D’une famille à l’autre, un film d’Anna Muylaert : Critique

Synopsis: Felipe profite de sa fin d’adolescence dans les fêtes branchées de São Paulo. Sa mère, qui l’élève seule avec sa jeune soeur, lui laisse une grande liberté. Sauf que leur mère n’est pas leur mère: un test ADN prouve qu’elle les a enlevés à la naissance. Séparés, les enfants sont précipités dans leur vraie famille. Les parents biologiques de Felipe, à sa recherche depuis 17 ans, se retrouvent face à un adolescent qui ne partage pas tout à fait leur conception de la vie…

Je m’appelle Pierre

Felipe profite de sa fin d’adolescence dans les fêtes branchées de São Paulo. Sa mère, qui l’élève seule avec sa jeune sœur, lui laisse une grande liberté. Sauf que leur mère n’est pas leur mère : un test ADN prouve qu’elle les a enlevés à la naissance.  Séparés,  les  enfants  sont  précipités  dans  leur  vraie  famille.  Les  parents biologiques de Felipe, à sa recherche depuis 17 ans, se retrouvent face à un adolescent qui ne partage pas tout à fait leur conception de la vie…

En sortant primée de Berlin et de Sundance, la réalisatrice Anna Muylaert avait marqué l’année 2015 de son empreinte avec Une seconde mère. Film portrait d’une femme de ménage solaire, mère de substitution dans une famille bourgeoise abimée. La Brésilienne entrecroisait les liens sociaux et les liens du sang, s’interrogeant sur la filiation, familiale comme sociale. Le nouveau long métrage de la cinéaste D’une famille à l’autre, promettait une nouvelle plongée dans le foyer brésilien. Inspiré d’un fait divers qui a secoué le pays, le film raconte comment un adolescent de 17 ans apprend qu’il a été volé à la naissance.

Vivre dans une autre famille que la sienne a nourri bien d’autres films, on pense au récent Tel père tel fils d’Hirokazu Kore Eda ou au moins récent La vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez). Des œuvres comiques ou tragiques, qui s’amusaient ou non du déclassement social et du choc familial. Avec son nouveau film, Anna Muylaert sonde les répercussions sur l’individu plus que sur le groupe. Felipe, ou Pierre on ne sait plus trop, fait face à une totale redéfinition de lui-même. Nommé à la naissance, puis volé et renommé, puis retrouvé et renommé à nouveau; l’adolescent apprend qu’il n’a pas une sœur mais un frère. Comment rester lisse, comment accepter ? Des troubles il en connaissait déjà, il embrassait des filles et parfois des garçons, il portait des robes et parfois des pantalons. Mais cela faisait partie du jeu, il explorait ses envies. Dorénavant il doit se réinventer dans une famille qui n’en a que le nom.

Ses parents ont été dépossédés de leur enfant pendant 17 ans, mais lui avait tout, et ses géniteurs l’en ont privé. Ce ne se sont pas des retrouvailles, Felipe n’attendait personne. Et c’est cette unitéralité qui fait mal. C’est ce qui marche dans le film par ailleurs, ce « miracle » inespéré pour un camp et inattendu pour l’autre, un impact si fort qu’il en devient douloureux pour tout le monde. Ce nouveau film d’Anna Muylaert gagne en subversivité, avec un esprit rock n’ roll qui l’imbibe et l’anime, mais le métrage moins subtil que le précédent déçoit un peu. En concentrant sa mise en scène et son scénario sur Felipe, elle oublie ce qui gravite autour et crée des demi-personnages et le jeune homme n’a pas forcément les cartes en mains pour tenir le film. La faute sans doute à la brièveté du film, en effet 1 heure et 20 petites minutes c’est trop peu et c’est un peu frustré que l’on sort de la salle.

On regrette en effet cette fin précipitée, qui stoppe l’élan difficilement acquis. Anna Muylaert, à force d’abuser de sa concision, affaiblit une histoire pourtant passionnante. On était presque conquis par ce cocktail d’émotion ; la colère à peine dissimulée du père face à la personnalité de son fils, la tristesse envahissante de la mère, l’indifférence en surface du petit frère… Sans attendre pour autant un dénouement plus concret, on aurait aimé que ces personnages se confrontent encore plus que par des cris ou des silences. Le film séduit pour finalement décevoir. Le talent de la réalisatrice n’est pas en cause, la mise en scène intime et épurée est réussie, mais le résultat est un peu bancal.

D’une famille à l’autre : Bande-annonce

D’une famille à l’autre : Fiche technique

Réalisation: Anna Muylaert
Scénario: Anna Muylaert
Interprétation: Naomi Nero, Daniel Bothelo, Daniel Nefussi, Matheus Nachtergaele, Lais Dias
Image: Barbara Alavarez
Montage: Anna Muylaert
Musique: Berna Ceppas
Costume: Diogo Costa
Producteur: Anna Muylaert, Maria Ionescu, Sara Silveira
Société de Production: Dezenove Som e Imagem
Distributeur: Version originale, condor
Durée: 80 minutes
Genre: Drame familial
Date de sortie : 20 juillet 2016

Brésil – 2016

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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