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Jackie, un film de Pablo Larrain : Critique

Sur la thématique de l’art de forger sa propre légende dans l’Histoire, Jackie forme un véritable diptyque avec Neruda, le précédent film de Pablo Larraín. Pour son premier film en anglais, le réalisateur chilien a la lourde responsabilité de s’attaquer à une véritable icône américaine. L’occasion pour lui d’interroger cette notion.

Synopsis : Jackie Kennedy, la jeune veuve de JFK, livre lors d’une interview les sentiments contradictoires qui l’ont traversés lors des quatre jours qui suivirent l’assassinat de son mari jusqu’aux funérailles qu’elle se chargea d’organiser.

Control freak

Ceux qui s’attendent à trouver là un schéma de biopic classique, qui leur fasse découvrir le parcours qui a mené une fille de bonne famille jusqu’au sommet du pouvoir politique américain, seront déçus. Le scénario concocté par Noah Oppenheim (jusqu’ici auteur du Labyrinthe et de Divergente 3) se concentre sur une courte période, la semaine suivant la fameuse visite fatale de Dallas ce 22 novembre 1963, mais se construit néanmoins sur une succession de flashbacks, dont l’un qui nous ramènera jusqu’à la première danse entre Jackie et son futur président de mari. Autant dire que, plutôt qu’assister à une fresque historique et linéaire, nous assistons à une multitude de saynètes, compilées dans un montage qui assure à l’ensemble un rythme mais aussi une cohérence dans l’appréhension de son sujet. La part importante de non-dits et l’impressionnante documentation sur lesquelles s’est fondé ce scénario suppose que, pour pleinement apprécier le film, il faille justement connaitre un minimum le personnage de Jackie Kennedy et son parcours, ce qui sera facilement acquis d’une part importante de spectateurs américains mais certainement moins en France. Pour ces deux raisons, Jackie a de quoi déstabiliser, voire décevoir, son public qui y chercherait un récit plus didactique, mais il n’en reste pas moins un travail graphique et la prestation d’une actrice remarquables.

Plutôt qu’un biopic, le parti-pris de se concentrer sur le deuil vécu par son héroïne au lendemain de la mort de son mari ferait davantage de Jackie un « nécropic ». L’un des soucis de Lorrain pour ancrer son film dans une réalité historique est de recréer avec une fidélité chirurgicale certaines scènes elles-mêmes bien établies dans l’inconscient collectif du grand public américain. C’est là que le travail de mimétisme, physique mais aussi vocal, effectué par Nathalie Portman dans des passages, tels que la visite de la Maison Blanche devant les caméras de CBS, est littéralement bluffant. Mais là où la mise en scène de Larrain est le plus impressionnant, c’est lorsqu’il nous immerge dans des images bien plus connues encore. Ainsi, lorsqu’il nous fait revivre la scène du meurtre de JFK, que nous avons tous déjà observée depuis le point de vue imposé par la fameuse vidéo de Zapruder, c’est en restant au plus près de Jackie Kennedy qu’il parvient à exploiter toute la charge dramatique de ce drame national.

Manipulatrice et monomaniaque, Jacqueline Kennedy n’était pas que la façade lisse et princière qu’appréciaient tant les américains. Cette superficialité perverse,  Nathalie Portman lui donne corps avec une justesse et une grâce ahurissantes.

Sur le même procédé, on aurait aimé que la marche des funérailles, alors que son organisation apparaît comme un enjeu majeur pour la first lady comme pour ses services de sécurité, soit plus développée, et que sa reconstitution nous y intègre pleinement auprès des participants. De plus, et parce que Jackie était  pleinement conscience du pouvoir des images, et en jouait constamment pour imposer sa présence dans la culture populaire nationale, Larrain prend soin à reproduire leur esthétique en choisissant de les filmer en pellicule, comme il l’avait fait pour Neruda dont il s’était calqué sur la verve lyrique (jusqu’à se perdre un peu) pour narrer le récit. Mais son véritable sujet n’est ni la tragédie humaine ni le pouvoir médiatique de Jackie Kennedy mais bien son caractère trouble et son obsession pour la préservation de la mémoire de son défunt mari.

Sur ce registre, Nathalie Portman est impressionnante dans la façon de faire de son personnage, un être à la fois détestable pour sa propension à se servir des autres et sa froideur apparente et, attendrissante pour la déchirure qui semble la brûler de l’intérieur. Le nombre important de gros plans que la mise en scène lui accorde – comme elle le fait d’ailleurs aux acteurs secondaires moins présents à l’écran – prouve que le réalisateur misait beaucoup sur elle. Et il a eu raison car, au-delà des scènes les plus mélodramatiques où elle se révèle irrésistible, lors de son interview ou de ses conflits avec les politiques elle apparaît comme une femme forte et inflexible. C’est dans ces moments, où elle se dévoile également comme une véritable icone monarchique, qu’elle ouvre une double réflexion sur l’exploitation intéressée de l’image de soi et sur l’importance des symboles dans la vie politique de la plus grande démocratie au monde. A travers ce sous-texte, Jackie se révèle donc être un film hautement provocateur. La façon qu’a la dernière partie à se concentrer sur les échanges entre Jackie et un prêtre, interprété par John Hurt, fait toutefois s’éloigner le film de ces sujets épineux, préférant se concentrer sur les tourments intimes et les besoins de se confier d’une femme qui a toujours vécu dans le mensonge, allant jusqu’à laisser sous-entendre qu’elle se savait victime d’un adultère. Cette dernière partie a donc certes des enjeux d’une moindre ampleur mais c’est alors que la mise en scène, et en particulier la place accordée à la magnifique bande originale de Mica Levi, touche une splendeur magistrale, qui se conjugue à la dimension légendaire atteinte alors par son héroïne.

La véritable réussite de Pablo Larrain est d’avoir toujours su placer sa caméra de façon à n’être ni trop près ni trop loin de son sujet pour imposer au public le moindre jugement moral. C’est donc comme un pur travail d’observation hyperréaliste qu’il nous propose ce portrait de femme versatile et fragile… à moins qu’il ne s’agisse du portrait d’une mégalomane acariâtre. A vous de trancher.

Jackie : Bande-annonce

Jackie : Fiche technique

Réalisation : Pablo Larrain
Scénario : Noah Oppenheim
Interprétation : Natalie Portman (Jackie Kennedy), Peter Sarsgaard (Bobby Kennedy), John Hurt (le père Richard McSorley), Greta Gerwig (Nancy Tuckerman), Billy Crudup (Theodore H. White), John Carroll Lynch (Lyndon B. Johnson), Caspar Phillipson (JFK)…
Photographie : Stéphane Fontaine
Montage : Sebastián Sepúlveda
Direction artistique : Halina Gebarowicz
Musique : Mica Levi
Producteurs : Juan de Dios Larrain, Darren Aronofsky, Mickey Liddell, Scott Franklin, Ari Handel…
Productions : Jackie Productions, Wild Bunch, Fabula, LD Entertainment, Protozoa Pictures Why Not Productions
Distribution : Bac films
Durée : 100 minutes
Genre : Drame, biopic
Date de sortie : 1er février 2017

États-Unis – 2016

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La série de Sacha Baron Cohen annulée par Amazon

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Highston, la prochaine série de Sacha Baron Cohen ne verra finalement pas le jour. Une déception pour les nombreux artistes qui étaient autour du projet.

Écrite par Bob Nelson (Nebraska) et réalisée par Jonathan Dayton et Valerie Faris (Little Miss Sunshine), la série Highston a été annulée par Amazon. Produite par Sacha Baron Cohen, Highston devait être une comédie de six épisodes. Le casting s’annonçait très intéressant avec en guest Shaquille O’Neal ou encore Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers. En acteurs réguliers, on aurait retrouvé Mary Lynn Rajskub, Chris Parnell, Curtis Armstrong et Lewis Pullman dans le rôle principal.

Joe Lewis, directeur du service comédie et drama d’Amazon Studios a confié « On adore Bob, Jon et Val, les deux producteurs nommés Todd et l’incroyable et talentueuse équipe d’acteurs ». Il rajoute  » Malheureusement, toutes les séries ne voient pas le jour ».

