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Une histoire du cinéma italien : la découverte du giallo

Si l’on ne peut citer qu’un seul genre cinématographique qui a permis le renouveau du cinéma italien à travers les âges, il serait évident qu’il faudrait citer le giallo. Depuis la fin des années 1960, ce genre fait la joie des amoureux du cinéma et est devenu ce que l’on considère tous comme les prémices du thriller horrifique esthétique.

Les origines du genre :

Avant d’expliquer ce qu’est le giallo, il faut d’abord définir le terme. Le mot « giallo » désigne tout simplement la couleur jaune en Italien. Un simple mot pour désigner un genre cinématographique. Avant d’être une appellation cinématographique, le giallo était le nom d’une collection littéraire où se mêlaient des histoires de meurtres à travers des polars populaires. Ses petits romans, édités par des éditeurs en vogue comme Mandadori étaient publiés avec notamment la célèbre couverture tout en jaune et aux écritures noires. Des auteurs connus à l’époque dans les pays étrangers étaient édités pour le giallo. C’est le cas de George Simenon, avec l’ouvrage La Chambre Bleue par exemple ou Arthur Conan Doyle et ses romans dédiés au personnage de Sherlock Holmes. La plupart des giallos n’étaient donc que des traductions de romans anglo-saxons. Les romans avaient la grande particularité que l’assassin n’était dévoilé que dans les dernières pages, ce qui n’est pas sans rappeler le principe qui rendu célèbre la série Les cinq dernières minutes.

Si le giallo est apparu au cinéma au début des années 60 dans sa forme définitive avec les films des réalisateurs Mario Bava ou Dario Argento, c’est dès les années 30 qu’il est véritablement né par le biais de thrillers mais aussi de films dramatiques et parfois de comédies que l’on appelait giallo rossa et dont la peur et le suspense étaient des thèmes récurrents. Le giallo permis alors de devenir l’un des genres cinématographiques les plus prolifiques d’Italie et qui vivra son âge d’or par la suite.

Le Giallo est donc par conséquent un mélange entre l’érotisme, le thriller et le polar, pourtant le genre n’est réellement apparu que dans le registre de la comédie dramatique avant d’être ce que tous les spectateurs connaissent. C’est donc en 1933 que le premier film du giallo voit le jour et s’intitule Giallo de Mario Camerini. Le film narre l’histoire d’un homme ayant le même nom qu’un assassin, ce qui rend sa femme soupçonneuse.

Le giallo à son âge d’or :

En 1962, Bernardo Bertolucci, réalisateur des controversés Noveciento (1900) et du Dernier Tango à Paris, sort son film La commare seccare scénarisé par Pier Paolo Pasolini. Le scénario puise son inspiration de l’assassinat d’une prostituée. Le scénario entraîne le spectateur dans des fausses pistes, des décadences humaines et au cœur des voyous et autres prostituées. Le film baigne dans une ambiance sordide rappelant ce que le cinéma de Pasolini peut montrer tout en ne révélant l’identité du mal qu’à la fin. Les codes du giallo sont alors exposés au spectateur.

Le précurseur du genre est souvent l’objet de confusion. Si le film de Bertolucci donne ses véritables couleurs au giallo, certains pensent que c’est le réalisateur Mario Bava qui à permis au genre de se hisser au sommet pour la première fois avec La femme qui en savait trop, réalisé un an après et qui s’inspire du cinéma d’Alfred Hitchcock. Le film narre l’histoire d’une femme témoin d’un meurtre pourchassée par le meurtrier. Beaucoup de films du genre partent de ce synopsis comme un prétexte pour démarrer l’intrigue. Pour être plus précis, La commare seccare et La femme qui en savait trop n’ont permis que de germer les thèmes du giallo à maturation et ce serait par conséquent le second film de Bava, Six femmes pour l’assassin qui aurait marqué l’identité visuelle du genre. De plus, l’arrivée de la couleur au cinéma permet à Mario Bava de créer l’écrin chromatique du giallo. Le rouge, représentation des pulsions sexuelles, se contraste au noir, représentation de la mort, créant ainsi une ambiance où la réalité se mêle dans les jeux d’ombres.

Quels sont donc les thèmes du giallo ? On y trouve tout d’abord le thème du meurtre. L’un des principes du giallo est de raconter une histoire avec des meurtres plus ou moins sadiques. Avec ses plans subjectifs et ses gros plans sur les yeux pleins d’effroi des victimes meurtries, les meurtres se refusent au hors champ et posent donc de véritables questions sur le voyeurisme et la représentation de la violence au cinéma. Pourtant, il ne s’agit pas de tomber sur de la violence gratuite ou l’excès de sang à l’écran. Les victimes de ces films étant particulièrement des femmes.

Les femmes représentent ainsi le terme de l’érotisme. Elles sont la plupart du temps des représentations de la femme fatale ou les victimes d’un serial-killer sadique, souvent témoins d’un crime qu’elles n’auraient dû voir. Elles représentent la beauté s’associant dans des décors plus ou moins lugubres. Caroll Baker et Ida Gali ont été des actrices fréquentes du giallo. Des actrices disparues dans l’anonymat pour la plupart et qui ont fréquenté des détectives et autres policiers dans leurs rôles. Le giallo était un genre prioritairement destiné à un public masculin Ces enquêteurs du dimanche soir résolvaient les meurtres généralement faits avec une arme blanche. Les couteaux, par exemple, étant l’une des traditions du giallo.

Si les films du giallo deviennent de plus en plus nombreux chaque année, il faudra attendre l’arrivée à la réalisation de Dario Argento pour que le giallo puisse enfin atteindre son apogée. L’oiseau au plumage de cristal sortis en 1970 est le film qui permet de renouveler les codes du giallo et lui permet même de franchir les frontières de l’exploitation à travers le monde. D’autres réalisateurs finissent par se prêter au jeu comme Lucio Fulci, qui deviendra l’un des cinéastes favori du genre, avec l’Emmurée vivante par exemple en 1977.

Par la suite, le genre du giallo devient également un sous genre du cinéma d’horreur avec la sortie du film Les frissons de l’angoisse de Dario Argento en 1975 où le réalisateur baigne son film dans une terreur absolue et dans le fantastique. Sa mise en scène et ses cadrages renforcent le malaise, la sensation de sauvagerie et le lugubre à l’écran. Il joue donc avec les codes du giallo et se permet même de se les réapproprier. Suspiria restera son plus grand succès et deviendra un film culte et entre définitivement le giallo dans les thèmes du film d’horreur. Malheureusement, dans cette catégorie de film, les slashers américains l’emporteront plus facilement sur le box-office mondial malgré les échecs critiques du genre alors que la source d’inspiration des slashers n’est autre que le giallo. Vendredi 13 est un hommage sidérant au genre italien par exemple, et plus particulièrement à La Baie sanglante de Mario Bava. Pourtant, des cinéastes comme Lucio Fulci décide d’approcher le slasher avec ce qui sera sans doute l’un de ses films les plus ambigus : L’éventreur de New-York en 1982 et qui représente sous fond d’assassinats sadiques, une critique d’un pays en proie au sexe gratuit, illustrant le puritanisme de l’Amérique.

Mais le giallo n’a pas seulement été l’âge d’or des réalisateurs italiens mais aussi celui des compositeurs comme Riz Ortolani et Ennio Morricone qui furent très demandés pour les compositions des films. De plus, Dario Argento donna une place beaucoup plus importante à la musique. Par exemple, elle permet l’union entre l’innocence et la violence et sert directement à la narration.

La fin d’une époque :

Aujourd’hui, si le giallo a perdu son heure de gloire à la fin des années 80, certains auteurs tentent de s’en inspirer et même d’y rendre un hommage. C’est le cas de David Lynch et son Blue Velvet, film à l’esthétique néo-noir ou de Dario Argento tentant de rendre un hommage à son genre de prédilection avec Giallo, mettant en scène les connus Adrian Brody et Emmanuelle Seigner, et qui sera un véritable échec critique et commerciale lors de sa sortie en 2010. Le giallo n’attire plus les spectateurs.

Pourtant le giallo se voit ressusciter et notamment dans des petites œuvres du cinéma français comme Amer d’Hélène Cattet et Bruno Forzani en 2010 même si ces nouveaux longs-métrages abandonnent les ficelles de ce qu’est devenu le slasher au profit d’une ambiance plus opéra baroque permettant de nouer directement avec le cinéma d’horreur. Des mêmes réalisateurs français, on peut citer L’Etrange couleur des larmes de ton corps, sortis en 2013 qui ne connaît ni le succès public ni le succès critique.

Il n’est pas impossible de penser, en 2016, que Nicolas Winding Refn s’est inspiré des couleurs et de l’esthétique du giallo, et plus particulièrement Suspiria, pour son dernier film The Neon Demon, film cauchemardesque sur la mode, la beauté et les apparences : les couleurs rouges et noires, outrancièrement baroques se mêlent tout le long de l’intrigue. Lumière, cadrage, montage : tout est fait pour renforcer l’ambiance cauchemardesque de l’œuvre.

Finalement le giallo est un genre qui à inspiré de nombreux autres genres par la suite lui laissant son héritage même si la plupart des tentatives pour le faire revenir au goût du jour se sont associées à de terribles échecs. Pourtant le giallo ne montrait réellement que la métaphore de nos démons par la violence, nos pulsions par le sang et le Septième Art devenant donc un reflet de nous même. Peut-être que la couleur jaune sera bientôt de retour.

En partenariat tout fraîchement crée, vous pouvez lire cette vidéo résumant les origines du giallo et son influence dans le cinéma d’horreur, tout en mentionnant les dix classiques à découvrir, ce qui est bien entendu subjectif.

Auteur : Emeric Gallego

D’Iron Man à Civil War : notre avis sur le Marvel Cinematic Univers

De Iron Man (2008) à Captain America Civil War (2016), la liste est longue pour rendre compte de l’hégémonie qu’exerce Marvel sur l’entertainment mondial. D’où l’idée, à l’approche de la sortie imminente de Doctor Strange, de dresser un constat sur le Marvel Cinematic Universe et de classer du meilleur au pire les treize films de la Maison à Idées de Stan Lee.

Autant modèle de pragmatisme financier que volonté de relancer le format sériel propre à la logique des comics dont il s’inspire, le Marvel Cinematic Universe aura redéfini la notion d’entertainment super-héroique. Une gageure vu les précédentes adaptations de super-héros (Daredevil en tête) que la firme menée d’une main de fer par Kevin Feige aura su mettre à son avantage, quitte à appliquer une logique industrielle sur ses films et les transformer, volonté pécuniaire aidant, en véritable produits pour les fans. Mais qui dit produit, dit aussi tendance, et à l’heure où la firme s’apprête à dégainer son joker Doctor Strange, l’heure semblait opportune de se pencher sur ce qui compose le MCU et quel est le film (comprenez la marque) la plus en vogue sur la planète des geeks.

13. Iron Man 2

Tony Stark se paye un pet au casque !

Un golden-boy prétentieux roublard et arrogant, une figure terroriste risible, du AC/DC à plein tube et Jeff Bridges qui cachetonne : le premier Iron Man était, qu’on se le dise, assez atypique. Appelant de tout son être une suite, le film voit donc débarquer deux ans après son petit frère : Iron Man 2. Pressé par la firme de réitérer la formule du premier, le réalisateur se démène, quitte à introduire une pluralité de bad-guys là encore campés par des vieilles légendes et autres figures indé/arty. Résultat, fini le charisme de menhir de Bridges et place à la dinguerie chronique de Sam Rockwell et au cabotinage mi-russe mi-vodka de Mickey Rourke, qui ne peine jamais, avec sa face burinée par le bistouri, à camper un russkof timbré et très porté sur les perroquets et les tatouages. Ça aurait pu en rester là, mais Jon Favreau, qu’on pressent sans trop se mouiller peu inspiré, se contente de servir par dessus la jambe un héros aux traumas refoulés et introduit avec la grâce d’un bulldozer sous amphétamines le multiverse Avengers, sapant de fait toute intention que de voir un film consacré à Iron Man. A la place, on a droit à une bouillie involontairement drôle, assez risible et dont la décadence pique les yeux. On pourra aussi d’ailleurs souligner que c’est le premier film où l’intention est de réaliser des updates et non des films interdépendants.

12. Thor

Le grand blond avec un marteau !

Chevelure soyeuse, tablette milka sur le bidon et goût vestimentaire à la limite du kitsch, c’est peu dire que le personnage de Thor a été choyé dans les comics lui étant dédié. Alors quand un projet de film s’annonce sur sa personne, on rit jaune. Confié aux mains expertes de Kenneth Brannagh (vous savez le professeur attardé et narcissique de Harry Potter 2) considéré par le tout Hollywood comme seul apte à rendre compte d’une dimension shakespearienne à ce digne représentant crypto-gay échappé de la gay-pride, le projet est lancé car les pontes de Marvel ont à cœur de transformer le super-héros nordique porté sur le marteau et les armures scintillantes en icône tourmentée. Manque de pot, en ressassant le format classique d’origin story et en ne s’affranchissant nullement du potentiel nanar contenu dans les pages du comics, Branagh s’enlise dans une histoire où l’humour prédomine quand bien même les tourments familiaux et royaux du héros devraient logiquement s’imposer. A ce titre, le décalage du personnage vis à vis de ses homologues humains frôle l’indigence pure et on se demande encore pourquoi Natalie Portman ou même Anthony Hopkins se sont aventurés dans cette galère. On ne pourra par ailleurs que rester atterré devant tout ce décorum sentant bien bon le CGI et branlant comme si le plateau de tournage avait été délocalisé sur le Titanic en train de sombrer. Seul point positif : l’introduction de Loki, campé par un Tom Hiddleston très charismatique et déjà vouée à hanter de tout son être le MCU nouvellement formé et la dimension shakespearienne sous-jacente à l’oeuvre.

11. L’Incroyable Hulk

Tout dans les muscles, rien dans la cervelle !

A croire que Marvel a une dent contre lui. C’est la seule raison qu’on trouve pour comprendre la logique de Stan Lee et consorts pour avoir eu besoin de faire revenir l’impétueux Géant Vert sous stéroïdes de son sommeil cryogénique provoqué par la risible tentative d’Ang Lee avec Eric Bana dans le rôle-titre. Balancé nouveau gardien du personnage de Bruce Banner, Edward Norton, dont l’aura Fight Club a gentiment fondu depuis des années, essaie de faire le beau sous le scope verdâtre et désaturé de Louis Leterrier. En bon yes-man, le frenchie empile les clichés entre belle plante hystérique à sauver, méchants gradés pas beaux et une inconstance de scénario qui voit l’ex Mr Orange de Reservoir Dogs, Tim Roth, jouer les Captain America du pauvre en s’injectant un sérum qui le transforme en sous Doomsday (de BVS). Le bellâtre -euh verdâtre- est alors propulsé sauveur dans un film qui sent tellement la commande que la moindre blague ou prise de position prise par le français résulte d’une tentative de Marvel de le brider. En résulte un film schizophrène, constamment le cul entre deux chaises et dont l’indécision manifeste atteste du caractère éloigné du métrage vis à vis du MCU nouvellement formé. A aucun moment connecté avec l’esquisse balbutiante de ce dernier, le film semble construit comme une simple adaptation et se permet de la sorte d’afficher une dimension fantastique assez embarrassante et une approche sombre, voulue comme réaliste, qui dénote déjà avec le ton irrévérencieux déployée par Tony Stark dans Iron Man. Ne manque plus qu’un casting all star particulièrement désintéressé (mention à Edward Norton ou Liv Tyler qui semblent compter les mouches) et on obtient l’un des pires films du MCU.

10. Thor : le Monde des Ténèbres

Le grand blond avec un marteau : le retour !

Après un premier opus qui aura vite fait de le transformer en égérie de shampooing porté sur la baston, le bricolage et la bonne pitance, Thor a désespérément besoin d’un relooking. Si possible bien dark comme un simili Seigneur des Anneaux dans l’espace. Manque de pot, en bon dernier de la classe, Marvel continue d’enchaîner les erreurs et confie le bébé à Alan Taylor, tout juste réchappé de Game of Thrones sur lequel le bougre a officié le temps d’une saison. Comme on pouvait s’y attendre, le film enchaîne alors tous les travers. Univers médiéval à la GoT, réalisation sérielle, méchants en carton, raccourcis foireux, c’est bien simple : le film cumule les bourdes à la même vitesse que Thor saute dans le Bifrost. Ça ne serait rien cela dit, si on n’avait pas encore une fois à devoir radoter sur un casting en sous-régime entre Anthony Hopkins en patriarche vieillissant juste bon à manger la soupe, ou Christopher Eccleston, débarqué de Doctor Who quelques années plus tôt, qui aura peine à impressionner par l’inconsistance qu’il donne à son méchant, sorte de Legolas mi albinos/mi affamé. On restera cela dit encore longtemps ébahi devant l’inconsistance de Stellan Skarsgård qui, en gentil scientifique frappé, continue de prouver que c’est bien l’argent et non la volonté artistique qui force les plus grands acteurs à se frotter à la firme. Reste peut-être un score musical particulièrement bien pensé qui pourrait s’imposer comme l’un des meilleurs composés et encore une fois le spectre de Loki qui rode sur l’oeuvre.

9. Ant-Man

C’est pas la taille qui compte !

