Ma vie de chat, un film de Barry Sonnenfeld : Critique

Ma vie de chat, une comédie animalière aussi banale qu’inoffensive dont le visionnage se justifie avant tout par l’aridité cinématographique de cette période estivale.

Synopsis : Tom Brand, un riche homme d’affaires new-yorkais, travaille sans relâche, quitte à négliger sa famille. Pour preuve, il a même failli oublier l’anniversaire de sa fillette… Pour se rattraper, il décide de lui offrir un chat et se rend dans une animalerie reculée, où il jette son dévolu sur Mister Fuzzypants. Il repart avec le félin sous le bras, mais c’est sans compter sur un drame de dernière minute : il est victime d’un terrible accident qui le plonge dans le coma.  C’est alors que son esprit passe dans le corps de Mister Fuzzypants ! Pour Tom, c’est le début d’une nouvelle vie : une vie de chat ! 

Ma vie de chat s’inscrit dans la lignée des « talking animals movies », genre essentiellement destiné aux enfants consistant à faire parler des animaux, dont la popularité a été forgée par des films comme Babe le cochon, Stuart Little, Le chihuahua de Beverly Hills ou encore Garfield. Ici, on se trouve face à un schéma plutôt classique, voire canonique, qui reprend le canevas narratif d’un conte initiatique en le revisitant mollement à la sauce moderne. Un homme d’affaires égoïste et mégalomane est victime d’une malédiction qui l’oblige à vivre dans le corps d’un chat, épreuve douloureuse qui va peu à peu entraîner chez le personnage une prise de conscience décisive. Il va se rapprocher de sa famille, réviser ses priorités, se rendre compte de la tristesse de sa fille en manque de figure paternelle, redécouvrir l’importance de l’amour qu’il porte à sa femme, et lever le voile sur un complot professionnel de grande ampleur orchestré par ses ennemis de toujours. En ce sens, l’histoire, naïve et gentillette, peut être envisagée comme un récit d’apprentissage pour enfants. Le long-métrage leur inculque des valeurs solides, comme l’amour, le partage, l’honnêteté, etc. Sur le fond, le message, certes très simple et lisible, reste valable et présente des vertus éducatives sympathiques. 

Ma vie de chat a pour ambition d’être résolument moderne. Mais, là où l’on s’attend à une slasptick comedy féline 2.0, on assiste en fait à un résultat plat et convenu aux gags paresseux qui ne parviennent pas à nous arracher un seul éclat de rire. Les répliques sont minimalistes et répétitives, les situations dans lesquelles le chat tente de prouver qu’il est humain ne sont pas suffisamment décalées pour être humoristiques, et la storyline verse carrément dans le déjà-vu un poil ringard. Amitié complice entre un enfant et un animal intelligent, aventures saugrenues et enjeux ultra-prévisibles sont les ingrédients basiques de ce long métrage qui louche vers les fictions familiales des 90’s un peu loufoques (du type Maman j’ai raté l’avion), mais sans parvenir à en reprendre l’inventivité. Reste alors un maigre contenu qui déçoit par ses stéréotypes intempestifs : entre la mère de famille oisive qui attend que son mari rentre à la maison en dépensant son argent, la fillette toute gentille victime d’une peste en puissance qu’on dirait directement sortie d’un cartoon, et ainsi de suite. Ajoutons à cela des décors kitsch à souhait et des effets spéciaux carrément douteux, et on obtient un film qui ne tient pas ses promesses et qui n’est pas à la hauteur des attentes.

Restent cependant quelques meubles à sauver. D’une part, le concept amusant offre un minimum de divertissement : c’est toujours drôle de voir une bestiole parler, en tout cas les cinq premières minutes. Quand on est enfant, et donc moins exigeant, on s’amuse de voir un petit chat dans des postures insolites, et la confrontation de deux univers radicalement opposés (animaux domestiques VS monde des affaires) engendre un décalage comique qui marche toujours chez les plus jeunes. Le parallèle est efficace : le monde de l’enfance se confronte à celui des adultes, deux visions s’opposent, et des morales en sont tirées. D’autre part, les acteurs qui servent cette fable enfantine jouissent d’une renommée solide et s’imposent comme des têtes d’affiches convaincantes qui attirent forcément le chaland, entre un Kevin Spacey charismatique en avatar de Trump et un Christopher Walken toujours aussi allumé qu’on apprécie de retrouver dans un rôle farfelu qui lui laisse tout loisir de cabotiner : ça fait toujours plaisir !

En bref, Ma vie de chat avait matière à s’imposer comme un divertissement familial de qualité, drôle et moderne, servi par un casting de choix. Mais face à l’absence d’humour, l’histoire banale et désuète, les messages simplets et l’intrigue aussi minimaliste que prévisible, on ne peut que constater l’échec d’un projet qui sur le papier avait beaucoup à offrir mais qui à l’écran déçoit et ennuie. Sans être non plus un ratage total, cette comédie animalière potable passe le temps mais s’oublie aussitôt. 

Ma vie de chat : Bande annonce

Ma vie de chat : Fiche technique

Titre original : Nine Lives
Réalisation : Barry Sonnenfeld
Scénario : Dan Antoniazzi et Ben Shiffrin
Interprétation : Kevin Spacey, Jennifer Garner, Christopher Walken, Robbie Amel, Malina Weissman…
Photographie : Karl Walter Lindenlaub
Décors : Michael Wylie
Musique :  Evgueni Galperine et Sacha Galperine
Durée : 87 min
Genre : Comédie animalière, fantastique
Date de sortie en France : 3 août 2016

France, Chine – 2016

 

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.

Le Château de l’araignée : quand Kurosawa habille Macbeth de brume et de kimonos

"Le Château de l'araignée" transpose Macbeth dans le Japon féodal, entre codes du théâtre nô et fresque guerrière signée Akira Kurosawa. Toshiro Mifune et Isuzu Yamada portent ce récit d'ambition et de trahison, restauré en 4K et de retour sur grand écran.
Marushka Odabackian
Marushka Odabackianhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.

La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également le plus attachant ! David Robert Mitchell change radicalement de registre - après deux films...

Juste pour une nuit : jusqu’au bout de l’ennui

Envie de chaos libidinal pendant douze heures dans une Amérique sous couvre-feu sentimental ? Le nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi) propose plutôt un téléfilm sagement filmé, où même Monica Barbaro et Callum Turner peinent à faire des étincelles.