La deuxième saison de The Affair est sortie en DVD le 6 juin dernier, une saison plus mystérieuse et contrastée que la précédente.
Après une première saison narrant le début de la liaison sulfureuse entre Noah et Alison, les deux amants quittent leurs conjoints respectifs pour se mettre ensemble. Mais la routine semble s’être insidieusement installée dans le couple et on retrouve alors les deux protagonistes distants l’un de l’autre, leur idylle passionnée ayant eu du mal à survivre à la réalité du quotidien.
Alors que la première saison était centrée sur les deux personnages principaux et racontait l’histoire de leur point de vue, la seconde multiplie les perspectives en ajoutant les points de vue de leurs ex-conjoints, Cole et Helen. Le quatuor amène alors beaucoup plus de contraste dans la narration et nous montre les personnages sous de nouveaux angles. A présent, Helen et Cole ne sont plus spectateurs de l’histoire mais acteurs, et on en découvre alors plus sur la relation entre Cole et Alison, plus complexe qu’il n’y paraissait.
Cette deuxième saison, plus mystérieuse, mêle le thriller au drame avec le meurtre de Scotty, le frère de Cole, et la recherche du coupable. Si la série pâtit légèrement de ce mélange de genre, elle garde néanmoins son côté drame psychologique et ses thématiques universelles finement traitées.
Pour ce qui est des bonus du coffret DVD, The Affair saison 2 nous offre une visite de Montauk, nous expliquant pourquoi ce lieu était parfait pour le tournage, par rapport à l’atmosphère que l’équipe recherchait. Les bonus nous proposent aussi une série de portraits, celui d’Alison, de Noah, de Cole et enfin celui d’Helen. D’une durée d’environ deux minutes chacun, les profils sont courts mais efficaces, si on aurait aimé avoir une analyse plus poussée de la psychologie de chacun, il est intéressant d’avoir un aperçu de la manière dont chaque acteur perçoit son personnage. Enfin, l’allée des souvenirs nous donnent des détails sur ce qui fait la série, c’est-à-dire ses différents points de vue, et nous explique comment ils ont réussi à filmer les différentes perspectives et pourquoi c’était si important d’avoir la version de chaque personnage.
Visages Villages est d’abord le récit de la rencontre entre deux artistes, deux générations : Agnès Varda et JR. C’est aussi un documentaire qui met en avant la France et ses habitants avec une certaine ironie et toujours une grande douceur.
Road movie
Passées les premières minutes et cette voix off (celles de JR et Agnès Varda) un peu agaçante car sur-jouée avec des vannes pas toujours bien senties, on comprend que l’intérêt de Visages Villages est à trouver ailleurs que dans les digressions de ses deux protagonistes. En effet, c’est quand ils filment visages et villages que les deux réalisateurs et artistes trouvent leur équilibre. Nous partons donc à la rencontre de ses corps qui parfois nous livrent une partie de leur histoire. Le film (financé en partie via la plateforme Kiss Kiss Bank Bank) semble n’avoir aucun plan de route et c’est le hasard qui prédomine, quitte parfois à donner une impression de brouillon et à laisser les deux baroudeurs divaguer de manière peu productive. Pourtant, il y a aussi de la joie, de la mélancolie et de la douceur dans ce qui est visible à l’écran. C’est que JR et Agnès Varda ont la volonté de mettre l’autre en avant, de réunir, de construire une petite collectivité, même éphémère. Ils amènent les personnages qui sont avant tout des personnes réelles à se livrer, à s’émouvoir. De cette femme, dernière habitante d’une rue promise à la destruction, qui voit tout à coup son portrait en géant s’étaler sur sa maison, à ses familles réunies à Pirou (une plage de Normandie) sorte de village fantôme jamais habité et soudain peuplé de rires, en passant par ses trois femmes de dockers qui s’étirent en grand sur les conteneurs et acceptent de « s’asseoir dans leurs cœurs ». La solitude est aussi interrogée, revisitée.
Et pourquoi pas une chèvre ?
En chemin, Agnès Varda s’émeut du sort des chèvres dont on brûle injustement les cornes pour plus de rentabilité et voilà que surgit d’un garage un homme qui observe la chèvre photographiée et placée là au milieu de nulle part. De cette rencontre incongrue naît le burlesque, le désir d’imagination. C’est ce que recherchent les deux artistes depuis toujours, Agnès Varda par ses films et JR par ses photographies-collages anonymes. Les yeux d’Agnès Varda finissent par nous hanter, alors qu’ils partent en voyage sans son corps (comprenez que JR les a photographiés puis affichés sur un train), ceux de JR restent invisibles car sa création, sa liberté se jouent toutes deux de son anonymat partiel, fabriqué. Les deux en jouent, se chamaillent, s’écoutent parler et au détour d’un rendez-vous manqué avec Godard, se retrouvent, se découvrent et décident de continuer la route ensemble. La musique de Mathieu Chedid vient accompagner discrètement ce voyage improvisé, nos cœurs finissent, quant à eux, apaisés.
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Visages Villages : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=YlQ104-3XYs
Visages Villages : Fiche technique
Réalisation : JR, Agnès Varda
Scénario et commentaires : Agnès Varda, JR
Musique originale : -M-
Productrices : Rosalie Varda, Emilie Abinal
Coproducteurs: Charles S. Cohen, Julie Gayet, Nadia Turincev, Nicole Fu, Etienne Comar
Photographie : Claire Duguet, Nicolas Guicheteau, Valentin Vignet, Romain Le Bonniec, Raphael Minnesota, Robert de Angelis, Julien Fabry
Montage : Agnès Varda avec Maxime Pozzi, chef monteur
Sociétés de production : Ciné Tamaris, Social Animals, Rouge International, Arte France Cinéma, Arches films
Distributeur : Le Pacte
Durée : 1h 29min
Date de sortie : 28 juin 2017
Alexis Michalik travaillerait sur un projet ambitieux pour les besoins du cinéma. Le jeune metteur en scène prometteur rêve en effet d’adapter sa pièce de théâtre Edmond dans le courant de l’année 2018.
Alexis Michalik, comédien, auteur et metteur en scène pour le théâtre, connait un véritable triomphe en cette année 2017 avec sa pièce Edmond. Cette œuvre a en effet récolté cinq prix lors de la soirée exceptionnelle de la Nuit des Molière, l’équivalent de la cérémonie des César pour le théâtre, le 29 mai dernier. Alexis Michalik, âgé de 34 ans, avait déjà remporté un franc succès au théâtre avec ses pièces précédentes : Le Porteur d’Histoire et Le Cercle des Illusionnistes.
L’artiste nourrit pourtant un nouveau projet fou. Il a en effet l’intention d’adapter sa pièce Edmond au cinéma. Alexis Michalik souhaiterait voir ce film aboutir dans le courant de l’année 2018. Le metteur en scène aurait l’intention d’écrire et de réaliser lui-même cette adaptation.
Cette information a été annoncée le vendredi 16 juin par Alexis Michalik lui-même alors qu’il était invité sur les antennes de France Inter. Il a dévoilé ses intentions d’adapter au cinéma sa propre pièce de théâtre, Edmond. L’intrigue de cette œuvre, lauréate de cinq Molière en 2017, dévoile le contexte dans lequel Edmond Rostand, l’auteur de Cyrano de Bergerac, a écrit le chef-d’œuvre qui l’a rendu célèbre.
Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci : elle n’est pas encore écrite. Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac.
Alexis Michalik est en réalité impliqué sur ce projet depuis une dizaine d’années. D’après des informations d’AlloCiné, le comédien et metteur en scène souhaitait faire d’Edmond un long-métrage dès le début. N’ayant pas pu trouver de réalisateurs passionnés et motivés par ce projet, Alexis Michalik aurait alors remodelé cette œuvre pour la mettre en scène pour le théâtre. Après le succès public et critique de la pièce Edmond, l’artiste serait donc enfin en passe de réussir son pari fou de raconter la genèse de Cyrano de Bergerac dans une œuvre cinématographique. Reste à savoir si Gérard Depardieu, l’interprète inoubliable du film de Jean-Paul Rappeneau en 1990, effectuera un cameo dans la version cinéma d’Edmond en 2018.
