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Moonlight, un film de Barry Jenkins : Critique

A l’heure où le cinéma américain semble de plus en plus se réduire à ses blockbusters franchisés et impersonnels, Moonlight nous rappelle qu’il existe encore des petites productions indépendantes qui ont le pouvoir de marquer les esprits par leur courage thématique autant que leur maîtrise stylistique.

Synopsis : Chiron est un jeune afro-américain qui grandit dans un quartier difficile de Miami. En plus d’être le souffre-douleur de ses camarades et de voir sa mère sombrer dans la drogue, il devra affronter un défi plus dur encore : celui d’assumer son homosexualité malgré les railleries dont il est victime depuis son plus jeune âge.

Romance urbaine

Il aura fallu 8 ans à Barry Jenkins pour s’attaquer à l’adaptation de la pièce de théâtre In Moonlight Black Boys Look Blue, elle-même récit autobiographique de l’acteur Tarell McCraney qui, comme lui, a grandi à Miami. Grâce au soutien financier de Plan B, la société de production de Brad Pitt, il a finalement réussi à regrouper autour de lui une équipe de techniciens et d’acteurs de talent qui lui ont permis de faire de son second long-métrage une œuvre poignante. Désireux de sortir des carcans communautaristes dans lesquels a trop souvent tendance à s’enfermer le cinéma afro-américain, il y intègre un drame intime, déchargé de tous clichés et à la portée universelle. Loin de la radicalité des approches, dans des styles parfaitement opposés, que Carol et Tangerine ont pu donner à ce cinéma estampillé LGBT aux Etats-Unis, Moonlight repose sur une extrême délicatesse sans fioriture dans sa façon d’explorer les relations humaines et la découverte d’attirances sexuelles qui diffèrent de la majorité. Le parti-pris de Jenkins de ne pas chercher à donner de justification sociologique à l’évolution des personnages, et par là même d’imposer un jugement moral et moins encore politique, se conjugue à un humanisme avéré qui atteint par moments (à commencer par la fameuse scène en mer avec ce père de substitution) la sphère spirituelle.

Fidèle du début à la fin à son dispositif de mise en scène consistant à alterner entre caméra à l’épaule et cadrages plus posés selon les troubles intérieurs de Chiron, Jenkins parvient tout du long à nous faire brillamment partager les étapes difficiles qui le conduiront vers une forme de rédemption et d’acceptation de soi. Hormis un travelling circulaire magistral qui semble, dès les premières minutes, sceller le destin de son jeune héros, l’économie de moyens artificiels dont fait preuve le cinéaste est la marque d’une sobriété qui accroît encore la délicatesse du récit. Les couleurs chaudes avec lesquelles est filmée la ville de Miami (preuve du talent de James Laxon, un chef opérateur jusque-là cantonné aux séries B de mauvais goût) participent elles-aussi à l’émotion ressentie face aux tourments les plus intimes de Chiron, mais aussi paradoxalement au romantisme et à la violence qui se confrontent dans cette ville à l’ambiance solaire.

Avec une finesse et un humanisme qui rompent avec la sensiblerie tire-larme et le communautarisme que l’on pouvait en craindre, Barry Jenkins brise l’un des tabous les plus délicats du cinéma afro-américain et Moonlight s’impose ainsi comme une œuvre majeure de notre époque.

Grâce à un découpage en trois actes, nous permettant de retrouver Chiron à 8, 16 puis 26 ans, il devient plus facile encore de s’attacher à lui et de prendre pleinement conscience de ses cicatrices internes. Cette construction narrative héritée du théâtre se révèle, en plus d’être un ressort probant à la dimension intimiste de ce mélodrame, l’occasion d’alterner le casting et d’offrir l’opportunité à trois jeunes comédiens peu connus d’incarner ce rôle principal chargé. C’est ainsi que Alex R. Hibbert, Ashton Sanders (N.W.A – Straight Outta Compton) et Trevante Rhodes endossent tour à tour ce personnage et donnent chacun, avec un brio remarquable, vie à ses contradictions et à son comportement introverti. Les personnages secondaires profitent eux aussi d’excellents interprètes : notons tout particulièrement Naomie Harris (James Bond, Pirates des Caraïbes) dans la peau de la mère toxicomane, André Holland (The Knick) qui fait preuve d’une exceptionnelle sensibilité ou encore Mahershala Ali (Luke Cage, House of Cards) dont le charisme est plus que jamais indiscutable.

Davantage que sa réussite formelle, la réussite de Moonlight est avant tout la résultante de l’audace avec laquelle il s’attaque frontalement à l’homophobie qui représente la part sombre de la culture hip-hop. En confrontant des stéréotypes propres à l’imagerie de celle-ci, à travers le Chiron de 26 ans qui apparaît comme un parangon de la virilité et du bling-bling, à un romantisme gay sous-jacent, Barry Jenkins réussit à révéler une réalité qui sera restée trop longtemps taboue. C’est justement cette difficulté qu’éprouvent les personnages à affirmer cette vérité qui rend la troisième partie, chargée en non-dits et en faux-fuyants, irrésistiblement bouleversante. L’un des arguments qui feront entrer ce film indépendant dans la légende est l’exceptionnelle qualité de la bande-originale joyeusement vintage, qui annonce la couleur (dans tous les sens du terme) en s’ouvrant au son de « Every Nigger is a star » de Boris Gardiner et contient entre autres « Hello Stranger » de Babara Lewis. Impossible de rester insensible à la sincérité avec laquelle est filmée cette quête d’initiation, et de ne pas tomber sous le charme du travail de Barry Jenkins dont on espère qu’il saura rester aussi intrépide sans jamais se laisser tenter par les lumières d’un cinéma Hollywoodien sans âme.

Moonlight : Bande-annonce

Moonlight : Fiche technique

Réalisation : Barry Jenkins
Scénario : Barry Jenkins, d’après la pièce de théâtre In Moonlight Black Boys Look Blue de Tarell Alvin McCraney
Interprétation : Alex R. Hibbert (Little), Ashton Sanders (Chiron), Trevante Rhodes (Black), Mahershala Ali (Juan), Naomie Harris (Paula), Jaden Piner (Kevin, 9 ans), Andre Holland (Kevin, 26 ans), Jaden Piner (Kevin, 16 ans)…
Photographie : James Laxton
Montage : Nat Sanders et Joi McMillon
Musique : Nicholas Britell
Producteurs : Adele Romanski, Dede Gardner, Jeremy Kleiner…
Productions : A24 Films et Plan B Entertainment
Récompenses : Golden Globes 2016 du Meilleur film dramatique, Meilleur film indépendant international au British Independent Film Awards 2016, Prix du jury, du public et du meilleur film aux Gotham Independent Film Awards 2016, Oscars 2017 du Meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali, Oscars 2017 du meilleur scénario adapté pour Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney, Oscars 2017 du Meilleur film
Distribution : Mars films
Durée : 110 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 1er février 2017

États-Unis – 2016

 

Fleur de tonnerre, un film de Stéphanie Pillonca-Kervern : critique

Stéphanie Pillonca signe, avec Fleur de Tonnerre, un film sombre, mais pas toujours juste sur une fascinante empoisonneuse, porté par le jeu de Déborah François.