L’acteur Curtis Amstrong que l’on a pu voir dans le rôle de Metatron dans la série Supernatural a partagé sa tristesse sur Twitter. « Les gens demandent quand Highston va enfin commencer, Amazon nous dit désormais que la série ne se poursuivra pas. Une grande déception ».


Synopsis :

 A l’aube de son entrée dans l’âge adulte, un jeune homme de 19 ans préfère se réfugier dans son imagination plutôt que de faire face à un monde qui l’effraie.

John Woo annonce son grand retour en 2018 avec le remake de Manhunt de Junya Sato

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John Woo, l’un des cinéastes qui a révolutionné le cinéma d’action et les polars avec des scènes de gunfights inoubliables, a évoqué son prochain film lors d’une conférence de presse, le 15 janvier dernier, à Pékin. Le réalisateur du Syndicat du Crime et de The Killer a tenu à réaliser, avec ce nouveau long-métrage, un remake de Manhunt de Junya Sato et à rendre hommage, par la même occasion, au comédien Ken Takakura.

John Woo vient donc de dévoiler de nouvelles informations sur son prochain projet pour le septième art à l’occasion d’une conférence de presse à Pékin en ce début janvier. Il s’est attaqué à Manhunt, un classique du cinéma asiatique. Ce film japonais, réalisé en 1976 par Junya Sato, est basé sur un roman de l’auteur Juko Nishimura. Le personnage central, un inspecteur de police, doté d’une forte personnalité, est accusé à tort de corruption et de viol. Il va devoir entamer une quête sur le chemin de la rédemption pour laver son honneur. Il sera aidé au cours de son périple par la ravissante fille d’un milliardaire. Le titre original du film est Kimi yo fundo no kawa wo watare.

Manhunt de Junya Sato a été le premier film étranger à être importé en Chine en 1978 depuis l’ouverture du pays au marché international après la fin de la Révolution Culturelle.

Le rôle principal de Manhunt était occupé par l’acteur Ken Takakura. Ce comédien japonais légendaire est décédé en 2014 au grand dam de John Woo, comme il l’a évoqué à l’occasion de la conférence de presse de ce début janvier :

« J’ai rencontré et parlé avec Ken Takakura après avoir réalisé Le Syndicat du crime en 1986. Nous étions deux grands admirateurs de nos filmographies respectives. Malheureusement, nous n’avons jamais eu la chance de travailler ensemble avant sa mort. S’il y a bien une raison pour laquelle j’ai choisi de refaire Manhunt, c’est principalement pour rendre hommage à Ken Takakura. Son rôle de Morioka dans le film a été une grande source d’inspiration et une référence pour de nombreux Chinois avec son courage et son esprit. »

La société Media Asia a racheté les droits du roman dans le cadre de cette nouvelle adaptation. Peter Lam, à la tête de Media Asia, a contacté John Woo après qu’il eut découvert que le cinéaste était un grand fan et appréciait énormément le travail de l’acteur japonais. Woo avait fait des déclarations dithyrambiques et admiratives sur la qualité et le jeu de l’acteur Ken Takakura, juste après sa mort. Perer Lam est donc ainsi aisément parvenu à convaincre John Woo de réaliser ce remake de Manhunt.

La sortie du film est prévue pour les futures festivités du Nouvel An chinois comme l’a révélé le cinéaste le 15 janvier dernier lors de la conférence de presse à Pékin. Ce prochain long-métrage de John Woo arrivera effectivement sur les écrans en Chine le 16 février 2018. John Woo espère ainsi relancer sa carrière avec Manhunt, tout en bénéficiant d’une sortie à l’occasion d’une date clé en Asie.

Après l’âge d’or de ses productions cultes à Hong Kong (Le syndicat du crime, The Killer, A toute épreuve, Une balle dans la tête) et son escapade à Hollywood (Chasse à l’homme, Broken Arrow, Volte/Face, Mission Impossible 2, Paycheck), John Woo était revenu en Chine ces dernières années. Le cinéaste a réalisé des œuvres ambitieuses avec des budgets colossaux (Les Trois Royaumes, Le Règne des assassins). Sa récente production, The Crossing, n’a pas obtenu le succès escompté au box-office chinois. Divisé en deux parties, The Crossing avait rapporté 260 millions de yuans pour un budget de plus de 400 millions en 2015.

Cette version 2018 de Manhunt réunit le casting suivant : Zhang Hanyu, Tao Okamoto, Jun Kunimura, Hiroyuki Ikeuchi, Qi Wei, Wu Feixia, Masaharu Fukuyama, Yasuaki Kurata, Nanami Sakuraba ainsi que Johan Karlberg. Le film serait actuellement en post-production d’après des informations de China.org.cn.

Zhang Hanyu, qui va reprendre le rôle culte de Morioka, a indiqué que le film de 1976 l’avait beaucoup influencé. A l’occasion de cette conférence de presse à Pékin, Zhang Hanyu a déclaré que l’interprétation de Ken Takakura dans le film d’origine a eu une grande influence sur sa carrière. Il a déjà visionné ce long-métrage plus d’une trentaine de fois.

« Je suis tellement chanceux de jouer dans cette nouvelle version, plus de quarante ans après avoir été touché pour la première fois par le film d’origine. »

Reste à savoir si ce nouveau long-métrage ambitieux de John Woo, destiné au marché asiatique, sortira en 2018 dans les salles européennes et américaines.

En cas de réussite, John Woo pourrait relancer sa carrière internationale et ainsi tenter de mener à bien son projet de longue date : un remake Hollywoodien de son œuvre culte, The Killer.

 

Glacé, une série de Laurent Herbiet : critique de la saison 1

Diffusée sur M6 en première partie de soirée, l’adaptation du roman de Bernard Minier, a réuni son public et rempli son contrat : suspense, meurtres et manipulations en pagaille. On ne retrouve cependant pas toujours la subtilité attendue dans l’évolution des personnages.

Avoir froid dans le dos

Littéralement ! Ce qui frappe d’abord dans Glacé, c’est son ambiance, celle que dessinent les premières minutes de la série :  feutrée, glaçante et puissante. Nous voici face à un paysage de montagne enneigé et à un meurtre vraiment étrange : un cheval a été tué, décapité puis accroché tel un trophée sur un sommet. Qui a bien pu avoir cette idée pour le moins saugrenue ? C’est ce que devront découvrir la flic du coin, le Capitaine Ziegler (Julia Piaton) et un flic-revenant, le Capitaine Servaz (Charles Berling). Malgré la présence au scénario du regretté Pascal Chaumeil (L’Arnacoeur), nous n’assistons pas à une énième série comique à la française (comme les formats courts de M6 qui foisonnent sur la chaîne). Non, nous sommes face à du drame pur, à un dépaysement total, proche des paysages du grand Nord. Pourtant, on regrette que cette familiarité avec les pays nordiques ne se retrouve pas dans les contours des personnages, souvent un peu caricaturaux voire grossiers. En effet, avec sa carrure et son phrasé, la capitaine Ziegler aurait fait une parfaite Sarah Lund (The Killing). Or, ici, le personnage est bien vite caractérisée comme lesbienne (sans grande subtilité d’ailleurs quand son collègue le découvre), et le restera sans qu’on en sache plus sur ce personnage de femme affirmée. A l’inverse, on en sait trop sur son collègue, Servaz, et sa liaison sans saveur avec la femme de son meilleur pote, prétexte à rien du tout ou alors à combler du temps de présence à l’écran. Pourtant, le format des épisodes, environ 50 minutes, est assez idéal pour le rythme général, volontairement lent, pesant et l’apparition des différentes révélations.