Edmond se joue chaque soir, du mardi au dimanche, jusqu’en décembre 2017 au Théâtre du Palais-Royal. La troupe de la pièce regroupe les acteurs Anna Mihalcea, Christian Mulot, Christine Bonnard, Guillaume Sentou, Jean-Michel Martial, Kévin Garnichat, Nicolas Lumbreras, Pierre Benezit, Pierre Forest, Régis Vallee, Stéphanie Caillol et Valérie Vogt.
Liste complète des Molière récoltés par la pièce Edmond en 2017 :
– Molière du meilleur spectacle du Théâtre privé
– Molière du comédien dans un second rôle pour Pierre Forest
– Molière de la Révélation masculine pour Guillaume Sentou
– Molière de l’auteur francophone vivant pour Alexis Michalik
– Molière du metteur en scène pour Alexis Michalik
Réjouissante Séance de Minuit au dernier Festival de Cannes, Sans Pitié est un polar nerveux dans la pure tradition du cinéma hongkongais, qui n’oublie pas de crier son amour à Scorsese et Tarantino.
Synopsis : Jae-ho, qui se rêve chef de gang, fait la loi en prison auprès des autres détenus. Mais son autorité est remise en cause à l’arrivée de Hyun-su, un nouveau venu.
Sans Pitié est le troisième long métrage de Sung-hyun Byun, un changement radical pour le cinéaste dont le dernier fait d’armes était d’avoir réalisé Watcha’ wearin’?, une comédie romantique torride introuvable en France. Pourtant, le cinéaste bénéficie d’une cote d’appréciation assez remarquable dans son pays et son film fut présenté sur la Croisette avec une excitation palpable. Depuis quelques années, c’est une tradition pour le Festival de Cannes de mettre à l’honneur la Corée du Sud dans ses séances de minuit. En 2014, les spectateurs avaient pu découvrir The Target,Office avait été diffusé en 2015 et les festivaliers avaient pu voyager à bord du Dernier Train pour Busan en 2016. Thierry Frémaux et son équipe ne pouvaient décemment pas omettre ce petit bijou de nervosité et de virtuosité tout droit venu du Pays du Matin Calme qui, chaque année, nous balance une droite en pleine figure (souvenez-vous deThe Strangers). Et si en plus, dès les premières images, Sans Pitié a des allures de Reservoir Dogs et Les Infiltrés, on est en droit de s’attendre à quelque chose de radical. Le réalisateur sud-coréen ne cache d’ailleurs pas son amour pour le cinéma de Quentin Tarantino et Martin Scorsese. Il faut dire que Sans Pitié reprend en partie la trame du film de Scorsese – lui-même remake du film hongkongais Infernal Affairs – mais en change considérablement les ressorts dramatiques. Il en conserve l’élément déclencheur du film, à savoir l’infiltration d’un policier dans un gang sud-coréen spécialiste du trafic de drogues et les multiples rebondissements qui vont en découler. De Reservoir Dogs, il garde le climat de suspicion et la relation paternaliste Mister White/Mister Orange avec ses personnages. Mais en se revendiquant clairement comme film d’action, Sans pitié lorgne davantage du côté du cinéma hongkongais et de ses fusillades explosives. Toutes ces références ne pouvaient donc qu’annoncer un beau programme.
Sans Pitié confirme la réjouissante vitalité du cinéma d’action sud-coréen
Et en ce sens, Sans Pitié réussit là où d’autres auraient très bien pu tomber dans la facilité et la référence lourdingue. La qualité de Sung-hyun Byun est qu’il s’impose comme un artisan pointilleux qui conserve l’ambiance nerveuse, sèche et élégante des films qui l’ont influencé pour mieux s’engager sur une voie singulière. Car le film se démarque par un refus catégorique du manichéisme. Les policiers ne sont pas gentils et les malfrats ne sont pas méchants. Et la réciproque ne vaut pas plus. Chacun a ses raisons (argent, ambition, etc.) pour exercer les sacrifices qu’il faut. Les deux personnages principaux semblent être dans un premier temps les archétypes du film noir mais ils progressent lentement vers un traitement plus subtil de leur caractère. Il est difficile de deviner leurs intentions, tant celles-ci sont constamment tourmentées par la volonté de s’en sortir et des suspicions réciproques. La manipulation narrative du récit renverse à plusieurs reprises le film avant de véritablement nous dévoiler la psyché des protagonistes. Mais outre sa narration retorse, c’est dans la mise en scène que Sans Pitié est original, ainsi que dans son montage précis qui alterne les scènes d’actions et les séquences plus intimes entre les personnages. Il suffit de voir les scènes de règlements de comptes qui virent à l’anarchie totale pour constater que la caméra effectue des mouvements audacieux et rarement vus dans des espaces aussi confinés.Question narration, le montage pourra irriter ceux qui ne supportent pas les allers et retours dans le temps, spécialement quand les indices visuels pour différencier les époques sont absents, mélangeant ainsi toutes les intrigues si l’on n’est pas un tant soi peu concentré. Certains regretteront aussi que le cinéaste ne se soit pas plus évertué à dresser un état de la criminalité de son pays, Sans Pitié ne disant finalement pas grand chose de la Corée du Sud. Les uns crieront donc à l’esbroufe mais les autres apprécieront largement le spectacle. Pas étonnant alors qu’une standing ovation de sept minutes ait eu lieu lors de la présentation du film à Cannes.
Sans Pitié s’impose donc un film d’action d’une efficacité à toute épreuve, respectueux des codes du polar noir, tout en lui apportant des nuances radicales. Au final, ce qui est perdu en cohérence narrative est contrebalancé par une énergie redoutable qui fait de Sans Pitié, une nouvelle référence du genre.
Sans Pitié : Bande-annonce
Sans Pitié : Fiche Technique
Titre original : Bulhandang (titre international : The Merciless)
Réalisation : Sung-hyun Byun
Scénario : Sung-hyun Byun, Kim Min-soo
Interprétation : Kyung-Gu Sol (Han jae-ho), Si-wan Yim (Jo Hyun-su), Kim Hie-won (Ko Byung-gab), Jeon Hye-Jin (Cheon Chief)
Photographie : Cho Hyoung-rae
Montage : Kim Sang-Bum, Kim Jae-Bum
Musique : Kim Hong-jip, Lee Jin-hee
Costume : Cho Hee-ran
Décors : Han Ah-rum
Producteurs : Michelle Kwon, Simon Lee (II), Park Ji-sung, An Eun-mi, Yi Jin-hee, Miky Lee, Jeong Tae-Sung
Sociétés de Production : /
Distributeur : ARP Sélection
Budget : /
Festival et Récompenses : Présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2017
Genre : Thriller
Durée : 120 minutes
Date de sortie : 28 juin 2017
Le tournage du nouveau film de Jean Becker, Le Collier Rouge, aurait débuté. Ce nouveau long-métrage serait une adaptation cinématographique du roman de Jean-Christophe Ruffin. Le casting réunit notamment François Cluzet et Nicolas Duvauchelle.
Selon des informations du Film Français, le tournage du prochain film de Jean Becker, Le Collier rouge, a débuté. Ce nouveau projet cinématographique du réalisateur de Bienvenue Parmi Nous, L’été meurtrier et d’Un Crime au paradis bénéficie d’un casting prometteur. François Cluzet et Nicolas Duvauchelle, nommés tous les deux cette année pour le César du meilleur acteur, sont notamment actuellement mobilisés pour les besoins de ce long-métrage, adapté de l’œuvre littéraire de Jean-Christope Ruffin. L’actrice Sophie Verbeeck (A trois on y va) et la chanteuse Maurane sont également annoncées au casting de ce nouveau projet de Jean Becker.