Plus forte que la mort

Fleur de Tonnerre, c’est le surnom que lui donne sa mère, mais qu’elle semble ne pas aimer. C’est Helène Jégado, l’une des sérial killer les plus meurtrières de l’histoire. On lui attribue en effet près d’une soixantaine de crimes. Cette ouvrière de la mort qui se prenait pour l’Ankou, représentation de la mort dans une légende bretonne racontée aux enfants, est incarnée avec force par Déborah François. On la trouve ici habitée, tour à tour mutique, colérique, perdue, mais surtout persuadée d’être investie d’une mission. Cette noirceur de l’acte est présente dans tout le film, on est clairement du côté de la mort, de son emprise sur la vie. Ici, la nourriture, source normalement de santé et de convivialité, devient l’enjeu de la peur, du crime, de la fin du monde. L’esthétique du film, une reconstitution du 19e siècle qui porta Hélène Jégado jusqu’à la pendaison, ressemble parfois un peu trop à une pub pour une fameuse marque de yaourts français. Quand la réalisatrice colle à la peau de son personnage, à sa rage, son désespoir, quand elle cherche à comprendre sans pardonner, elle est la meilleure. Car se transmet alors sa fascination pour un être de l’ombre qui caresse d’une main et empoisonne de l’autre. Les allers-retours entre l’enfance, les actes et la confession marchent ainsi assez bien, même si parfois on est plus dans l’illustration que dans une œuvre de cinéma pur. Cela se ressent d’autant plus que les seconds rôles sont beaucoup moins bien dessinés, voire bâclés. On s’agace ainsi de voir Benjamin Biolay enlever toute force et ambiguïté au personnage le plus énigmatique de la vie de Fleur de Tonnerre : celui qui noua une vraie relation de chair avec Hélène, lui fit perdre tous ses moyens. Il a été épargné par la jeune fille qui s’offrit en sacrifice pour cela, par le corps. Les autres seconds rôles sont à cette image, peu incarnés, souvent le jeu des acteurs n’est pas au rendez-vous.

Un tonnerre sans éclat

On est déçu de voir si peu d’ampleur dans ce qui aurait pu être une fresque, une peinture de mœurs passionnante et enlevée. Ici, les tableaux se succèdent sans véritable parti pris. Le temps semble alors très long. Dommage car on sent tout l’enjeu qu’y avait mis une réalisatrice dont le premier court métrage évoquait déjà une femme empoisonneuse. Quelque chose du mystère ici s’efface un peu. D’autant qu’on regrette le regard ou plutôt la plume plus cinglante posée par Jean Teulé (dont Stéphanie Pillonca adapte le roman) sur cette fleur bretonne, née du tonnerre, de la terre, ayant vécu dans le manque, l’envie de contenir ses peurs. Rien donc du vrai tourment intérieur de la tueuse, à part quelques scènes très belles, au profit de séquences trop illustratives. Hélène Jégado se voulait plus forte que la mort, et elle le fût certainement, sa seule faiblesse finalement, c’était la vie, pour laquelle elle n’a jamais vraiment su se battre. Celui qui l’a finalement confondue devait être un adversaire de taille, mais qui avait déjà gagné d’avance. Elle qui voulait juste être aimée sera finalement privée de regard sur le monde, tête tranchée, visage d’ange et mains mortelles séparés à jamais.

Bande annonce : Fleur de tonnerre

Fiche technique : Fleur de tonnerre

Synopsis : En 1800, la Bretagne est à genoux, accablée par le régime en place et par le clergé omnipotent. Elle se meurt dans un marasme économique qui n’en finit pas et au milieu de cela, une fillette en souffrance pousse, tant bien que mal. Cette fillette c’est « Fleur de Tonnerre », une enfant isolée, malmenée par la vie et bercée par le morbide. Elle en deviendra la plus grande « serial killer » que la terre ait jamais portée et sèmera la mort, peut être juste pour être regardée et aimée.

Réalisatrice : Stéphanie Pillonca
Scénario : Stéphanie Pillonca, Gustave Kervern, d’après l’œuvre de Jean Teulé
Interprétation : Déborah François, Benjamin Biolay, Jonathan Zaccaï, Catherine Mouchet, Blanche François, Féodor Atkine, Christophe Miossec, Xavier Mathieu
Musique : Matthieu Gonet, Sylvain Goldberg
Image : Hugues Poulain
Montage : Kako Kelber
Producteurs : Jean-Pierre Guérin, Sylvain Goldberg, Serges de Poucques,, Nadia Khamlichi, Gilles Waterkeyn, Dany Boon
Distribution : Sophie Dulac Distribution
Durée : 100 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 18 janvier 2017
France-2016

Rétro Stephen King : Salem, un téléfilm de Mikael Salomon

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Fallait-il vraiment adapter à nouveau le roman Salem, plus de vingt ans après le film de Tobe Hooper ?

Synopsis : un vagabond est mortellement blessé alors qu’il pourchassait un prêtre. Sur son lit d’hôpital, il explique à un infirmier la raison de son étrange comportement.

Auteur prolifique de plus de 50 romans (et de nombreuses nouvelles), Stephen King est aussi devenu, au fil du temps, un argument commercial pour les producteurs de films. Pouvoir marquer la mention « d’après Stephen King » sur une affiche de film ou une jaquette de DVD, c’est s’assurer d’un certain public, quelle que soit la qualité du résultat (qui, la plupart du temps, n’est pas une grande réussite).

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Et comme le matériaux n’est pas inépuisable, certains romans bénéficient même de plusieurs adaptations (Carrie, Ça…). C’est le cas de Salem, un des premiers romans de l’auteur, qui avait déjà subi une adaptation par Tobe Hooper à la fin des années 70.

Alors, que nous apporte de plus ce film signé Mikael Salomon (qui auparavant avait commis Pluie d’enfer, avec Christian Slater et Morgan Freeman) ?

Une petite ville sans histoire…

Le film commence plutôt bien. En voix off, le personnage principal, Ben Mears, nous présente la ville de Salem. Les lecteurs habitués de l’œuvre de King savent à quel point la description d’une communauté qui va se déchirer est importante pour l’auteur. Et c’est exactement ce que nous avons ici : une petite ville qui paraît sans histoire, mais où les habitants cachent secrets et rancœurs. Dans les premières minutes du film, on a l’impression que le réalisateur a compris cet aspect important. Ben Mears, écrivain récompensé par un Prix Pulitzer, retourne dans la ville de son enfance et, d’emblée, le portrait qu’il en dresse est plutôt sombre. « N’embellissez pas la ville parce qu’elle est petite ou que vous avez péché dans sa rivière quand vous étiez enfants », nous prévient-il.

Poursuivant sa logique, le film va donc nous présenter une multitude de personnages et les liens complexes qu’ils entretiennent. Et c’est là que le film commence à dériver.

Parmi ces personnages, il y a l’énigmatique Richard Straker, un richissime antiquaire habitant dans un manoir supposé hanté. Qu’un acteur aussi confirmé que Donald Sutherland interprète le personnage pourrait être une bonne nouvelle, mais hélas le comédien est laissé en roue libre et en fait des tonnes.

Vitesse et précipitation

La présentation de Straker est censée lancer le côté fantastique du film. Très vite, les éléments de surnaturel se dévoilent : le manoir hanté à la mode gothique, le chien sacrifié sur la grille du cimetière, le médaillon vendu par l’antiquaire à une adolescente, etc. Les amateurs d’histoires de vampires vont facilement retrouver leurs repères : la mystérieuse caisse de bois transportée de nuit et en toute discrétion vers le manoir rappelle furieusement les classiques du genre.

Le problème, c’est que ces éléments de fantastique sont présentés à toute vitesse et ne permettent pas d’implanter cette angoisse que le réalisateur prétend nous faire partager. Jamais le réalisateur ne parviendra à créer cette atmosphère de peur. Du coup, les spectateurs vont suivre ce qui arrive en se sentant exclus des événements. Faute de pouvoir nous faire partager la peur des personnages, Mikael Salomon nous détache complètement des événements.

Et comme le film dure quand même plus de trois heures, l’ennui s’installe vite. D’autant plus que les fautes d’écriture ou de réalisation se cumulent. Les personnages agissent de façon complètement illogique : le professeur (incarné par André Braugher que l’on retrouvera plus tard dans The Myst – acteur capable du meilleur et qui, là, nous livre une prestation pitoyable) découvre un cadavre chez lui et, au lieu d’appeler la police, demande à l’écrivain de venir.

