Rétro Stephen King : Cell Phone, un film de Tod Williams

Pour conclure la rétrospective sur le maître de l’horreur Stephen King, la rédaction de CineSeries s’attarde sur le DTV Cell Phone, une série B à l’opposé même du roman : ridicule et sans âme.

Synopsis : Un mystérieux virus se propage via les téléphones portables. Les personnes ayant été touchées par le réseau en question se transforment alors en zombies assoiffés de sang. Dans l’État de la Nouvelle-Angleterre, un groupe de survivants, menés par Clay Riddell et Tom McCourt, s’organise pour lutter contre le fléau et trouver la source du signal afin de le stopper…

Le livre évitait le ridicule, cette mauvaise série B plonge en plein dedans

Hormis les séries TV Under the Dome et 22/11/63, The Mist est sans nul doute la dernière adaptation de Stephen King à avoir attisé la curiosité des spectateurs. Mais depuis sa sortie en 2007 (2008 en France), l’auteur n’a pas été gratifié d’un long-métrage digne de ce nom, la majorité des films en question étant tout simplement des DTV ayant à peine fait parler d’eux (La Cadillac de Dolan ou encore Mercy). En attendant de retrouver cette année l’univers de l’écrivain avec La Tour Sombre et le remake cinématographique de Ça, la rédaction  conclut sa rétrospective sur Stephen King avec la critique de Cell Phone, la dernière adaptation en date… et un long-métrage d’une qualité fort douteuse !

Pour entrer un peu plus dans les détails, ce film est tiré du roman Cellulaire. Un livre dans lequel Stephen King a voulu rendre un hommage non dissimulé à George Romero en se lançant dans une histoire apocalyptique de zombies durant laquelle l’auteur décide de suivre un groupe de survivants dans un monde ravagé par ces créatures avides de sang. Mais au lieu de prendre comme base un virus, King a préféré comme cause à l’infection une interférence téléphonique : les gens se zombifient en écoutant un étrange signal sur leur portable. Un concept pour le moins étrange, pour ne pas dire farfelu, mais qui doit être vu comme une métaphore de la dérive technologique de notre société. Certainement pas un chef-d’œuvre comme avait pu nous offrir l’auteur par le passé, mais tout de même une petite série B horrifique efficace, qui n’omet pas de mettre en avant des personnages travaillés ainsi que des thématiques toujours aussi pointilleuses. Le film, lui, n’arrive pas à ce résultat-là…

[irp posts= »82992″ name= »Rétro Stephen King : Simetierre, de Mary Lambert »]

Oui, Stephen King a signé lui-même le scénario de cette adaptation (avec la collaboration d’Adam Alleca), ce qui induit qu’il peut nous offrir le script le plus fidèle possible à son roman. Mais « fidélité », ne rime pas obligatoirement avec « bonne adaptation ». Et sur ce point, King a toujours livré le minimum syndical. À savoir reprendre les grandes lignes de son histoire, les moments les plus marquants, et les enchaîner sans pour autant reprendre la richesse de son œuvre et de ses personnages. Cell Phone ne déroge donc pas à la règle, se présentant pour le coup comme un défilé de rencontres impromptues et inutiles, de séquences n’ayant aucun sens si ce n’est tenter de provoquer chez le spectateur un semblant de tension, de protagonistes tout bonnement inexistants. Bref, une intrigue vide au possible qui parvient à rendre le concept du roman ridicule, alors que celui-ci arrivait à titiller l’intérêt du lecteur. Adieu la métaphore pessimiste sur la communication et la technologie, bonjour le gloubiboulga sans âme ayant l’insolence de laisser l’essence du livre sur le banc de touche ! Et là n’est pas le pire…

