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Cannes 2017 : Promised Land, road-trip musical brillant dans une Amérique en déclin

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Promised Land d’Eugene Jarecki mêle avec génie la vie d’Elvis Presley et le portrait d’une Amérique en pleine crise identitaire.

Synopsis : Au volant de la Rolls Royce de 1963 d’Elvis Presley, PROMISED LAND nous entraîne dans une balade musicale sur les routes américaines, durant la campagne électorale de 2016, pour essayer de comprendre comment un garçon issu d’une petite ville s’est perdu en chemin puis est devenu le King tandis que son pays, qui fut une démocratie, est devenu Empire.

promised-land-documentaire-cannes2017- Eugene-Jarecki-volant-Rolls-Royce-1963-Elvis- PresleyQuelle folle ambition ! A travers une traversée des États-Unis à bord de la Rolls-Royce ayant appartenu au King en 1963, Eugene Jarecki dresse autant le portrait nuancé de la légende du rock’n’roll que celle de son pays en pleine incertitude à l’approche des dernières élections présidentielles américaines. Il faut dire que le documentariste a eu une inspiration bien sentie lorsqu’il a pris conscience que l’histoire d’Elvis était considérablement liée à celle de son pays. Plus encore, il y a vu la parfaite métaphore de l’ascension et de la chute du chanteur et anticipe les doutes et craintes de ses concitoyens sur son pays. Il ne s’agit de rien d’autre que de la mort du rêve américain. Promised Land exploite avec brio les témoignages de célébrités ou d’inconnus, justes et sincères, partisans et opposés, réfléchis et impulsifs. Tous ces échanges débordent de réflexion, d’humour, de conviction, de passion et de détresse. Promised Land semble ainsi universel en tout point tant il partage les points de vue de tous horizons et les met en parallèle avec le portrait de la plus grande idole des États-Unis et de l’empire dans lequel il évolue. Mais derrière le personnage au sourire ravageur et dansant « comme un noir« , il y avait le mal-être de l’homme en pleine crise existentielle. A une époque où le pays est en pleine explosion économique et capitaliste, Elvis Presley perce dans le milieu de l’industrie musicale et deviendra une figure inséparable de l’image des États-Unis à travers le monde. Il reniera ainsi toute opinion et personnalité au détriment du devoir son pays et de l’argent que celui-ci lui donne.

C’est dans la première partie du film que le parcours du chanteur est le plus fidèlement détaillé et discuté à travers différents témoignages, notamment ceux pour qui il n’a jamais rien signifié. Promised Land prend un virage radical à mi-parcours dès lors qu’il croise véritablement les premiers éléments de la réussite d’Elvis en parallèle du libéralisme prégnant des États-Unis. Car la vitalité personnelle et artistique du chanteur sera détournée par le cocktail destructeur du pouvoir et de l’argent, à l’instar des États-Unis qui ont vu leur propre santé sapée par un capitalisme impitoyable et le détournement du bien commun au profit d’intérêts privés. Le documentaire n’oublie pas de rappeler que cette « terre promise » a été bâtie sur les fondements du colonialisme, de l’esclavagisme, de l’apartheid et de l’argent, celui-là même qui participera à la mort soudaine d’Elvis. Derrière des milliers d’heures de rushs captées, Eugene Jarecki en a gardé le meilleur pour construire un récit qui évoque le passé, le présent, la politique et la culture de la figure d’Elvis Presley au sein de la première puissance mondiale que le documentariste juge comme étant devenu un empire. Un travail titanesque qui fait de Promised Land un très grand documentaire et déjà un incontournable de cette année. Nul doute qu’il continue sa route jusqu’aux prochains Oscars.

[SÉANCES SPÉCIALES] Promised Land

Un film de Eugene Jarecki
Avec Eugene Jarecki, Ethan Hawke, Ashton Kutcher
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers
Durée : 1h57
Genre : Documentaire
Date de sortie : Prochainement

États-Unis – 2017

Promised Land : Bande-annonce

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Cannes 2017 : A Prayer Before Dawn, croisement brutal entre le film carcéral et le film de boxe

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Présenté en séance de minuit, A Prayer Before Dawn (Une prière avant l’aube) a mis KO le public de la Croisette.

Synopsis : L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l’autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste.

une-priere-avant-l-aube-cannes2017-film-a-prayer-before-dawn-joe-coleJean-Stéphane Sauvaire n’est pas un novice des univers violents et radicaux. Fort d’une expérience d’assistant réalisateur au milieu des années 1990 jusqu’en 2010, on doit au cinéaste français le film Johny Mad Dog, récit brutal d’enfants soldats africains qu’il avait lui-même écrit et co-produit, avec Matthieu Kassovitz, et qui avait obtenu le Prix de l’Espoir en 2008 à Un Certain Regard. Avec A Prayer Before Dawn, il revient à la réalisation neuf ans après son dernier long métrage. Sans doute attiré par les univers bestiaux où la violence est une nécessité pour survivre, il pose cette fois-ci sa caméra dans une prison thaïlandaise et y raconte la véritable histoire de Billy Moore, un boxeur condamné pour consommation de drogues qui sera prêt à tout pour survivre dans cet environnement hostile et primitif.