Les scènes vont s’enchaîner sans lien logique. Le milieu du film nous propose une simple succession de scènes où des personnages se font vampiriser, comme un annuaire. Puis, sans que l’on sache vraiment comment, le narrateur nous dit que les habitants sont presque tous des vampires, alors que dans la scène précédente il n’y en avait que trois ou quatre…

Les personnages évoquent le vampirisme d’un coup, sans la moindre transition, sans même supposer d’autres explications, comme si c’était la seule solution logique et naturelle à ce qui arrive, et ils vont à la chasse aux vampires comme ils partiraient faire une promenade en famille. Rien n’est fait pour montrer le danger représenté par les monstres.

Faute de moyens, les trucages sont déplorables. Les acteurs ne sont pas dirigés et leur prestation est très inégale : Rob Lowe reste relativement sobre et son visage inexpressif ne colle pas du tout avec une histoire où il est censé avoir peur ; Rutger Hauer en fait trop et fait peine à voir.

En conclusion, même si elle commence bien, cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King se révèle vite d’un ennui sidérant, mêlé d’un ridicule fini.

Salem : Bande Annonce

Salem : Fiche technique

Titre original : Salem’s lot
Réalisation : Mikael Salomon
Scénario : Peter Filardi
Interprétation : Rob Lowe (Ben Mears), James Cromwell (le prêtre), Donald Sutherland (Richard Straker), Rutger Hauer (Barlow), Andre Braugher (Matt Burke)…
Montage : Robert A. Ferretti
Photographie : Ben Nott
Musique : Christopher Gordon
Producteur : Brett Popplewell
Sociétés de production : Mark M. Wolper Productions, Warner Bros TV, Turner Network Television, Cooet Hayes Productions
Société de distribution : Turner Network Television
Genre : fantastique
Durée : 181 minutes
Date de diffusion à la télévision française : février 2006

États-Unis – 2005

Lumière ! l’aventure commence, un film de Thierry Frémaux : Critique

En redonnant à voir 108 des premiers films, Thierry Frémaux remonte le temps jusqu’au premiers pas du cinéma. Lumière !, l’aventure commence, c’est un film fait par un cinéphile pour les cinéphiles.

Le 28 décembre 1895, le Cinématographe prenait officiellement vie. Lors de la première projection publique payante, les spectateurs ont découvert 10 vues Lumière. Les vues, ce sont ces petits films, d’une durée avoisinant les 50 secondes, faites d’un seul plan. 122 ans plus tard, le public peut à nouveau découvrir sur grand écran 108 des meilleurs vues du catalalogue Lumière, toutes tournées entre 1895 et 1905 par les frères ou leurs opérateurs.

Lumière !, l’aventure commence s’ouvre sur la fameuse « Sortie d’Usine », le premier film tourné à Lyon. Un photogramme, puis deux, puis trois, et la magie du mouvement opère. Pour un cinéphile, il n’y a peut-être pas de plus bel instant que de celui de voir l’origine du cinéma dans la salle. Organisé en plusieurs parties par Thierry Frémaux et son équipe de l’Institut Lumière, on découvre avec plaisir les fameuses vues restaurées, qu’elles soient rapportées du bout du monde ou qu’elle ne soient que fiction comme « Le repas de Bébé ». Lumière! peut aujourd’hui être vu comme un documentaire sur les deux frères et de leur famille, premiers acteurs du monde, mais il s’agit également d’un fabuleux témoignage sur la France et le monde du début du siècle, et pour finir, un document inestimable sur les débuts du cinéma.

On aurait pu craindre l’ennui devant ces vues muettes, ou alors l’agacement devant une voix-off trop explicative. Il n’en est rien. D’abord, la musique de Camille Saint-Saëns, contemporain des Lumière, accompagne formidablement la séance, en nous faisant littéralement rentrer dans l’époque. Ensuite, c’est Thierry Frémaux lui-même qui commente chacune des 108 vues. L’exercice est difficile : il faut trouver le mot juste en seulement 50 secondes. Le commentateur alterne habilement l’anecdote, l’explication et l’analyse du film, réussissant à diriger le regard du spectateur sur ce qu’il « faut » voir. C’est avec plaisir qu’on se laisse bercer par la voix du délégué général du Festival de Cannes.

Il faut aller voir Lumière !, l’aventure commence, pour le patrimoine qu’il expose, mais aussi pour constater la tendresse et la curiosité des frères Lumière, qui étaient aussi celui d’une époque révolue, celle qui croyait que le futur était plein d’inventions et qui n’avait pas encore vécu les deux guerres.

Lumière !, l’aventure commence : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=DwmSWg8xQhM

Synopsis : En 1895, les frères Lumière inventent le Cinématographe et tournent parmi les tout premiers films de l’histoire du cinéma. Mise en scène, travelling, trucage ou remake, ils inventent aussi l’art de filmer. Chefs-d’œuvre mondialement célèbres ou pépites méconnues, une centaine de films restaurés composent ce retour aux origines du cinéma. Ces images inoubliables sont un regard unique sur la France et le Monde qui s’ouvrent au 20e siècle. Lumière, l’aventure du cinéma commence !

Lumière !, l’aventure commence : Fiche Technique

Réalisation : Thierry Frémaux
d’après une série de vues cinématographiques tournées par Louis Lumière et ses opérateurs
Musique : Camille Saint-Saëns
Montage : Thomas Valette et Thierry Frémaux
Production exécutive : Maëlle Arnaud
Conseiller lumière : Fabrice Calzettoni
Administration : Cécile Bourgeat
Société de production : Sorties d’Usine Productions
Société de distribution : Ad Vitam
Durée : 1h30
Visa : 145 890
Genre : documentaire
Dates de sortie  : 25 janvier 2017

France – 2017

Rétro Stephen King : Fenêtre secrète, un film de David Koepp

Une adaptation sensiblement fidèle au récit original est-elle pour autant un bon film ? Avec le scénariste et réalisateur David Koepp aux commandes et un Johnny Depp cabotin dans le premier rôle, Fenêtre secrète est-il parvenu à sortir des sentiers battus pour nous offrir un thriller haletant ?

Scénariste chouchou d’Hollywood (Jurassic Park, Mission : impossible, Spider Man) David Koepp avait été sollicité par les plus grands, comme Brian de Palma ou encore David Fincher, avant de s’adonner lui-même à la réalisation. Passionné de surnaturel, Koepp côtoie le fantastique sur plusieurs longs-métrages et c’est donc tout naturellement que le réalisateur et scénariste est désigné pour donner vie à l’un des récits du Maître, par les studios Columbia Pictures. À l’époque, les critiques étaient mitigées quant à la qualité du récit, qu’en est-il de l’adaptation cinématographique ?

Synopsis : Mort Rainey est un écrivain à succès, mais le mal causé par son divorce semble lui ôter toute créativité. Alors qu’il se morfond dans sa maison de campagne, incapable d’écrire, il reçoit la visite d’un dénommé Shooter qui l’accuse d’avoir plagié l’une de ses histoires.

« Secret Window, Secret Garden », en français « Vue imprenable sur jardin secret » est une nouvelle de Stephen King publiée dans le recueil Minuit 2, paru en septembre 1990. L’écrivain raconte s’être inspiré d’une anecdote personnelle pour écrire cette histoire, ayant été lui-même accusé d’avoir volé le manuscrit de son roman Misery par une femme prétendant en être l’auteure et jurant qu’il s’était introduit chez elle pour le lui dérober.

Le syndrome de la page blanche

Dans « Vue imprenable sur jardin secret », Stephen King imagine une mise en abîme astucieuse bien que peut-être bancale, dans laquelle il dépeint un écrivain en manque d’inspiration, tourmenté depuis que sa femme l’a quitté pour un autre. Ce n’est pas la première fois que l’auteur s’intéresse aux écrivains puisque en 1987, il narrait les mésaventures de Paul Sheldon dans Misery, publiait deux ans plus tard La Part des ténèbres sur l’influence d’une création sur son auteur et qu’en 1998 il soulevait la question du blocage de l’écrivain dans Sac d’os, pour ne citer qu’eux. Depuis toujours, King explore à travers diverses personnalités, le rapport entre un auteur et ses œuvres dans ce qu’il a de plus passionné et de plus tourmenté, jusqu’à l’angoisse de perdre l’inspiration.

