Séries Mania : Rencontre avec Damon Lindelof (Lost, The Leftovers…)

Rencontre au sommet ce samedi 15 avril au festival Series Mania 2017 avec la masterclass de Damon Lindelof, scénariste-showrunner-auteur (re)connu pour Lost et The Leftovers.

Ce samedi 15 avril, le président du jury de la 8ème édition du festival Séries Mania est venu répondre aux questions d’Olivier Joyard (Les Inrocks) et du public. Une masterclass qui est revenue sur l’enfance du créatif, ses débuts professionnels, Lost et The Leftovers.

Premiers émois avec le petit écran :

« J’étais sévèrement négligé, répond Damon Lindelof blagueur, du coup la télévision était mon baby-sitter. »

Scénariste, un rêve d’enfant :

« J’ai toujours aimé raconter des histoires. J’étais un menteur pathologique (…) La vie n’était pas très belle, du coup, je l’ai embellie. »

Les premiers shows télévisuels qui l’ont marqué :

MASH, L’Incroyable Hulk, Shérif, fais-moi peur !, Twin Peaks… « Je pouvais voir à travers une fenêtre qui donnait sur le monde adulte. C’était un peu effrayant, inapproprié. (…) Plusieurs shows m’ont fait dire : je veux faire ça (ou) pourquoi ça n’arrive pas dans la réalité ? »

Lindelof, étudiant-scénariste :

« Je suis allé à l’école du film à New-York où il y avait un programme d’écriture pour la télévision. (…) La télévision n’était pas encore considérée comme un art (…) puis je suis allé à Los Angeles où la vraie renaissance m’attendait. (…) J’ai dû comprendre l’industrie en elle-même. (…) J’ai vu Les Soprano, c’était le début de quelque chose de gros. »

Wasteland (1999), sa première expérience en tant que scénariste :

« Ça a été ma première expérience dans la salle des scénaristes. (…) J’étais juste : ‘’je veux faire ça le reste de ma vie’’ (…) mais ça a été annulé après deux épisodes (après son arrivée). J’ai été promu et viré dans un lapse de temps de six semaines. »

« La 1ère année est la plus difficile car on apprend au show comment marcher, comment fonctionner. »

– Damon Lindelof –

Débarquement sur Lost, prémices et pilote :

Damon Lindelof travaillait sur Crossing Jordan lorsqu’il lui a été proposé de rencontrer J.J. Abrams. Grand fan d’Alias, il espérait travailler sur cette série mais : « bonne nouvelle, je rencontre J.J. ; mauvaise nouvelle, ce n’est pas pour Alias ».

En effet, Abrams lui propose de retravailler le pilote d’un « stupide show de crash d’avion », commandé par le président  d’ABC. « À la base, l’avion se crashait et on se retrouvait six mois plus tard, avec six personnages (…) comment rendre ça dramatique ? », dit-il.

Lost, explique-t-il, c’est « 65 pour 100 sur l’île, 35 sur les personnages et leur vie avant le crash ». Justement, J.J. Abrams demande : « Et quoi à propos de l’île ? Elle doit être vraiment bizarre ». Aussi le jeune prodige J.J. voulait un crash spectaculaire, mais Lindelof ne pensait pas qu’ils allaient pouvoir le faire. C’était sans compter sur la détermination d’Abrams : « Ils veulent faire le show, pas nous, alors ils paieront ».

« Les personnages doivent conduire l’histoire, pas l’inverse. »

– Damon Lindelof –

Dans la version d’avant-tournage, le héros Jack mourrait à la fin du pilote. Lindelof se remémore à nouveau des propos de J.J. Abrams : « Il meurt et tout le monde est baisé ». La production leur a donné un autre conseil : « Si vous faites cela, les spectateurs n’auront plus confiance ».