A Prayer Before Dawn est le croisement équilibré du film de genre carcéral et du film de boxe, à ceci près qu’il s’agit de boxe thaïlandaise, aussi appelée Muay-Thaï. On retrouve donc les codes de ces deux genres, soit le machisme, les guerres d’ego bestiaux des prisonniers et les habituelles scènes de viol et de suicide pour le genre carcéral, et l’entraînement intensif, la solidarité des combattants, l’entraîneur qui refuse puis accepte le nouvel arrivant et l’ascension d’un boxeur tout nouveau pour le film sportif. A défaut d’être original donc, Jean-Stéphane Sauvaire fait preuve de maîtrise dans l’immersion des prisons thaïlandaises, adoptant par moment une véritable démarche documentaire sur les conditions des détenus. Le film est entièrement porté par la force brute, la gueule cassée et la carrure de Joe Cole (dont le rôle était initialement proposé à Charlie Hunnam) qui explose l’écran et que les amateurs de Peaky Blinders reconnaîtront sans mal. Il est amusant de retrouver Vithaya Pansringarm au casting, comme si le film essayait d’être une relecture plus immersive et réaliste de Only God Forgives.

Si la confusion déroute dans les premières séquences de combat, celles-ci s’avèrent plus immersives dès lors que le récit avance. Elles se font plus brutales, et l’on sent la douleur, le sang et la sueur émanant de ces plans-séquences musclés. Pour autant le film reste très brouillon dans sa narration et semble s’étaler sur plusieurs sous-intrigues. Billy Moore est tiraillé de toutes parts, entre une relation avec un ladyboy, des dettes à devoir à d’autres détenus et le risque de perdre la vie à cause d’une hernie. Il y avait donc là des arcs narratifs intéressants mais que le cinéaste français ne fait que malheureusement effleurer. A Prayer Before Dawn souffre donc de son intention première, à savoir suivre linéairement le parcours de Billy Moore en prison sans lui apporter une véritable humanité. Il se bat, s’effondre, se relève et s’entraîne jusqu’à son combat final. S’il faut déjà un certain talent pour maîtriser ses scènes, il est dommage que le réalisateur n’ait pas chercher à les développer un peu plus, à l’instar de Dog Pound ou Les Poings contre les MursReste malgré tout un film viscéral et intense qui ne laissera pas indifférent, et dont la projection en séance de minuit aura bien malmené les festivaliers cannois. 

[HORS COMPÉTITION] A Prayer Before Dawn

Un film de Jean-Stéphane Sauvaire
Avec Joe Cole, Vithaya Pansringarm, Panya Yimmumphai
Distributeur : Wild Bunch
Durée : 1h56
Genre : Action, thriller
Date de sortie : Prochainement

France – 2017

A Prayer Before Dawn : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Portrait cynique et désopilant des castes aisées avec The Square

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Après avoir offert un regard grinçant sur le couple moderne avec Snow Therapy, Ruben Östlund débarque en compétition officielle avec The Square et compte bien dérider les festivaliers.

Synopsis : Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

The-Square-Cannes-2017-Ruben-Ostlund-Elisabeth-MossDéjà passé par les sélections Un Certain Regard et la Quinzaine des Réalisateurs, Ruben Östlund est sélectionné pour la première fois en compétition officielle. Passé maître dans l’art de la comédie grinçante après le réjouissant Snow Therapy qui avait véritablement révélé le cinéaste suédois, ce dernier signe et persiste en présentant The Square, une allégorie insolente du monde de l’art contemporain. Ruben Östlund possède un regard réfléchi sur le monde qui l’entoure, observant l’absurdité de nos sociétés avec un œil sociologique juste et dérangeant. Il offre un rôle d’anti-héros parfait à Claes Bang, remis en question existentiellement après le vol de son téléphone et de son porte-feuille. C’est l’escalade pour lui d’une crise profonde qui le conduira à agir maladroitement dans sa vie amoureuse, sa vie professionnelle et sa vie de père modèle. Car The Square évoque avant tout la lâcheté qui consume la part d’humanité de tous ces gens des castes aisées. On pourrait dire que le ton se veut extrêmement moralisateur car le cinéaste ne lésine pas sur les confrontations d’images entre les mendiants et les bobos des expositions de musées, loin de toutes préoccupations contemporaines. Mais la portée de son film est bien plus cinglante que le seul regard sur la réalité qui l’entoure. Il scalpe avec précision les tares d’un milieu nombriliste et égoïste. On ne peut s’empêcher de croire que Ruben Östlund possède une énorme capacité d’auto-dérision puisqu’il décrit précisément le milieu arty dans lequel il évolue. En Suède, il lui est par ailleurs reproché d’être un artiste ambitieux et compétitif mais qui possède suffisamment d’ironie sur soi-même pour évoquer ce monde sans s’y oublier.

L’influence de Roy Andersson est évidente à l’écran tant le réalisateur offre une succession de plans-tableaux majestueux qui s’inscrivent dans le juste milieu qu’il dissèque. En prise avec la société, Ruben Östlund excelle dans ce cinéma formel qui pourrait bien glaner un Prix de la Mise en Scène tant chaque plan s’avère sophistiqué et accentue la dimension comique du film. Si la séquence d’avalanche était ce qu’il y avait de plus spectaculaire dans Snow Therapy en tant que climax de tous les enjeux à venir du film, c’est définitivement la scène du repas de gala, incongrue et source de malaise croissant, véritable clou du spectacle de The Square. Pour l’anecdote, l’interprète du performer qui joue le singe lors du dîner de gala est Terry Notary, un cascadeur et chorégraphe du mouvement hollywoodien dont les mouvements ont déjà été capturés pour des blockbuster comme Avatar, La Planète des Singes ou Kong : Skull Island. Comédie noire et psychologique, The Square pourrait néanmoins rebuter par sa durée tant le cinéaste semble parfois se perdre à étirer grossièrement ses scènes pour bousculer le spectateur et l’amener à une auto-réflexion. La portée présomptueuse de son film fait d’ailleurs office de point de clivage pour beaucoup de festivaliers qui n’y voit rien de plus qu’une démonstration de force hypocrite sur l’univers artistique. Pas étonnant que cette réaction émane du Festival de Cannes, où les costards et les robes de soirée s’accumulent sur la Croisette et lors des innombrables cocktails.