Difficile d’aborder le cas Ant-Man sans mentionner celui qui a assuré la gestation du projet pendant de longues années : Edgar Wright. L’auteur de la trilogie Cornetto se vouait en effet depuis presque 10 ans à donner l’adaptation de ce quidam porté sur la cambriole, qui découvre un jour une tenue permettant à son détenteur de rapetisser à la taille d’une fourmi. Heureusement, s’il est parti pour « différends créatifs » (l’excuse typique à Hollywood dès lors qu’on parle d’un projet marqueté à hauteur de 150 patates), sa patte reste durablement enraciné dans le métrage. Drôle, inventif et décalé, Ant-Man est un condensé hardcore du style du britannique. Constamment en train de désamorcer la tension à bon coup de vannes ou punch-lines bien senties, et toujours prêt à éprouver son héros, le film est de l’humour en barre. A ce titre, avoir engagé Paul Rudd tient de l’idée de génie, l’acteur dégageant une telle bonhomie qu’on serait prêt à croire les yeux fermés à cette histoire de papounet désespéré de revoir sa fille et accessoirement sauver le monde en se rapetissant à une taille de fourmi. Et ce encore plus, quand son homologue braqueur, Michael Peña reconverti en tchatcheur invétéré, vole le film à chaque fois qu’il ouvre la bouche, sa bêtise naturelle ayant vite fait de le propulser personnage le plus drôle jusque ici introduit au MCU. De facture classique, le film n’en demeure cela dit pas moins un beau morceau de péloche, surtout quand il est question de faire état des capacités de notre héros. Reste cela dit un méchant bien trop vite expédié et assez caricatural puisque victime d’un deus ex machina assez odieux et un faiseur aux manettes, paradoxalement responsable d’un film appelé Yes Man (ça ne s’invente pas), qui nous fait un peu regretter ce qu’aurait pu être le rendu fait par le geek britannique auteur de Shaun of the Dead.

8. Avengers : l’Ère d’Ultron

Quand Marvel se la joue à la sauce Terminator !

Le souci quand on s’appelle Joss Whedon, c’est qu’on est un peu ce rouquin geek invétéré qui a osé signer de son nom Avengers, le plus gros succès du MCU. Forcément, quand on fait gagner à l’ogre Marvel plus d’argent qu’elle ne pourrait en rêver, ça attise les convoitises et ça donne des idées. Et comme souvent avec les grands pontes de la firme à Stan Lee, les idées ne répondent nullement à vouloir donner un nouveau terrain de jeu pour cette bande de super-héros protéiformes mais davantage à une offrande en mode sacrifice Maya pour charmer le dieu dollar et récolter le plus possible de ses ouailles au passage. Le voilà donc à prendre sa bite et son couteau et entamer un tournage marathon aux quatre coins du globe pour donner chair à un film qui, on s’en doute, doit préparer le terrain pour la suite, tout en donnant une némésis suffisamment tenace pour tenir 2h30 durant. Et ce qui devait être l’Empire Contre Attaque ou le Parrain 2 de Joss Whedon, s’avère être en définitive relativement schizophrène dans son traitement. Car à l’arrivée, s’il porte une ambition visuelle et narrative démesurée et impose son auteur comme l’un des seuls vrais « réalisateurs » aux manettes du MCU, le film accuse le coup d’un montage sacrifié par la firme et d’une mythologie essaimant là encore trop de pions et figures légendaires des comics pour captiver le spectateur lambda et lisser le film déjà plutôt long. Reste cela dit la présence de James Spader, dont le timbre de voix sublime, habille la carapace de métal tourmentée d’Ultron, grand méchant du film et l’introduction de nouveaux personnages (la Sorcière Rouge, Quicksilver, ou encore Œil de Faucon dont l’importance est ici accrue).

7. Captain America : The First Avenger

Le soldat qui venait du froid !

Le cas de Captain America est lui aussi atypique. Car faire un film sur lui, c’est un peu comme convoquer l’idéal d’une figure propagandiste majeure de l’USA des 1940’s. Froisser l’icône serait donc un crime de lèse-majesté, surtout quant l’on sait que les jeunes générations continuent de le porter aux nues au vu de son juste au corps particulièrement saillant et des valeurs morales et humanistes qui font encore effet 70 ans après ses premiers combats sur les pages glacées des comics. En résulte une pression assez légitime pour Marvel qui a cru bon de miser sur le cheval Joe Johnston, un vieux de la vieille grand adepte des films de studio mais pas forcément finaud. A l’arrivé, on tient pourtant l’un des films les plus originaux du MCU, tant pour son ADN résolument anticonformiste que son ton, très typé film de guerre ancien avec méchants caricaturaux et glorification constante de l’Oncle Sam. Très rétro-futuriste dans l’âme, le film distille déjà l’antagonisme grandissant entre les USA et Hydra, sorte de Spectre (James Bond) optimisé aux tendances hitlériennes et parvient, excellent casting aidant, à distiller une ambiance unique. Cependant, le public n’y trouve pas son compte, déjà rompu à l’idée qu’un film de super-héros c’est moderne et que le héros en question est supposé botter des culs de super-vilains et pas vouloir mettre sa tatane à un diablotin stéroïdé aux tendances fascistes et très porté sur l’accent germanique. Et pourtant, rien que le charisme de Chris Evans et la bouille toujours aussi antipathique de Tommy Lee Jones suffise de vouloir payer le billet.

6. Captain America : Civil War

Du sang, de la sueur et des larmes !

Civil War, c’est un peu au comics ce qu’est Mona Lisa pour le Louvre : une légende. Forcément, quand on apprit que l’ogre Marvel s’en soit entiché, on a douté. Vu le degré fratricide de l’intrigue, les forces en présence et la dureté de l’histoire, on appréhendait un peu le traitement qu’en feraient les frères Russo, catapulté chef de file du MCU après leur rétro Winter Soldier, ode aux 70’s et à la coolitude du secret d’état post Watergate. Car oui, Civil War, c’est pas une partie de tricot de la mère Michel, c’est un fight violent où le sang est versé, la transpiration dégouline et les morts s’amoncellent comme dans un mauvais film catastrophe. En somme, c’est l’apocalypse super-héroïque juste parce que les deux camps n’ont pas la décence de statuer de la même manière sur un traité qui les condamne à se mettre en pleine lumière au nom de l’intérêt commun. Et pourtant, désireux de tâter le terrain pour la suite, Marvel continue sa politique harassante de l’autruche. En résulte un film schizophrène, tiraillé entre une volonté de plaire aux puristes et une tendance à vouloir constamment désamorcer toute violence inutile. On restera ainsi étonné de voir le laxisme conféré à l’intrigue qui n’aura de cesse d’essaimer une mythologie large, quitte à transformer Helmuth Zemo, figure légendaire des comics en banal soldat vengeur, ou à confronter au moins 25 personnages et ne donner l’attention que sur 5 ou 6 d’entre eux, quitte à laisser en filigrane de l’oeuvre un fort parfum de figurations sur des acteurs qui n’en ont décidément pas besoin. Reste la magie Marvel pour emballer le tout, introduire quelques personnages bien sentis et finalement offrir aux fans ce qu’ils attendaient tous : voir un méchant accomplir son plan. Étonnamment, c’est encore le plus gros succès de l’année et aussi le meilleur film de super-héros de l’année 2016 pour certains dont l’incompréhension reste de mise.

5. Iron Man 3

L’art de la dissimulation par Shane Black !

Shane Black, c’est un peu le Quentin Tarantino des années 80. Un amerloque plutôt cool, très porté sur le cinéma et qui, allez comprendre pourquoi, adore écrire des scénarios barrés à bon coup de « fuck », de flingues et de stupre. Devenu millionnaire grâce à ses mots aussi incisifs que des poignards, le bellâtre au visage buriné aura vite fait de passer par la case réalisation. Nous gratifiant d’un Kiss Kiss Bang Bang, adaptation fumeuse d’une pulp fiction où se tiennent la bourre un acteur raté au grand cœur et un détective privée monolithique, le gus est alors contacté par Marvel et plus précisément son grand pote Robert Downey Jr. A la clé, un nouvel opus d’Iron Man. Apportant dans ses valises son style foutraque et hyper référentiel, Black se jette à corps perdu dans le film, qui se veut l’adaptation d’un comics très connu, Extremis, et qui convoque le Mandarin, sorte de gourou stoner aux bagues magiques qui le font voler, méditer et tutti quanti. Étonnement, le film n’est rien de tout ça, Black ayant pris le soin de berner son monde et de lui coller un plot twist aussi imprévisible que fumeux, comme un bon gros bras d’honneur à tous les fans de Marvel. Introspectif, comique et somme toute irrévérencieux, le traitement que Black fait du personnage est pour ainsi dire inédit. Jamais Stark n’a autant semblé être à ce point le reflet de Robert Downey Jr. et le film accumule les morceaux savoureux quitte à faire un crime de lèse-majesté, honteux pour les puristes mais mémorable pour les fans du cinéaste, en détournant la légendaire figure du Mandarin, ennemi tenace de Stark qui se retrouve ici être en fait un acteur de série B minable qui s’est fait payer par un scientifique, lui particulièrement méchant, pour être le bouc émissaire de tout ce foutoir. En définitive, l’un des films les plus décriés du MCU notamment en raison de son clivage particulièrement édifiant entre spectateurs ravis de cette prise de position somme toute couillue et ceux décidément pas ravis de s’être fait berner en beauté par un cinéaste dont c’est un peu devenu le métier.

4. Les Gardiens de la Galaxie

Drôle, débile et décalée : la fine équipe à Stan Lee !

Au vu de leur inexorable expansion, on se doute bien que le monde des comics est un milieu où les substances psychotropes règnent en masse. Pas étonnant dans ce cas de voir la firme dégainer en 1969 (Woodstoooock baby), une bande disparate composée d’un humain mélomane, d’une guerrière à la peau verte, d’un diablotin rougeâtre sous stéroide, et un raton laveur qui parle, toujours accompagné d’un homme-arbre. Bref, la drogue c’est mal. Il fallait donc bien une massive dose de connerie et un mec frappé pour donner vie à cette bande qui s’improvise mercenaire pour sauver la galaxie (pourquoi faire compliqué ?). A ce stade, avoir rameuté James Gunn tient autant de l’idée de génie que de la bêtise crasse, le sieur n’ayant jamais eu un budget dépassant les 7 chiffres mais étant doué pour donner vie à des histoires foutraques et clairement à part. A l’arrivée, le film fait plus que remplir le cahier des charges imposé par Marvel. Délirant, débile et décalé, Les Gardiens de la Galaxie est un buddy-movie à l’ancienne, psychédélique, jouissif et totalement dinguo qui ne se pose jamais de limites. Déroulant comme à l’accoutumée un pare-terre de star édifiant (Benicio Del Toro, Glenn Close, John C. Reilly), le film n’en oublie pas de mettre l’accent sur Chris Pratt, jeune premier qui a fait ses classes chez Bigelow (Zero Dark Thirty) & Bennet Miller (Le Stratège) et l’étonnant Dave Bautista, ex-catcheur qui a troqué le slip pour la radicalité de Drax le Destructeur, personnage au vocabulaire limité. Ça serait cela dit un affront que de ne mentionner la B.O, qui de Bowie aux Jackson Five, a à cœur de garantir un capital sympathie à une équipe non dénuée de mordant et qui a, étonnamment, conquis le box-office.

3. Iron Man

Whisky et rock’n’roll : la formule gagnante de Marvel !

Comme le dit le dicton, il faut parfois savoir courir avant de savoir marcher. Des mots qui résonnent tels un mantra sur le film et du coup Marvel, qui n’a pas eu peur de passer la seconde en adaptant d’emblée un personnage iconique de son catalogue, Tony Stark. Concepteur d’armes mégalo, arrogant et alcoolique, son petit monde vole en éclat lorsqu’il se fait kidnapper par une troupe de terroristes en plein désert. Evidemment, ce soudain changement de vie va aiguiser une nouvelle facette de l‘antipathique homme d’affaire, qui sarcasmes et humanité aidant, va se transformer en superman robotique pour sauver la veuve et l’orphelin. Premier jalon du MCU, le film, confié à l’étonnant/inconnu Jon Favreau, se paie une atmosphère très rock’n’roll et diffère déjà du tout venant en matière super-héroique. Mise en scène sophistiquée, score de Ramin Djawadi (Game of Thrones) parfait, acteur qui fusionne avec son personnage à un degré édifiant, et un bad-guy campé par le Dude en personne, le film accumule les bonnes idées dès sa première bobine. Le reste ne fait que confirmer la tendance. Serti dans une trame d’origin story somme toute classique, le récit va à l’essentiel, dresse les contradictions de cet homme orgueilleux et imbu de sa personne, mais arrive aussi à glisser quelques références bien senties à la culture pop. Là où il diffère cela dit de ses homologues marvellien, c’est dans sa gestion du récit. Si l’on sent déjà les liens et les connexions qui se créent avec le multiverse Avengers, Iron Man peut compter sur Jon Favreau, qui en bon conteur/yes-man qu’il est, ne cède pas à la panique et s’en sort avec les honneurs. Comble de l’ironie, ça sera lui qui sera responsable de la suite, Iron Man 2 copieusement détestée par les fans.

2. Avengers

Les francs-tireurs du S.H.I.E.L.D !

Logique imparable si on y pense deux secondes : à force d’enquiller les records avec ses films solos, Marvel pense naturellement à décupler ses bénéfices. Comment ? Simplement en rassemblant tous ses héros dans le même film. Double ration de Captain, Iron Man, Hulk, Thor donc et des petits nouveaux du genre d’Oeil de Faucon ou la Veuve Noire, une espionne du KGB portée sur les flingues et combinaisons moulantes. La fine équipe s’oppose donc au truculent Loki, tout juste réchappé de Thor premier du nom et qui a, à coeur de dominer le monde à l’aide d’un puissant artefact qui aura vite fait de se muer en McGuffin. Avec Joss Whedon aux manettes, on était en droit d’attendre un petit évènement, surtout vu le CV du bonhomme et le respect qu’il porte au comics éponyme. Et inlassablement, Marvel continue d’assurer le spectacle. Si le film témoigne en premier lieu d’un respect sans borne pour le matériau d’origine, il n’en oublie pas de demeurer un vrai morceau de peloche comme on les aime. Stylisé à l’excès, sophistiqué et nette à s’en décoller la rétine, le film file donc à toute berzingue vers des cimes jusque ici jamais vues dans le décorum super-héroique. Cadres léchés, esprit d’équipe, score d’Alan Silvestri parfaitement en phase, et séquence geek de toute beauté, le film émane un fumet qu’on n’avait pas eu l’occasion de voir depuis un certain temps sur le MCU : celui d’un vrai film. Fatalement, vu le tel degré de cinématographie qui se dégage des images, on ne peut que rester pantois, à mi chemin entre le délire du geek auquel on a exaucé ses prières et le cinéphile qui a enfin reçu un produit digne d’un investissement à 200 patates.

1. Captain America : le Soldat de l’Hiver

Les 3 jours du Captain !

Dès lors qu’on a assimilé la méthode de fonctionnement de la firme, peu de surprise à avoir à la vue de ce qui s’apparente à sa meilleure mouture, Captain America : le Soldat de l’Hiver étant celui qui a le mieux compris l’adage de Stan Lee qui veut que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. En convoquant l’idéal des thrillers 70’s sentant bien bon le secret et le complot d’état, les frères Russo font plus qu’afficher ce qui les fait triper, ils profitent de ce vent de nostalgie pour glisser une subtile critique vis à vis de cette politique de l’information à outrance qui est la notre depuis les ébats sur-médiatisés de Snowden, Assange ou Mannings. A ce titre, engager Robert Redford, lui-même héros emblématique des Trois Jours du Condor ou des Hommes du Président est très méta : celui qui avait à cœur de défendre la veuve et l’orphelin en divulguant les secrets il y a 40 ans retourne sa veste et devient aujourd’hui ce manipulateur et adepte du secret et qui n’a de cesse de raviver l’influence d’Hydra, dont il est l’un des derniers dépositaires. Ajoutez à cela les émois suscités par le combat presque fratricide entre le Cap et le Soldat de l’Hiver qui s’avère être en réalité son ami d’enfance Bucky, conditionné pour devenir un assassin congelé à la demande et responsable de divers meurtres depuis 50 ans d’existence ; ou la face burinée de Frank Grillo, converti en mercenaire de luxe et on obtient un film référencé et bien foutu, capable d’éclipser les aventures de groupe et montrer que le seul vrai meneur, le seul vrai héros écrit avec attention, c’est le Cap. Et puis sincèrement, voir des films aussi adulés qui comportent des nazis belliqueux en bad-guy, qui plus est en 2016, ça frôle tellement l’anachronisme qu’on en rigole encore.

Juillet Août de Diastème en DVD le 15 Novembre !

Envie de prolonger les vacances d’été cet hiver ? Pas de doute, Juillet Août est le film qu’il vous faut ! Le virage à 180° de Diastème (après Un français) sort en DVD le 17 novembre 2016. L’occasion de partager un petit bout de la vie de Laura et Joséphine entre le sud de la France et la Bretagne, le tout bercé par les textes d’Alex Beaupain.

C’est l’été. Les familles migrent et se recomposent. Laura, 14 ans, et Joséphine, 18 ans, partent en juillet avec leur mère dans le Sud, puis en août chez leur père en Bretagne. La cohabitation entre ados et adultes ne manque ni de tendresse, souvent non-dite, ni d’exaspération, parfois bruyante… Car les filles ont leurs secrets, qui n’ont pas grand-chose à envier aux problèmes de leurs parents et de leurs beaux-parents. C’est l’été de tous les dangers ? Rien n’est moins sûr !

