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Gold, un film de Stephen Gaghan : Critique

Gold est typiquement ce genre d’histoire dont raffolent les américains, celle d’un quidam dont l’obstination va permettre de voir ses rêves devenir réalité. Avec un peu de recul, il s’agit en fait des magouilles d’un fils-à-papa disgracieux et quelque peu ahuri. Un ersatz de Donald Trump, en somme. Le pouvoir d’adhésion n’est donc lié qu’à son interprète. Peut-être en faudra-t-il un peu plus.

Synopsis : 1988. Kenny Wells, un beau-parleur plein de rêves, a mené à la faillite la société minière qu’il a héritée de son père. Dos au mur, il décide de faire équipe avec Michael Acosta, un géologue qui, lui aussi, est la risée de ses pairs. Leur projet de chercher de l’or au fin fond la jungle indonésienne se révèle vite fructueux. La côte de la société explose aussitôt, mais plutôt que profiter pleinement de la belle vie, Wells tient à garder le contrôle de ses affaires.

Un Rise and fall en plaqué or

Gold-matthew-mcconaughey-chauveDepuis Dallas Buyers Club et la première saison de True Detective, Matthew McConaughey s’est imposé, aux yeux des spectateurs, comme un excellent transformiste. Que son image de jeune premier qu’il cultivait dans ses premiers films, et même son physique avantageux tel qu’il en jouait dans Magic Mike, paraissent loin aujourd’hui ! Dès les premières images de son tournage, Gold a fait sa réputation sur son nouveau look anti-glamour, identifiable à sa calvitie avancée et à sa silhouette bedonnante. Croire qu’il s’agit là d’un atout suffisant pour faire le succès du film serait oublier que, avant lui, Christian Bale (American Bluff), Johnny Depp (Strictly Criminal) mais aussi Tom Cruise (Tempêtes sous les tropiques) ont adopté un physique comparable sans que cela attire massivement le public. Qu’a alors à proposer ce long-métrage ? Son autre argument est d’être inspiré d’une histoire vraie. En l’occurrence, celle de l’affaire dite de la mine d’or de Bre-X Busang. En dire plus sur celle-ci reviendrait à spolier sévèrement le scénario, pourtant il est légitime de dire que celui-ci n’en garde que peu d’éléments pour aboutir un récit tristement convenu.

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Son auteur est pourtant bien connu pour son talent à recycler des histoires vraies et s’en servir pour bâtir une dramaturgie solide, puisque Stephen Gaghan a rédigé les scénarios de Traffic et de Syriana. Or, comme pour ce dernier, sa mauvaise idée a été de le réaliser lui-même alors qu’il est loin de posséder le talent d’autres cinéastes qui s’étaient dits intéressés par le projet, à savoir Paul Haggis, Michael Mann ou bien encore Spike Lee. Autant dire que les sujets abordés dans cette histoire avaient de quoi faire un grand film, mais se retrouvent en fin de Gold-matthew-mcconaughey-edgar-ramirezcompte étouffés par la mise en scène bien trop démonstrative de Gaghan. Tel qu’il les filme, il ne parvient ni à faire vivre l’émotion qui anime cette variation, pourtant dramatique, du rêve américain ni à insuffler un souffle épique à la partie consacrée aux voyages en Indonésie ni moins encore à rendre cinglant son discours sur le cynisme des marchés financiers.

Gold est finalement à l’image de son personnage principal : Bavard, vulgaire et futilement tape-à-l’œil. Il aurait pu s’agir d’un parti-pris payant si le réalisateur avait le savoir-faire des frères Coen ou de David O. Russell. Entre les mains de Stephen Gaghan, le résultat ne relève que de la maladresse, pour ne pas dire de la ringardise.

A aucun moment l’arc narratif de Kenneth Wells ne s’éloigne du schéma classique qui consiste à voir à suivre le parcours d’un homme vers des sommets et sa déchéance. Une fois le dispositif en place, le storytelling n’a aucune surprise à offrir. C’est donc indubitablement la prestation de Matthew McConaughey, et elle seule, qui rend ce personnage intéressant à suivre. Le moindre de ses sourires en coin s’avère ainsi un moment bien plus étonnant que ses relations si prévisibles avec ses partenaires. Parmi eux, on n’en dénombre d’ailleurs que deux qui soient un minimum développés. La première est sa femme, incarnée par Bryce Dallas Howard qui, elle aussi, fait preuve d’une belle transformation puisque, même si elle n’est présente que dans la première moitié du film, elle semble y grossir à vue d’œil. Le second est l’expert incarné par Edgar Ramirez, dont on regrettera que le jeu assez placide ne rende pas compte de toute l’ambiguïté du personnage.

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Gold-matthew-mcconaughey-Bryce-Dallas-HowardDès la première scène, le dialogue et la voix-off, tous deux lourdement explicatifs, posent les bases de ce qui sera l’un des plus gros défauts de l’écriture : une tendance à se montrer bien trop expansif. Les effets de montage iront d’ailleurs dans le même sens, appuyant bien davantage sur cette volonté d’étaler le déroulement des évènements que sur l’installation d’un tant soit peu de tension. Même le rebondissement, à une demi-heure de la fin, n’arrive pas à générer l’intensité que l’on peut attendre d’un tel retournement de situation. Le parcours de ce prospecteur exubérant et antipathique se retrouve à se dérouler sous nos yeux, sans que jamais ni le thriller financier ni la fresque historique qu’il voudrait être ne parviennent à exister. N’en reste que le portrait d’un homme haut en couleur, un résultat certes honorable mais bien plus anecdotique. Définitivement, son seul atout reste la transformation de son acteur principal, de quoi en venir à espérer que McConaughey pourra retrouver le succès sans avoir systématiquement recours à de tels artifices.

Gold : Bande-annonce

Gold : Fiche technique

Réalisation : Stephen Gaghan
Scénario : Patrick Massett et John Zinman
Interprétation : Matthew McConaughey (Kenny Wells), Edgar Ramírez (Michael Acosta), Bryce Dallas Howard (Kay), Corey Stoll (Brian Woolf), Toby Kebbell (Paul Jennings), Bruce Greenwood (Mark Hancock), Stacy Keach (Clive Coleman)…
Image : Robert Elswit
Montage : Douglas Crise
Direction artistique : Peter Rogness
Décors : Maria Djurkovic
Costumes : Danny Glicker
Productions : Patrick Massett, John Zinman, Teddy Schwarzman, Michael Nozik, Matthew McConaughey
Sociétés de production : Black Bear Pictures, Living Films
Distribution : StudioCanal
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 120 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 19 avril 2017

Etats-Unis – 2017

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Séries Mania : séance spéciale American Dad! et Les Griffin

L’hommage aux séries d’animation de la Fox a été lancé au festival Séries Mania 2017 avec la séance spéciale American Dad! et Les Griffin : une double dose de comédie déjantée et transgressive signée Seth MacFarlane.

American Dad! et Les Griffin, lancées respectivement en 2005 et 1999 – et toujours en production –, sont des séries chorales. Elles suivent deux groupes d’individus. Des individus groupés par un concept traditionnel alors moqué par ces séries, la famille.

D’un côté, les Smith, de l’autre, les Griffin. Les deux shows animés pour adultes suivent ainsi le quotidien de ces familles, véritables satires de la société nord-américaine, et même occidentale. Concernant les patriarches, Peter Griffin est un imbécile fini fainéant et opportuniste, avec une bêtise et un bon embonpoint alimentés respectivement par la télévision et la junkfood ; Stan Smith est un agent de la CIA appliqué, désirant à tout prix protéger son pays du terrorisme, et des démocrates.

« Chaque jour, chaque soir, on voit de la violence à la télé, du sexe au ciné.

Mais ou sont donc passées ces bonne vieilles valeurs qui faisaient tant notre bonheur ?

On ressemble à une vraie famille, une famille qui va vous, rendre complètement fous !

Ils sont vraiment tous bêtes à pleurer. Ce sont les Griffin ! »

– générique des Griffin

Les deux séries sont de véritables miroirs déformant des États-Unis d’Amérique. De la satire sociale à la parodie de films, la drôlerie est au rendez-vous. Tantôt subtil, gras, lourd, fou, culotté, grossière, ou encore absurde, l’humour peut aussi provenir de situations complètement fantasques – où la critique réside toutefois : du ravissement marqué par le retour du Christ et l’Armageddon sur Terre avec un Stan lâche puis digne de Mad Max à Brian et Stewie voyageant dans des dimensions parallèles où tout serait dessiné par Disney (soupconné d’antisémitisme) ou encore celle où les chiens sont les êtres intelligents, dominant les humains. À noter que ces deux intrigues ont fait partie des épisodes projetés ce soir.

