Séries Mania : 4 Blocks, une série de Marvin Kren

Nouvelle découverte au festival Séries Mania avec la série allemande 4 Blocks, en présence de son créateur/réalisateur Marvin Kren. Au programme : les péripéties obscures d’un clan de gangsters arabes en plein Berlin-Est ; un Parrain en quête d’un plan-retraite ; ou quand Les Soprano rencontre les caméras de Paul Greengrass et Nicolas Winding Refn sous cocaïne.

Synopsis : Toni prépare en cachette sa réorientation professionnelle pour sortir du trafic de drogues, de la prostitution et du blanchiment d’argent. Mais quand son beau-frère est arrêté lors d’un raid, impossible de quitter la tête du clan de Berlin-Neukölin.

À l’École de la Cité de Luc Besson, les élèves travaillent leur capacité d’analyse d’un film avec certains exercices, dont un, simple et efficace : le High Concept. Un exemple : Ghost in the Shell, c’est RoboCop meets Blade Runner. Pour le cas de la série découverte ce dimanche 16 avril, cela donne ceci : 4 Blocks = The Soprano meets Paul Greengrass & Pusher.

Justement, si le créateur Marvin Kren a déclaré avoir été de loin inspiré par la série de David Chase (et d’autres telles que The Wire) ou encore les nombreux films de gangsters, il a affirmé avoir voulu se fermer face à ses inspirations lors de la création. Et pourtant, 4 Blocks est un Soprano retravaillé dans le contexte de Berlin-Est. Ainsi, les Italo-Américains deviennent Arabo-Allemands ; Tony Soprano devient Toni, un parrain qui veut en finir avec le milieu du crime organisé, et qui peut avoir tendance à se fâcher même s’il reste bien plus droit que le héros de Chase ; le cousin Christopher Moltisanti, drogué et jeune ayant tendance à s’énerver facilement, avec une fiancée un peu superficielle et plutôt sexy, devient le frère de Toni ; du Bada Bing coloré de Tony Soprano à la boite de strip-tease et gogo-danseuses de Toni elle aussi plongée dans une lumière colorée, il n’y a qu’un pas ; et ainsi de suite… Les similitudes sont tellement énormes que « l’inspiration lointaine » n’est pas crédible. De l’enjeu de la taupe – ici un flic infiltré – à celle des rivalités familiales en passant par les problèmes de racisme que supportent les gangsters arabes – de la part de la police et d’autres – et qu’ils cultivent aussi – face au clan turc par exemple –, tout a déjà hélas été raconté ailleurs par Chase ou Simon. Nuançons maintenant en notant l’intérêt de la quête d’une vie tranquille de businessman de la part de Toni, qui, avec sa femme, veut obtenir des passeports allemands. Ou encore l’amour fou de Toni – digne de Montana ici – pour sa fille, qu’il est prêt à protéger jusqu’au bout, au point de menacer son frère. Si on note ainsi quelques nouveautés, « originalités » dira-t-on vite, le show reste hélas avare en nouveautés, que ce soit scénaristiquement ou formellement.

« Tout va très vite à la télévision. »

– Jennifer Getzinger, à propos de la tendance du rythme télévisuel

dans la série documentaire The Art of Television

Visuellement, le show tendrait à se rapprocher du pluri-style naturaliste-existentiel de la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn, et du visuel documentaire de Paul Greengrass (Bloody Sunday, Jason Bourne). Nous avons ainsi affaire à différentes formes visuelles plus ou moins maîtrisées, et surtout collées les unes aux autres sans véritable cohérence ou recherche de glissement. La construction spatiale de l’action – du mouvement dans l’espace – est en berne. Pour la partie « mystique », très faible, Kren a bien travaillé. Concernant la partie plus documentaire, il est utile et drôle de vous dire que le rédacteur de cet article a eu pour la première fois la nausée face la construction épileptique et non cohérente des scènes d’action et même beaucoup du quotidien. L’évanouissement a été évité de peu. Mais le mal de crâne a su tout de même s’installer.

Le travail sonore s’en est chargé. Tout le show est habité par de la musique. Aucun moment de silence, ou de moment où l’on aurait juste le son diégétique d’une scène calme ou même de rue. 4 Blocks va vous faire écouter du rap, de la musique typiquement orientale – on le suppose –, techno, bande-son d’action stéréotypée, et composition évoquant la noirceur existentielle de ce microcosmos  inspirée – un peu, beaucoup, à la folie – par la musique du film Sicario composée par Johann Johannsson. Il ne s’agit pas ici de faire un reproche à la présence de tel ou tel son, mais de constater une surprésence musicale, ainsi qu’un mixage qui manque – à l’image des différents styles visuels – de glissements.

« Il était important que la série ait un accent authentique. »

– Marvin Kren, lors de la rencontre post-projection –

Malgré tout, 4 Blocks possède un bel atout : son casting. De l’interprète de Toni, formidable de justesse à Frederick Lau (révélation de Victoria – ci à droite), génial de charisme dans le rôle de l’infiltré, les acteurs assurent le travail. Des acteurs qui ne sont apparemment pas tous professionnels, comme l’a expliqué Marvin Kren lors de la rencontre post-projection. Leur participation, comme l’a affirmé le réalisateur, participe au réalisme de la série. Cependant, s’ils sont bons et mêmes très bons au point qu’on ne perçoive pas le fait qu’ils soient des amateurs, ces derniers participent davantage à la mise en place du genre gangsters de la série qu’au réalisme.

Enfin, on notera que l’épisode 2 avait un montage plus abouti que le premier, une réalisation mieux maîtrisée, même si le show garde un rythme rapide dans son récit – qui prend quelques petites tournures intéressantes –, et reste sur-habité par la musique.

 4 Blocks : Fiche Technique

Réalisateur & auteur : Marvin Kren
Scénaristes : Marvin Kren, Hanno Hackfort, Bob Konrad, Richard Kroph
Interprétation : Kida Kodhr Ramadan, Veysel Gelin, Frederick Lau, Almila Bagriacik, Karolina Lodyga, Maryam Zaree
Compositeurs : Stefan Will, Marco Dreckkötter
Producteurs exécutifs : Anke Greifeneder, Quirin Berg
Production : Wiedemann & Berg Television
Distributeur : Turner
Diffuseur : TNT Serie (Allemagne)

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