En apportant son lot de cynisme et de séquences jubilatoires et absurdes, The Square est une satire réjouissante sur le monde de l’art et s’inscrit dans la continuité de Toni Erdmann qui avait régalé la Croisette, l’an passé. Peut-être que le jury n’oubliera pas de citer à son palmarès une farce aussi drôle et cynique, contrairement au précédent jury. Ce serait mérité tant Ruben Östlund s’impose aujourd’hui comme l’auteur suédois le plus intéressant et accompli.

[COMPÉTITION INTERNATIONALE] The Square

Un film de Ruben Östlund
Avec Claes Bang, Terry Notary, Dominic West, Elisabeth Moss
Distributeur : BAC Films
Durée : 1h56
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement

Suède, Danemark, États-Unis, France – 2017

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Cannes 2017 : Visages Villages, un documentaire au triste goût d’inachevé

Deux ans après lui avoir remis une Palme d’Or pour l’ensemble de sa carrière, le Festival de Cannes ne cesse de rendre hommage à Agnès Varda. En résulte un documentaire « Visages Villages » présenté en Séance Spéciale dont la vue nous fait un peu regretter que le dernier coup d’éclat de cette grande dame du cinéma soit un film aussi convenu et pesant.

Synopsis : Agnès Varda et JR partent ensemble sur les routes françaises pour rencontrer des gens et poursuivre leur travail commun.

Cannes-2017-Visages-Villages-Agnes-Varda-JR-affichePour qui a suivi le travail de documentariste d’Agnès Varda ces dernières années (on pense notamment aux Plages d’Agnès), son gout pour se mettre en scène afin de parler de ses tourments mélancoliques est devenu une récurrence presque stylistique. La voir se complaire dans cette forme d’art n’a donc rien de surprenant si ce n’est qu’elle est ici accompagnée par JR, un artiste manifestement peu rompu à cet exercice qu’est celui de passer devant la caméra.  Puisque étant tous deux experts de l’image, et nourrissant un gout commun pour la photographie et les rencontres avec les « gens vrais », il n’aura pour ainsi dire pas été difficile de convaincre leurs amateurs respectifs qui ont massivement participé à la campagne de crowd-funding à l’origine du film. Des origines qui trouve d’ailleurs place au sein d’un road-trip dans l’esprit des films de Raymond Depardon ; nos deux compères traversant la France pour se mettre au contact de badauds à qui ils parlent de tout plein de sujets. Autant dire un projet passionnant dans sa proposition de cinéma-vérité, jusqu’à ce qu’il devienne flagrant que le principal sujet de tous les dialogues ne sera autre qu’eux-mêmes.

Nos deux artistes bien connus pour leur humilité respective se retrouvent ainsi au cœur d’un dispositif qui pourrait paraitre parfaitement nombriliste, et sombrant même souvent dans la complaisance auto-promotionnelle. Il est pourtant évident que les conversations les plus poseuses n’ont été rajoutés que pour venir compléter un montage déjà relativement insuffisant. Mais le résultat est là : voir Agnès filmer JR au travail devient de plus en plus rare tandis que les conversations vont se focaliser sur leur propre rapport à l’art et à la vie. Des échanges tour à tour légers et superficiels mais qui ne nous apportent que trop peu sur le questionnement propre à la création artistique que l’on attendait voir se créer comme fil conducteur. On s’émeut évidemment de les voir tous les deux habités par une profonde mélancolie mais moins de voir que cette nostalgie s’exprime à l’image par des flashbacks renvoyant à leurs précédentes réalisations. Et que le tout se fasse dans un échange de phrases post-synchronisées et rendu par un mixage son amateuriste fait perdre à ces moments d’émotions leur charme et leur spontanéité. Puisqu’il est pensé comme un film-testament, on regrettera qu’Agnès Varda puisse nous quitter sur ce petit film loin de l’audace à laquelle elle nous avait habitué.

Visages Villages [Hors compétition]

Un film d’Agnès Varda et JR
Avec Agnès Varda et JR
Distributeur : Le Pacte
Sortie le 28 juin 2017

France – 2017

Visages Villages : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=YlQ104-3XYs

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Cannes 2017 : Rencontre avec Farah Al Qaissieh, la réalisatrice du court-métrage Un autre accent

Parce que le Festival de Cannes est aussi un vaste marché de films, longs comme courts, nous avons rencontré la fondatrice de l’association émirienne Stutter UAE venue présenter son court-métrage, dans lequel elle se met en scène dans son combat de tous les jours pour aider ceux qui, comme elle, parlent avec un bégaiement à accepter ce qui n’est pas, pour elle, un handicap mais « un autre accent ».

