Présenté en Compétition Internationale, Le Musée des Merveilles (Wonderstruck) sonne comme le retour de Todd Haynes sur la Croisette, deux ans après Carol. Il signe une ode à l’enfance spielbergienne maîtrisée, quoiqu’en manque d’étoffe mais dont la sensibilité pourrait faire mouche parmi les festivaliers.
Synopsis : Ben et Rose souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère (Michelle Williams) l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Après avoir marqué les esprits avec Carol en 2015, obtenant un Prix d’Interprétation à Cannes pour Rooney Mara et nommé à six reprises aux Oscars, Todd Haynes retrouve les marches du Palais des Festivals avec Wonderstruck, l’adaptation du roman de Brian Selznick, à qui l’on doit déjà L’Invention de Hugo Cabret. Au visionnage du film, on ne pourra donc pas être étonné de retrouver les mêmes thématiques qui jalonnaient le film de Martin Scorsese. A cinquante ans d’écart, on découvre le parcours de deux enfants, liés par une surdité commune. Todd Haynes partage son amour du cinéma d’autrefois et concilie le noir et blanc du muet au film parlant pop pour créer une œuvre hybride d’une sensibilité à toute épreuve. Plus encore, Todd Haynes semble avoir été aussi émerveillé par le cinéma de Spielberg, celui qui célèbre l’enfance à travers l’ensemble des films qu’il a réalisés ou produits, d’E.T aux Goonies en passant par Hook. Wonderstruck offre ainsi une double aventure infantile dont la symétrie troublante de deux temporalités différentes apporte son lot de fraîcheur à un genre qui n’avait plus retrouvé la grâce spielbergienne depuis longtemps.
Mais c’est véritablement dans le traitement que le style Haynes se fait ressentir, et plus maîtrisé que jamais. La mise en scène révéle le talent du cinéaste pour les plans académiques mais sophistiqués. Véritable amoureux des époques révolues du cinéma, Todd Haynes s’attache à transmettre la magie de l’âge d’or du cinéma hollywoodien en l’insérant dans notre époque, comme ont su le faire Hugo Cabret et The Artist en leurs temps. D’un premier univers sublimé par le jeu un poil poussif des acteurs, au second prenant place dans le New-York des années 70, en pleine émergence pop et funky, Todd Haynes traite ces deux époques avec le style et la justesse qu’il convient. Par ailleurs, le son semble avoir bénéficié d’un traitement tout particulier puisque les transitions entre les époques muettes et parlantes ainsi que la composition musicale apportent une plus-value indéniable à la poésie du film.
On pourra sans difficulté reprocher à Wonderstruck un manque de panache, des dialogues enfantins qui ne volent pas bien hauts, quelques effets désuets (le générique d’ouverture), un suspense artificiel et une naïveté qui fera parfois lever les yeux au ciel mais Todd Haynes assume cette naïveté et il faut bien dire qu’elle s’avère réconfortante dans une sélection cannoise qui privilégie année après année les films sociaux âpres et rudes (cf. Loveless, vu la veille). Difficile de nier que le film saura toucher l’âme d’enfant qui sommeille dans chaque festivalier. Si Wonderstruck fonctionne donc à plusieurs niveaux, difficile néanmoins de croire qu’il puisse être de taille face aux autres morceaux attendus de la compétition, mais rien n’est encore joué.
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[COMPETITION INTERNATIONALE] Le Musée des Merveilles (Wonderstruck)
Un film de Todd Haynes
Avec Julianne Moore, Oakes Fegley, Millicent Simmonds
Distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 117 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 15 novembre 2017
Etats-Unis – 2017
Wonderstruck : Bande-annonce
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Cette année, Homeland, la série à suspense, reine du cliffhanger et de l’action, commence étonnement sobrement. Si les premiers épisodes paraissent laborieux et un peu lents, ils servent à poser les bases de cette sixième saison. Une nouvelle saison en slow burner qui instaure progressivement ce climat de paranoïa et de malaise qui va persister jusqu’à la fin. Se détachant, au début du moins, du thriller, la saison 6 d’Homeland ressemble plus à un drame, se focalisant sur ses personnages.
