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Loro : les premières images du biopic sur Silvio Berlusconi signé Paolo Sorrentino

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Loro, le nouveau projet sulfureux de Paolo Sorrentino, après The Young Pope et Youth, se dévoile peu à peu.  Ce long-métrage inédit sera un biopic survolté sur les affres de la vie politique et sexuelle de Silvio Berlusconi.

Le prochain film de Paolo Sorrentino, Loro, vient de dévoiler ses premières images ces derniers jours. Ce film démesuré en deux parties risque de faire couler beaucoup d’encre à l’heure où Hollywood est secoué par les scandales d’abus sexuels avec l’affaire Weinstein et les mouvements balance ton porc et Me Too. Loro va en effet s’attarder sur la vie de Silvio Berlusconi et sur l’ivresse du pouvoir et ses dérives.

Un teaser du film a été dévoilé à la mi-mars. Les amateurs de la filmographie de Sorrentino reconnaîtront sa patte et son style unique à travers ces images fugaces sur la descente aux enfers de Silvio Berlusconi et sur son amour immodéré pour la gente féminine. Le chef du gouvernement italien avait notamment été impliqué dans le scandale majeur des soirées bunga bunga. Le nom de l’acteur George Clooney avait même été associé à ces soirées libertines et débridées. Cette affaire avait débouché sur le scandale du Rubygate. Silvio Berlusconi avait été accusé d’avoir incité une jeune femme, mineure aux moments des faits, à la prostitution. A l’époque, Ruby Rubacuori (de son vrai nom Karima El Mahroug) s’était retrouvée à la une de tous les tabloïds italiens et européens.

Le film de Paolo Sorrentino pourrait donc s’aventurer sur le terrain glissant, sulfureux et controversé de Welcome to New York d’Abel Ferrara, librement inspiré de l’affaire DSK, avec Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset. Paolo Sorrentino s’était déjà attaqué à une figure politique, Giulio Andreotti, dans Il Divo. Le titre de ce nouveau biopic est un jeu de mots combinant « l’or » et « eux ». Le film devrait notamment s’attarder sur l’entourage de l’homme politique le plus fascinant de ces trente dernières années en Italie. Toni Servillo (La Grande Bellezza, Il Divo) a eu la lourde tâche d’incarner Silvio Berlusconi.

Selon des informations d’Allocine, Loro sera divisé en deux segments, en deux longs-métrages. Cette décision aurait été prise par Paolo Sorrentino à l’issue du tournage. Il s’était confié en septembre 2016 sur les difficultés de ce projet :

Faire un film sur Berlusconi […] est une histoire complexe et il n’est pas toujours possible de faire le film que l’on veut.

Les deux volets de Loro doivent sortir le 24 avril et le 24 mai 2018 en Italie. Aucune date de sortie en France n’a pour le moment été dévoilée. Loro pourrait se retrouver également en bonne position pour la course à des prix prestigieux lors de la future édition du Festival de Cannes. Loro a effectivement des chances de se retrouver sélectionné ou programmé dans le cadre du 71ème Festival de Cannes.

Teaser de Loro de Paolo Sorrentino, en italien :

La Prière de Cédric Kahn : Sous la neige, le feu…et la foi

Avec La Prière, Cédric Kahn retrouve les Alpes pour raconter sans jugement ni parti pris la reconstruction humaine et sociale d’un jeune toxicomane. Un des meilleurs films de son auteur.

Synopsis : Thomas a 22 ans. Pour sortir de la dépendance, il rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Il va y découvrir l’amitié, la règle, le travail, l’amour et la foi…

Only God forgives ?

la-priere-cedric-kahn-film-critique-anthony-bajon-messeDe même que le récent l’Apparition de Xavier Giannoli n’est pas vraiment un film sur la religion, ou pas que, La Prière, le nouveau film de Cédric Kahn, malgré un titre encore plus enfermant, ne saurait pas non plus être cantonné à cela : un film sur la prière. Situé dans les mêmes magnifiques paysages de montagne que ceux de Roberto Succo, un des films les plus intéressants du cinéaste, il est plutôt une réflexion sur la construction ou la reconstruction d’un homme.

Thomas (excellent Anthony Bajon), est un jeune toxicomane qui rejoint une communauté de frères catholiques après une overdose qui a failli lui être fatale. On le découvre dans la voiture qui l’y conduit, les yeux meurtris et rivés au sol, ou lançant brièvement des éclairs d’hostilité au conducteur, le curé qui l’a ramassé dans la rue. Un trajet en voiture qui en précèdera plusieurs autres comme un gimmick, dans différentes situations le surprenant toujours de profil, dubitatif ou très motivé aux croisées des chemins, morose ou en joie selon l’occasion.

la-priere-cedric-kahn-film-critique-anthony-bajon-damien-chapelle-manqueOn découvre presque à la manière d’un documentaire la vie dans cette communauté, faite de prière, d’efforts physiques, et de…prière. Le début du film est très impressionnant, grâce en très grande partie à une prestation impeccable du nouvel arrivant Anthony Bajon, une prestation qui lui vaudra d’ailleurs l’Ours d’Argent du meilleur acteur à la Berlinale : la révolte de son corps d’abord par rapport au manque, une scène empreinte de réalisme, et dominée par l’empathie de ses compagnons à son chevet, d’autres « tox » évidemment passés par là ; puis la révolte de son esprit par rapport à cette institution qui lui semble quasi-sectaire avec son trop de règles, son trop d’efforts, son trop peu d’intimité, mais également son trop de gentillesse, son trop de sollicitude, et peut-être aussi son trop de prière. Car la thérapie offerte par la « maison », c’est la prière à marche forcée, sans temps mort, les lectures pieuses entrecoupées de chants pieux, les demandes de miséricorde divine succédant aux séances d’excuses publiques. Anthony Bajon jette toutes les forces de son jeu dans des scènes incroyables d’authenticité, de vigueur, de violence. Des préambules qui permettent à Cédric Kahn de situer le contexte sans parti pris ni jugement.

Mais lorsque, quelque part au milieu du film, nous voyons Thomas et Pierre (Damien Chapelle), son binôme, ou son « ange gardien » dans le langage de la communauté, s’acharner à creuser un énorme trou, pour mieux le reboucher aussitôt, on ne peut s’empêcher de se questionner sur la pertinence de ladite thérapie. L’effort physique pour engourdir le corps, la prière pour étourdir l’esprit, le remplacement d’une addiction par d’autres socialement acceptables : est-ce là le sens de ce qui se passe là-haut dans la montagne, ou au contraire ces nouvelles « occupations » ne sont-elles pas des objectifs en soi ? Peut-on apprendre la prière et apprivoiser la foi comme n’importe quelle discipline scolaire ? Jusqu’où peut-on se mentir à soi-même ? Toutes ces questions traversent l’esprit du spectateur sans le plomber, sans faire de La Prière un film à thèses, tant le rythme du film est soutenu, la direction d’acteurs très précise, et même si la mise en scène est toujours aussi âpre que dans les autres films du cinéaste, avec toujours ce sentiment d’urgence en filigrane (comme dans Roberto Succo, Une Vie meilleure, les Regrets et comme avec tous ces personnages complexes, brûlants et passionnés).

la-priere-cedric-kahn-film-critique-anthony-bajon-groupe-repasMalgré une épiphanie plus ou moins miraculeuse que le jeune Thomas expérimente dans les cimes, dans des séquences qui font la part belle à la majesté des Alpes, La Prière est moins un film mystique qu’une œuvre avec une vraie dimension sociale, où on assiste à la reconstruction des jeunes en souffrance si ce n’est en errance, par la lente mais solide émergence de l’amitié, de l’amour, de l’altruisme, mais également du doute, toutes choses enfouies durant des années sous des grammes d’opiacées ou des litres d’alcool. La prière évoquée dans le titre semble alors être un catalyseur, qu’elle soit sincère ou qu’elle soit une béquille utilisée de manière roublarde pour essayer d’avancer tant bien que mal. Les scènes fortes que le cinéaste a imaginées, celle où Thomas par exemple se retrouve avec la Mère Supérieure de l’institution comme s’il était devant son thérapeute, celle de la blessure miraculeusement guérie au sommet de la montagne, et surtout celle de fin, toutes contribuent à illustrer brillamment l’articulation de la prière dans le cheminement de Thomas et de ses compagnons.

Cédric Kahn est un cinéaste exigeant qui gratte jusqu’à l’os la substance de son matériau pour livrer dans un écrin non dénué d’esthétique des films secs, sans fioritures, permettant au spectateur de se plonger intensément dans les histoires qu’il propose. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de son ambition, mais La Prière est une très bonne surprise qui fait partie du haut de son panier.