Le Collier rouge va plonger les spectateurs dans un drame après le choc des tranchées de 1914-1918. Un héros de la guerre est retenu prisonnier dans une caserne déserte au cœur d’une petite ville lors de l’été 1919. Seul son chien ne l’a pas abandonné. L’animal aboie jour et nuit devant la porte close. Non loin de là, une femme, qui s’épuise au travail de la terre, attend et espère des jours meilleurs. Un juge, un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes, va devoir démêler la situation du prisonnier. La clef du drame entre ces trois personnages pourrait bel et bien être en réalité ce malheureux chien.
La rédaction de Sud-Ouest a dévoilé des subtilités sur les personnages principaux :
Héros perturbé du premier conflit mondial, Morlac croupit dans une cellule, veillé par le chien qui l’a accompagné au cœur des tranchées. Juge militaire écœuré par plus de quatre années de tueries, Lantier tente de comprendre pourquoi Morlac, qui refuse toute aide, a « pété les plombs ». La réponse se trouve peut-être chez Valentine, la compagne de l’insoumis…
Le Collier Rouge s’apparente selon le quotidien régional à une « allégorie sur la fidélité et la loyauté ». Après la comédie plus légère Bon Rétablissement, ce nouveau film de Jean Becker, sur fond de Première Guerre Mondiale, s’annonce donc poignant et devrait faire la part belle aux émotions.
Jean Becker s’est confié à la rédaction de Sud-Ouest sur ses intentions :
Comme le roman, le film n’est surtout pas une évocation historique de la guerre de 14, mais une histoire entre deux types, une femme et un chien, où il est question de fidélité et d’amour. Ce qui m’intéressait, c’était le cheminement de la pensée de Morlac, un type simple, un paysan qui vit un cauchemar. Morlac est un anarchiste, mais pas un anar’ de métier.
Le scénario du film a été coécrit par Jean Becker, Jean-Christophe Rufin et Jean-Loup Dabadie. Le tournage aurait débuté le 23 mai en région parisienne. L’équipe du film serait actuellement en Charente pour de nouvelles prises de vue à Montbron et à Cherves-Châtelars. Le long-métrage Le Collier rouge devrait être visible dès la fin de l’année 2017.
Avec La Momie, première incursion dans le Dark Universe, les studios Universal n’ont pris guère de risques en proposant un blockbuster d’aventure parsemé d’idées et d’épouvante, dynamique au demeurant avec un Tom Cruise au top de sa forme, mais dont le caractère trop bancal nuit à la sympathie de l’ensemble.
Synopsis :Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain. Nick Morton, membre d’une unité d’élite de l’armée américaine, accompagnée d’une mystérieuse chercheuse, vont tout faire pour l’arrêter.
Il est intéressant de voir comment un film peut être perçu de manière différente sur son territoire d’origine et à travers le monde. C’est notamment le cas avec ce reboot de La Momie, introduisant le Dark Universe, où les studios Universal s’amuseront à réveiller un par un les vieilles icônes horrifiques ayant fait leurs beaux jours. D’un côté, les États-Unis, où son démarrage fut bien laborieux, ne récoltant que 32 millions de dollars pour son 1er week-end, et n’étant en rien aidé par des critiques catastrophiques niant tout aspect un tant soit peu réussi du long métrage. De l’autre côté, le reste du monde, où le film fait un véritable carton en empochant 140 millions de dollars de recettes, mais avec des jugements toujours aussi sévères. Syndrome récemment détecté du côté du DC Universe, notamment à travers Batman vs Superman ou plus encore Suicide Squad, jamais un tel bashing n’a été aussi palpable. Est-il seulement justifié ?
« Bienvenue dans un monde nouveau, peuplé de dieux et de monstres »
Nous serons tout d’abord tentés de répondre par la négative tant ce nouveau cru de La Momie se montre convaincant dans sa première partie. Car la première heure du long métrage, osons le dire, contient de bonnes idées, rendant ce blockbuster, certes classique et à première vue symptomatique de la tendance actuelle des remakes à tout-va, plutôt sympathique. Il ne cherche d’ailleurs aucunement à concurrencer le précédent film de 1999 par Stephen Sommers, qui à l’instar d’un Indiana Jones proposait un cocktail exotique à base de frissons, d’aventures et d’humour le tout pendant les années 20. Ici, la trame se déroule de nos jours, entre les déserts du Moyen-Orient et l’Angleterre, dans un cadre volontairement plus contemporain. Cette modernisation de l’intrigue s’accompagne également d’un traitement de l’épouvante plus appuyé, rendant des scènes parfois dérangeantes (bien que filmé hors champ, on assiste quand même au meurtre d’un nourrisson !) parfois particulièrement creepy. A ce titre, les zombies accompagnant la momie sont très réussis, à tel point que la minutie du maquillage et le travail sur la lumière, peuvent effrayer les plus jeunes. Ils sont d’ailleurs à l’origine d’une des scènes d’action les plus réussies du film, à savoir une course poursuite en forêt mêlant humour et spectaculaire, bien que le point d’orgue reste indéniablement ce crash en avion, semblant sortir tout droit d’un épisode de Mission Impossible, et dont le réalisme vous fera vous cramponner à votre siège. Mais la réalisation n’est pas le seul point fort du film.
Car pour un divertissement de cet acabit, il est à noter que la caractérisation des personnages est réussie. Tout d’abord, la principale intéressée : la momie elle-même. Interprétée par Sofia Boutella, de plus en plus à l’aise dans le registre de l’entertainment (Kingsman, Star Trek…), celle-ci confère à son personnage un côté à la fois sexy et terrifiant, intriguant et inquiétant, et dont la colère, bien que tirant son origine d’une basique histoire de jalousie envers son jeune frère prétendant au trône, entraîne des situations très efficaces (l’attaque de Londres par exemple). L’autre personnage féminin, interprété par Annabelle Wallis, s’éloigne de manière bien agréable de la demoiselle en détresse et s’apparente davantage à une femme au caractère bien trempée, présente sur le terrain et n’hésitant pas à se battre. Pas vraiment le choix quand on est la comparse de Tom Cruise ! Ce dernier, fidèle à lui-même en matière d’exécution de ses cascades, apporte tout de même une certaine fraîcheur dans son interprétation de cet anti-héros, notamment un sens du second degré et de l’auto dérision qu’on ne lui connaissait pas.
Rythmée, pêchue et sans temps mort, cette première heure ne laissait présager que du bon par la suite. Et pourtant…
« Le syndrome de la double personnalité »
Il est assez cocasse pour un film nous présentant le Docteur Jekyll dans le cadre du Dark Universe de posséder lui-même une double personnalité, diamétralement opposée l’une de l’autre. Car si la première partie nous séduisait par son parti pris et ses personnages, la seconde nous ennuie littéralement, s’embourbant dans des facilités scénaristiques déplorables. A tel point qu’on se demande si nous sommes toujours dans le même film, ou si l’équipe de scénaristes a changé en cours de route, composée pourtant de Christopher McGuarrie, scénariste de Usual Suspects et réalisateur de belles réussites (Jack Reacher, Mission Impossible : Rogue Nation…). C’est bien simple, l’intrigue avance à l’aide de grands bouts de ficelle sur une route clairsemée de brèches : motivation des personnages plus qu’obscure, séquences inutiles et au ton involontairement comique (des zombies qui nagent la brasse sous l’eau ?!), sidekick comique rébarbatif et épuisant, alors qu’il se faisait plutôt discret au début… De même, le film accuse une chute du rythme qui l’avait jusqu’ici caractérisé pour laisser place à un ventre mou des plus lourds et des séquences d’action plutôt ratées, l’attaque de Londres mise à part. Pourquoi ne pas avoir davantage soigné le combat entre Tom Cruise et Russel Crowe, deux acteurs tournant pour la première fois ensemble, et dont le duel ne possède aucun semblant d’intensité ? Pourquoi ne pas avoir instauré un vrai climax final entre la momie et le héros plutôt que cette résolution bâclée et expéditive ? La fin est certes logique dans son déroulement, puisque le film n’est que le premier rouage d’un univers étendu, mais il n’empêche qu’on était en droit d’attendre une confrontation digne de ce nom, qui finalement ne se résumera qu’à quelques coups sur le visage. L’intrigue perd donc de son éclat, et le film de son charme.