CineSeriesMag : Avant d’en faire un film, d’où vous vient votre combat pour être acceptée en tant que bègue? Avez-vous été mise à l’écart ?

Farah Al Qaissieh : Mon bégaiement n’est apparu vers mes 3 ans mais je n’ai le souvenir d’en avoir souffert qu’à partir l’âge de 14 ans, à une époque où c’étaient mes professeurs qui m’humiliaient sur ma façon de parler. Je suis donc devenue plus introvertie, je n’osais même plus parler, pour me protéger du regard des autres. Quand je suis arrivée à l’université, je n’étais pas la personne que je voulais être. J’ai donc choisi de m’assumer et de me revendiquer en tant que bègue, pour montrer que cela ne posait aucun problème, et le simple fait d’en parler m’a permis de reprendre confiance en moi. C’est à cette prise de conscience que je veux amener les jeunes au travers de l’association Stutter UAE (stutter signifie bégayer,  tandis que UAE est l’acronyme de United Arab Emirates, NDLR).

A quel moment avez-vous choisi de faire un film sur votre lutte? 

Farah Al Qaissieh : J’ai toujours voulu parler de mon quotidien de plusieurs manières possibles, et le faire sous forme d’un film est une opportunité qui est venue à moi, bien que je ne sache pas comment m’y prendre. En l’occurrence deux productrices qui avaient entendu parler de mon travail m’ont contacté, et, également parce que nous voulions montrer que nous pouvions travailler entre femmes, elles m’ont accompagné dans le tournage.

Est-ce que ça n’a pas été trop dur de se filmer alors que vous vous disiez très introvertie? 

Farah Al Qaissieh : Le tournage s’est bien passé, puisque je n’ai rien changé de mes habitudes, mais j’ai encore du mal à me voir à l’écran. Ça a été difficile de regarder le film une fois fini. J’ai pleuré la première fois que je l’ai vu.

Maintenant que le film est vendu au Festival de Cannes, est-ce que vous y voyez l’opportunité de répandre votre message à l’internationale?

Farah Al Qaissieh : C’est ce que j’espère des retombés du Festival puisque le bégaiement n’est ni une question de langue ni de pays mais touche des gens dans le monde entier.

Et après ça, pensez-vous continuer à utiliser le média cinéma dans votre lutte?

Farah Al Qaissieh : Absolument, puisque c’est le meilleur de toucher à l’universel.

Donc, prochaine étape, un long-métrage?

Farah Al Qaissieh : Qui sait?

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Cannes 2017 : Barbara, un film musical aussi abstrait que laborieux

Avec Tournée, Mathieu Amalric avait prouvé qu’il aimait filmer les scènes musicales. Il remet le couvert avec ce qui devait être un hommage à Barbara mais s’apparente finalement à un exercice narcissique.

Synopsis : Une actrice va jouer Barbara, le tournage commencer bientôt. Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, le tricot, les scènes à apprendre, ça va, ça avance, ça grandit, ça l’envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle.

Loin de réaliser un simple biopic de la chanteuse en noir auquel on pouvait s’attendre avec un tel titre, Mathieu Amalric s’amuse à jouer avec les codes du genre pour les mettre en abyme dans un maelstrom narratif pour le moins laborieux. Ici, Jeanne Balibar n’interprète pas Barbara mais Brigitte, une actrice qui joue Barbara. De la même manière, Mathieu se donne le rôle du réalisateur de ce film musical. Les apparitions de Barbara, la vraie, l’originale, se font dans l’étude, par Brigitte donc, des archives de la chanteuse. L’idée d’explorer ces documents pour saisir la personnalité de la chanteuse aurait pu être bonne si il n’apparaissait rapidement que la véritable intention d’Amalric n’était autre que de filmer Balibar chanter du Barbara. Pourquoi alors ce système de film dans le film quand il aurait pu se contenter d’une comédie musicale ? Sans doute tenait-il à explorer les coulisses d’un tournage, mais alors en faire une fiction dont les deux personnages sont des caricatures de leur interprète n’est, puisqu’il est impossible de parler ici d’autodérision, qu’un pur caprice histrionique incapable de s’assumer comme tel.

Les fans de Barbara seront évidemment ravis d’écouter la bande-originale mais n’apprendront que peu de choses sur elle (si c’est le cas, alors grand bien leur fasse de se procurer le documentaire datant de 1972 dont est tirée la plupart des images d’archive) et, pire encore, ils seront désarçonnés de la voir disparaitre derrière le jeu neurasthénique de Jeanne Balibar. Ce sont en revanche les amateurs de l’actrice qui se plairont à la voir dans ses exercices d’appropriation d’un rôle, et de préparation vocales, mais, encore une fois, le recul qu’impose le fait qu’il s’agisse d’une fiction empêche de pleinement profiter de ses passages intimes. Ne resteront alors que les scènes de chant, qui se seraient suffises à elles-mêmes si Mathieu Amalric ne s’était pas fourvoyé dans une fausse interrogation sur leur pouvoir de fascination. Le seul sens à donner à son personnage est en effet de se demander si son regard ébahi devant ces prestations est destiné à la chanteuse, lui rendant ainsi un véritable hommage, ou inversement à l’actrice, faisant alors de son interprétation un acte de pur fétichisme nostalgique, voir morbide. S’il avait réussi à explorer cette piste sur la durée, c’est toute la légitimité des biopics classiques qui en aurait un coup, mais puisque son dispositif se retourne rapidement contre lui, c’est son propre travail qui apparait comme dérangeant.