La Prière – Bande-annonce

La Prière – Fiche technique

Réalisateur : Cédric Kahn
Scénario : Fanny Burdino, Samuel Doux, Cédric Kahn, d’après une idée originale d’Aude Walker
Interprétation : Anthony Bajon (Thomas), Damien Chapelle (Pierre), Alex Brendemühl (Marco), Louise Grinberg (Sybille), Hanna Schygulla (Soeur Myriam)
Photographie : Yves Cape
Montage : Laure Gardette
Producteurs : Sylvie Pialat, Olivier Père
Maisons de production : Les Films du Worso, Arte France Cinéma, Coproduction / Auvergne Rhône-Alpes Cinéma, Tropdebonheur Productions, Versus Production
Distribution (France) : Le Pacte
Récompense : Ours d’Argent du Meilleur acteur pour Anthony Bajon – Berlin
Durée : 107 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 21 Mars 2018

France – 2018

Lincoln de Steven Spielberg ou l’anti-biopic grimé en autoportrait du cinéaste

Considéré (à tort) comme un énième biopic consacré au célèbre président américain, Lincoln est surtout le moyen pour Spielberg de dresser le portrait d’une icône dont il évite constamment l’hagiographie via une approche en proie à un humanisme et une rêverie poussés à leur extrême. Admirable.

On l’avait subrepticement évoqué dans Amistad, entendu dans Il Faut Sauver le Soldat Ryan et maintenant on le voit carrément ici : Steven Spielberg a toujours apprécié Abraham Lincoln. Il faut dire que l’homme politique véhicule, depuis sa disparition, une image en phase avec le leitmotiv de Spielberg ; celle d’un autodidacte devenu par la force des choses président d’une nation morcelée qu’il aura su fortifier à l’aide d’une bonne dose de charisme, palabres et espoirs. En clair, celle d’un homme qui, par la force des mots et des histoires (tout l’apanage du rêveur en somme), aura su marquer son temps et faire passer un amendement décisif dans la constitution de son pays : celui ayant trait à l’abolition de l’esclavage. Et un peu à la manière du récent Les Heures Sombres de Joe Wright qui se penche sur une période restreinte pour mieux capturer l’essence de ce que fut Winston Churchill, Spielberg capture 4 mois de la vie de Lincoln : les 4 derniers.

Une ode au storytelling

Embringué dans une crise constitutionnelle, morale et militaire sans précédent, c’est peu dire qu’Abraham Lincoln fut soumis à la pression entre les mois de Janvier & Avril 1865. Une pression d’ailleurs perceptible via la myriade d’enjeux déployés par Spielberg qui, non content de raconter un morceau d’histoire préfère l’intime au gigantisme. Résultat : on raconte d’abord l’histoire de Lincoln, ce dernier ayant le champ libre pour ensuite nous raconter l’Histoire avec un grand H. Une démarche osée qui fait primer l’homme sur l’icône et permet à Spielberg d’éviter l’hagiographie, qu’on était pourtant en droit de craindre. Ainsi se profile une démarche nettement plus humaniste car en privilégiant l’homme que Lincoln fut tout en mettant en pleine lumière ses tourments personnels, on se retrouve avec une icône fissurée, brisée. Rongé par la mort d’un fils et par les conflits qui l’opposaient à son aîné, embarrassé par une vie de couple parfois conflictuelle, Lincoln est dépeint comme un simple quidam ayant hérité d’immenses pouvoirs et de rêves autant si ce n’est plus grands. Et son rêve à lui, c’est clore la guerre civile et abattre l’esclavage. Une double mission qu’il va, par excès de confiance, tacher de résoudre via la tenue d’un seul vote, capital, au Congrès. S’engage alors tractations politiques, discussions de couloirs, magouilles et autres corruptions en pagaille pour tenter de corrompre les réfractaires nichés au cœur du parti démocrate, alors ouvertement esclavagistes. Une succession de scènes qui ne vaudrait sans doute rien si Spielberg, fidèle à son style, y déployait des merveilles de storytelling, donnant à voir quantité de détails, de silences, d’inflexions dans la voix, dans le propos, etc…

Un casting époustouflant

Mais aussi bon puisse être le fond, la forme, elle, est comme toujours d’une simplicité paradoxale chez Spielberg. Essaimant un discours pourtant très riche, il le synthétise, quitte à parfois tomber dans un manichéisme un peu grossier ou pire à éluder certains faits historiques notables. Une synthèse ceci dit salvatrice en ceci qu’elle allège les longues sessions de dialogues échues à son casting dithyrambiques partagé entre un Daniel Day Lewis repoussant encore une fois la notion de jeu, une Sally Field déterminée ou un Tommy Lee Jones aux airs de roc que rien ne semble affecter. C’est bien simple, rarement on aura senti un casting plus enthousiaste, plus investi, plus en phase avec le ton du métrage. Sans doute étaient-ils conscients qu’en s’alignant dans le tiercé de Spielberg, ils avaient toutes les chances de décoller (on pense à Adam Driver, Dane Dehaan, Michael Stulhbarg). Toujours est-il qu’entre une mise en scène inspirée, malicieuse et d’une simplicité folle et un casting incroyable, Spielberg réussit l’exploit de raconter qui était Lincoln via le prisme de sa plus grande réussite, et ce sans occulter ses plus grands échecs.

Dans un écrin mâtiné d’un clair-obscur à la symbolique polysémique, Steven Spielberg déploie avec Lincoln, une ode au storytelling passionnante et incarnée épousant les affres d’une personnalité pleine de contradiction, entre faiblesse et adulation. Chef d’œuvre !

Bande-annonce : Lincoln

Lincoln – Fiche Technique 

Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Tony Kushner, John Logan et Paul Webb, d’après le livre Team of Rivals de Doris Kearns Goodwin
Casting : Daniel Day-Lewis, Sally Field, Tommy Lee Jones, Joseph Gordon-Levitt, Tim Blake Nelson, James Spader, Jackie Earle Haley, Lee Pace, Jared Harris, Hal Holbrook, John Hawkes, Walton Goggins, Adam Driver, Dane Dehaan…
Direction artistique : Curt Beech et David Crank
Décors : Rick Carter et Jim Erickson
Costumes : Joanna Johnston
Photographie : Janusz Kamiński
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy et Steven Spielberg
Sociétés de production : DreamWorks SKG, Reliance Entertainment, Participant Media, Amblin Entertainment, Parkes/MacDonald Productions, Touchstone Pictures
Société de distribution : Touchstone Pictures (États-Unis), 20th Century Fox (le reste du monde)
Budget : 65 000 000 de dollars américains
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1 – son Dolby Digital
Genre : historique
Durée : 150 minutes
Dates de sortie : 30 janvier 2013

États-Unis – 2012

Cinélatino 2018 : Les 50 ans de la Quinzaine des Réalisateurs avec La Primera carga al machete

À l’occasion des 30 ans du festival Cinélatino et des 50 ans de la Quinzaine des Réalisateurs, les deux événements s’associent pour proposer une séance spéciale du tout premier film d’ouverture de cette Quinzaine : La Primera carga al machete, présenté lors de la première édition en mai 1969.

Les quelques mots d’Edouard Waintrop, délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, avant la séance :

edouard-waintrop-quinzaine-des-realisateurs-cinelatino-2018« Ce film, ça tombait bien parce que ça racontait l’insurrection cubaine notamment des ouvriers agricoles contre l’empire espagnol en 1868, c’est à dire cent ans avant 68 donc c’était quelque chose qui pouvait pas mieux tomber. Grâce à cette incapacité de Pierre Henri Deleau de dédouaner un film, il a fait mieux, il a fait un vrai événement avec l’ouverture de la Quinzaine. On avait vu déjà des films cubains en France mais jamais dans ces conditions extrêmement favorables. Le film a eu un énorme succès à Cannes, il en a eu un après à Paris. Alors à l’époque, les énormes succès c’est pas ceux d’aujourd’hui où si vous faîtes pas 2 millions d’entrée, vous êtes pas un succès. À l’époque, quand on faisait 35 000 entrées à Paris, c’était énorme, surtout quand c’était un cinéaste totalement inconnu. (…) Le film a été fait dans l’esprit de son réalisateur comme si le cinéma avait existé au temps des daguerréotypes, si vous ne connaissez pas, c’est la première photographie et grosso modo on y voyait surtout du noir et du blanc et rien entre les deux donc c’est des images extraordinairement contrastées, il y a quasiment pas de gris. Le film est donc filmé comme s’il y avait une télévision d’ailleurs, plus même qu’un cinéma, c’est à dire que c’est déjà à l’épaule pour bien suivre les combats. (…) Et puis c’était le film qui avait ouvert la Quinzaine des Réalisateurs qui, elle-même, était complètement adossée à un mouvement mondial du cinéma qui recoupait complètement le mouvement politique de la jeunesse, c’est-à-dire à tort ou à raison aussi bien à Varsovie, qu’à Buenos Aires, pas obligatoirement dans le même sens. Il y avait quand même des contradictions entre les aspirations des cinéastes d’Europe de l’Est qui voulaient en finir avec le communisme et celles de beaucoup de jeunes cinéastes européens ou latino-américains qui pensaient que la liberté ce serait le communisme. Mais, en tout cas, tout le monde voulait changer les choses et ils pensaient que le cinéma allait les aider. (…) Quand on parlait de cinéma, on parlait de politique à l’époque et ça, ça a été un des premiers films qui a servi à faire cela. »

La Primera carga al machete, film cubain réalisé par Manuel Octavio Gomez

synopsis : Sous la forme d’une chronique documentaire, le film reconstruit des fragments de la lutte cubaine pour l’Indépendance de 1868, en particulier la première charge à la machette menée par Máximo Gómez, où elle est devenue une arme décisive face au joug colonialiste.