Car American Dad! et Les Griffin, si elles suivent le quotidien deux familles, adorent s’aventurer dans le fantasque. Deux personnages principaux dans chacun des shows exposent de facto par leur existence le caractère essentiel du fantastique (science-fiction) dans la série. D’un côté nous avons Roger l’extraterrestre, et Klaus le poisson rouge. Le premier est un alien déjanté et alcoolique qui aime se travestir, devenir une autre personne pour se lancer dans des péripéties folles. Véritable obsédé de l’aventure, il est aussi hyper-émotif, manipulateur, et vaniteux. Le deuxième, Klaus est un ancien nazi dont l’esprit a été placé dans le corps d’un poisson rouge. Du côté des Griffin, nous avons Stewie, le bébé de la famille, d’une intelligence rare et au langage adulte, est aussi un véritable cerveau diabolique pouvant parfois retrouver des traces d’enfance dans son comportement ; enfin Brian est un chien anthropomorphe, capable de parler tel un humain, aussi il se trouve être l’être le plus intelligent de la famille avec Stewie, toutefois il est considéré comme leur chien domestique, excepté pour Stewie, avec qui il partagera de nombreuses et folles aventures.

Ci-dessous, Roger débute une aventure, dans « la peau d’un raté qui se drogue ».

On regrettera le faible nombre d’épisodes projetés lors de la séance spéciale : deux épisodes pour chaque show ; ainsi que l’absence de sous-titres français pourtant bien stipulés sur le livret du festival. Non que cette absence ait été un problème pour le rédacteur de cet article, elle l’a été pour de nombreux spectateurs qui ont quitté la salle tout au long de la première demi-heure. Toutefois, la séance a su faire travailler les zygomatiques et déchaîner les rires.

L’hommage aux séries de la Fox se poursuivra le jeudi 20 avril avec une séance spéciale Les Simpson en présence de deux des doubleurs français : Philippe Peythieu (Homer) et Véronique Augereau (Marge) ; et une dernière avec au programme Futurama et Bob’s Burgers respectivement créés par Matt Groening (à qui l’on doit bien sûr Les Simpson) et Loren Bouchard.

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Séries Mania : American Gods, la nouvelle expérience de Bryan Fuller

Ce lundi 17 avril a été présentée en exclusivité française la nouvelle série développée par Bryan Fuller et Michael Green, American Gods, d’après le roman éponyme de Neil Geiman qui vous dévoile les coulisses mystiques de ce monde où règnent des rivalités entre anciens et nouveaux dieux.

Synopsis : Quand Shadow Moon sort de prison, il fait la rencontre du mystérieux Mr. Wednesday. Laissé à la dérive depuis la mort de sa femme, Shadow est engagé comme garde du corps par Mr. Wednesday. Il se retrouve alors dans un monde mystérieux où la magie devient réelle, où les anciens Dieux craignent l’obsolescence, le pouvoir grandissant des divinités modernes, et où Mr. Wednesday rassemble une armée pour reconquérir sa gloire passée.

Comme pour I’m dying up here, le festival Series Mania a demandé à ne pas dévoiler l’intrigue de l’épisode. La possibilité d’écrire sur le show avait tout de même été trouvée. Mais ici, la description des éléments visuels – entre autres choses réfléchies dans l’écrit d’I’m dying up here – de la série dévoilera forcément des détails du récit. L’article tachera toutefois d’obéir à la demande du festival et de Starz/Amazon.

Thomas Destouches l’a rappelé lors de sa présentation du show, il aura fallu six ans afin qu’American Gods puisse se jouer devant nos regards et dans nos oreilles, soit un très long développement pour que les spectateurs puissent vivre la nouvelle expérience audiovisuelle de Bryan Fuller, co-créée avec Michael Green ici. On retrouve David Slade du côté de la réalisation du pilote après celle de plusieurs épisodes de la précédente œuvre télévisuelle de Fuller, Hannibal, sur laquelle Slade avait déjà signé le pilote.

Justement, ceux qui avaient su s’immerger dans Hannibal, ou se laisser dépasser par le show tortueux de Fuller pour mieux en être imbibés, se retrouveront pleinement dans American Gods. Fuller, avec Slade, a poursuivi son travail visuel : des images explicitant la chair ; des gros plans sur des objets ou détails, tels des natures mortes révélant toujours plus qu’on ne le croit le monde présenté ici : on peut penser à la pièce d’or, cet objet artificiel dont la provenance intéresse l’humain Shadow Moon qui ne saisira pas que la pièce est liée au divin ; on pense au sang, ce liquide filmé dans un ralenti lui donnant une certaine corporéité, rappelant sans cesse la nature fragile et instable de l’humain, tout de chair et d’os… Du travail d’étalonnage aux scènes de « trip » où le héros subit des cauchemars et fait face à une nouvelle créature symbole – le cerf noir laisse place à une vache aux yeux incandescents (voir l’image de couverture) –, Fuller a décidemment muri son univers – thématique, visuel, sonore, narratif – avec Hannibal. On notera à ce propos une formidable scène d’anthropophagie divine, qui apporte une nouvelle dimension au cannibalisme déjà énormément travaillé par le créateur/showrunner. Il faut aussi dire qu’on retrouve à la musique Brian Reitzell – aussi compositeur sur Hannibal (et le film 30 jours de nuit de Slade) – et ses bandes-son imbibées de mystères, de ténèbres et parfois de terreur, travaux sonores qui participent pleinement à l’expérience mise en place par Fuller, avec Green et Slade rappelons-le.

Ci-dessous le générique d’American Gods.

https://www.youtube.com/watch?v=1Ow1qPRIs8A

Arrive un autre point très cher à l’univers de Fuller mais peut-être plus rare et noir dans sa série sur Hannibal le cannibale, l’humour. Car American Gods est drôle. L’humour y est certes noir, acide, peut-être dérangeant, mais est bien là.

Il est d’ailleurs formidablement servi dans des scènes fantasques et plutôt dérangeantes par la distance créée avec le spectateur par rapport à l’étrangeté d’une séquence, et vis-à-vis d’excès de violence. Enfin l’humour sera là lors de moments habités par une certaine gravité non pas tournée en ridicule mais avec laquelle une distance sera en effet créée. La drôlerie de l’épisode était aussi servie par son casting, notamment Ian McShane (Deadwood ; Scoop), toujours impeccable.

L’épisode présenté marquait l’entrée de Shadow Moon et des spectateurs – qui en savent autant que lui pour peu qu’ils ne connaissent pas le roman – dans un monde étrange, dérangeant et captivant, drôle et terrible… American Gods s’impose comme l’un des nouveaux shows à suivre absolument. Rendez-vous fin avril pour sa diffusion sur Amazon Prime Video.

Bande-Annonce : American Gods

https://www.youtube.com/watch?v=3awG5wEE7LU

Fiche Technique : American Gods – pilote

Créateurs/showrunners : Bryan Fuller, Michael Green
Réalisateur : David Slade
Interprétation : Ricky Whittle, Ian McShane, Emily Browning, Pablo Schreiber
Compositeur : Brian Reitzell
Production : Fremantle Media North America
Distribution : Fremantle Media International
Diffusion : Starz (Etats-Unis) ; Amazon Prime Video (France)

Etats-Unis – 2017

Séries Mania 2017 : Supermax en présence du réalisateur Daniel Burman

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Durant la 8e édition du Festival Séries Mania, une série sur fond carcéral venue d’Argentine,  Supermax. Le réalisateur Daniel Burman était présent lors de la présentation pour nous en parler.

Présentée au festival Séries Mania, Supermax est l’histoire de huit participants à une émission de télé-réalité qui sont enfermés dans une prison abandonnée dans laquelle une émeute sanglante a eu lieu deux décennies auparavant. Supermax est la série la plus ambitieuse d’Argentine, une superproduction réunissant plusieurs pays d’Amérique latine (Uruguay, Mexique, Cuba, Brésil, Argentine…). Le réalisateur Daniel Burman qui a travaillé sur la série et qui était présent lors de la présentation au festival Séries Mania, rapporte que cette grande équipe lui a permis d’avoir plus de liberté. Au départ, s’il a été intéressé par le projet ce n’est pas pour l’aspect carcéral, en vogue dans le paysage télévisuel (Orange Is The New Black, Oz…) qui n’est pas son genre préféré. Il y voyait surtout une excuse pour réunir tous ces protagonistes aux personnalités hétéroclites qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. Il ajoute que la vraie prison se situe dans leur tête. Cette sensation d’enfermement est palpable dans Supermax, et pour Daniel Burman, qui est convaincu que “nous sommes ce que nous cachons”, plus les personnages restent enfermés, plus ils se découvrent eux-même, “ils se libèrent parce qu’ils pactisent avec le diable”.