À sa publication, la critique se montre peu enthousiaste, jugeant le récit faible et manquant d’originalité. Mais au début des années 2000, les studios Columbia Pictures ont l’idée d’adapter le récit. En 2004 « Vue imprenable sur jardin secret » est adaptée au cinéma sous le nom de Fenêtre secrète, par le réalisateur David Koepp, déjà à l’origine des scénarios de Spider-Man et Panic room écrits pour la firme. Johnny Depp y donne la réplique à John Turturro, qui campe l’intrigant John Shooter.

Très vite, le spectateur se prend d’affection pour le personnage principal, campé par un Johnny Depp espiègle, qui au début du film désarçonne les éléments de mise en scène mis en place pour amener le suspens avec des mimiques et des réactions hors de propos, comme un enfant qui rigolerait très fort face à une situation qui lui fait peur. Ces situations souvent drôles, créent un décalage bienvenu permettant d’apporter une vraie identité au film. En plus d’être en décalage avec le ton du film, Mort Rainey est en décalage avec le monde dans lequel il évolue. Et si d’un côté cette marginalité en fait une personne dont le spectateur peut se sentir proche, d’un autre elle l’exclut petit à petit de l’univers dans lequel il se meut si péniblement, à tel point que ce dernier lui deviendra hostile, alors que Mort avait plutôt à cœur de s’en moquer, en bon écrivain qu’il est.

Au centre de ce triller psychologique où se mêlent fiction et réalité, propos cher à l’écrivain, la maison de Mort Rainey. À la fois refuge et environnement hostile, elle est l’élément autour duquel vont s’articuler tous les aspects du scénario, ainsi que les personnages qui tour à tour, y feront leur apparition. Comme dans de nombreuses œuvres de Stephen King, l’endroit fascine autant qu’il dérange et c’est presque claustrophobe mais surtout inquiet d’une menace tapie dans l’ombre, que le spectateur se retrouve malgré lui, enfermé avec les protagonistes. Mort Rainey peine d’ailleurs à en sortir, passant ses journées à dormir sur le canapé et traîner en pyjama, et lorsque soudain il est amené à partir, la sonnerie du téléphone l’y retient ou une menace extérieure le conforte dans l’idée qu’il s’y sentira davantage en sécurité, le cloitrant. La maison semble en effet exercer un fort pouvoir d’attraction, amenant un à un les personnages à y pénétrer, poussés par une intuition qu’aucun ne saurait expliquer. Cette fameuse « destinée » qui pousse presque chacun des personnages de King à agir. L’âme de Mort semble être prisonnière de cette maison qui lui rappelle sans trêve les moments d’amour passés avec sa femme, alors que celui-ci est en plein divorce. La maison n’a strictement rien de familier ni de chaleureux, on ne voit d’ailleurs jamais la moindre scène de quotidien. Elle est un témoin, comme nous le rappelle la fameuse fenêtre donnant sur le jardin, à travers laquelle le spectateur regarde. Le réalisateur joue avec des décadrages pour que les pièces paraissent bancales, ce qui donne à l’endroit tout comme au personnage un aspect déstructuré, un sentiment de déracinement.

Des thèmes forts et une atmosphère saisissante, des personnages introduits intrigants et une intrigue prenante, malheureusement desservis par trop peu d’imagination dans les rebondissements, qui ne nous font jamais vraiment oublier que nous regardons un film.

Johnny Depp, par son jeu captivant, apporte au film une certaine fantaisie. Il est la cerise qui essaie de dissimuler la part du gâteau étouffante que l’on tente de nous faire avaler, nous évitant de peu l’indigestion, à cause d’une deuxième partie franchement moins savoureuse que la première, qui se conclut par une révélation plus que moyenne. Pourtant, on aurait pu penser que le format « nouvelle » aurait parfaitement collé au deux heures de film, permettant d’en dire ni trop ni pas assez, mais ce qui pêchait déjà au niveau de l’écriture n’est malheureusement pas rattrapé par la mise en scène. L’histoire et la réalisation, tout comme le protagoniste, manquent de créativité, nous offrant toutefois un film divertissant et beau à regarder.

Fenêtre secrète : Bande annonce

Secret Window – Fenêtre secrète : Fiche technique

Titre original : Secret Window
Réalisation : David Koepp
Scénario : David Koepp, d’après le roman court « Vue imprenable sur jardin secret » de Stephen King
Interprétation : Johnny Depp (Morton « Mort » Rainey – John Turturro (John Shooter) – Maria Bello (Amy Rainey) – Timothy Hutton (Ted Milner)
Photographie : Fred Murphy
Décors : Howard Cummings
Costumes : Odette Gadoury
Montage : Jill Savitt
Musique : Philip Glass et Geoff Zanelli (additionnel : Blake Neely)
Genre : Thriller psychologique
Durée : 96 minutes

Etats-Unis – 2004

Auteur : Yael Calvo

Les Powers Rangers font équipe dans une nouvelle bande-annonce

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L’adaptation cinéma de la franchise culte Power Rangers montre enfin ses héros en action dans un nouveau trailer. Au programme : baston, robots et aliens. It’s Morphin Time !

Le film est un reboot complet de l’univers des Power Rangers. Réalisé par Dean Israelite (Projet Almanac), ce long métrage est une adaptation sur écran produite par la société Lionsgate de la version US signée Saban Entertainment des Super Sentai, créée par Haim Saban. Cela sera la troisième adaptation  de la franchise sur le grand écran. La première bande-annonce dévoilait un ton plus sombre et plus mature que la série d’origine. Le dernier trailer n’hésite pas à révéler le look de tous ces personnages, qui s’éloignent complètement du matériau d’origine. Pour cet nouvel adaptation, Bryan Cranston (The Infiltrator, Breaking Bad, Malcolm) prête sa voix à Zordon et Bill Hader (Crazy Amy, Vice‑versa) à Alpha 5. Quant à Elizabeth Banks (Hunger Games), elle se tourne vers le côté obscur, elle est méconnaissable en Rita Repulsa.

Au sujet de son rôle, Elizabeth Banks dit sur People

« Je n’ai jamais joué un méchant avant. [Au programme] domination mondiale – et être imprévisible comme personnage. »

Dans la peau des autres rangers. On retrouve Dacre Montgomery (A Few Less Men) aka Jason le Ranger Rouge, RJ Cyler (War Machine en 2017) alias Billy le Ranger Bleu, Naomi Scott (Seul sur MarsThe 33) alias Kimberly la Ranger Rose, Becky G (Empire) alias Trini le Ranger Jaune et Ludi Lin (Monster Hunt) Zack le Power Ranger Noir.

Bryan Cranston a promis lors d’un interview pour A.V Club que « le film va être quelque chose d’énorme » et a expliqué  « Le réalisateur (Dean Israelite) a vraiment une belle touche personnelle. Aussi grands que puissent être les Power Ranger, Dean a le don de faire quelque chose de très terre-à-terre, très réel. Je pense que les Power Rangers vont faire tourner la tête des spectateurs, vraiment ». Le film est prévu pour une sortie le 22 mars 2017.

Synopsis :

Cinq lycéens ordinaires ont l’obligation de devenir extraordinaires lorsqu’ils apprennent que leur petite ville d’Angel Grove est sur le point d’être annihilée par une menace venue d’ailleurs. Choisis par le destin, ils découvriront rapidement qu’ils sont les seuls à pouvoir sauver la planète. Mais ils devront d’abord surmonter leurs problèmes du quotidien et regrouper les Power Rangers avant qu’il ne soit trop tard.

Bande-annonce Power Rangers : 

 

Ben Hur de Timur Bekmambetov en VOD, DVD et Blu-Ray le 17 janvier

Avis aux amateurs de péplums : le légendaire Ben Hur fait son come-back sous les traits de Jack Huston (Boardwalk Empire). Entre courses de chars survitaminées et immersion dans les galères, cette épopée antique revisitée sort en DVD et Blu-ray le 17 janvier 2017 !