Dès les premières images, c’est l’impression d’une peinture en noir et blanc qui se dégage de la pellicule. Filmé en 35mm et avec une photographie particulière puisque les scènes ne laissent parfois se distinguer que quelques tâches, les couleurs sont à la limite même du négatif. La forme choisie par Manuel Octavio Gomez est assez intéressante par le mélange des genres des images. La caméra suit les bruits et les conversations, ce qui dynamise totalement le film en plus de la vivacité du sujet et celle avec laquelle les hommes en parlent. Le réalisateur filme les débats entre plusieurs personnes qui sont présentées en amont et les témoignages touchants des cubains, parfois même assez violents. La bascule entre les personnes et l’immersion de la caméra dans les scènes de chaos forment un tout très vivant. La réussite de ce film se trouve aussi dans le travail du son, surtout musicalement grâce aux choix des mélodies lors des scènes qui capturent les atrocités de la lutte, et aux intermèdes musicaux tout à fait géniaux. On imagine facilement pourquoi ce film avait sa place à la Quinzaine l’année suivant 68.

Fiche Technique

Réalisation : Manuel Octavio Gomez

Scénario : Alfredo L. Del Cueto, Julio García Espinosa, Manuel Octavio Gómez, Jorge Herrero

Interprétation : José Rodríguez, Idalia Anreus, Eslinda Núñez, Pablito Milanés, Adolfo Llauradó

Durée : 1h24

Cinélatino 2018 : Paulina García revient sur sa carrière et sur l’affaire Weinstein

Depuis six ans, le festival Cinélatino organise des journées pour échanger autour des thèmes de cinéma, de genre et de politique avec des cinéastes et des universitaires. Chaque année, des professionnels du cinéma et des enseignants-chercheurs jouent le jeu pour proposer au public un moment de discussion et de réflexion autour de ces sujets. Pour cette 6ème édition et pour les 30 ans du Cinélatino, ce sont les femmes qui sont à l’honneur et qui orchestrent cet échange.

– Jeudi 22 mars 2018 à la Cinémathèque de Toulouse

Si Laurence Mullaly (Université Bordeaux Montaigne) commence déjà par remercier les personnes présentes et toutes celles qui inspirent ce beau festival, elle dresse tout de suite le portrait élogieux de l’actrice Paulina García rajoutant que, s’il y a au moins un avantage à la globalisation, c’est la circulation des films qui ont permis à la comédienne de voir sa carrière décoller. Ayant commencé dans le théâtre, la première partie de la discussion s’attarde sur les différences et les points communs entre justement le jeu d’acteur et le fait d’être une artiste à part entière.

cinema-genre-politique-chilenas-cinelatino-discussion-paulina-garcia-laurence-mullalyPaulina García s’exprime ainsi : « Pour jouer un rôle, il faut avant tout être simple mais le métier d’artiste est compliqué, ce qui est là un énorme paradoxe. Quand je prépare un rôle, je me pose beaucoup de questions : Comment je vais transcender le rôle, comment je vais l’élever ? J’essaie de trouver la relation entre moi, le monde extérieur et ce rôle que j’ai à jouer parce que le lien avec le monde extérieur est vraiment à prendre en compte. Être artiste est un métier à plein de temps, c’est une décision pour la vie, on n’est pas artiste seulement du lundi au vendredi. (…) C’est un chemin très progressif, j’ai vraiment peu à peu assumé ce rôle d’actrice. Au début, je n’osais même pas prétendre que j’en étais une mais c’est vraiment peu à peu, quand je me suis engagée dans ce chemin et que j’ai vu vers où cela m’amenait que, finalement, j’ai pu dire que j’étais une actrice, et une artiste aussi. (…) Au Chili, il n’y a pas de réelle distinction entre le fait d’être actrice et artiste parce que l’immense majorité des acteurs de cinéma ont commencé au théâtre. On n’apprend pas à représenter un rôle dans une école de cinéma, c’est dans une école de comédiens. Evidemment, on peut être actrice mais il y a une différence avec être artiste. Je veux dire, on représente tous des rôles, chacun peut être acteur, quand vous êtes devant vos parents, vous assumez le rôle d’enfant et en revanche, quand vous êtes avec votre fiancé(e), vous assumez un rôle d’amoureux ou d’amoureuse. D’ailleurs, rendez vous compte que quand vous commencez à plus assumer un rôle de frère ou de soeur avec votre fiancé(e), ça veut dire que le jeu d’acteur, pour moi, il s’est terminé, vous êtes au bout de la relation donc c’est pas quelque chose de transitoire. Là est la différence entre le fait d’être actrice ou artiste. C’est pour ça que je pense que tout le monde est capable de jouer un rôle mais, en revanche, d’arriver à ce que j’appelle un niveau au dessus, à s’élever un peu plus, d’arriver à rentrer en harmonie avec le monde qui nous entoure avec toutes les petites choses qui bougent, non. Et moi, en tant qu’actrice, j’ai envie que vous vous sentiez en harmonie avec moi, en connexion avec moi quand j’apparais à l’écran.

Dans la suite de la discussion, les deux femmes projettent des séquences de trois films dans lesquels a joué Paulina García afin de parler de ses expériences cinématographiques.

Au sujet de Las analfabetas :

Paulina García : Comme le film est basé sur une pièce de théâtre, il a été filmé sur un seul espace mais au bout d’un moment, le réalisateur a ressenti le besoin d’élargir et de sortir à l’extérieur (…) En effet, on a réellement filmé la réalité, on a juste posé une caméra dans la rue et tout ce qui arrive autour d’elle, c’est vrai, c’est la réalité qui s’inscrit dans le film. (…) 

Laurence Mullaly : Ce qui est intéressant dans le film c’est que Las analfabetas ne renvoie pas seulement au fait de ne pas savoir lire ou écrire mais aussi à l’incapacité peut être de lire les émotions, de sentir ce que peut être en train de sentir l’autre.

Paulina García : Ce qui est amusant aussi c’est qu’à ce moment là, ce sont les grands mouvements de révolte des étudiants au Chili qui ont commencé. C’est un contexte très particulier (…) et donc on s’est posé la question : Qu’est-ce qu’apprendre dans notre pays ? Quelle est la valeur de nos études ? Qu’est-ce que c’est que l’apprentissage en général ? Donc cette oeuvre naît à partir de ça. (…) Il s’agit d’une histoire où chacune d’entre elles va essayer de rompre sa solitude. Jackeline, l’enseignante, parce qu’elle est enfermée dans une sorte de formalité qui l’empêche d’aller vers l’autre et Ximena parce qu’elle est attrapée dans une ignorance mais aussi parce qu’elle a construit un mur pour se protéger de l’extérieur et ce mur l’empêche d’aller vers l’autre ; c’est un mur de mensonge pour cacher l’illettrisme qui est le sien.

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Au sujet de Gloria :

Laurence Mullaly : Gloria c’est le nom de la protagoniste du film mais ça veut signifier aussi la gloire et votre gloire à vous.

Paulina García : Effectivement, je pense que Gloria a changé mon destin, c’est pas que je faisais des choses inintéressantes, au contraire, je faisais des choses qui étaient assez plaisantes mais l’arrivée de ce film a changé le cours des choses. (…) Une fois que Sebastián Lelio avec son co-scénariste m’ont appelée, on s’est rencontrés tout de suite, on a passé une après-midi à boire des bières et à discuter de ce scénario qui n’avait aucun mot d’écrit encore (…) Et donc Sebastián et son co-scénariste ont fini par me proposer un storyboard mais un an après. La différence, c’est que dans le storyboard, il y a juste les indications sur les scènes, il n’y a pas, comme dans un scénario, de dialogues véritablement écrits. (…)

Laurence Mullaly : Le film a fait un carton dans le monde entier (…) et met, pour la première fois depuis longtemps, en avant une femme mûre dont le cinéaste lui-même disait que c’était typiquement le genre de personnage secondaire (…) Une femme de 50 ans et plus n’a plus d’existence, elle a rempli son rôle, elle a été mère, elle a été épouse, éventuellement avec la modernité elle peut divorcer mais là, et bien c’est ça le point de départ. (…) Et c’est ça qui est intéressant dans la relation avec le cinéaste qui là encore est plus jeune et racontait qu’il avait envie de rendre hommage aux femmes de la génération de sa mère. »

Puis, l’échange finit par un aperçu complet de sa filmographie grâce à des questions du public sur son rôle dans Narcos par exemple.

Paulina García : On a vraiment travaillé avec plusieurs réalisateurs : un réalisateur brésilien, étasunien et un autre réalisateur colombien et c’était très intéressant de passer entre les mains de chacun de ces réalisateurs parce que chacun avait une façon de filmer assez spécifique. (…) Ça a été vraiment très intéressant de participer à reconstruire cette histoire qui a été significative pour le monde entier, qui a retourné la Colombie mais qui a aussi changé la délinquance dans le monde entier. En particulier pour l’Amérique latine après l’existence de Pablo Escobar, il y a vraiment eu un avant et un après l’existence de ce chef de cartel. 

