Blockbusters kaboom ou cinéma d’auteur, films engagés ou comédies régressives… en été, le cinéma ne prend pas de vacances. Eh bien, nous non plus ! Dans les 3 mois à venir, il y a même quelques films très hétéroclites que l’on attend de pied ferme. Après un sondage interne, nous avons pu vous préparer un guide de ce que cette belle saison annonce de plus prometteur, de Dunkerque à Transformers, en passant par Baby Drive.
Ça y est, 9 mois qu’on l’attendait, c’est l’été! La saison évoque la bronzette en bikini, des mojitos au bord de la piscine ou des chouchous sur la plage mais elle reste aussi une belle période de cinéma. Les chiffres sont généralement contradictoires durant la saison estivale puisque, alors que les entrées sont globalement en baisse, seul un petit de nombre de films y réunit des box-offices record. Sortir en été est donc devenu un pari très délicat. On comprend alors pourquoi de nombreux gros studios, à commencer par Disney, ait cessé de distribuer ses plus grosses productions pendant ces quelques semaines. Pour les spectateurs que nous sommes, les attentes restent fortes à l’égard de films qui se savent assez solides pour oser sortir sur grand écran alors qu’une part importante de leur public est en vacances. Nous avons fait le tour de nos attentes, et il semble que cet été 2017 sera riche en propositions cinématographiques et que l’on profitera des salles climatisées de nos cinéma de quartier !
Top 5 : les films les plus attendus de cet été 2017
1/ Dunkerque de Christopher Nolan
Les films de Christopher Nolan font, depuis sa trilogie Batman, l’événement au cinéma. Avec Inception et Interstellar le réalisateur a su nous en mettre plein la vue, inventant sans cesse de nouvelles formes et autres vues de l’esprit. Il ne faut pas non plus oublier son talent pour mettre en scène des histoires-puzzle, dans lesquelles le spectateur se plaît à se perdre. Alors, quand on a appris que Nolan allait filmer le Débarquement à Dunkerque, il n’en fallait pas plus pour attirer notre attention. On attend des scènes de guerre mémorables (attention à la comparaison avec Il faut sauver le soldat Ryan), mais surtout, on se demande quel questionnement métaphysique il va bien pouvoir nous sortir. Dans tous les cas, il faut s’attendre à un gros carton en salles.
Ça sort quand ? Le 19 juillet
2/ Song to Song de Terrence Malick (ex-aequo)
Avec son casting 4 étoiles, Song to Song s’annonce comme un portrait brumeux de romances tumultueuses, ainsi que Terrence Malick sait le faire. Avec son style visuel si singulier et grandiloquent, déjà opéré dans A la Merveille ou notamment Knight of Cups, le réalisateur américain continue à vouloir dessiner les affres des sentiments humains dans un environnement contemporain urbain flamboyant. Surtout que Song to Song s’insère dans le décorum musical, composé par de nombreux guests. Mais un film de Terrence Malick divise toujours : entre ceux qui s’ennuient devant ce marasme poétique et d’autres qui s’infiltrent à corps perdu dans ce lyrisme béat. Mais la possibilité d’accéder à la vision si intime d’un aussi grand réalisateur est toujours un moment particulier.
Ça sort quand ? Le 12 juillet
2/ Les Proies de Sofia Coppola (ex-aequo)
U
n Colin Farrell séducteur et alangui dont le sort repose entre les mains d’une poignée de « vengeful bitches »… Le pitch déjà bien alléchant n’a rien à envier aux décors et à la lumières qui promettent d’être sublimes. Jeux de dupes et beautés empoisonnées se côtoient dans cet univers cossu et feutré au service d’un huis-clos en costumes, servi par une brochette de stars hollywoodiennes. Que demander de plus, d’autant qu’un film de Sofia Coppola suscite en général toujours l’événement. Gageons que le remake de l’œuvre de Siegel nous en mette plein les yeux avec grâce et féminité.
Ça sort quand ? Le 23 août
Retrouvez également notre critique cannoise.