Synopsis : En Judée, Judah Ben-Hur est un prince zélote respecté qui vit en harmonie avec sa famille et son frère adoptif Messala. Ensemble, ils nourrissent de grands projets et leur amitié semble indestructible. Pourtant, Messala l’ambitieux n’hésite pas à rejoindre les troupes romaines et à trahir Judah, réduit en esclavage dans les galères. Des années plus tard, son navire fait naufrage, occasion pour Ben-Hur de s’affranchir de ses chaînes et de retrouver sa liberté. Il entreprend alors de battre Messala aux légendaires courses de chars, souvent mortelles.

Un énième remake décevant 

Quatrième adaptation cinématographique du roman de Lewis Wallace, ce Ben-Hur revisité à la sauce moderne n’est pas le film à grand spectacle que l’on attendait. A la fois très traditionnel dans sa forme et très porté sur les valeurs religieuses, ce remake est déconcertant dans le sens où le réalisateur opère d’importantes ruptures de style à grands renforts d’effets spéciaux mal maîtrisés, d’un montage nerveux parfois illisible et d’une musique pop-kitsch incongrue. Somme toute fidèle à l’esprit du péplum antique et totalement épique, Ben-Hur présente quelques qualités (scénario linéaire honnête, belle reconstitution historique et interprétation correcte) mais cela ne suffit pas à faire oublier la faiblesse globale du long-métrage, qui emprunte à 300 : La Naissance d’un Empire, Exodus et Noé pour un résultat douteux et tape-à-l’oeil.

Ajoutons à cela une tête d’affiche insipide et fade, une parabole christique un peu lourde et des passages prétendument époustouflants (les galères, la course de chars) qui ne convainquent pas à cause de l’utilisation intempestive du CGI : on obtient un film divertissant mais totalement dénué d’émotions et dont l’action survoltée manque cruellement d’authenticité. Cela sonne creux. Ceci étant, pour les amateurs du genre, Ben-Hur s’impose comme une fresque antique certes mineure, mais remplit le cahier des charges si toutefois on choisit de ne pas effectuer de comparaison avec le grand classique de 1959.

Caractéristiques techniques du DVD :

Langues : Anglais, Français et Espagnol
Sous-titres : Anglais, Français, Espagnol et Néerlandais
Son : 5.1 Surround
Image : 16/9 2.40 :1 Letterbox
Durée : 1h58
Bonus : Un casting épique / La course de chars

Caractéristiques techniques du Blu-Ray :

Langues : Anglais Français, Allemand, Espagnol, Italien et Japonais
Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Allemand, Danois, Espagnol, Finnois, Italien, Japonais, Néerlandais, Norvégien et Suédois
Son : DTS-HD Master Audio 7.1 Surround,
Image : 16/9 2.40:1 Letterbox
Durée : 2h03
Bonus : Un casting épique / La course de chars / Ben-Hur l’héritage / Une histoire contemporaine / Un récit du Christ / Scènes coupées et version longues

 

Nouvelle bande-annonce époustouflante pour Logan

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Ultra-violence et filiation, telles sont les thématiques de Logan, la nouvelle aventure de Wolverine au cinéma.

C’est l’un des projets les plus alléchants de 2017. Logan, troisième opus des aventures en solo de Wolverine sur grand écran et 10e aventure des X-Men au cinéma, s’annonce comme un événement dans l’univers des super-héros. Très impliqué dans le projet, Hugh Jackman, interprète du célèbre personnage de comics depuis neuf films, endosse la double casquette de producteur & interprète. Il a d’ailleurs investi de sa poche pour garantir un élément clé du film : sa classification américaine en Rated-R, c’est à dire interdit aux moins de 17 ans non accompagnés (un équivalent de notre -12 ans dans le cas présent). Ainsi, la violence graphique, véritable tabou dans les super-productions, est redevenue à la mode avec le carton commercial du film Deadpool, avec Ryan Reynolds. De même, elle fait partie intégrante de l’arc que le projet adapte : Old Man Logan. Le réalisateur James Mangold, déjà auteur de Wolverine : Le Combat de l’Immortel, avait remis le personnage au goût du jour, après le désastre de X-Men Origins : Wolverine. Présenté à la Berlinale le 17 février prochain, Logan concentre de nombreux espoirs. A la fois celui d’un excellent long-métrage crépusculaire et un accomplissement pour le genre du super-héros.

Le synopsis de Logan est le suivant : Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

Bande Annonce de Logan, en salles le 1er mars 2017

Rétro Stephen King : Dreamcatcher, un film de Lawrence Kasdan

Pour son adaptation de Dreamcatcher,  le scénariste des trilogies Star Wars et Indiana Jones réunit une troupe d’excellents acteurs pour donner corps au roman de Stephen King. On pouvait en espérer un grand film… gare à la déconvenue !

Synopsis : Quatre amis d’enfance, qui partagent un lien télépathique, viennent passer leur week-end dans un chalet pour une partie de chasse mais se retrouvent coincés par une tempête de neige. Lorsqu’ils se rendent compte qu’une étrange épidémie fait des ravages dans la forêt, l’armée leur apprend que la zone est en quarantaine. Ils découvrent que la maladie est en fait la conséquence directe d’une invasion extraterrestres rendus agressifs par le froid.

Un mauvais rêve  

Le roman Dreamcatcher, paru en 2001, a reçu un excellent accueil de la part du lectorat de Stephen King. Qu’il s’agisse de son « retour » après deux ans d’inactivité littéraire n’y est pas pour rien. Son ambiance de paranoïa créée par l’intrigue et d’oppression naturelle liée à la météo neigeuse avaient même de quoi rappeler The Thing, alors que la nature elle-même des extraterrestres avait de quoi laisser imaginer des scènes d’explosions viscérales dignes du premier Alien. D’autant qu’à cette menace xénomorphe venait s’ajouter des enjeux de pouvoirs mentaux, que King sait rendre intenses comme personne. Mais c’est surtout sa construction très proche de Ça (auquel King ne s’est d’ailleurs pas privé de glisser des clins d’œil) qui a convaincu ses fans historiques qui savent que la mélancolie de l’âge de l’enfance et la sincérité des amitiés de cet âge sont la marque d’une écriture très personnelle de la part de l’auteur. C’est donc sans surprise que les grands studios hollywoodiens s’empressèrent d’en acheter les droits pour le confier, comme à leur habitude, à un yes-man.

Il fut en revanche plus étonnant que soit choisi un cinéaste qui n’a jamais connu le succès en tant que réalisateur (La fièvre au corps, Wyatt Earp…) et dont les seules tentatives dans le domaine du cinéma fantastique sont justement des scénarios qui sont devenus des modèles dans l’art de contourner l’argument fantastique pour le transformer en prétexte à un film d’aventures (Les aventuriers de l’Arche perdu, L’empire contre-attaque…). Le film de sa filmographie qui se rapproche finalement le plus des intentions de Dreamcatcher est son film de potes Les Copains d’abord (1984). Que le scénario soit confié à William Goldman, à qui l’on doit l’excellente adaptation de Misery, avait de quoi rassurer… mais ce serait oublier qu’il a aussi contribué au fiasco de Cœurs perdus en Atlantide l’année précédente. Le casting entièrement masculin contient des acteurs assez talentueux. Même Thomas Jane et Timothy Olyphant, biens connus des amateurs de série B comme étant insupportablement inexpressifs, s’en sortent pour une fois plutôt bien. Il ne fait alors nul doute que si l’on ne s’attache jamais à eux, c’est le fait d’une caractérisation bancale de leurs personnages. L’unique vecteur pour nous apprendre à connaitre ces quatre amis est une série de flashbacks qui, en plus d’être amenés de façon tout à fait aléatoire, ne font en fait que réduire leur alter-ego infantile à de vulgaires caricatures de « l’enfant kingien » tel que l’on a pu les découvrir dans Stand by me. Ce n’est donc pas rendre justice à l’imaginaire foisonnant de l’auteur.