Paulina García à propos de l’affaire Weinstein, de l’actualité et de sa vision depuis l’Amérique latine : 

« Je dois dire que c’est un peu les montagnes russes dans ma position par rapport à cette affaire et tout ce qui suit (…) Alors, ce qui est très bien c’est qu’on a mis les choses sur la table et que maintenant on en parle de ces problèmes de harcèlement dans l’industrie du cinéma mais je dois dire qu’au Chili, vu que le cinéma n’est pas vraiment une industrie, je pense qu’il y en a forcément, mais peut-être beaucoup moins qu’ailleurs. Et comme moi je suis une actrice plutôt de théâtre, qui est un lieu au Chili où l’on a très peu de moyen donc il faut faire beaucoup avec très peu, donc le temps pour le harcèlement n’existe pas parce qu’il est employé à autre chose. Peut-être dans le monde de la télévision, mais que je connais très mal car j’en ai fait peu, peut-être que les cas sont plus fréquents. Et donc ce que l’affaire Weinstein a mis en lumière c’est la possibilité de l’égalité, voilà, on ouvre une fenêtre pour aller vers l’égalité complète entre les femmes et les hommes, mais, peut-être qu’il va y a voir des diminutions de ces cas de harcèlement. Par contre ce qui est aussi très prégnant, c’est les femmes qui meurent sous les coups de leurs compagnons. Alors, peut-être moins au Chili mais en Amérique latine, par exemple en Colombie, les chiffres sont quand même alarmants et c’est le problème qui moi m’affecte le plus. Je crois aussi que cette affaire Weinstein, le revers on va dire, c’est qu’il se produit quelque chose que l’on pourrait qualifier de chasse à l’homme avec une persécution de certains hommes. Mais il me semble que c’est quelque chose d’assez passager, c’est une conséquence directe de cette affaire. On parle plus des affaires de harcèlement et donc on accuse davantage les hommes mais ne vous inquiétez pas, je pense que c’est aussi un cap à passer. Ce qui est assez hallucinant de voir dans le milieu du cinéma, c’est que même des gens de la taille de Weinstein pour ce qui est de la production, comme par exemple malheureusement Kevin Spacey ou encore Casey Affleck qui est l’acteur qui a gagné l’Oscar pour son rôle dans le film Manchester by the sea, sont des personnes qui sont accusées de harcèlement et je vais raconter une anecdote sur Casey Affleck. On était aux Etats-Unis aux Independent Spirit Awards, on présentait le film Brooklyn Village pour un prix et Casey Affleck était là et quand il s’est assis dans la salle, il y a eu un vide qui s’est fait autour de lui, les femmes ne se sont pas assises autour de lui et moi je ne connaissais pas l’histoire, je ne savais pas pourquoi et en fait, on m’a raconté que c’était vraiment un harceleur malade, que c’était vraiment une pathologie. C’est lui qui a gagné le prix aussi pour l’interprétation dans Manchester by the sea à cette cérémonie-là et personne n’a rien dit en fait, personne n’a sifflé, personne n’a fait de remarques, la seule chose qu’ont réussi à faire les femmes c’est de ne pas applaudir donc voilà, il faut que certaines personnes payent. Il faut que les personnes qui ont fait ça payent mais là c’est quand même encore difficile, quand on a face à nous de grands acteurs ou de grands personnages de cinéma, de parler, de dire les choses. Et donc pour finir, il y a des gens qui se demandent pourquoi des grandes actrices de grande renommée qui s’habillent en Chanel ou en Dior vont aussi mettre le hashtag #MeToo, je crois qu’elles ne le font pas pour elles, elles le font pour toutes les autres actrices qui ont plus besoin peut-être de ces actes pour essayer d’arriver à quelque chose et qui en sont traumatisées et vont l’être pour le reste de leur vie. Je crois vraiment que ces grandes actrices qui s’exposent ne le font pas seulement pour elles mêmes, elles le font pour vous toutes et puis pour toutes les actrices qui sont derrière et qui vont revenir. »

Cheval de guerre de Steven Spielberg : le cinéma en lettres majuscules

Sorti quelques mois à peine après les Aventures de Tintin, Cheval de guerre fait quelque peu figure de troisième roue du carrosse dans la filmographie récente de Steven Spielberg. Pas facile de trouver sa place entre le périple ébouriffant en performance capture et son Lincoln qui un an plus tard, sculptait l’un des grands mythes politiques U.S dans la glaise de ses états d’âme. Pourtant, cette adaptation du livre de Michael Morpurgo n’a rien d’une récréation en eau douce entre la chasse de ces deux baleines derrière lesquelles Spielberg a longtemps couru.

Rendez-vous en terrain (in)connu

Si sa trame renvoie de prime abord à une variation d’E.T (l’odyssée d’un cheval à travers son amitié avec un garçon dans l’Angleterre pré-première guerre mondiale), l’expérience se construit ici sur un processus totalement différent. Reflet d’un temps où Steven Spielberg semblait branché en temps réel sur le cortex de l’inconscient collectif, E.T était le film d’un cinéaste qui s’adressait au spectateur sous des formes qui leur étaient immédiatement familières. Ce qui ne les empêchait pas d’être novatrices, Spielberg ayant toujours eu cette capacité inouïe à rendre immédiats et évidents les outils les plus avant-gardistes. Or, la particularité de Cheval de guerre est justement d’interpeller le public au travers d’un régime d’images qu’il ne connaît plus. Soit le cinéma des Ford, Lean, etc., tenants d’une certaine idée de la pureté cinématographique, où le rapport du spectateur avec ce qu’il voit n’est conditionné que dans la seule puissance d’évocation du cadre, où les grands sentiments trouvent leur traduction décomplexée à l’écran. A l’instar du  King Kong de Peter Jackson (producteur de Tintin, on le rappelle), Spielberg convoque ses émotions d’enfance à l’écran pour ressusciter un rapport perdu au 7ème Art.

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Mémoire de l’enfance

Contrairement aux Aventures de Tintin, où il s’agissait de faire accepter au public d’aujourd’hui le cinéma de demain, Cheval de guerre parle au spectateur à travers le prisme du cinéma d’hier. Dans les deux cas, il s’agit cependant de traduire l’essence du médium à travers ses formes d’expression les plus évocatrices (on se souvient de l’influence burlesque présente dans Tintin). D’où ici une débauche de plans beaux à en décoller la rétine, qui hyperbolisent une certaine mémoire du cinéma classique pour se mettre à niveau de la candeur du personnage principal. Mais même avec la virtuosité de Spielberg, la démarche pourrait sembler bêtement passéiste en d’autres mains s’il s’agissait de recopier servilement les idées recettes des grands alchimistes qui ont fondé le langage cinématographique. Mais outre le fait que le cadre historique du sujet lui intime de se mettre à des niveaux de représentation des personnages, Cheval de guerre ne s’accroche jamais à sa profession de foi comme s’il s’agissait d’une fin en soi.

Vernis de l’innocence

On le sait, sous le vernis de l’innocence et la candeur grand-public, la filmographie de Steven Spielberg a toujours manipulé une tonalité beaucoup plus grave, laissant le soin à l’image d’imprimer chez le spectateur ce qui n’était pas formulé ouvertement. Sur ce point, le réalisateur de Rencontres du 3ème type a toujours été le meilleur élève des réalisateurs qu’il admirait. Toute la force du cinéma classique a toujours résidé dans sa capacité à transcender le carcan moral et les tabous sociaux corsetant ses histoires pour exprimer visuellement ce qu’ils ne pouvaient pas dire tout haut.

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Tranche de vie dans le cottage

Or, plus qu’aucun autre film de Spielberg du fait de sa note d’intention,  Cheval de guerre exacerbe sa candeur pour mieux charrier des thèmes difficiles. Alors qu’il semble emprunter la voie contraire, Spielberg ne nous épargne rien des horreurs liées à son sujet, mettant à disposition du public des scènes qui se seraient sans doute avérées insoutenables ailleurs. On pense notamment à cette exécution voilée par les palmes d’un moulin, ou ces moments où le bidet subit les maltraitances des militaires qui l’emploient sur le front. En cela Cheval de Guerre est bien une leçon de cinéma, au sens où le réalisateur prouve que le propos ne se juge pas à la distance que l’on affiche par rapport au sujet, mais à la façon dont on laisse le découpage imprégner le cadre de sa signification. De fait, il est fortement recommandé de laisser votre cynisme à l’entrée pour pouvoir pleinement apprécier l’expérience conçue par Tonton Steven. C’est en cela que Cheval de Guerre, marque une étape importante dans la carrière du maître,  désormais  gardien du temple d’une idée du cinéma qui n’est plus forcément celle de ses contemporains. Ce qui n’attente au rien à sa puissance intemporelle.