Si Claire Danes n’avait plus rien à prouver quant à sa qualité d’actrice, elle arrive encore à nous surprendre avec sa prestation, cette fois tout en retenue, montrant Carrie sous un nouveau jour. Habitué à la voir à travers sa bipolarité et ses troubles psychologiques, on lui découvre une nouvelle facette. Grandie, Carrie prend son rôle de mère très à cœur, et la saison se concentre surtout sur sa relation avec sa jeune fille, Frannie, qu’elle avait eu avec Brody. Carrie n’est pas la seule à avoir changé, Quinn aussi, revenu d’entre les morts, n’a plus rien à voir avec l’agent de la CIA mutique et imprévisible qu’il était auparavant. Souffrant du syndrome post traumatique et étant physiquement handicapé suite aux évènements de la saison 5, Quinn est méconnaissable. Si son personnage souffre de quelques lourdeurs en début de saison, il gagne par la suite en subtilité et en profondeur. Un personnage tout en souffrance qui crève l’écran grâce à la sublime performance de son interprète, Rupert Friend. Cette nouvelle saison est plus dans le drame psychologique donc, mais Homeland nous prouve encore une fois qu’elle peut se la jouer 24 heures chrono quand elle le souhaite et réussit alors à équilibrer avec justesse drame et suspense.
Le rythme allant crescendo, l’intrigue commence par prendre son temps avant de s’accélérer jusqu’au choc du dernier épisode, un twist final qui donne au spectateur l’envie de voir la suite, un regain d’enthousiasme qui a parfois manqué à Homeland par le passé. Cette saison 6 signe clairement un basculement dans la série, on sent le dernier chapitre se dessiner (Homeland est supposée s’arrêter à la fin de sa huitième saison). Une fin qui revient pourtant aux sources, à l’époque où la menace venait de l’intérieur. Ici elle se situe bien aux États-Unis et elle assaille Carrie de tous les côtés. La saison 6 est d’ailleurs probablement la saison la plus dans l’actualité. L’intrigue prenant place après les élections, juste avant que la présidente élue prenne officiellement le pouvoir, on aurait pu croire qu’Homeland avait raté le coche, en s’imaginant trop vite la victoire d’Hillary Clinton. Pourtant l’évolution de la Présidente élue, sa décente vers la paranoïa et son goût pour le pouvoir dont elle finira vite par abuser, fait rapidement écho à la situation américaine actuelle. Si on regrette que l’histoire de Sekou Bah avec l’affaire de la propagande terroriste et de son procès n’ait pas été traitée plus en profondeur, Homeland a su débattre intelligemment tout au long de la saison du sujet des fake news et de la manipulation d’opinion ainsi que des relations politiques au sein même du pays (on pense surtout au conflit entre la Présidente élue et la CIA).
Il y a déjà 6 ans commençait Girls, une comédie à l’humour cynique allenien. La créatrice, Lena Dunham, se voulait la voix d’une génération, celle de quatre femmes (filles) dans cette période bâtarde entre adolescence et âge adulte. La série, mettant en scène une bande de filles, plus enfants qu’adultes, égocentriques et immatures, a été beaucoup critiquée, on lui reprochait notamment son nombrilisme. C’est pourtant dans ces personnages bourrés de défauts que se trouve l’essence même de la série. Girls n’a jamais eu pour ambition de nous offrir ce que nous voulions voir, elle a toujours montré les choses telles qu’elles étaient, sans glamour. Dépeignant une partie de cette génération Y, paumée et lâchée dans un monde qu’elle pensait différent et pour lequel elle n’était pas préparée. Une génération en constante désillusion.
Les personnages ne sont pas forcément appréciables, ils sont même parfois détestables. Encore une fois, Lena Dunham choisit de montrer ces filles telles qu’elles sont, sans les idéaliser. Et ça passe aussi par leur corps. A l’instar de Sex and the City qui, plusieurs années auparavant, libérait les femmes sur le plan sexuel, Girls libère leurs corps. Hannah (Lena Dunham), très à l’aise dans son corps, l’exhibe à l’écran, trainant sans cesse dans son appartement seulement vêtue d’un string. Loin du canon de beauté de l’entertainment hollywoodien, Hannah ne cache pourtant pas sa petite poitrine, ses bourlets et encore moins sa cellulite ou son sexe non épilé. Son corps fait partie intégrante de la série, et nous finissons par le connaître par cœur. Nous l’avons vu sous tous les angles, il se contorsionne dans des positions invraisemblables lorsqu’elle cherche de l’inspiration pour écrire ou bien lors de ses ébats avec ses amants. Si Hannah n’a jamais vraiment eu de problème avec son corps, il est difficile pour le spectateur, peu habitué à voir ce type de corps à l’écran, d’accepter la morphologie d’Hannah. Montrant un corps de femme sans gommer ses défauts ou des scènes de sexe parfois gênantes, jamais glamour, la série de Lena Dunham provoque, interpelle mais surtout réinvente l’image de la femme. Nous invitant à nous habituer à des corps aussi divers que celui de Marnie, presque maigre et athlétique ou celui de Jessa, aux courbes sensuelles; Girls a ouvert la voie à des séries comme
Dans le premier épisode de cette saison 6, Hannah rencontre Paul-Louis (joué par
Avec un casting juvénile venait la promesse d’une adaptation pêchue et originale du film de 2000, mais le show peine dès son premier épisode à se distancier du matériaux de départ et on ne peut alors s’empêcher de comparer les deux. Le Snatch de Guy Ritchie était une sorte de puzzle, un Pulp Fiction à l’anglaise avec Brad Pitt en gitan à peine compréhensible et un rythme fluide et dynamique. Tentant de reproduire la même identité visuelle, la série Snatch peine à se faire sa propre signature et éreinte par son montage poussif et surfait qui caricature le style de Ritchie. La patte, le style, du cinéaste anglais est ici exacerbé mais surtout mal exécuté et la réalisation ne cesse alors de nous sortir hors de l’intrigue.