La prochaine fois je viserai le cœur

De ce côté là, rien à dire, le scénario se tient et est même plutôt bien ficelé. On ne sera pas surpris par le dénouement (sur l’affaire en cours, le reste laissant présager une suite), mais on a plaisir à suivre l’histoire, on y frissonne aussi. Les dialogues pèsent parfois un peu, ce qui empêche aux personnages, encore une fois, de s’émanciper un peu plus, de sortir du lot. On notera seulement le jeu tout en retenue, mais très fort en même temps, de Pascal Greggory en ex-flic devenu tueur en séries. Car chaque personnage voit évoluer (ou être détruit) son double en négatif. Que ce soit la jeune psychiatre, Diane/Hélène et sa défunte jumelle Fabienne, Servaz et son ex-collègue et ami Hirtmann, ou encore Ziegler et Alice. Tous ont vu tomber un être si chèrement aimé et se battent pour que justice soit faite. Trouver l’autre, le venger, le détruire. C’est selon le passé de chacun, qui se révèle peu à peu. Une fois la meute de loups reconstituée (aussi bien dans le très beau générique – l’occasion de noter que la BO est plus que valable – que par Hirtmann lui-même symboliquement et réellement), le chaos demeure, créé de toute pièce par celui qui tire les ficelles depuis sa cellule. Ce n’est pas une révélation, car depuis le début tout le monde est persuadé que c’est lui et le répète à foison (avant la scène de révélation du coup rendue plus ou moins inutile). La fin de l’épisode 6, un peu tirée par les cheveux, mais ayant le mérite de faire avancer l’intrigue, laisse présager, qui sait, une deuxième saison. Mais il faudra alors compter sans la plume de Pascal Chaumeil (très convaincant dans l’écriture des personnages avec son dernier film Un petit boulot), disparu en  2015, auteur des deux premiers épisodes et auquel la série rend un hommage d’abord discret, puis vite trop présent, à travers la présence dans le bureau de Servaz de l’affiche de L’Arnacoeur. Ici, ce sont plutôt les coups de feu que chacun s’entête à se tirer en plein cœur. Si suite il y a, nous espérons qu’elle permettra d’enrichir la peinture des personnages de la série.

Glacé, saison 1 : Bande annonce

Glacé : Fiche technique

Synopsis : A flanc de montagne, dans les Pyrénées, est découvert le cadavre d’un cheval sans tête accroché à 2000 mètres d’altitude, au sommet d’un téléphérique. Les capitaines Servaz et Ziegler se voient confier cette enquête. A quelques kilomètres de là, dans un centre pénitentiaire de haute sécurité, la jeune psychiatre Diane Berg entame des séances de psychothérapie auprès de Julian Hirtmann un dangereux tueur en série arrêté des années auparavant par le capitaine Servaz… Les destins de ces quatre personnages vont se percuter dans une enquête des plus terrifiantes.

Réalisation : Laurent Herbiet, d’après l’oeuvre de Bernard Minier
Scénario : Laurent Herbiet (épisodes 1 à 6), Pascal Chaumeil (épisodes 1 et 2)
Interprétation : Charles Berling, Julia Piaton, Nina Meurisse, Pascal Greggory, Anne Le Ny, Robinson Stevenin
Producteur : Isabelle Degeorges, Damien Couvreur
Production : Gaumont Télévision, M6 Métropole Télévision
Distribution France : Studiocanal, Mascaret Films
Genre : Drame
Format : 6 x 52 minutes
Diffusion : M6, janvier 2017

 

César 2017 : Elle et Frantz favoris des nominations

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Après la liste des nominés aux Oscars dévoilée hier, c’est l’Académie des César qui vient de révéler la sienne. Avec 11 nominations respectives, Elle de Paul Verhoeven et Frantz de François Ozon dominent les débats. Ma Loute, Mal de Pierres et Divines restent néanmoins de solides outsiders.

Après le refus de Roman Polanski de tenir la présidence de la 42ème édition de la cérémonie des César, c’est dans un contexte polémique que l’Académie présidé par Alain Terzian vient de révéler la liste des nominés. Alain Terzian en a profité pour évoquer cette fâcheuse controverse et rappeler que Roman Polanski « était un choix indiscutable » et qu’il reste « l’une des plus grandes figures du cinéma mondial, et reconnu comme tel. C’était le seul regard que nous devions avoir. Le regard sur les artistes et leur travail et c’est ce que nous avons fait.« . Le Président de l’Académie n’entend pour l’instant pas nommer de successeur au réalisateur franco-polonais.

Voici la liste des nominés pour les César 2017 :

CÉSAR DU MEILLEUR FILM

Elle
Frantz
Mal de pierres
Divines
Les Innocentes
Ma Loute
Victoria

CÉSAR DU MEILLEUR ACTEUR

Omar SyChocolat
Gaspard UllielJuste la fin du monde
François CluzetMédecin de campagne
Pierre DeladonchampsLe Fils de Jean
Nicolas DuvauchelleJe ne suis pas un salaud
Fabrice Luchini Ma Loute

CÉSAR DU MEILLEUR ACTRICE

Isabelle HuppertElle
Virginie EfiraVictoria
Marion CotillardMal de pierres
SokoLa Danseuse
Judith ChemlaUne vie
Marina FoïsIrréprochable
Sidse Babett KnudsenLa Fille de Brest

CÉSAR DU MEILLEURE RÉALISATEUR

Bertrand BonelloNocturama
Alain GuiraudieRester vertical
Olivier AssayasPersonal Shopper
Katell QuillévéréRéparer les vivants
Bruno DumontMa Loute
Mia Hansen-LoveL’Avenir
Paul VerhoevenElle

CÉSAR DU MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE

Laurent LafitteElle
Vincent LacosteVictoria
Vincent CasselJuste la fin du monde
Gaspard UllielLa Danseuse
Melvil PoupaudVictoria
James ThierréeChocolat

CÉSAR DU MEILLEUR ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE

Nathalie BayeJuste la fin du monde
Déborah LukumuenaDivines
Valeria Bruni TedeschiMa Loute
Anne ConsignyElle
Mélanie ThierryLa Danseuse

CÉSAR DU MEILLEUR ESPOIR MASCULIN

Damien BonnardRester vertical
Corentin FilaQuand on a 17 ans
Kacey Mottet KleinQuand on a 17 ans
Niels SchneiderDiamant noir
Jonas BloquetElle

CÉSAR DU MEILLEUR ESPOIR FÉMININ

Oulaya AmamraDivines
Paula BeerFrantz
Lily-Rose DeppLa Danseuse
Noémie MerlantLe ciel attendra
RaphMa Loute

CÉSAR DU MEILLEUR FILM D’ANIMATION

La Jeune Fille sans Mains
Ma vie de Cour­gette
La Tortue Rouge

CÉSAR DU MEILLEUR FILM ETRANGER

Aqua­rius
Bacca­lau­reat
La Fille Incon­nue
Toni Erdmann
Manches­ter by the Sea
Moi Daniel Blake
Juste la fin du monde

CÉSAR DU MEILLEUR PREMIER FILM

Ciga­rette et choco­lat chaud
La Danseuse
Diamant noir
Divines
Rosa­lie Blum

CÉSAR DU MEILLEUR DOCUMENTAIRE

Dernières nouvelles du cosmos
Fuocoam­mare
Merci patron !
Swag­ger
Voyage à travers le cinéma français

CÉSAR DE LA MEILLEURE ADAPTATION

Elle
La fille de Brest
Frantz
Ma vie de Cour­gette
Répa­rer les vivants
Mal de pierres

CÉSAR DU MEILLEUR SCÉNARIO ORIGINAL

Divines
L’Effet Aqua­tique
Les Inno­centes
Ma Loute 
Victo­ria

CÉSAR DE LA MEILLEURE PHOTOGRAPHIE

Elle
Frantz
Les Innocentes
Ma Loute
Mal de Pierres

CÉSAR DU MEILLEUR SON

Chocolat
Elle
Frantz
Mal de Pierres
L’Odyssée

CÉSAR DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE

Chasse Royale
Maman

CÉSAR DU MEILLEUR MONTAGE

Divines
Elle
Frantz
Juste la fin du monde
Mal de Pierres  

CÉSAR DE LA MEILLEURE MUSIQUE

Choco­lat
Dans les forêts de Sibé­rie
Elle
Frantz
Ma vie de Cour­gette

Rendez-vous le 24 février 2017 pour découvrir le palmarès de la 42ème édition de la cérémonie des César.

 

Rétro Stephen King : Cell Phone, un film de Tod Williams

Pour conclure la rétrospective sur le maître de l’horreur Stephen King, la rédaction de CineSeries s’attarde sur le DTV Cell Phone, une série B à l’opposé même du roman : ridicule et sans âme.