Ce thriller qui paraît de prime à bord assez sérieux nous surprend en mélangeant les genres, par moment à la limite de l’horrifique, parfois tragique et souvent comique. Il était important pour le réalisateur de mixer les genres et les émotions, “car c’est comme dans la réalité, on passe du rire aux larmes”. Ce mélange doit probablement aussi aux acteurs qui forment un casting quatre étoiles (on retrouve Cecilia Roth qu’on a vu notamment dans Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar), c’était aussi le désir de Daniel Burman d’avoir des acteurs à l’univers déjà bien établi pour qu’ils puissent ainsi apporter un peu de leur monde dans la série, d’où cette mixité de ton.

Si Supermax manque parfois d’un peu de subtilité dans le traitement de ses personnages, il serait intéressant de connaitre leur évolution à la suite de ces deux épisodes. La série est néanmoins un bon thriller dynamique aux multiples mystères qui se laisse agréablement regarder et qui devrait promettre quelques surprenantes tournures scénaristiques.

Supermax : Fiche technique

Scénaristes : Mario Segade, Virginia Martinez, Daniel Burman
Casting : Cecilia Roth, Antonio Birabent, Cesar Troncoso, Rubén Cortada, Juan Pablo Geretto, Guillermo Pfening
Réalisateurs : Daniel Burman, Hernan Goldfrid, Bruno Hernandez
Producteurs : Globo, Oficina Burman
Diffuseur : Canal 7 (Argentine)

Argentine – 2017

Séries Mania : 4 Blocks, une série de Marvin Kren

Nouvelle découverte au festival Séries Mania avec la série allemande 4 Blocks, en présence de son créateur/réalisateur Marvin Kren. Au programme : les péripéties obscures d’un clan de gangsters arabes en plein Berlin-Est ; un Parrain en quête d’un plan-retraite ; ou quand Les Soprano rencontre les caméras de Paul Greengrass et Nicolas Winding Refn sous cocaïne.

Synopsis : Toni prépare en cachette sa réorientation professionnelle pour sortir du trafic de drogues, de la prostitution et du blanchiment d’argent. Mais quand son beau-frère est arrêté lors d’un raid, impossible de quitter la tête du clan de Berlin-Neukölin.

À l’École de la Cité de Luc Besson, les élèves travaillent leur capacité d’analyse d’un film avec certains exercices, dont un, simple et efficace : le High Concept. Un exemple : Ghost in the Shell, c’est RoboCop meets Blade Runner. Pour le cas de la série découverte ce dimanche 16 avril, cela donne ceci : 4 Blocks = The Soprano meets Paul Greengrass & Pusher.

Justement, si le créateur Marvin Kren a déclaré avoir été de loin inspiré par la série de David Chase (et d’autres telles que The Wire) ou encore les nombreux films de gangsters, il a affirmé avoir voulu se fermer face à ses inspirations lors de la création. Et pourtant, 4 Blocks est un Soprano retravaillé dans le contexte de Berlin-Est. Ainsi, les Italo-Américains deviennent Arabo-Allemands ; Tony Soprano devient Toni, un parrain qui veut en finir avec le milieu du crime organisé, et qui peut avoir tendance à se fâcher même s’il reste bien plus droit que le héros de Chase ; le cousin Christopher Moltisanti, drogué et jeune ayant tendance à s’énerver facilement, avec une fiancée un peu superficielle et plutôt sexy, devient le frère de Toni ; du Bada Bing coloré de Tony Soprano à la boite de strip-tease et gogo-danseuses de Toni elle aussi plongée dans une lumière colorée, il n’y a qu’un pas ; et ainsi de suite… Les similitudes sont tellement énormes que « l’inspiration lointaine » n’est pas crédible. De l’enjeu de la taupe – ici un flic infiltré – à celle des rivalités familiales en passant par les problèmes de racisme que supportent les gangsters arabes – de la part de la police et d’autres – et qu’ils cultivent aussi – face au clan turc par exemple –, tout a déjà hélas été raconté ailleurs par Chase ou Simon. Nuançons maintenant en notant l’intérêt de la quête d’une vie tranquille de businessman de la part de Toni, qui, avec sa femme, veut obtenir des passeports allemands. Ou encore l’amour fou de Toni – digne de Montana ici – pour sa fille, qu’il est prêt à protéger jusqu’au bout, au point de menacer son frère. Si on note ainsi quelques nouveautés, « originalités » dira-t-on vite, le show reste hélas avare en nouveautés, que ce soit scénaristiquement ou formellement.

« Tout va très vite à la télévision. »

– Jennifer Getzinger, à propos de la tendance du rythme télévisuel

dans la série documentaire The Art of Television

Visuellement, le show tendrait à se rapprocher du pluri-style naturaliste-existentiel de la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn, et du visuel documentaire de Paul Greengrass (Bloody Sunday, Jason Bourne). Nous avons ainsi affaire à différentes formes visuelles plus ou moins maîtrisées, et surtout collées les unes aux autres sans véritable cohérence ou recherche de glissement. La construction spatiale de l’action – du mouvement dans l’espace – est en berne. Pour la partie « mystique », très faible, Kren a bien travaillé. Concernant la partie plus documentaire, il est utile et drôle de vous dire que le rédacteur de cet article a eu pour la première fois la nausée face la construction épileptique et non cohérente des scènes d’action et même beaucoup du quotidien. L’évanouissement a été évité de peu. Mais le mal de crâne a su tout de même s’installer.

Le travail sonore s’en est chargé. Tout le show est habité par de la musique. Aucun moment de silence, ou de moment où l’on aurait juste le son diégétique d’une scène calme ou même de rue. 4 Blocks va vous faire écouter du rap, de la musique typiquement orientale – on le suppose –, techno, bande-son d’action stéréotypée, et composition évoquant la noirceur existentielle de ce microcosmos  inspirée – un peu, beaucoup, à la folie – par la musique du film Sicario composée par Johann Johannsson. Il ne s’agit pas ici de faire un reproche à la présence de tel ou tel son, mais de constater une surprésence musicale, ainsi qu’un mixage qui manque – à l’image des différents styles visuels – de glissements.

« Il était important que la série ait un accent authentique. »

– Marvin Kren, lors de la rencontre post-projection –

Malgré tout, 4 Blocks possède un bel atout : son casting. De l’interprète de Toni, formidable de justesse à Frederick Lau (révélation de Victoria – ci à droite), génial de charisme dans le rôle de l’infiltré, les acteurs assurent le travail. Des acteurs qui ne sont apparemment pas tous professionnels, comme l’a expliqué Marvin Kren lors de la rencontre post-projection. Leur participation, comme l’a affirmé le réalisateur, participe au réalisme de la série. Cependant, s’ils sont bons et mêmes très bons au point qu’on ne perçoive pas le fait qu’ils soient des amateurs, ces derniers participent davantage à la mise en place du genre gangsters de la série qu’au réalisme.

Enfin, on notera que l’épisode 2 avait un montage plus abouti que le premier, une réalisation mieux maîtrisée, même si le show garde un rythme rapide dans son récit – qui prend quelques petites tournures intéressantes –, et reste sur-habité par la musique.

 4 Blocks : Fiche Technique

Réalisateur & auteur : Marvin Kren
Scénaristes : Marvin Kren, Hanno Hackfort, Bob Konrad, Richard Kroph
Interprétation : Kida Kodhr Ramadan, Veysel Gelin, Frederick Lau, Almila Bagriacik, Karolina Lodyga, Maryam Zaree
Compositeurs : Stefan Will, Marco Dreckkötter
Producteurs exécutifs : Anke Greifeneder, Quirin Berg
Production : Wiedemann & Berg Television
Distributeur : Turner
Diffuseur : TNT Serie (Allemagne)

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Séries Mania : I’m dying up here, une série de David Flebotte

Ce dimanche 16 avril au festival Séries Mania 2017 a été dévoilé en avant-première mondiale le premier épisode d’I’m dying up here, qui suit un groupe d’aventuriers de l’humour en quête de rires, de reconnaissance et de gloire sur la scène du stand-up des années 70.