Le roman avait tout pour aboutir à un long-métrage de qualité, mais son adaptation s’est faite avec un tel manque d’audace que sa substantifique moelle s’en est retrouvée vidée au profit d’un nanar qui fleure le pipi-caca. Au sens propre comme au figuré.

Étonnamment, c’est l’interprétation de Morgan Freeman qui pose le plus problème. Alors que son nom est le premier à apparaitre dans le générique, son rôle de méchant enfonce le clou du processus de nanardisation du film. En plus d’être monolithique au possible, sa manie de rappeler en boucle sa haine des extraterrestres fait de lui un personnage de série Z parfaitement grotesque.

Pire encore, le traitement avec lequel l’ambiance angoissante, pourtant au cœur du matériau d’origine, est détournée par Kasdan nuit complétement à son effet. Plutôt que l’aventure, c’est vers la comédie potache qu’il a délibérément choisi d’orienter les éléments de scénario dont il n’a pas su exploiter le potentiel horrifique. C’est ainsi que les troubles intestinaux que provoque l’infection par des extraterrestres devient le point de départ d’un trop-plein de gags scatophiles. Même le climax du film, qui a le malheur d’avoir lieu dans des toilettes du chalet, souffre de cet humour gras qui vient rendre accessoire la tension ambiante. Tandis que les créatures se retrouvent assimilées à des défections et que le suspense se transforme en une mauvaise blague, il ne faut pas s’étonner que la partie la plus chimérique du roman se retrouve également mise à mal, tant on sait que sa transposition est toujours problématique dans les adaptations de Stephen King. Or justement, ici la seule chose qu’il reste de la sous-intrigue télépathique du roman se retrouve mise en scène via la représentation de l’esprit de Jonesy comme une vaste bibliothèque. Une bonne idée en soi, mais qui, couplée à une interprétation bouffonne de la schizophrénie par Damian Lewis, ne fait en fin de compte que participer au caractère purement risible du long-métrage.

La dimension mythologique du dernier acte, et en particulier du combat final, tel qu’elle apparait dans le livre se retrouve amputée et compensée alors par un twist capilotracté qui fait brutalement s’effondrer tous les efforts de fidélité au roman. Telle une fatalité, aucune intensité ne nait jamais de ce scénario sans-queue-ni-tête, et ce n’est certainement pas sa conclusion médiocrement bâclée qui aurait pu donner un sens à tout ce qui l’a précédé.

Quand bien même les effets spéciaux sont d’une facture tout à fait acceptable, le trop-plein de créatures en CGI, sans même évoquer leur design fécal, est un frein à l’aura de mystère que l’on aurait pu espérer d’un tel film. La scène la plus spectaculaire n’est d’ailleurs pas l’une des émergences massives de ce parasite orange ni même l’explosion du vaisseau spatial – deux exemples de pistes prometteuses fort mal exploitées par le scénario – mais bien l’exode des animaux dans la forêt. Un court passage qui survient au bout d’une quarantaine de minutes, correspondant à la fin d’une introduction pourtant réussie, juste avant que le film ne dérape complétement dans ce bouillon infâme.

Espérons qu’un jour, quelqu’un fera une adaptation qui sache pleinement tirer la puissance horrifique de Dreamcatcher et qui surtout nous fera oublier l’étron filmique de Kasdan.

Dreamcatcher : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=T6AeWMZrRLU&t=4s

Dreamcatcher : Fiche technique

Réalisation : Lawrence Kasdan
Scénario : William Goldman et Lawrence Kasdan d’après le roman Dreamcatcher de Stephen King
Interprétation : Damian Lewis (Gary « Jonesy » Jones), Jason Lee (Joe « Beaver » Clarenden), Thomas Jane (Henry Devlin), Timothy Olyphant (Pete Moore), Tom Sizemore (Lieutenant Owen), Morgan Freeman (Colonel Abraham Curtis), Donnie Wahlberg (Douglas « Duddits » Cavell)…
Photographie : John Seale
Montage : Carol Littleton, Raúl Dávalos
Musique : James Newton Howard
Producteurs : Charles Okun, Lawrence Kasdan
Sociétés de Production : Castle Rock Entertainment, Village Roadshow Productions
Distributeur : Warner Bros.
Budget : 68 000 000 $
Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Genre : Science-fiction, horreur
Durée :  133 minutes
Date de sortie : 16 avril 2003

Etats-Unis – 2003

Corniche Kennedy, un film de Dominique Cabrera : critique

Du haut de la Corniche Kennedy, le ciel et la mer se confondent dans un même bleu. Est-ce qu’on plonge, est-ce qu’on vole ? Peu importe pourvu qu’on ait l’ivresse.

Synopsis : Corniche Kennedy. Dans le bleu de la Méditerranée, au pied des luxueuses villas, les minots de Marseille défient les lois de la gravité. Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa, Julie : filles et garçons plongent, s’envolent, prennent des risques pour vivre plus fort. Suzanne les dévore des yeux depuis sa villa chic. Leurs corps libres, leurs excès. Elle veut en être. Elle va en être.

Vertigo

Le titre d’une œuvre peut parfois être très sibyllin et d’autres fois s’imposer comme l’évidence même. Dominique Cabrera fait d’emblée les présentations : la corniche Kennedy à Marseille, c’est d’abord une route qui dévore égoïstement une bonne partie de l’espace. Acculés entre les voitures et le muret délimitant l’étroite promenade, on saute très vite la barrière pour rejoindre ceux qui plongent depuis l’éperon rocheux en quête de vertige et de sensations fortes. Un petit groupe, composé d’adolescents gouailleurs, audacieux pour certains, inconscients pour d’autres ; la caméra va les suivre et ne plus les lâcher. Corniche Kennedy est adapté du roman éponyme de Maylis de Kerangal, ce n’est cependant pas suivant les règles de l’adaptation qu’il faudra aborder cet article qui ne se concentrera que sur le film seul.

Dominique Cabrera, dès ses premiers films, a cherché à donner la parole à ses personnages en évitant les stéréotypes et les idées toutes faites. Que ce soit dans Chronique d’une banlieue ordinaire (1992) ou dans le Lait de la tendresse humaine (2001), elle tend à rendre avec le plus de justesse possible la complexité d’une situation, en faisant montre d’une grande empathie pour ses héros. Engagés, ses films le sont incontestablement : par les images qu’elle tourne, Cabrera fait acte de visibilité pour tous ceux qui sont si souvent dépeints de manière unilatérale, réduits au cliché sans épaisseur. Corniche Kennedy emprunte le même chemin que ses films précédents. Les acteurs qui interprètent les différents membres de la bande de plongeurs téméraires tournent tous pour la première fois, se sont en revanche bien eux que l’on voit sauter à l’écran, pas de doublure, ce genre de cascades fait partie du quotidien. Si l’histoire peut sembler de prime abord n’être qu’un regard porté sur une antédiluvienne lutte des classes – Suzanne habite les beaux quartiers, Marco, Mehdi et les autres viennent de la cité – la cinéaste donne à voir les choses avec beaucoup de nuances. Les appartenances recoupent de multiples facteurs, sociaux, économiques, religieux ou ethniques. C’est en se tenant à l’intersection de toutes ces causes que le film de Cabrera trouve toute sa justesse. Le personnage qui incarne le mieux ces questionnements c’est celui d’Awa, la capitaine de la brigade des stups de Marseille interprétée par Aïssa Maïga. Elle est noire et travaille pour la police, une incompatibilité totale aux yeux de certains, une trahison. Elle tranche avec fermeté « Je ne suis pas noire, je suis flic ». Ne pas se définir par ce que l’on est mais par ce que l’on fait, se faisant on sort du déterminisme qu’on voudrait nous imposer. Mais il y a quelque chose du reniement d’une part de soi que de ne mettre en avant qu’un seul état de cette double réalité. Awa est flic et noire. Faire partie d’une communauté quelle qu’elle soit, c’est se soumettre à des choix stricts ou prendre le risque de se faire rappeler à l’ordre si on sort des chemins balisés. Appartenir à un groupe implique que l’on fréquente aussi les lieux qui nous sont assignés. La mise en scène joue beaucoup sur cette notion de territoire. Marseille apparaît dès les premiers plans comme une ville morcelée par la route qui tranche et isole. Les nageurs fortunés fréquentent le Cercle, sorte de complexe aquatique privé, perché sur un promontoire rocheux et dominant la baie. Pour les autres, ce sera la plage et les calanques. « T’es chez nous ici » dit l’un des garçons de la bande à Suzanne quand celle-ci veut leur imposer sa présence. Le mélange n’est pas chose aisée mais il n’en est pas impossible pour autant.

