À voix haute, la force de la parole, un film de Stéphane de Freitas et Ladj Ly : Critique

À voix haute, La force de la parole, ou le portrait de cette jeunesse parfois méprisée qui cherche à prendre la parole pour prouver qu’elle existe.

Synopsis : Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours « Eloquentia », qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 ». Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes.

Initialement diffusé à la télévision sur France 2, À voix haute a connu un succès retentissant. Personne ne voyait arriver un aussi grand enthousiasme, si bien que le film a connu une longue période de replay sur le site internet de la chaîne.

Une fois le documentaire terminé, on ne peut que se rendre à l’évidence que À voix haute met du baume au cœur et s’avère empli d’espoir. Le film de Stéphane de Freitas et Ladj Ly est un moment hors du temps qui nous procure un plaisir immense. Par son sujet passionnant et des étudiants passionnés, À voix haute se grave dans nos mémoires et les voix de cette jeunesse trop souvent méprisée résonnent en nous.
Avec À voix haute nous est dressé ce magnifique portrait qu’est celui de la jeunesse de Saint-Denis qui cherche à prouver qu’elle existe, qui cherche à prouver qu’elle aussi peut prendre part au débat, exprimer des idées, et surpasser bon nombre d’orateurs que l’on nous vend dans les médias. À voix haute est un combat constant contre le silence, un désir de se faire entendre, le souhait de se faire une place, le plaisir de la réussite.

L’œil de Stéphane de Freitas est intimiste. On se glisse dans la vie de ces étudiants, au passé et au parcours différents, mais investis de la même façon dans le concours Éloquentia. Alors que certains voient dans la parole le moyen de lutter ou de se défendre, d’autres s’en servent pour vaincre une timidité pesante. Chaque étudiant est habité, aux convictions dessinées, et le réalisateur nous en fait merveilleusement part.
Le schéma est simple mais fonctionne parfaitement. À voix haute est un compte à rebours. 30 jours avant le concours Eloquentia, jusque la date fatidique, celle tant attendue par les dionysiens. Découvrir la multitude de cours suivis par les étudiants est plus que passionnant. Certes, il y a les cours d’éloquence, menés d’une main de maître par Bertrand Perier, mais viennent se greffer des cours d’expression scénique, de théâtre. Les élèves s’essaient même au slam. En tant que spectateur, on se passionne pour le parcours de chacun des élèves, même s’ils ne sont pas tous mis en avant de la même manière.

Toutefois, la version cinématographique de À voix haute est un brin moins puissante que celle télévisuelle. En effet, cette dernière, d’une durée plus courte, s’avère plus puissante. On s’appesantit plus sur le concours en lui-même, sur les progressions corporelles et vocales de chaque étudiant. Dans la version cinématographique, les portraits des étudiants, que ce soit au sein de leur familles, dans leur cité et dans des endroits qui leur sont chers, prennent trop le pas sur le sujet même du documentaire qu’est le concours Eloquentia.
L’ultime chapitre, qu’est celui de la finale du concours, aurait gagné en puissance s’il avait été moins pollué par les focalisations sur la vie des étudiants finalistes. Cependant, il aurait été bien moins intéressant si cette dimension avait été délaissée. Outre l’empathie que l’on éprouve pour chaque personne, on perçoit les motivations de chacun, ce qui est un excellent atout en terme de compréhension et de crédibilité du documentaire.

Il est également important de souligner le travail du hors champ. Le son est minutieusement travaillé, et s’accorde parfaitement avec l’exercice de la prise de parole. Le montage est également une belle réussite. Les discours déclamés nous parviennent magnifiés. On ressent toute la puissance, toute la vie que les participants au concours mettent dans leur discours. De quoi nous estomaquer jusqu’à la dernière minute.

Avec À voix haute, La force de la parole, Stéphane de Freitas et Ladj Ly signent un des plus beaux documentaires de ce début d’année qui saura tenir le spectateur en haleine jusqu’aux dernières minutes. Un documentaire à voir d’urgence, pour le plaisir des oreilles et du cœur.

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À voix haute, la force de la parole : Bande-annonce

À voix haute, la force de la parole : Fiche technique

Réalisateurs : Stéphane de Freitas, Ladj Ly
Scénario : Marc de Chauveron, Guy Laurent
Photographie : Ladj Ly, Timothée Hilst
Musique : Superpoze
Montage : Jessica Menendez, Pierre Herbourg
Producteurs : Harry Tordjman, Anna Tordjman
Production : My Box Production
Distribution : Mars Films
Durée : 99 min
Genre : Documentaire
Date de sortie : 12 avril 2017

France – 2017

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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