Avant de commencer à parler sur la série, il faut d’abord avertir que le festival Séries Mania a explicitement demandé à tous les spectateurs de ne rien dévoiler du show (programmé chez Showtime / CBS) qui ne sera diffusé aux États-Unis qu’en Juin. Afin de respecter cette volonté, l’intrigue de l’épisode ne sera pas révélée. Toutefois des éléments seront présentés, sans pour autant gâcher la découverte du show à quiconque lira cet article.

Look vintage et ambiance rock

I’m dying up here prend place dans les années 70s alors que la guerre du Vietnam prend fin. Ainsi le spectateur va se retrouver dans les Los Angeles des seventies, ou presque. Tout est mis en place ici pour nous présenter cette décennie, au point que la reconstitution est exagérée : affiches de Bruce Springsteen, David Bowie ; marques de bière citées, véhicules filmés en marche ; extérieurs avec la fameuse colline « Hollywood » exposée en arrière plan mais presque pointée du doigt… Les vêtements sentent le vécu mais pas les visages souvent artificialisés par un maquillage plus ou moins subtils. Les seventies n’auront jamais été aussi seventies… Regardez les sept premières saisons de Columbo, ou lancez-vous dans Kojak (qui a lieu à New-York) – ces séries ont été filmées pendant cette décennie –, maintenant regardez I’m dying up here. La série est davantage un musée vintage, pop’ et vivant qu’une reconstitution fine et soignée telle qu’on en trouve dans Mad Men.

La réalisation participe à cette proposition « vintage ». En effet, le visuel appelle à se remémorer les photographies en argentique couleur ainsi que le film super 8 : jeu sur la surexposition avec le rendu baveux de la lumière ; couleur générale virant au marron/bois… La série possède ainsi un véritable cachet vintage. Certains apprécieront, d’autres non. Le problème réside dans l’exagération qui y résonne, car celle-ci se retrouve chez d’autres éléments.

En faire trop

En faire trop, voilà ce qui peut justement expliquer cet épisode. Des musiques d’époque à la composition originale, la bande-son est sur-évocatrice. D’un côté il faut évoquer les seventies, de l’autre, évoquer l’étrange, et le drame. Mais y aurait-il un manque de confiance en la capacité d’intérêt du spectateur pour la série ? Pourquoi surdramatiser ? Pourquoi surjouer la carte du rétro/vintage aujourd’hui à son apogée (de la bande-son des Gardiens de la Galaxie à The Nice Guys) ?

Et une autre question qui restera probablement sans réponse : pourquoi Mélissa Léo – interprète de Goldie – en fait toujours trop à un moment alors qu’elle réussit à être juste la plupart du temps ? Que ce soit ici ou au cinéma dans La Chute de la Maison Blanche, ou même Frozen River ?

Man of the Moon en série

On notera que la série est produite par Jim Carrey, qui a véritablement incarné Andy Kaufman, génie comique retranscrit à merveille par Milos Forman dans Man of the Moon (1999). Une impression se fera ressentir lors de la vision du premier épisode d’I’m dying up here, celle d’assister à la théorisation du génie humoristique, à la réflexion de ce travail, et alors à sa construction. La série suit plusieurs comédiens même trop, pourrait-on penser parfois, car l’on aimerait se concentrer véritablement sur le travail de l’un ou l’une d’entre eux. Et pourtant, le fait d’avoir affaire à un ensemble d’individus, s’il a tendance à disperser le récit – à noter qu’un certain flashback et retour au présent peu clair n’aide pas –, permet d’abord de capter tous les acteurs et enjeu de ce cosmos : de Goldie, véritable entité omnipotente quant à l’avenir de ces humoristes –, à l’agent interprété par Alfred Molina décidemment toujours impeccable. Mieux que ça, le dispositif permet d’exposer à quel point la comédie/le rire, soit la cause et l’effet, sont de véritables expériences humaines autant pour le comédien que pour le spectateur, ainsi qu’un labeur de tous instants avec son lot formidable de difficultés et nuances – selon le comédien / la comédienne. Pire que ça, devenir un humoriste fédérateur est une lutte de pouvoirs, un championnat du rire avec ses propres règles, sa propre hiérarchie et ses arbitres – tels que Goldie.

Si un seul épisode a déjà pu accomplir ce formidable travail, on peut espérer que la suite du programme comblera l’aspect dispersé du récit. Quand au cachet vintage, il s’efface lors des scènes d’intérieur sur les scènes de stand-up chez Goldie, où le contexte s’efface pour laisser place aux personnages et à leurs quêtes de rires à gogo, ou du rire ultime. Aussi peut-on espérer que ce cachet sera moins important dans les prochains épisodes, le contexte étant clairement posé dans ce pilote.

Ainsi la série créée par David Flebotte se révèle être une belle surprise, et une nouvelle « affaire à suivre ».

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Bande-annonce : I’m dying up here

https://www.youtube.com/watch?v=pR0PUkGbuto

Fiche Technique : I’m dying up here – pilote

Créateur et scénariste : David Flebotte
Réalisateur : Jonathan Levin
Interprétation : Melissa Leo, Ari Graynor, Michael Angarano, Clark Duke, Andrew Santino, Erik Griffin, RJ Cyler, Al Madrigal, Jake Lacy
Compositeur : Alex Ebert
Production : Showtime
Producteurs exécutifs : Dave Flebotte, Jim Carrey, Michael Aguilar, Christina Wayne
Distributeur : CBS Studios International
Diffuseurs : Showtime (Etats-Unis) / Canal + (France)

États-Unis – 2017

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The Get Down Saison 1 Partie 2 : Critique Série

8 mois ! Il nous aura fallu attendre 8 mois pour enfin découvrir la suite des aventures des héros de The Get Down. Soit une éternité vu la bombe lancée par Netflix l’été dernier. Et soyez heureux d’apprendre que le BPM, déjà bien haut, passe à la vitesse supérieure pour la partie 2.

Bien entendu, l’avertissement est d’usage : Si vous n’avez pas vu la partie 1 de The Get Down, autant stopper votre chemin ici. Allez zou !

Pour les autres, on reprend le métro direction le Bronx prendre des nouvelles de Zeke, Mylene, Boo-Boo, Ra, Shaolin Fantastic, Dizee ou encore Papa Fuerte. Moins seconde partie (comme marketée) que vraie deuxième saison, cette nouvelle fournée d’épisodes opère une petite ellipse d’un an, marquant temporellement une scission réelle pour mieux retrouver toute la clique à des tournants décisifs.

Zeke poursuit son stage à Manhattan dans l’intention d’aller à Yale, Mylene gère sa carrière dans le disgospel et les Get Down Brothers rameutent les foules dans des clubs à la mode. Tout irait d’ailleurs bien dans le meilleur des mondes sans la pression des adultes, de la société, de la religion et la criminalité environnante de leur quartier.

Encore plus axée sur la prise en main de leur destin par ses protagonistes, la série bien que nantie d’événements sombres positive énormément sur la question du passage à l’âge adulte. Le hip-hop étant vu comme une saine mais difficile porte de sortie. L’histoire offerte de sa naissance dans les quartiers du Bronx remet ainsi en contexte universel une musique qui est d’abord venue des tripes de la rue avant de se vendre par palettes.

Un genre né des frustrations de ses instigateurs, des murs dressés face à eux et du rêve à saisir. Ce de façon salutaire quand on voit le genre dominant qu’est devenu le hip-hop et sa culture aujourd’hui, majoritairement vidée de sa substance pour répondre à une fonction publicitaire. Probablement ironique aussi quand on sait que la série n’aurait pas vu le jour sans cet essor phénoménal.

Bien sûr, le hip-hop n’est pas le seul sujet que la série traite puisque The Get Down tire sur plusieurs fils de son contexte historique. Le glissement de l’art vers sa marchandisation, la discrimination positive, l’identité afro-américaine, la drogue, l’idéologie de la street culture sont autant de clés de lecture d’une série chorale qui passe avec fluidité d’un sujet à l’autre. Nourrissant ainsi la richesse et la densité des personnages et des thèmes abordés depuis l’épisode pilote.

Les réelles imprécisions historiques et les anachronismes ne pèsent donc pas bien lourd dans une série qui n’a jamais (malgré son utilisation d’archives) la prétention de documenter l’époque avec exactitude mais bien d’en offrir un instantané subjectif et luxueux.

