La Dernière leçon, un film de Pascale Pouzadoux : Critique

Marthe Villalonga est une actrice de second rôle à la carrière impressionnante. Longtemps relayée au personnage de la mère juive depuis Un éléphant, ça trompe énormément d’Yves Robert sorti en 1976, alors qu’elle est pied-noir (rôle qu’elle endosse dans Le Coup de sirocco d’Alexandre Arcady en 1979), l’actrice octogénaire habituée à la comédie* renoue avec le drame dans La Dernière leçon de Pascale Pouzadoux, qui elle-aussi, effectue un virage dans un nouveau registre.

Synopsis : Madeleine, 92 ans, décide de fixer la date et les conditions de son décès. En l’annonçant à ses enfants et petits-enfants, elle veut doucement les préparer à sa future absence. Mais pour sa famille, c’est le choc. Tous ont du mal à accepter ce choix sauf Diane, sa fille, qui partagera avec humour et complicité ces derniers moments.

« Les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés. » – proverbe malgache

Avec 3 comédies très inégales, on ne peut pas affirmer que la réalisatrice, qui s’était fait remarquer au festival d’Alpe d’Huez en 2003 avec son premier long-métrage Toutes les filles sont folles (mention spéciale du Jury), possède une réelle patte singulière. Le problème se généralise avec l’émergence d’une multitude de films oubliables dont on ne mémorisera probablement jamais le nom de ses réalisateurs/trices. De nouveau, la déception devient pain commun.

Si l’on peut saluer la performance de Sandrine Bonnaire, dont le talent n’est plus à contester, le reste de la distribution, des choix de mise en scène et presque des intentions est cependant à remettre sérieusement en question. Comment se fait-il que Marthe Villalonga puisse autant réciter son texte sans la moindre émotion? Son personnage de grand-mère qui décide d’en finir avec la vie devient quasi-antipathique, alors qu’il est censé attirer sympathie et compassion tant le caractère est linéaire et le jeu monotone. Il en va de même d’Antoine Duléry (époux de la réalisatrice) qui radicalise son jeu tant l’écriture manque de profondeur et d’originalité. L’acteur ne propose aucune variation et ne semble pas capable de sortir de son personnage du commissaire Larosière dans les séries Petits meurtres en famille et Les Petits Meurtres d’Agatha Christie qui l’a fait découvrir au grand public. C’est en effet le problème, en se fixant comme objectif de toucher le « grand public », Pascale Pouzadoux se perd dans les clichés habituels. Un personnage de l’ado bouclé qui se rebelle qui aurait pu sortir de Nos Chers Voisins, un voisin noir Monsieur Propre plus-avenant-tu-meurs, une femme de ménage toujours souriante aux formes généreuses, des enfants prétextes, un mari cabotin. Les articles sont indéfinis, conséquence directe de cette généralité fumeuse qui annihile l’adhésion et l’émotion en sus. La faute à l’écriture qui n’est jamais développée au-delà des apparences. L’ensemble reste donc à la surface sur la terrible acceptation des proches face à la volonté de mourir. Le paradoxe se crée et le spectateur est tendu entre ennui pathétique et rigidité solennelle. Le deuil se veut universel et les personnes concernées ne peuvent être touchées que par Sandrine Bonnaire qui représente à elle seule toute le désespoir et l’incompréhension face à l’absence appréhendée.

Le deuxième principal défaut est du côté de la photographie, claire et sans aucun contraste, elle s’apparente à un énième épisode d’un soap made in TF1, plutôt que d’appuyer sur la gravité du sentiment en soulignant les clairs obscurs qui auraient été plus agréables à regarder. Ne soyons cependant pas aussi radical, car La Dernière leçon, malgré l’amateurisme déconcertant, peint un portrait mère/fille des plus touchants et amorce quelques poésies, notamment grâce à la bande son composée par Eric Neveu, mais elles finissent toujours mal équilibrées. Le bon sentiment dégoulinant isole donc malheureusement l’objet du reste de la réalité et rejoint le panthéon des pseudo drames trop bien construits pour être crédibles.

La Dernière leçon n’invente pas l’eau chaude et tire la larme peut-être jusqu’à l’excès maladroitement déjà-vu, mais grâce à Sandrine Bonnaire, elle finit par couler, à la seule raison de vivre présentement une situation similaire. 

*1985 : Trois hommes et un couf­fin de Coline Serreau – 2004 : Les Dalton de Philippe Haïm – 2013 : Turf de Fabien Onte­niente – 2014 : Super­con­driaque de Dany Boon.

La Dernière leçon: Extrait vidéo

Fiche Technique: La Dernière leçon

Réalisation : Pascale Pouzadoux
Scénario : Pascale Pouzadoux, Laurent de Bartillat, Noëlle Châtelet
Casting : Sandrine Bonnaire (Diane), Marthe Villalonga (Madeleine), Antoine Duléry (Pierre), Gilles Cohen (Clovis), Grégoire Montana-Haroche (Max), Sabine Pakora (Victoria), Manon Matringe (Diane), Emmanuelle Galabru, Charles Gérard
Genre : Drame
Nationalité : France
Date de sortie : 4 novembre 2015
Durée : 1h45
Photographie : Nicolas Brunet
Montage : Sylvie Gadmer
Décors : Laurent Avoyne
Costumes: Charlotte Betaillole
Musique : Eric Neveux
Producteurs : Olivier Delbosc, Marc Missonnier, Christine de Jekel
Production : France 2 et Wild Bunch
Distributeur : Wild Bunch

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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