3/ Baby Driver de Edgar Wright
Les bonnes comédies françaises sont rares. Les bonnes comédies américaines sont rares. Par contre, la comédie britannique a trouvé son maître, et il se nomme Edgar Wright. Rappelez-vous : il est à l’origine de la fameuse trilogie du cornetto, avec Shaun of the Dead, Hot Fuzz, et Le Dernier pub avant la fin du monde, avec le duo comique Simon Pegg et Nick Frost. Edgar Wright nous avait alors démontré son talent pour revisiter les codes des genres tout en nous faisant hurler de rire. Cette fois-ci, les humoristes ne sont pas de la partie, mais il faut compter sur un casting 4 étoiles : Kevin Spacey, Jon Hamm et Jamie Foxx accompagneront le Baby Driver, joué par Ansel Elgort, le Caleb Prior de Divergente, ainsi que Lily James de Downton Abbey. Et les premiers retours sont très, très bons…
Ça sort quand ? Le 19 juillet
4/ La Planète des Singes : Suprématie de Matt Reeves
Saga culte des années 70, La Planète des Singes a connu un reboot très réussi en 2011 sous la direction de Rupert Wyatt. Montrant la chute du monde des hommes et l’ascension des singes au pouvoir, le film évitait brillamment le manichéisme, et le flambeau était repris avec brio par Matt Reeves en 2014. L’accent était définitivement mis sur les singes et le film faisait le choix audacieux d’avoir la plupart de ses dialogues en langues des signes, moyen de communication des primates. Un blockbuster qui sortait du tout venant dans le genre, bien écrit, mis en scène avec savoir-faire tout en promettant une fin de trilogie qui introniserait l’ascension de César, protagoniste de la série. Cette suite, toujours menée par Matt Reeves, qui arrive cet été est la promesse d’un spectacle tonitruant qui, on l’espère, ne laissera pas ses réflexions et son intelligence sur le bas côté.
Ça sort quand ? Le 2 août
5/ Transformes : The Last Knight de Michael Bay (ex-aequo)
Des robots dinosaures, Excalibur et Winston Churchill : pas de doute, en passant une fois de plus l’Histoire au mixeur, Michael Bay persiste et signe dans le sillon hautement régressif dans lequel se nimbe son cinéma depuis ses débuts. Ce n’est pas pour autant que le postulat résolument crétin de ce dernier nous effraie car avec Anthony Hopkins, qui à coup sûr, sur-jouera le lord britannique pédant, on est assuré d’obtenir du grand spectacle et l’assurance d’une maestria visuelle dont est friand cet apôtre du carnage dénommé Michael Bay. En définitive, on pourra résumer tout ça d’une seule phrase : Transformers : The Last Knight sera sans aucun doute un spectacle crétin, mais un spectacle avant tout. Et on n’en demande pas vraiment plus à celui qui compte bien réécrire l‘Histoire à seule fin de vendre des jouets et de caser Omar Sy dans un énième blockbuster US.
Ça sort quand ? Le 28 juin
5/ 120 Battements par minute de Robin Campillo (ex-aequo)
« Silence = mort ». C’est l’un des slogans chocs de l’association Act Up, créée à Paris dans les années 90 pour dénoncer l’omerta existante autour des ravages du sida, ravages passés sous silence parce qu’ils concernaient pour l’essentiel la communauté homosexuelle. A l’heure où une certaine crispation des mœurs se fait ressentir et où la normalisation d’une pensée réactionnaire semble de plus en plus admise, le nouveau film de Robin Campillo 120 battements par minute tombe à point nommé pour rappeler que la résistance est toujours possible. Le film a été primé à Cannes où il a reçu le Grand Prix du Jury. Cette reconnaissance lui donne d’ores et déjà une visibilité certaine. Peut-être qu’elle permettra aussi à ce film coup de poing, témoignage d’un passé récent encore vibrant qui n’a pas été lissé dans les livres d’histoire, de rencontrer un large public.
Ça sort quand ? Le 23 août
Retrouvez également notre critique cannoise.
Ils ont failli y être : Atomic Blonde (16/08), It Comes at night (21/06), Le Redoutable (13/09) et La Tour Sombre (09/08).