Cette deuxième partie opère d’ailleurs, pour son propre bien, quelques ajustements d’intrigue, délaissant notamment l’aspect politique pour se concentrer sur les storylines de chacun. On pourrait s’en émouvoir mais la densité de la narration est toujours au rendez-vous. The Get Down embrasse totalement son lyrisme, son romantisme et sa vision fantasmée de cette ère musicale pour construire un vrai crescendo émotionnel et narratif. Ce avec des enjeux solides et un nombre hallucinant de scènes qui restent en tête (mettant souvent en scène Mylene). Vous ne verrez pas passer ces cinq nouveaux épisodes à la force de divertissement brut.

Conçue en précipité pop des années 1970, The Get Down continue d’agencer ses références, piochant quantité d’idées dans la comédie musicale (ce qu’est fondamentalement le show), les comics, le cartoon, les films de kung-fu,…. En cela, elle recréé un espace de jeu en adéquation avec le travail cinématographique de Baz Luhrmann. Une rêverie sous multiples influences que la riche et colorée direction artistique soutient. Rappelons d’ailleurs que The Get Down est la série la plus chère de Netflix avec 120 millions de dollars au compteur. On ne peut que prier d’autres shows de faire la même chose tant le résultat est payant, palpable et passionnant pour qui sonde la pop-culture.

Nombre de spectateurs avaient pu être désarçonnés par la réalisation du pilote de la série, qui portait complètement la marque de son auteur. Un style volontairement excessif qui mêlait dans un montage rapide et très chargé images d’archives (vraies ou fausses) et fiction s’entrechoquant et se complétant. Fidèle à cette charte, la série continuait sur cette lancée tout en calmant un peu le jeu pour atteindre un vrai rythme de croisière. Rien à dire sur cette partie 2 qui bénéficie d’une réalisation parfaite, mêlant et alternant avec maestria les intrigues dans un éclectique défilé de tons, de styles et de rythmes.

Une idée cependant pourra diviser, non pas sur son concept qui est génial mais sur sa réalisation…

Absent de la première saison, cet ajout consiste en l’insertion de multiples passages animés, diégétiquement créés par Dizee. Ces inserts complétant ou surlignant l’histoire, la ré-haussant notamment d’un délire super-héroïque. Ne nous le cachons pas, ils aident aussi à raconter certains événements plus remuants et, probablement, non filmés par manque de temps, de moyens ou de budget. Or, s’il trace un parallèle amusant avec les cartoons The Jackson Five et The Harlem Globe Trotters, l’animation en mode webflash peine à convaincre. Sous-animé, trop lisse, trop propre, sans aspérités, la concrétisation de l’idée n’est pas à la hauteur.

Comment ne pas finir de parler de The Get Down sans parler de sa musique phénoménale et omniprésente qui compile standards de l’époque et créations inédites. Si les reprises sont toujours à propos et offrent de grands moments, c’est bien évidemment le neuf qui emporte ici le morceau. Fidèle à son credo dans le domaine, Baz Luhrmann applique la même démarche qu’à Gatsby Le Magnifique et Moulin Rouge ! : faire résonner le passé en écho par l’utilisation de la musique contemporaine.

Anachronique certes (qui s’en fout ?) mais brillant également dans son interpénétration des époques notamment le Rihannesque Toy Box. Car au-delà des moments jouissifs offerts, cette démarche est toujours vectrice d’un sens nouveau et d’un propos évident. Quand elle n’impose tout simplement pas un nouveau rythme passionnant au montage et à l’alternance des intrigues.

Pas d’infos réelles pour une éventuelle saison 2 (saison 3, bref vous saisissez…) si ce n’est que Luhrmann, éreinté par dix ans de travail dessus, tente de passer la main. Si on se réjouirait de voir une suite à la série la plus feel good des dernières années, la fin de cette seconde partie marque déjà un terme en soit. Bouleversante, ample, porteuse d’espoir comme de doutes, l’ultime scène du dernier épisode finit de nous arracher des larmes au son du magnifique The Other Side. C’est suffisamment rare pour être noté.

Bref, The Get Down est bien un chef d’oeuvre et on vous invite chaudement à céder aux sirènes du Bronx.

The Get Down, Saison 1, Partie 2 : Fiche Technique

Création : Baz Luhrmann, Stephen Adly Guirgis
Scénario : Seth Zvi Rosenfeld, Sam Bromell, Stephen Adly Guirguis, Nelson George, Aaron Rahsaan Thomas, Jacqui Rivera.
Réalisation : Ed Bianchi (8-10-11), Lawrence Trilling (7), Clark Johnson (9)
Interprétation : Justice Smith, Shameik Moore, Herizen F. Guardiola, Skylan Brooks, Tremaine Brown Jr., Yahya Abdul-Mateen II,Jimmy Smits…
Genre : Dramatique, Musical
Société de production : Bazmark Films
Format : 5 épisodes de 50 minutes (80 minutes dans le cas unique de l’épisode final)
Chaîne d’origine : Netflix
Diffusion à partir du : 7 avril 2017

États-Unis – 2017

Auteur : Adrien Beltoise

Séries Mania 2017 : Gros plan sur les personnages féminins de Big Little Lies

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A l’occasion de la sortie en salle des deux premiers épisodes de Big Little Lies pour le festival Séries Mania, revenons sur cette panoplie de personnages féminins torturés et complexes. Attention spoilers.

Des femmes qui jugent d’autres femmes.

Dans un milieu, celui des nouveaux riches, où les apparences sont primordiales, les femmes de Monterey abordent toutes de grands sourires (figés) en société, communiquant entre elles avec une politesse et un enthousiasme tellement exagérés qu’ils en deviennent comiques. Lors des interviews avec les inspecteurs de police cependant, elles montrent un autre visage, bien moins sympathique et bienveillant. Se critiquant sauvagement, jugeant unetelle sur sa vie sexuelle, ou une autre pour son milieu social, les femmes de la série sont intransigeantes.

Si les hommes ont aussi une place importante, ce sont les femmes qui sont au premier plan dans Big Little Lies. La série s’intéresse particulièrement au regard que portent les femmes sur les autres femmes. La société leur impose de se détester, de se jalouser dès le plus jeune âge et cela se remarque notamment dans la relation avec Abigail et sa mère. L’adolescente s’éloigne de sa mère, qu’elle pense parfaite et qui lui fait alors se sentir mal dans sa peau, elle ne pense pas être à la hauteur à côté d’un tel modèle de perfection. Les femmes de Monterey essaient si désespérément d’avoir l’air parfaites, qu’elles n’osent se confier à leur famille ou à leurs amies proches en toute confiance. Ce n’est que plus tard, dans les derniers épisodes, que Madeline décidera d’être honnête avec sa fille, lui prouvant qu’elle est très loin de la perfection ou que Celeste se confiera à sa meilleure amie, Madeline. Lui avouant adorer travailler, et se sentir coupable de vouloir plus dans sa vie que son rôle de mère. “I’m evil” dit-elle, honteuse.

Les “career moms” et “stay at home moms” se font la guerre dans la série. Dominant Monterey dans son immense villa surplombant la ville, Renata est l’exemple caricatural (du moins au départ) de la “career mom”. Totalement hystérique et tyrannique, elle part en croisade contre Jane et son petit garçon Ziggy qui aurait vraisemblablement étranglé sa fille, Amabella. On s’étonne par la suite, lorsque Jane s’excuse et tente d’instaurer une entente, de la voir si vulnérable et honnête. Car si Renata est protectrice à l’excès avec sa jeune fille, quitte à empirer la situation, c’est par culpabilité. Si elle ne cesse de se vanter auprès de ses “amies” de sa réussite professionnelle, elle est en fait rongée par la culpabilité d’être une “business woman”, d’avoir un métier qui lui prend la plus grosse partie de sa vie, au contraire de ces mères de famille qui se dévouent corps et âme pour leurs enfants bien aimés.

En plus de devoir jongler parfaitement entre vie professionnelle et vie de famille, les femmes de Monterey doivent aussi donner l’impression d’un mariage parfait. Et celles qui attirent les regards grâce à leur sensualité ou celles dont le couple semble être passionné comme au premier jour se font critiquer. Toutes les femmes jalousent le mariage de Perry et Celeste qui semble si parfait et Ed et Madeline remettent leur vie sexuelle en question, s’inquiétant de ne pas faire l’amour aussi souvent et avec autant de fougue que leur couple d’amis.