Cheval de Guerre : Bande-annonce

Cheval de Guerre : Fiche Technique

Titre original : War Horse
Titre français : Cheval de guerre
Réalisation : Steven Spielberg
Interprétation: Jeremy Irvine (Albert Narracott), Tom Hiddleston (capitaine Nicholls), Benedict Cumberbatch (major Stewart)
Emily Watson (Rose Narracott),David Thewlis (Lyons), Stephen Graham (sergent Sam Perkins)
Scénario : Lee Hall et Richard Curtis, d’après l’œuvre de Michael Morpurgo
Direction artistique : Andrew Ackland-Snow, Alastair Bullock, Molly Hughes, Neil Lamont et Gary Tomkins
Décors : Rick Carter
Costumes : Joanna Johnston
Directeur de la photographie : Janusz Kamiński
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Son : Richard Hymns
Production : Steven Spielberg, Revel Guest, Kathleen Kennedy, Frank Marshall

 

Le Testament Caché : l’épitaphe de Jim Sheridan

On n’avait plus de nouvelles de Jim Sheridan depuis Dream House, dont la production réputée houleuse a conduit le cinéaste irlandais à renier le résultat final, qui eut tout loisir de se faire promptement démolir par la critique et le public. Le Testament Caché allait-il faire office de sinécure créative pour le réalisateur, qui trouverait un second souffle sur les terres de son Irlande natale avec un matériau taillé pour lui ?

Retour aux sources

Du moins, c’est le scénario auquel on voulait croire. Car même si son précédent film n’avait pas volé le lynchage dont il fut l’objet, avec son récit clairement recalibré en cours de route pour surfer sur le succès de Shutter Island à coups de suspense cheapos et de twists éventés, on imagine à quel point la période fut difficile à vivre pour un réalisateur plus habitué à rouler sous les louanges qu’à encaisser des coups. Le Testament Caché avait donc tout du retour en grâce attendu, même si les signaux envoyés par sa sortie en catimini en Blu ray / VOD trois ans après ses prises de vues n’incitaient pas forcément à la confiance. Malheureusement, force est de constater que la petite voix suspicieuse au fond de nous compte une victoire de plus à son actif.

Le Testament Caché narre l’histoire de Rose McNulty en deux époques. Cette pensionnaire d’un hôpital psychiatrique est accusée d’avoir tué son propre bébé soixante ans auparavant. Alors que l’établissement s’apprête à changer de murs, elle relate son parcours au psychiatre chargé de réévaluer son cas. Celui-ci va trouver des résonances étrangement personnelles dans la vie de sa patiente…

Quiconque est familier de la filmographie de Jim Sheridan a reconnu dans ce sujet les grands thèmes qui ont façonné la filmographie du réalisateur. Le combat de l’individu pour imposer son libre-arbitre aux diktats des institutions sociales, le poids aliénant du passé et l’impossibilité de s’en détacher, la quête de filiation tumultueuse… Tous les éléments dans Le Testament Caché étaient réunis pour offrir à cet irréductible tenant du classicisme noble, un retour par la grande porte. Y compris dans une forme romanesque dont il a eu maintes fois l’occasion de démontrer sa maîtrise, notamment dans sa facilité à constamment ramener la grande histoire dans le giron de l’intimité de ses héros.

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Eric Bana au chevet de sa mystérieuse patiente.

A bout de souffle

De fait, la conscience que Sheridan disposait du projet idéal pour rebondir accentue d’autant plus la déception, alors que s’affichent les lettres du générique de fin. Pourtant, le film ne commence pas si mal, les quinze premières minutes nous rappelant au bon souvenir du style de son auteur. Ses cadres limpides constamment à bonne hauteur des personnages, la fluidité de son découpage, sa maîtrise de la scénographie dissimulée derrière la fausse simplicité de la forme… Mais les choses s’enveniment à travers l’interaction cahoteuse entre les deux époques du récit. Le Testament Caché échoue constamment à faire travailler de concert ses deux niveaux de narration, l’un ne trouvant écho dans l’autre qu’au travers des choix terriblement arbitraires du scénario.

Un écueil qui culmine dans la gestion catastrophique du twist final, qui achève d’enterrer la cohérence de l’édifice ainsi que l’implication du spectateur, déjà sérieusement mise à mal par des partis-pris pour le moins discutables. En premier lieu le choix de Rooney Mara pour le rôle principal, la comédienne (pourtant douée) ne dégageant jamais ce que la population enfermée dans l’hypocrisie réac’ de l’Irlande de 1942 est censée projeter en elle. Un miscast surprenant de la part du réalisateur qui prive ainsi du lien que le récit est censé établir avec le personnage, d’autant plus que la mise en scène renonce bien vite à rattraper un déroulé hasardeux des événements. Comme si Sheridan se mettait en retrait de son propre film, n’essayant même pas de tirer vers le haut ce qui aurait pu l’être.

Sans être honteux au point de sceller la fin de carrière d’un grand réalisateur, Le Testament Caché porte clairement en bandoulière les raisons de son calendrier de sortie litigieux. Difficile de mettre ça sur le compte des stigmates de production ou d’une perte de motivation de la part de Sheridan qui signe un film clairement indigne de figurer aux côtés d’ Au nom du père , In America et autres titres d’une filmographie aussi prestigieuse que mal représentée en l’état.

Le Testament Caché : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Z8aF0JpY04g

Le Testament Caché : Fiche Technique

Titre original : The Secret Scripture
Titre français : Le Testament Caché
Réalisation : Jim Sheridan
Scénario : Jim Sheridan et Johnny Ferguson
Interprétation: Vanessa Redgrave (Roseanne McNulty âgée), Rooney Mara (Roseanne McNulty jeune), Eric Bana (Dr. William Grene), Theo James (père Gaunt), Aidan Turner (Jack), Jack Reynor (Michael McNulty)…
Direction artistique : Michael Higgins
Décors : Jil Turner
Costumes : Joan Bergin
Photographie : Mikhail Krichman
Montage : Dermot Diskin
Musique : Brian Byrne

Pacific Rim Uprising : en fer et sans secousses

Confiée à Steven S. DeKnight, cette suite du blockbuster de Guillermo Del Toro ne réussit pas à renouveler la magie du premier opus. Pire, Pacific Rim Uprising prouve que le cinéma « geek » s’enfonce de plus belle dans sa propre stupidité auto-satisfaite.

A la fois hommage et réinterprétation internationale d’un imaginaire proprement japonais, Pacific Rim (2013) n’avais pas vraiment trouvé son public. Trop idiot pour certains, trop étrange pour d’autres. Il n’en restait pas moins que derrière l’étiquette de gros blockbuster bas du front, Guillermo Del Toro avait réussi à donner un souffle épique aux aventures de ses robots géants, grâce à l’amour sincère qu’il portait au genre et à ses talents de metteur en scène qui ne sont plus à prouver. Deux éléments qui font cruellement défaut à cette suite qui semble avoir été réalisée dans l’unique objectif de mettre en place une saga qui risque bien de s’arrêter maintenant.

L’élément le plus cité par les détracteurs du premier film, qui pensent toujours faire tomber un édifice en enlevant une seule brique, est cette histoire d’épée qui sort de nulle part lors d’un combat aérien. « Pourquoi ne l’utilisent-ils pas plus tôt ? ». C’est vrai que la question aurait pu être réglée plus vite. Sauf que ce que l’on aurait gagné en efficacité narrative, nous l’aurions perdu en force spectaculaire.
Pacific Rim était un spectacle total. Par sa débauche d’effet spéciaux particulièrement réussis, Del Toro offrait un film en forme de manifeste : le cinéma pouvait encore faire rêver et mettre des paillettes dans les yeux, loin de tout le cynisme mercantile qui plombe la production actuelle. Cette épée qui sortait de nulle part était une surprise pour nous, une façon de dire que le film pouvait encore nous étonner. Il y avait quelque chose de naïf et d’enfantin dans cet univers rempli de robots géants, de savants fous et de soldats casse-cou. C’était un monde qui ne sortait pas de l’esprit d’un fou, ni d’un geek, mais d’un enfant rêveur.
L’épée est toujours là, prête à servir et utilisée dès que les héros en ont l’occasion. La seule surprise, c’est qu’elle sera doublée à la fin du film. L’effet tombe à plat, l’amusement enfantin est parti. Tout ce qu’il nous reste c’est cette impression que le film n’a été pensé qu’en termes de marketing. Toujours plus gros, toujours plus dense… Mais pas forcément plus beau.

Autre point de discorde sur le premier : son scénario tenant sur un timbre poste. Poussons le bouchon plus loin : c’était plus ou moins la même trame que Independence Day (avec un soupçon de Top Gun). Mais au moins Del Toro avait compris les enjeux propre aux genres qu’il convoquait. Il comprenait que l’extension mécanique devait être extension psychologique (la perte d’un membre de sa famille, le besoin de protection etc). Cette très belle idée de « la dérive » où deux pilotes fusionnent leurs souvenirs pour contrôler un robot géant amenait les personnages à se comprendre, et donnait à leur combat une profondeur et un enjeu plus fort. Couplé à la lourdeur assumée des robots, le film montrait des personnages loin d’être infaillibles, obligés de faire front face à une situation qui les dépasse. Osons la comparaison, Pacific Rim était presque une réponse arty à l’esthétique publicitaire de Michael Bay.

