Blue Velvet de David Lynch : Critique du film

Lorsque David Lynch s’attaque à Blue Velvet, son aura a considérablement baissée auprès des majors, suite à l’échec fracassant de Dune, le seul film que le maître ait choisi de renier. Son retour au premier plan avec Blue Velvet, peut-être le meilleur de sa filmographie, n’en est que plus admirable.

Lynch s’y affirme définitivement comme un cinéaste de l’étrange, implantant fermement son univers schizophrène dans l’inconscient collectif. Deux ans avant de se lancer dans l’aventure Twin Peaks, il s’attache déjà à dépeindre l’aspect sombre qui sommeille derrière l’apparente normalité du quotidien.

Blue Velvet, c’est avant tout deux prestations qui ont marqué la filmographie de leurs interprètes. Isabelle Rossellini, tout d’abord, alors compagne du réalisateur. Sa fragilité irradie l’écran ; la folie perce dans chacun de ses gestes ; elle incarne à merveille la dualité femme fatale/victime dans un rôle à fleur de peau. Dennis Hopper, ensuite, impressionnant de brutalité et de rage contenue. Il offre à son personnage de Frank, pervers régressif et clown dangereux, tout son talent d’acteur, dans une partition où la démence se mêle au cynisme le plus sombre.

Blue Velvet : Une Amérique coincée entre anges et démons

Blue Velvet, c’est aussi la quintessence du film lynchien, la toile sur laquelle se projettent ses obsessions de cinéaste, sans parvenir encore à la maturation qui tendront ses futurs films. Le film pourrait presque se voir comme un brouillon de Twin Peaks, un ancêtre de Mulholland Drive, une ébauche de Lost Highway. Dans son opposition radicale entre des journées baignant la banlieue américaine dans la normalité la plus banale et la nuit la plus sombre d’où émergent les folies destructrices et la perversité. Dans sa façon de diviser le monde entre la pureté et l’innocence presque naïve d’un côté, et les plus noirs fantasmes d’un esprit malade de l’autre. Dans sa manière de faire s’entrechoquer ces deux univers, de les imbriquer l’un dans l’autre pour leur donner plus de substance.

On retrouve aussi dans le scénario les pulsions d’une Amérique coincée entre anges et démons. Laura Dern représente la vision idéale de la Girl next door, la jeune fille propre sur elle et candide. Sa blondeur tranche avec la brune Rossellini, qui complète la dichotomie madone/putain que Lynch se plaît à entretenir dans ses portraits de femme. Une dualité que l’on retrouvera dans le diptyque Lost Highway/Mulholland Drive. Dennis Hopper est, lui, le reflet d’une société malade et violente, le rejeton de cette face cachée de l’Amérique, rendue malade par les drogues et le vice. Le choix de l’acteur qui restera associé à Billy, d’Easy Rider, est sans doute tout sauf innocent.

Et, bien sûr, il y a Kyle MacLachlan. Celui que le réalisateur considère comme son double à l’écran, et à qui il donnera également le rôle principal dans Twin Peaks. L’interprétation du jeune homme, qui joue à merveille sur la corde raide entre ces deux univers, est pour beaucoup dans le succès du film. Il parvient à merveille à incarner les deux facettes de cet American Dream, de ce rêve lynchien qui tourne au cauchemar. Le duo échappe ainsi aux fantômes de Dune, qui a failli ruiner leur carrière réciproque.

Plus accessible que ses futures œuvres, tout en restant fidèle à l’univers torturé de son auteur, Blue Velvet est la parfaite porte d’entrée dans la filmographie de David Lynch. Un cauchemar d’une beauté subjuguante et envoûtante.

Synopsis : Épaulée par son amie Sandy, Jeffrey, un jeune homme, mène son enquête concernant une oreille humaine trouvée dans un terrain vague. Il croise sur son chemin Dorothy Vallens, une mystérieuse chanteuse de cabaret. 

Fiche Technique: Blue Velvet

États-Unis – 1986
Réalisation: David Lynch
Scénario: David Lynch
Interprétation: Isabella Rossellini (Dorothy Vallens), Kyle MacLachlan (Jeffrey Beaumont), Dennis Hopper (Frank Booth), Laura Dern (Sandy Williams), Hope Lange (Mrs Williams), Dean Stockwell (Ben), George Dickerson (le détective John D. Williams), Priscilla Pointer (Mrs Beaumont)…
Genre: Thriler
Distributeur: Action Cinémas / Théâtre du Temple
Date de sortie: 12 février 2014
Durée: 2h
Scénario: David Lynch
Image: Frederick Elmes
Décor: Patricia Norris
Costume: Gloria Laughride
Son: Jeffrey A. Williams, Tony Stephens
Montage: Duwayne Dunham
Musique: Angelo Badalamenti
Production: Dino De Laurentiis Productions

Auteur de la critique : M.Y

 

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