Rassurons-nous tout de même, La Momie est loin d’être un cas d’école comme ont pu être certains films malades et désarticulés (Les 4 fantastiques en tête). Bien que bancal et maladroit, il introduit de manière plutôt honnête la nouvelle franchise d’Universal. Mérite-t-il ainsi ce déferlement de haine ? Assurément non !
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La Momie : Bande-annonce
La Momie : Fiche technique
Réalisation : Alex Kurtzman
Scénario : David Koepp, Christopher McGuarrie, Dylan Kussman, sur une idée de Jon Spaihts, Alex Kurtzman et Jenny Lumet
Interprétation : Tom Cruise (Nick Morton), Russel Crowe (Henry Jekyll), Annabelle Wallis (Jenny Halsey), Sofia Boutella (Ahmanet), Jake Johnson (Chris Vail), Courntey B. Vance (le colonel Greenway), Marwan Kenzari (Malik)…
Photographie : Ben Seresin
Montage : Gina et Paul Hirsh, Andrew Mondshein
Direction artistique : Franck Walsh, John Frankish, Andrew Ackland-Snow, Tom Whitehead, James Lewis, Will Coubrough, Justin Warburton-Brown, Steve Carter
Costumes : Penny Rose
Décors : Jon Hutman, Dominic Watkins
Musique : Brian Tyler
Producteurs : Alex Kurtzman, Chris Morgan, Sean Daniels, Sarah Bradshaw, Jeb Brody, Roberto Orci
Sociétés de production : Universal Pictures
Distribution (France) : Universal Pictures International France
Durée : 111 minutes
Genre : Aventure, fantastique, épouvante
Date de sortie : 14 Juin 2017 États-Unis – 2017
Nos Patriotes aurait pu être intéressant dans son sujet rarement traité. Or, le ton que choisit Gabriel Le Bomin demeure bien trop faux et fade pour nous attirer complètement.
Synopsis : Après la défaite française de l’été 1940, Addi Ba, un jeune tirailleur sénégalais s’évade et se cache dans les Vosges. Aidé par certains villageois, il obtient des faux papiers qui lui permettent de vivre au grand jour. Repéré par ceux qui cherchent à agir contre l’occupant et qui ne se nomment pas encore « résistants », il participe à la fondation du premier « maquis » de la région.
Gabriel Le Bomin se limite à un portrait honnête mais banal là où il aurait pu rendre hommage de manière puissante à un homme exceptionnel. Marc Zinga interprète brillamment le rôle d’Addi Bâ, tirailleur sénégalais qui refuse de rejoindre la zone libre pour rester combattre avec ceux qu’on appellera plus tard les Résistants. Déjà remarqué par ses justes interprétations dans Dheepan ou La Fille inconnue dernièrement, il est véritablement le point fort du film, celui qui fait que l’on reste dans la salle et que l’on est par moment pris dans les actions. Dès le début du film, on y est d’ailleurs brutalement plongé lorsque les tirailleurs doivent jouer des scènes de guerre devant les caméras. Pour les besoins d’un film de propagande, on leur fournit des fusils non chargés pendant que les Allemands devront réellement leur tirer dessus. Le film s’ouvre sur cette séquence déroutante qui plante le décor et installe l’ambiance immédiatement pour s’achever aussi tragiquement. Entre les deux, peu de panache… Le film devient rapidement un documentaire sur l’homme plutôt qu’une réelle fiction bouleversante. La vérité est très importante à montrer sur cet aspect peu connu de la Résistance mais l’oeuvre cinématographique n’en reste pas moins importante : elle est ici très décevante. L’histoire qui connaît pourtant quelques actions et rebondissements devient rapidement lassante dans son récit et le courage des résistants n’est mis en valeur qu’à la fin. Dommage pour cette partie de l’Histoire qui mériterait bien des médailles et des odes, dont on parle trop peu.
Si l’on peut reprocher au film de manquer de force et d’émotion, on ne peut pas critiquer la sobriété de la mise en scène qui met nettement en avant la nature vosgienne. Les plans appellent à la liberté, à l’air pur et libre dont ce pays en guerre poursuit encore la quête. La peur et le sentiment d’être enfermés dans des terres qu’ils ne contrôlent plus sont vraiment bien contrastés avec les forêts où le vent souffle et desquelles on peut voir l’horizon. Mais cette nature est représentée comme une délivrance en gardant des couleurs sombres et obscures montrant que la domination est bel et bien présente et qu’il y aura des jours noirs avant d’être libre. Ce besoin d’évasion, on le trouve aussi dans les rôles secondaires féminins avec Alexandra Lamy qui est la première à aider le tirailleur à se cacher, et Louane Emera, que l’on retrouve encore à vélo après La Famille Bélier. Si ce dernier lui avait valu un César, peu de chance ici de la voir triompher d’une quelconque récompense. Le film donne l’impression que ces deux personnages sont là pour gagner du temps et apportent des détails qui font tourner en rond l’histoire, qui manque vite de souffle. Alexandra Lamy est convaincante dans certains moments mais très loin d’avoir le talent qu’elle possède dans la comédie, dans les films considérés comme sérieux. Le film ne trouve alors que sa puissance à la fin avec une dernière scène qui marque vivement les esprits par cette intensité enfin trouvée, mais sans doute trop tard pour faire suffisament rentrer le spectateur dans l’histoire.
Nos Patriotes : Bande Annonce
Nos Patriotes : Fiche Technique.
Réalisation : Gabriel Le Bomin
Scénario : Gabriel Le Bomin, d’après l’oeuvre de Tierno Monénembo
Interprètes : Marc Zinga, Alexandra Lamy, Louane Emera, Pierre Deladonchamps
Musique : Fabian Romer
Décors : Nicolas De Boiscuillé
Costumes : Mahemiti Deregnaucourt
Producteurs : Farid Lahouassa, Aissa Djabri
Société de production: Vertigo Productions, France 3 Cinéma, La Vérité Production
Distributeur : Paname Distribution
Durée : 107 minutes
Genre : historique
Date de sortie : 14 juin 2017 France – 2017
Après l’échec de 100% Cachemire en 2013, l’humoriste élitiste et au melon disproportionné récidive dans l’amateurisme et l’éculé en nous servant, avec Marie-Francine, une comédie romantique affligeante à tout point de vue.
Synopsis : Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents… … à 50 ans ! Infantilisée par eux, c’est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu’ils vont lui faire tenir, qu’elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu’elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question…
TF1 production et Gaumont distribution ? L’équation est inévitable. En s’adressant à un public quinquagénaire bourgeois, il ne faut pas s’attendre à être surpris. Difficile d’éviter les clichés quand le film en est rempli et ne s’articule que sur cela. L’introduction paraît touchante avec un mari infidèle, mais dès les 10 premières minutes, le rythme s’accélère gratuitement pour imposer le retour de Marie-Francine chez ses parents, dans un appartement du 16ème, plus riche est impossible… Le spectateur ne comprend pas ou n’a pas le temps de comprendre comment une docteure émérite en biologie moléculaire n’a d’autre choix que de revenir chez papa et maman. Et le saturation est immédiate. Nous avons rarement vu un duo d’acteurs surjouant comme dans une comédie de boulevard. Hélène Vincent et Philippe Laudenbach exècrent, désespèrent et contrecarrent tout possible élan humoristique. Il n’y en a par ailleurs aucun. Le prince charmant sous les traits de Patrick Timsit, mielleux à souhait, apparaît comme un cheveu sur la soupe dans une boutique de cigarettes électroniques (pourquoi a-t-elle accepté alors qu’elle refuse catégoriquement de s’abaisser professionnellement?!) décoré au ramasse-bourrier. Deux étals et quelques babioles ne suffisent pas à faire un décor de cinéma. Le tout éclairé grossièrement pour aplatir les reliefs et sans raccord d’un plan à un autre. La réalisatrice/actrice a peut-être voulu faire une bonne action en engageant des stagiaires de troisième, jusque dans la diégèse elle-même. Où sont les décorateurs? La/le script? Le chef opérateur aussi bien? Les cadres sont aléatoires et très moches, laissant du vide ou coupant les cheveux sans parler du tremblement ou des travellings suivis inutiles… La liste est longue. La musique, sans réel mixage ni signification, est coupée brutalement 4 fois pour donner l’illusion d’une cadence, d’une mesure à des fins scénaristiques, mais n’est que vulgaire et désagréable à l’écoute. Les économies sont criantes, du budget à l’écriture. Les dialogues, creux et d’une banalité mortifère, comblent un vide abyssal. Imaginez-vous en présence d’un(e) ami(e) d’un(e) ami(e) que vous ne connaissez pas, mais avec qui vous vous sentez obligé de faire la conversation le temps que l’autre revienne des toilettes. Vous obtenez l’ordinaire et pathétique jeu de séduction qui ne convainc personne, ou si peut-être quelqu’un qui n’a jamais vu aucun film, vierge de toute conception affective. Aucune recherche dramatique, tout nous est balancé lourdement, du montage alterné annihilant tout effet de surprise donc, à la direction d’acteur inexistante en passant par les accessoires et décors qui intéressent plus que l’intrigue écrite en 5 minutes sur une serviette de bar usagée. Nous avons déjà vu des téléfilms sur la première chaîne plus soignés et légèrement plus captivants que cet ersatz grotesque américanisé à des fins universalis(s)ants.
