Les initiés, un film de John Trengove : critique

Les initiés, le premier film du Sud Africain John Trengove cache en fait une tragique histoire d’amour. Entre traditions machistes et secrets inavouables, la romance choc de ce début d’année.

Synopsis : Afrique du sud, montagnes du Cap Oriental. Comme tous les ans, Xolani, ouvrier solitaire, participe avec d’autres hommes de sa communauté aux cérémonies rituelles d’initiation d’une dizaine d’adolescents. L’un d’eux, venu de Johannesburg, découvre un secret précieusement gardé… Toute l’existence de Xolani menace alors de basculer. 

A Queenstown en Afrique du Sud, Xolani, jeune homme taciturne, vit seul et travaille dur. Tous les ans, il part dans les montagnes pour devenir instructeur comme ses amis, le temps d’un rite ancien où des jeunes Africains sont confiés à eux pour devenir des hommes. Premier pas de ce rituel au cœur de la nature : la circoncision. La scène, si elle ne montre rien de frontal, donne le ton. Chez les anciens respectueux des traditions, l’homme doit être viril et capable de perpétuer le nom de la famille. L’initié de Xolani est comme lui lors de son initiation des années plus tôt, mis à l’écart car jugé différent.

Si le récit débute comme un de ces nombreux films d’initiations, il cache en fait une tragique histoire d’amour. Si Xolani refuse de partir comme tant d’autres pour Johannesburg malgré son éducation et ses bons résultats scolaires, c’est qu’il tient à revoir son ami Javi. Grand, musclé et modèle de masculinité parmi les instructeurs, Javi n’en cache pas moins aux autres sa vraie nature. Seul Xolani connaît son secret.

John-Trengove-Nakahne-ToureL’auteur dévoile son thème, l’homosexualité, à travers une histoire parsemée dans les deux premiers actes d’actes fugitifs et bestiaux. Deux sensibilités s’affrontent : le taciturne et morose Xolani et le faussement puissant Javi. La caméra filme au plus près des corps et des regards le jeu du chat et de la souris.

Si l’histoire d’amour homosexuel sur fond de rites initiatiques africains machistes et archaïques évite habilement les faux pas et clichés, l’équilibre entre les trois personnages principaux n’est pas pour autant exempt de défauts. L’amour aveugle que Xolani nourrit pour son ami Javi se heurte au rapport conflictuel qui anime ce dernier. Leurs relations sexuelles brèves et brutales montrent le rapport de force qui s’exprime entre eux. Javi assouvit ses pulsions avec son ami qui est lui prêt à tout accepter pour un moment partagé. La pression de leur entourage et leur désir de cacher cette relation interdite est également bien exprimée. C’est en amenant dans cette liaison le jeune initié sous la garde de Xolani, que le réalisateur ajoute une menace non pas superflue, mais manquant de finesse. Si le jeune acteur joue bien son rôle, son personnage, lui, est trop en retrait pour se démarquer et n’être autre chose qu’un faire-valoir. La scène où il passe enfin aux yeux des autres pour un homme est elle aussi anecdotique, de même que la brève introduction de personnages blancs ne servant au final absolument à rien. A ces quelques défauts se greffe un final un peu too much où la violence exprimée n’ajoute rien à la force du drame. Au final, Les initiés (The wound en anglais, bien plus adapté au thème du film exprimant la blessure psychologique due à cet amour interdit) est un bon film sur un sujet casse gueule. Les acteurs sont parfaits, mentions spéciales à Bongile Mantsai (Javi) touchant en macho cachant son vrai visage pour s’épanouir auprès des siens et surtout à Nakhané Touré (Xolani) impressionnant de retenue dont le moindre regard exprime toute la tristesse d’une âme qui refuse de partir pour un avenir meilleur par amour.

Pour un premier film, on ne peut que saluer le courage de John Trentgove et son habileté à dresser le portrait touchant de deux hommes blessés face à une société attachée à des traditions d’un autre âge.

[irp]

Les initiés : Bande-annonce

Les initiés : Fiche Technique

Réalisateur : John Trengove
Scénariste : John Trengove, Thando Mgqolozana, Malusi Bengu
Interprètes : Nakhane Touré, Bongile Mantsai, Niza Jay Ncoyini…
Compositeur : Joao Orecchia
Genre : Drame
Distribution : Pyramide Distribution
Durée : (1h 28min)
Date de sortie : 19 avril 2017

Nationalités : sud-africain, allemand, français

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Olivier Pastorino
Olivier Pastorinohttps://www.lemagducine.fr/
Auteur du recueil de nouvelles "Nouvelles des Morts" aux éditions Edilivre et du livre de science fiction "Avant la Fin". Féru de Cinéma, de littérature et de Rock.

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.