Dans l’espace personne ne vous entendra crier. Plus de 38 ans après le premier opus, Ridley Scott reprend la main sur l’univers Alien, après son peu convaincant Prometheus. Alien : Covenant ne répond aucunement au grand retour que les fans espéraient et s’avère être une oeuvre décevante, affaiblie par l’ego de son réalisateur.
Réconcilier les fans de la saga avec l’univers d’Alien. Tel était l’objectif de Alien : Covenant. Après le décevant Prometheus, Ridley Scott devait se réapproprier sa création tout en faisant le pont entre le prequel et le premier film. Dans ce ton, Alien : Covenant reprend les thématiques métaphysiques au cœur de Prometheus tout en se structurant sur la recette bien ficelée de la tétralogie. Ridley Scott déclarait vouloir livrer cette recette pour les cinéastes futurs à travers Alien : Covenant, mais pourtant les ficelles de la saga n’avaient pas besoin de plus de pellicules pour être connues de tous, surtout pas après cinq films et deux spin-offs. Le long-métrage de Ridley Scott apparaît donc comme une œuvre semi-ratée symptomatique d’un auteur qui n’arrive pas à abandonner sa création.
Tout commence pourtant très bien. La scène d’ouverture confrontant l’androïde David et son créature est un pur plaisir esthétique soulignant le talent pictural de Ridley Scott. La première partie du film sera à cette image, enchaînant de très beaux tableaux à la fois à l’intérieur du vaisseau ou à l’arrivée de l’équipage sur la mystérieuse planète. Ridley Scott applique encore et toujours un grand soin à la composition de ces plans, replaçant le réalisateur comme peintre d’une grande fresque de science-fiction. Le génie de sa mise en scène s’arrêtera là. A travers sa caméra, Ridley Scott n’arrive plus à instaurer une peur face au spectateur et peine à créer une sensation d’urgence lors des séquences d’action. La patte scotienne s’efface derrière un traitement de studio extrêmement classique. En somme, le film ne fait pas peur. Un comble pour une saga qui s’est fondée sur la terreur des spectateurs que personne ne peut entendre crier.
Frankenstein ou le Prométhée moderne
Le principal défaut du film est la mythologie que Ridley Scott s’efforce de développer. Aux premiers abords, on ne peut reprocher à une saga de se réinventer. De plus, la tétralogie Alien a été une succession de nouvelles visions sur un même produit brut. Malheureusement Alien : Covenant reprend le modèle des autres films pour rien n’y ajouter de transcendant. Le xénomorphe, figure emblématique du cinéma d’horreur, n’est aussi qu’une bête secondaire présente que pour diminuer l’effectif de l’équipe. Iconiques à aucun moment, les apparitions de la créature n’ont aucune saveur et apparaissent comme une suite d’exécutions mécaniques. Dans la lignée de Prometheus, Ridley Scott tente de répondre à des questions que personne ne se posait à part lui. Les révélations de la création du xénomorphe n’auront que pour but de démystifier une créature, adorée pour son aspect mystérieux et littéralement extra-terrestre. Dévoiler les origines bancales du monstre revient à déconstruire son mythe. Ridley Scott souffre du symptôme Georges Lucas : celui de l’auteur maudit dépassé par son oeuvre. De ce fait, Alien : Covenant fait le portrait d’un réalisateur à l’ego si grand qu’il n’accepte pas l’idée que l’enfant qu’il a crée ne lui appartient plus totalement.
Alien est finalement l’androïde de Ridley Scott. Un androïde qui ne demande qu’à s’émanciper de son dieu. Tout le propos autour de la colonie et l’avenir de l’humanité développé par le personnage de David reflète toute la dualité que doit affronter le réalisateur. Ridley Scott se retrouve face à deux options : choisir d’abandonner son enfant à d’autres sans le saccager d’avantage ou persister à développer une vision qui n’a plus le droit à une seconde chance. D’ailleurs, Alien : Covenant est parsemé de réflexions autour du concept de création et divinité, malheureusement toutes ces pensées peinent à s’inscrire solidement dans la trame narrative du film. La dernière partie ne se retrouve être qu’une séquence d’action vue et revue, au lieu de l’aboutissement des intentions métaphysiques du film. Le long-métrage n’est pas aidé par une ribambelle de personnages oubliables et peu charismatiques. L’équipage ne fait que poursuivre des décisions toutes plus incohérentes les unes entre les autres. Seuls les androïdes sont développés et offrent les rares dialogues intéressants.