Une série sensorielle qui appelle à la bienveillance

Si chaque femme se jugent les unes les autres, la série elle, aborde les choses avec beaucoup de bienveillance. Parlant de violence conjugale (qui n’est pas le sujet le plus facile à traiter), de manière très juste, décrivant toute la complexité d’une telle relation. Nous donnant à voir une femme, Celeste, totalement lucide quant à sa situation, mais en conflit avec ses désirs et ses pulsions destructrices. La série nous donne même des clés de compréhension quant au comportement de Perry, sans pour autant justifier ses actes moralement. Big Little Lies dépeint tous les points de vue et les imperfections et failles de chaque personnage.

Le show donne une voix à tous, que ce soit les enfants (ce qui est rare) ou les femmes, leur donnant une seconde chance, nous incitant à porter sur eux un regard indulgent. Cette bienveillance passe par l’audacieuse réalisation de Jean-Marc Vallée et à l’attention portée aux détails. Faisant sans cesse le parallèle entre les personnages et l’océan, Big Little Lies retranscrit la relation dévastatrice de Celeste et Perry notamment grâce à leur maison et à sa décoration froide et ses immenses baies vitrées par lesquelles on peut apercevoir la mer déchaînée s’abattre sur les rochers à la manière des moments de passion (trop) intenses du couple qui finissent inéluctablement dans la violence.

Au contraire de la maison de Madeline, plus cosy et chaleureuse, confortable, à l’instar de son mariage. Pour elle, cet océan, comme elle le dit à sa fille Chloe, représente un monde caché. L’océan de ce côté de la côte est lisse et en dessous de cette vaste surface bleue se trouve un monde au-delà des apparences, au-delà de cette face lisse qu’elle essaie tant bien que mal de garder à longueur de journée.

Quant à Jane, l’océan, d’apparence calme, enfouit un souvenir douloureux qui tente de refaire surface et qui, persistant, lui revient sans cesse à l’esprit à la manière de ses légères vagues qui vont et viennent inlassablement.

Que ce soit les vices destructeurs de Celeste, le perfectionnisme de Madeline ou le traumatisme de Jane, l’océan représente les émotions de ses femmes qui n’ont une vie lisse qu’en apparence mais qui sont en réalité sur le point d’imploser à tout instant sous le poids de leur vie et de la pression sociale. Une pression qui est palpable grâce à la réalisation qui alterne des moments calmes, parfois étouffants, et des moments d’exultation pure. C’est cette scène où Jane, après son footing, s’égosille sur « Dance this mess around » de The B-52’s en dansant énergiquement comme si elle tentait d’exorciser un mal-être profond; ou encore cette scène quand elle craque et se met à sangloter en écoutant « Bloody Mother Fucking Asshole » de Martha Wainwright. Jouant avec la bande-son, Big Little Lies continue de rendre l’instabilité émotionnelle de ces femmes palpable, sensorielle. Accompagnant leurs hauts comme leurs bas, passant d’une soul paisible à des morceaux jouissifs aux notes électro, ou encore un air de piano suintant la mélancolie. Cette atmosphère, ce portrait sensoriel de femmes est magnifiquement résumé dans le générique.

Ces femmes dont on impose une image, celle de la femme parfaite qui sait jongler entre carrière et enfants avec brio, qui restent belles et désirables tout au long de sa vie et qui s’adonne à des parties de jambes en l’air endiablées et régulières avec un mari viril; finissent par jeter ces injonctions dans les escaliers. Dans une dernière scène libératrice, les façades qui commençaient déjà à se fissurer finissent par tomber pour de bon, et on retrouve Madeline, Celeste, Jane, Bonnie et Renata sur la plage en compagnie de leurs jeunes enfants. Ce jour-là, la mer n’est ni déchaînée, ni lisse, elle est mouvante, prête à changer au gré des émotions de ses femmes désormais soudées et solidaires qui acceptent (ou du moins essaient) dorénavant l’imperfection.

Big Little Lies : Fiche Technique

Créateur : David E. Kelley ( basé sur le roman Big Little Lies de Liane Moriarty)
Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : David E. Kelley
Interprétation : Reese Witherspoon (Madeleine Mackenzie), Nicole Kidman ( Celeste Wright), Shailene Woodley ( Jane Chapman), Laura Dern ( Renata Klein), Alexander Skarsgard ( Perry Wright), Adam Scott (Ed Mackenzie), Zoe Kravitz ( Bonnie Carlson)
Directeur de la photographie : Yves Bélanger
Musique : Susan Jacobs
Production : David E.Kelley, Liane Moriarty, Barbara A. Hall, Jean-Marc Vallée, Reese Witherspoon, Nicole Kidman
Sociétés de production : Pacific Standard, Blossom Films
Genre : Soap, drame, policier
Format : 7 x 50 minutes
Chaîne d’origine : HBO
Diffusion aux USA : 19 février 2017

Etats-Unis – 2017

Séries Mania : Rencontre avec Damon Lindelof (Lost, The Leftovers…)

Rencontre au sommet ce samedi 15 avril au festival Series Mania 2017 avec la masterclass de Damon Lindelof, scénariste-showrunner-auteur (re)connu pour Lost et The Leftovers.

Ce samedi 15 avril, le président du jury de la 8ème édition du festival Séries Mania est venu répondre aux questions d’Olivier Joyard (Les Inrocks) et du public. Une masterclass qui est revenue sur l’enfance du créatif, ses débuts professionnels, Lost et The Leftovers.

Premiers émois avec le petit écran :

« J’étais sévèrement négligé, répond Damon Lindelof blagueur, du coup la télévision était mon baby-sitter. »

Scénariste, un rêve d’enfant :

« J’ai toujours aimé raconter des histoires. J’étais un menteur pathologique (…) La vie n’était pas très belle, du coup, je l’ai embellie. »

Les premiers shows télévisuels qui l’ont marqué :

MASH, L’Incroyable Hulk, Shérif, fais-moi peur !, Twin Peaks… « Je pouvais voir à travers une fenêtre qui donnait sur le monde adulte. C’était un peu effrayant, inapproprié. (…) Plusieurs shows m’ont fait dire : je veux faire ça (ou) pourquoi ça n’arrive pas dans la réalité ? »

Lindelof, étudiant-scénariste :

« Je suis allé à l’école du film à New-York où il y avait un programme d’écriture pour la télévision. (…) La télévision n’était pas encore considérée comme un art (…) puis je suis allé à Los Angeles où la vraie renaissance m’attendait. (…) J’ai dû comprendre l’industrie en elle-même. (…) J’ai vu Les Soprano, c’était le début de quelque chose de gros. »

Wasteland (1999), sa première expérience en tant que scénariste :

« Ça a été ma première expérience dans la salle des scénaristes. (…) J’étais juste : ‘’je veux faire ça le reste de ma vie’’ (…) mais ça a été annulé après deux épisodes (après son arrivée). J’ai été promu et viré dans un lapse de temps de six semaines. »

« La 1ère année est la plus difficile car on apprend au show comment marcher, comment fonctionner. »

– Damon Lindelof –

Débarquement sur Lost, prémices et pilote :

Damon Lindelof travaillait sur Crossing Jordan lorsqu’il lui a été proposé de rencontrer J.J. Abrams. Grand fan d’Alias, il espérait travailler sur cette série mais : « bonne nouvelle, je rencontre J.J. ; mauvaise nouvelle, ce n’est pas pour Alias ».

En effet, Abrams lui propose de retravailler le pilote d’un « stupide show de crash d’avion », commandé par le président  d’ABC. « À la base, l’avion se crashait et on se retrouvait six mois plus tard, avec six personnages (…) comment rendre ça dramatique ? », dit-il.

Lost, explique-t-il, c’est « 65 pour 100 sur l’île, 35 sur les personnages et leur vie avant le crash ». Justement, J.J. Abrams demande : « Et quoi à propos de l’île ? Elle doit être vraiment bizarre ». Aussi le jeune prodige J.J. voulait un crash spectaculaire, mais Lindelof ne pensait pas qu’ils allaient pouvoir le faire. C’était sans compter sur la détermination d’Abrams : « Ils veulent faire le show, pas nous, alors ils paieront ».

« Les personnages doivent conduire l’histoire, pas l’inverse. »

– Damon Lindelof –

Dans la version d’avant-tournage, le héros Jack mourrait à la fin du pilote. Lindelof se remémore à nouveau des propos de J.J. Abrams : « Il meurt et tout le monde est baisé ». La production leur a donné un autre conseil : « Si vous faites cela, les spectateurs n’auront plus confiance ».

« Le processus de casting a participé au processus d’écriture », explique Lindelof. Il a fallu « 31 semaines pour tout terminer (…) c’était essentiellement un gros film ». Entre temps, le responsable de ABC est remplacé, et si le pilote ne reçoit que des avis positifs de la part des grands pontes, le responsable déclare à l’équipe : « C’est super mais nous n’allons pas le sortir ». J.J. Abrams aurait alors dit : « Oh cool on a fait le pilote le plus cher de la télévision ».