La colère est grandissante, lorsque ce déchet public est financé par des pontes de l’industrie. Comment expliquer qu’en deux semaines d’exploitation, Marie-Francine a perdu la moitié des salles qui le diffusaient? Valérie Lermercier confirme la nécessité à se reconvertir et ce, très rapidement, question de santé publique. Après avoir perdu 1h40 de son temps, en voici vingt de plus pour ces lignes…
Marie-Francine : Bande Annonce
Marie-Francine : Fiche Technique
Réalisation : Valérie Lemercier
Scénario : Valérie Lermercier et Sabine Haudepin
Interprétation : Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès, Nadège Beausson-Diagne…
Image : Laurent Dailland
Décors : Emmanuelle Duplay
Costumes : Catherine Leterrier
Producteurs : Edouard Weil
Société de production : Rectangle Productions, TF1 Films Production, De l’huile
Distribution : Gaumont
Durée : 93 minutes
Genre : comédie romantique
Date de sortie : 31 mai 2017
Je ne peux que faire preuve d’humilité lorsque je découvre à quel point mon ignorance est vaste face aux grandes mécaniques du monde. Que le bouddhisme puisse s’assortir d’une idéologie raciste et mortifère, je ne l’envisageais même pas. En cela, visionner Le Vénérable W fut un choc. Mais en acquérant le savoir, j’acquiers le pouvoir, celui de ne pas me laisser aisément manipuler par des discours vénéneux que l’on retrouve de part et d’autre du monde.
Synopsis : En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l’islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.
« Ne prenez pas le mal à la légère en disant : il ne m’atteindra pas. Même un pot d’eau finit par se remplir de gouttes de pluie. De même, l’innocent, absorbant goutte par goutte, finit par se remplir du mal. » Le Dhammapada, les versets du Bouddha
Ce n’est pas la première fois que le réalisateur suisse Barbet Schroeder décide d’explorer les multiples visages que peut prendre la haine. Le Vénérable W vient après le portrait ubuesque du Général Idi Amin Dada : autoportrait en 1974 et celui, troublant, de Jacques Vergès, l’Avocat de la terreur en 2007. Pour approcher des personnalités aussi clivantes, Schroeder ruse et use de flatteries pour pénétrer dans le giron de ces grands mégalomaniaques. Il joue lui-même un rôle. La confiance n’est pas la qualité maîtresse dans ce rapport du filmeur au filmé ; c’est un rapport de force qui se met en place entre deux volontés. Entre elles deux, le cinéma comme médium éminemment politique et comme vecteur idéologique. Pour un cinéaste, la difficulté réside à faire sienne la mise en scène, face à un personnage qui cherchera d’une manière ou d’une autre à faire du film une tribune à sa gloire. Trouver la juste distance, c’est le travail continuel mené par Schroeder dans cette « trilogie du mal ».
Le Vénérable W est constitué d’un matériau très hétérogène : à la fois archives télévisuelles, vidéos amateures prises pendant les émeutes, extraits d’entretiens menés par Schroeder et fragments de sermons donnés par le moine bouddhiste Wirathu, le vénérable W du titre. Il semble que le réalisateur ait choisi cette fois de donner la parole tout autant à son protagoniste qu’à ses détracteurs. Doit-on y voir une volonté de sa part de montrer le contexte politique agité de la Birmanie actuelle, ou une impossibilité de ne concevoir son film qu’à partir des prises de positions glaçantes de Wirathu ? Peut-être un peu des deux. Ce qui est certain, c’est que le cinéaste donne le ton dès l’ouverture en associant un extrait de discours particulièrement xénophobe de W à un verset de Bouddha prônant l’amour et la tolérance. Le montage est sans appel et l’avantage final revient bien au réalisateur : c’est bien lui qui choisit comment faire dialoguer tout ce que son personnage a bien voulu lui dévoiler. Schroeder crée dans ce film de forts effets de contrastes, bien plus qu’il ne l’avait fait dans son documentaire sur le général Amin Dada par exemple, où il suivait le dictateur dans ses déplacements en continu.
Avec le Vénérable W, on sent la distance entre le cinéaste et son personnage principal, comme si quelque chose en lui faisait trop peur pour être approché frontalement. Wirathu, parce qu’il est moine bouddhiste, a une aptitude impressionnante au calme et à la sérénité. A chacune de ses apparitions, le visage est impassible, dans un extrême contrôle émotionnel, sauf dans le cas, notable, d’un sermon au cours duquel le bonze perd son sang-froid suite à la publication du rapport de l’envoyée spéciale de l’ONU, Yanghee Lee qui dénonce un crime contre l’humanité envers la minorité musulmane de Birmanie, les Rohingyas. Le moine n’hésite pas à porter atteinte à l’intégrité de la rapporteuse de l’ONU. Les vieux réflexes machistes et agressifs sont très révélateurs de l’identité du personnage. Le sourire tranquille de Wirathu apparaît soudain comme un rictus méprisant et glaçant d’un homme qui sait user de machiavélisme pour instaurer la peur et la haine de l’autre. Diviser pour mieux régner, assurément.
La banalité du mal
On le sait depuis le procès Eichmann et l’essai d’Hannah Arendt à son sujet, nul besoin d’être un monstre pour se laisser entraîner par les rouages du mal. En prenant le parti de réaliser son film sous la forme d’une enquête, à grand renfort d’entretiens et de cartes exposant la situation géopolitique de la Birmanie et en interpellant parfois le spectateur sur sa propre image de l’Islam, Barbet Schroeder engage une réflexion qui va au-delà des frontières birmanes. Pour approcher Wirathu, le réalisateur a évoqué la montée de Marine Le Pen en France et la similarité que celle-ci partagerait avec les idées du moine extrémiste. La tentative de séduction a fonctionné et W fait se joindre les extrêmes en évoquant tour à tour le contexte birman, l’Europe sous le joug du terrorisme et Donald Trump. Les discours de haine sont partout aujourd’hui, on les entend tellement que l’on finit, bon gré mal gré, par s’y habituer, anesthésiés par une violence quotidienne. C’est sans doute parce que le bouddhisme est très fortement associé à la tolérance en Occident que le Vénérable W provoque un tel électrochoc et qu’après l’avoir regardé, on ne peut que continuer à s’indigner quand on voit disparaître la compassion et l’empathie des yeux de certains. La petite voix bouddhiste nous rappelle sans cesse à notre devoir d’humanité. Elle est présente tout au long du film et associée à des ralentis silencieux qui permettent de s’éloigner un temps du bruit et de la fureur : « le Bouddha se situe souvent au-delà du bien et du mal. Ses paroles devraient nous permettre de limiter les mécaniques du mal. »
Il n’est pas encore trop tard pour que les Happy Few parisiens (le film sort dans 2 salles) aillent découvrir Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents de Stina Werenfels, une fiction comportant une réflexion intéressante sur les droits et la liberté des personnes handicapées, notamment dans leur dimension sexuelle, un sujet encore bien tabou sur nos écrans.