Le bon point qu’on retient de ce pilote est le casting féminin, totalement absent dans le film original. Entre Lotti qui cherche à échapper à son petit ami Sonny Castillo (joué par Ed Westwick) et la mystérieuse Chloé, les personnages féminins attirent notre attention. Mais cela ne suffit pas à rattraper le reste du casting qui, bien que prometteur, n’est pas à la hauteur de nos attentes. Les acteurs, loin d’être mauvais (on se souvient de la très bonne prestation de Luke Pasqualino dans Skins) restent cependant en surface, et leurs personnages manquent alors terriblement de profondeur. Probablement dû à une écriture caricaturale qui nous donne à voir des personnages peu convaincants et surtout peu originaux. Si leurs caractères se développeront peut-être par la suite ils n’arrivent cependant pas, le temps du pilote, à nous convaincre d’aller plus loin.

En conséquence, les scénaristes auront la bonne idée de créer une forme de reboot pour la seconde saison, qui remplace la case horaire de
Plus d’humour, meilleures storylines, personnages mieux développés, de telle manière que finalement c’est Margot (interprétée par Sonya Walger) qui vole complètement la vedette à l’actrice phare de The Catch.
Malheureusement, ce reboot, justifié et nécessaire, n’aura pas suffit à maintenir l’intérêt des spectateurs.
Ce serait plutôt l’agacement qui serait le maître-mot de l’ambiance familiale, entre une matriarche vaguement totalitaire dans une société pourtant très patriarcale, un père de famille affublé d’un groupe d’amis envahissants, des enfants indolents. Et, au centre, la mère, Manana, la référence matricielle sollicitée par tous, invectivée, questionnée, harcelée même un soir d’anniversaire où elle n’avait qu’une envie, celle d’être seule ; certainement aimée de tous mais considérée par personne.
Le vrai propos du film n’est donc pas ce portrait social. Il est centré sur Manana, qui est de tous les plans. Sans qu’on ne sache pourquoi, et sans que vraisemblablement elle-même ne sache, Manana décide un jour de quitter sa famille, et de la quitter pour de bon. Elle n’est ni heureuse, ni malheureuse : son mari est attentionné, « ne boit pas trop » comme dit Lamara sa mère, une expression qui en dit long sur l’unité de mesure du bonheur. Le sujet est donc Manana, et la mise en scène par empilement de petites scènes de sa vie quotidienne permet de la découvrir, telle une véritable sculpture cinématographique qui prend forme sous les yeux du spectateur subjugué par le mal-être qui émane d’elle. La tension intérieure de la protagoniste est palpable, et son départ est un soulagement pour ce dernier.
Il est doux de suivre l’éclosion de cette femme d’un âge déjà mûr et pourtant semblant à la découverte ou plutôt à la redécouverte de la vie, surtout celle de petits plaisirs et bonheurs perdus de vue depuis tellement longtemps : dîner d’une part de gâteau ou au contraire se faire à manger pour soi toute seule, lire un livre ou écouter sa musique préférée, rire et s’enivrer de retrouvailles amicales. L ‘écriture de Nana Ekvtimishvili est précise, et parle d’un vécu que des femmes géorgiennes et d’ailleurs, de la génération de sa propre mère, ont expérimenté. Il est émouvant de voir Manana un peu gauche dans le rôle d’une timide séductrice lors d’un dîner en tête à tête chez elle…chez elle enfin… Une Famille heureuse montre; si besoin est, combien le fracas est inutile au cinéma, et que les émotions les plus sincères arrivent par surprise, presque par effraction, au détour d’une mèche qui s’échappe d’une coiffure, d’une botte de fines herbes achetée au marché, d’une robe fleurie, de tous ces détails significatifs qu’une caractérisation riche et précise des personnages peut amener.