Synopsis : Un mystérieux virus se propage via les téléphones portables. Les personnes ayant été touchées par le réseau en question se transforment alors en zombies assoiffés de sang. Dans l’État de la Nouvelle-Angleterre, un groupe de survivants, menés par Clay Riddell et Tom McCourt, s’organise pour lutter contre le fléau et trouver la source du signal afin de le stopper…

Le livre évitait le ridicule, cette mauvaise série B plonge en plein dedans

Hormis les séries TV Under the Dome et 22/11/63, The Mist est sans nul doute la dernière adaptation de Stephen King à avoir attisé la curiosité des spectateurs. Mais depuis sa sortie en 2007 (2008 en France), l’auteur n’a pas été gratifié d’un long-métrage digne de ce nom, la majorité des films en question étant tout simplement des DTV ayant à peine fait parler d’eux (La Cadillac de Dolan ou encore Mercy). En attendant de retrouver cette année l’univers de l’écrivain avec La Tour Sombre et le remake cinématographique de Ça, la rédaction  conclut sa rétrospective sur Stephen King avec la critique de Cell Phone, la dernière adaptation en date… et un long-métrage d’une qualité fort douteuse !

Pour entrer un peu plus dans les détails, ce film est tiré du roman Cellulaire. Un livre dans lequel Stephen King a voulu rendre un hommage non dissimulé à George Romero en se lançant dans une histoire apocalyptique de zombies durant laquelle l’auteur décide de suivre un groupe de survivants dans un monde ravagé par ces créatures avides de sang. Mais au lieu de prendre comme base un virus, King a préféré comme cause à l’infection une interférence téléphonique : les gens se zombifient en écoutant un étrange signal sur leur portable. Un concept pour le moins étrange, pour ne pas dire farfelu, mais qui doit être vu comme une métaphore de la dérive technologique de notre société. Certainement pas un chef-d’œuvre comme avait pu nous offrir l’auteur par le passé, mais tout de même une petite série B horrifique efficace, qui n’omet pas de mettre en avant des personnages travaillés ainsi que des thématiques toujours aussi pointilleuses. Le film, lui, n’arrive pas à ce résultat-là…

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Oui, Stephen King a signé lui-même le scénario de cette adaptation (avec la collaboration d’Adam Alleca), ce qui induit qu’il peut nous offrir le script le plus fidèle possible à son roman. Mais « fidélité », ne rime pas obligatoirement avec « bonne adaptation ». Et sur ce point, King a toujours livré le minimum syndical. À savoir reprendre les grandes lignes de son histoire, les moments les plus marquants, et les enchaîner sans pour autant reprendre la richesse de son œuvre et de ses personnages. Cell Phone ne déroge donc pas à la règle, se présentant pour le coup comme un défilé de rencontres impromptues et inutiles, de séquences n’ayant aucun sens si ce n’est tenter de provoquer chez le spectateur un semblant de tension, de protagonistes tout bonnement inexistants. Bref, une intrigue vide au possible qui parvient à rendre le concept du roman ridicule, alors que celui-ci arrivait à titiller l’intérêt du lecteur. Adieu la métaphore pessimiste sur la communication et la technologie, bonjour le gloubiboulga sans âme ayant l’insolence de laisser l’essence du livre sur le banc de touche ! Et là n’est pas le pire…

Le gros problème de Cell Phone vient de son réalisateur, Tod Williams (Paranormal Activity 2). Le bonhomme s’est contenté d’une seule chose : faire confiance à Stephen King pour le scénario et au duo vedette John Cusack/Samuel L. Jackson (déjà à l’affiche de Chambre 1408) afin d’assurer la bonne réussite de son film. Grossière erreur ! D’une part, parce que King n’est pas un bon scénariste, de l’autre, parce que les comédiens, aussi bon soient-ils, ne peuvent livrer le meilleur d’eux-mêmes à partir d’une intrigue aussi fade que celle de Cell Phone. Des atouts gâchés qui auraient pu masquer une mise en scène mollassonne, voire inexistante. Une atmosphère aux abonnés absents. Un montage sans aucun sens (voix-off sortie de nulle part, fondus au noir inexplicables…). Des effets spéciaux de piètre qualité. Une photographie vomitive. Une direction d’acteurs pitoyable (mention spéciale aux figurants, qui paraissent trop humains pour des zombies). Un incroyable manque d’investissement émotionnel dans le traitement de l’intrigue. La liste est longue… mais il y a suffisamment d’arguments pour dire que Cell Phone est sans conteste un long-métrage qui ne mérite nullement que l’on s’y attarde ne serait-ce que quelques secondes.

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Il est vraiment grand temps que La Tour Sombre et Ça sortent sur grand écran afin de faire oublier ce Cell Phone. De prouver que l’univers de Stephen King a encore de grands titres à offrir au public, qui méritent bien mieux que cette indigeste série B, faite sans génie ni ambition. Même si l’œuvre de l’auteur a déjà eu diverses adaptations, cette dernière n’est pas prête de s’évanouir. D’autant plus que King continue de publier des romans chaque année, qui n’attendent qu’à avoir une adaptation digne de ce nom. Mais comme a pu vous le montrer cette rétrospective consacrée au maître de l’horreur, il faut les meilleurs artisans pour livrer des chefs-d’œuvre tels que Shining, Christine ou encore La Ligne Verte. Il ne reste donc plus qu’à espérer que les prochains projets sauront faire honneur à cet auteur de renom, qui a su terroriser, émouvoir et surtout marquer à vie grâce à sa plume.

Cell Phone : Bande-annonce

Cell Phone : Fiche technique

Titre original : Cell
Réalisation : Tod Williams
Scénario : Adam Alleca et Stephen King, d’après le roman de Stephen King
Interprétation : John Cusack (Clay Riddell), Samuel L. Jackson (Tom McCourt), Isabelle Fuhrman (Alice Maxwell), Clark Surallo (Sharon Riddell), Ethan Andrew Casto (Johnny Riddell), Owen Teague (Jordan), Stacy Keach (Charles Ardai), Josha Mikel (Raggedy)…
Photographie : Michael Simmonds
Décors : John Collins
Costumes : Lorraine Coppin
Montage : Jacob Craycroft
Musique : Marcelo Zarvos
Producteurs : Michael Benaroya, Shara Kay, Richard Saperstein et Brian Witten
Productions : The Genre Co., Benaroya Pictures, 120dB Films, Cargo Entertainment International Film Trust
Distribution : Marco Polo Productions
Durée : 98 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 21 septembre 2016 (directement en vidéo)

États-Unis – 2016

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Notre top 10 des histoires d’amour dans un film

Alors que l’actualité cinéma de ce début 2017 est marquée par, notamment, La La Land et Loving, force est de constater que, héritage de siècles de tradition romanesque oblige, les histoires d’amour sont une source d’inspiration inépuisable. L’occasion de s’interroger sur les films qui ont réussi à faire battre notre cœur de spectateur.

Il est difficile de justifier les émotions les plus profondes que l’on ressent ou non devant tel ou tel film. Les histoires d’amour font vibrer notre fibre romantique, mais leur efficacité est-elle davantage dépendante de notre propre intimité ou d’un quelque conditionnement culturel? La question reste ouverte.

Le top 10 des histoires d’amour au cinéma selon la rédaction:

1/ Le secret de Brokeback Mountain (Ang Lee, 2006) : Wyoming, 1963. Ennis Del Mar et Jack Twist, deux cowboys, se rencontrent alors qu’ils travaillent dans un ranch. C’est la passion immédiate. Mais pourquoi cette histoire est-elle si intense ? D’une part, le film aborde la question de l’homosexualité à une époque où l’Amérique était encore très conservatrice, surtout dans les états les plus reculés : on se trouve donc face à une notion de transgression qui rend cette romance illicite et interdite. D’autre part, les deux hommes vivent un amour impossible, élément romanesque propice aux montagnes russes émotionnelles : le destin les sépare puis les réunit pour mieux les déchirer à nouveau… Enfin, le dénouement tragique achève de faire de ce long métrage une œuvre bouleversante, aussi émouvante que déchirante. Ajoutons à cela l’interprétation tout en justesse et en retenue de Jake Gyllenhaal et Heath Ledger, ainsi qu’un cadre naturel grandiose, et on obtient une histoire d’amour puissante, tout simplement.   Marushka

2/ Her (Spike Jonze, 2013) : Cultivant l’insaisissabilité comme personne, Spike Jonze continue d’alimenter une filmographie aux airs de grand 8 et signe avec Her la première romance 2.0 de l’histoire. D’un coté, un Joaquin Phoenix paumé et isolé ; de l’autre la voix suave de Scar-Jo grimée en une « Siri ». Un duo improbable qui sous son scope, à la fois grave et paradoxalement très doux, se connecte avec grâce et touche au cœur autant qu’au cerveau, de par son sous-texte technologique évident. Her est une déclinaison amoureuse d’un épisode de Black Mirror. On en ressort ému mais aussi inquiet ; inquiet de voir la technologie  prendre autant le pas sur nos vies, jusqu’à se substituer à nos amours futurs.     Antoine D.