Synopsis : Alors que sa mère décide de ne plus lui administrer de médicaments, Dora, jeune handicapée mentale de dix-huit ans, commence à s’épanouir. Mais quand Dora découvre sa sexualité, sa lutte pour son indépendance devient de plus en plus risquée. Au grand dam de sa mère, Dora a une relation sexuelle spontanée avec un homme ambigu, évidemment épris de cette sensualité décomplexée. Comme cette rencontre se mue en liaison secrète, les parents de Dora se battent pour protéger leur enfant vulnérable… Rude, cru, organique, Dora s’inscrit dans une réalité sans filtre. Aux antipodes du reportage sociologique, le film s’appuie sur le jeu exceptionnel des comédiens
Dora la Sexploratrice
La thématique choisie par la cinéaste suisse Stina Werenfels fait partie de ces tabous cinématographiques, un terrain miné où peu de monde souhaite s’aventurer : l’amour et la sexualité des handicapés. Trop peu et on tombe dans le sentimentalisme ; trop, et c’est le voyeurisme qui guette. Yolande Moreau a réussi à susciter l’émotion avec son Henri, où le handicapé trouve à la fois l’amour et le sexe, de même Ben Lewin avec The Sessions et sa très sexy travailleuse du sexe (Helen Hunt) qui vient en aide d’un homme totalement paralysé; Jean-Pierre Sinapi a quant à lui choisi la voie de la comédie avec son Nationale 7, un récit tordant des échappées sauvages de quelques handicapés d’un foyer qui réussissent à s’encanailler avec des prostituées le long de la route chère à Charles Trénet. Ces films nous obligent à confronter le droit à la pratique sexuelle des personnes à mobilité réduite, voire très réduite.
Dans Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents (un sous-titre ambivalent qui déplace à tort le focus sur les personnages des parents), la protagoniste Dora (Victoria Schulz, explosive) est une jeune fille plutôt svelte, mais atteinte d’un handicap mental l’obligeant à suivre un traitement médical lourd, proche de la camisole chimique. Filmé en caméra subjective, son univers se compose d’un flou généralisé entrevu par ses paupières à peine entrouvertes, et son moyen de communication se réduit à des borborygmes incompréhensibles. Sa mère décide alors unilatéralement d’arrêter complètement les médicaments, pour, dit-elle, apprendre à connaître la vraie personnalité de Dora. La scène suivante retrouve Dora célébrant en famille ses dix-huit ans, heureuse, souriante, un peu sans filet comme peuvent l’être les personnes innocentes et inconscientes du qu’en dira-t-on et de son quant-à-soi. Une scène lumineuse et joliment filmée, mettant en avant dans le même mouvement la normalité et la singularité de Dora.
Libérée de ses pilules, elle se met alors à l’œuvre, Dora. Elle se met à la découverte du monde et d’elle-même, de ses sens, de sa sensualité et de sa sexualité, Dora la sexploratrice. C’est ainsi qu’elle se jette littéralement dans les bras de Peter (Lars Eidinger, glaçant dans son rôle de prédateur sexuel), dans une scène dérangeante où la découverte du plaisir sexuel par la jeune femme résulte d’une étreinte consentie et qui pourtant a tout l’air d’un viol abject, compte tenu du handicap de Dora. Pour autant, cette scène ne relève pas du voyeurisme, la cinéaste prenant soin de capter les émotions très complexes de Dora plutôt que l’acte en lui-même. Dora continue de fréquenter Peter, dont elle finit par tomber enceinte. S’ensuivent alors des situations qui posent question. La question de la psychiatrie coercitive versus le respect des droits et de la liberté de la personne quand celle-ci n’a pas un jugement éclairé, le nécessaire équilibre que les parents doivent trouver (ou pas) pour protéger Dora des autres, mais peut-être surtout d’elle-même, de ses désirs intacts et spontanés, désinhibés comme dans cette magnifique scène à l’hôtel qui montre qu’aucun handicap ne peut freiner la jouissance sexuelle (la prestation no limit de Victoria Schulz, repérée lors d’un casting de rue, est tout à fait remarquable). Est abordée également la question de l’avortement, de la grossesse, de la maternité de la personne handicapée. Des sujets appréhendés avec à la fois du pragmatisme et de la délicatesse de la part de Stina Werenfels, avec parfois des métaphores poétiques, comme cette grenade rouge (le fruit, pas l’arme) presque en forme de cœur offerte à Peter, la poésie étant ce qui correspond le mieux à la vision de Dora. L’ambiguïté règne dans Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents, à commencer par ce titre à double détente. L’ambiguïté du rôle des parents, à qui revient le choix de psychiatriser ou non leur fille, l’ambigüité en particulier de Kristin, la mère, une femme qui a accouché d’une enfant handicapée qui elle-même est en capacité d’accoucher d’un enfant « normal ». Ambiguïté encore du personnage de Peter, antipathique au plus haut point, mais montrant un maelstrom de sentiments où désir, tendresse, duplicité, trahison, protection se mêlent de manière confuse, dans une relation bornée par le handicap de Dora.
La conclusion du film de Stina Werenfels prend le large en poussant encore le bouchon plus loin par rapport à la pièce de son compatriote, le dramaturge Lukas Bärfuss, comme pour marquer l’évolution sociétale apparue dans le laps de temps qui sépare la création des deux œuvres. Dora, ou les névroses de nos parents reste autrement tout à fait fidèle aux préoccupations soulevées par l’homme de théâtre.
Ayant eu beaucoup de mal à trouver le financement nécessaire, le film ne sort que deux ans après son année de production. C’est pourtant un film important par rapport aux problématiques évoquées, et intéressant par rapport à la mise en scène de Stina Werenfels, tout en subtilités malgré un sujet dont la violence psychologique est indéniable.
Dora ou les névroses sexuelles de nos parents : Bande annonce
Dora ou les névroses sexuelles de nos parents : Fiche technique
Titre original : Dora oder die sexuellen Neurosen unserer Eltern
Réalisateur : Stina Werenfels
Scénario : Tina Werenfels et Boris Treyer, d’après la pièce de Lukas Bärfuss
Interprétation : Victoria Schulz (Dora), Jenny Schily (Kristin), Lars Eidinger (Peter), Urs Jucker (Felix)
Musique : Peter Scherer
Photographie : Lukas Strebel
Montage : Jann Anderegg
Producteurs : Samir, Coproducteurs : Stina Werenfels, Nicole Gerhards
Maisons de production : Dschoint Ventschr Filmproduktion, Niko Films
Distribution (France) : Esperanza Productions
Durée : 90 min.
Genre : Drame, Famille, Romance
Date de sortie : 07 Juin 2017
Suisse, Allemagne – 2015
Dans Ce qui nous lie, l’auteur de la trilogie de l’Auberge Espagnole revient sur grand écran avec des paysages ruraux jamais exploités : les vignes bourguignonnes. L’étude des liens entre les êtres humains toujours au centre de son intrigue, Cédric Klapisch nous embarque dans une histoire de famille et de vin très touchante.
Synopsis : Après avoir tout quitté pour faire le tour du monde et fondé sa famille loin de la sienne, Jean revient dans sa Bourgogne natale, ayant appris l’état de santé grave de son père. Les retrouvailles avec son frère et sa sœur vont suivre les saisons pour tenter de rebâtir les liens qu’ils avaient perdu autour de ce qui les fondaient : leur domaine et leur amour du vin.