Un petit film qui s’affranchit des clichés

L’été, saison des amours ? Oui, mais des amours déçus, brisés, inattendus. Dans le dernier film de Diastème, les filles n’ont pas froid aux yeux, notamment la jeune Laura interprétée par Louna Lou. Le film aura de quoi déstabiliser voire agacer les admirateurs du précédent film de Diastème, Un Français dont la violence avait fait polémique. Il est pourtant, ici aussi, question d’un petit bout de vie traversé en images et en musique. 

Le DVD en vente dès le 15 novembre 

Disponible en DVD et VOD avec, en bonus, 7 scènes coupées commentées par le réalisateur. Un DVD édité par DIAPHANA EDITION VIDEO.

Notre critique et la bande annonce de Juillet Août 

Top 50 des meilleurs films de ce début de 21ème siècle (2000-2016)

Éclectique mais non exhaustif, ce top 50 des meilleurs films du début de ce 21ème siècle (2000-2016) regorge de pluralité et de diversité: allant du blockbuster à la Mad Max Fury Road jusqu’au long métrage expérimental que seul Philippe Grandrieux peut nous offrir.

Le cinéma est une histoire de goût. Une sensibilité qui se trouve, une émotion qui se déchaîne. Exercice ô combien difficile et aléatoire dans son jugement tant les films sont nombreux, le classement de films est une affaire de personnalité. C’est alors, qu’avec sa passion, votre rédacteur ici présent s’est amusé à faire un petit bilan des œuvres marquantes de ce début du siècle dévoilant  un panel de films aussi variés qu’intimes. La plupart des films qui seront mentionnés dans cette liste ont marqué ce début de siècle par leur richesse tant visuelle que narrative. Fouiller, analyser est un plaisir pour chaque cinéphile; et ce début de siècle aura vu entre autre l’apparition de futurs grands noms tels que Jeff Nichols ou Steve McQueen, ou l’anoblissement critique et public de visionnaires comme en témoignent David Fincher ou Paul Thomas Anderson. Bonne lecture à vous.

50. Enter the Void de Gaspar Noé (2010) avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy, Emily Alyn Lind, Jessa Huhn…

Œuvre aussi mentale qu’organique, Enter The Void accentue la volonté permanente de son auteur à dépasser ses limites. C’est alors que l’œuvre construit sa structure narrative sur la réincarnation, la vie, la mort, et la prise de drogue. Les couleurs criardes de Tokyo scintillent, l’image granuleuse agence la monstruosité opaque et claustrophobe de cet antre maléfique. Visuellement, le long métrage est une épreuve de force passionnante dévoilant le talent de Gaspar Noé, tant la fluidité en impose : montage syncopé frénétique, travellings aériens, caméra tournoyant dans les nuits torrides nippones, vision subjective crépusculaire. Parfois puéril ou enfantin dans la réappropriation de certaines de ses thématiques, Enter The Void vacille mais ne tombe jamais. Derrière ce marasme filmique suffocant, une actrice irradie l’écran de toute sa volupté : Paz de la Huerta. Hypnotique, sexualisée jusqu’au bout des ongles, et dont les cambrures métamorphosent le film de toute sa visée érotique.

49. It Follows de David Robert Mitchell (2015) avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jake Weary, Olivia Luccardi, Daniel Zovatto…

Le sexe comme vecteur de mélancolie devient un geste mortifère chez des adolescents perdant leur propre innocence dans un univers où les adultes sont absents. It Follows est une course poursuite horrifique entre un fantôme et sa victime qui est la seule à le voir. Malgré un climax qui n’est pas aussi glaçant que le reste du métrage, It Follows se réapproprie les genres du slasher et du teenage movie avec fougue et envie de rendre hommage à tout un pan du cinéma d’horreur.  Derrière sa folie névrotique : It Follows détient une cinématographie qui fait de lui une œuvre marquante comme si la raideur visuelle de Nicolas Winding Refn s’aventurait dans le milieu de la middle class américaine de Sofia Coppola tout en se réappropriant les codes de l’épouvante des années 80

48. Holy Motors de Leos Carax (2012) avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes…

Film à sketches schizophrénique, où un homme change de costume comme de vie, Holy Motors cache de nombreux secrets. Dans sa logorrhée lugubre qui est une diatribe pour son amour et sa haine du cinéma, Leos Carax s’épuise à déclencher la surprise par le prisme de cette farandole de spectres tout aussi différents les uns que les autres. On passe de personnages en personnages, d’un genre filmique à un autre, du réel au surréalisme. On y voit deux inconnus qui font semblant de copuler, un être primitif bandant devant Eva Mendes, un homme tuant son double, des limousines qui communiquent. Holy Motors est un film qui parait évanescent, semblant ne pas exister, remettant en cause la véracité des conséquences de nos propres agissements, faisant de l’être humain un pantin dont l’identité s’efface dans le creux de ses mains. L’homme joue un rôle ou le cinéma se cherche un visage. Le cinéma c’est la vie, la vie est le cinéma. Un peu à l’image de l’humain, Holy Motors est à la fois beau et laid, sublime et ridicule, autocentré et généreux, doux et ténébreux, sombre et drôle, imparfait et génial à la fois. Et tout cela n’est qu’un rôle…

https://www.youtube.com/watch?v=v6x22nTAPDA

47. Miami Vice de Mickael Mann (2006) avec Jamie Foxx, Gong Li, Colin Farrell…

Avec Miami Vice, Michael Mann ne révolutionne pas son cinéma, fait d’action et de lyrisme comme pouvait le faire un John Woo mais arrive à créer un polar enivrant, dont la classe esthétique fascine du début à la fin. A partir d’une intrigue maîtrisée et sans écueil sur les cartels de drogue, le réalisateur américain immerge son long métrage dans son propre univers pour magnifier le décorum contemporain qui entoure ses protagonistes. La caméra HD fait encore des merveilles, que cela soit durant ses sorties nocturnes romantiques ou ses entrées diurnes anxiogènes. Miami Vice est un film d’esthète, dont l’architecture présente très peu de scènes d’actions, préférant alors s’immiscer dans le flux sanguin de son intrigue amoureuse.

46. Speed Racer de Lana et Lilly Wachowski (2008) avec Emile Hirsch, Susan Sarandon, Nicolas Helia et John Goodman…

Speed racer est un geste artistique ludique dont la créativité se réinvente à chaque instant et détenant cette dichotomie qui lui est intelligible :  d’un côté l’évocation d’une imagerie enfantine, façonnée par ses couleurs criardes et ses courses de voitures qu’on croirait sorties d’un jeu vidéo ou d’un film d’animation qui se confrontent au travail d’orfèvre, d’une grande maîtrise de la part de deux réalisatrices nous arborant un spectacle hallucinogène . Speed Racer est un bijou de d’aventure épique. Les thématiques habituelles comme le libre arbitre ou la pénitence des opprimés sont présentes chez les Wachowski, et font de Speed racer, un Ovni cinématographique pétaradant.

45. Trouble Every Day de Claire Denis (2002) avec  Béatrice Dalle, Vincent Gallo, Tricia Vessey…

Timide, cherchant constamment à comprendre l’intime, Trouble Every Day vole de ses propres ailes, à l’image de ce simple foulard virevoltant dans l’air de Paris. Face à nous, une œuvre immergée alors dans une frustration latente voyant deux « vampires » malades qui essayent tant bien que mal de canaliser un démon carnivore qui grandit en eux. Directement, par sa construction fantomatique, Claire Denis quadrille un cadenas dans les tentations pulsionnelles, un mal corporel qui empêche de faire ressortir le monstre qu’est l’humain, le calme avant la tempête. Claire Denis filme donc deux histoires distinctes, deux âmes en peine enchaînées malgré elles, pour ne pas qu’elles dévoilent leur véritable visage sanglant à leurs propres congénères. Machinalement, derrière son aspect dérangeant et glauque, le long métrage est souvent muet, et Claire Denis y laisse divaguer sa caméra, sa photographie haletante sur les regards, sur les corps tels des proies notamment lorsqu’elle filme des scènes d’intimité où se mélangent passion sexuelle et peur de perdre le contrôle face à cette bestialité sanguinaire.

44. Inherent Vice de Paul Thomas Anderson (2015) avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin…

Comme lors de l’adaptation de Cosmopolis par David Cronenberg, où l’homme et son univers se chevauchent, Inherent Vice s’inscrit dans une époque, allant d’agents du FBI corrompus à de mafieux nazis, celle qui semble alimentée par le mouvement hippie, mais qui malheureusement se morfond dans une sorte de drôlerie burlesque, où le psychédélisme des soirées, le flashy des chemises à fleurs s’estompe au profit de l’obscurité d’une société sectaire et de l’ésotérisme de mouvances destructrices. Sur ce coup, Paul Thomas Anderson est génial de simplicité dans son rapport entre le fond et la forme, hermétique sans être froid, pour faire naître des bribes de fulgurances inoubliables dans cette enquête policière qui n’en est pas une. Inherent Vice est fulgurant, se montrant captivant dans  la description d’une époque déchue faisant alors ressentir les derniers souffles de son érotisme.

43. Three Times de Hou Hsiao Hsien (2005) avec Shu Qi, Chang Chen…

L’amour. Son irrévérence, son impétuosité, sa fragilité. C’est une notion vague et solide à la fois, qui transperce les strates temporelles pour mieux codifier les contours d’une époque. L’amour dit tout sur ce que nous sommes et ce qui nous entoure. C’est un acte libérateur, émotionnel mais aux allures presque politiques. Hou Hsiao Hsien l’a parfaitement compris et à travers le parcours de trois couples durant trois époques différentes (1966, 1911, 2005), le cinéaste étudie son environnement, observe avec nostalgie et mélancolie la mutation d’un pays dans ses symptômes politiques et sociaux, et scrute le moindre détail d’un univers qui mue et occasionne une variation dans sa retranscription. Dès le début, Hou Hsiao Hsien joue avec les contrastes et magnifie sa vision du monde par la méticulosité de son cadre, son adoration pour l’ordinaire et le quotidien, la luminosité de son décor (lumière naturelle ou néon incandescent), la phosphorescence des corps et surtout par sa bande son où chaque époque, chaque souvenir est rattaché à une chanson particulière. Et oui, Three Times est un petit miracle de cinéma.

42. Cosmopolis de David Cronenberg (2012) avec Robert Pattinson, Mathieu Amalric, Juliette Binoche…

Cosmopolis est un film d’une maîtrise visuelle hypnotique et Cronenberg en fait une œuvre presque claustrophobe, étouffée par l’étendue  infinie de ses dialogues au symbolisme surréaliste engagés dans des situations à l’absurdité burlesque. Que font les limousines la nuit nous demandera Eric Packer. Cosmopolis est un film sur l’immensité, avec un jeu de miroir fascinant où le réalisateur met sa mise en scène au diapason de toute cette excentricité verbeuse, confronte son audace esthétique au jusqu’au-boutisme littéraire de Don DeLillo, et porte la lumière sur un acteur, Robert Pattison. Derrière ses réflexions philosophiques, Cosmopolis dissimule une ironie, une drôlerie burlesque. A l’image de cette longue confrontation finale, la manipulation des mots fait fureur, la déshumanisation est la plus totale, et la mort ne tient qu’à un fil. Sous ses airs abrupts et presque impénétrables, Cosmopolis se dévoile petit à petit pour laisser apparaître un grand film.

41. The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (2016) avec Elle Fanning, Karl Glusman, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee…

Ce qui marque quand on regarde le film, comme avec Only God Forgives, c’est cette concomitance dans l’identification : Elle Fanning est NWR et NWR est l’actrice : une âme qui se remplit d’égo et qui court à sa perte. Le geste radical en est presque schizophrénique. Touchant même. Sa dichotomie est son carburant, la source de sa beauté. La symétrie du cinéma de Refn avec son sujet est cinglante de vérité : cette quête de la  perfection qui se désintègre de l’intérieur pour faire naître un mal incarné. Inconsciemment, le réalisateur hérisse une mise en abîme de sa propre mise en scène. Proche du film de genre voire de la Série B, du jeu de massacre, du fantasme où l’influence de Gaspar Noé prévaudra par l’utilisation d’une imagerie de la primitivité des sentiments et de l’iconographie viscérale des liens humains, The Neon Demon garde néanmoins sa propre atmosphère fétichiste et se contrefout totalement du cahier des charges du film d’exploitation. Et c’est avec un certain ricanement que The Neon Demon devient l’inverse de l’attente suscitée : un film de mode « horrifique » et non un film d’horreur qui s’approprie du monde de la mode. Un film malade vertigineux.

40. Django Unchained de Quentin Tarantino (2013) avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Samuel L. Jackson, Kerry Washington…

Dans ce Django Unchained souffle un vent de liberté, un amusement presque primaire et décontracté qui inonde l’esprit du spectateur à voir ses combats verbaux transgressifs, à écarquiller les yeux devant ses gun fights trashs compulsifs mais jouissifs, à jouer avec l’anachronisme pop musical où Tarantino s’amuse avec ses joutes verbales qui mettent ses acteurs, plus charismatiques les uns que les autres, sous les feux de la rampe. Tout cela est parfait, on sent une réelle richesse dans cet univers composite entre fiction et réalité historique, la fiction permettant à Tarantino d’incarner les silhouettes d’autrefois par de vrais personnages de bandes dessinées, avec toute l’excitation que cela fait monter chez le spectateur. Qui dit Tarantino dit enchaînement de scènes cultes aux dialogues écrits à la virgule près (l’humiliation de KKK), punchlines incisives, violence graphique à la fois drôlatique et frénétiquesay goodbye to Miss Laura »). Django Unchained est un moment de bravoure au rythme implacable (excepté à Candyland), qui allie travail d’orfèvre et efficacité jamais égalée.

39. La Vie Nouvelle de Philippe Grandrieux (2002) avec Zachary Knighton, Anna Mouglalis, Marc Barbé, Zsolt Nagy, Raoul Dantec…

Sombre avait marqué les esprits avec l’avènement de son télescopage cinétique fait de folie dévorante et d’une mise en image déstructurée, tremblante et aliénée par son animalité. Une œuvre dissoute qui suintait le malaise et qui faisait du corps l’énergie primitive d’un style cinématographique aussi prodigieux qu’insidieux. Oui, Philippe Grandrieux mettait en scène un cinéma hors des sentiers battus, composé d’un schéma narratif plus que flou même si le fil rouge amoureux entreposé autour de ses protagonistes, se suivait sans efforts. Mais avec La Vie Nouvelle, le réalisateur décide d’amplifier sa profession de foi, de désynchroniser encore plus sa manière d’appréhender l’écriture scénaristique. Le choc en est encore plus fort, plus pessimiste. Le cinéma de Grandrieux se mue en quelque chose de transcendantal, violent, mystique où les corps dansent sans discernement pour vivre et éprouver. Comme avec Sombre, l’auteur malmène son image, fait du cinéma une machine haletante, pour le faire crépiter.

38. Gone Girl de David Fincher (2014) avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Missi Pyle, Scoot McNairy…

Comme dans Eyes Wide Shut, la pensée du couple, l’esprit de l’autre, notre place dans un duo et nos responsabilités sont au cœur de Gone Girl où la seule chose qui compte, c’est l’opinion publique. Qui sommes-nous dans le microcosme de la pensée collective, comment manipuler notre image à bon escient et avoir le contrôle de notre propre existence. Un film qui mettra en lumière le talent immense de Rosamund Pike, actrice malheureusement trop rare. Le réalisateur ne réalise pas un simple polar aux multiples fenêtres, mais offre ici un récit envoûtant aux nombreuses pistes de lectures sur les intentions et les manipulations de ses propres protagonistes, notamment durant la deuxième partie, où un jeu du chat et de la souris va devenir un jeu de massacre dans lequel sans rentrer dans un délire schizophrène, le fantôme de Fight Club hantera l’esprit de Gone Girl : la destruction d’un univers pour l’auto construction d’un soi-même en parallèle avec la société de consommation et d’apparence. Un vertige mélancolique et ricaneur sur une quête d’identité passionnante, notamment dans une dernière partie à l’humour noir presque outrancier.

37. Hunger de Steve McQueen (2008) avec Michael Fassbender, Stuart Graham, Laine Megaw, Brian Milligan, Liam McMahon…

Comme dans ses deux œuvres suivantes, Steve Mcqueen étudiera avec brio la notion de liberté et d’enfermement corporel. Dans Shame, la destruction psychique et dépendante de Brandon automatisait l’utilisation de son corps par une addiction dévorante. Avec Bobbie Sands, le revers est différent, où l’esprit libre se détache de son enveloppe et lui permet de détruire son corps pour une cause qui le dépasse. Quelles sont les limites d’un homme face aux privations qu’on lui impose ? Il s’en impose de nouvelles pour dépasser sa propre condition d’humain. La gravité est là, le dolorisme visuel l’accentue, quelques plans suffisent pour faire naître l’effroi où les sévices, les cicatrices deviennent des trophées d’humanisation. . C’est alors qu’à travers un coup de force narratif éreintant, un plan fixe d’une vingtaine de minutes, Steve Mcqueen ne fait plus parler l’image mais laisse les mots faire rejaillir toute leur pureté et leur noblesse. Hunger est un grand film sur la maltraitance du corps ayant comme conséquence l’élévation de l’esprit et ainsi, fait de Steve Mcqueen, le réalisateur le plus fascinant découvert en ce début de 21ème siècle.