Uprising se veut comme une extension de l’univers de Del Toro. Mais jusque dans son final presque identique, le film de Steven S. DeKnight ressemble un peu trop à Independance Day : Resurgence. Multiplication des personnages, tentative ratée de décrire un monde ouvert sur la question extra-terrestre, références maladroites aux anciens et ajout forcé de nouvelles têtes. La référence à Top Gun n’est pas non plus très lointaine, puisque l’histoire se concentre dans un premier temps sur des drones censés remplacer les pilotes humains (mais à quoi servent encore ces robots si la guerre est finie ?). Sauf qu’aucun de ces éléments n’a vraiment de sens autre que celui de multiplier les possibilités. La simplicité du premier opus qui permettait le spectaculaire en prend donc un sacré coup dans l’aile.

Pacific Rim Uprising montre finalement ses limites dans un arc narratif particulièrement gênant. Le personnage d’Amara, d’abord mécanicienne free-lance, est recrutée de force par l’armée pour être formée comme pilote. Celle qui était du côté des laissés-pour-compte et de ce nouveau monde souterrain (trop peu développé) rejoint donc la légalité (comprendre « le bien » même si c’est des militaires). Développement classique qui ne poserait pas de problème si le personnage n’était pas… une enfant. Le scénario franchit la ligne dans le dernier acte en faisant participer la jeune fille et ses camarades de promo (tous du même âge) à la bataille finale. Faut-il envoyer un mémo aux producteurs pour leur rappeler que les enfants soldats sont un vrai problème dans certaines zones du monde ? Aucune situation ne devrait exiger d’envoyer des enfants au casse pipe. Pourtant le film se permet cet écart et personne (pas même la principale intéressée) ne remet en question ce fait. On s’attendrait presque à une scène où elle serait décrite comme mignonne en uniforme. Heureusement celle-ci ne viendra pas, mais les scénaristes sont déjà allés trop loin. En plus d’être stupide, ce film a quelque chose de dangereux.

C’est bien le problème majeur de Pacific Rim Uprising. Les nombreux éléments ne resteront que des éléments. Aucun ne sera vraiment développé ou commenté et tous s’accumuleront jusqu’à l’indigestion. Le seul intérêt de cette suite est qu’elle prouve aux détracteurs du premier que Del Toro avait au moins un talent de metteur en scène. Le filtre gris fade appliqué par DeKnight (hérité des Marvels) casse toute immersion, et aucune beauté ou poésie (car il y en avait un peu dans le premier) ne se dégage de ces combats gigantesques. L’apparition d’un mème connu dans le dernier quart, clin d’œil gênant au public geek, prouve au moins une chose : Steven S. DeKnight se fout de notre tronche, mais n’a rien compris à son propre film. Guillermo et son ami Oscar doivent bien se marrer dans leur coin.

Pacific Rim Uprising : Bande-annonce

Synopsis : Le conflit planétaire qui oppose les Kaiju, créatures extraterrestres, aux Jaegers, robots géants pilotés par des humains, n’était que la première vague d’une attaque massive contre l’Humanité. Jake Pentecost, un jeune pilote de Jaeger prometteur dont le célèbre père a sacrifié sa vie pour sauver l’Humanité des monstrueux Kaiju, a depuis abandonné son entraînement et s’est retrouvé pris dans l’engrenage du milieu criminel.
Mais lorsqu’une menace, encore plus irrésistible que la précédente, se répand dans les villes et met le monde à feu et à sang, Jake obtient une dernière chance de perpétuer la légende de son père aux côtés de sa sœur, Mako Mori – qui guide une courageuse génération de pilotes ayant grandi dans l’ombre de la guerre. Alors qu’ils sont en quête de justice pour leurs camarades tombés au combat, leur unique espoir est de s’allier dans un soulèvement général contre la menace des Kaiju. Jake est rejoint par son rival, le talentueux pilote Lambert et par Amara, une hackeuse de Jaeger âgée de 15 ans, les héros du Corps de Défense du Pan Pacific devenant la seule famille qui lui reste. S’alliant pour devenir la plus grande force de défense que la Terre ait jamais connue, ils vont paver un chemin vers une extraordinaire nouvelle aventure.

Pacific Rim Uprising : Fiche Technique

Réalisateur : Steven S. DeKnight
Scnenario : Guillermo del Toro, Zak Penn, Jon Spaihts, Derek Connolly, Emily Carmichael, Kira Snyder, T. S. Nowlin, d’après une histoire de Travis Beacham, Guillermo del Toro et Zak Penn
Interpretes : John Boyega, Scott Eastwood, Cailee Spaeny, Madeleine McGraw, Rinko Kikuchi, Charlie Day, Burn Gorman, Jing Tian, Adria Arjona, Zhang Jin, Karan Brar, Ivanna Sakhno…
Direction artistique : Luke Freeborn
Décors : Stefan Dechant
Photographie : Daniel Mindel
Montage : Dylan Highsmit et Zach Staenberg
Musique : Lorne Balfe
Budget : 150 millions USD
Bande originale : Lorne Balfe
Genre : science-fiction, action
Distributeur : Universal Pictures International France
Durée : 111 minutes
Date de sortie : 21 mars 2018

États-Unis 2018

Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne, Spielberg fait entrer le héros de Hergé dans le 21ème siècle

Il en aura fallu du temps pour que Steven Spielberg puisse enfin se lancer dans un projet qui lui tenait à cœur depuis de nombreuses années, l’adaptation des aventures de Tintin, le reporter le plus connu de la bande dessinée franco-belge. C’est donc avec une équipe de prestige parmi laquelle on retrouve également Edgar Wright, Steven Moffat et Peter Jackson, que Le Secret de la Licorne débarque sur les écrans en 2011. Grâce à la technologie de motion capture, Spielberg donne naissance à un film d’animation virtuose rendant pleinement hommage au journaliste à la houppette.

les-aventures-de-tintin-le-secret-de-la-licorne-tintin-dupondtFigure emblématique du 9ème art, Tintin est né sous la plume d’Hergé à la fin des années 20. Au fil de 24 albums, le reporter du petit vingtième aura vécu des aventures rocambolesques qu’elles soient en Afrique, en Australie, au fond de l’océan ou sur la Lune, et rencontré des personnages haut en couleur comme le marin porté sur la bouteille et les jurons, le Capitaine Haddock, le duo de policiers gaffeurs, Dupond et Dupont ou encore une cantatrice à la voix très haut perchée, Bianca Castafiore. Un matériau très fertile donc pour une adaptation qui n’est bien évidemment pas le premier essai. Outre la série animée ayant marqué l’enfance de bons nombres de personnes, il y a eu quelques films lives racontant des histoires originales sorties dans les années 60 avec Jean-Pierre Talbot dans le rôle de Tintin. Des œuvres qui n’auront cependant pas marqué les esprits. Il aura donc fallu attendre le grand Steven Spielberg pour voir une adaptation digne de ce nom du monument de la bande dessinée sur les écrans de cinéma.

Le premier choix notable de la part de Spielberg et de son équipe de scénaristes est de ne pas adapter un unique album. Si le film reprend le titre et l’intrigue principale du Secret de la Licorne, de nombreux éléments d’autres aventures de Tintin y seront incorporés à commencer par Le Crabe aux pinces d’or par le biais du bateau Karaboudjan et de son capitaine, le fameux Haddock. Tout au long du film, Spielberg va égrainer un certain nombre de renvois à l’œuvre d’Hergé, avec par exemple une apparition de la Castafiore ou des allusions plus discrètes aux Sept boules de cristal, au Lotus Bleu ou encore au Sceptre d’Ottokar. Quand on regarde cette adaptation de Tintin, l’amour que porte Spielberg à ce personnage transparaît à chaque moment, et le cinéaste américain arrive à retranscrire à merveille ce qui fait le plaisir des tintinophiles depuis plus de 80 ans. Spielberg prend en effet au pied de la lettre le mot aventure du titre et lorgne très facilement du côté de sa propre saga d’aventure, Indiana Jones. En mêlant humour bon enfant et séquences d’action impressionnantes, le tout en voyageant à travers le monde pour résoudre un mystère autour d’une maquette de bateau, Spielberg offre un divertissement mené tambour battant sans temps mort et en mettant plein les yeux aux petits et aux grands.

les-aventures-de-tintin-le-secret-de-la-licorne-tintin-haddockÀ partir de là, il est fondamental de s’attarder sur la grande particularité de cette adaptation, le choix de l’utilisation de la capture de mouvements. Procédé qui aura eu son heure de gloire dans ce début de siècle avec le personnage de Gollum dans Le Seigneur des anneaux, ou encore l’œuvre visionnaire de James Cameron, Avatar. En utilisant les images de synthèse, Spielberg peut se rapprocher au plus près de la bande dessinée de Hergé, tout en lui offrant une modernité époustouflante. Ce travail sur l’animation a également l’avantage d’offrir des moyens quasi-illimités dans la mise en scène. C’est particulièrement à ce niveau que Les Aventures de Tintin se révèle être un film d’une virtuosité frappante. On l’observe notamment au travers de cette maîtrise des transitions dans l’espace, offrant une seconde jeunesse au fondu que cela soit de manière très ponctuelle avec cette poignée de main se transformant en dune de sable ou pour amorcer une identification au passé comme la fameuse séquence où un Haddock victime du soleil et du manque d’alcool dévoile l’histoire de son ancêtre le chevalier de Haddoque et de son affrontement face au terrible Rackham le Rouge. La fluidité est également l’un des maîtres mots de Spielberg, notamment en ce qui concerne ses scènes d’action. On repense forcément à la séquence citée plus haut avec ce duel aux sabres où la caméra se déplace avec une aisance insolente dans les différents niveaux de la Licorne tout en suivant une mèche qui se consume, mais là où la réalisation de Spielberg se fait encore plus ahurissante, c’est évidemment dans cette poursuite en plan séquence à couper le souffle. C’est la maestria des mouvements de la caméra suivant cette chasse effrénée entre Sakharine et Tintin dans un environnement où la richesse se trouve autant au premier qu’au second plan qu’on ne sait plus véritablement où donner de la tête.