 [Un certain regard] Barbara

Un film de Mathieu Amalric
Avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric
Distribution : Gaumont
Durée : 98 minutes
Genre : Biopic
Date de sortie : 30 août 2017

France – 2017

Barbara : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=gprgEZ1NBrY

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Cannes 2017 : Un homme intègre, puissant brûlot politique iranien présenté à Un Certain Regard

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Mohammad Rasoulof présente le bouleversant Un Homme intègre dans la sélection Un Certain Regard, pamphlet anti-corruption dont l’administration iranienne avait tenté d’interdire le tournage.

Synopsis : Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce. Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre. Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

Reza-Akhlaghirad-film-un-homme-integre-cannes2017L’Iran n’est pas réputé pour être un pays bienveillant avec la liberté d’expression, comme en témoigne le sort réservé aux derniers films de Jafar Panahi. Mais lorsque Thierry Frémaux présente le film dans la catégorie Un Certain Regard, il se montre diplomate et estime que le pays a depuis connu de profonds bouleversements politiques. Pourtant, Un homme intègre montre bien à quel point toute l’administration du pays est façonnée pour corrompre les hommes droits et justes, et que tôt ou tard, on ne peut y échapper. Collaborateur de Jafar Panahi, Mohammad Rasoulof a déjà été condamné  à six ans de prison (peine réduite après avoir fait appel) et à vingt ans d’interdiction de tournage pour « actes et propagande hostiles à la République Islamique d’Iran ». Mais, à l’instar de son partenaire iranien et malgré les pressions politiques, il n’a jamais cessé de tourner, comme en témoigne son sixième long métrage qui a pu voir le jour grâce à différents stratagèmes pour éviter les suspicions des autorités. Son nouveau film suit donc le parcours de Reza, un homme qui a toujours choisi une troisième voie au choix qui s’offre à la vie de tout iranien : être oppresseur ou oppressé. Reza a choisi de fuir cet avenir peu reluisant en quittant Téhéran pour vivre modestement avec sa femme et son fils sur une parcelle de terre destinée à l’élevage de poissons au nord du pays. Il n’est pas riche mais son éthique est sauve et lui permet de dormir sur ses deux oreilles. Mais lorsqu’il se retrouve confronté à une société privée qui souhaite lui racheter son terrain, il va devoir prendre des décisions qui s’imposent. C’est alors que le film prend une tournure dramatique attendue mais efficace, soit le dilemme moral d’un homme confronté à plusieurs choix et dont chacun aura des conséquences dans sa vie et auprès de sa famille.

C’est là que Reza Akhlaghirad apporte une plus-value indéniable au film puisqu’il interprète avec force de caractère et rigueur ce personnage qui ne sait pas comment affronter ces choix. Chaque action entreprise entraîne son lot de conséquences désastreuses sur le plan social puis progressivement familial : plus Reza avance dans le récit, plus sa carrure semble figée comme si elle tentait de contenir la colère d’un homme qui ne souhaite que vivre et subvenir à sa famille sans déranger personne. Son regard déterminé et perdu au loin est bouleversant. Il tente en vain d’arranger la situation et de maintenir son statut d’homme de la famille mais son caractère têtu ne fait qu’envenimer les choses jusqu’à l’impossible vérité. Si le film offre quelques moments beaux esthétiques, la mise en scène souligne avec conviction le poids des institutions du pays sur cet homme dont le cadre cinématographique vient de plus en plus serrer le personnage principal, agissant logiquement comme l’oppression qu’il ressent. Pas de quoi transcender la Croisette mais suffisant pour marquer les esprits et nous faire rallier au destin de Reza qui tente bien malgré lui de trouver une issue heureuse.

Un homme intègre agit comme une représentation dure et réaliste mais surtout comme un formidable pamphlet contre la corruption qui gangrène l’Iran et dont les esprits les plus talentueux se battent avec force et détermination pour dire la vérité sur un pays encore loin d’être fidèle aux Droits de l’Homme. Un homme intègre est une oeuvre politique bouleversante qui pourrait bien figurer au palmarès cannois.

[UN CERTAIN REGARD] Un homme intègre

Un film de Mohammad Rasoulof
Avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi
Distributeur : ARP Sélection
Durée : 1h57
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement

Iran – 2017

Un homme intègre : Extrait

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Cannes 2017 : L’Amant d’un jour, ou l’insaisissable romance par Philippe Garrel

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Initiée en 2013 avec La Jalousie et poursuivie L’Ombre des femmes, la trilogie des tourments amoureux de Philippe Garrel se clôt en noir et blanc avec L’Amant d’un jour, nouvelle représentation juste et sensible des affres de l’amour présentée à la Quinzaine des Réalisateurs.