36. Spring Breakers d’Harmony Korine (2013) avec James Franco, Vanessa Hudgens, Ashley Benson, Selena Gomez, Rachel Korine…

Spring breakers et sa petite armada de « filles » déboulent comme une tempête avec ses codes cinématographiques plein la tête : mise en scène « clippesque », univers grotesque appuyé sur les années 2000 version MTV, musique hype avec le dubstep de Skrillex. Mais le film ne le cache pas, le contexte se délite de lui-même, le Spring Break n’est qu’un simple subterfuge pour faire place à un film qui prend le visage d’une véritable ode à l’expression de soi-même. Harmony Korine balance un film fourmillant d’idées de cinéma et de mise en scène tout en désacralisant dans sa mise en abîme, les icônes puritaines fabriquées par les industries du cinéma américain que sont Selena Gomez ou Vanessa Hudgens. Alors que le film aurait pu suivre presque pas à pas les dérives d’une Miley Cyrus et sa culture de la superficialité, c’est le fantôme de Britney Spears qui ère tout au long du film, tel un ange déchu, représentant la dérive d’une Amérique qui ne sait plus sur quel pied danser. Comme Drive de Nicolas Winding Refn, Spring Breakers est une œuvre pop assumée, complètement barrée et jouissive.

35. Black Swan de Darren Aronofsky (2011) avec Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel, Barbara Hershey, Winona Ryder…

Le ballet est un art brut, qui laisse des balafres comme un sport de contact. Black Swan joue avec cette idée et se déplace dans le domaine de l’horreur du corps. Darren Aronofsky se réapproprie La Mouche de David Cronenberg, et lentement Nina commence à se transformer en quelque chose d’autre, le craquement de ses ongles, ses saignements, sa chair se détachant en lambeaux. Black Swan est une œuvre charnelle, sensorielle, physique, filmant toutes les écorchures, la moindre petite entorse, mettant en valeur les moindres ecchymoses physiques de sa danseuse. De ce cauchemar névrotique d’une grande puissance doloriste, Aronofsky détraque constamment son film par l’exorcisation du mental de Nina, comblé de scènes fortes entre satire et horreur (la scène de masturbation) et voit la décadence et la destruction de Nina, qui s’enfonce jusqu’à boire le calice jusqu’à la lie. D’où la parfaite symétrie mortifère entre le destin d’une femme et le rôle d’une artiste.

34. The Assassin de Hou Hsiao-Hsien (2016) avec Shu Qi, Chang Chen, Zhou Yun, Satoshi Tsumabuki…

The Assassin est une création magnifique, un film d’arts martiaux qui refuse volontairement le spectaculaire et se dépêtre des plaisirs primaires du genre pour obtenir quelque chose de plus beau, mystérieux et diffuse avec lenteur son emprise méditative. La violence n’est pas le point culminant de The Assassin : cette impression est renforcée par la manière dont Hsiao Hsien tire la poésie de ses scènes de combat. Mais ce qui est le plus extraordinaire est la façon dont Hsiao Hsien incorpore brillamment la libération cathartique qui émane de ces séquences. Et c’est donc par cette finesse du trait, cette intrusion monolithique dans le cinéma de genre que l’auteur invective cette lenteur, cette agonie chancelante, cette hypnose qui suit la même ligne directrice tout au long de son métrage et qui dépouille toute notion d’évasion: The Assassin retient ses coups, jusqu’au bout, au travers de séquences splendides et devient un cinéma où il est difficile de pénétrer, d’éclaircir cette surface opaque. Mais de cette opacité, de ces lieux communs où le monde est figé, de cette caméra qui nous dit ce qu’il faut voir mais qui nous laisse le choix de scruter le moindre objet, Hsiao Hsien garde ses mystères tout en les partageant de façon intime. D’où une liberté et une dignité cinématographique hors du commun qui laissent pantois.

33. Donnie Darko de Richard Kelly (2001) avec Jake Gyllenhaal, Jena Malone, Drew Barrymore, Noah Wyle, Patrick Swayze…

David Lynch s’est mis au teenage movie ? Non, mais c’est tout comme. Avec Donnie Darko, Richard Kelly fait suinter le puritanisme de l’Amérique dans une œuvre aux confins  des genres. Poussant loin les réflexions et le trouble sur le voyage temporel, Donnie Darko égratigne sa jeunesse et sa forme de schizophrénie la plus primaire. Aussi envoûtant qu’hypnotisant par sa faculté à faire naître la peur et extraire les émotions, Donnie Darko défriche avec aridité le rêve adolescent sous les joutes musicales d’une BO somptueuse. Invitant le spectateur à l’interprétation et à l’imagination, Richard Kelly décoche une odyssée cinématographique captivante de folie.

32. Collateral de Michael Mann (2004) avec Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett Smith, Mark Ruffalo, Peter Berg

Dans un Los Angeles transfiguré par son immensité désertée, Collateral est une œuvre d’une virtuosité magistrale à l’aura mystique. Le personnage principal du nouveau film de Michael Mann n’est ni Vincent, un tueur à gages grisonnant et énigmatique ni Max, un chauffeur de taxi pris en otage dans cette expédition nocturne. La star du film, c’est cette ville, filmée comme un lieu dense, atmosphérique, dansant dans des soirées sobres et cuivrées à l’ambiance jazzy ou dans des Night-Club à la musique vrombissante. Los Angeles est enfouie dans la nuit éternelle, la ville est jonchée de lampadaires suivant la traînée lumineuse des voitures sur ces routes interminables, engloutie par la grandiloquence de buildings. C’est fascinant comme Michael Mann arrive à nous faire ressentir la vie qui jaillit dans cette ville, cette ambiance si brumeuse où les pensées des uns et des autres s’évanouissent dans une solitude épuisante et où chacun suit son propre chemin dans l’indifférence la plus totale. Michael Mann s’accapare l’essence même de cette cité, pour en faire un être vivant au cœur battant de mille feux. Collateral, est un projet simple mais pas simpliste, humble mais non dénué de complexité, qui laisse le spectateur s’imprégner de cette ambiance crépusculaire dans ce polar d’une efficacité redoutable.

31. Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry (2004) avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson…

La douceur du souvenir est une graine qui se plante dans l’esprit et qui ne disparait jamais. Dans ce film, qui assimile les codes de l’anticipation et de la romance, Michel Gondry construit et déconstruit une œuvre qui mêle tous les sentiments amoureux : ceux qui se voient et ceux qui sont enfouis dans les méandres du subconscient. Goguenard et romantique, Eternal Sunshine est une planète naturelle et d’une sincérité débordante où l’amour devient une denrée rare qu’il ne faut pas galvauder par les cauchemars de la séparation. Entre quête initiatique et course poursuite face à l’oubli, Michel Gondry utilise alors un esthétisme inventif et une mosaïque captivante sur le labyrinthe qu’est le cerveau humain.

30. Irréversible de Gaspar Noe (2002) avec  Vincent Cassel, Albert Dupontel, Monica Bellucci…

Irréversible est un film organique, charnel, profitant à la fois d’un montage à reculons parfait où les scènes se répondent les unes aux autres et d’un travail sonore sidérant démultipliant cette plongée cauchemardesque dans un chaos infini, et mettant en exergue une réalisation brillante. L’utilisation de la caméra est impressionnante de maîtrise, avec cette accumulation de plan séquences fixes ou complétement volatiles qui partent dans les tous sens. Gaspar Noé se réapproprie les codes du genre « rape and revenge » pour en extraire une sensation turbulente difficilement plaisante mais terriblement magnétique. Au lieu de porter un regard sur une déchéance de violence prenant le pas sur une certaine luminosité humaine, Gaspar Noé prend un chemin de traverse , grâce à une narration à la chronologie inverse particulièrement bien écrite, ayant pour but de relâcher le monstre existant en chacun de nous pour finalement faire naître une pureté émotionnelle bouleversante.

29. Take Shelter de Jeff Nichols (2011) avec Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart, Shea Whigham, Katy Mixon…

Il ne faut pas se fourvoyer : Take Shelter n’est pas un film sur la fin du monde mais sur la peur de la fin du monde qui anime l’être humain. Ce qui est intéressant de noter, c’est la création pyramidale de la narration. Petit à petit, cette peur personnelle va engranger des conséquences plus globales. Elle va gangrener le personnage principal, puis sa cellule familiale notamment son couple, puis la cellule professionnelle puis la société. Ce film est ancré dans une réalité économique et sociale permanente, qui est présentée par une mise en scène humble et sans esbroufes. La fin du film, quant à elle, nous laisse seul face à notre propre questionnement : est-ce que cette peur a de véritables raisons d’être fondée ou n’est-ce que l’objet de notre propre imagination ? D’une justesse touchante, d’une beauté palpable, Take Shelter est un coup de maître dans le paysage du cinéma indépendant américain.

28. Paprika de Satoshi Ko (2006)

Paprika, c’est une « rêve » party grandeur nature, un labyrinthe de rêveries foutraques et de cauchemars grandiloquents, aux couleurs chatoyantes qui débordent d’inventivité visuelle et qui derrière cette fantaisie constante, cache ce qu’il y a de plus humain en nous. Dans un Japon contemporain, un groupe de chercheurs a inventé une technologie permettant de rentrer dans les rêves pour comprendre l’inconscient humain. D’emblée, le film nous insère dans l’esprit psychique de ce flic un peu perdu, s’accrochant de branches en branches, allant de strates en strates, où chaque pièce dévoile une symbolique bien précise. Satoshi Kon voit dans l’illusion et la perte de degré de réalité une thématique principale, pour mieux apprivoiser son art et refléter la véritable réalité de ce qui fait la nature propre de ses personnages à l’image de ce duo schizophrénique Atsuko Chiba vs Paprika.

27. Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese (2013) avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie, Kyle Chandler, Matthew McConaughey…

Le Loup de Wall Street n’est pas un portrait quadrillé de Wall Street ou du monde de la finance, nous ne sommes pas dans Margin Call. La nouvelle œuvre réunissant Scorsese et Di Caprio se fout totalement de moraliser les répercussions des actes de ces courtiers sur l’économie mondiale. Le Loup de Wall Street nous montre le quotidien affolant et gargantuesque de Jordan Belfort, courtier à Wall Street, à l’image de l’une des premières scènes du film, où Belfort se sniffe une ligne de cocaïne dans l’anus d’une prostituée, avec claquage de fessier en prime. Ici on n’est pas là pour plaindre les riches qui se font baiser à coup de millions de dollars de commissions ou pour s’apitoyer sur le sort de la pauvre populace qui s’est engouffrée dans ce marasme monétaire hallucinogène. Le Loup de Wall Street est un film sur notre époque, où le cynisme est le point d’orgue de tout, où tout a un prix, où la vie ne mérite de se vivre que dans l’excès, que dans la déchéance.

26. Mysterious Skin de Gregg Araki (2004) avec Joseph Gordon-Levitt, Brady Corbet, Bill Sage, Michelle Trachtenberg, Jeffrey Licon…

Sujet ô combien délicat que celui de la pédophilie. Avec Mysterious Skin, Gregg Araki s’écarte de son côté farceur, oublie les irrévérences de sa Teenage Apocalypse pour se muer en réalisateur doux, amer, peignant son art d’une tragédie, d’une agonie inexpliquée voire inexplicable. Par ce biais-là, Mysterious Skin ne deviendra non pas une analyse d’un fait, ni une rétrospective d’un pourquoi mais sera la dissection d’un trauma sur le temps, durant l’adolescence de nombreuses années après le drame. Mysterious Skin est un récit initiatique biaisée d’avance, déchiré par un passé qui ne pourra jamais s’oublier. Il n’en reste pas moins un brûlot émotionnel incomparable, à la réalité foudroyante, au graphisme sexuel tétanisant, au questionnement amoureux détraqué mais qui construit ses trames par petites touches, transfigure son empathie à fleur de peau pour pointer du doigt avec finesse et rage les retors d’une Amérique aux contours cadavériques, thématiques omniprésentes dans la filmographies de l’auteur américain : la dislocation de la cellule familiale, le mensonge et la malhonnêteté de la connexion télévisuelle, les maladies, le visage de l’amour.

25. Le fils de l’Homme d’Alfonso Cuaron (2006) avec Clive Owen, Julianne Moore, Charlie Hunnam, Michael Caine, Chiwetel Ejiofor…

Même si Gravity sera un succès critique et public impressionnant, c’est surtout le fils de l’Homme qui anoblit Cuaron comme étant un réalisateur hors du commun. Proche de l’exercice de style avec la vigueur de ses longs plans séquence, le fils de l’Homme est une œuvre d’anticipation envoûtante saupoudrée de la noirceur de l’âme humaine et de son espoir utopique fragmentaire. Dans un monde décimé et presque post-apocalyptique, où la destruction et la guerre ne font qu’une cette course poursuite pour la vie et la continuité de l’espèce humaine étincelle par son osmose entre le symbolisme et l’énergie de la synergie visuelle.

24. Her de Spike Jonze (2014) avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara, Matt Letscher

Sous cette forme de film d’anticipation, Her prend le chemin d’un récit initiatique amoureux, où la technologie prendra des allures de catalyseur vital pour Theodore, pour apprendre sur lui-même. Loin d’être une chronique sur la déshumanisation de l’homme, Her crée sa propre réalité irréelle pour épouser avec délicatesse, toutes les possibilités que la technologie propose  à l’homme. La technologie est au final, la propre métaphore de ce qu’est l’amour : une expérience qui nous permet de voir le monde différemment, un espace-temps délectable qui nous ouvre des portes inattendues. Jonze écrit alors un film terrible de sensibilité, intelligent, une histoire d’amour inédite mais universelle, qui passe du chaud au froid avec facilité, jamais moralisatrice sur la condition humaine, filmant avec drôlerie et tristesse la solitude affective d’un homme qui ne demande qu’à s’affranchir des sentiments qui l’empêchent d’avancer. C’est juste l’histoire d’un homme qui veut enfin, commencer à écrire ses propres lettres.

23. La pianiste de Michael Haneke (2001) avec Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Annie Girardot, Anna Sigalevitch, Susanne Lothar…

Comme souvent chez Haneke, le réalisateur va poser son regard clinique sur cette bourgeoisie mondaine et patriarcale qui sclérose les pulsions humaines, qui tait ses propres fantasmes pour en faire des démons inavouables. Subir sa vie comme un fardeau, une pénitence perverse, où sa mélodie le fait maître de son corps et de ses propres désirs. Derrière la caméra, une distance s’immisce finement et va donner droit à l’éclosion d’une folie moribonde, désinhibée. Cette réalisation froide, faite de longs plans séquence qui allonge la dureté des scènes, instaure une austérité s’engouffrant dans l’absurdité la plus dérangeante, tout en accentuant le fossé existant entre la sécheresse de la vie de tous les jours d’Erika et l’âpreté de sa vie privée. La pianiste s’avérera être une œuvre dure, d’une puissance déshumanisante tonitruante, une descente dans les abysses de la souffrance solitaire. Haneke réussit son coup, car malgré la dureté du film et sa violence tant physique que psychologique, la dernière séquence du film est un torrent terrassant de solitude.

22. Le conte de la princesse Kaguya de Isao Takahata (2014)

Le conte de la princesse Kaguya est un conte triste sur la recherche du bonheur, une fable sur la pureté du souvenir, sur la fragilité de notre existence, une œuvre d’une liberté assez réjouissante, changeant d’allures à sa guise entre recueillement contemplatif et explosion volcanique. Tout cela accordé par un dessin en perpétuel mouvement, à la fois simpliste et détaillé, clair et sombre. Graphiquement, c’est un plaisir immédiat pour les yeux, c’est d’une grâce insoupçonnée. Toutes les parcelles de doute tombent devant nos yeux, où la tristesse d’une fille qui ne discernait plus sa place a trouvé écho dans les oreilles de contrées stellaires face à une douloureuse acceptation d’une mort prochaine sans souvenir.

21. Le nouveau monde de Terrence Malick (2005) avec Colin Farrell, Q’orianka Kilcher, Christian Bale, Christopher Plummer, August Schellenberg…

Malick signe un long métrage qui n’a qu’une seule et petite ambition : voir la beauté et la transformation du monde dans le regard d’une jeune femme qui va voir son cœur battre pour deux hommes différents, son innocence et son enfance s’effacer pour mieux s’affranchir, s’éparpiller pour mieux se reconstruire. Le Nouveau Monde est mis à nu par sa mise en scène exceptionnelle, cette vision du monde par l’entrebâillement du cadre, ce montage volontairement libre presque omniscient, cette sensibilité dans l’agissement, ce mouvement omniprésent. Ici le récit avance par la démonstration du mouvement, du retranchement intérieur de ces âmes en peine, en proie au doute, de ces voix off en perpétuel questionnement sur la nature de leur enracinement, des velléités de ces âmes transcendantales, de ces hommes et femmes qui ne font qu’un avec l’environnement. Puis à de nombreux instants, le génie opère et l’émotion ne peut se contenir devant une œuvre magique, d’une pureté éclairante.

20. Kill Bill Volume 1 de Quentin Tarantino (2003) avec Uma Thurman, Lucy Liu, David Carradine, Sonny Chiba, Michael Madsen…

Abandonnant ses longues plages de dialogues et son intérêt particulier pour le polar tout en polarisant son affect pour l’Entertainment, Quentin Tarantino met de côté sa clique de losers. Fini les anti-héros, les mafieux de pacotille, les boxers sur la corde raide, ou les toxicos pavillonnaires, c’est une toute autre mécanique, le chanbara et le cinéma japonais, qui giclent sur l’écran. Formant un diptyque, une mosaïque de références secouées dans un shaker, Kill Bill est dilué entre un Volume 1 et un Volume 2, mais le premier du nom parle pour lui, et gagne en galon pour accentuer sa valeur, son identité carnassière et jubilatoire où Tarantino ne perd pas son talent pour sécréter des moments de cinéma marquants, notamment cette fulgurante séquence avec les Crazy 88. Un combat d’une rare générosité, à la fois en couleur et en noir et blanc, opposant son héroïne face à une centaine de yakuza. Rien que ça.