Quatre saisons et autant de passion
Klapisch se plaît à croire que vieillir n’est pas seulement négatif et l’illustre avec l’un des thèmes les plus caractéristiques de ce phénomène : le vin. La maturation, le gain d’expérience, c’est aussi cela vieillir et ce que le vin obtient en restant des années dans des caves, il prend du goût, de la force. Ce passage du temps, le réalisateur nous le montre d’une très belle manière grâce à des images lumineuses, et surtout très réalistes dès le début du film. Il sublime la campagne bourguignonne à travers une caméra qui saisit toujours les détails et dont la précision du cadre est admirable. Note spéciale au directeur de la photographie qui a vraiment réalisé un bon travail. La passion du vin n’est pas toujours très palpitante à l’écran parce que pas toujours retransmise idéalement, le dernier en date : Saint Amour est même plutôt ennuyeux. Dans Ce qui nous lie, Klapisch parvient subtilement à nous embarquer grâce à une mélancolie et un humour très justement joués par un trio d’acteurs nouveaux très agréable. Le sens des mots, le comique dans le nostalgique, le réalisateur le manie si bien et on le remercie de donner du rythme à ce temps qui passe parfois de manière monotone. Si le metteur en scène innove avec un espace que sa filmographie a toujours ignoré, le thème des rapports humains reste central. Mis en image de manière parfois assez chorégraphique, les plans en mouvement sont aussi convaincants que ceux amenant à la contemplation pour satisfaire l’œil du spectateur. Les liens fraternels, les mains amoureuses qui se croisent sur un évier, des enfants qui grimpent à l’arbre, autant de déplacements et de croisements qui s’exécutent que d’amour qui demeure après toutes ces années. Le film n’est pas tant surprenant que l’on s’attend à un certain traitement de la part du réalisateur dont le style ne change pas vraiment mais il n’en reste pas moins agréable et touchant à beaucoup de moments.
Le bal des personnages est ici réduit, ce qui impose de faire un travail plus approfondi que dans ses précédents films où certaines scènes pouvaient en rattraper d’autres. Le casting est renouvelé et vraiment loin de décevoir, bien au contraire. François Civil, confirme son talent, après Five, dans le rôle du jeune frère, père de famille. Ana Girardot (Un homme idéal, La prochaine fois je viserai le cœur), toujours douce et délicieuse se place comme le personnage féminin central qui gagne de l’autorité et se fait peu à peu entendre parmi tous les hommes qui l’entourent, pour le grand bonheur de ceux-ci d’ailleurs, et du spectateur, surtout. C’est bon de voir un peu de force féminine à l’écran. Cependant, bien que le film soit émouvant, le jeu des acteurs est très souvent meilleur dans les scènes de force avec la colère ou le rire plutôt qu’avec la nostalgie. Si au début, le trio trouve un quatrième acteur dans le vin, il devient peu à peu un simple décor derrière les liens forts qui unissent cette fraternité. Klapisch ne s’arrête pas au traitement des rapports dans le présent entre frères et sœur, il introduit des interactions entre le passé et le réel à travers le personnage principal interprété par Pio Marmai. Tout d’abord entre l’enfant et l’adulte qu’il est devenu puis entre le père, décédé, et le fils, qui s’est toujours cru abandonné par celui-ci. Si ce genre de scènes peuvent parfois sembler en trop, elles ajoutent ici une belle dimension émotionnelle et donnent du sens à beaucoup de scènes, ce qui n’est pas pour déplaire.
Ce qui nous lie : Bande Annonce
Ce qui nous lie : Fiche Technique
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch et Santiago Amigorena
Interprétation : Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil, Jean Marc Roulot, Maria Valverde, Eric Caravaca
Image : Alexis Kavyrchine
Décors : Marie Cheminal
Costumes : Anne Schotte
Producteurs : Bruno Levy
Société de production : Ce qui me meut
Distribution : StudioCanal
Durée : 113 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 14 juin 2017
Wonder Woman, héroïne du DC Extended Universe, arrive avec la lourde tâche de devoir fédérer le public et la critique à la veille de Justice League. Dernière (et première) super-héroïne à avoir son film avant le gros morceau de la Warner et qui se doit de donner la note d’intention pour la suite du DCEU après son début chaotique. Mission accomplie mais qui s’impose comme une défaite.
La patte Snyder
Quand Zack Snyder posa les bases du DC Extended Universe avec son imparfait mais puissant Man of Steel puis, quelques années plus tard, avec son très bon Batman v Superman, il ne fit pas l’unanimité auprès des spectateurs, de la presse spécialisée et des producteurs qui charcutèrent son dernier film lors de sa sortie en salles. Contrairement à son rival direct, le Marvel Cinematic Universe, l’univers dépeint ici est trop sombre, trop premier degré au sein de films pouvant être jugés trop longs pour une durée de 2h15 à 3h dans leur version extended cut. Car les films ont tellement été maltraités par les studios que des versions « director’s cut » ont pu voir le jour lors de la sortie en blu-ray. Alors que pour un Suicide Squad – qu’on oubliera volontiers tellement le ratage fut complet – cela n’arrange rien, la version longue de BvS a permis au film de gagner en ampleur, en cohérence et fit globalement changer l’avis de la critique à son égard. Même s’il est à tort érigé en chef d’oeuvre incompris par sa fanbase, le film porte un regard intéressant sur ses personnages et s’impose en fresque politique et désespérée qui distille ici et là des pistes de réflexions sacrément pertinentes. Un peu comme un fils spirituel de Watchmen, aussi de Snyder, il n’en atteindra jamais sa complexité mais sort du carcan de l’oeuvre super-héroïque par ses choix clivants. Une bouffée d’air frais dans une industrie de plus en plus lissée.
Mais la mayonnaise a toujours du mal à prendre. Pourquoi ? Sans doute parce que la proposition est bien trop radicale. Le diptyque autour de Superman n’est pas dénué de défauts mais la principale chose qui a déstabilisé le public c’est la réinterprétation qui est faite des figures emblématiques DC. L’homme d’acier n’est plus le sauveur au sourire étincelant et bienveillant qu’il avait pu être, il est aujourd’hui une figure de controverse. L’ambition étant clairement de placer la figure d’un sur-homme dans un monde réaliste. Man of Steel est en ça un film d’invasion, qui met l’homme face à la question terrifiante de savoir si nous sommes seuls ou non dans l’univers. Jamais ce film et sa suite ne prennent le statut extraterrestre de son personnage à la légère. Ils viennent constamment interroger sa place dans un monde interconnecté de plus en plus emprunt à la paranoïa et à l’obsession du terrorisme. Les films sont clairement des œuvres post 11 septembre et qui n’hésitent pas à corrompre ses héros dans un monde qui pervertit ce qui est juste par sa peur de l’autre. Ce qui effraie à propos de Superman n’est pas tant sa part kryptonienne que sa part humaine. Car l’humain peut être corrompu. Chose aussi explicitée à travers le parcours de Batman qui, dans son extrémisme vieillissant et sa peur de ne pas être à la hauteur, se transforme en figure du fascisme qui laisse perplexe beaucoup de ses fans.
Accusé de n’avoir rien compris à ses personnages, Snyder montre au contraire un respect assez saisissant de leur ADN et, même si il les extrémise, il reste très raccord avec ce qu’ils évoquent aussi dans les comics. Car il n’y a pas qu’une version de Batman et de Superman, et ils ne sont pas toujours ces images de vertus tant fantasmées par le grand public. C’est surtout ce public biberonné à l’image lisse et idéalisée de Marvel qui à rejeté les films de Snyder parce que la pop culture devient de plus en plus exigeante quant aux libertés prises sur les mythes qu’ils ont contribué à ériger. Leurs héros doivent être des figures génériques, sans défauts trop évidents ou gênants et porteur d’un message positif sous peine d’être totalement rejetés. Alors, quand un film place ses héros dans un monde corrosif et qui ne peut rien laisser de bon, les gens tendent à ne pas l’accepter. Ce qui, au final, souligne d’autant plus le propos de l’oeuvre. Qui pourtant finissait aussi sur une touche d’espoir… Une touche d’espoir que représentera Wonder Woman ? Alors que l’histoire est co-écrite par Snyder, on aurait pu s’attendre à une continuité avec ses précédents films mais la déception n’en est que plus grande lorsqu’on s’aperçoit que ce n’est pas le cas.