3/ Sur la route de Madison (Clint Eastwood, 1995) : S’il avait déjà rencontré le succès public et critique en tant que réalisateur, avec des films tels qu’Impitoyable ou Un Monde Parfait, l’image du cowboy aux mâchoires serrées et au regard acéré collait encore à la peau de Clint Eastwood. Il surprit tout le monde avec Sur La Route De Madison, une histoire d’amour adaptée du roman de Robert James Waller. Il y raconte comment deux êtres se rencontrent et s’aiment le temps d’une parenthèse, comment ils s’apprivoisent et finissent par se séparer, la vie leur interdisant d’aller plus loin ensemble. Eastwood oublie les gros sabots de Dirty Harry pour la douceur feutrée d’un amour faits de regards, de sourires, de suggestions et de non-dits. Il la photographie elle, la paysanne qui se croit vilaine et elle panse ses plaies à lui, l’homme blessé. Il la rend femme, elle le rend moins seul et au final, la vie est décidemment mal faite et les occasions souvent manquées.  Thierry

4/ Titanic (James Cameron, 1997) : « Si tu sautes, moi je saute, pas vrai ? » Exemple parmi tant d’autres des répliques qui ont marqué ce long-métrage, Titanic de James Cameron reste à bien des égards la plus belle et la plus émouvante histoire d’amour de ces dernières années. A travers cette relation impossible entre un jeune artiste et une fille de bonne famille promise à la bourgeoisie, symbole d’une lutte des classes sociales au début du XXe siècle, le réalisateur déploie l’artillerie lourde : des personnages attachants et facilement identifiables, un naufrage impressionnant, déployant les plus riches effets spéciaux de l’époque, une bande originale signée James Horner iconique, et inoubliable grâce au tube de Céline Dion… Film de tous les superlatifs, autant par la virtuosité de sa direction artistique que par l’universalité et l’intemporalité de son histoire, Titanic est bien plus qu’un drame romantique : une véritable empreinte sur l’histoire du cinéma.    Kevin B.

5/ Eternal Sunshine of The Spotless Mind (Michel Gondry, 2004): Connu pour ses rêveries transposées sur grand écran, Michel Gondry ne perd rien de son talent avec Eternal Sunshine of the Spotless Mind. A travers une histoire d’amour basée sur l’oubli et la perte de souvenirs, Kate Winslet, aux couleurs de cheveux improbables, s’avère fabuleuse et Jim Carrey, à contre-courant, nous époustoufle. Les seconds rôles, Elijah Wood, Mark Ruffalo ou Kirsten Dunst complètent un casting que l’on qualifiera aisément de prestigieux. La romance, qui bouscule le spectateur, ne saura que prendre aux tripes ce dernier. À cela se greffent les choix esthétiques d’un réalisateur qui parvient à magnifier l’amour, et ce « je t’aime moi non plus ». Enfin, que dire de la bande-originale, qui s’avère également saisissante, reflétant une souffrance progressive, mais un amour continu. Une perle.    Zoran

6/ Laurence anyways (Xavier Dolan, 2012)  Dolan confronte l’amour pur à la réalité brute : une femme aime un homme qui veut être une femme. Voilà une histoire d’amour qui suit « la logique du cœur ». Laurence, prénom à double consonance homme/femme et Fred (idem) ne se quittent jamais tout à fait parce qu’ils refusent le quotidien destructeur pour préférer la marge à coup de listes qui les éloignent du déplaisir. Nous suivons donc des êtres qui s’accrochent l’un à l’autre au-delà même des identités pour lesquelles ils se sont choisis. C’est un amour qui transcende le quotidien et les limites. Qui dépasse la relation et résiste à la tempête du changement même s’il ne dure pas éternellement. On garde en mémoire l’absence de regret, l’envie d’affirmer sa différence, d’en faire une force, une légitimité qui permet de demander à être regardé(e) dans les yeux, à ne plus se mentir.   Chloé

7/ Hiroshima, mon amour (Alain Resnais, 1959) : Après 24 courts et moyens métrages dont Van Gogh, Guernica ou Nuits et Brouillard, Alain Resnais en visite à Hiroshima décide un film, un poème antithétique sur l’amour et la mort, toujours ce devoir de mémoire contre l’oubli qui l’obsédera toute sa carrière. Véritable œuvre propice à l’analyse filmique pour sa narration éclatée, il n’en reste pas moins un puissant plaidoyer sur l’histoire avec une majuscule, sur la réconciliation des peuples et donc un pamphlet sur la guerre. Si le couple Riva/ Okada se dessine comme un fil conducteur, leur passion amoureuse, même si certains pensent qu’elle n’est que secondaire sur le symbolisme historique et la métaphore de liberté, reste tout du moins un des plus mémorables récits amoureux et universels que le cinéma français ait été capable de mettre en scène. Par la poésie de Marguerite Duras, par la sincérité des acteurs qui se donnent corps et âme, par la musique de Delerue…  Antoine M

8/ Moonrise Kingdom (Wes Anderson, 2012) : Romance pré-pubère au charme devenu iconique, Moonrise Kingdom polarise les ingrédients d’une plume unique, reconnaissable entre mille. Et si l’élection d’un tel film, au sein d’une liste qui veut louer la dimension historique d’un « amour filmé », peut surprendre, sa présence rassure les mélancoliques. Le geste naïf de Wes Anderson célèbre l’idée d’une émotion infantile véritable et légitime autour d’un couple qui cumule les maux de sa jeunesse. Leur histoire commune se résume à un enchevêtrement de fuites, toujours rattrapées mais jamais vaines. Où le désir partagé d’inventer leur vie d’adultes détonne face à ces grandes personnes qui semblent piégées dans des rôles attitrés. Savoureusement mis en scène, où le chic surranné se mêle aux plans automates, Moonrise Kingdom est un film grisant qui joue sur les vestiges de nos enfances. La plus belle des petites histoires d’amour.  Grégoire

9/ In the Mood for love (Wong Kar-Wai, 2000) : A Hong-Kong, au début des années 60, un homme et une femme mariés se retrouvent trahis par leurs conjoints respectifs. Alors qu’ils tentent de comprendre les raisons d’un tel adultère, la complicité va laisser place à d’autres sentiments plus passionnels. D’un romantisme fou, Wong-Kar-Wai dépeint une romance d’une beauté éclatante. Maggie Cheung et Tony Leung débordent d’amour et de sentiments fusionnels. Grâce à une musique envoûtante, In the Mood for Love transcrit une relation amoureuse passionnée, avec une grâce et une finesse exemplaires. Tout est affaire de non-dits et de regards, les mots restant futiles pour l’union de ces deux êtres. Ce long métrage bouleversant, primé à Cannes et aux Césars, emplie de passion et de lyrisme, reste d’une grande justesse. Un film jouant sur les sensations les plus vives et l’émotion la plus pure. Incontestablement, l’une des plus belles histoires d’amour au cinéma.   Louis

10/ Un homme et une femme (Claude Lelouch, 1966) : C’est l’histoire d’un homme et d’une femme. Précisément le récit de la rencontre d’un homme et d’une femme ; de la naissance de leur amour et de ses difficultés. L’unique Jean-Louis Trintignant incarne l’homme, Duroc ; la formidable Anouk Aimée est la femme, Anne Gauthier. « Est », « incarne », car on croirait voir à l’écran la naissance de l’amour de Duroc/Trintignant et Aimée/Gauthier. Mieux encore, les noms ne sont plus, les acteurs ont dépassé cela, ils sont l’homme et la femme, deux inconnus qui se rencontrent, et qui connaissent une situation banale et unique, « miraculeuse », l’amour. Lelouch les filme, capte leurs mouvements, de loin, de près, les décadre, les découpe, avec les dialogues en voix-off, créant une sorte de puzzle du duo amoureux. C’est alors à nous de le reconstituer, avec un vrai plaisir, au rythme de la magnifique bande-son signée Pierre Barouh et Francis LaÏ.    Benjamin

Ils auraient pu y être : Carol (Todd Haynes, 2016), Annie Hall (Woody Allen, 1977), Only Lovers Left Alive (Jim Jarmusch, 2013), 37°2 le matin (Jean-Jacques Beineix, 1985), Quand Harry rencontre Sally (Rob Reiner, 1989)…

 

Premières images du film Les Aventures de Spirou et Fantasio

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L’adaptation de la bande-dessinée culte se dévoile à travers deux premières photos et un max d’infos. On découvre le look en  live action de Spirou et Fantasio, ainsi que le Comte de Champignac.