En faisant entrer Tintin dans le 21ème siècle, Spielberg assure une nouvelle fois sa place de cinéaste visionnaire, et l’un des plus grands auteurs de divertissement. D’une modernité folle, tout en gardant cet aspect hors du temps propre au héros de Hergé, Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne a malgré cela reçu un accueil plutôt mitigé. 8 ans après, on attend toujours une suite qui devrait être confiée à Peter Jackson.

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne – Bande-Annonce

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne – Fiche Technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Steven Moffat, Joe Cornish, Edgar Wright
Interprètes : Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig, Simon Pegg, Nick Frost
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Société(s) de Production : Amblin Entertainment, The Kennedy/Marshall Company et Wingnut Films
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Genre : Aventure, Animation
Date de sortie : 26 octobre 2011

États-Unis – 2011

9 Doigts de F.J Ossang, Cargo d’ennui

Auréolé du prix de la mise en scène au dernier festival de Locarno, l’artiste punk F.J Ossang débarque avec son 5ème long-métrage en plus de 30 ans, 9 Doigts. Un voyage étrange à bord d’un cargo rempli de gangsters qui sert une histoire beaucoup trop nébuleuse, malgré une recherche formelle toujours exigeante.

Après Bertrand Mandico au mois de février, un autre réalisateur au style tout aussi unique nous emmène faire un petit tour en bateau dans le cinéma de genre français. Les ressemblances entre les deux cinéastes s’arrêtent cependant ici. F.J Ossang est un artiste rare dans le paysage cinématographique français. 5 films en 33 ans, de quoi faire rougir Terrence Malick. Surtout connu pour des œuvres telles que Le Trésor des îles chiennes ou L’Affaire des divisions Morituri, F.J Ossang a développé une esthétique punk, mettant en avant un noir et blanc aux allures apocalyptiques, et une certaine dose de nihilisme. Avec ses films exigeants, montrant une démarche auteurisante extrême, Ossang pouvait laisser assez facilement ses spectateurs sur le carreau, mais le bonhomme montrait cependant toujours une grande capacité à créer des univers impressionnants comme en témoigne l’atmosphère post-apo qui émane de Le Trésor des îles chiennes, film dans lequel Ossang utilise au maximum le potentiel cinégénique de l’archipel des Açores. Point commun avec 9 Doigts, son dernier né dans lequel on retrouve l’âpre côté volcanique des îles portugaises. Ossang délaisse cependant ici la science-fiction pour nous offrir ce qui semble être dans un premier temps un film noir.

Comme souvent avec Ossang, il s’avère difficile de résumer brièvement l’histoire de 9 Doigts. Il est question de Magloire, un homme qui se retrouve enrôlé par une bande de gangsters pour un braquage. Lors de leur fuite, les malfrats vont se retrancher dans un cargo qui semble transporter une étrange marchandise. Au cours du voyage, plusieurs événements particuliers vont survenir, certains membres de l’équipage vont commencer à être atteints de folie, tandis qu’à côté de ça une île composée de déchets semble exercer une influence néfaste sur le cargo. D’autant plus que tout cela paraît s’imbriquer dans une machination de plus grande ampleur. À partir de là, on peut très vite comprendre que le récit de 9 doigts s’avère être on ne peut plus nébuleux. Surtout que Ossang n’est pas quelqu’un qui s’intéresse à des récits linéaires, et n’hésite pas à divaguer et à courir plusieurs lièvres à la fois. Sur un film de 1h40, tout cela peut s’avérer assez vite pénible, et il est difficile de se trouver une amarre pour se raccrocher. Évidemment pour pimenter tout ça, Ossang aime les dialogues très abscons devenant là aussi rapidement imbuvables, et alimentant facilement les détracteurs qui parlent de masturbation auteurisante. On peut très facilement résumer la démarche de Ossang à une interrogation posée par le personnage de Magloire à celui incarné par Lionel Tua, adepte d’envolées lyriques métaphoriques, qui lui demande : pourquoi est-il si énigmatique ? Ossang semble décidé à rendre son œuvre la moins compréhensible possible.

Malgré son fond qui lui porte préjudice, 9 Doigts dispose d’un travail formel non négligeable. Ossang retourne à ses premières amours du noir et blanc. Il y développe ici une ambiance très film noir au travers de l’éclairage et de jeux de lumières. Il mélange tout cela avec un expressionnisme appuyé, le personnage de Gaspard Ulliel semblant tout droit sorti d’un film de Murnau. Forcément on se doute bien qu’Ossang ne va pas rester dans une optique très classique et ne va pas se priver à essayer quelques expérimentations. S’amusant à jouer avec la forme du cadre ou avec des surimpressions, le cinéaste français arrive à nous sortir de la torpeur grâce à quelques idées plutôt innovantes. Tout cela laisse cependant un goût assez amer dans la bouche et semble au final beaucoup trop gratuit. La poésie s’enraye et tout tombe à plat. En seulement 5 films, on semble déjà avoir fait le tour de ce que veut nous raconter F.J Ossang. C’est un peu dommage car malgré tous les défauts de 9 Doigts, on sent une fougue qui ne s’est pas éteinte. Il manque juste quelque chose pour que tout s’embrase à nouveau et donne naissance à un morceau de cinéma puissant et féroce comme l’était un peu Le Trésor des Îles Chiennes.

9 Doigts – Bande Annonce

9 Doigts – Fiche Technique

Réalisateur : F.J Ossang
Scénario : F.J Osang
Interprétation : Paul Hamy, Damien Bonnard, Gaspard Ulliel, Pascal Greggory, Diogo Doria, Elvire
Directeur de la photographie : Simon Roca
Distribution (France) : Capricci Films
Durée : 99 minutes
Genre : Polar
Date de sortie (France) : 21 Mars 2018

France – 2018

La Ch’tite famille : Dany Boon de retour dans le Ch’Nord

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Dix ans après le succès phénoménal de Bienvenue chez les Ch’tis, l’acteur-réalisateur-humoriste Dany Boon revient dans sa région natale avec la comédie La Ch’tite famille, bien partie pour devenir l’un voire même LE succès français de l’année…

Synopsis : Valentin D. et Constance Brandt forment un couple célèbre d’architectes designers. Pour pouvoir s’intégrer au monde du design et du luxe parisien, Valentin a menti sur ses origines : il est issu d’une famille de ch’tis prolétaire. Sa mère, son frère et sa belle-sœur débarquent alors par surprise au vernissage de Valentin et Constance au Palais de Tokyo… Alors que chacun doit surmonter la différence culturelle et sociale des uns et des autres, Valentin perd la mémoire suite à un accident : il se comporte alors comme le Ch’ti qu’il était vingt ans auparavant…

la-chtite-famille-dany-boon-laurence-arne-critique.jpgDany Boon a du mal à faire l’unanimité dans la presse spécialisée et la communauté cinéphile. Ses budgets inutilement spectaculaires (La Forme de l’eau a coûté moins cher que La Ch’tite Famille) ou sa crise aux Césars 2009 après l’absence de nominations de Bienvenue chez les Ch’tis (qui avait alors comptabilisé 20 millions d’entrées) font partie de ces petites choses qui ont divisé la Toile. Dernier exemple en date, Boon a décroché le César du Public, suite au succès de Raid Dingue, à la tête du box-office français en 2017. Pourtant, Boon réussit toujours à attirer les foules depuis ses débuts derrière la caméra. La Ch’tite famille a même signé le meilleur démarrage français depuis 10 ans…

Les détracteurs de Dany Boon ne seront toujours pas convaincus par sa dernière comédie, rappelant initialement le même schéma que Bienvenue chez les Ch’tis : il ne s’agit plus d’un fossé culturel entre le Nord et le Sud, mais cette fois-ci entre nordistes extrêmement pauvres au patois parfois incompréhensible et parisiens mondains aisés et distingués. La Ch’tite famille a le mérite d’être un film inoffensif et sympathique, prônant de belles valeurs : la réussite sociale ne doit pas vous détourner de là où vous venez.  Regarder une comédie sans polémique à l’horizon ne peut pas faire de mal (entre Gangsterdam, A Bras Ouverts, Épouse-moi mon pote et Si j’étais un homme, la comédie française s’est particulièrement mal portée l’année dernière).