19. A History of Violence de David Cronenberg (2005) avec Viggo Mortensen, Maria Bello, Ed Harris, Ashton Holmes, William Hurt…

Cronenberg nous enfonce dans une noirceur la plus totale, à l’image de son personnage principal où Viggo Mortensen semble complètement habité d’une violence intérieure chaotique. Avant de s’apparenter à une simple parabole d’une société consolidée par une certaine vision de la justice et la défense, A History of violence est avant tout un objet cinématographique saisissant par son ambiance quasi primitive entre joutes sexuelles maritales torrides et fulgurances sanglantes à l’esthétique tranchante. Film de commande sur la nature humaine, A History of violence nous montre que le naturel revient vite au galop malgré les non-dits et les mensonges. Ce qui fait la force de ce long métrage, c’est de ne rien laisser au hasard, de n’avoir aucun déchet tant dans ses personnages que dans ses plans, A History of Violence est un bloc de marbre à l’efficacité redoutable et d’une élégance stylistique magnifique.

18. Drive de Nicolas Winding Refn (2011) avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, Albert Brooks, Oscar Isaac…

Avec un ce polar urbain moderne, Nicolas Winding Refn goûte enfin au succès qu’il attendait tant. Drive est une œuvre moulée dans le béton tant Nicolas Winding Refn parait méticuleux avec sa mise en scène écrasante et matérialisant à elle seule la puissance de son Driver. L’esthétisme étouffant de Drive et celui de Ryan Gosling ne font qu’un : la lenteur, le mutisme, catapultés vers des irruptions de violence intraitables. La griffe du réalisateur de la trilogie Pusher est bien là. Drive est une leçon de mise en scène, un bloc de glace peu loquace, où tout semble calculé au moindre centimètre, où rien ne dépasse, tous les cadres sont orchestrés avec précision, chaque plan est composé avec maestria. Les premières minutes du film, une évasion nocturne suite à un casse sur les bitumes, sont impressionnantes de minutie, dont le montage ciselé incorpore une tension implacable. Drive est un film de genre à la fois simple et singulier, préférant installer son atmosphère onirique au lieu de faire chauffer le moteur, un véritable film de formaliste et presque fétichiste, où les sentiments se dégagent plus par l’image que par le dialogue. Un pur film hollywoodien détaché de toute chaine, un coup de maître.

17. There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson (2007) avec Daniel Day-Lewis, Ciarán Hinds…

There will be blood, est le destin d’un homme, d’un pays, qui va alors comprendre les ficelles du métier pour s’adjuger une réussite viscérale, mettant de côté des valeurs morales qui semblent terriblement abstraites dans cette course forcenée vers le pouvoir. There will be blood est le film d’un réalisateur, d’un artiste captant l’essence de son art comme jamais. Paul Thomas Anderson maîtrise son film de la première à la dernière seconde. Visuellement, l’environnement de ces grandes plaines desséchées semble infini tant la photographie est somptueuse avec ces plans séquences pénétrant au plus profond des abysses pétroliers. Le réalisateur filme les prémices de la soumission de l’homme face à l’argent et à sa condition de vie sans jamais tomber dans un discours moralisateur de pacotilles. There wille be blood est aussi rêche que le regard de Daniel Plainview, une œuvre magistrale et incandescente, au souffle brûlant, commençant silencieusement mais finissant par la folie et la force macabre des mots.

16. Le Village de M. Night Shyamalan (2004) avec Bryce Dallas Howard Joaquin Phoenix Adrien Brody William Hurt et Sigourney Weaver…

Peut-être que seul un regard innocent sur la brutalité de notre monde est apte à pouvoir franchir les barrières qui entourent nos pires angoisses. A travers cette communauté reculée et recluse sur elle-même, Shyamalan dépeint avec virtuosité l’amertume de la culpabilité et les fêlures de la peur qui habitent en chacun de nous. Par le prisme du fantastique et avec des créatures rouges venues des bois ténébreux et hantés, Le Village se raconte telle une fable minimaliste mais presque romanesque à la délicatesse raffinée. Malgré sa douceur et son vague à l’âme contagieux, on y découvre un long métrage d’une extrême richesse. Derrière son aspect cotonneux de parabole politique, Le Village est avant tout un film qui transpire le cinéma où le fantastique permet de mélanger fiction et réalité et surtout de manipuler les esprits, tant celui du spectateur que celui de cette communauté. Fabuleusement romantique, Le Village est une ode au courage et à l’amour peignant non sans amertume les méandres utilitaristes du mensonge.

15. Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki (2001)

Dans le désordre de l’humanité et le désenchantement de ses conditions de vie matérialistes allant à l’encontre de la nature et de ses valeurs, Le Voyage de Chihiro est un récit initiatique pour la liberté de la forme et de l’identité. Dans ce monde urbain qui se meurt par ses pratiques, la nature doit reprendre ses droits. Entre tradition japonaise, message écologique et mythe spirituel, Miyazaki crée un monde protéiforme dont la vitalité éclabousse chaque plan du récit et dont la poésie ramifie tous les spectres.

14. Mad Max Fury Road de George Miller (2015) avec Charlize Theron, Tom Hardy, Nicolas Hoult…

Fury Road, c’est crade, c’est furieux, c’est un cinéma du mouvement, de la fuite en avant. Tout transpire le cinéma, le cinéma d’action dans Mad Max Fury Road. Derrière l’épure du scénario, qui se retranscrit parfaitement à l’écran, où l’univers se suffit à lui-même pour dévoiler un kaléidoscope de thématique riche, George Miller et toute son équipe mettent en place un véritable tour de force cinématographique avec un foisonnement absolu de détails à l’image. S’inscrit à l’écran un véritable opéra rock dévergondé, un concert de métal aux couleurs monochromes, où les plans se superposent dans une maestria hallucinogène improbable, une dissection chirurgicale du combat, une chorégraphie même de l’action qui enchante à de nombreuses reprises, sans lasser ni se répéter grâce à une ribambelle d’idées graphiques fulgurantes (l’accélération des images, le musicien à la guitare de feu). What a lovely day.

13. Shame de Steve McQueen (2011) avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale, Nicole Beharie…

Brandon est Michael Fassbender, Michael Fassbender est Brandon. Qui mieux que lui pour jouer ce rôle au squelette dessiné et à la sécheresse sentimentale profonde. Son charisme, sa force centrifuge, sa fermeté, une sorte de virilité qui s’estompe par sa violence, qui retranscrit à merveille les fêlures aliénantes de cet homme. Enfermé dans un cercle vicieux qui robotise sa psyché, qui défriche sa pensée. Shame est une tragédie moderne, une enclave solitaire dans une quête non résolue. McQueen parle d’addiction, de cette accroche inconsciente à un mal claustrophobe, mais surtout, dépeint une société consumériste et faite d’identités solitaires, qui consomment à outrance sans départager l’humain des objets. Shame est spectateur d’une perte de repère émotionnel de la société moderne, qui cristallise les démons qui nous habitent, sans vouloir en être le procureur.

https://www.youtube.com/watch?v=k8q8BCzkIFs

12. No country for old men de Ethan et Joël Coen (2007) avec Javier Bardem, Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Woody Harrelson…

No country for old men est une grille excellemment bien écrite d’hommes et de femmes à l’innocence déchue et aux rapports plus ou moins différents à l’argent. Les frères Coen nous servent sur un plateau un récit d’une grande qualité qui mélange avec aisance, scènes de pure tension au suspense implacable et moments intimistes à l’ironie presque macabre. No country for old men est d’une telle qualité qu’un rien devient tendu et sec comme un coup de trique vous prenant aux tripes. La violence, l’argent, des valeurs qui prédominent et hiérarchisent notre civilisation moderne et qui corrompent les hommes jusqu’à les ramener à leur état primitif, feront de No country for old men un film noir sans concession avec ses faux airs de western. Avec cette adaptation du livre éponyme de Cormac McCarthy, les frères Coen nous offre là non pas qu’une simple course poursuite contre le temps mais est un véritable recueil à la fois ironique et mélancolique sur la place de l’argent dans une société laissant de côté ses principes pour assouvir ses ambitions.

11. Love Exposure de Sion Sono (2009) avec Takahiro Nishijima, Hikari Mitsushima, Sakura Ando…

Love Exposure raconte l’histoire infernale d’un amour véritable, rendu presque impossible par une société japonaise qui ne cesse de refréner ses ardeurs en se cachant derrière une religion écrasante, inhibant ses pulsions charnelles, avec comme moteur la peur de dévoiler ses sentiments et la dislocation de la sphère familiale, dans un modèle social gangrené par la manipulation malveillante d’une branche sectaire prête à tout pour utiliser l’esprit malmené d’une population sous le coup de la dissolution. Malgré sa longue durée, 4h de film qui filent à toute berzingue dans une cohérence cinématographique bluffante, on sort du film presque frustré de voir le générique prendre fin tant l’empathie est impressionnante de symbiose avec le récit de ces jeunes adolescents hauts en couleurs et qui découvrent le monde adulte en passant par les étapes de la vie dans l’affranchissement de soi-même et la découverte des péchés et de la sexualité, qui font l’homme ou la femme que nous sommes. Sion Sono embrasse avec magnificence la radicalité gore et la jovialité sexuelle de cette jeunesse un peu tarée.

10. Oslo, 31 aout de Joachim Trier (2011) avec Anders Danielsen Lie, Hans Olav Brenner, Ingrid Olava, Anders Borchgrevink, Andreas Braaten…

Oslo, 31 aout n’est pas une œuvre sur la dépendance ou l’acte abrupt qu’est le suicide, mais détourne son récit sur des chemins de traverse plus délicats comme la peur du vide, la honte d’avoir perdu son temps et de voir qu’il n’est plus possible de tourner les pages de sa propre vie dans le bon sens. La culpabilité, cette chimère, cette araignée qui tapisse les méandres de sa psyché. De discussions en discussions, il paraît résigné, perdu dans une ébullition humaine ennuyante. La dernière partie du film, est plus abstraite, un dessin funeste, une virée joyeuse en enfer, une dernière trace de lui à la lueur du jour, un plaisir finalement rattrapé par la culpabilité et sa désocialisation définitive. Un petit bijou, à l’image d’Anders : ne faisant pas de bruit, qui marche au bord du précipice comme une étoile filante qui galoperait dans un ciel éphémère.

9. The Dark Knight de Christopher Nolan (2008) avec  Christian Bale, Heath Ledger, Michael Caine, Aaron Eckhart, Gary Oldman, Maggie Gyllenhaal, Morgan Freeman…

The Dark Knight est un film d’une qualité cinématographique parfaite, dans le rythme de ses rebondissements et l’excellence de sa mise en image. Nolan tient en haleine sa dramaturgie fictionnelle grâce une écriture et un montage narratif parfaits, mélange rodé entre scène de récit et d’action, laissant place à l’iconisation de ses protagonistes. Le film porte bien son nom : The Dark Knight. Batman n’est pas là pour qu’on le sanctifie mais pour prôner la justice tout en sachant qu’il ne pourra jamais être le visage de l’Ordre. Il est comme le Joker : une création du désordre, qui le poussera à aller à l’encontre de la démocratie, de ses libertés fondamentales et des droits des citoyens. Et dans un final haletant, la question devient lourde et pesante : quel visage doit prendre la justice pour laisser l’Ordre rejaillir ? L’Ordre est-il une hypocrisie qui mérite de laisser vivre un mensonge d’État ? Mais le Mal est déjà là. Et par ce biais, The Dark Knight devient alors le reflet de toute la dualité morale de l’Amérique face à ses pires démons.

8. Under The Skin de Jonathan Glazer (2014) avec Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams…

Jonathan Glazer écrit et réalise une œuvre de pure fascination plastique, parfois d’un réalisme qui frise la forme documentaire mais à l’esthétique qui ne laisse pas de marbre. Under the skin est à l’image de Scarlett Johansson, d’une cohérence sans borne : un film objet, simple comme bonjour mais terriblement fascinant qui sort des sentiers battus, une vraie proposition de cinoche d’une beauté omniprésente. On aurait pu s’attendre à une odyssée frénétique, sensorielle, il n’en est presque rien, juste une poésie fulminante et fantastique qui se dégage de presque chaque plan du film. Cette jeune mante religieuse mutique, est l’alter ego de Jean, personnage du fantastique Sombre de Philippe Grandrieux. Malgré son mutisme, Under The Skin est une œuvre riche s’intéressant autant au désir féminin qu’à la limite de notre humanité. Film hybride entre science-fiction et approche naturaliste, Under the Skin pousse très loin le curseur de l’hypnotisation cinématographique.

7. Old Boy de Park Chan Wook (2003) avec Choi Min-Sik, Yu Ji-tae, Kang Hye-jeong, Ji Dae-han, Oh Dal-su…

La vengeance est un plat qui se mange froid. La seule possibilité de faire cicatriser les plaies de l’âme est de faire passer le temps. Mais malgré ça, certaines choses ne s’oublient pas. Avec Old Boy, Park Chan Wook nous offre un dédale névrotique aussi romantique qu’immoral, aussi violent que lancinant. Une lutte pour faire cesser les souvenirs qui nous détruisent et qui hantent un homme jusqu’à la fin de sa vie. Une course contre le temps et l’amour monstrueux, qui malgré sa radicalité, fait naître une poésie incandescente.

https://www.youtube.com/watch?v=bb6h8CHB170

6. Memories of Murder de Bong Joon-Ho (2003) avec Song Kang-ho, Kim Sang-Kyung, Kim Roe-Ha, Song Jae-ho, Byeon Hie-bong…

Avec Memories of Murder, le réalisateur sud-coréen frappe un grand coup dans la sphère du polar. Muni d’un ton assez unique, où la rupture du genre fait rage entre l’hilarité burlesque et la dramaturgie turgescente, Bong Joon Ho crève l’écran avec cette intrigue policière dans le maigre milieu de la campagne coréenne. Cadenassé entre l’envie de décrire un environnement aussi riche que repoussant et de celle de coller au genre, Memories of Murder détient par la finesse de sa mise en scène, un suspense insoutenable qui établit son cheminement par le prisme de l’horreur et du ricanement mais finit par déverser un torrent d’émotion qui laisse le spectateur hagard pendant de nombreuses minutes. Ce dernier plan, laisse le personnage et le spectateur dans la même position : les larmes aux yeux.

5. Lost in Translation de Sofia Coppola (2003) avec Bill Murray, Scarlett Johansson…

Attendri par ces hauts buildings tokyoïtes, Lost in Translation se camoufle dans une couverture cotonneuse douce-amère. Lost in Translation parle de cette solitude, celle qui, parfois, nous oblige à faire des choix. Des choix instinctifs et à cœur perdu. Lost in translation, c’est avant tout Bob et Charlotte, deux êtres perdus au beau milieu de cette immensité, de toute cette foule singulière dans cette ville de Tokyo aux multiples facettes. Seuls les regards, les sourires, les petites discussions au coin d’un lit importent. Ce qui de manière immédiate, donne encore plus de substances à ce spleen ambiant et à ce détachement déshumanisé jamais montré de façon maniérée. Car elle est là, toute la beauté de Lost in Translation, interroger l’ennui et sa fadeur, mais Sofia Coppola n’a pas sa pareille pour filmer cet écran de fumée. Le film se finit de façon délicate et nous touche en plein cœur par son authenticité. Une parole dans le creux de l’oreille, comme la plus belle des déclarations.

4. In the Mood For Love de Wong Kar Wai (2000) avec Maggie Cheung, Tony Leung Chiu Wai, Rebecca Pan, Kelly Lai Chen, Siu Ping Lam…

Wong Kar Wai examine la naissance du désir avec une pudeur magnifique, faisant de In the Mood for love un film touchant et d’une classe pas toujours coutumière au cinéma. A défaut de prendre l’amour à bras le corps, In the Mood for love recueille les prémices des premiers désirs, de ses balbutiements qui happent notre cœur. Wong Kar Wai filme les petits gestes du quotidien, la routine solitaire, la monotonie des sentiments, l’impuissance intérieure face aux désarmements affectifs amenée par la solitude du sentiment amoureux. Cet univers, à Hong Kong, bourgeois faits de bonne manière, avec ses personnages propres sur eux, leurs coiffures parfaites, leurs robes et costumes cousus au millimètre près, font de In the mood for love un écrin visuel magnifique et à la finesse rare.

3. The Social Network de David Fincher (2010) avec Rooney Mara, Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake…

Toute l’idée du film est englobée dans cette première scène de rupture : Mark Zuckerberg se fait larguer par son ex, deux monologues s’éclaboussent l’un contre l’autre où incommunicabilité, égocentrisme, opportunisme, célébrité, compétition, et règle de la jungle humaine se font écho. Malgré sa construction plus ou moins classique et ses lignes de dialogues incessantes, The Social Network n’en reste pas moins un film profondément ludique par le talent indéniable à l’écriture d’Aaron Sorkin et une qualité de montage particulièrement intense entre la marche en avant antérieure de Mark Zuckerberg et ses tribulations judiciaires actuelles. The Social Network n’est pas qu’une simple description de la création du site Facebook, mais se révèle être beaucoup plus que cela, une quête d’identité virtuelle à la réalité acide. David Fincher nous parle d’un surdoué asocial pris de court par le monstre qu’il vient de créer. C’est littéralement une plongée dans l’envers du décor de la hiérarchie de notre univers qui prend conscience de son étrangeté. Une œuvre aussi intelligente qu’intelligible portée par l’élégance scénique de Fincher, la précision littéraire de Sorkin et la magie musicale de Reznor.