La BD culte Spirou et Fantasio va enfin avoir le droit à son adaptation au cinéma. Les informations concernant le projet sont restées très minces jusqu’à la publication de ces nouvelles photos. Alex Lutz et Thomas Solivérès, (l’acteur a joué le rôle de Bastien dans le film Intouchables), incarneront respectivement Fantasio et Spirou. Les comédiens Christian Clavier (Le Comte de Champignac), Ramzy Bedia (Zarglob) et Geraldine Nakache (Seccotine) seront également au casting. Derrière la caméra on retrouve le réalisateur Alexandre Coffre (Une pure affaire, Eyjafjallajökull ou encore Le Père Noël) de ce long métrage scénarisé par Juliette Sales et Fabien Suarez (Belle et Sébastien 1 et 2). Le tournage qui se déroule en France et au Maroc a débuté le 16 janvier 2017 et devrait s’achever le 27 mars. La sortie en salle est prévue le 20 Juin 2018.

Les aventures de Spirou et Fantasio débutent en 1938 avec une première publication dans le journal de Spirou. Les personnages naissent de l’imagination de Rob-vel avant d’être repris plus tard par entre autres Jilé et Franquin. Spirou et Fantasio se range parmi les classiques de la bande-dessinée franco-belge. L’univers de Spirou sera aussi au cœur d’une autre adaptation : Le Petit Spirou avec au casting Pierre Richard.

Synopsis officiel :

Lorsque Spirou (Thomas Soliveres), prétendu groom dans un Palace, rencontre Fantasio (Alex Lutz), reporter en mal de scoop, tout commence très fort… et plutôt mal ! Ces deux-là n’ont aucune chance de devenir amis. Pourtant, quand le Comte de Champignac (Christian Clavier), inventeur aussi génial qu’excentrique, est enlevé par les sbires de l’infâme Zorglub (Ramzy Bedia), nos deux héros se lancent aussitôt à sa recherche. En compagnie de Seccotine (Géraldine Nakache), journaliste rivale de Fantasio, et de SPIP, petit écureuil espiègle, ils sont entrainés dans une poursuite effrénée entre l’Europe et l’Afrique. Spirou et Fantasio vont devoir faire équipe pour sauver Champignac… et accessoirement le reste du monde !

Le Comte de Champignac (Christian Clavier)

 

Guyane, une série de Fabien Nury : critique des deux premiers épisodes

Malgré une promotion faramineuse, Guyane, la nouvelle création de Canal + réalisée par Kim Chapiron et Fabien Nury (auteur de Il était une fois en France), ne s’annonce pas comme l’aventure effrénée qu’elle promettait.

Moite et sauvage, voilà comment est présentée la Guyane dans la nouvelle création de Canal +. Filmée avec une caméra nerveuse qui s’attarde avec de très gros plans sur les visages en sueur des personnages, Guyane se veut immédiatement suffocante. La série offre beaucoup de très beaux plans, dépeignant ce paysage exotique à merveille, mais si certains plans nous font voyager dans un pays sordide, beaucoup sont superflus et cette description poussive finit par casser le rythme du récit. Car c’est bien là le problème majeur de ce début de saison, son rythme affreusement inégal. On retrouve le talent de Kim Chapiron (Dog Pound, La crème de la crème) et la violence de certaines scènes est par moment palpable. On peut relever l’horrible scène du viol, très bien réalisée, qui se clôt sur les personnages dans le bar avec en fond, les cris de détresse d’Anita, la jeune prostituée. Mais ces scènes efficaces sont entrecoupées de trop nombreux passages lents qui plombent le récit. Guyane prend son temps à démarrer et le pilote n’est qu’une longue exposition de la narration. Le deuxième épisode s’en sort mieux mais peine aussi à trouver un équilibre, il se termine ceci dit avec le lancement réel de l’intrigue et nous laisse alors espérer que la réalisation se montrera, par la suite, moins sage.

Quant au casting, Mathieu Spinosi campe très bien le jeune et naïf Vincent, qui se retrouve quelque peu dépassé par les évènements qui ont lieu dans cette jungle hostile si éloignée de son monde parisien. Cependant, Guyane a son lot de personnages clichés, notamment le “parrain de l’or”, Serra, pour lequel on peine à ressentir de l’empathie. Certains protagonistes, vus et revus, manquent alors de profondeur et ne suscitent pas notre intérêt. Cependant certains personnages secondaires pourraient changer la donne, comme Laetitia, la fille de Serra, têtue et provocatrice, qui permet d’ores et déjà d’étoffer la personnalité de Serra et de Louis, amenant en eux un début de conflit intérieur.

Même si pour l’instant, le lancement de Guyane s’avère en deçà de nos attentes, on salue l’ambition et l’originalité de cette série qui présage une prise de risque plus poussée à l’avenir dans le paysage des séries françaises et dont on ne peut que se réjouir.

Guyane, saison 1 : Bande-annonce

Synopsis : Vincent Ogier, vingt ans, étudiant parisien en géologie, débarque en Guyane pour y effectuer un stage dans une société d’exploitation aurifère : Cayenor. Un goût immodéré pour le danger et un culot à toute épreuve vont pousser le jeune ingénieur à s’associer avec le « parrain de l’or » Antoine Serra, qui règne sur le village perdu de Saint Elias. Vincent croit avoir trouvé un filon d’or mythique : une mine abandonnée depuis 120 ans, nommée « Sarah Bernhardt »… Serra a les compétences requises pour l’exploiter. En apparence paternel et amical, Serra accepte et embarque Vincent au fin fond de la jungle guyanaise… En quelques semaines, Vincent va passer du statut de stagiaire à celui d’aventurier.

Guyane : Fiche technique

Créateur : Fabien Nury
Réalisation : Kim Chapiron (ép. 1 à 4), Philippe Triboit (ép. 5 à 7), Fabien Nury (ép. 8)
Scénario : Fabien Nury
Interprétation : Mathieu Spinosi (Vincent Ogier), Olivier Rabourdin (Serra), Issaka Sawadogo (Louis), Anne Suarez (Nathalie), Flora Bonfanti (Anita), Stany Coppet (Silva), Tia Diagne (Laetitia)…
Directeur de la photographie : Sofian El Fani (ép. 1 à 4), Emmanuel de Fleury (ép. 5 à 7), Stéphane Martin (ép. 8)
Ingénieur du son : Arnaud Lavalaix (ép. 1 à 4) et Frédéric de Ravignan (ép. 5 à 8)
Compositeur : Quarantine (ép. 1 à 4), Stéphane Le Gouvello (ép. 5 à 8)
Directeur de casting : Marc Barrat, Réjane Gay, Gigi Akoka, Hervé Jakubowicz, Swan Pham , Annette Trumel, Béatrice Saorin
Monteuse : Corinne Cahour
Producteur : Bénédicte Lesage, Ariel Askénazi pour Mascaret Films
Directeur de production : David Mitnik (ép. 1 à 4), André Bouvard (ép. 5 à 8)
Producteur exécutif : Didier Hoarau
Distribution France : Studiocanal, Mascaret Films
Genre : Aventure
Format : 8 x 52 minutes
Chaine d’origine : Canal +
Diffusion : Tous les lundis soir depuis le 23 janvier

Search Party, une série de Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers et Michael Showalter : Critique

Lorsque le club des 5 (sans le chien Dagobert) se lance en 2017 à la recherche de Chantal, disparue, on obtient une première saison de Search Party pétillante qui vacille entre comédie noire et detective story, métaphore d’une génération Y en quête de sens…

Synopsis : Dory, jeune femme timide et frustrée, apprend la disparition de Chantal, une ancienne camarade de classe. Elle développe alors une obsession et entraîne avec elle dans sa quête son copain et ses amis…