Synopsis : C’est l’histoire d’un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu’elle vient d’être quittée, et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui.

l-amant-d-un-jour-Eric-Caravaca-Louise-Chevillotte-film-en-noir-et-blanc-cannes2017Les films de Philippe Garrel se suivent et se ressemblent. Des hommes et des femmes, ils s’aiment, se trompent et s’aiment à nouveau avant de ne plus s’aimer. Ou bien est-ce l’inverse. Toujours est-il que si le propos reste le même, Philippe Garrel est de ces cinéastes qui peuvent se vanter de saisir des thématiques maintes fois évoquées mais qui arrivent à toujours à nous toucher au plus profond de nous-mêmes. La mise en scène épurée permet de traiter avec la justesse nécessaire ces maux qui tourmentent le cœur des personnages. Comment ne pas s’identifier à Esther Garrel qui vient de subir la première rupture amoureuse de sa vie ? Comment ne pas sourire de malice face au regard passionné de Louise Chevillotte ? Comment ne pas ressentir la même colère qu’Eric Caravaca ? Tout ceci participe à nous ancrer dans un récit dont la forme minimaliste permet de se concentrer avant tout sur la représentation des situations et l’écriture des dialogues. Mais si dispositif réduit il y a, il ne faut en aucun cas enlever au directeur de la photographie Renato Berta la maîtrise de son travail esthétique, notamment sur les courants de lumières et les cadres. Par ailleurs, il n’y a bien que chez Garrel où l’on filme aussi bien les balades à deux dans les rues de Paris, ponctuées des dialogues les plus importants comme si l’extérieur était un meilleur endroit pour oser se dire les choses. La vérité est à l’extérieur alors que les lieux clos sont synonymes de tromperie et de mensonge. La voix-off apporte un regard extérieur qui participe incontestablement à la réussite du film, comme s’il s’agissait d’un conte universel que l’on pourrait raconter aux amoureux d’aujourd’hui. L’amour blesse, mais la vie continue et des blessures, il y en aura d’autres.

Certains diront que Garrel raconte toujours la même chose mais ce serait manquer d’attention face aux changements qui s’opèrent de films en films. En premier lieu, l’homme qui passe désormais au second plan et les femmes qui décident de prendre en mains les rênes de leur indépendance et de leur sexualité. Le cinéaste offre une grâce sensuelle à ses comédiennes, belles de jour et de nuit. Avec ses airs d’Anaïs Demoustier, Louise Chevillotte sublime l’écran par sa simplicité et son charme naturel à chacune de ses apparitions, tandis qu’Esther Garrel émeut et amuse par sa naïveté face aux découvertes des tourments sentimentaux. Et même le plus philosophique des hommes  (Eric Caravaca, romantique crédule et touchant) peut se révéler maladroit et surtout imbécile de croire que l’infidélité peut être supportée. A travers ce personnage masculin, le cinéaste nous dit que l’infidélité blesse dès lors qu’elle est découverte mais il a toujours la justesse d’équilibre pour évoquer l’amour contemporain d’une jeunesse aussi frivole que passionnée, en témoigne cet ultime baisé envolé. Philippe Garrel l’a confirmé, L’Amant d’un jour vient donc clore la trilogie qu’il avait démarrée avec La Jalousie et poursuivi avec L’Ombre des Femmes. Il en a aussi fini avec le noir et blanc. On espère juste qu’il n’en a pas terminé avec les sentiments amoureux car il n’y a bien que Garrel en France qui sait les filmer avec la délicatesse d’un homme qui a compris qu’il ne fallait rien comprendre à l’amour. 

[QUINZAINE DES REALISATEURS] L’Amant d’un jour

Un film de Philippe Garrel
Avec Eric Caravaca, Esther Garrel, Louise Chevillotte
Distributeur : SBS Distribution
Durée : 1h16
Genre : Fantastique, Thriller, Romance
Date de sortie : 31 mai 2017

France – 2017

L’Amant d’un Jour : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Okja joue sur la corde sensible et fait taire les haters… mais pas les hackers

S’il est devenu le film le plus attendu de la compétition ce n’est que pour son mode de distribution, mais Okja n’est pas qu’un produit vendu en ligne, c’est aussi l’œuvre d’un réalisateur aguerri dans l’art délicat du mélange  des genres.

Synopsis : Une petite fille devient amie avec un cochon fabriqué génétiquement appelé Okja. Mais lorsque la taille du cochon prend des proportions gigantesques, la multinationale responsable de sa création décide de le reprendre, forçant la petite fille maintenant adolescente à partir en mission afin de le retrouver.

okja-film-Seo-Hyun-Ahn-Tilda--Swinton-cannes-2017-film-netflixQuelques images et une bande-annonce n’auront pas suffi pour laisser entrevoir le travail de Bong Joon-ho. Pire encore, le teaser mis en ligne la veille de sa présentation officielle nous annonçait une fable enfantine et naïve. C’est aussi le sentiment que peuvent donner les premières minutes du film : entre une Tilda Swinton qui fait sa Tilda Swinton (à savoir extravagante et méconnaissable) et un Giancarlo Esposito qui singe son rôle de Gus Fringe dans Breaking Bad, suivis d’un long quart d’heure sur la ballade de la jeune Mija et de son porcelet géant en images de synthèse, on se dit que l’on est en terrain connu. Fort heureusement, la qualité des effets numériques, et surtout le pouvoir d’attendrissement de ce duo transracial sont tels que notre âme d’enfant est vite touchée et on se laisse prendre au jeu. Le mécanisme narratif qui va se construire ensuite est lui aussi caractéristique des histoires que l’on aimait tant étant plus jeunes, époque Sauvez Willy, et pourtant le soin apporté aux différents personnages, qu’il s’agisse des extrémistes de la cause animale ou de la directrice de cette multinationale aux faux airs de Monsanto, nous évite le manichéisme qu’il y avait à craindre.

Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette grosse bestiole malgré son physique repoussant, et donc de ne pas prendre parti pour ses protecteurs. Contrairement à Swinton et Esposito qui restent dans leur registre respectif, Paul Dano renvoie une image à la fois dangereuse et ingénue qui lui sied à merveille, et Jake Gyllenhaal est en totale roue libre dans la peau d’un véto-showman excentrique, une performance comique que l’on n’attendait pas de lui. Mais, assurément, la révélation d’Okja est la jeune Ahn Seo-Hyun qui, du haut de ses treize ans, peut légitimement prétendre au Prix d’interprétation féminine. Et le film n’est pas non plus qu’un véhicule à acteurs : le message qu’il délivre au fur et à mesure que se développe l’intrigue est parfaitement dans l’air du temps et ne devrait laisser aucun de ses spectateurs indifférents. Derrière sa photographie bariolée signée par  Darius Khondji (saluons également sa performance à contre-emploi !), Bong Joon-ho installe un film furieusement désenchanté. Cet attendrissant mélange des genres lui évite surtout de livrer un pensum végataliste démonstratif mais tente plutôt de jouer avec notre imagination commune pour nous mettre face à une réalité qui semble justement sortie d’un cauchemar d’enfant. Ce talent à faire naitre un récit aussi mature à partir d’un pitch au demeurant parfaitement puéril devrait ravir tous les spectateurs… et peut-être même les jurés.

Et pour finir, un conseil d’ami : Restez jusqu’à la fin du générique.

[COMPETITION OFFICIELLE]  Okja

Un film de Bong Joon-Ho
Avec Tilda Swinton, Paul Dano, Seo-Hyun Ahn, Hee-Bong Byun
Distributeur : Netflix
Durée : 1h58
Genre : Action, Aventure, Drame
Date de disponibilité sur Netflix : 28 juin 2017

Corée du Sud, Etats-Unis – 2017

Okja : Bande-annonce

 

Cannes 2017 : Sicilian Ghost Story inaugure avec émotion la 56ème édition de La Semaine de la Critique

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Sous couvert d’offrir une relecture onirique et émouvante de Roméo et Juliette en ouverture de La Semaine de la Critique, Sicilian Ghost Story n’évite pas l’écueil de lasser à force de tirer son récit en longueur.

Synopsis : Dans un village sicilien aux confins d’une forêt, Giuseppe, 13 ans, disparaît. Luna, une camarade de classe, refuse la disparition du garçon dont elle est amoureuse et tente de rompre la loi du silence. Pour le retrouver, au risque de sa propre vie, elle tente de rejoindre le monde obscur où son ami est emprisonné et auquel le lac offre une mystérieuse voie d’accès.

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Après avoir remporté le Grand Prix Nespresso en 2013 avec le polar Salvo, le duo de réalisateurs italiens Fabio Grassadonia et Antonio Piazza ont eu l’honneur d’ouvrir la sélection de la Semaine de la Critique avec Sicilian Ghost Story, leur deuxième long métrage. Ils s’inspirent cette fois-ci d’un fait divers transalpin macabre (l’enlèvement d’un enfant par la mafia) pour moderniser le mythe romantique qu’est Roméo et Juliette en le teintant d’une dose d’onirisme bien sentie. En croisant le fait bien réel à la fiction romantique la plus connue à ce jour, les deux cinéastes évoquent l’oubli dans la pensée collective et les conséquences des actions malheureuses de la mafia sur la population. L’amour pur et innocent de deux enfants se voit vite freiné par l’arrivée impromptue de la mafia qui kidnappe cet ersatz de Roméo pour faire chanter son père, devenu repenti et indic pour la police italienne. Aucun recours ne semble être envisagé ou envisageable et c’est le cœur lourd que cette Juliette des temps modernes poursuit sa vie, tout en gardant l’espoir de retrouver son amour perdu. La réalité et le fantastique s’entremêlent dans ce récit où finalement il devient difficile de démêler le vrai du faux, jusqu’à son final à libre interprétation.

La mise en scène des deux italiens offrent quelques beaux moments esthétiques, à la croisée de l’onirisme brumeux d’un Guillermo del Toro et de l’académisme figé du drame familial européen. A cela, il faut ajouter que Sicilian Ghost Story use et abuse d’effets percutants et de mise en scène pour appuyer le contraste polar/fantastique et les métaphores qui ponctuent l’intrigue. Sans compter que dans sa dernière partie, la justesse des débuts laisse place à un récit inutilement étiré qui abaisse considérablement la poésie à mesure que le temps passe et que la lassitude se fait sentir. Ce second film du duo italien démontre une certaine maîtrise de la mise en scène et du propos anti-mafia mais rebute par le manque de subtilité. Sicilian Ghost Story a permis d’ouvrir cette 56ème édition de la Semaine de la Critique en évoquant un mythe intemporel tout en le contextualisant dans une réalité bien réel, c’est sans doute la principale force du récit mais difficile d’y voir davantage, et en soi c’est bien dommage.

[SEMAINE DE LA CRITIQUE] Sicilian Ghost Story

Un film de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza
Avec Julia Jedlikowska, Vincenzo Amato, Corinne Musallari, Sabine Timoteo, Federico Finocchiaro…
Distributeur : Jour2fête
Durée : 2h02
Genre : Fantastique, Thriller, Romance
Date de sortie : Prochainement

Italie, France, Suisse – 2017

Sicilian Ghost Story : Bande-annonce

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Cannes 2017 : La Lune de Jupiter (Jupiter’s Moon), une impardonnable faute de goût

Comme une réponse à ceux qui n’avait pas saisi l’allégorie à la crise migratoire dans son thriller canin White God, Kornél Mundruczó semble avoir pensé son Jupiter’s Moon comme un autre traitement du même sujet, sans mystère ni poésie. Le résultat n’en est que plus lourdaud et pompeux.