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Image : 1.78 / Ecran : 16/9
Passées les premières minutes et cette voix off (celles de JR et Agnès Varda) un peu agaçante car sur-jouée avec des vannes pas toujours bien senties, on comprend que l’intérêt de Visages Villages est à trouver ailleurs que dans les digressions de ses deux protagonistes. En effet, c’est quand ils filment visages et villages que les deux réalisateurs et artistes trouvent leur équilibre. Nous partons donc à la rencontre de ses corps qui parfois nous livrent une partie de leur histoire. Le film (financé en partie via la plateforme Kiss Kiss Bank Bank) semble n’avoir aucun plan de route et c’est le hasard qui prédomine, quitte parfois à donner une impression de brouillon et à laisser les deux baroudeurs divaguer de manière peu productive. Pourtant, il y a aussi de la joie, de la mélancolie et de la douceur dans ce qui est visible à l’écran. C’est que JR et Agnès Varda ont la volonté de mettre l’autre en avant, de réunir, de construire une petite collectivité, même éphémère. Ils amènent les personnages qui sont avant tout des personnes réelles à se livrer, à s’émouvoir. De cette femme, dernière habitante d’une rue promise à la destruction, qui voit tout à coup son portrait en géant s’étaler sur sa maison, à ses familles réunies à Pirou (une plage de Normandie) sorte de village fantôme jamais habité et soudain peuplé de rires, en passant par ses trois femmes de dockers qui s’étirent en grand sur les conteneurs et acceptent de « s’asseoir dans leurs cœurs ». La solitude est aussi interrogée, revisitée.
En chemin, Agnès Varda s’émeut du sort des chèvres dont on brûle injustement les cornes pour plus de rentabilité et voilà que surgit d’un garage un homme qui observe la chèvre photographiée et placée là au milieu de nulle part. De cette rencontre incongrue naît le burlesque, le désir d’imagination. C’est ce que recherchent les deux artistes depuis toujours, Agnès Varda par ses films et JR par ses photographies-collages anonymes. Les yeux d’Agnès Varda finissent par nous hanter, alors qu’ils partent en voyage sans son corps (comprenez que JR les a photographiés puis affichés sur un train), ceux de JR restent invisibles car sa création, sa liberté se jouent toutes deux de son anonymat partiel, fabriqué. Les deux en jouent, se chamaillent, s’écoutent parler et au détour d’un rendez-vous manqué avec Godard, se retrouvent, se découvrent et décident de continuer la route ensemble. La musique de Mathieu Chedid vient accompagner discrètement ce voyage improvisé, nos cœurs finissent, quant à eux, apaisés.

Sans Pitié est le troisième long métrage de Sung-hyun Byun, un changement radical pour le cinéaste dont le dernier fait d’armes était d’avoir réalisé Watcha’ wearin’?, une comédie romantique torride introuvable en France. Pourtant, le cinéaste bénéficie d’une cote d’appréciation assez remarquable dans son pays et son film fut présenté sur la Croisette avec une excitation palpable. Depuis quelques années, c’est une tradition pour le Festival de Cannes de mettre à l’honneur la Corée du Sud dans ses séances de minuit. En 2014, les spectateurs avaient pu découvrir The Target, Office avait été diffusé en 2015 et les festivaliers avaient pu voyager à bord du
Et en ce sens, Sans Pitié réussit là où d’autres auraient très bien pu tomber dans la facilité et la référence lourdingue. La qualité de Sung-hyun Byun est qu’il s’impose comme un artisan pointilleux qui conserve l’ambiance nerveuse, sèche et élégante des films qui l’ont influencé pour mieux s’engager sur une voie singulière. Car le film se démarque par un refus catégorique du manichéisme. Les policiers ne sont pas gentils et les malfrats ne sont pas méchants. Et la réciproque ne vaut pas plus. Chacun a ses raisons (argent, ambition, etc.) pour exercer les sacrifices qu’il faut. Les deux personnages principaux semblent être dans un premier temps les archétypes du film noir mais ils progressent lentement vers un traitement plus subtil de leur caractère. Il est difficile de deviner leurs intentions, tant celles-ci sont constamment tourmentées par la volonté de s’en sortir et