Looking for …

Sarah-Violet Bliss a officié sur High Maintenance (made in HBO et non la version web vimeo). Michael Showalter, acteur, humoriste et scénariste/réalisateur (Love, Inside Amy Schumer, The Baxter) est à l’origine du prequel et du futur sequel sur Netflix Wet Hot American Summer. Il y a un décalage flagrant source d’ironie dans Search Party. Surtout lorsque l’héroïne, au nom du poisson chirurgien amnésique amie de Némo, ne correspond à aucun canon de beauté et que ses amis semblent être à l’ouest. On compte le petit ami intello-hipster en stage dans une compagnie d’assurance, lymphatique, le meilleur ami grassouillet maniéré hypocrite et la meilleure amie blonde qui veut devenir célèbre. Ils ont tous la vingtaine passée -presque la trentaine- et cherchent un boulot décent, partagent une ambition artistique démesurée, à être heureux quoi. Le principal défaut de prime abord est que la génération américaine qu’ils représentent manque cruellement de nuances, mais considérons le parti pris comme tel. On dirait les enfants de Carrie Bradshaw pour Portia (sa quête artistique), Charlotte York pour Dory (son pragmatisme et son flegme), Miranda Hobbes pour Drew (son intellectualisme), Samantha Jones pour Elliott (sa superficialité). Et puis toujours ce paradoxe américain : comment peuvent-ils bruncher tous les dimanches et vivre en plein centre-ville avec leurs revenus? On s’était déjà posé la question avec Friends. Que ce doit être hype d’être l' »assistante de vie » d’une épouse de milliardaire ou organisateur de soirée néo-adulescents branchés jusqu’à faire des expos et publier un livre! Tout est possible aux Etats-Unis ! Surtout cumuler des seconds rôles dans des séries B quand on sait comment ici la galère est un euphémisme…

Si l’humour n’est pas aussi acerbe (quoique surfait) que dans Happy Endings, il n’en reste pas moins plus efficace, par la caractérisation des personnages et l’absurdité sensible des situations dans lesquelles ils se retrouvent à vouloir dépister Chantal. Il ne faut pas perdre le fil des indices qui nous font croire en la sombre et mystérieuse disparition et entrer dans le jeu, soit disant dangereux de cette « chasse à l’homme ». Dory est obsédée par cette ancienne amie qu’elle a perdue de vue et maintenant perdue tout court. Si elle reste avec Drew, est-ce par fainéantise ? Comment des personnes aussi différentes peuvent-elles être amies ? L’absurde rejoint le réalisme satirique et indolent d’un certain Woody Allen et surtout l’obscurantisme sentimental de Match Point. L’absurde est plus encore proche d’une sociologie à l’humour noir caractéristique de certains frères Coen et particulièrement les interconnexions anxiogènes de Burn After Reading. Entre The Lady Vanishes et The (Wo)Man Who Knew Too Much, Hitchcock n’est qu’un rappel lointain. Malheureusement, l’originalité est moindre quand on connait l’urbanisme et la crise de la trentaine pour ne citer que FleabagGirls, Master of None, Younger, New Girl, You’re the Worst, ou feu LookingSearch Party ne s’inscrit donc que dans une mouvance dite à la mode, mais propose de réels enjeux derrière sa légèreté et ses péripéties bon marché. Sans oublier les nombreux clins d’oeil à d’autres séries : l’ancienne employeuse de Dory jouée par Judy Gold a la même carrure carrée et démarche désorientée que Maura Pfefferman (jouée par Jeffrey Tambor) dans Transparent, Lorraine paranoïaque jouée par Rosie Perez fait écho au personnage de Lisa Kimmel-Fisher dans Six Feet Under (jouée par Lili Taylor) ou encore la voisine droguée April presque aussi excentrique que Jane Margolis (Krysten Ritter) dans Breaking Bad, sans oublier le métro meurtrier qui a tué Zoé dans House of Cards… Autant dire que les rencontres sont hautes en couleur et jamais gratuites !

Cette quête humaine est avant tout une quête identitaire sur fond d’électro pop et musique ambient composée par Brian H. Kim qui a déjà fait ses armes sur Greek, Switched ou HIMYM (si vous cherchez le titre du thème, c’est « Obedear » du duo canadien Purity Ring). Une recherche existentielle où l’absurdité du XXIème siècle est à ordonnancer pour trouver l’aventure. Pourquoi se façonner des épreuves supplémentaires lorsque trouver un boulot, une relation saine, des amis de confiance ne suffit pas à la génération dite Y ? Lorsque l’on a tout à portée de main, simuler le drame devient appétence ontologique et c’est en cela que la résolution n’est que plus frappante. On ne peut que s’émouvoir devant ce brin de femme aux tâches de rousseur et bouclettes enfantines qui témoigne d’une grande actrice. Alia Shawkat à découvrir sur OCS avant que la saison 2 ne sorte cette année…

CRITIQUE DE LA SAISON 2

Search Party : Fiche Technique

Créateurs : Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers et Michael Showalter
Réalisation : Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, Ryan McFaul
Scénario : Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, Michael Showalter, Lilly Burns, Jordan Firstman, Starlee Kine, Robbie Pickering, Samantha Stratton, Christina Lee, Anthony King
Interprétation : Alia Shawkat (Dory), John Reynolds (Drew), John Early (Elliott), Meredith Hagner (Portia), Brandon Micheal Hall (Julian)
Ron Livingston (Keith), Christine Taylor (Gail), Clare McNulty (Chantal), Rosie Perez (Lorraine), Jeffery Self (Marc)…
Photographie : Jonathan Furmanski
Montage : Jon Higgins, Jon Philpot, Laura Weinberg
Décor : Olga Miasnikova
Producteurs : Charles Rogers, Sarah-Violet Bliss, Lilly Burns, Tony Hernandez, Michael Showalter, Anthony King, Christina Lee
Sociétés de production : Jax , TBS Studio
Musique : Brian H. Kim
Chaine de diffusion : TBS , OCS
Genre : Comédie, crime,  » à énigmes »
Format : 10 épisodes de 22 minutes

Etats-Unis – 2017

Rétro Stephen King : Carrie, la Vengeance, un film de Kimberly Peirce

Alors que l’œuvre de Stephen King est d’une richesse indiscutable, les studios se sont pourtant lancés dans la redite en livrant Carrie, la Vengeance. Un remake inutile qui parvient à transformer un film culte en teen movie abrutissant.

Synopsis : Carrie est une adolescente de 17 ans timide, laide et solitaire. Au lycée, elle est le souffre-douleur des jeunes de son âge. À la maison, elle subit le comportement abusif et violent de sa mère Margaret, une fanatique religieuse. Pour elle, tout va empirer le jour où, lors de ses premières règles, elle va découvrir qu’elle possède des pouvoirs télékinésiques. Et rien ne va s’améliorer. Pas même l’invitation au bal par Tommy Ross, le garçon le plus populaire de l’école… 

Une oeuvre culte transformée en teen movie tape-à-l’œil

Adapter une œuvre culte de Stephen King, c’est déjà en soi un projet osé. D’autant plus que le cinéma, malgré de grands titres mémorables (Shining, Dead Zone, Les Évadés…), a donné naissance à des films pour le moins bancals, pour ne pas dire à négliger dès que possible. Mais s’attaquer à une adaptation mythique du septième art – en l’occurrence Carrie – par le biais d’un remake, la tâche s’en retrouve encore plus difficile. D’une part parce que les rênes passent d’un cinéaste talentueux (Brian De Palma) à une réalisatrice méconnue du grand public (Kimberly Peirce) n’ayant pas le même palmarès que son aîné (il faut juste compter Boys Don’t Cry, Stop Loss et un épisode de The L World à son actif). De l’autre, le long-métrage sent le produit commercial à plein nez : casting plus tape-à-l’œil (Chlöe Grace Moretz, Julianne Moore…), étiquette de « nouvelle adaptation du roman » afin de minimiser la comparaison avec le premier film, de plus grands moyens techniques mis sur la table… Et comme pouvait s’y attendre le spectateur averti, Carrie, la Vengeance est une pure commande de production tout bonnement inutile et sans saveur. Juste une occasion supplémentaire de surfer sur un succès passé en prétendant offrir à une toute nouvelle génération de spectateurs une vision inédite de l’œuvre originelle.