Suzanne regarde depuis le jardin de sa villa la bande de copains se jeter à l’eau. C’est à travers une vidéo faite avec son smartphone que l’on accède à son point de vue. Images volées, un instant de la vie des autres qu’elle capte, qu’elle veut faire sienne. La question des différents régimes d’images irrigue tout le film. L’image c’est celle que l’on veut donner de soi en sautant depuis la corniche, en défiant la hauteur, en luttant contre le vertige pour impressionner les autres, l’image qui témoigne de l’exploit. Mais cette reconnaissance est parfois à double tranchant car à la reconnaissance des pairs s’ajoute parfois celle, insoupçonnée, des inconnus qui vous traquent. Suzanne fait les frais de cette image censurée, elle ne fait pas partie du groupe, les images qu’elle a dérobées ne lui appartiennent pas. Elle se verra sommer de les rendre. Le premier contact est rude, le groupe a l’avantage sur l’individu, on interpelle la jeune fille, on la bouscule, la méfiance est palpable. Si la confiance est un don rare, c’est parce qu’au-delà de Suzanne d’autres yeux observent : les stups ne sont jamais bien loin. Cette sous-intrigue de polar – dont la bande son jazzy très cuivrée est imprégnée – a déjà été utilisée de nombreuses fois pour apporter l’élément de tension nécessaire au développement et à la résolution de l’histoire. De ce cliché éculé, Cabrera parvient à tirer quelque chose. En faisant des policiers une présence plutôt lointaine dont l’intervention est limitée et qui, hormis la capitaine, ne comporte pas d’autre figure marquante. La réalisatrice évite de trop s’appesantir sur les généralités habituelles. Toute l’action est concentrée sur les jeunes acteurs et plus spécifiquement sur le trio principal. La cinéaste aime ses protagonistes qu’elle filme au plus près et qu’elle magnifie souvent.

Avec Corniche Kennedy, Dominique Cabrera prouve une fois de plus son habileté à traiter de sujets de société fortement contemporains en s’attachant à des personnages complexes. La grande force de ses portraits, c’est qu’ils ne sont ni misérabilistes ni complaisants mais plein de nuances, métissés, à l’image de Mehdi, interprété par Alain Demaria, cheveux blonds et lèvres charnues qui refuse qu’on le catégorise, sans doute le plus beau personnage du film.

Corniche Kennedy : Bande annonce

Corniche Kennedy : fiche technique

Réalisatrice : Dominique Cabrera
Scénario : Dominique Cabrera
D’après l’œuvre éponyme de Maylis de Kerangal
Interprétation : Lola Créton (Suzanne), Kamel Kadri (Marco), Alain Demaria (Mehdi), Aïssa Maïga (Awa), Hamza Baggour (Hamza), Mama Bouras (Mama), Franck Cavanna (Franck), Mélissa Gulibert (Mélissa), Linda Lassoued (Linda), Julie Lavocat (Julie)
Musique : Béatrice Thiriet, Kamel Kadri
Image : Isabelle Razavet
Montage : Sophie Brunet
Producteurs : Gaëlle Bayssière
Distribution : Jour 2 fête
Récompenses : De la page à l’image – Festival du film du Croisic 2016 – Prix Claude Chabrol
Durée : 94 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 18 janvier 2017
France – 2017

Live by Night, un film de Ben Affleck : Critique

Après l’intrépide agent de la CIA (Argo) et le milliardaire porté sur le noir (Batman), Ben Affleck s’improvise mafioso des années 20 dans Live By Night, véritable lettre d’amour au genre porté au sommet par Scorsese ou Raoul Walsh. Un exercice de style efficace, à défaut d’être brillant, qui en impose surtout par sa reconstitution historique de bonne facture et sa mélancolie omniprésente.

Booze, Borsalino & Thompson

Il est toujours amusant de voir à quel point un Oscar peut influer sur le destin d’un réalisateur. Si certains en profitent pour imposer leur desideratas personnels aux studios (Scorsese avec Silence), d’autres, un peu déboussolés d’être subitement au cœur de toutes les discussions, tentent de se rassurer et retournent bien vite vers leur zone de confort, non sans l’avoir améliorée au passage. Affleck est clairement de ceux-là. Alors qu’on attendait fébrilement sa compo de Batman miné par le doute et les regrets, le voilà qui annonçait après Argo, son envie de retourner vers celui qui l’a révélé : Dennis Lehane (Mystic River, Shutter Island). L’auteur US, très habile dès lors qu’il est question de coucher de grandes fresques historiques et criminelles sur papier, avait en effet dans sa besace le texte sur lequel Affleck allait pouvoir prouver à ses détracteurs qu’il n’est pas juste un crâneur à la belle gueule et au charisme ravageur : Live By Night (Ils Vivent La Nuit en VF). Où les errements d’un soldat de la Grande Guerre las de recevoir des ordres et naturellement plus enclin à en donner, qui s’improvise, au grand dam de son père – figure notoire de la police locale -, mafioso/bootlegger en pleine Prohibition. L’occasion pour Affleck de compiler dans un film aux airs de pot-pourri, tout ce qui avait fait le succès de ses films précédents : le soufflet historique d’Argo, la violence brutale de The Town et l’émotion de Gone Baby Gone. Un mélange audacieux qui se frotte paradoxalement assez mal au seul élément intéressant du métrage : sa mythologie.

No Country for Good Men

Live By Night étant en effet le deuxième tome de l’épopée criminelle menée par Coughlin et écrit par Lehane, Affleck doit dans un premier temps accoucher de tous les rouages contenus dans les pages du roman pour situer son action et témoigner de ses enjeux. Cela donne donc un montage louchant un peu trop sur Scorsese, à bon coup de voix-off et règlement de comptes en pagaille, comme pour mieux renforcer l’idée d’un Boston gangrené par la guerre des gangs. Au demeurant, si le montage témoigne d’une relative lenteur, l’exécution n’est pas à plaindre. Affleck, rompu aux films en costume, arrive à rendre compte des années folles comme personne, à bon coup de diner huppés, borsalino, costume 3 pièces et autres Thompson à camembert. Une ambiance qui, qu’on se le dise, maintient l’intérêt sur la première bobine, voyant Affleck changer son fusil d’épaule et rallier la Floride duquel il officie pour le compte d’un sous Marlon Brando échappé du Parrain de Coppola. Là-bas, sous le soleil et à l’ivresse du rhum, il vit la grande vie, quitte à s’offrir des nouveaux costumes et à incarner ce magnat de l’alcool, cruel mais pas trop, sorte de criminel au grand coeur qui dépassera rarement la ligne jaune car doté de principes. Au milieu de tout ça, finalement, peu de surprise : toujours des méchants à abattre, des territoires à conserver et des patrons à qui embrasser la bague. Mais là où cette odyssée du gangstérisme innove, c’est bien par la dévotion d’Affleck. Toujours à l’affût, l’acteur-réalisateur arrive à tailler dans le roman (très dense) de Lehane pour s’accaparer les moments importants, qu’ils soient historiques (les soubresauts liés au Ku Kux Klan et l’influence cubaine durant la Prohibition) ou émotionnels (sa romance avec une cubaine qui va profondément modifier sa nature) et les inclure à son récit, renforçant l’aspect mélancolique de l’ensemble puisque c’est son histoire dans l’Histoire qu’il nous montre. Un choix audacieux, qui évite le sempiternel rise and fall à la Scorsese mais qui, de par sa nature expérimentale, peine à témoigner d’un rythme aussi trépidant que ces quelques scènes d’action dont la formidable course poursuite en Ford T qui laisse sourire par son côté purement anachronique, surtout en 2017.