Le vrai méchant du film c’est David. Peut-être que tout comme lui, Ridley Scott doit accepter de laisser voguer sa colonie dans l’espace, avec le risque qu’elle soit dévorée par des xénomorphes plus malveillants que lui.
Alien : Convenant – Bande-annonce
Alien : Covenant : Fiche technique
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Michael Green, John Logan et Jack Paglen
Interprétation : Michael Fassbender (David, Walter), Katherine Waterston (Daniels), Billy Crudup (Oram), Danny McBride (Tennessee), Demian Bichir (Lope), Jussie Smollett (Ricks), Amy Seimet (Faris), Callie Hernandez (Upworth)
Photographie : Darius Wolski
Chef monteur : Pietro Scalia
Compositeur : Jed Kurzel
Chef décorateur : Victor J.Zolfo
Chef costumier : Janty Yates
Producteurs : David Giler, Walter Hill, Mark Huffam, Michael Schaefer et Ridley Scott
Production : Brandywine Productions, Scott Free Productions et TSG Entertainment
Société de distribution : 20th Century Fox
Genre : Horreur, Science-fiction
Durée : 122 minutes
Date de sortie : 10 mai 2017
France – 2017
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4 ans, premier amour, c’est aussi une histoire intergénérationnelle. La relation parent/enfant y est particulièrement présente. La crédulité de la mère d’Alex face à l’évolution de ce dernier est un passage nécessaire. En effet, elle permet de rendre compte du fossé entre ces deux générations : l’une dans l’ignorance et l’autre dans la découverte de l’inconnu. Mais ce passage est-il inéluctable ? Andrei Zaitsev semble avoir voulu insister dans ce film, sur le manque de communication qui existe durant cette période qu’est l’adolescence. Une thématique particulièrement touchante et traitée avec une grande simplicité.
A peine remis de l’échec cuisant de La Tour 2 Contrôle Infernale, Eric Judor repasse derrière la caméra et imagine une autre comédie aux antipodes de la crétinerie déraisonnée qui le fit connaitre il y a déjà plus de vingt ans. Son choix de s’attaquer à un phénomène de société semble même entériner cet effort de maturité qu’il avait entrepris dans l’écriture autofictionnelle de sa série Platane. Le sujet en question est celui des zadistes, ces militants écolo et anticapitalistes qui squattent des zones de construction controversés. Pour cela, il s’imagine dans le rôle d’un bobo parisien dont on partage le point de vue pour découvrir la radicalité de ces rebelles. Grâce à une écriture où chaque personnage mène sa caricature à son paroxysme et où chaque dialogue est pensé comme une bonne vanne, cette introduction aux convictions et aux pratiques des personnages est tout simplement hilarante. Comme à son habitude, Blanche Gardin (également co-scénariste du film) est parfaite dans son interprétation mêlant ingénuité et exubérance. Parmi les pistes prises par ce début de scénario, on pourra regretter ce qu’implique la sous-intrigue à la Lolita consécutive au fait d’avoir donné 16 ans à l’aguichante bécasse de service. Hormis ce léger détail vainement politiquement incorrect, la première partie du film se déroule de façon assez classique mais offre des répliques croustillantes.
d’autre choix que de créer leurs propres règles. Ce nouveau point de départ permet au réalisateur humoriste de débuter toute une série de situations, parfois ubuesques mais qui font à chaque fois sens, autour de la difficulté de s’organiser de façon collective et en particulier entre personnes qui n’ont comme point commun que le rejet des normes. L’hypocrisie et les contradictions de leurs beaux discours se révèlent flagrantes quand les injustices autrefois farouchement dénoncées deviennent à présent admises et que les conflits internes prennent le pas sur les efforts de vivre-ensemble. Ces excellentes intentions à la portée hautement philosophiques se heurteront toutefois à certaines divagations et incohérences propres à l’esprit exubérant d’Eric Judor et surtout au fait qu’il ne sache pas comment conclure son film.