Il faut pourtant avouer qu’avoir quelqu’un comme Kimberly Peirce à la tête d’un tel projet pouvait apporter de la fraîcheur à l’ensemble. En effet, voir une femme s’occuper d’un thriller dramatique aussi populaire que Carrie s’annonçait comme une sorte de renouveau dans le monde hollywoodien. D’autant plus qu’avec son orientation sexuelle ouvertement assumée, Peirce aurait pu donner une toute autre dimension au personnage éponyme et donc à l’histoire. Malheureusement, Carrie, la Vengeance se présente comme une banale adaptation piochant à droite à gauche (aussi bien chez Stephen King que chez Brian De Palma) afin de dérouler son fil conducteur sans génie ni personnalité. Le film peut tout de même compter sur ce dernier pour tenir en haleine, l’histoire du roman étant suffisamment prenante pour captiver le public de bout en bout, et surtout ceux qui ne la connaîtraient pas encore. De ce point de vue là, Carrie, la Vengeance peut se laisser suivre sans déplaisir, le temps d’une soirée entre amis non exigeants. Mais ce n’est pas suffisant…

Grande absente de cette prétendue « relecture » de Carrie : une atmosphère digne de ce nom. Et pour cause, le public fait ici face à une intrigue fantastique faisant appel à des notions de religion, de croyances extrémistes (via le personnage de la mère), de Diable… Ajoutez à cela le fait que nous sommes plongés dans l’univers de Stephen King avec un final pour le moins apocalyptique (la fameuse scène du bal suivie des déambulations de Carrie en ville), autant dire qu’une ambiance s’imposait d’office ! Au lieu de cela, Kimberly Peirce a préféré se contenter de son intrigue et de la musique (peu présente) de Marco Beltrami, nous livrant pour le coup un produit sans âme. Même, Carrie, la Vengeance fonce dans les méandres du teen movie en se vautrant dans les clichés du genre : les lycéennes en chaleur et aux formes généreuses, les personnages idiots, la scène de sexe inutile, la romance alambiquée… Ici, le spectateur se retrouve plus dans une sorte de Twilight horrifique que dans une adaptation de Stephen King, pour notre plus grand désarroi !

Mais alors que le long-métrage livre le minimum syndical en matière d’atmosphère, paradoxalement, ce dernier en fait des tonnes sur bien des aspects au point d’être grotesque au possible. À commencer par le casting, qui reflète bien cette impression de faire face à un teen movie. Et notamment Chlöe Grace Moretz, qui n’arrive pas à faire oublier la prestation Sissy Spacek en livrant une Carrie peu crédible à chacune de ses apparitions. La scène du bal, concernant sa prestation, se montre d’ailleurs comme la cerise sur le gâteau, l’actrice se livrant à une mauvaise parodie de Dalida (gesticulant des bras à l’excès). Même constat pour les effets spéciaux, qui veulent absolument en mettre plein la vue sans pour autant réussir à impressionner. Pire, à trop vouloir faire ce qui était irréalisable à l’époque de Palma, Carrie, la Vengeance chute dans le ridicule sans nom. La faute à des effets numériques gratuits et discutables (encore une fois, la scène du bal mais aussi le dénouement qui se veut spectaculaire sans jamais l’être) faisant parfois penser à du Paranormal Activity (des objets et meubles en lévitation) mais également à un côté gore tellement appuyé que cela en devient indigeste (mention spéciale à la naissance de Carrie). Du tape-à-l’œil pour jeunots boutonneux, faisant honte à l’oeuvre de Stephen King et à sa première adaptation !

Il valait mieux refaire une adaptation peu mémorable de l’auteur (Les Vampires de Salem, Simetierre…) plutôt que de perdre du temps à singer un grand titre. Surtout que l’œuvre de Stephen King, d’une richesse indiscutable, n’a pas fini de s’agrandir avec de nouveaux romans mémorables (Histoire de Lisey, Duma Key…) qui, pour le coup, attendent d’avoir une bonne transposition au cinéma. Malgré cela, les studios ont tout de même voulu se perdre avec cette redite inutile aux airs de teen movie abrutissant. Non pas une déception car c’était prévisible, mais une terrible confirmation ne cessant de s’affirmer de projet en projet. Celle de voir à quel point les productions hollywoodiennes préfèrent replonger dans les valeurs sûres sans avoir peur de les dénaturer au possible. Le film de Brian De Palma méritait bien mieux que cela. Stephen King aussi !

Carrie, la Vengeance : Bande-annonce

Carrie, la Vengeance : Fiche technique

Titre original : Carrie
Réalisation : Kimberly Peirce
Scénario : Lawrence D. Cohen et Roberto Aguirre-Sacasa, d’après le roman de Stephen King
Interprétation : Chloë Grace Moretz (Carrie White), Julianne Moore (Margaret White), Gabriella Wilde (Sue Snell), Judy Greer (Mme. Desjardin), Portia Doubleday (Christine Hargensen), Alex Russell (Billy Nolan), Ansel Egort (Tommy Ross), Cynthia Preston (Eleanor Snell)…
Photographie : Steve Yedlin
Décors : Carol Spier
Costumes : Luis Sequeira
Montage : Lee Percy et Nancy Richardson
Musique : Marco Beltrami
Producteur : Kevin Misher
Productions : Metro-Goldwyn-Mayer, Screen Gems et Misher Films
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 30 M$
Durée : 100 minutes
Genre : Fantastique
Date de sortie : 4 décembre 2013

États-Unis – 2013

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Blade Runner 2049 : Denis Villeneuve a peur des spoilers !

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Attendu chez nous le 4 octobre prochain, Blade Runner 2049 a pourtant réussi jusque ici à se draper d’un secret des plus absolus, si bien qu’on ignore encore de quoi parlera la mouture concoctée par Denis Villeneuve. Un état de fait qui selon un acteur investi sur le projet n’est pas dû au hasard…

Quand on réalise la suite d’un long-métrage aussi culte que l’est Blade Runner, on est forcément un peu sous pression. Voire peut-être un peu trop même. C’est en tout cas ce qui ressort de la bouche de Lennie James (The Walking Dead), qui au hasard d’une interview consacrée au show d’AMC, a laissé échapper quelques informations sur le processus de sécurité entourant la production de Denis Villeneuve. Et inutile de dire qu’à côté des autres Marvel ou DC qui puisent justement dans ce secret tous les ressorts nécessaires pour doper leur campagne marketing, la production de Blade Runner s’est astreinte au silence :

« Ils m’ont offert le travail, c’est sorti d’un peu nulle part et je leur ai demandé de lire le scénario. Ils m’ont envoyé 20 pages se situant avant l’arrivée de mon personnages, et 20 pages lorsqu’il avait disparu de l’histoire, c’était via une application que je ne pouvais ouvrir que sur un seul appareil. Je ne pouvais pas en faire de capture d’écran, ni aucune photographie et je ne pouvais pas le sauvegarder. Ils m’ont juste dit que j’avais 36 heures. 36 heures plus tard, tout avait disparu et je devais donner ma réponse. Lorsque j’ai accepté, ils m’ont enfin envoyé le scénario en entier. »

Des mesures fermes qui se sont vues doublées d’une protection jusque sur le lieu même du tournage, à Budapest, qui aura elle aussi connu les joies d’un tournage ultra-surveillé :

« Cela ne m’était jamais arrivé avant. Vous deviez signer un papier pour qu’ils vous donnent vos pages de scénario de la journée et vous deviez de nouveau signer lorsque vous les rendiez. Et vous ne pouviez pas repartir du plateau avant d’avoir rendu les pages. C’était affolant. Quand j’ai fini ma partie, je me suis dit que j’allais pouvoir m’asseoir avec le scénario pour le lire tranquillement et le ramener chez moi. Non, neuf heures après ma dernière prise, il avait mystérieusement disparu de mon iPad. »

Bref, après ça, inutile de dire que même si l’on peut encore avoir des réserves quant à la résurgence d’un des plus grands piliers de la SF, on a de bonnes raisons de penser qu’une petite révolution couve et que Villeneuve se pare de mystère comme pour mieux balancer son génie aux fans dans quelques mois. Réponse le 4 octobre prochain !

Blade Runner 2049 : Bande-Annonce