Finalement, le même responsable leur déclare peu après : « Vous entrez en production dans six semaines ». Pendant la production, J.J. doit quitter le projet pour coécrire et réaliser de Mission : Impossible III. Lindelof devient alors responsable du show, qu’il essaye de quitter après 6 épisodes. Il recevra de l’aide et reste alors à son poste.

« Je pense que la peur est une émotion incroyablement forte. Ce n’est pas l’expérience la plus plaisante mais c’est nécessaire. On doit aller à travers ses vagues. (..) La peur a commencé à grandir quand c’est devenu un succès. »

– Damon Lindelof –

Lost, la série phénomène :

« (J.J.) voulait que le show soit ressenti comme un film tout en sachant que c’était pour la télévision ».

« Qu’importe ce que les gens pensent de la série dans son ensemble ou de sa fin, je pense que c’est un miracle d’avoir été capable de durer autant », déclare Lindelof. « Je pense que le regret n’est pas quelque chose sur lequel il faut se concentrer. Il faut se pardonner. Avec la vitesse de production de Lost, des erreurs ont été commises oui. »

Damon Lindelof recevra hélas beaucoup de retours violents de la part de fans sur la fin de Lost, malgré le fait qu’elle ait été saluée et récompensée : « ça m’a dévasté (…) je les avais trahis (alors que) je ne les connaissais pas (…) ça a été une année difficile ». Il a alors « décidé de devenir arrogant (…) de ne pas être désolé pour ce qu’on a fait. »

Le mystère et les femmes enfantant seules :

« Un show mystérieux doit avoir une résolution (cependant) un mystère de plus en plus fort est plus intéressant que la découverte. » Sur Lost, « on nous a dit (concernant la fin) : ne faites pas un Twin Peaks ». J.J. a dit : « Je serait content si on faisait un Twin Peaks », la série ayant bouleversé le monde télévisuel, pourquoi ne pourraient-ils pas s’en inspirer ?

À propos des femmes portant la vie : « c’est très Alien pour un homme. Notre physiologie est très différente (…) il y a quelque chose de choquant, par des moyens extraordinaires ». L’idée que Shaw dans Prometheus (2012, Ridley Scott) – dont il a été le scénariste, d’après un premier script de Jon Spaihts – soit enfanté d’un alien par son compagnon plutôt que par un élément extra-terrestre, vient de lui. Il trouvait cela plus intéressant.

« L’idée de séparer le show de ce qu’on veut qu’il soit, de laisser le show être ce qu’il est, est difficile »

– Damon Lindelof, à propos des spectateurs de série

Sur The Leftovers

« Lost était mené par le narratif. The Leftovers est plus de l’ordre du ressentir. » Il revient sur son rapport à la mort : « Je ne suis pas sûr de ce en quoi je crois (…) de ce qui arrive quand on meurt (…) mais ça m’a toujours intéressé. J’aurais aimé être religieux. »

Lindelof explique aussi aimer ce qui n’est pas linéaire. Le découverte de Pulp Fiction l’a touché en cela. Il pense que notre esprit est devenu assez sophistiqué pour pouvoir expérimenter de telles constructions narratives.

Avec The Leftovers, « je continue d’expérimenter. Quand je me sens en sécurité, je m’ennuie. Quand je suis en danger, je suis excité. »

À noter que Lindelof quitta le milieu du cinéma parce qu’il ne se trouvait « pas assez bon en tant que scénariste de film ». Aussi le développement des relations humaines lui semble plus propice à la télévision.

La saison 3 de The Leftovers a été dévoilée à Séries Mania. Celle-ci marquera d’ailleurs la fin de la série développée chez HBO.

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Series Mania : Nuit Masters of Horror

Nuit d’horreur au festival Series Mania avec rétrospective de Masters of Horror projetée au Luminor dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 avril 2017.

De 22h à 6h le lendemain matin, les spectateurs ont eu droit à un programme croustillant : une sélection d’épisodes de la fameuse série Masters of Horror, préparée avec passion par Wilfried Jude, pour combler vos yeux et estomacs de sang, de chair, et d’humour. L’occasion de redécouvrir ces films de 60 minutes signés par des maîtres – du formaliste Tobe Hooper à l’humour noir de John Landis en passant par la folie cartoonesque de Joe Dante et la poésie grotesque chez Takashi Miikeet des artisans du genre : Larry Cohen, Peter Medak…

« En 2004, Mick Garris (La nuit déchirée) crée une collection de films courts pour la télévision. L’idée géniale: réunir les grands noms du cinéma d’horreur pour une sorte de baroud d’honneur, où toutes les transgressions peuvent se déployer sans aucune retenue. »

– Wilfried Jude, Livret Séries Mania, page 64 –

Dérangée, gore, kitsch, déjantée, grotesque, grave et absurde, la série diffusée sur Showtime de 2005 à 2007* dresse le portrait d’une Amérique loin de se conformer à « l’American Dream ». Que ce soit par le post-apocalyptique, le survival ou le teen-movie, Masters of Horror présente les ténèbres de cette folle Amérique : la paranoïa et la folie dangereuse face au terrorisme ; jeunesse en proie à des nouvelles drogues mises en place même après un « apocalypse » ; passion malsaine pour le spectacle au point d’accepter le contre-nature et l’inhumain ; ou encore la destruction et l’exploitation folle de ses richesses naturelles.

On obtient ainsi une galerie de portraits dressés sous acide et gonflés à l’ironie et l’humour. Wilfried Jude note d’ailleurs : « Masters of Horror, c’est la vengeance des vieux briscards, bien plus conscientisés que certains réalisateurs cyniques qui les ont suivis. L’art du Grotesque de Masters of Horror, résonne d’une manière étrange en 2017, car il est plus que jamais d’actualité. Est-ce le bouffon (le cinéaste) qui s’en amuse qui est le plus grotesque, ou bien monde délirant et absurde dont il s’est inspiré ? » (Livret Séries Mania, p.64).

On regrettera l’absence des deux épisodes réalisés par John Carpenter, mis de côté par le programmateur qui les a pensé trop « intello » pour la soirée. La programmation, comme il l’a bien dit, est subjective : Wilfried Jude a privilégié des épisodes qu’il appréciait, dont certains « mal aimés » a-t-il expliqué avant le lancement de la soirée.

Celle-ci s’est d’ailleurs passée dans une ambiance bon-enfant, transpirant la passion évacuée par de nombreux rires, des regards admirateurs, mais aussi des yeux cachés lors de certains épisodes, notamment celui de Takashi Miike.

Entre pépites horrifiques, séries B (et Z) assumées, comédies gores et thrillers dérangeants, Masters of Horror est un objet télévisuel unique, héritier de générations de Quatrième Dimension et d’Histoires Fantastiques, et héritage modeste mais non moins formidable du cinéma d’épouvante/horreur, qui a su en inspirer d’autres (American Horror Story par exemple) et le fait toujours.

Ci-dessous, la liste des épisodes projetés :

1 – George le cannibale (The Washingtonians), de Peter Medak (saison 2)

2 – Une famille recomposée (Family), de John Landis (saison 2)

3 – Serial auto-stoppeur (Pick Me Up), de Larry Cohen (saison 1)

4 – La Danse des morts (Dance of the dead), de Tobe Hooper (saison 1)

5 – La Survivante (Incident On and Off A Mountain Road), de Don Coscarelli (saison 1)

6 – J’aurai leur peau (Pelts), de Dario Argento (saison 2)

7 – La Guerre des sexes (The Screwfly Solution), de Joe Dante (saison 2)

8 – La Maison des sévices (Imprint), de Takashi Miike (saison 1)

*À noter que la série a été rachetée par Lionsgate puis retravaillée pour sa diffusion sur NBC (soit avec beaucoup moins de gore, et sans nudité). Renommée Fear Itself, on considère toutefois cette nouvelle saison diffusée en 2008 comme la troisième de Masters of Horror.

Les initiés, un film de John Trengove : critique

Les initiés, le premier film du Sud Africain John Trengove cache en fait une tragique histoire d’amour. Entre traditions machistes et secrets inavouables, la romance choc de ce début d’année.

