon pensera d’ailleurs que celui-ci se drogue en découvrant des traces de piqûres sur son bras, dues en réalité à une cure d’hormones. Mais on sent bien que Yoon est mal à l’aise, doute et se retrouve régulièrement rattrapé par sa nature d’homme.

Le message du réalisateur passe sans problème et la transformation du protagoniste encouragée par un mentor excentrique est touchante, sans pour autant tomber dans le pathos. Ce n’est malheureusement pas le cas de l’histoire d’amour, racontée à travers des flashbacks larmoyants et sans grande originalité. On a vu cette histoire des centaines de fois et recouvrir les plans de filtres roses et jaunes n’y changera rien. On ne fait que regarder sans y croire.

Et pourtant, malgré toutes ses maladresses, le film fonctionne. On en retient du discutable mais aussi beaucoup de bon. Un humour grinçant, une mise en scène efficace, une scène d’interrogatoire grisante et des personnages charismatiques.

Si le long métrage est aussi plaisant, c’est incontestablement grâce à la présence de Cha Seung-Won (Yoon Ji-wook). Connu par le public coréen pour ses rôles plutôt virils (Athena : Godess of war, Into te fire), l’acteur séduit ici par son charisme naturel et sa sensibilité.

Man On High Heels raconte non moins l’histoire d’un transexuel que celle d’une personne en quête de ce qu’elle est vraiment et de l’image qu’elle doit ou non renvoyer à autrui.

Coincé dans un monde d’étiquettes et de préjugés, Yoon essaie tant bien que mal d’être un peu plus que cet « homme qui valait trois milliards ».

Man on High Heels – Le flic aux talons hauts : Fiche technique

Titre original : 하이힐 (Hai-hil)
Réalisation : Jin Jang
Scénario : Jin Jang
Interprétation : Cha Seung-Won, Oh Jung-Se, Park Sung-woong, Esom, Ahn Kil-Kang…
Photographie : Lee Sung-je
Musique : Jay Kim
Durée : 125 minutes
Genre: Thriller – Comédie – Drame
Date de sortie : 20 juillet 2016

Corée du Sud – 2014

Auteur : Yael Calvo

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