Le gros problème de Cell Phone vient de son réalisateur, Tod Williams (Paranormal Activity 2). Le bonhomme s’est contenté d’une seule chose : faire confiance à Stephen King pour le scénario et au duo vedette John Cusack/Samuel L. Jackson (déjà à l’affiche de Chambre 1408) afin d’assurer la bonne réussite de son film. Grossière erreur ! D’une part, parce que King n’est pas un bon scénariste, de l’autre, parce que les comédiens, aussi bon soient-ils, ne peuvent livrer le meilleur d’eux-mêmes à partir d’une intrigue aussi fade que celle de Cell Phone. Des atouts gâchés qui auraient pu masquer une mise en scène mollassonne, voire inexistante. Une atmosphère aux abonnés absents. Un montage sans aucun sens (voix-off sortie de nulle part, fondus au noir inexplicables…). Des effets spéciaux de piètre qualité. Une photographie vomitive. Une direction d’acteurs pitoyable (mention spéciale aux figurants, qui paraissent trop humains pour des zombies). Un incroyable manque d’investissement émotionnel dans le traitement de l’intrigue. La liste est longue… mais il y a suffisamment d’arguments pour dire que Cell Phone est sans conteste un long-métrage qui ne mérite nullement que l’on s’y attarde ne serait-ce que quelques secondes.

[irp posts= »85603″ name= »Rétro Stephen King : Dreamcatcher, un film de Lawrence Kasdan »]

Il est vraiment grand temps que La Tour Sombre et Ça sortent sur grand écran afin de faire oublier ce Cell Phone. De prouver que l’univers de Stephen King a encore de grands titres à offrir au public, qui méritent bien mieux que cette indigeste série B, faite sans génie ni ambition. Même si l’œuvre de l’auteur a déjà eu diverses adaptations, cette dernière n’est pas prête de s’évanouir. D’autant plus que King continue de publier des romans chaque année, qui n’attendent qu’à avoir une adaptation digne de ce nom. Mais comme a pu vous le montrer cette rétrospective consacrée au maître de l’horreur, il faut les meilleurs artisans pour livrer des chefs-d’œuvre tels que Shining, Christine ou encore La Ligne Verte. Il ne reste donc plus qu’à espérer que les prochains projets sauront faire honneur à cet auteur de renom, qui a su terroriser, émouvoir et surtout marquer à vie grâce à sa plume.

Cell Phone : Bande-annonce

Cell Phone : Fiche technique

Titre original : Cell
Réalisation : Tod Williams
Scénario : Adam Alleca et Stephen King, d’après le roman de Stephen King
Interprétation : John Cusack (Clay Riddell), Samuel L. Jackson (Tom McCourt), Isabelle Fuhrman (Alice Maxwell), Clark Surallo (Sharon Riddell), Ethan Andrew Casto (Johnny Riddell), Owen Teague (Jordan), Stacy Keach (Charles Ardai), Josha Mikel (Raggedy)…
Photographie : Michael Simmonds
Décors : John Collins
Costumes : Lorraine Coppin
Montage : Jacob Craycroft
Musique : Marcelo Zarvos
Producteurs : Michael Benaroya, Shara Kay, Richard Saperstein et Brian Witten
Productions : The Genre Co., Benaroya Pictures, 120dB Films, Cargo Entertainment International Film Trust
Distribution : Marco Polo Productions
Durée : 98 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 21 septembre 2016 (directement en vidéo)

États-Unis – 2016

[irp posts= »85396″ name= »Rétro Stephen King : Les Langoliers, un téléfilm de Tom Holland »]

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.

Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

Avec "Juste une illusion", Toledano et Nakache replongent dans les années 80 pour raconter l’éveil amoureux de Vincent, 13 ans, au cœur d’une famille juive et arabe haute en couleur. Entre les disputes des parents, les maladresses du grand frère et les premiers élans du jeune adolescent, le film explore avec humour et tendresse ce moment fragile où l’on croit déjà comprendre la vie. Porté par une mise en scène vibrante, une direction d’acteurs impeccable et une reconstitution délicieusement vintage, le récit mêle questionnements intimes, enjeux sociaux et nostalgie lumineuse. Une comédie dramatique généreuse, où chaque émotion sonne juste et où l’on se reconnaît, quel que soit notre âge.

La fille du konbini : disconnect days

Adapté du roman de Sayaka Murata, "La Fille du konbini" suit Nozomi, jeune femme en pleine reconstruction après avoir fui la toxicité du monde corporate. Refuge dans une supérette, camaraderie inattendue et redécouverte des plaisirs simples : Yûho Ishibashi filme avec une infinie délicatesse cette parenthèse suspendue où l'immobilité apparente cache une lente remontée à la surface. Un rejet en douceur des injonctions à l'ambition, porté par la retenue naturaliste d'Erika Karata.
Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.