Synopsis : Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre maintenant qu’il a le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent.

Qu’a t-il pris à Kornél Mundruczó de partir d’un contexte sociétal aussi grave que le sort des immigrés en Hongrie pour bâtir un conte fantastique aussi dénué de sens que ce Jupiter’s Moon ? Sans doute a t-il cru malin de placer une allégorie christique dans un cadre tel que son personnage principal pourrait apparaitre comme un guide spirituel… sauf que non. La chose qui ressort de ce personnage, dénué de tout charisme messianique, qui se met, sans véritable raison, à défier les lois de la gravité est finalement d’être une victime de plus dans un système oppressant. Alors quoi? Donner comme message qu’il vaut mieux être un demi-dieu pour avoir sa place en Europe? Si c’est le cas, son discours est tout simplement détestable. A moins qu’il n’ait fait que se trouver un prétexte bateau pour épater la galerie avec quelques effets spéciaux désuets. Alors c’est sa proposition de cinéma qui est détestable. Dans les deux cas, il est difficile de soutenir son long-métrage et tout ce qu’il implique.

En termes de réalisation, certaines scènes de course-poursuite sont bien filmées, ce qui était le moindre que l’on puisse attendre d’un cinéaste dont le précédent film était justement une longue course-poursuite. Coté personnages, le misérabilisme larmoyant qui entoure le jeune Aryan et le cynisme propre à Laszlo, qui veut faire de lui une bête de foire, font d’eux un duo dont les relations et leur réchauffement amical sont sans surprise, mais sont finalement la sous-intrigue la plus évocatrice sur le plan politique. Le principal antagoniste est quant à lui un individu mal défini au sens où il est tour à tour tueur pour la Police des frontières, directeur d’un centre d’accueil et inspecteur de la police criminelle. Le symbole un peu abstrait du pouvoir en place en est si flagrant qu’il en devient absurde. Que reste t-il alors? Uniquement ces fameuses scènes de lévitation, un effet visuel vertigineux (jusqu’à la nausée?) utilisé plusieurs fois dans le film, qui n’ont rien de révolutionnaire en 2017, et dont la redondance accentue la grossièreté.

Dans la catégorie film opportuniste, Jupiter’s Moon s’impose comme un véritable champion, le film n’étant finalement là que pour essayer de capitaliser sur le succès de White God dans la catégorie « cinéma de genre à fort message politique » sans jamais y amener la moindre idée. De quoi donner les premières huées de la Croisette… et, espérons, les dernières. 


[COMPETITION INTERNATIONALE] Jupiter’s Moon

Un film de Kornél Mundruczó
Avec Majd Asmi, Mónika Balsai, Zsombor Barna
Distribution : Pyramide
Durée : 123 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 01 novembre 2017

Hongrie, Allemagne – 2017

Jupiter’s Moon : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=qSNNubBp5WY

 

 

Cannes 2017 : Avant la fin de l’été de Maryam Goormaghtigh fait l’ouverture de l’ACID

La 25ème édition de l’ACID s’ouvre sur Avant la fin de l’été, un émouvant docu-fiction filmé en toute humilité sur les routes de France et interrogeant sur l’amitié et le déracinement.

Synopsis : Après 5 ans d’études à Paris, Arash ne s’est pas fait à la vie française et a décidé de rentrer en Iran. Espérant le faire changer d’avis, ses deux amis l’entraînent dans un dernier voyage à travers la France

cannes2017-film-avant-la-de-l-ete-acidDepuis quatre années qu’elle les côtoie et a su en déceler le potentiel cinégénique au point de s’amuser régulièrement de les filmer, Maryam Goormaghtigh s’est rapproché du trio formé par Arash, Hossein et Askan au point d’avoir eu envie de les suivre dans leur road-trip en Province. Le dispositif n’est pas sans rappeler les derniers documentaires de Raymond Depardon, et ses longues balades en voitures dans la France rurale. La différence c’est qu’ici les voyageurs sont trois potes, tous originaires d’Iran où l’un d’eux –le plus ventripotent des trois– a choisi de retourner.

Mélancolique dans leurs rapports à leurs pays d’origine et d’adoption, le film se construit autour de dialogues et de situations dont la pure véracité est parfois difficile à avaler… mais n’est-ce pas là le sort de tout documentaire ? Ce dont on ne peut pas douter en revanche c’est de la sincère amitié de ces trois hommes, et de leurs doutes respectifs vis-à-vis de leur avenir en France, mais aussi des femmes.

Trois excellents acteurs et tout autant de personnages de cinéma que l’on aimerait voir compter parmi ses proches. Espérons que leur film saura séduire le public à sa sortie en salle, sans tomber dans le piège du communautarisme. Ce serait fort dommage au vu de l’universalité du propos.

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[ACID] Avant la fin de l’été

Un film de Maryam Goormaghtigh
Avec Arash, Hossein, Ashkan, Charlotte et Michèle dans leur propre rôle
Distributeur : Shellac
Durée : 1h 20min
Genre : Documentaire
Date de sortie : Avant la fin de l’été 2017
Français, Suisse – 2017

Avant la fin de l’été : Bande-annonce

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