« Le processus de casting a participé au processus d’écriture », explique Lindelof. Il a fallu « 31 semaines pour tout terminer (…) c’était essentiellement un gros film ». Entre temps, le responsable de ABC est remplacé, et si le pilote ne reçoit que des avis positifs de la part des grands pontes, le responsable déclare à l’équipe : « C’est super mais nous n’allons pas le sortir ». J.J. Abrams aurait alors dit : « Oh cool on a fait le pilote le plus cher de la télévision ».

Finalement, le même responsable leur déclare peu après : « Vous entrez en production dans six semaines ». Pendant la production, J.J. doit quitter le projet pour coécrire et réaliser de Mission : Impossible III. Lindelof devient alors responsable du show, qu’il essaye de quitter après 6 épisodes. Il recevra de l’aide et reste alors à son poste.

« Je pense que la peur est une émotion incroyablement forte. Ce n’est pas l’expérience la plus plaisante mais c’est nécessaire. On doit aller à travers ses vagues. (..) La peur a commencé à grandir quand c’est devenu un succès. »

– Damon Lindelof –

Lost, la série phénomène :

« (J.J.) voulait que le show soit ressenti comme un film tout en sachant que c’était pour la télévision ».

« Qu’importe ce que les gens pensent de la série dans son ensemble ou de sa fin, je pense que c’est un miracle d’avoir été capable de durer autant », déclare Lindelof. « Je pense que le regret n’est pas quelque chose sur lequel il faut se concentrer. Il faut se pardonner. Avec la vitesse de production de Lost, des erreurs ont été commises oui. »

Damon Lindelof recevra hélas beaucoup de retours violents de la part de fans sur la fin de Lost, malgré le fait qu’elle ait été saluée et récompensée : « ça m’a dévasté (…) je les avais trahis (alors que) je ne les connaissais pas (…) ça a été une année difficile ». Il a alors « décidé de devenir arrogant (…) de ne pas être désolé pour ce qu’on a fait. »

Le mystère et les femmes enfantant seules :

« Un show mystérieux doit avoir une résolution (cependant) un mystère de plus en plus fort est plus intéressant que la découverte. » Sur Lost, « on nous a dit (concernant la fin) : ne faites pas un Twin Peaks ». J.J. a dit : « Je serait content si on faisait un Twin Peaks », la série ayant bouleversé le monde télévisuel, pourquoi ne pourraient-ils pas s’en inspirer ?

À propos des femmes portant la vie : « c’est très Alien pour un homme. Notre physiologie est très différente (…) il y a quelque chose de choquant, par des moyens extraordinaires ». L’idée que Shaw dans Prometheus (2012, Ridley Scott) – dont il a été le scénariste, d’après un premier script de Jon Spaihts – soit enfanté d’un alien par son compagnon plutôt que par un élément extra-terrestre, vient de lui. Il trouvait cela plus intéressant.

« L’idée de séparer le show de ce qu’on veut qu’il soit, de laisser le show être ce qu’il est, est difficile »

– Damon Lindelof, à propos des spectateurs de série

Sur The Leftovers

« Lost était mené par le narratif. The Leftovers est plus de l’ordre du ressentir. » Il revient sur son rapport à la mort : « Je ne suis pas sûr de ce en quoi je crois (…) de ce qui arrive quand on meurt (…) mais ça m’a toujours intéressé. J’aurais aimé être religieux. »

Lindelof explique aussi aimer ce qui n’est pas linéaire. Le découverte de Pulp Fiction l’a touché en cela. Il pense que notre esprit est devenu assez sophistiqué pour pouvoir expérimenter de telles constructions narratives.

Avec The Leftovers, « je continue d’expérimenter. Quand je me sens en sécurité, je m’ennuie. Quand je suis en danger, je suis excité. »

À noter que Lindelof quitta le milieu du cinéma parce qu’il ne se trouvait « pas assez bon en tant que scénariste de film ». Aussi le développement des relations humaines lui semble plus propice à la télévision.

La saison 3 de The Leftovers a été dévoilée à Séries Mania. Celle-ci marquera d’ailleurs la fin de la série développée chez HBO.

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