Classieux, élégant et efficace, Live by Night est un très joli exercice de style et la preuve qu’on peut toujours compter sur Affleck pour emballer une histoire qui a de la gueule. Reste l’amertume de devoir assister à une œuvre dont la densité est palpable à tout instant mais qui a perdu une partie de sa substantifique moelle à la case montage, et dont le génie apparait timidement de temps à autre sans jamais vraiment s’imposer.

Live by Night : Bande-Annonce

Synopsis : Boston, dans les années 20. Malgré la Prohibition, l’alcool coule à flot dans les bars clandestins tenus par la mafia et il suffit d’un peu d’ambition et d’audace pour se faire une place au soleil. Fils du chef de la police de Boston, Joe Coughlin a rejeté depuis longtemps l’éducation très stricte de son père pour mener une vie de criminel. Pourtant, même chez les voyous, il existe un code d’honneur que Joe n’hésite pas à bafouer : il se met à dos un puissant caïd en lui volant son argent et sa petite amie. Sa liaison passionnelle ne tarde pas à provoquer le chaos. Entre vengeance, trahisons et ambitions contrariées, Joe quittera Boston pour s’imposer au sein de la mafia de Tampa…

Live by Night – Fiche Technique

Titre original et français : Live By Night
Réalisation : Ben Affleck
Scénario : Ben Affleck, d’après Ils vivent la nuit (Live By Night) de Dennis Lehane
Casting : Ben Affleck (Joe Coughlin), Sienna Miller (Emma Gould), Zoe Saldana (Graciella Suarez), Elle Fanning (Loretta Figgis), Chris Messina (Dion Bartolo), Chris Cooper (Irving Figgis), Brendan Gleeson (Thomas Coughlin)
Direction artistique : Christa Munro
Décors : Jess Gonchor
Costumes : Jacqueline West
Photographie : Robert Richardson
Montage : William Goldenberg
Musique : Harry Gregson-Williams
Production : Ben Affleck, Leonardo DiCaprio, Jennifer Davisson Killoran et Jennifer Todd
Producteurs délégués : Chris Brigham et Chay Carter
Sociétés de production : Appian Way, Pearl Street Films et Warner Bros.
Sociétés de distribution : Warner Bros. (États-Unis), Warner Bros. France (France)
Langue originale : anglais
Budget : 65 millions de dollars
Format : couleur – 2.35:1 – numérique
Genre : thriller, policier
Durée : 128 minutes
Dates de sortie  France : 18 janvier 2017

Etats-Unis – 2017

La Mécanique de l’ombre, un film de Thomas Kruithof : Critique

Avec La Mécanique de l’ombre, pour une fois librement adapté de complots avérés ou supposés et non d’une oeuvre littéraire, Thomas Kruithof nous livre un premier long métrage d’espionnage incisif au climat austère quasiment irréprochable.

Synopsis : Deux ans après un « burn-out », Duval est toujours au chômage. Contacté par un homme d’affaire énigmatique, il se voit proposer un travail simple et bien rémunéré : retranscrire des écoutes téléphoniques. Aux abois financièrement, Duval accepte sans s’interroger sur la finalité de l’organisation qui l’emploie. Précipité au cœur d’un complot politique, il doit affronter la mécanique brutale du monde souterrain des services secrets.

Après un premier court métrage à la photographie grise et décolorée, Rétention, qui lui a valu une sélection dans une quinzaine de festivals à travers le monde, Thomas Kruithof a voulu retracé le parcours d’un individu lambda au sein d’un complot politique qui le dépasse. Il s’est inspiré notamment de la crise des otages du Liban dans les années 80, des carnets de Takieddine ou encore plus globalement du soupçon d’instrumentalisation des services secrets à des fins politiques qui flotte dans nos actualités. Pour le personnage égaré, François Cluzet avoue s’être influencé du « Pigeon », un roman de Patrick Suskind racontant l’histoire d’un guichetier de banque à la vie très rangée qui est confronté à sa solitude et à l’arrivée d’un pigeon dans sa chambre. La mécanique de l’ombre n’a rien du récit imbriqué torturé d’un John le Carré ou du divertissement bessonien d’un Eric Rochant (Möbius, Le Bureau des Légendes) et cependant a tout d’un grand, très très grand. Pourquoi ?

En mentionnant la série française avec Mathieu Kassovitz, on s’approche de la thématique seulement, car le DGSI représentée par Sami Bouajila est en cause, mais nous sommes clairement du côté civil plongé dans l’ombre d’une politique qui use de moyens secrets pour arriver à ses fins. Ce méticuleux Duval, dépassé par un quotidien dans les assurances, s’est réfugié dans l’alcoolisme suite à un licenciement. L’élipse pose un voile sur ces deux années passées au sein des Alcooliques Anonymes. Voici donc ce nouveau point de départ pour cet homme qui a presque tout perdu, après un an de sobriété, félicité par le gros Albert des AA. On retrouve dans l’écriture, une sensibilité sur ce complexe empirique de Stephen King (l’espoir d’un nouveau départ dans un contexte de sobriété), un héros cible faux coupable hitchcockien et une solitude entre quatre murs polanskienne. Habilement, simplement, efficacement surtout, l’enfer dans lequel se plonge Robert Duval – réduit à son puzzle 1000 pièces, sa table formica et l’arrivée d’une nouvelle alcoolique qu’il semble parrainer -, semblable à un glissement de terrain, ne cesse de se creuser jusqu’au dénouement final qui manque cruellement de surprise.

Le principal défaut de cette « mécanique » d’excellente facture est en effet son atmosphère qui reste cloisonnée dans une photographie terne, froide et une réalisation sobre et concise. Si l’emprise est effective, il n’en reste pas moins que les seules apparitions d’hémoglobine à l’écran manquent de carnation. A trop vouloir rester modéré, pondéré, le parti pris est satisfaisant, voire honorable, mais retombe dans un lancinant refrain monocorde. Pour cette raison, l’usage d’un grand écran est inutile tant le long métrage peut être apprécié sur un autre support. Restons positif. La mécanique est savamment huilée, les rouages bien agencés et tel un produit de consommation basique à réaliser, le cahier des charges est respecté sans une réelle appropriation. Mais ne critiquons pas le cordonnier pour nous avoir chaussés, portant lui-même de très beaux souliers, mais applaudissons-le pour les avoir, sans nous le demander, nettoyés, cirés et imperméabilisés. D’autant plus que c’est sa première paire de toute sa carrière! A l’image comme à la réalisation, rien n’est épargné, si ce n’est le spectaculaire ou la surenchère. Les mauvaises langues crieront au manque d’ambition, les esthètes loueront les mérites de cette épuration. Telle une rivière tranquille, au courant fragile mais certain, grise abyssale et non pourpre, le thriller se contente de peu de pièces pour nous composer un puzzle ordonné et correctement orchestré. On attend le prochain avec impatience !

La Mécanique de l’ombre : Bande Annonce

La Mécanique de l’ombre : Fiche Technique

Réalisateur : Thomas Kruithof
Scénario : Yann Gozlan, Thomas Kruithof
Interprétation : François Cluzet (Robert Duval), Denis Podalydès (Clément), Sami Bouajila (Labarthe), Simon Abkarian (Grefaut), Alba Rohrwacher (Sara), Philippe Résimont (De Grugy), Daniel Hanssens (Albert, le responsable des AA)
Photographie : Alexandre Lamarque
Montage : Jean-Baptiste Beaudoin
Décors : Thierry François
Producteurs : Matthias Weber, Thibault Gast et Geneviève Lemal, Arlette Zylbergberg
Production : 24 25 Films et Scope Pictures
Distribution (France) : Océan Films
Genre : thriller, espionnage
Durée : 93 min.
Date de sortie : 25 août 2016 (Festival du Film Francophone d’Angoulême) – 11 janvier 2017

France, Belgique – 2017