Marvelisation
Wonder Woman est davantage le fruit d’un lissage à la Marvel que de la réinterprétation plus réaliste engendrée par le DCEU. Même si ses origines sont respectées avec un amour qui force l’admiration – toute la partie sur Themyscira étant la plus réussie et semblant directement sortir des comics avec un certain sens de la mise en scène dont ne bénéficient pas les productions Marvel – on reste face à un produit plus générique. Patty Jenkins s’impose pourtant comme une réalisatrice efficace mais elle croule sous un cahier des charges plus spécifique qui l’empêche d’apposer une patte à son œuvre et l’oblige à faire du « sous Snyder ». Elle n’a clairement pas le même œil que son comparse pour l’action et le mouvement, même si elle tente de se faire formaliste, elle use de beaucoup trop de ralentis pour s’aider à y parvenir et en résulte une approche un peu bancale. Wonder Woman et ses cheveux au vent, au ralenti, finit plus par passer pour l’égérie d’une pub l’Oréal que pour l’amazone sévèrement remontée qu’elle est censée être. Mais elle n’est pas non plus aidée par son discours simpliste et réducteur – pourquoi est-ce toujours les héros féminins qui doivent véhiculer et trouver pour moteur l’amour ? – et un scénario qui ne sait jamais comment gérer sa figure de déesse et s’impose souvent par ses réflexions dignes d’un enfant de 4 ans et son absence totale de subtilité.
Dans les précédents films, Superman apparaissait comme un game changer, son arrivée n’étant pas sans conséquences. Et on rappelait sans cesse qu’il évoluait dans un monde qui n’était pas près pour la présence d’êtres supérieurs. Alors qu’ici, 100 ans avant, la présence de Wonder Woman semble avoir autant d’impact que la foire à la saucisse à St-Hippolyte sur le Doubs où les gens sont plus subjugués par sa beauté que par le fait qu’elle casse de l’allemand comme on brise une allumette et qu’elle traverse les clochers sans même en ressortir avec une égratignure. Tout le monde semble ne pas se soucier de sa présence comme si tout était normal et, même si on peut s’imaginer que c’est à cause de la guerre – ici édulcorée mais traitée avec un sérieux convaincant -, une telle présence aurait quand même dû avoir une répercussion plus conséquente sur celle-ci et les hommes qui la font. Personne ne s’interroge dans ce qui n’est qu’un divertissement bête et calibré de plus. Et, à ne jamais mettre l’héroïne en perspective face au monde des hommes, le film échoue à porter un regard sur elle. Alors que sa place au sein de ce monde aurait dû être la principale thématique du scénario. On a l’impression d’un rétropédalage au niveau de la gestion de la figure super-héroïque, Wonder Woman devient une figure lisse et sans défauts qui n’est là que pour transmettre son joli message qui touchera les spectateurs par sa naïveté fatigante. Est-ce ça l’image que l’on a des super-héros ? Des coquilles vides aux discours dignes de la morale d’un épisode de Dora l’exploratrice ? Vu le succès critique du film, il semblerait que oui. C’est d’autant plus dommage que, pour une fois qu’on a un film de cette ampleur réalisé par une femme et mettant en scène un super-héros féminin, c’était le moment de sortir du classique et de marquer le coup.
Après, dire que le film ne remplit pas sa mission serait mentir, il est tellement sage qu’il est difficile de le trouver foncièrement raté même si on peut être agacé par son manichéisme bas du front et son féminisme purement marketing et trompeur. Le film étant à la limite du réducteur parfois. Car, au final, l’homme domine ici. Même si il est physiquement moins imposant que Wonder Woman dans l’action, Steve est le personnage à la psychologie la plus travaillée. A la fois guide pour Diana, il est aussi celui qui embrasse le plus le point de vue du spectateur alors qu’on est mis de côté par la position de femme-enfant de Diana. Contrairement à Steve, on a toujours une longueur d’avance sur Diana. Mais le duo fonctionne quand même plutôt bien, l’alchimie entre les deux acteurs est évidente – grandement aidée par le naturel de Chris Pine – et on s’attache assez facilement à eux. Gal Gadot est moins convaincante que dans BvS, l’aura mystérieuse de son personnage lui donnant plus facilement du charisme. Ici, sa position assez ingrate dans le récit (elle subit les événements plus qu’elle ne les mène) la met un peu en retrait au final. Même si c’est un passage nécessaire de lui faire découvrir le monde, plus de subtilité aurait été bienvenue surtout lorsque le tout est souligné d’un humour certes convenablement dosé mais pas des plus originaux. Le récit est par ailleurs assez clair, plus facile à suivre que dans les autres films du DCEU mais on ressent aussi cette « marvelisation » dans la gestion des antagonistes moins troubles que par le passé. Même si Zod et Lex Luthor étaient des archétypes de méchants, les films savaient aussi leur apporter un regard empathique qui les nuançaient. Ici, ils font clairement méchants de comics qui ricanent en énonçant leurs plans diaboliques. D’ailleurs, l’aspect marionnettiste du grand méchant est des plus ridicule et en total contradiction avec « la noirceur des hommes » décrite par Diana. Car cette noirceur n’est au final jamais montrée et se voit excusée par une influence divine qui crée un paradoxe avec les précédents films. On passe d’un univers réaliste à des individus qui tiennent plus du bisounours manipulé que d’une quelconque cohérence.
Avec Wonder Woman, la Warner lorgne définitivement du côté de son principal rival au point d’en copier la formule. Dans son deuxième et troisième acte, on pensera indubitablement au premier Captain America tant les rapprochements s’accumulent. Pourtant le premier acte, plus dans l’esprit DC Comics, était vraiment rafraîchissant et innovant dans le genre. D’autant que ce que garde le DCEU de sa patte n’est pas forcément ce qu’il a fait de mieux jusque là. Il caricature maladroitement le style de Snyder tout en gardant l’habituel final en CGI qui n’est pas des plus inspirés. Alors qu’il avait réussi à imposer son originalité et son identité sur ses deux premiers films – oublions définitivement Suicide Squad – avec ce Wonder Woman, l’univers DC rentre dans le rang. Le divertissement n’est pas honteux, grâce à la réalisation solide de Jenkins, mais reste sans génie. On regarde et on oublie si on a la gentillesse de fermer les yeux sur tous les défauts propres aux blockbusters modernes. Mais ce qui inquiète encore, c’est ce que donnera Justice League. Suite au drame qui a frappé Zack Snyder et au départ de celui-ci de la post production pour être remplacé par Joss Whedon, ne serait-ce pas un aveu supplémentaire de cette envie de se marveliser ? Pour ceux qui espéraient avoir avec DC quelque chose de différent, Wonder Woman est un film décevant et alarmant, et il faudra attendre Justice League sur nos écrans le 15 novembre prochain pour voir si la crainte est justifiée ou non.
Wonder Woman : Bande-annonce
Wonder Woman : Fiche technique
Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Allan Heinberg, Zack Snyder et Jason Fuchs
Interprétation : Gal Gadot (Diana / Wonder Woman), Chris Pine (Steve Trevor), Connie Nielsen (Hippolyta), Robin Wright (Antiope), Danny Huston (Ludendorff), David Thewlis (Sir Patrick), Ewen Bremner (Charlie), Saïd Taghmaoui (Sameer), Eugene Brave Rock (Chef)…
Photographie : Matthew Jensen
Montage : Martin Walsh
Direction artistique : Steve Carter, Stuart Kearns, Dominic Masters et Remo Tozzi
Décors : Aline Bonetto
Costumes : Lindy Hemming
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Charles Roven, Deborah Snyder, Zack Snyder et Richard Suckle
Sociétés de production : Warner Bros., DC Entertainment, Atlas Entertainment, Cruel and Unusual Films, RatPac Entertainment
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 141 minutes
Genre : Super-héros, guerre, peplum
Date de sortie : 7 juin 2017