2. The Tree of Life de Terrence Malick (2011) avec Brad Pitt, Sean Penn, Jessica Chastain, Hunter McCracken, Laramie Eppler…

Loin du prosélytisme dénoncé par ses détracteurs, le réalisateur américain délivre là une œuvre d’une force poétique et métaphysique hors du commun, se rapprochant du Miroir d’Andrei Tarkovski et de 2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Sans jamais tomber dans le piège de la propagande, The Tree of Life est une ode presque proustienne, un humble message d’un homme qui n’est pas forcément en paix avec lui-même mais qui filme, admire ces moments de communion avec la nature, avec le soleil qui caresse la peau, ces brindilles d’herbes comme lieu de jeu. The Tree of Life s’interroge finalement beaucoup plus sur l’existence de dieu qu’il ne valide sa présence. Il n’est juste question d’humanisme où le cinéma n’est utilisé que comme un simple moyen de communication avec les autres, dans un déluge visuel incroyable de beauté. La belle histoire d’un fils qui se remémore sa jeunesse, qui dissèque par les souvenirs les connivences avec son père, la majesté de sa mère ou l’union d’une fraternité balbutiante. Un acte cinématographique d’une rare sincérité.

1. Mulholland Drive de David Lynch (2001) avec Naomi Watts, Laura Harring, Ann Miller, Dan Hedaya, Justin Theroux…

Mulholland Drive chavire en eaux troubles dans une symphonie cynique qui s’articule entre le mirage du crime passionnel et la quête de rédemption rêveuse qui s’étiole pour peindre un monde hollywoodien aux multiples visages : presque monstrueux de cruauté où les sourires s’effacent dans l’ombre pour engendrer des larmes de désespoir. Rêve d’une actrice laissée pour compte par un Hollywood sans scrupule ou cauchemar d’une grande actrice paranoïaque, Mulholland drive est l’un des films d’amour les plus forts que l’histoire du cinéma ait pu délivrer. Impressionnant par la justesse de son histoire et par sa vision d’un Hollywood créateur de malheur et d’anges déchus, Mulholland Drive joue les équilibristes entre chaud et froid, ténèbres et éclaircie, contemplatif et horrifique. David Lynch bidouille son art pour offrir sa vision mortifère du 7ème art dans lequel il ne se reconnait plus. Sensible, incandescent, désespéré, Mulholland Drive est l’œuvre la plus maîtrisée de son réalisateur. Mulholland Drive comme la quintessence du cinéma.

 

 

Birth of a Nation, un film de Nate Parker : Critique

Davantage qu’au chef d’oeuvre de D.W. Griffith, produit en 1915 et encore aujourd’hui taxé de racisme du fait de la justification qu’il donne au bienfondé du Ku-Klux Klan, dont il emprunte son titre, ce Birth of a Nation de Nate Parker fait écho à un long-métrage bien plus récent : 12 Years a Slave.

Dire que les Etats-Unis sont enfin prêts à regarder en face cette part sombre de leur histoire revient finalement à prétendre que les films d’esclavage semblent être devenus à la mode. Faut-il penser que le scandale de la non-représentativité des afro-américains aux  Oscars joue en faveur de cette tendance ? Ce n’est certainement pas le très inabouti et opportuniste Free State of Jones de Gary Ross qui nous fera penser le contraire. Alors, qu’est-ce que Nate Parker peut bien avoir à apporter de neuf dans la représentation de l’esclave noir dans le cinéma hollywoodien ? En tant qu’acteur souvent relégué aux rôles secondaires, il se donne le rôle principal dans son propre film. Mais au-delà de ce casting qui s’accompagne d’une mise en scène tout aussi autocentrée, son personnage manque trop de profondeur pour poser sa pierre à l’édifice dans la peinture d’une communauté afro-américaine qui ne demande qu’à s’émanciper du joug de l’oppresseur blanc.

Malgré une magnifique scène d’ouverture, tournée de nuit, qui donne à l’enfance du héros un écho avec la culture animiste africaine, le scénario va s’aligner sur la parole évangélique que va déclamer Turner de scènes en scènes. Ces prêches semblent être l’unique élément dont Parker veut que nous nous rappelions à propos du personnage. Une inévitable histoire d’amour brisé va maladroitement se rattacher à son histoire, mais avec si peu d’implication dans son interprétation qu’elle en devient parfaitement anecdotique. En poussant jusqu’au gore les quelques scènes de tortures infligées aux esclaves, le réalisateur espère choquer le public et lui faire partager une surenchère mélodramatique. Malheureusement, le ton froid et soutenu tel que l’avait mis en place McQueen dans 12 Years a Slave était en cela d’un bien meilleur effet. Ce ne sont donc ni son jeu d’acteur monolithique ni ses quelques passages ultraviolents qui valurent au film son succès au Festival de Sundance. Mais quoi alors ? La question reste ouverte.

Du côté des « blancs », la seule véritable bonne surprise du film nous provient d’Armie Hammer, qui reprend –jusque dans les costumes qui semblent recyclés – le rôle de l’esclavagiste tenu trois ans plus tôt par Michael Fassbender. Mais même si l’acteur fait preuve d’un charisme que l’on ne lui aurait pas soupçonné au vu de ses précédentes prestations moins sérieuses, le scénario ne parvient jamais à creuser l’ambiguïté de la relation de domination qui le lie à ses esclaves. L’unique personnage blanc que l’on retiendra est celui du tueur incarné par l’irrésistible Jackie Earle Haley, qui incarne le manichéisme le plus crétin que l’on puisse donner à un tel récit historique. La principale limite repose dans cette impossibilité du réalisateur-scénariste de faire dépasser à son film le point de vue unique de son personnage, l’empêchant de mettre en place un quelque discours qui pourrait se prétendre humaniste. Mais surtout, la morale vers laquelle semble vouloir se diriger Parker restera floue jusqu’au bout. Si Free State of Jones avait au moins l’avantage de faire (avec certes peu de subtilité) de son héros un exemple à suivre, il est difficile d’en dire autant de Nat Turner dont la rébellion semblait voué à l’échec par le simple fait qu’elle doive se contenter de quelques minutes pour être portée à l’écran.

A l’heure où les tensions raciales redeviennent le drame de la société américaine, qu’est-ce que la révolution avortée de Nat Turner peut bien avoir à apporter ? Certainement pas un message d’espoir aux communautés afro-américaines victimes quotidiennement des exactions policières. L’importance donnée par la narration aux prédications bibliques a pour conséquence que le héros se rapproche davantage d’une énième figure christique que d’un véritable symbole de liberté, façon William Wallace black, et ce même dans ses quelques dernières minutes de velléités libertaires. N’ayant, pour souligner le souffle romanesque de cette dernière partie, qu’un excès de tons monochromatiques, la mise en scène est loin de porter son combat en modèle pour son peuple opprimé. Faut-il suivre les paroles de Dieu quand celui qui la répand nous mène vers une mort ? Bizarrement, cette question – elle aussi au cœur de l’actualité – n’est jamais tranchée par le film, au risque de laisser derrière soi une aura malsaine dans le sens où la centaine de morts laissée vainement derrière elle par cette émeute n’est aucunement présentée comme un drame, la narration n’étant encore une fois concentrée que sur son personnage principal et, par extension, sur la prestation de son réalisateur. Et pourtant, il parait que, malgré sa réalisation académique en forme d’égo-trip et sa morale plus que douteuse, Birth of a Nation est l’un des favoris aux Oscars. Comme quoi, l’Académie n’en a pas fini de nous surprendre!

Synopsis : Virginie, le début du 19ème siècle. Nat Turner n’est pas un esclave comme les autres puisque, dans son enfance, on lui a appris à lire et à réciter les Saintes Ecritures. A présent, trimballé de campements en campements pour y jouer les prédicateurs au service des propriétaires blancs, il est le témoin privilégié des violences infligées à ses frères… jusqu’à ce qu’il décide de se rebeller contre ses maitres.

Titre original : The Birth of a Nation
Réalisation : Nate Parker
Scénario : Nate Parker, d’après son histoire partagée avec Jean McGianni Celestin
Interprétation : Nate Parker (Nat Turner), Armie Hammer (Samuel Turner), Mark Boone Junior (révérend Walthall), Colman Domingo (Hark Turner) Jackie Earle Haley (Raymond Cobb)…
Photographie : Elliot Davis
Montage : Steven Rosenblum
Musique : Henry Jackman
Direction artistique : Geoffrey Kirkland
Costumes : Francine Jamison-Tanchuck
Production : Jason Michael Berman, Aaron L. Gilbert, Preston L. Holmes, Nate Parker et Kevin Turen
Sociétés de production : Bron Studios, Mandalay Pictures, Phantom Four et Tiny Giant Entertainment
Sociétés de distribution : Twentieth Century Fox France
Récompenses : Grand Prix du Jury & Prix du Public à Sundance 2016
Genre : Drame historique
Durée : 110 minutes
Dates de sortie : 11 janvier 2017

Etats-Unis – 2016

Moi, Daniel Blake, un film de Ken Loach : Critique

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Moi, Daniel Blake, Vingt-cinquième long métrage, dix-huit sélections à Cannes dont treize en compétition officielle, Ken Loach est le vétéran britannique du Festival de Cannes.

Synopsis : Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

On serait presque tenté de dire son doyen. C’est désormais une habitude pour lui que de venir défiler sur le tapis rouge et de présenter régulièrement son dernier-né. Alors quand il gagne sa seconde Palme d’Or – dix ans après Le Vent se Lève – c’est toute la profession qui salue sans doute l’un des derniers gestes de l’un des plus grands cinéastes européens et fer de lance du réalisme social, sous-genre initié par Roberto Rossellini (néoréalisme italien) dont la particularité est de traiter de sujets sociaux sous un angle semi-documentaire (la réalité réécrite mais traitée sous un format brut). Le prestige est là et Ken Loach a l’immense honneur d’être salué de son vivant. Mais derrière l’acte de bravoure et de dénonciation qu’exerce Ken Loach a chacun de ses films et particulièrement dans Moi, Daniel Blake, le réalisateur ne serait-il pas en train de faire preuve d’une facilité qu’on ne lui connaissait pas ? Comme appuyer un propos connu avec des facilités scénaristiques déplorables pour un cinéaste de son ampleur ? Car à la fin de la projection et malgré tout le respect porté à Ken Loach, c’est bel et bien ce que l’on est tenté de penser quand naît la désagréable sensation que le film semble s’efforcer par tous les moyens de convaincre son auditoire, essayant vainement de lui arracher les larmes pour le rallier à son discours. Un parti-pris exacerbé qui en devient gênant tant le cinéaste use de pathos et de situations faciles pour faire adhérer au destin – certes – empathique de ce – certes – sympathique Daniel Blake. Et au final une interrogation qu’on a honte de poser à haute voix tant Monsieur Ken Loach est un homme dévoué pour les causes sociales : Est-ce-que Moi, Daniel Blake est une immense mascarade ?

Moi, pathos et empathie forcée

Fini donc le récit historique irlandais des années 1930 de Jimmy’s Hall et retour à ce qui fait la veine du cinéma loachien, le drame social. On retrouve ainsi sa patte, à ceci près qu’elle semble moins « documentaire » qu’à l’accoutumée. Il y a toujours les codes du réalisme social fidèles à Loach,  à savoir la justesse de ses acteurs – inconnus, sauf Dave Johns, comique de stand-up – qui délivrent des performances touchantes, une mise en scène au plus près des corps, une humanité qui anime ses personnages ou cette analyse au scalpel de ce qui fait l’absurdité de l’administration et, plus globalement, de la société britannique. On retrouve donc le cinéaste dans ce qu’il fait de mieux et paradoxalement dans ce qu’il fait de pire, soit un manque total de prise de risque et un manque de renouvellement à travers un message qu’il délivre depuis trente ans. Si ce n’était que ça, on serait simplement tenté de dire qu’il s’agit d’un « Ken Loach mineur » dont l’efficacité n’est cependant pas à renier. Pourquoi reprocher à un cinéaste de suivre la voie qui a toujours été la sienne et pour laquelle il s’est toujours battu ? Non, là où le bât blesse, c’est dans la paresse de ce cinéma devenu tellement prévisible qu’il en devient paradoxal. Moi, Daniel Blake n’est juste que l’un des plus mauvais films de Ken Loach, tant il se repose sans remords sur des schémas narratifs éculés, des personnages manichéens sans nuances, des situations apitoyantes, un regard actuel sur la société lourd et passif (la technologie qui laisse en bord de route les vieilles générations) et un dénouement tout ce qu’il y a de plus simpliste.

Moi, Daniel Blake est un film aussi paresseux que simpliste qui ne rend pas du tout hommage à l’immense cinéaste qu’a été Ken Loach.

On suit donc avec une prévisibilité insupportable les pérégrinations de ce menuisier tout ce qu’il y a de plus touchant et propre sur soi, en prise avec les labyrinthiques démarches administratives, ainsi que sa rencontre avec une jeune mère célibataire qu’il va tenter de sortir de sa situation misérable. Dès lors, tout y passe ; de l’impossibilité de trouver une solution à ses problèmes, en passant par la relation naissante et profonde entre deux âmes esseulées dont la relation va se détériorer  jusqu’à l’explosion d’un homme qui ne supporte plus le mépris d’une administration qui le considère comme un moins-que-rien. Tout ça est effectivement très touchant mais Ken Loach use tellement de grosses ficelles pour nous faire adhérer à ce pathos dégoulinant à ras-bord que le film en devient irritable. Moi, Daniel Blake semble être un conte de fées (brut) où les gentils s’opposent aux méchants. Ni plus, ni moins. Un manichéisme insupportable qui empêche toute subtilité et enterre définitivement le film, et par la même occasion le prestige d’un jury cannois qui s’est laissé piéger par la simplicité maladive du film. Avec sa manière de manier les grosses ficelles pour la cause, on est loin, très loin, de la force implacable et bouleversante d’un Sweet Sixteen, d’un My Name is Joe ou plus loin encore d’un Kes. Ce qui aurait pu être un baroud d’honneur respectable ne devient qu’un éprouvant et démagogue film loachien. C’est au chant du cygne qu’on reconnaît les immenses cinéastes. A 80 ans, et avec tout le respect et la fascination éprouvé à l’égard du cinéaste britannique révolté, on espère que Moi Daniel Blake ne sera pas son dernier film car il sonnerait comme une terrible conclusion à une filmographie brillante et jusque là-sans faute.

Moi, Daniel Blake : Bande annonce

Moi, Daniel Blake : Fiche Technique

Titre original : I, Daniel Blake
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty
Interprétation : Dave Johns (Daniel Blake), Hayley Squires (Katie), Dylan McKiernan (Dylan), Sharon Percy (Sheila)
Photographie : Robbie Ryan
Montage : Jonathan Morris
Musique : George Fenton
Costume : Joanne Slater
Décors : Linda Wilson & Fergus Clegg
Producteurs : Rebecca O’Brien, Pascal Caucheteux, Grégoire Sorlat, Vincent Maraval, Eimhear McMahon, Philippe Logie
Sociétés de Production : Sixteen Films, Why Not Productions, Wild Bunch, BFI Production, BBC Films
Distributeur : Le Pacte
Budget : /
Festival et Récompenses : Palme d’Or & Mention Spéciale Prix du Jury Oecuménique Festival de Cannes 2016, Prix du Public au Festival de Locarno 2016, Prix du Public au Festival de San Sebastian 2016, César 2017 du meilleur film étranger
Genre : Drame
Durée : 119 minutes
Date de sortie : 26 octobre 2016

Royaume-Uni, France, Belgique – 2016

 

Les Grands saison 1, une série de Benjamin Parent et Joris Morio : critique

Découverte au showeb des chaînes tv en janvier 2016 grâce à un trailer séduisant work-in-progress, cette série à la croisée des mondes entre Les Beaux Gosses et Skins a fait sensation au festival de La Rochelle dernièrement en remportant 3 prix : Meilleure série 26′, Jeune Espoir Féminin Adami pour Adèle Wismes et Prix des collégiens de Charente-Maritime.

Synopsis: Quelques collégiens entrent en 3ème et l’année s’annonce différente des autres. Perturbés par l’arrivée d’un distributeur de préservatifs, le principal de l’établissement explique son choix : un quart des élèves feront l’amour pour la première fois cette année. Nos adolescents se mettent alors une pression monstrueuse. Entre découvertes, recherches d’identité, histoires d’amour et d’amitié, l’année risque d’être chargée pour ces Grands du collège…

Utopie et âge ingrat, une conception attendrissante du souvenir 

Ne nous précipitons pas sur l’analogie avec la britannique à succès de Bryan Elsley comme ont tendance à le faire trop rapidement les médias dès que les personnages principaux ont moins de 18 ans. La série OCS en préserve cependant toute la fraîcheur et le charme des premières saisons. La chaîne payante Orange nous a permis de découvrir en avant-première les dix épisodes et la rédaction vous présente cette future success story….