Synopsis : Afrique du sud, montagnes du Cap Oriental. Comme tous les ans, Xolani, ouvrier solitaire, participe avec d’autres hommes de sa communauté aux cérémonies rituelles d’initiation d’une dizaine d’adolescents. L’un d’eux, venu de Johannesburg, découvre un secret précieusement gardé… Toute l’existence de Xolani menace alors de basculer. 

A Queenstown en Afrique du Sud, Xolani, jeune homme taciturne, vit seul et travaille dur. Tous les ans, il part dans les montagnes pour devenir instructeur comme ses amis, le temps d’un rite ancien où des jeunes Africains sont confiés à eux pour devenir des hommes. Premier pas de ce rituel au cœur de la nature : la circoncision. La scène, si elle ne montre rien de frontal, donne le ton. Chez les anciens respectueux des traditions, l’homme doit être viril et capable de perpétuer le nom de la famille. L’initié de Xolani est comme lui lors de son initiation des années plus tôt, mis à l’écart car jugé différent.

Si le récit débute comme un de ces nombreux films d’initiations, il cache en fait une tragique histoire d’amour. Si Xolani refuse de partir comme tant d’autres pour Johannesburg malgré son éducation et ses bons résultats scolaires, c’est qu’il tient à revoir son ami Javi. Grand, musclé et modèle de masculinité parmi les instructeurs, Javi n’en cache pas moins aux autres sa vraie nature. Seul Xolani connaît son secret.

John-Trengove-Nakahne-ToureL’auteur dévoile son thème, l’homosexualité, à travers une histoire parsemée dans les deux premiers actes d’actes fugitifs et bestiaux. Deux sensibilités s’affrontent : le taciturne et morose Xolani et le faussement puissant Javi. La caméra filme au plus près des corps et des regards le jeu du chat et de la souris.

Si l’histoire d’amour homosexuel sur fond de rites initiatiques africains machistes et archaïques évite habilement les faux pas et clichés, l’équilibre entre les trois personnages principaux n’est pas pour autant exempt de défauts. L’amour aveugle que Xolani nourrit pour son ami Javi se heurte au rapport conflictuel qui anime ce dernier. Leurs relations sexuelles brèves et brutales montrent le rapport de force qui s’exprime entre eux. Javi assouvit ses pulsions avec son ami qui est lui prêt à tout accepter pour un moment partagé. La pression de leur entourage et leur désir de cacher cette relation interdite est également bien exprimée. C’est en amenant dans cette liaison le jeune initié sous la garde de Xolani, que le réalisateur ajoute une menace non pas superflue, mais manquant de finesse. Si le jeune acteur joue bien son rôle, son personnage, lui, est trop en retrait pour se démarquer et n’être autre chose qu’un faire-valoir. La scène où il passe enfin aux yeux des autres pour un homme est elle aussi anecdotique, de même que la brève introduction de personnages blancs ne servant au final absolument à rien. A ces quelques défauts se greffe un final un peu too much où la violence exprimée n’ajoute rien à la force du drame. Au final, Les initiés (The wound en anglais, bien plus adapté au thème du film exprimant la blessure psychologique due à cet amour interdit) est un bon film sur un sujet casse gueule. Les acteurs sont parfaits, mentions spéciales à Bongile Mantsai (Javi) touchant en macho cachant son vrai visage pour s’épanouir auprès des siens et surtout à Nakhané Touré (Xolani) impressionnant de retenue dont le moindre regard exprime toute la tristesse d’une âme qui refuse de partir pour un avenir meilleur par amour.

Pour un premier film, on ne peut que saluer le courage de John Trentgove et son habileté à dresser le portrait touchant de deux hommes blessés face à une société attachée à des traditions d’un autre âge.

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Les initiés : Bande-annonce

Les initiés : Fiche Technique

Réalisateur : John Trengove
Scénariste : John Trengove, Thando Mgqolozana, Malusi Bengu
Interprètes : Nakhane Touré, Bongile Mantsai, Niza Jay Ncoyini…
Compositeur : Joao Orecchia
Genre : Drame
Distribution : Pyramide Distribution
Durée : (1h 28min)
Date de sortie : 19 avril 2017

Nationalités : sud-africain, allemand, français

À voix haute, la force de la parole, un film de Stéphane de Freitas et Ladj Ly : Critique

À voix haute, La force de la parole, ou le portrait de cette jeunesse parfois méprisée qui cherche à prendre la parole pour prouver qu’elle existe.

Synopsis : Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours « Eloquentia », qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 ». Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes.

Initialement diffusé à la télévision sur France 2, À voix haute a connu un succès retentissant. Personne ne voyait arriver un aussi grand enthousiasme, si bien que le film a connu une longue période de replay sur le site internet de la chaîne.

Une fois le documentaire terminé, on ne peut que se rendre à l’évidence que À voix haute met du baume au cœur et s’avère empli d’espoir. Le film de Stéphane de Freitas et Ladj Ly est un moment hors du temps qui nous procure un plaisir immense. Par son sujet passionnant et des étudiants passionnés, À voix haute se grave dans nos mémoires et les voix de cette jeunesse trop souvent méprisée résonnent en nous.
Avec À voix haute nous est dressé ce magnifique portrait qu’est celui de la jeunesse de Saint-Denis qui cherche à prouver qu’elle existe, qui cherche à prouver qu’elle aussi peut prendre part au débat, exprimer des idées, et surpasser bon nombre d’orateurs que l’on nous vend dans les médias. À voix haute est un combat constant contre le silence, un désir de se faire entendre, le souhait de se faire une place, le plaisir de la réussite.

L’œil de Stéphane de Freitas est intimiste. On se glisse dans la vie de ces étudiants, au passé et au parcours différents, mais investis de la même façon dans le concours Éloquentia. Alors que certains voient dans la parole le moyen de lutter ou de se défendre, d’autres s’en servent pour vaincre une timidité pesante. Chaque étudiant est habité, aux convictions dessinées, et le réalisateur nous en fait merveilleusement part.
Le schéma est simple mais fonctionne parfaitement. À voix haute est un compte à rebours. 30 jours avant le concours Eloquentia, jusque la date fatidique, celle tant attendue par les dionysiens. Découvrir la multitude de cours suivis par les étudiants est plus que passionnant. Certes, il y a les cours d’éloquence, menés d’une main de maître par Bertrand Perier, mais viennent se greffer des cours d’expression scénique, de théâtre. Les élèves s’essaient même au slam. En tant que spectateur, on se passionne pour le parcours de chacun des élèves, même s’ils ne sont pas tous mis en avant de la même manière.

Toutefois, la version cinématographique de À voix haute est un brin moins puissante que celle télévisuelle. En effet, cette dernière, d’une durée plus courte, s’avère plus puissante. On s’appesantit plus sur le concours en lui-même, sur les progressions corporelles et vocales de chaque étudiant. Dans la version cinématographique, les portraits des étudiants, que ce soit au sein de leur familles, dans leur cité et dans des endroits qui leur sont chers, prennent trop le pas sur le sujet même du documentaire qu’est le concours Eloquentia.
L’ultime chapitre, qu’est celui de la finale du concours, aurait gagné en puissance s’il avait été moins pollué par les focalisations sur la vie des étudiants finalistes. Cependant, il aurait été bien moins intéressant si cette dimension avait été délaissée. Outre l’empathie que l’on éprouve pour chaque personne, on perçoit les motivations de chacun, ce qui est un excellent atout en terme de compréhension et de crédibilité du documentaire.

Il est également important de souligner le travail du hors champ. Le son est minutieusement travaillé, et s’accorde parfaitement avec l’exercice de la prise de parole. Le montage est également une belle réussite. Les discours déclamés nous parviennent magnifiés. On ressent toute la puissance, toute la vie que les participants au concours mettent dans leur discours. De quoi nous estomaquer jusqu’à la dernière minute.

Avec À voix haute, La force de la parole, Stéphane de Freitas et Ladj Ly signent un des plus beaux documentaires de ce début d’année qui saura tenir le spectateur en haleine jusqu’aux dernières minutes. Un documentaire à voir d’urgence, pour le plaisir des oreilles et du cœur.

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À voix haute, la force de la parole : Bande-annonce

À voix haute, la force de la parole : Fiche technique

Réalisateurs : Stéphane de Freitas, Ladj Ly
Scénario : Marc de Chauveron, Guy Laurent
Photographie : Ladj Ly, Timothée Hilst
Musique : Superpoze
Montage : Jessica Menendez, Pierre Herbourg
Producteurs : Harry Tordjman, Anna Tordjman
Production : My Box Production
Distribution : Mars Films
Durée : 99 min
Genre : Documentaire
Date de sortie : 12 avril 2017

France – 2017