des suspicions réciproques. La manipulation narrative du récit renverse à plusieurs reprises le film avant de véritablement nous dévoiler la psyché des protagonistes. Mais outre sa narration retorse, c’est dans la mise en scène que Sans Pitié est original, ainsi que dans son montage précis qui alterne les scènes d’actions et les séquences plus intimes entre les personnages. Il suffit de voir les scènes de règlements de comptes qui virent à l’anarchie totale pour constater que la caméra effectue des mouvements audacieux et rarement vus dans des espaces aussi confinés. Question narration, le montage pourra irriter ceux qui ne supportent pas les allers et retours dans le temps, spécialement quand les indices visuels pour différencier les époques sont absents, mélangeant ainsi toutes les intrigues si l’on n’est pas un tant soi peu concentré. Certains regretteront aussi que le cinéaste ne se soit pas plus évertué à dresser un état de la criminalité de son pays, Sans Pitié ne disant finalement pas grand chose de la Corée du Sud. Les uns crieront donc à l’esbroufe mais les autres apprécieront largement le spectacle. Pas étonnant alors qu’une standing ovation de sept minutes ait eu lieu lors de la présentation du film à Cannes.




TF1 production et Gaumont distribution ? L’équation est inévitable. En s’adressant à un public quinquagénaire bourgeois, il ne faut pas s’attendre à être surpris. Difficile d’éviter les clichés quand le film en est rempli et ne s’articule que sur cela. L’introduction paraît touchante avec un mari infidèle, mais dès les 10 premières minutes, le rythme s’accélère gratuitement pour imposer le retour de Marie-Francine chez ses parents, dans un appartement du 16ème, plus riche est impossible… Le spectateur ne comprend pas ou n’a pas le temps de comprendre comment une docteure émérite en biologie moléculaire n’a d’autre choix que de revenir chez papa et maman. Et le saturation est immédiate. Nous avons rarement vu un duo d’acteurs surjouant comme dans une comédie de boulevard. Hélène Vincent et Philippe Laudenbach exècrent, désespèrent et contrecarrent tout possible élan humoristique. Il n’y en a par ailleurs aucun. Le prince charmant sous les traits de Patrick Timsit, mielleux à souhait, apparaît comme un cheveu sur la soupe dans une boutique de cigarettes électroniques (pourquoi a-t-elle accepté alors qu’elle refuse catégoriquement de s’abaisser professionnellement?!) décoré au ramasse-bourrier. Deux étals et quelques babioles ne suffisent pas à faire un décor de cinéma. Le tout éclairé grossièrement pour aplatir les reliefs et sans raccord d’un plan à un autre. La réalisatrice/actrice a peut-être voulu faire une bonne action en engageant des stagiaires de troisième, jusque dans la diégèse elle-même. Où sont les décorateurs? La/le script? Le chef opérateur aussi bien? Les cadres sont aléatoires et très moches, laissant du vide ou coupant les cheveux sans parler du tremblement ou des travellings suivis inutiles… La liste est longue. La musique, sans réel mixage ni signification, est coupée brutalement 4 fois pour donner l’illusion d’une cadence, d’une mesure à des fins scénaristiques, mais n’est que vulgaire et désagréable à l’écoute. Les économies sont criantes, du budget à l’écriture. Les dialogues, creux et d’une banalité mortifère, comblent un vide abyssal. Imaginez-vous en présence d’un(e) ami(e) d’un(e) ami(e) que vous ne connaissez pas, mais avec qui vous vous sentez obligé de faire la conversation le temps que l’autre revienne des toilettes. Vous obtenez l’ordinaire et
pathétique jeu de séduction qui ne convainc personne, ou si peut-être quelqu’un qui n’a jamais vu aucun film, vierge de toute conception affective. Aucune recherche dramatique, tout nous est balancé lourdement, du montage alterné annihilant tout effet de surprise donc, à la direction d’acteur inexistante en passant par les accessoires et décors qui intéressent plus que l’intrigue écrite en 5 minutes sur une serviette de bar usagée. Nous avons déjà vu des téléfilms sur la première chaîne plus soignés et légèrement plus captivants que cet ersatz grotesque américanisé à des fins universalis(s)ants.