Deux oppositions se malmènent jusqu’à ce que l’une intente un procès pour diffamation à l’autre. La rationnelle Rachel Weisz pour qui l’empathie est directe, professeure impliquée en études juives (
Malgré une photographie satinée, jouant sur les intérieurs chaleureux, d’autres efforts sont trop visibles. La Cour d’assises est baignée d’une lumière claire quasi-divine magnifiant le tableau et des stéréotypes d’écriture viennent polluer la mise en scène qui n’a rien de réellement originale. Citons le rôle des journalistes tantôt hyènes tantôt fascinateurs qui sont relayés sur le banc des interrogations (scène de la conférence de presse finale), ou encore la prise de parole introductive de Rachel Weisz (il faut admettre qu’il est difficile de lui accoler un autre nom tant l’actrice transpire l’Actor Studio, mais ce n’est pas un reproche) en amphi devant des étudiants avant d’être alpaguée par Timothy Spall, le meeting en salle de réunion des avocats très « 


aspects. C’est formidable les histoires ! C’est la nourriture de l’âme et une vraie nécessité dans notre monde… Donc une priorité viscérale pour moi !





Au-delà de son caractère croustillant et de son histoire de la naissance des tabloïds, le documentaire de Clara et Julia Kuperberg vient de nouveau apporter un éclairage bienvenu sur le cinéma comme industrie, sur la puissance des studios et l’éternelle machine à stars que le cinéma représente aussi. A l’heure où


end le contre-pied du genre hollywoodien. En revanche, les frissons et l’angoisse sont au rendez-vous puisque le spectateur finit par être au supplice, emmuré six pieds sous terre avec le personnage, et on suffoque, et on compte ce qu’il reste en sa possession pour se raccrocher au monde extérieur tandis que ses chances de s’en sortir s’amenuisent. Un fort suspense et une grande tension dramatique se dégagent du film, grâce à des éléments pourtant anodins : la jauge de batterie d’un téléphone, une radio, deux bouteilles d’eau, un morceau de gâteau et une poignée de croquettes pour chien. Ce minimalisme radical, qui évite aussi les effets d’emphase et les moments de tragédie larmoyante, rendent Tunnel assez implacable dans son mécanisme narratif. On notera à titre anecdotique la présence d’un carlin, hérité d’une autre victime de l’éboulement qui n’a pas survécu : l’idée d’appliquer les codes du survival à un chien fonctionne étonnement et fait naître en nous une certaine tendresse envers l’animal.
euses et révoltantes qui dressent un constat peu flatteur pour la Corée du Sud. Mais plutôt que d’adopter un ton grave, moralisateur ou engagé, le cinéaste désamorce l’importance de ce qu’il dénonce avec un humour permanent. A la fois très farcesque dans les situations qu’il dépeint et dans le jeu de ses acteurs, mais aussi très noir dans certaines de ses répliques, Tunnel mélange le drame à la satire sociale pour en réalité montrer comment les rouages politiques, administratifs et économiques de toute une nation peuvent s’avérer criminels. Cet aspect peu parfois s’avérer déroutant car on quitte la détresse du héros pour rire d’un gag idiot ou se moquer des personnages secondaires, oubliant presque le drame qui se joue sous terre, ce qui nous pousse à nous interroger sur notre degré de compassion et d’implication : comment peut-on s’amuser pendant qu’un homme agonise sous nos pieds ? C’est là tout le paradoxe et la complexité de la nature humaine et c’est ce que cherche à dévoiler le réalisateur, en nous mettant en face de nous-mêmes. Les choix et les décisions qui incombent à chacun deviennent alors cruciaux et s’imposent comme des miroirs qui reflètent toutes les sociétés, toutes les cultures et tous les gens. En prenant des héros ordinaires, en mettant en scène des messieurs et mesdames tout-le-monde, Tunnel nous pousse dans nos retranchements et nous pose en acteurs : et nous, qu’aurions-nous fait ?