Créée par Benjamin Parent et Joris Morio (Ce n’est pas un film de cow-boy), tout deux rejoints par Victor Rodenbach (promotion Fémis scénario 2012) et Vianney Lebasque (Les Petits Princes), Les Grands retrace, un peu hâtivement, le quotidien de collégiens en classe de 3ème. Hugo, Boogie, Ilyes, Avril et MJ, de leur rencontre à la rentrée de septembre jusqu’à la fête de fin d’année. D’ailleurs aucune trace du brevet des collèges, mais ce n’est pas ce qui intéressait les scénaristes. L’intérêt est tout autre que le simple caractère « réaliste » d’une année scolaire. Il suffit de compter le nombre d’élèves sous la tutelle de Mr Gennot, le faux timide et irrésistible professeur principal à la coupe mulet, et la photo de classe pour s’apercevoir du non-raccord. Non, ce sont les parcours et choix de vie de quand on a 16 ans qui importent, tel un zoom sur une époque, et tiennent le spectateur d’un oeil ouvert et amusé sur plus de trois heures et demi. 2016 et la précocité revête de nouvelles couleurs. L’âge moyen du premier rapport sexuel est avant l’entrée au lycée, accompagné des premières expériences amoureuses sérieuses et des fantasmes déterminants. L’âge où les rêves se concrétisent, premier diplôme, premiers voyages et dernières responsabilités en tant que plus grands du collège. Souvent les rêves sont irréalisables et il est nécessaire de prendre de la hauteur. Le toit de l’école convient a fortiori et le sens propre est symbolique d’une intelligence d’écriture rarement égalée dans les dramédies françaises courtes.

Dès l’ouverture, un ralenti explicite sur un foret emboîté dans une perceuse qui perfore un mur blanc pour y installer un distributeur de préservatifs rappelle les métaphores employées au générique de Master of Sex… Puis, par un plan séquence maîtrisé, la mécanique est amorcée et l’univers nous est dépeint, ainsi que les protagonistes de cette histoire en un temps record. On perçoit immédiatement, le timide au grand cœur, le rêveur qui a physiquement changé, le comique de service, la fragile et convaincue idéaliste, la rebelle énigmatique pour les premières lignes. Par un discours d’entrée qui nous amène à ce moment universellement partagé, la présentation collective par le directeur, le sujet nous est donné, comme une première mise au poker, la première fois sexuelle. Seuls 3% des élèves de troisième perdraient leur virginité, se défloreraient ou se déniaiseraient… Et le fougueux Boogie (joué par Grégoire Montana aperçu dans Pep’s – le personnage adolescent au regard vitreux semble le coller à la peau- ou La Dernière leçon) se met la pression. Car de génération en génération, on se dépucelle pendant cette dernière année de collège, montre sa bite sur les photos de classe et autres rituels aussi ridicules qu’attachants. La présence de son petit frère en sixième permet cette transmission ironique qui compte tant pour lui; et son père, en dragueur invétéré, achèvera le tableau galant. Il forme un trio avec Ilyès et Hugo depuis ces quatre années. Le typé à la chevelure angevine est plus solitaire et pourtant aspire à la popularité en voulant rejoindre l’équipe de basket de l’école, puis le doux rêveur romantique surnommé « gros flanc » jusqu’à présent, mais chez qui les grandes vacances ont du avoir un effet ravageur. Oui, certains ont connu un changement d’apparence au cours de la dernière année par quelques traits plus matures qui définiront la suite de l’adolescence. Avril et Adeline se côtoyaient comme pour lutter contre l’ennui et combler le temps, mais la première (au trait semblable à une jeune Isabelle Carré*) aspire à de nouvelles ambitions. C’est pourquoi elle voit en la nouvelle arrivée, MJ une compagnie plus divertissante. Et le duo, amené subrepticement, fonctionne on ne peut mieux. L’idéaliste contre la torturée au passé mystérieux. Voici le noyau du groupe et ainsi peut commencer leurs aventures.

Jamais grandiloquentes, comme pour attirer des âmes en mal être d’humeur, les péripéties des Grands sont articulés efficacement et simplement, entre contrariétés existentielles presque superficielles au sens « à la surface », et réalités, au sens « tout ce qui existe », microcosmiques. Faute de temps par épisodes au nombre de dix seulement, l’iceberg n’est visible qu’à la surface et les arcs narratifs ne peuvent être creusés au-delà, mais ne réclamons pas la crémière alors que le beurre nous est servi sur un plateau d’argent. On attend l’argent pour la saison 2 (et peut-être qu’on vous y accompagnera de l’intérieur)… Les parents d’Avril sont homosexuels et la question, encore brûlante de nos jours sur fond d’homophobie inconsciente, de la figure maternelle essentielle est amené par la mère d’Ilyès son meilleur ami. Hugo est attiré par MJ, mais Julianna, une amourette inachevée, viendra bouleverser son petit coeur d’illuminé. Le passé de MJ semblerait devenir ensuite la principale préoccupation du spectateur qui à ce stade du récit, déjà trois ou quatre épisodes dévorés, continue d’apposer ses souvenirs sur celui de nos 5 héros. La photo de classe, les cours de sport, les récrés à rallonge, les passages secrets exutoires, les attachements vains, les passages à l’infirmerie, le BDI et la figure féminine attrayante comme modèle inatteignable… Tout cela, construit parcimonieusement dans une logique chronologique décisive, finit de nous replonger dans un univers tendre et pourtant sans pitié. Sans compter sur la présence de Julie Ferrier, en professeur de sport sensationnelle qui provoque le sourire avec son chien et son fils. Les acteurs, entre 16 et 23 ans, sont déjà des grands. On reconnait Pauline Serieys, 19 ans, déjà apparue dans Palais Royale, Mes amis mes amours ou Une famille à louer. Théophile Baquet alias Hugo, 18 ans, a été dirigé par Christophe Barratier et Michel Gondry dans La Nouvelle guerre des boutons et Microbe et Gasoil. Sami Outalbali ou Ilyès, 17 ans dans Les Tuches, Une famille d’accueil. Tandis qu’Adèle Wismes, MJ, 23 ans est apparue dans divers clips  (Pegase, Data…). Le proviseur sous les traits de Laurent Bateau est un habitué du petit écran (Un Village français, Le Mystère du lac, Candice Renoir, Disparue) et du grand écran (LOL, Polisse) avec 24 ans de carrière…

Etre sur le banc, la touche, le cul entre deux chaises, le choix semble décisif pour ces 5 personnalités en manque de confiance en soi. Alors certes, on peut reprocher l’extrême départ malavisé de Bertille à des fins « fabuleuses » (au sens création de fable, invraisemblable par ses proportions et non exceptionnelle par ses qualités), ou un manque de profondeur chez le duo simplet, chiens de garde de l’ébouriffant Achille, mec populaire, qui constituent de manière manichéenne le trio opposé pour un effet de symétrie, mais les qualités priment « abord ». D’autres seconds rôles, entières individualités passionnantes, confirment donc l’intelligence et la maestria des 4 chefs d’orchestre que sont les quatre scénaristes. Vianney Lebasque, le seul réalisateur, s’érige subtilement en marionnettiste sensible. Le cas du réalisateur unique permet l’unicité et la cohérence au sein d’une même saison (Rodolphe Tissot pour Ainsi Soient-ils ou Philippe Triboit pour Un Village français, Virginie Sauveur Virage Nord), mais le cas est rare et d’autant plus remarquable, car d’usage, plusieurs se relayent derrière la caméra. Comme un goût singulier, familier et rondement bien mené, Les Grands a le seul reproche d’être bien trop court. Voyage sensationnel et portraits fascinants pour ce qui est, à coup sûr, la plus mature des teens série. Après des classiques outre Atlantique/Indien, Hartley cœurs à vif, Dawson’s creek ou Angela 15 ans, la France nous offre pour la première fois un pendant qui n’a jamais eu autant de valeur ajoutée.

– A venir, l’interview de Vianney Lebasque et Adèle Wismes –

– Saison 2 from the inside

Merci à Bastien Burger pour nous avoir laisser utiliser le thème du générique

Les Grands : Fiche Technique

Créateurs : Benjamin Parent et Joris Morio
Réalisation : Vianney Lebasque
Scénario : Joris Morio, Victor Rodenbach et Vianney Lebasque
Interprétation : Théophile Baquet (Hugo), Grégoire Montana (Boogie), Sami Outalbali (Ilyès), Pauline Serieys (Avril), Adèle Wismes (MJ), Laurent Bateau (Mr Humbert), Thomas Scimeca (Gennot), avec la participation de Julie Ferrier et Paul Bartel…
Image : Martin de Chabaneix
Musique : Bastien Burger et Audrey Ismaël
Production : Frank Epaud – Elsa Rodde – Raphaël Rocher et Henry Debeurme
Sociétés de production : Empreinte Digitale
Genre : Comédie dramatique
Format : 10 x 26 minutes
Chaine d’origine : OCS
2 épisodes tous les jeudi à 20h40 depuis le 03 novembre

France – 2016

Critique Série : Halt and Catch Fire Saison 3

Quand Halt and Catch Fire a été lancé sur les ondes de AMC en 2014, on s’attendait à retrouver un héritier à Mad Men. On retrouvait un monde carnassier, une époque remarquable ( les années 80) et des personnages charismatiques.

Synopsis : Direction la Silicon Valley pour l’équipe de Mutiny, dont l’entreprise ne finit pas de s’agrandir. Tout cela viens avec son lot de décisions importantes et de responsabilités que Donna et Cameron ne voient pas de la même façon. Pendant ce temps, Joe MacMillian lance un logiciel d’antivirus entièrement gratuit qui va faire des emules.

Are you safe ?

Halt and Catch Fire se concentre cependant bien plus sur son sujet que sa prédécesseur qui était au final plus une véritable radiographie de la société des années 60 qu’une série sur le monde de la pub.  Alors que la première saison racontait l’histoire d’une jeune firme appelée Cardiff Electric qui essaie de percer dans l’univers compétitif de l’informatique en mettant au point un ordinateur portable, elle mettait en avant des personnages ambitieux, des génies torturés à l’image de l’imposant Lee Pace subjuguant directement l’écran.

La saison 2 était quant à elle repartie sur de nouvelles bases et se concentrait sur la naissance des communautés sur Internet, au travers des jeux dans un premier temps puis avec l’émergence des premiers salons de tchat. La série avait prit une tournure au niveau des personnages également, préférant mettre en avant son duo féminin composé de Donna Clark (Kerry Bishé) la mère de famille rigoureuse et Cameron Howe (Mackenzie Davis) le génie punk. Une saison qui avait permis de mieux développer les relations entre ses forts personnages, tout en continuant son exploration du monde informatique.

Si Halt and Catch Fire a toujours eu du mal à trouver son public, les audiences étant souvent faibles, elle a su décrocher une troisième saison ( et même une quatrième qui sera sa dernière). Contrairement à la saison 2, les deux Christopher ont cette fois-ci décidé de continuer le chemin tracé par la saison précédente, plutôt que de repartir sur une nouvelle idée. Seulement, on quitte le Texas, pour se rendre dans le lieu providentiel de l’industrie informatique, la Silicon Valley, où la société de Donna et Cameron, Mutiny a pris son envol.  Le premier épisode va nous offrir un discours de Joe Macmillan, le personnage de Lee Pace, qui va clairement mettre en avant le fil rouge de cette 3ème saison. Alors que le marché des antivirus va émerger, Joe pose une question fondamentale :  » Are you safe ? »

La sécurité, la protection, voilà ce à quoi vont s’intéresser les deux Christopher dans le troisième acte de leur show. L’arrivée dans l’intrigue du marché des antivirus ne sera bien sûr pas le seul angle exploité. La compagnie Mutiny va également être au cœur de cette saison. La compagnie qui devient de plus en plus puissante. Avec cela des questions vont se poser sur le devenir de la société. Doit-on la vendre ? Doit-on racheter une entreprise concurrente ? Doit-on la faire entrer en bourse ? C’est surtout sur ces éléments que va se concentrer la saison dans sa première partie. Malheureusement pour Donna et Cameron, chacune possède sa vision de l’avenir de Mutiny. Chacune des deux cherchent à faire ce qu’il y a de mieux pour la compagnie, en somme pour la protéger. Cameron voit l’arriver de l’autre entreprise comme une entrave à son aspect créatif, que la compagnie n’est pas encore prête pour entrer en bourse et que cela pourrait lui porter atteinte. La jeune femme possède une vision plus passionnée. Privilégiant le client à l’argent. Au contraire, Donna a une conception plus commerciale de la chose. Elle veut faire de Mutiny une entreprise importante, et pour elle l’entrée en bourse est primordiale. Donna percevant d’ailleurs Cameron comme une personne instable et qui n’est pas en mesure de prendre les décisions importantes. Ces deux visions vont s’affronter à de nombreuses reprises. Le passage clé du voyage de Cameron au Texas marque un changement important dans la relation entre les deux femmes. Les tensions entre Cameron et les Clark vont être de plus en plus palpable.

Le point de rupture va d’ailleurs être atteint dans la deuxième partie de saison. Moment à partir duquel la série va prendre une autre dimension, avec un rapport au temps différent, multipliant les ellipses temporelles et prenant un virage important dans ses deux derniers épisodes. C’est d’ailleurs cette partie de la saison qui est la plus réussie, les 4 derniers épisodes étant de véritables modèles d’écriture. Ces épisodes sont une véritable amorce de la fin de la série qui devrait se faire au bout de la quatrième saison. C’est rassurant, car on voit que les deux showrunners savent où ils vont et nous offriront certainement une fin de série très plaisante.

A côté de Donna et Cameron qui restent le cœur de cette saison, les autres personnages ne sont pas en reste. L’autre relation conflictuelle entre Joe et Gordon connait toujours ce sentiment de je t’aime, moi non plus. L’arrivée d’un nouveau personnage va jouer un rôle important sur Joe. Ce personnage dénommé Ryan (Manish Dayal) est un codeur de génie qui va quitter Mutiny pour travailler avec Joe. Dans un premier temps, il va avoir une place dans son entreprise, mais très vite Joe va le prendre sous son aile afin de bâtir un projet qui les tiens tout les deux très à coeur. Ce nouveau personnage est très intéressant, et possède une vision un peu naïve du monde de l’informatique. Il va se faire marcher dessus, mais n’hésitera pas à mettre tout son coeur dans la bataille. C’est un personnage très touchant et qui apporte beaucoup à cette nouvelle saison. Il va par ailleurs essayer de partager sa conception de l’informatique avec Joe, de mettre en avant l’aspect bénéfique de son projet avant d’en faire un projet monétaire. Permettre une universalité de son projet, cette fameuse protection globale que prônait Joe au début, mais qui n’a pas plus aux associés de son entreprise.  Toutes ces actions vont jouer sur Joe, qui va gagner en empathie au fil de la saison.

Pour finir sur un point de vue plus général, la série arrive toujours aussi bien à retranscrire cette ambiance eighties. Que ça soit au niveau des décors et costumes ou au niveau de la bande-son electro accompagné de morceau post-punk chers à Cameron. Halt and Catch Fire est une série très soignée, avec une mise en scène qui peut s’avérer très inventive. Les acteurs quant à eux offrent encore de très bonnes prestations, mais ceux qui s’en sortent le mieux sont certainement Mackenzie Davis et Lee Pace. On peut les rapprocher de par leur côté passionné et jusqu’au-boutiste mais qui cache une certaine fragilité. Tous les deux sont particulièrement charismatiques et arrivent très facilement à capter l’audience. Les scènes qu’ils partagent sont d’ailleurs  souvent très justes et marquantes. On regrettera peut-être certains aspects du traitement du personnage de Gordon Clark incarné par Scoot McNairy et notamment tout ce qui a un rapport à sa maladie découverte dans la saison précédente. Kerry Bishé quant à elle s’en sort aussi avec les honneurs, pour jouer l’alter ego de Cameron, diamétralement opposé à son associée. Il ne faut pas oublier Toby Huss, avec son petit rôle de papa de la bande, qui arrive toujours à placer des bons mots avec son délicieux accent texan.

Halt and Catch Fire réalise donc une très bonne troisième saison. Elle arrive à malmener encore plus les relations entre ses personnages, tout en offrant cette immersion dans le monde particulier qu’elle dépeint. N’hésitant pas à gagner en intensité dramatique, cette saison 3 est certainement la meilleure de la série. On mettra surtout l’accent sur les derniers épisodes de la saison, qui bien qu’ayant une forme différente, n’en reste pas moins bien écrit. Certains possédant une intensité émotionnelle très forte et se plaçant en bonne position pour les meilleurs épisodes de l’année.

Halt and Catch Fire : Bande-annnonce

Halt and Catch Fire : Fiche Technique

Créateur : Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers
Casting : Lee Pace ( Joe MacMillan), Scoot McNairy ( Gordon Clark), Kerry Bishé (Donna Clark), Cameron Howe ( Mackenzie Davis), John Bosworth (Toby Huss), Manish Dayal ( Ryan Ray)..
Musique : Paul Haslinger
Producteurs : Christopher Cantwell, Christopher C. Rogers, Jonathan Lisco, Mark Johnson, Melissa Bernstein
Genre : Drame, Historique
Format : 10 épisodes de 42 minutes
Diffuseur : AMC
1 ère diffusion de la saison 1 : 1er juin 2014

Etats-Unis 2016

 

Olli Mäki, un film de Juho Kuosmanen : Critique

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On n’avait eu très peu de nouvelles du cinéma finlandais depuis le dernier film de son célèbre réalisateur Aki Kaurismäki tourné… au Havre ! Juho Kuosmanen ramène Helsinki dans le temple du cinéma mondial, à Cannes, où il reçoit le premier prix de la prestigieuse sélection d’Un Certain regard. D’un pays scandinave au faste de la Côte d’Azur, la trajectoire du jeune réalisateur suit peu ou prou celle de son héros. Boxeur venu des campagnes finlandaise, Olli Mäki se voit entraîné sous les lumières de la capitale, promis à un destin de héros national.