Avec
Dans Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents (un sous-titre ambivalent qui déplace à tort le focus sur les personnages des parents), la protagoniste Dora (Victoria Schulz, explosive) est une jeune fille plutôt svelte, mais atteinte d’un handicap mental l’obligeant à suivre un traitement médical lourd, proche de la camisole chimique. Filmé en caméra subjective, son univers se compose d’un flou généralisé entrevu par ses paupières à peine entrouvertes, et son moyen de communication se réduit à des borborygmes incompréhensibles. Sa mère décide alors unilatéralement d’arrêter complètement les médicaments, pour, dit-elle, apprendre à connaître la vraie personnalité de Dora. La scène suivante retrouve Dora célébrant en famille ses dix-huit ans, heureuse, souriante, un peu sans filet comme peuvent l’être les personnes innocentes et inconscientes du qu’en dira-t-on et de son quant-à-soi. Une scène lumineuse et joliment filmée, mettant en avant dans le même mouvement la normalité et la singularité de Dora.
Libérée de ses pilules, elle se met alors à l’œuvre, Dora. Elle se met à la découverte du monde et d’elle-même, de ses sens, de sa sensualité et de sa sexualité, Dora la sexploratrice. C’est ainsi qu’elle se jette littéralement dans les bras de Peter (Lars Eidinger, glaçant dans son rôle de prédateur sexuel), dans une scène dérangeante où la découverte du plaisir sexuel par la jeune femme résulte d’une étreinte consentie et qui pourtant a tout l’air d’un viol abject, compte tenu du handicap de Dora. Pour autant, cette scène ne relève pas du voyeurisme, la cinéaste prenant soin de capter les émotions très complexes de Dora plutôt que l’acte en lui-même. Dora continue de fréquenter Peter, dont elle finit par tomber enceinte. S’ensuivent alors des situations qui posent question. La question de la psychiatrie coercitive versus le respect des droits et de la liberté de la personne quand celle-ci n’a pas un jugement éclairé, le nécessaire équilibre que les parents doivent trouver (ou pas) pour protéger Dora des autres, mais peut-être surtout d’elle-même, de ses désirs intacts et spontanés, désinhibés comme dans cette magnifique scène à l’hôtel qui montre qu’aucun handicap ne peut freiner la jouissance sexuelle (la prestation no limit de Victoria Schulz, repérée lors d’un casting de rue, est tout à fait remarquable). Est abordée également la question de l’avortement, de la grossesse, de la maternité de la personne handicapée. Des sujets appréhendés avec à la fois du pragmatisme et de la délicatesse de la part de Stina Werenfels, avec parfois des métaphores poétiques, comme cette grenade rouge (le fruit, pas l’arme) presque en forme de cœur offerte à Peter, la poésie étant ce qui correspond le mieux à la vision de Dora. L’ambiguïté règne dans Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents, à commencer par ce titre à double détente. L’ambiguïté du rôle des parents, à qui revient le choix de psychiatriser ou non leur fille, l’ambigüité en particulier de Kristin, la mère, une femme qui a accouché d’une enfant handicapée qui elle-même est en capacité d’accoucher d’un enfant « normal ». Ambiguïté encore du personnage de Peter, antipathique au plus haut point, mais montrant un maelstrom de sentiments où désir, tendresse, duplicité, trahison, protection se mêlent de manière confuse, dans une relation bornée par le handicap de Dora.
La conclusion du film de Stina Werenfels prend le large en poussant encore le bouchon plus loin par rapport à la pièce de son compatriote, le dramaturge Lukas Bärfuss, comme pour marquer l’évolution sociétale apparue dans le laps de temps qui sépare la création des deux œuvres. Dora, ou les névroses de nos parents reste autrement tout à fait fidèle aux préoccupations soulevées par l’homme de théâtre.