Même si les accents sont très exagérés, la différence linguistique entre les personnages reste un élément comique plutôt efficace. Les scènes avec l’orthophoniste, dans la même veine de Pygmalion de George Bernard Shaw, sont également très drôles, peut-être même les meilleures du long-métrage. De plus, Dany Boon est toujours bienveillant et tendre à l’égard de tous les personnages (en dehors de celui de François Berléand, qui incarne le méchant de l’histoire) : les ploucs sont en réalité gentils, sincères et travailleurs et l’arrogante Constance, par amour pour Valentin, finit par apprendre le langage ch’ti.  En outre, le casting est assez convaincant, même si on regrettera un Pierre Richard sous-exploité.

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Cela dit, même s’il n’y a rien de honteux dans cet agréable divertissement, La Ch’tite famille déçoit. Le film démarre pourtant plutôt bien, avec cette présentation de caricature de bobos insupportables malpolis créateurs de meubles modernes hors de prix et peu pratiques. Par ailleurs, le running gag autour des personnages se plaignant d’un affreux mal de dos après s’être assis sur des chaises de luxe inconfortables fonctionne bien. Une grande partie du budget faramineux du film a dû aussi passer par la création de cet univers soi-disant révolutionnaire (sinon, on ne comprend pas où sont passés les 27 millions d’euros là-dedans). En fait, et dans un sens, cela peut être problématique selon le point de vue, le mépris est envers les artistes riches stupides et sans humanité. Le copinage pourra déplaire aux détracteurs de Boon mais les différentes apparitions de stars le temps d’une scène (Arthur, Kad Merad, Claire Chazal, Pascal Obispo) sont plutôt plaisantes.  Mais, à force de vouloir prôner une morale pourtant plus que louable, Dany Boon tombe dans ses éternels travers : son film perd en force comique pour devenir trop mièvre. Pour ne rien arranger, l’histoire se met également en place de manière trop laborieuse avec cette intrigue autour de l’amnésie de Valentin. Enfin, même si certaines scènes sont plutôt amusantes, le scénario a souvent recours à de grosses ficelles rendant le film lourd par moments.

La Ch’tite famille est une comédie familiale assez divertissante et sans prétention mais qui devient rapidement lourde et niaise. 

La Ch’tite famille : bande-annonce

La Ch’tite famille : Fiche Technique

Réalisation : Dany Boon
Scénario : Dany Boon & Sarah Kaminsky
Interprètes : Dany Boon, Laurence Arné, Line Renaud, Valérie Bonneton, Guy Lecluyse, Pierre Richard, François Berléand, Juliane Lepoureau, Thomas VDB, Antonia de Rendinger…
Producteurs : Jérôme Seydoux, Bruno Morin, Eric Hubert
Société de production : Les Productions du Ch’timi, TF1 Films Productions, 26 Db Productions
Distributeur : Pathé Distribution
Durée : 107 minutes
Genre : comédie
Date de sortie : 28 février 2018

France  – 2018

Le Portrait de Jennie rayonne en DVD et Blu-Ray

Avec Le Portrait de Jennie, les éditions Carlotta nous permettent de voir en Blu-Ray et DVD l’un des plus grands films de William Dieterle, un mélodrame surprenant doublé d’une réflexion sur le rôle de l’art et la place de l’artiste.

Synopsis : hiver 1934. Eben Adams est un jeune peintre qui cherche en vain à vendre ses toiles. On reproche à ses toiles d’être trop académiques et de manquer de vie. De manquer d’amour. Puis, errant dans les rues de New-York, il rencontre Jennie Appleton, une jeune fille pleine de vie qui lui tient des propos étrangement anachroniques.

William Dieterle fait partie des cinéastes injustement oubliés de nos jours. Acteur et réalisateur d’origine allemande, c’est aux États-Unis qu’il connaîtra le succès dans les années 30. Il participera aux grands films sociaux et politiques de la Warner, comme La Vie d’Emile Zola (qui se concentre surtout sur l’Affaire Dreyfus) ou Juarez, et réalisera même une fort belle adaptation de Notre-Dame de Paris, Quasimodo, avec Charles Laughton dans le rôle-titre. Il signera même une petite rareté, Vulcano, plagiat revendiqué du Stromboli de Rosselini, guidé par une Anna Magnani furieuse d’avoir été remplacée par Ingrid Bergman dans le film original. Hélas, il sera sur la liste noire au moment du MacCarthysme et devra partir en Europe dans les années 50.

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Sorti en 1948, Le Portrait de Jennie réunit toutes les qualités qui ont fait de Dieterle un grand cinéaste. La direction d’acteurs est remarquable, et le couple formé par Joseph Cotten et Jennifer Jones mérite de figurer parmi les parangons du genre. Visuellement, Dieterle soigne ses cadrages et sait magnifiquement tirer partie des décors. Dans les plans de transition entre les séquences, il emploie même une photographie particulière qui rappelle le grain des toiles de peintres. Ainsi, il ne se contente pas de parler de peinture, il fait de son film une suite de tableaux.

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A ce titre, il faut bien entendu parler du final (sans trop en dire pour ne rien dévoiler à ceux qui ne l’ont pas encore vu). Employant des filtres de couleur qui donnent une atmosphère pratiquement surnaturelle et rappellent fortement les œuvres expressionnistes allemandes des années 20 (Dieterle a été acteur pour Murnau, entre autres), le cinéaste nous donne une scène de conclusion de toute beauté et d’une puissance qui marquent de façon durable le spectateur.

Par son scénario et sa réalisation, Le Portrait de Jennie se révèle vite être une œuvre riche et dense. Un film inclassable parcourant plusieurs genres cinématographiques, du surnaturel au mélodrame, le tout saupoudré d’une réflexion sur l’art. Quel est le rôle de l’artiste dans le monde ? Les peintres sont-ils des hommes ordinaires considérant leur art comme un simple gagne-pain comme un autre, ou sont-ils à part ?

Le film nous montre le quotidien de la vie du peintre (on le voit accrocher une toile à un cadre, par exemple), sans chercher à expliquer le travail de la création elle-même. L’inspiration, le talent, le génie restent des mystères. Et le film navigue constamment entre ces deux pôles : une description réaliste de la vie quotidienne au sein d’un New-York incroyablement terre-à-terre au milieu duquel, par moment, se glisse comme une fissure surnaturelle.

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C’est à travers ces fissures dans le tissu du quotidien qu’apparaît le personnage de Jennie. Incarnation symbolique de l’inspiration qui s’impose à l’artiste, elle va petit à petit devenir une obsession pour Eben Adams. Avec elle va s’ouvrir une autre piste de réflexion particulièrement émouvante : le rôle de l’artiste comme gardien de la mémoire. Vieillissant à chacun de ses apparitions, Jennie court vers sa mort d’une façon inéluctable. Le film se colore alors d’une profonde mélancolie qui va le pousser vers les limites du mélodrame. La certitude d’une séparation inévitable et la peur de cette perte imminente vont imposer au peintre la nécessité d’un portrait, comme si la peinture pouvait figer le temps, fixer ce qui est fugitif. « Promettez-moi de ne pas m’oublier », murmure Jennie lorsqu’Eben commence à peindre son portrait. C’est cette tristesse du personnage qui refuse de sombrer dans l’oubli que va combattre la peinture. L’art se fait alors témoignage d’un monde perdu.

Les éditions Carlotta proposent donc une belle édition DVD et Blu-Ray de ce film qui mérite largement d’être découvert. La version restaurée est très bien travaillée et nous propose deux versions sonores, celle d’origine en 1.0 et celle en 5.0, que le producteur David O. Selznick aurait voulu diffuser en son temps pour créer toute une atmosphère sonore autour de la monumentale scène finale. On pourrait juste regretter l’absence d’un supplément de programme qui aurait permis d’analyser un peu plus précisément ce petit bijou qui nous vient de la fin des années 40 et qui fait furieusement penser à Laura d’Otto Preminger ou au Portrait de Dorian Gray, d’Albert Lewin.

Portrait de Jennie : Bande-annonce

Caractéristiques DVD :

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DVD 9
Master Haute Définition
PAL
Encodage MPEG-2
Version Orginale Dolby Digital 5.0 & 1.0
Sous-titres français
Format 1.33 respecté
4/3
Noir & blanc et couleurs
Durée : 83 minutes

Caractéristiques Blu-Ray :

BD 50
Master Haute Définition
1080/23.98p
Encodage AVC
Version Originale DTS-HD Master Audio 5.0 & 1.0
Sous-titres français
Format 1.33 respecté
Noir & blanc et couleurs
Durée : 86 minutes