Synopsis : Été 1962, Olli Mäki prétend au titre de champion du monde poids plume de boxe. De la campagne finlandaise aux lumières d’Helsinki, on lui prédit un avenir radieux. Pour cela, il ne lui reste plus qu’à perdre du poids et à se concentrer. Mais il y a un problème : Olli est tombé amoureux de Raija.

Le boxeur et les deux compagnons

Deux Compagnons pressés d’argent, à leurs voisins journalistes vendirent la victoire d’un boxeur encore débutant. Cet hommage à la fable de La Fontaine sied bien à la problématique du film. « C’est un type bien » se persuade Olli Mäki lorsqu’un de ses amis venu de la campagne émet des doutes sur les intentions de son coach, lui aussi ancien champion de boxe. Celui-ci n’a qu’un but, qu’Olli Mäki vive le plus beau jour de sa vie en devenant champion du monde de boxe sur le sol finlandais. Mais pour espérer gagner contre le champion américain, le jeune boxeur devait changer de catégorie, passant de poids léger à plume et ainsi perdre trois kilos en un temps extrêmement limité. Ce programme sportif imposé à l’athlète se conjugue avec celui, médiatique, de son statut de future star nationale. Car oui, c’est un fait qui semble admis pour tout le monde (sauf pour le principal intéressé) : Olli Mäki sera le grand gagnant de ce combat épique.

Mais de savoir si le coach a vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué n’est pas ce qui semble intéresser le réalisateur, malgré un découpage qui tend vers ce suspense-là. Dès lors que sa victoire semble acquise, la vie d’Olli Mäki ne semble plus lui appartenir. Il n’y a qu’à voir cette scène symptomatique où l’équipe de coaching du boxeur, bien apprêtée dans des costumes saillants, fait face aux sportifs nus comme des vers dans leur vestiaire. La tête, l’esprit, c’est pour l’entraîneur tandis que l’athlète est réduit à un simple corps que le coach modèle comme il le souhaite (en l’occurrence, lui faire perdre trois kilos).

Le film de Juho Kuosmanen est un combat de boxe permanent entre deux mondes, caractéristiques des deux existences parallèles de son personnage principal. La vie amoureuse d’Olli Mäki vient sans cesse perturber son statut de futur champion du monde faite de longues séances d’entraînement et de présences médiatiques bien plus fastidieuses. Le sourire de la jeune femme en arrière-plan perturbe la conférence de presse du boxeur.

Finalement, le plus beau jour de la vie d’Olli Mäki sera-t-il bien celui de son match face au champion américain ? Toute la construction du film tend vers ce dénouement. Et malgré un match ridicule perdu en deux rounds, la réponse est oui. Car ce jour coïncide avec celui où le boxeur achète sa bague de fiançailles avec Raija. Plus qu’un banal film sportif basé sur un suspense de résultat, Olli Mäki raconte le choix d’un homme face à la frénésie d’un monde qui nous emporte malgré nous dans des directions qui ne sont pas les nôtres. Cette histoire des années 60 fait donc grandement écho avec le monde aujourd’hui.

Olli Mäki : Bande-annonce

Olli Mäki : Fiche Technique

Réalisation : Juho Kuosmanen
Scénario : Juho Kuosmanen, Mikko Myllylahti
Interprétation : Esko Barquero, Elma Milonoff, Leimu Leisti, Hilma Milonoff
Photographie : Jani-Petteri Passi
Montage : Jussi Rautaniemi
Décors : Kari Kankaanpää
Costumes : Sari Suominen
Production : Aamu Filmcompany, One Two Films, Tre Vänner Produktion AB
Distributeur : Les Films du losange
Durée : 92 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 19 octobre 2016

Finlande – 2016

The Walking Dead saison 7 : les morts sous les coups de Lucille

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SPOILER : The Walking Dead saison 7: les morts, victimes de Negan dans l’épisode 1 intitulée The Day Will Come When You Won’t Be

On vous aura prévenu : attention aux SPOILERS. Ce soir, on vous apprend qui sont, dans The Walking Dead saison 7, les morts malheureuses, victimes impuissantes de Lucille ? Dans ce premier épisode intitulé « The Day Will Come When You Won’t Be », nous retrouvons Rick et les siens à genoux, soumis et condamnés par cette faucheuse qui compte bien faire tomber des têtes. Mais jusque dans l’épreuve, le petit groupe de survivants tâchera de tenir bon face au cruel Negan.

Dans son interview pour Den of Geek, Jeffrey Dean Morgan (Negan) ne nous promettait pas une victime mais plusieurs : « Negan ne va pas seulement tuer une personne dans le premier épisode. Il n’a pas peur de bastonner des crânes. »  

Hier, le site The Spoiling Dead dévoilait les deux prochains martyrs dans un questions-réponses de dernière minute, Q & A for Episode 7 x 01 :

Q: Qui va se prendre Lucille ? A: Abe (Abraham, NDLR) & puis Glenn.
Q: Pourquoi Negan tue une seconde victime ? A: Daryl s’énerve quand Negan se moque de Rosita alors qu’elle est en larmes. Il tente de se lever et de s’en prendre à Negan. Negan doit alors prouver qu’il tient ses promesses.

Et voilà que l’épisode qui fit couler tant d’encre est enfin sorti, révélant cette nuit la disparition de deux personnages, et non des moindres : d’abord Abraham (Michael Cudlitz) puis ce pauvre Glenn (Steven Yeun) en guise de supplément !

Evidemment, on est tous sous le choc mais, au sein de l’équipe, c’est d’autant plus difficile que des liens étroits s’étaient créés. Ainsi Norman Reedus témoignait de sa tristesse deux jours plus tôt dans une interview à ComicBook.com : « C’est dur. C’est toujours dur de dire au-revoir à quelqu’un de la série. (…) Nous sommes tous de très bons amis. C’est toujours difficile mais, quand il s’agit de certains personnages, ça l’est encore plus. »

 

Brice 3, un film de James Huth : Critique

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Cela fait 10 ans que Brice a fait sa première apparition sur nos écrans de cinéma. Le personnage de Jean Dujardin fit beaucoup parler avec le premier opus : certains y voyaient une totale imbécilité alors que d’autres s’amusaient à déceler les répliques qui seront plus tard considérées comme cultes, au même titre que des films comme La Tour Montparnasse Infernale, avec Eric et Ramzy. Mais, dans un élan collectif, Brice de Nice ne laissait tout de même pas d’excellents souvenirs…

Synopsis : Brice est de retour. Le monde a changé, mais pas lui. Quand son meilleur ami, Marius, l’appelle à l’aide, il part dans une grande aventure à l’autre bout du monde… Les voyages forment la « jaunesse » mais restera-t-il le roi de la casse ?

De la casse en pagaille

Chacun abordera Brice 3 (et non Brice 2, car le deuxième « il l’a cassé) avec des appréhensions, des craintes ou des espérances. La communication autour de Brice 3 relevait du génie, que ce soit les différentes apparitions du surfeur jaune dans différents programmes télévisuels (météo, journal etc..), la bande-originale du film avec BigFlo et Oli, ou encore la fausse fuite du film sur Youtube, remarquablement orchestrée par une ribambelle de Youtubers.
Mais alors, bêtise renouvelée ou réussite ?

Brice, notre casseur invétéré, notre couillon préféré, a vieilli, et est devenu un ringard. Ses Yellow Party, qui faisaient sensation à l’époque, paraissent aujourd’hui bien démodées. Avec le temps, le cerveau de ce dernier ne cesse de rétrécir, allant jusqu’à faire la taille d’une balle de golf, sans parler de son quotient intellectuel de narcissique, proche de celui d’un poisson rouge. Malgré une approche du personnage pas forcément engageante, le personnage de Brice est rudement bien exploité avec un humour qui puise toute sa force dans la bêtise du casseur-surfeur le plus connu de France. Au programme de Brice 3, de nombreuses séquences inattendues marquetées de références culturelles (notamment Mad Max ou DBZ), mais surtout des blagues plus ou moins potaches auxquelles il est impossible de ne pas sourire, si ce n’est qu’une seule fois. James Huth et Jean Dujardin se sont associés pour un film « con », mais intelligent et fichtrement audacieux. Dans la démesure, les deux hommes en jettent et derrière une allure de « grand n’importe quoi » se cache cet humour grinçant, parfois dérangeant, mais prenant. À l’image de son personnage, les facéties et les gags du film ne font pas dans la demi-mesure.

Toutefois, derrière un certain kitsch et des tournures loufoques se cache un film qui peine sur son scénario. Certes, on ne s’aventure pas vers Brice 3 pour un une intrigue palpitante, mais on aspire tout de même à quelque chose d’un tant soit peu saisissant. Sous ses airs de road-trip, et malgré un twist final hilarant et saugrenu, on remercie la malice du film qui comble toutes les lacunes en terme de scénario. Aussi, on regrettera les trop fortes allusions au Brice de Nice de 2005. La deuxième partie du film, que ce soit sur un plan technique ou dans les différentes allusions, s’avère beaucoup trop évocatrice, surtout quand on s’aperçoit que Brice 3 parvient à légèrement le surclasser. Mais on saura épargner cela à Brice 3 car, au-delà de ce bémol, ce n’est pas sans une certaine joie que l’on retrouve les personnages qui ont marqué le premier, Igor d’Hossegor ou Marius, avec l’arrivée d’un petit nouveau, qui n’est autre qu’Alban Lenoir, que l’on n’attendait pas dans ce style de long-métrage. Enfin, briser le 4ème mur est une pratique qui ne cesse de se démocratiser au cinéma, et avec Brice 3, James Huth triomphe dans cet exercice de style.

Attention ! N’oubliez pas de rester jusqu’au bout ! Comme on le remarque de plus en plus, de nombreuses répliques ou scènes inédites sont cachées dans le générique finale. Avec Brice 3, la scène finale est forte, et le générique mérite le coup d’œil.

C’est donc sous ses airs cools, sa mèche blonde et son air hautain, que Brice est de retour pour nous submerger d’un humour décapant, potache, mais formellement réussi. Si le premier opus a laissé des séquelles morales à certains spectateurs en leur « cassant » le cerveau, ces derniers ne seront peut être pas prêts à retenter l’expérience, mais pour les autres, si vous être fan d’humour absurde et de gags crétins (mais réfléchis !) n’hésitez pas. Non, Brice n’est pas une fumisterie, juste un personnage à part entière qui se renouvèle partiellement et c’est à ce moment que l’on se rend compte que casser, c’est tout un art, et un état d’esprit.

Brice 3 : Bande-annonce

Brice 3 : Fiche Technique

Réalisateur : James Huth
Scénario : James Huth, Jean Dujardin
Interprétation : Jean Dujardin, Clovis Cornillac, Bruno Salomone, Alban Lenoir, Noëlle Perna…
Photographie : Stéphane Le Parc
Montage : Antoine Vareille
Musique : Bruno Coulais
Direction artistique : Pierre Quefféléan
Producteurs : Eric Altmeyer, Nicolas Altmeyer, Marc Dujardin
Sociétés de production : Mandarin Cinéma, JD Prod, Gaumont, M6 Films, Spartacus
Distribution (France) : Gaumont Distribution
Durée : 95 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 19 octobre 2016

France – 2016

Le Teckel, un film de Todd Solondz : critique

Le teckel, ou l’art de faire un film à hauteur de chien, tout en ne parlant que de l’homme. Le cinéaste américain Todd Solondz attaque son sujet de prédilection, les scories de la société, et plus précisément de la société américaine, à l’aide d’un « liant » qui est beaucoup plus qu’un prétexte : Le Teckel, « Wiener dog » ou « la Saucisse » de son petit nom.

Synopsis : Le portrait d’un teckel et de tous ceux auxquels il apporte un bref instant de bonheur au cours de son voyage.

Canine

Renouant avec le format du film à sketches, Todd Solondz met en scène 4 histoires différentes, plus un entracte hilarant, faisant intervenir le petit toutou, et une ballade en son honneur, que Johnny Cash n’aurait pas reniée…
Après un prologue où Wiener dog est déposée (le toutou est une toutoute) dans une animalerie par son propriétaire, une séquence réussie du chef opérateur Ed Lachman (Carol) qui montre parfaitement le désarroi du toutou dans un monde soudain devenu hostile et effrayant, le film s’ouvre sur une première histoire, celle de Rémi (Keaton Nigel Cooke), un enfant qui récupère d’un cancer récent et à qui ses parents (Tracy Letts et Julie Delpy) ont offert un chien qu’ils exècrent à titre de réconfort. Claquemurés dans leur villa de bobos où pas un poil ne dépasse, et pas une âme ne semble vivre, à part celle de Rémi, ces parents entrent de plain-pied dans le vif du sujet du cinéaste : la méchanceté, presque le vice tapis au fond de chacun, comme les insultes diverses et variées que le père fait pleuvoir sur le chien lors de leurs sorties (« Heel, Motherfucker ! »), comme le racisme affiché de la mère, ou encore ses réponses angoissantes et définitives à son petit garçon, inquiet par une soudaine maladie de la chienne (ou par sa propre maladie, qui sait) : après avoir annoncé à Rémi l’inéluctabilité de la mort, celui-ci part à la pêche d’une petite touche d’espoir (« Mais Dieu, alors ? »). Espoir qu’elle balaie par un « Nous ne croyons pas en Dieu », suivi d’une contre-attaque du jeune homme « Mais en quoi croyons-nous, alors ? », avant la boucle finale d’un « Nous allons tous mourir ». Pas exactement ce qu’on attend de la mère d’un enfant leucémique …

La deuxième histoire n’est pas en reste dans la morosité et la noirceur, celle de Dawn Wiener (Greta Gerwig, idéale pour le rôle), devenue (jeune) adulte, celle-là même de Bienvenue dans l’âge ingrat (interprétée alors pour ses débuts au cinéma par Heather Matarazzo –the L word, Greys anatomy, Roseanne-), aussi mal dégrossie que lors de son adolescence, et dont le surnom Wiener Dog est le titre original que Solondz a donné à ce nouveau film, le Teckel. Semblant constamment hors du cadre, elle rencontrera de nouveau le Brandon de son enfance (joué cette fois-ci par Kieran Culkin), grâce au teckel. Sur le mode du road-movie, cette partie du film est la plus ambiguë, car à la fois la plus porteuse d’espoir dans le genre humain, mais également celle qui développe un cynisme des plus effarants (le discours quasi-eugéniste d’un des personnages sur la parentalité (im)possible d’un couple de jeunes trisomiques en est par exemple une illustration édifiante).

Ainsi se poursuit Le Teckel, parsemé de l’humour noir et grinçant du cinéaste, parcourant un triste cycle de la vie, de l’enfance du premier protagoniste (Rémi), à la jeunesse triste de Dawn, puis à la maturité douloureuse de Dave Schmerz (Danny de Vito), et enfin à la vieillesse de Nana, l’héroïne du dernier segment (Ellen Burstyn), un cycle qui boucle sur les visions de la vieille dame malade et en fin de vie, de toutes les petites filles mortes dans l’œuf et qui ne sont jamais devenues la personne qu’elle est devenue, une très belle séquence d’Ed Lachman dont les tons automnaux rappellent tout à fait ce qui nous plaît tant dans l’esthétique des films de Todd Haynes. Même si les deux derniers segments (Dave & Nana) s’échappent du scénario, puisque le cinéaste ne s’embarrasse plus de montrer au spectateur comment les protagonistes sont entrés en possession du fameux teckel, un parti pris assez dommageable, il faut bien le dire, ce choix de personnages à différentes étapes de leur vie contribue à donner la cohérence nécessaire.

Les détracteurs de Todd Solondz ont du grain à moudre avec ce nouveau film si peu différent des précédents : âpre, provocateur, et misanthrope en apparence. Exactement les mêmes raisons qui vont convaincre ceux qui n’aiment pas les films lisses et/ou consensuels, ni les happy ends. Car dans Le Teckel, le spectateur trouvera de vraies matières à réflexion quant au sens de la vie, vue ainsi sous l’inéluctable spectre de notre propre mortalité, humains et animaux confondus. Il y trouvera la gravité d’une condition humaine caractérisée par la solitude, que même la présence d’un teckel n’arrivera pas à gommer. Comme pour les films précédents du cinéaste, il y fera l’expérience de rencontrer des personnages très loin d’être parfaits, mais qu’il nous livre sans jugement de valeur. Des personnages auxquels on pourrait s’identifier, en somme, des miroirs pas faciles à regarder et qui expliquent pourquoi il est si difficile à beaucoup de les regarder en face… Ainsi faut-il courir voir le Teckel, imparfait comme nous, mais plein de vie. Comme nous.

Le Teckel : Bande annonce

Le Teckel : Fiche technique

Titre original : Wiener-Dog
Réalisateur : Todd Solondz
Scénario : Todd Solondz
Interprétation : Keaton Nigel Cooke (Remi), Tracy Letts (Danny), Julie Delpy (Dina), Greta (Dawn Wiener), Kieran Culkin (Brandon), Connor Long (Tommy), Bridget Brown (April), Danny DeVito (Dave Schmerz), Ellen Burstyn (Nana), Marcella Lowery (Yvette), Zosia Mamet (Zoe), Michael James Shaw (Fantasy)
Musique : James Lavino
Photographie : Edward Lachman
Montage : Kevin Messman
Producteurs : Megan Ellison, Christine Vachon, Coproducteurs :Jillian Longnecker, David Distenfeld, Derrick Tseng, Producteur délégué :David Hinojosa
Maisons de production :  Annapurna Prods, Killer Films
Distribution (France) : ARP Selection
Récompenses : Festival de Deauville 2016 : Prix du Jury & Prix Kiehl’s de la Révélation
Durée : 88 min.
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 19 Octobre 2016
Etats-Unis – 2016